F comme Festivals internationaux 3

Encore des festivals consacrés au cinéma documentaire dans le monde, en dehors de l’Europe

Etats-Unis

Africa World Documentary Film Festival  St. Louis, Missouri

American Documentary Film Festival and Film Fund, PALM SPRINGS, CA

Atlanta Docufest. Atlanta Documentary Film Festival, Atlanta

Chagrin Documentary Film Festival Chagrin Falls

DOC NYC, New York

DocMiami International Film Festival, Miami

Docutah – Southern Utah International Documentary Film Festival St. George, Utah.

DoubleTake Documentary Film Festival, Durham, North Carolina

Hot Springs Documentary Film Festival

San Francisco Docfest

Big Sky Documentary Film Festival, Missoula, Montana

Canada

DOXA Documentary Film Festival, Vancouver, canada

Hot Docs Canadian International Documentary Festival, Toronto, Canada

Amérique centrale et Amérique du sud

DocsDF, International Documentary Film Festival of Mexico City

Costa Rica International Documentary Film Festival , Montezuma, Costa Rica

Moyen Orient

Aljazeera International Documentary Film Festival Doha, Qatar

DocAviv Film Festival, Tel Aviv, Israël

Asie

DMZ International Documentary Film Festival, Paju city, Corée du sud

EBS International Documentary Festival, Séoul, Corée du sud

Bombay International Documentary, Short and Animation Film Festival, Inde

International Documentary and Short Film Festival of Kerala, Inde

Guangzhou International Documentary Film Festival, Chine

Autres

Cinema Vérité, Iran International Documentary Film Festival, Teheran, Iran

Documentary Edge Festival Auckland et Wellington, Nouvelle Zélande

Melbourne Documentary Film Festival, Australie

Antenna Documentary Festival Sydney Australie

Encounters South African International Documentary Festival, Cape Town and Johannesburg, Afrique du sud

 

 

P COMME PRIX (en festival)

Etre sélectionné dans un festival est la première étape dans la longue galère que constitue souvent la distribution d’un film documentaire. L’occasion de rencontrer un premier public. Souvent passionné, de connaisseurs toujours. Recevoir un prix est alors une première consécration, même si cela n’est pas toujours la certitude d’ouvrir le chemin d’une sortie en salle. Une carrière dans de nombreux festivals non plus. Mais elle permet quand même souvent une édition en DVD ou une présence sur les sites de VOD. La vie d’un documentaire est souvent faite d’épines, mais aussi de surprises et de belles satisfactions pour les cinéastes.

Voici une liste de prix que décernent quelques-uns des festivals spécialisés dans le cinéma documentaire dans le monde francophone.

Cinéma du réel, Paris.

  • Grand Prix Cinéma du réel de la Compétition internationale,
  • Prix international de la Scam,
  • Prix Louis Marcorelles de l’Institut français,
  • Prix Joris Ivens,
  • Prix du court-métrage,
  • Prix des détenus du centre pénitentiaire de Fresnes,
  • Prix des jeunes Cinéma du réel,
  • Prix des bibliothèques,
  • Prix du patrimoine de l’immatériel,
  • Prix des éditeurs / Potemkine.

 

 Festival International de cinéma de Marseille (FID)

  • Grand prix de la compétition internationale
  • Prix Georges de Beauregard international
  • Grand prix de la compétition française
  • Prix Georges de Beauregard national
  • Prix premier
  • Prix Institut français de la critique en ligne
  • Prix du groupement national des cinémas de recherche (gncr)
  • Prix du centre national des arts plastiques (cnap)
  • Prix des lycéens
  • Prix Renaud Victor
  • Prix Marseille espérance
  • Prix du public
  • Prix « Regard social »
  • Prix des étudiants

Escales documentaires, La Rochelle

Grand Prix des Escales Documentaires

Prix du Public

Prix des Jeunes

 

Traces de vie, Clermont-Ferrand

 

  • Grand prix Traces de Vies
  • Prix « Hors frontières
  • Prix « Regard sur la diversité »
  • Prix de la création
  • Prix du premier film professionnel
  • Prix des formations audiovisuelles
  • Prix « Regard social »
  • Prix des étudiants

 

Ecrans documentaires d’Arcueil

  • Le prix des Écrans Documentaires
  • Le prix du Céci – Moulin d’Andé

 

Visions du réel, Nyon, Suisse

  • Sesterce d’or prix Raiffeisen MaItre du réel

 

Compétition internationale longs métrages

Sesterce d’or la mobilière

  • Prix du jury régionyon

 

Compétition Internationale moyens métrages

  • Sesterce d’or george
  • Prix du jury george

 

Compétition Internationale courts métrages

  • Sesterce d’or fondation Goblet
  • Prix du jury mémoire vive

 

Regard Neuf

  • Sesterce d’argent regard neuf Canton de Vaud
  • Prix du jury regard neuf

 

Cinéma Suisse

  • Sesterce d’argent
  • Prix du jury
  • Prix du Public pour la section Grand Angle
  • Sesterce d’argent prix du public ville de Nyon
  • Jury des Jeunes
  • Prix Buyens-Chagoll
  • Prix Interreligieux

 

Rencontres internationales du documentaire de Montréal

  • Grand prix de la compétition internationale longs métrages
  • Prix image de la compétition internationale longs métrages
  • Prix montage de la compétition internationale longs métrages
  • Grand prix de la compétition nationale longs métrages
  • Meilleur espoir Québec/Canada
  • Prix du meilleur court ou moyen métrage international
  • Prix du meilleur court ou moyen métrage national
  • Prix du public
  • Prix Magnus-Isacsson
  • Prix des étudiants
  • Prix des détenues

F comme Festivals internationaux 2. (Europe)

Festivals en Europe (hors France) où le documentaire est particulièrement présent (Sélection)

  • Tempo Documentary Festival, Stockholm, Suède
  • Dokfilm, Volda, Norvège
  • DocPoint – Festival du film documentaire, Helsinki, Finlande
  • Festival international du film documentaire,  Copenhague, Danemark
  • Amsterdam International Documentary Film Festival, Pays-Bas
  • Documentary Film Festival Flahertiana, Perm, Russie
  • Moscow International Documentary Film Festival DOKer, Moscou, Russie
  • Festival du film documentaire, Vilnius, LituanieWorld Film Festival, Tartu, Estonia
  • CRONOGRAF Festival, Chisinau, Moldavie
  • NIHRFF – Nuremberg International Human Rights Film Festival, Nuremberg, Allemagne
  • DokumentART – European Film Festival for Documentaries, Neubrandenburg, Allemagne
  • Dokumentarfilmwoche, Hambourg, Allemagne
  • Festival international du film documentaire et du film d’animation, Leipzig, Allemagne
  • OxDox, Oxford, Angleterre
  • Document International Human Rights Documentary Film Festival, Glasgow, Écosse
  • Input Film Festival, Hilversum, Pays-bas
  • Festival International du Film de Santé – ImagéSanté, Liège, Belgique
  • Visions du Réel, Nyon, Suisse
  • Ethnocineca , Vienne, Autriche
  • Watch Docs – Human Rights in Film, Varsovie, Pologne
  • Gdansk DocFilm Festival, Gdansk, Pologne
  • One World Romania: Human Rights Film Festival, Bucarest, Roumanie
  • Budapest International Documentary Festival, Budapest, Hongrie
  • Belgrade Documentary and Short Film Festival, Belgrade, Serbie
  • Pravo Ljudski Film Festival, Sarajevo, Bosnie
  • Madrid International Documentary film festival, Espagne
  • DocsBarcelona, Barcelone, Espagne
  • MiradasDoc, Festival international de cinéma documentaire, Guía De Isora, Espagne.
  •  Play-doc Tui, Espagne
  • Cinestral, Documentary Film Festival, Valence, Espagne
  • Doclisboa, Lisbonne, Portugal
  • Thessaloniki Documentary Film Festival, Grèce

Pour les festivals en France voir  dicodoc.wordpress.com/2016/02/09/f-comme-festival/

F COMME FESTIVALS (internationaux)

Dans le monde entier (en dehors de la France)…des festivals consacrés exclusivement au film documentaire

                                   Première liste (à suivre)

Visions du Réel, Nyon (Suisse, avril)

Taiwan International Documentary Festival  (Taiwan, mai)

Festival international du film documentaire de Munich (Allemagne juin)

Hot Springs Documentary film festival (Etats-Unis, Octobre)

American Documentary Film Festival, Palm Springs (Etats-Unis, avril)

E Trudo Verdade / It’s all true. Internationnal Documentary Film  Festival, Sao Paulo (Brésil, avril)

Play-doc, Tui (Espagne, avril)

Art of the Real, Lincoln Center, New York (Etats Unis, avril)

Dokumentarfilmwoche, Hamburg (Allemagne, avril)

Sheffield Doc/Fest  (Angleterre, juin)

Open City Documentary Festival (Londres, juin)

Festival du film documentaire de Saint-Louis du Sénégal (Sénégal, décembre)

Dokufest, International documentary and short film festival in Prizren (Kosovo, Août)

Hotdocs Canadian  international, documentary festival Toronto (Canada, avril)

DocsBarcelona, International Documentary Film Festival  (Espagne, Mai)

DocsBarcelona Medellín (Colombie, Juillet)

Festival DocsBarcelona Valparaíso ( Chili, novembre)

YIDFF – Yamagata International Documentary Film Festival (Japon)

Documentary Edge Film Festival, Wellington (New Zealand)

Antenna Documentary Film Festival, Sydney (Australie, octobre)

Melbourne Documentary Film Festival (Australie, juillet)

Encounters South African International Documentary Film Festival, Cape Town (South Africa, mai)

Muestra Internacional Documental de Bogotá (Colombie, Novembre)

 

 

 

 

 

 

 

H COMME HANDICAP (amour)

Quand j’étais papillon, film de Adrien Charmot et Jenny Saastomoinen.

Un joli titre. Poétique. Un peu énigmatique. Mais qui prend du sens au fur et à mesure du déroulement du film. D’abord par la référence à l’institution « Les papillons blancs » comme lieu de tournage. Mais est-ce suffisant ? On peut aussi évoquer l’expression – que personne n’utilise dans le film – « des Papillons dans le ventre » pour désigner la situation amoureuse. Et chaque spectateur peut faire ses propres associations sur les papillons. Un titre ouvert donc. Et l’emploi de la première personne du singulier nous éloigne de toute perspective didactique, médicale ou théorique.

Un sujet difficile. Il n’est jamais évident de filmer le handicap mental. Un handicap dérangeant, chargé dans le passé de tant de connotations négatives – idiotie, débilité, simple d’esprit, demeuré…Ont-elles disparu aujourd’hui ? Peut-on vraiment s’en défaire ? Le cinéma ne court-il pas le risque de transformer peu ou prou le spectateur en voyeur ? La centration sur l’amour et la sexualité – sujet tabou s’il en est, comme cela et dit et redit dans le film – redouble inévitablement le malaise. Les handicapés mentaux peuvent-ils avoir une vie amoureuse et une vie sexuelle ? Comme tout le monde ? Une vie normale en somme. Le film fait le choix de rester dans le cadre d’une institution, ce qui a pour résultat de laisser les personnes handicapés « entre elles », de les enfermer en quelque sorte dans le handicap. Et le film de poser en creux une grande question : l’amour peut-il vaincre le handicap ?

Un dispositif filmique enfin. Simple – du moins en apparence- mais efficace. Les personnes handicapées font face à la caméra. Elles sont debout. Sur fond noir. Elles répondent à des questions venant de derrière la caméra. Oui, elles aspirent toutes à connaître l’amour, à avoir une vie sexuelle, autant que l’institution puisse le permettre. Une revendication qui n’est pas une révolte. Le dispositif ne les pousse pas à crier. Mais leur demande n’en est que plus pressante. Et c’est en couple qu’ils se présentent alors à la caméra. Pour officialiser en quelque sorte leur rencontre, leur liaison. La vie en couple : le sens même de leur existence.

A consulter, le site de L’oeil lucide  http://www.loeillucide.com/

O COMME OCCUPATION

Voir le film sur Tënk

Palazzo delle Aquile, film de Stefano Savona , Alessia Porto , Ester Sparatore
France, Italie, 2011. Grand Prix Cinéma du réel, 2011.

De très grandes pièces, particulièrement hautes de plafond. Des pièces d’un palais historique qui deviennent des aires de jeu étonnantes pour les enfants, même si elles n’ont pas été prévues pour ça. Elles n’ont pas non plus été prévues pour servir d’habitation, et pourtant, pendant un mois, 18 familles d’abord – auxquelles vont se joindre bien d’autres mal-logées de la ville – vont y vivre jour et nuit. Pour forcer ma municipalité de Palerme à résoudre leur problème de logement, ces familles « sans logis » vont en effet occuper le Palazzo delle Aquile, siège de la mairie de la ville. Et elles sont bien résolues à ne le quitter que pour aménager dans de véritables maisons !

La caméra des cinéastes va elle aussi séjourner pendant un mois dans ce palais, n’en sortant que pour une rapide séquence dans la cathédrale à l’occasion d’une fête religieuse – occasion de voir le maire de la ville s’agenouiller à même le sol – et pour attendre devant la préfecture les résultats de la négociation qui tente de débloquer la situation. Une immersion totale, jour et nuit. La nuit chacun essaie de s’arranger le mieux possible pour dormir, sur un banc, une chaise ou sur le sol. Au matin, c’est le partage des croissants pour le petit déj’. Les repas d’ailleurs semblent toujours poser problème, et les accusations de voler la part des enfants sont particulièrement fréquentes. C’est que vivre en groupe dans un tel lieu n’est pas toujours simple. Et les querelles, les engueulades même, sont fréquentes. Pour des raisons matérielles bien sûr. Mais aussi, de façon plus politique, sur la poursuite du mouvement et surtout sur sa résolution.

Le film nous offre donc dans cet espace clos une vision contrastée de la vie en commun dans ce sud de l’Italie où les problèmes économiques – qui ne sont pourtant pas évoqués explicitement – se concrétisent dans les difficultés que rencontrent les familles pour se loger. Il nous offre aussi une vision sans concession de la classe politique locale. Le film s’ouvre sur la séance du conseil qui a lieu « en présence » des occupants. Dès qu’ils applaudissent une intervention d’un membre de l’opposition municipale qui exprime son soutien, le président menace de les expulser. « Nous ne sommes pas au théâtre », dit-il sans rire et sans penser que sa formule peut avoir au moins un double sens. Une deuxième séance du conseil se déroulera à la fin du film, lorsqu’une solution semble avoir été trouvée. Une séance silencieuse cette fois, du moins du côté des familles dont la dite solution reste en travers de la gorge de beaucoup d’entre elles. Il faut savoir terminer une occupation, semble être le mot de la fin. Les familles quittent le Palazzo delle Aquile, avec leurs sacs et leurs baluchons. Leur action a-t-elle permis de faire progresser la résolution des problèmes de logement dans la ville ? Rien n’est moins sûr.

Voir le film sur Tënk http://www.tenk.fr/fragments-dune-oeuvre/palazzo-delle-aquile.html

D COMME DANSE (Millepied)

Relève : histoire d’une création, un film de Thierry Demaizière et Alban Teurlai

Ce film peut être perçu comme la suite de celui que Frederick Wiseman a consacré au ballet de l’opéra de Paris (La danse, le ballet de l’opéra de Paris, 2009 ). Et précisément, il se situe au moment où Benjamin Millepied vient d’être nommé directeur de la danse à l’opéra de Paris, succédant à Brigitte Lefèvre qui occupait ce poste du temps du film de Wiseman. Changement de direction : rupture ou continuité ? Qu’est-ce qui change – ou peut changer ? Dans l’institution. Mais aussi qu’est-ce qui peut être identique – ou différent – dans la façon de filmer la danse et les danseurs ?

En fait le film consacré à Benjamin Millepied montre assez peu sa façon de diriger le corps de ballet de l’opéra. Il se centre beaucoup plus sur son travail de chorégraphe, puisque, comme son titre l’indique, le film suit pas à pas la création de son premier ballet à l’opéra Garnier, “Clear, Loud, Bright, Forward”, ballet qui sera le seul que Millepied montera en tant que directeur de la danse puisqu’au moment où nous voyons le film – et le carton final le précise – nous savons qu’il a démissionné de son poste de directeur, et ce, quatre mois après sa nomination. Nous pouvons alors voir le film en essayant de comprendre le pourquoi d’une si brusque décision. Et donc de comparer les modes de management des deux directions successives. Dans le film de Wiseman, Brigitte Lefèvre est très présente, même si le cinéaste ne centre pas explicitement son regard sur elle. Nous la voyons partout dans l’opéra, en réunion beaucoup ou recevant des journalistes ou des associations étrangères amies. Elle traite des problèmes financiers ou de personnel. Mais comme toujours chez Wiseman, ke cinéaste ne donne pas une analyse de son rôle et de la façon dont elle remplit sa mission. Il laisse le spectateur construire sa propre vision de la façon de diriger une telle institution. Le film de  Thierry Demaizière et Alban Teurlai  prend beaucoup plus explicitement position. Benjamin Millepied évoque ce qu’il a l’intention de faire évoluer. Il critique la structure pyramidale du corps de ballet, la rivalité instaurée entre les danseurs selon leur place dans la hiérarchie. Une hiérarchie trop pesante, véritable obstacle selon lui à la création. Est-ce cela qui le poussa à la démission ? Le film n’évoque pas les moyens que ce jeune directeur pense mettre en œuvre pour bousculer ce fonctionnement traditionnel de la maison. Il esquive quasiment le problème, même s’il esquisse un film dans le film, non plus un film sur la danse, mais un film sur un corps de ballet, prestigieux, mais qui peut aussi connaître des crises.

Benjamin Millepied est d’abord un danseur et un chorégraphe et le reste en prenant place dans le fauteuil de directeur. C’est là que réside l’originalité du film qui lui est consacré. Un film qui plonge dans l’aventure de la création. Depuis le moment où Benjamin reçoit la partition de la musique sur laquelle il composera son œuvre, jusqu’à la représentation de la première. Une véritable course contre le temps, que le film amplifie d’ailleurs en affichant systématiquement le compte à rebours, en passant par les innombrables répétitions, la création du décor et des costumes, la mise en place de l’orchestre… Le film n’ignore aucun des aspects qui interviennent dans la réalisation du spectacle. Un souci d’exhaustivité qui n’est pas sans rappeler Wiseman.

Mais le film de  Thierry Demaizière et Alban Teurlai est aussi le portrait d’un artiste. C’est l’acte même de création qui nous est montré, filmé au plus près. Nous entrons dans l’intimité du chorégraphe. Certes, il le montre aussi parcourant tous les étages du palais Garnier, et la façon dont son assistante passe son temps au téléphone pour essayer de le trouver, ici ou là, donne au film une touche d’humour assez subtile.       Il le montre aussi en discussion avec les accessoiristes, ou les créateurs des costumes ou avec le chef d’orchestre. Mais c’est véritablement dans son rapport avec les danseurs lors des répétitions que se situe le point fort du film. Un rapport fait de confiance. Millepied encourage sans cesse ses danseurs, les félicite pour leur travail même lorsqu’il leur fait reprendre un mouvement qu’ils viennent d’exécuter. Le film le montre soucieux de la bonne santé de chacun et lorsqu’une danseuse lui parle de sa douleur au pied, c’est lui qui commence un massage. Bref, si la tension monte au fur et à mesure que la date de la première approche, la création du ballet se fait dans l’ensemble dans une atmosphère plutôt détendue, presque bon-enfant. Il y a là sans doute un effet voulu par les réalisateurs du film. L’incipit montrait d’ailleurs la salle comble lors de la première en présence du Président de la république. Le suspens qu’essaie de créer la construction du film est un peu factice. Il n’y a pas de doute à avoir. Dès le début on sait que le ballet ne peut qu’être un triomphe.

Reste que le film réussit à nous faire savourer le spectacle de la danse. Essentiellement d’ailleurs dans l’utilisation de gros plans dans les mouvements d’ensemble en particulier, en focalisant notre regard sur les jambes des danseurs. La caméra nous montre leur art comme aucun spectateur dans la salle ne peut le voir. Même si cette vision reste fugace. Le film n’est pas une captation du spectacle. Mais comme celui de Wiseman, ou aussi celui de Wim Wenders sur Pina Bausch, il contribue à nous faire aimer la danse.

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B COMME BOIS (Vincennes)

Le bois dont les rêves sont faits, film de Claire Simon

Le bois de Vincennes. On devrait dire peut-être plutôt la forêt de Vincennes. Vu son immensité. Et c’est bien l’impression que donne le film de Claire Simon. Un bois immense. Où l’on peut se perdre. Où on peut perdre ses repères. Ses repères de Parisien s’entend. Où donc on peut quitter la ville. L’oublier. Totalement. Et retrouver la nature. Ou du moins partir à sa recherche. Dans la cime des arbres. Surtout. Dans les bosquets, les buissons aussi. Où l’on peut de cacher. Etre caché. Loin de la furie de la ville. Même si parfois on est rattrapé par le bruit. Celui des avions du 14 juillet qui passent en rase-motte. Celui de la foule de ceux pour qui le bois est un lieu de promenade, surtout le week-end lorsqu’il fait beau. Un goût de vacances. Mais le bois est si vaste, si varié dans sa configuration, que l’on peut facilement s’isoler si on le souhaite. Retrouver une solitude salutaire. Même si ceux qui vivent dans la solitude ne l’on pas toujours librement choisie.

Claire Simon connaît bien le bois de Vincennes, qu’elle a dû parcourir de nombreuses fois avant même de se lancer dans le projet du film. Et lorsqu’elle l’explore caméra à l’épaule, elle devient immédiatement notre guide. De façon toute naturelle. Ce qui donne tout de suite un ton d’authenticité à ses commentaires. Des commentaires très personnels, avec des échappées poétiques. Des commentaires qui ne refusent pas un certain lyrisme. Qui le recherchent même parfois. Claire Simon connaît bien le bois. Son bois. Et elle aime s’y plonger. Elle aime suivre des transformations qu’impose le cycle des saisons. Et surtout, elle aime partir à la rencontre de ceux qui le fréquentent. Ses « habitants ». Car le bois est habité. Pas seulement par les oiseaux, les insectes ou autres animaux. C’est dire qu’il a une âme. Une âme multicolore. Polyphonique. Plurielle. Multiculturelle. Car le bois de Vincennes filmé par Claire Simon, c’est le bois de la diversité. Tout le contraire des parcs parisiens, où le dimanche matin, tout le monde court dans le même sens, au même rythme, avec la même tenue.

         Si Claire Simon aime le bois de Vincennes c’est aussi parce qu’elle aime y rencontrer toute sorte de gens, parler avec eux, leur poser des questions, dévoiler de la sorte un pan de leur vie. Il y a bien sûr des anonymes, ceux qui profitent du soleil dès le printemps, et qui envahissent les espaces verts. Ceux-là ne retiennent pas vraiment l’attention de la cinéaste. Elle préfère plutôt rencontrer des groupes constitués et pour qui le bois fait quasiment partie de leur communauté. Les cambodgiens par exemple, qui fêtent leur nouvel an. Ils sont venus en France pour fuir la terreur Khmer rouge. Des africains aussi qui grillent sur le charbon de bois poissons et poulet. Mais il y a surtout les solitaires. Ceux qu’il est beaucoup plus difficile de rencontrer et dont le contact est loin d’être immédiat. Mais Claire Simon est visiblement patiente. Et surtout ouverte à toutes les rencontres. Alors, cet homme – peut-on le qualifier de SDF ? – veut bien lui dévoiler la cabane qu’il habite dans un recoin bien caché du bois. Et même un voyeur exhibitionniste  n’a pas refusé la présence de la caméra.

Après la gare du nord, Claire Simon poursuit avec le bois de Vincennes son exploration des lieux parisiens qui peuvent avoir une dimension emblématique. Mais ne nous y trompons pas. Il ne s’agit pas d’un cinéma « parisien », ni d’un cinéma qu’on pourrait dire coloré de parisianisme. Car les rêves que peut susciter ce lieu bien réel ont tous les saveurs de l’universalité.

F COMME FLUX (MIGRATOIRES)

La mécanique des flux, film de Nathalie Loubeyre

Nous savons bien ce qui pousse les africains – comme les américains du sud ou du centre vis-à-vis des Etats Unis – à tenter de gagner l’Europe : la guerre et la misère, la présence continue de la mort sous les bombes ou par la maladie et la faim ; les conflits interminables et l’absence d’avenir et d’espoir. Nous savons aussi que les pays européens frontaliers  – comme les Etats Unis de leur côté – s’efforcent de transformer les frontières en barrières ou même en murs. Comme si le seul traitement possible de la question de l’immigration était de fermer les frontières, d’empêcher les migrants de pénétrer dans cet espace qui représente pour eux le salut, ou de les rejeter de l’autre côté si, d’aventure, certains réussissent à franchir tous les obstacles. Une mécanique toute simple en somme : aux forces qui veulent franchir la frontière il s’agit d’opposer des forces – plus fortes – qui leur résistent et même les détruisent purement et simplement.

Le film de Nathalie Loubeyre nous montre ce jeu de forces, des deux côtés de la ligne frontière de l’Europe. En Croatie d’abord, puis en Grèce. Il nous montre les policiers qui patrouillent dans les champs de maïs à la recherche de traces de souliers sur le sol qui indiqueraient un lieu de passage. Il nous montre ces images réalisées la nuit avec des caméras thermiques filmant de petits groupes ou l’on reconnait des silhouettes de femmes et d’enfants. Ils sont littéralement visés par la caméra qui évoque inévitablement une arme. Un jour, il y aura sans doute quelqu’un pour appuyer sur la gâchette.

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C COMME CARGO

Dead slow ahead film de Mauro Herce.

 L’océan. Dont on ne peut dire que l’immensité.  Un océan sans nom. Comme le bateau sur lequel nous sommes embarqués. Un voyage sans but, sans fin aussi, interminable. Qui ne se terminera jamais. Le film donc d’un voyage infini, dont on ne sait ni le point de départ, ni le port d’arrivée, ni les escales s’il y en a. Un bateau  sans nom qu’on ne voit jamais en entier. Un bateau filmé uniquement de l’intérieur. Un intérieur immense. Un espace clos, mais quasiment sans limite. Malgré la présence de murs. Un espace qu’on ne peut qualifier que négativement, par ce qu’il n’est pas, voyage d’agrément, de plaisance, croisière, tourisme, évasion, aventure…

Le film que réalise à l’intérieur de ce cargo impose au spectateur une double exigence. D’abord il lui faut renoncer entièrement aux schémas préétablis du spectacle cinématographique. Ici pas de récit. Aucune possibilité de se raccrocher à un soupçon de fiction. Le bateau ne peut d’aucune façon être constitué en personnage. Ni l’océan bien sûr. Les pièces du cargo peuvent tout juste être considérées comme du décor. Mais un décor qui ne décore rien. Il n’y a en fait personne pour le regarder. Nous ne sommes pas dans le registre de la contemplation. Il doit bien y avoir sur le bateau des marins, des hommes d’équipage. Oui. Mais ils n’ont pas plus de présence que l’océan lui-même. On sait qu’ils sont là. On les entend. Des voix anonymes. Comme l’on entend un appel signalant une voie d’eau, quelque part dans les cales. Un appel qui reste sans réponse, qui matérialise de façon sonore le vide dans lequel il se produit, puisqu’il n’y a personne pour l’entendre ou l’écouter. Ou bien encore dans la séquence des communications radio avec les familles, femmes ou enfants. Les marins, les navigants, on les entend, mais on ne les voit pas. Ils restent des voix, perdues dans le vide du bateau, de l’océan. Sont-ils entendus quelque part ? A l’autre bout du monde ? De toute façon, il ne se passe rien dans le film. Il n’y a pas de départ. Et pas d’arrivée. Et nous ne pouvons parler de navigation que parce que nous sommes à bord d’un bateau. Mais sommes-nous vraiment à bord d’un bateau La caméra, une caméra, sûrement. Pouvons-nous en dire plus ?

Tout ceci doit amener le spectateur – deuxième exigence du film – à s’interroger sur le statut des images qui lui sont présentées. Certaines images – les vues des nuages dans le ciel ou la proue du bateau recouvert par les vagues –  ont une dimension picturale évidente. Mais dans l’ensemble elle se donne –ou sont données – comme des images sans référent. Car le bateau, dans le film, reste fondamentalement hors champ. Un hors champ qui est en même temps un non-vu. Bref, des images qui ne sont que des formes colorées.

Si le film n’est pas une fiction, doit-on pour autant le considérer comme un documentaire ? Ce serait trop simple ! Car le film ne « documente » rien. Ni l’océan. Ni le bateau. Ni le voyage. Ni la navigation. Il n’explique rien. Il ne donne rien à voir qui permettrait d’expliquer, de connaître, de comprendre quoi que ce soit. Le film du vide en quelque sorte. C’est-à-dire de la mort – ce qui expliquerait le titre. Ou du moins la présence du mot dead.

Ce que nous dit alors ce titre pour le moins énigmatique au premier abord ne peut être que ceci : la mort est ce vers quoi nous allons tous. Lentement peut-être, mais sûrement.

 

S COMME SONITA

Sonita un film de Rokhsareh Ghaem Maghami

 Jeune Afghane de 13 ans immigrée en Iran depuis déjà sept ans, Sonita vit avec sa sœur et la petite fille de cette dernière. Elle travaille dans un centre d’accueil d’immigrés à Téhéran. Elle y fait des ménages et gagne ainsi un peu d’argent pour aider sa sœur à payer le loyer. En même temps elle suit aussi dans le centre d’accueil des cours, en particulier avec une enseignante  avec qui elle tisse des liens étroits et dont elle devient la protégée. Tout le début du film est ainsi consacré à décrire les conditions de vie de cette jeune immigrée dont le portrait se construit peu à peu. Mais cela n’est pas vraiment le sujet du film. Car Sonita n’est pas vraiment une adolescente comme les autres. Elle veut « s’en sortir », réussir, faire quelque chose dans sa vie. Ce quelque chose, c’est la musique, le rap plus précisément. Choix particulièrement osé et problématique. Car déjà qu’il est interdit en Iran pour une femme de chanter en solo, alors cette musique « dégénérée » qui vient de l’occident…Mais Sonita est particulièrement volontaire, motivée, combattante. Ce que disent très fortement les textes qu’elle écrit. Mais pourra-t-elle surmonter tous les obstacles qui se présentent sur son chemin ?

Le film est un documentaire qui se regarde comme une fiction. Essentiellement parce qu’il est réalisé comme une fiction. Les difficultés rencontrées par Sonita sont autant d’événements dont l’issue est toujours incertaine. Côté musique, tous ceux qu’elle sollicite – producteurs ou éditeurs qui pourraient enregistrer son titre – refuse de se mettre hors la loi et d’affronter ouvertement le pouvoir. Dans ces conditions, comment peut-elle réussir ne serait-ce qu’à se faire entendre ? Et puis il y a la tradition familiale. Sa mère est restée en Afghanistan, mais elle se rappelle un jour au souvenir de Sonita. Un véritable coup de tonnerre. Sonita a un frère ainé qui doit se marier – que sa mère veut marier. Pour cela il faut « acheter » sa fiancée (9000 dollars). Une somme impossible à rassembler. Seule solution, marier Sonita, à un inconnu évidemment, c’est-à-dire la vendre pour 9000 dollars ! Le film va alors prendre la forme d’une revendication de liberté,  d’une lutte contre le sort que réserve la tradition aux jeunes filles. Les textes qu’écrit et chante Sonita deviennent alors de véritables manifestes. Et le film contient du coup un véritable suspens : pourra-t-elle échapper au sort qui a toujours été celui de ses semblables ? Sans aide sûrement pas. Mais d’où celle-ci peut-elle venir ?

C’est ici que se situe la véritable originalité du film. Car l’aide dont Sonita a besoin va venir principalement de la réalisatrice du film. Déjà, dans de nombreuses séquences, celle-ci intervient en dialoguant avec Sonita, en lui posant des questions, en évoquant avec elle ses problèmes et les possibilités de solutions. Mais cela est relativement courant dans les documentaires actuels, dont unr des caractéristiques est justement l’engagement personnel du cinéaste dans son film, par sa présence à l’écran, ou par ses interventions orales venant, hors champ, de côté de la caméra. Mais ici, on va bien plus loin. C’est explicitement que le problème fondamental est posé : le cinéaste peut-il modifier, orienter, construire donc, la réalité qu’il film ? La réalisatrice peut-elle aider financièrement Sonita ? Peut-elle se transformer en deus ex machina qui peut par son argent – celui de la production ?-  donner au film une issue particulière, une fin heureuse s’entend ? Certes, en voyant le film, nombreux doivent être ceux qui ont tout de suite envie d’aider Sonita. Mais bien sûr aucun spectateur n’en a le pouvoir. Alors, comment une cinéaste seule peut-elle s’arroger celui de changer le cours des choses ? Certes, Sonita fait tout ce qui est en son pouvoir, par ses textes, par le clip qu’elle réalise – avec l’aide de la cinéaste là aussi – pour triompher de l’adversité. Mais le pourrait-elle sans le film qui est en train de se réaliser en suivant son combat ? Un combat dont on peut penser que bien d’autres l’ont définitivement perdu.

Un documentaire réalisé comme une fiction disions-nous. Un documentaire qui choisit sa fin et qui pour cela n’hésite pas à devenir interventionniste – ce qui est bien autre chose que le cinéma participatif que le cinéma direct avait inauguré dans les années 1960. A travers la réalisatrice de Sonita, la machine documentaire révèle ce qui peut être sa limite la plus extrême : ne pas hésiter à intervenir dans la réalité filmée pour aller dans le sens de l’attente supposée être celle des spectateurs – en l’occurrence ici le happy end.

Est-ce la fin du cinéma désintéressé ?

D COMME DANSE ( Anna Halprin)

D COMME DANSE ( Anna Halprin)

Anna Halprin et Rodin. Voyage vers la sensualité. Un film de Ruedi Gerber, Suisse, 2015, 62 minutes.

 Les danseurs sont dispersés dans la forêt. Les corps nus se mêlent aux troncs des arbres, deviennent branches. Une performance où les spectateurs eux-mêmes sont comme perdus dans le sous-bois. Et le montage alterne les gros plans sur les corps des danseurs et les statues de Rodin filmées en gros plans dans le musée qui est consacré au sculpteur à Paris. Une rencontre entre la danse et la sculpture, une confrontation surprenante au premier abord. Le mouvement d’un côté, l’immobilité de l’autre. Mais la danse peut très bien figer les corps et le cinéma animer les statues. La fugacité, l’évanescence côté danse, la pérennité, l’éternité, côté statues. Mais là aussi le filmage – et  surtout le montage – arrive à opérer une quasi fusion. Les danseurs deviennent des statues, sculptures vivantes, insufflant la vie aux œuvres de Rodin, ou plutôt montrant concrètement que ces œuvres sont vivantes, qu’elles ont toujours été vivantes, animées, c’est-à-dire pourvues d’une âme.

         Dans le film de Ruedi Gerber, cette performance occupe la longue séquence finale, nous faisant participer au spectacle tant les cadrages sont évocateurs et le montage toujours signifiant. Le film, pour nous conduire là, dans cette forêt, nous a montré la préparation, un stage mené par la chorégraphe aux vertus pédagogiques évidentes, sur une plage de Californie où le sable, les rochers et les vagues sont les éléments où les corps des danseurs peuvent se fondre, et les images allant des uns aux autres constituent elles aussi une très créative chorégraphie.

         Un film qui nous fait redécouvrir le génie de Rodin grâce au travail d’une chorégraphie nonagénaire et ses danseurs. Un film qui est tout à la fois danse et sculpture !

          Sur la danse voir

D COMME DANSE (Pina Bausch) D COMME DANSE (PINA BAUSCH)

D COMME DANSE (Ohad Naharin)  D COMME DANSE (Ohad Naharin )

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P COMME PEPITES

Les Pépites De Xavier de Lauzanne

On ne peut qu’être admiratifs devant l’œuvre humanitaire accomplie au Cambodge  par Christian des Pallières et sa femme Marie-France. En visite à Phnom Penh, ils sont frappés, c’est-à-dire choqués, par la vision, à la limite du supportable, d’une décharge à ciel ouvert où un nombre impressionnant d’enfants, tous plus miséreux les uns que les autres, essaient de récupérer à l’aide de crochets de fer, ce qui doit pouvoir être monnayé, on ne sait trop quoi en fait, mais qui doit leur permettre de survivre. Ils décident de leur venir en aide, de les nourrir, de les laver, de les habiller et de les instruire. Ils vont alors créer une école. Le film retrace cette belle aventure, une réussite donnée comme exemplaire dans tous ses aspects.

Les Pépites est construit à partir d’une alternance entre images d’archives et images actuelles (au moment de la réalisation du film), entre passé et présent donc, c’est-à-dire entre le travail long et périlleux d’élaboration et de mise en œuvre du projet de l’école et sa glorification aujourd’hui grâce aux témoignages des enfants qui en ont bénéficié, et surtout par le regard rétrospectif que porte sur l’œuvre accomplie le couple des Pallières. Côté archives, ce sont les plans tournés dans la décharge qui dominent. Des images insupportables, des tonnes d’ordures qui dégoulinent des camions au risque d’écraser ces enfants qui se bousculent pour y avoir accès, une véritable jungle où le plus fort n’hésite pas à bousculer le plus faible. On voit la multitude de mouches qui elles aussi se précipitent sur cette « manne », on sent la puanteur ; les gros plans des visages nous montrent la crasse, la fatigue, la peur aussi ou la résignation devant un sort que rien ne semble pouvoir modifier. Des images répétées tout au long du film. Une insistance dont le but est évident, émouvoir, choquer, bousculer le spectateur dans la quiétude de la salle de cinéma. Un but qui ne peut qu’être atteint, puisqu’on emploie les gros moyens pour cela.

Les images actuelles donnent la parole au couple et aux enfants qu’ils ont « sauvés », ceux qu’ils ont adoptés. Devenus adultes, ils évoquent leur calvaire passé avec beaucoup de retenue, disent comment ils ont retrouvé l’espoir, la joie de vivre même, comme le montre bien d’ailleurs l’affiche du film. C’est de loin la partie la plus intéressante du film. Les entretiens avec Christian et sa femme sont plus conventionnels. Lui sourit toujours. Elle ne réussit pas toujours à cacher ses larmes à l’évocation des moments les plus dures de leur action. Mais bien sûr c’est l’optimisme qui domine. Un optimisme que rien ne peut remettre en cause.  Un optimisme sans doute nécessaire pour ne pas se décourager devant les difficultés et l’immensité de la tâche. Et le résultat est là. Les plans sur les portes de l’école qui s’ouvrent pour laisser passer cette foule d’enfants en uniformes immaculés sont impressionnants. Des enfants éblouissants de gaité. Et Christian au milieu d’eux répond à leur salut, lui aussi rayonnant de joie.

Oui, on ne peut qu’être admiratif devant un tel héros. Un héros filmé avec tant de sympathie qu’après tout on finit par se dire que son œuvre valait bien un film.

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