I COMME IONATOS Angélique.

Les Iles se rejoignent sous la mer,  Litsa Boudalika, 2009, 55 minutes.

La mer omniprésente. Filmée depuis la côte, sur une île ou sur un bateau. Une mer toujours d’un bleu étincelant. Nous sommes en Grèce. Les femmes grecques sont-elles nées de la mer ?

Litsa Boudalika, cinéaste grecque, filme Angelique Ionatos, musicienne grecque.

Un film portrait, qui retrace la vie de la chanteuse, depuis son exil loin de sa Grèce natale, son point de chute en Belgique où elle chante dans les rues de Bruxelles pour pouvoir vivre, et son installation en France, où nous la retrouvons dans sa maison de Sartrouville. « Je suis née au Pirée, qu’est-ce que je fais à Sartrouville… » dira-t-elle en riant.

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Nous la suivons en tournée, de ville en ville, de concert en concert, pour lesquels il faut chaque jour installer à nouveau tout le matériel. La cinéaste la filme en particulier en Alsace. Elle est alors bien loin de la mer, mais la cuisine lui rappelle quand même, un peu, son pays natal.

Et nous la retrouvons en Grèce, dans sa famille. Son père était marin. La mer l’a enlevé tant de fois à son affection ! Dans un repas de retrouvailles elle chante pour tous ceux qui l’entourent en s’accompagnant à la guitare. Une séquence chargée d’émotion.

Un film consacré à une musicienne-chanteuse est bien sûr un film musical. Litsa Boudalika la filme surtout en concert, devant ce public dont elle se sent si proche et avec lequel elle communique pleinement. Des gros plans sur son visage plutôt que sur sa guitare, mettant en valeur cette voix si particulière. Et la cinéaste a le bon goût de nous faire découvrir les chansons in extenso et de sous-titrer les textes. Ceux qui ne comprennent pas le grec pourront quand même en savourer la poésie.

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Car ce film musical est aussi un film poésie, un film irrigué par la poésie, dès le titre, magnifique. Dans les chansons d’Angélique ensuite. Mais aussi, tout au long du film, des textes sont lus en voix off, une voix masculine ou féminine, en français ou en grec. Des textes d’Odysseus Elytis en particulier, ce poète prix Nobel, qui a tant inspiré Angélique et qu’elle a aussi chanté. Comme elle a aussi chanté les poèmes de Sapho. Une rencontre pleine de sens entre l’antiquité et la modernité.

Dernière séquence du film, une plage de galets, Angélique chante a cappella pour la caméra. En fond sonore, le bruit des vagues. La mer toujours.

 

D COMME DIALOGUE – Olivier Zabat 2

Yves, 2007, 75 minutes.

  • Il ne s’agit pas vraiment d’un portrait. Malgré le titre. Malgré la présence de gros plan du visage, ou les poses figées, en pied, face à la caméra. Malgré la présence privilégiée d’une personne. Tout ceci en fait bien un personnage. Personnage principal de surcroit. Mais, qu’en est-il de son identité. De son histoire. Ici il n’a pas de passé. Et rien, ou si peu de choses, dessine son avenir. Le film ne le présente pas. Il nous laisse le côtoyer, nous familiariser peu à peu avec son image. Au fond, un personnage de film n’est-il pas toujours qu’une image ?

Olivier Zabat :

Pour entamer ce dialogue, j’aimerais m’appuyer sur une citation de Serge Daney, une petite réflexion issue de ses écrits inachevés dans « L’exercice a été profitable, Monsieur». Il y définissait le film comme : un cadre, une image (la star) et des images (24 fois par seconde), ce qui me semble aller dans le sens de votre question sur le personnage en tant qu’image. Dans cette définition, l’essence d’un film est une question d’image qui s’énonce déjà à l’échelle du photogramme et de sa multiplication.

Comme vous le notez, Yves n’est pas vraiment renseigné en tant qu’individu, ni défini dans son identité, mais un certain nombre de points permettent à mon sens de le placer dans une histoire, celle du film dont il est en effet le personnage principal.

La séquence tournée en S-VHS présente dans le film, où l’on voit Yves visiblement jeune, est à la fois l’origine historique du film et le paradigme de son développement. Dans cet instantané, Yves (une image) se trouve dans un  pré, avec en arrière plan, un bois (un cadre). Yves a créé son propre  intervalle de temps d’existence dans le plan, défini à ses extrémités par l’appel d’un chien et sa venue (des images). Dans cet intervalle de temps, l’attitude de Yves face à l’objectif s’avère énigmatique, par ces moments de staticité dont je ne sais toujours pas si ce sont des poses photographiques ou des moments d’absence.

Même si je ne mets en avant aucune indication biographique ni sur Yves ni sur ce qui nous relie, l’image S-VHS dans son essence domestique place naturellement cette séquence à la tonalité estivale dans une sphère intime, une relation de « familiarité » entre filmé et filmeur, entre Yves et moi, suffisante je crois. Le film repose sur cet étant donné : Yves, figure de premier plan, qui partage un moment de fixité et de mouvement avec moi autour d’une caméra.

A partir de ces plans initiaux, j’ai élargi l’environnement d’Yves. Comme en dehors de ses vacances, Yves vit et travaille en ESAT, il est dès lors passé de figure d’un cadre intimiste  à une figure à l’épreuve de son  environnement. Yves s’est reformulé  de personnage principal à partie d’un collectif. Donc au début du tournage dans l’ESAT, il aurait été moralement abusif de considérer qu’Yves pouvait se poser d’emblée hiérarchiquement comme personnage de premier plan, et ainsi de positionner les autres membres du collectif comme des figures d’arrière-plan, de décor. En reprenant la définition de Daney, quelle est alors la  place d’Yves dans ce nouveau cadre, dont la nouvelle image est un groupe dont il  n’est qu’une partie ? Y a t-il une place pour une temporalité qui nous serait propre alors que les images ont dès lors les temporalités d’un  groupe assigné à des taches à la chaîne et des loisirs encadrés ? Le film se déploie dans ce sens.

  • Il ne s’agit pas non plus d’un film sur le handicap. Le handicap est bien là, présent sur l’écran, visible tout au long du film. Mais il n’est pas parlé. Rien ne le qualifie. Rien ne l’explique. Rien ne vise à le faire comprendre. Le film présente des situations. Des situations vécues. Des moments de vie. Pris parmi d’autres possibles. Des situations qui dessinent peu à peu un univers. La piscine, la forêt, l’atelier de travail.

Olivier Zabat :

Avoir fait le film sous l’angle du handicap aurait posé une vraie question morale: alors que tous les participants se sont montrés dans leurs aptitudes et leur compétences, alors que du groupe se sont finalement dessinées une somme de personnalités singulières, n’aurait-il pas été cynique de les contenir dans  une définition aussi réductrice que le handicap.

Mais à l’inverse, ça  aurait pu être une vraie faute de goût que de gommer ou de nier cette omniprésence du handicap. Il s’agit surtout de relativiser la prédominance d’un sujet – réducteur –  et d’ouvrir ainsi les possibilités du débat.

J’ai une belle anecdote  qui va  dans ce sens.

Il y a quelques années, j’ai présenté le film au cinéma l’Eldorado, à Dijon. Dans le public j’avais notamment remarqué la présence d’une dame assez âgée, venue à la projection au bras de sa fille.

Après la projection lors du débat, un homme prend la parole et déplore mon l’absence d’exhaustivité dans mon traitement des travailleurs sociaux qui encadrent le handicap dans le film. Lui-même était bien-entendu un travailleur social. La dame âgée prend la parole à son tour, pour le contredire: « Je non-voyante, je suis venu avec ma fille. Ma fille m’a décrit le film en direct et je suis totalement entrée dans le monde d’Yves ».

Dans ce cas l’appréhension du film par le recours au sujet s’oppose à l’appréhension du film comme épreuve et expérience sensibles. La prédominance d’un sujet ne laisse pas au spectateur la possibilité de poser librement un point de focale de son appréhension du film, neutralise son libre arbitre à choisir son propre angle de lecture du film.

D’autre part, entre les protagonistes et moi, il y a eu très peu de recours à la parole lors des tournages et par conséquent, le film est simplement à cette image.

Par contre, l’usage du langage dans le collectif –  souvent minimal – est capital  pour la structure du film, qui s’articule notamment sur le fait de désigner ce qui est vu, tout comme de mettre en image ce qui est nommé.

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  • On pourrait presque qualifier le film d’aquatique. Dès le premier plan. La première séquence. Dans la piscine, où l’on reviendra au cours du film. La première image: la magie de l’image de l’eau. Une image opaque. Opaque et diaphane. Bleutée. Avec ses reflets. Des reflets du soleil. Donc la lumière. L’opacité initiale est bien vite surmontée. La lumière envahit l’écran. L’eau c’est le jeu, le plaisir, le désir.

Olivier Zabat :

Le film s’inaugure dans deux scènes, l’image d’un collectif qui se dévoile et Yves comme individu. La piscine comme les enfants sont des scènes inaugurales qui au-delà de leur fonction introductive, dessinent les grandes lignes du film. Le plaisir à l’œuvre, le jeu ou la récréation se conjuguent inexorablement au labeur et à la difficulté à surmonter.

Je ne suis pas à l’aise dans le maniement des métaphores, mais, finalement beaucoup de choses sont dites dans cette scène inaugurale: un moment de loisir dans lequel un groupe fait corps et avance péniblement dans la brume et duquel se dévoilent et s’esquissent des personnages singuliers. Le film est inauguré dans une lumière qui devient formes, et se termine par une plongée dans l’obscurité.

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  • Les enfants. Dans une école maternelle. Dans la salle transformée en dortoir. La fin de la sieste. Le réveil des petits, un à un. Qu’il faut aider à s’habiller. Il y aurait dans cette école bien d’autres moments, bien d’autres situations, filmables. Mais c’est le choix d’une transition, entre le sommeil et l’activité. Le sommeil réparateur, qui efface la fatigue. Puis le retour au monde. Avec la présence des adultes. Et la vitalité nécessaire à la vie de groupe. A la vie de l’école qu’on devine dans l’entrebâillement d’une porte, l’espace d’une seconde. Et puis, il y a cet autre enfant, filmé seul, dans une maison, dans un pré. L’image de la vie.

Olivier Zabat :

L’enfant, tout comme  le chien dans la séquence VHS est appelé par Yves. Et j’ai pris cet appel au pied de la lettre. Le film est construit en suivant le paradigme d’une respiration entre absence et présence, entre apparition et évanouissement, présente dans la scène du pré. Tout comme Yves qui est dans cette double représentation entre intimisme et partie d’un corps social, j’ai choisi de faire naitre Adrien, l’enfant, dans un groupe, et j’ai choisi de le faire apparaitre au réveil sortant de l’obscurité. La mise en lumière et l’éclipse balisent le film et bien évidemment le réveil est la mise en lumière de l’enfant.  Adrien quitte d’ailleurs le film lorsqu’il s’endort. Après, la relation qu’entretiennent Yves et Adrien est purement filmique. Leur rencontre est probablement la scène la plus maladroite du film. Mais malgré tout, j’ai voulu les impliquer tous les deux dans une scène découpée ou ce qui en ressort est justement leur travail au service d’une scène, tout comme le travail d’atelier ou le travail de classe évoqué.

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  • Le travail. Des ateliers, « protégés». Des manipulations d’objets, des fleurs, du bois. Des situations calmes, lentes, sans urgences. Sauf cette séquence dans l’atelier des fleurs, où le « moniteur », le responsable, s’énerve. Parce que rien n’est fait comme il veut. Alors il montre ce qu’il faut faire. Il impose les gestes. D’un ton qui ne permet pas la discussion. D’ailleurs il n’attend pas qu’on lui réponde. Il ne s’attend pas à ce qu’on lui réponde. En fait il parle pour lui-même. Il impose l’impossibilité de la communication.

Olivier Zabat :

Le calme et l’harmonie apparents du travail en atelier se heurte à la réalité de l’ESAT et à la lenteur supposée harmonieuse du groupe, s’opposent in fine les rythmes du travail à la chaine. Rien n’explique directement la « crise »,  mais la massivité des bouquets de fleurs en plastique sous-entend qu’à ce moment c’est la productivité qui a pris le dessus, que l’hésitation et  la lenteur sont incompatibles avec le respect des délais de livraison d’une commande.

Vous avez vu juste sur la communication impossible et à sa parole, le collectif oppose une résistance calme mais déterminée.

Il y a une scène qui précède et prépare de manière indicielle à ce moment clé, où se pose la contradiction cruelle sur laquelle se déploie la scène: la scène d’observation des yeux.  On demande à des individus qui ont parfois du mal à distinguer la couleur de leurs propres yeux, d’organiser une production massive de bouquets en plastique en fonction de couleurs. C’est par cette évidence que se pose la vanité de la parole et des explications.

Doit-on voir dans cette scène sous angle d’un abus d’une personne valide envers des personnes handicapées, ou doit-on la voir sous un angle plus général et qui s’applique à l’ensemble du prolétariat, à savoir que c’est le corps et l’esprit du travailleur qui doivent s’adapter aux tâches qui lui sont confiées et non l’inverse.

Le travail en atelier dans l’ESAT semble toujours en équilibre instable entre tolérance et impératifs. Cette scène dépasse le cadre d’une relation éducateur spécialisé/ travailleurs handicapés, parce que c’est un rapport de classe qui se joue,  un bras de fer entre un contremaitre et des ouvriers qui en sortent vainqueurs (cet épisode se conclut par le chef d’atelier ignoré dans sa colère, et laissé les bras ballants).

Si on regarde le parcours d’Yves dans le film, il trouve sa place face à la caméra par des transgressions dans ses temps de travail et par des attitudes assez autoritaires. Il réussit à s’imposer comme figure principale en sortant du groupe et en lui tournant littéralement le dos dans un premier temps. Le film se termine par la scène des chevaux, ou Yves prend une fonction active de pivot, de personnage qui alterne des postures où il fait face à la caméra avec d’autres où il se fait personnage qui nous invite à voir avec lui en amorce, de manière distancié le groupe dont il s’est extrait. La circularité de cette scène est finalement la conclusion des différents cycles du film.

  • Un film assez classique au fond, puisqu’il s’agit de simplement filmer l’humanité de l’homme…

Olivier Zabat :

Je  prends le classicisme avec lequel vous qualifiez le film comme un compliment et bien qu’étant, vous le savez, réfractaire aux sujets, le handicap dont il est question devait être traité avec une sobriété qui donne le ton du film.

Et en effet, c’est un regard porté sur l’humanité. C’est pour cette raison que je me suis refusé à encadrer le film dans la notion de handicap. Cela aurait induit une catégorisation du groupe au mépris de la singularité des individus qui le composent, avec comme conséquence possible un effet inverse, le risque d’une stigmatisation d’un corps social.

Lire la première partie de ce dialogue, consacré au film Fading : 

D COMME DOLLAR

I Love $, Johan Van der Keuken, Pays-Bas, 1986, 140 minutes.

Un cours d’économie mondiale par cet inlassable voyageur qu’est Johan Van der Keuken. Quatre villes, quatre plaques tournantes de la finance, Amsterdam, New York, Hong Kong, Genève. Toute la fortune du monde. Partout la même frénésie dans les salles de marché, les mêmes mains qui s’agitent dans un langage incompréhensible pour le commun des mortels, les mêmes ordres criés au téléphone. Et partout des chiffres, sur de multiples écrans, des chiffres qui s’affichent, disparaissent, resurgissent dans un renouvellement incessant. De quoi faire tourner la tête !

Les banquiers, les financiers, les hommes d’affaire que Van der Keuken interrogent semblent bien loin de la frénésie et du vacarme des salles de marché, dans leurs grands bureaux feutrés, répondant calmement à leur interlocuteur. Ils essaient bien sûr de parler en spécialistes, expliquant l’état et les évolutions prévisibles de l’économie mondiale. Mais ce qui intéresse surtout le cinéaste, c’est leur relation personnelle à l’argent, la signification qu’il lui donne, la perception qu’ils ont de son rôle dans le monde. Les réponses varient très peu. Oui, ils sont fascinés par l’argent, son pouvoir de tout diriger sur la planète. Oui, ils feraient tout pour ce dieu, bien plus puissant que n’importe quelle divinité ancienne. De la Chine en passe de devenir elle aussi capitaliste à l’Amérique dirigeant le monde grâce au dollar, en passant par la vieille Europe, il n’y a plus qu’une seule religion, qu’une seule et même volonté humaine, celle de s’enrichir. Et les vœux maints fois répétés à l’occasion du Nouvel An par la télévision de Hong Kong résonnent bien au-delà de la mer de Chine. Richesse et Prospérité. En 1986, quand Johan Van der Keuken réalise son film, on parlait encore très peu de mondialisation, pourtant, en voyant le film aujourd’hui, on n’est absolument pas dépaysé.

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S’il filme les bourses et les banques du monde, Van der Keuken s’intéresse aux quatre villes qu’il a choisies et en dresse un portrait haut en couleurs jouant beaucoup sur les contrastes. Tout commence à Amsterdam, sa ville natale qu’il filmera bien plus profondément dans quelques années. Ici, il nous montre les jeux de dés dans un parc ce qui inaugure cet appât du gain facile que l’on retrouvera sur le champ de courses à Hong Kong. Il y a quand même quelques plans de canaux gelés et recouverts de neige. Un grand calme par opposition à la frénésie de la bourse.

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A New York, Van der Keuken s’intéresse au quartier portoricain. De longs travellings sur des façades d’immeubles en ruine ou ravagés par le feu nous montrent l’état de décrépitude de cette partie de la Grosse Pomme livrée à la spéculation immobilière. Dans un petit restaurant le fils de la cuisinière ne rêve que de pouvoir s’installer cinquième avenue pour faire découvrir la cuisine de son pays d’origine à ceux qui sont habitués au luxe. Il faut beaucoup d’argent pour cela. Mais en travaillant beaucoup, rien n’est impossible pour le rêve américain.

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La séquence sur Hong Kong est une véritable découverte en profondeur de la ville. Van der Keuken promène sa caméra sur les marchés, filme la profusion des légumes et de la viande. La nuit, ce sont les néons et les enseignes lumineuses de toutes sortes qui attirent son attention. Pour le repas traditionnel du Nouvel An, il filme une famille qui, des grands parents aux enfants, semblent apprécier vraiment beaucoup la variété des plats proposés. Comme l’explique le père de famille, plus on est riche, plus on mange car plus on achète de nourriture, plus on montre qu’on est riche. Hong Kong est une ville de plus en plus verticale où les immeubles de plus en plus hauts semblent pousser comme des champignons.

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Le retour en Europe, à Genève, est plus calme. Van der Keuken filme la chaire de Calvin et évoque les relations que l’on peut établir entre le capitalisme et la réforme, en référence aux théories de Max Weber qui n’est pourtant pas cité. Dans une école les enfants venant d’Italie, du Portugal, de Yougoslavie apprennent le français. Tous disent préférer Genève à leur pays dans lequel ils n’ont aucune envie de revenir. Et puis la Suisse, c’est le pays de l’horlogerie. D’où la visite d’une entreprise où le patron fait la louange de la compétence de son ouvrière qui travaille devant lui. A Genève, le luxe ce sont les voitures de course rouges et les montres en or avec bracelet de diamants dans les vitrines. Décidément, c’est bien la fascination de l’argent qui domine le monde.