F COMME FRANQUISME.

Le silence des autres, Robert Bahar et Almudena Carracedo, Espagne, 2018, 95 minutes.

Une vieille dame tout de noir vêtue et qui va quotidiennement, malgré ses difficultés pour marcher, porter un bouquet de fleurs sur le bord de la route où sa mère a été assassinée. Des statues à la mémoire des victimes du franquisme mitraillées. Deux images fortes qui devraient inciter les Espagnols, et les autres, à ne plus si facilement faire silence sur le passé.

Peut-on oublier une dictature, sa pratique de la torture, ses arrestations arbitraires et ses assassinats ? Quand on en a été la victime, certainement pas. Et il en est de même lorsque ce sont ses proches, sa famille, ses parents et grands-parents qui en ont été les victimes. Alors il est tout à fait normal qu’ils réclament justice. Et qu’ils luttent contre l’oubli.

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Après le retour à la démocratie, n’est-il pas dans l’ordre des choses que l’ensemble de la société tourne la page et regarde vers l’avenir plutôt que de revenir sans cesse vers un passé révolu. C’est ce qu’a tenté de faire l’Espagne postfranquiste et cet argument revient souvent dans le film, surtout dans la bouche des plus jeunes. Peu après la mort du Caudillo une loi d’amnistie est votée. Elle libère les prisonniers et interdit de poursuivre les crimes de la dictature. Beaucoup d’Espagnols sont favorables à cette loi. Surtout ceux qui de prêt ou de loin ont soutenu Franco et ont trempé dans les exactions du régime. Mais les victimes ?

Pour beaucoup d’Espagnols d’aujourd’hui il n’est pas possible de faire comme si rien ne s’était passé pendant les 40 ans de pouvoir du franquisme. L’exemple de Pinochet, le dictateur chilien, poursuivi par la justice espagnole est un exemple qui donne des idées. Les parents des victimes et les survivants de ces années noires décident alors de s’organiser, de sensibiliser la population et tenter par tous les moyens de briser le silence.

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Pour eux, les crimes contre l’humanité ne sont pas prescriptibles. Et la torture et les assassinats massifs de la dictature franquiste sont des crimes contre l’humanité. Ils doivent être condamnés au nom d’une justice universelle qui ne connait pas de frontière et se situe au-delà des lois nationales.

Mais les poursuites juridiques sont longues et sinueuses. En Espagne, la majorité des hommes politiques est opposée à toute action devant les tribunaux. Le juge Baltasar Garzon, qui avait inculpé Pinochet est dessaisi du dossier. Une action en justice en Espagne est impossible en vertu de la loi d’amnistie de 1977. Mais les victimes ne baissent pas les bras. Ils iront jusqu’e, Argentine, où une juge prend en main l’affaire, lance des poursuites contre les tortionnaires identifiés et formellement désignés par les victimes.

Le film suit les 6 ans d’actions juridiques menées en Espagne et en Argentine. Du côté des victimes, à qui il donne la parole, soit dans des entretiens personnels, toujours très émouvants, soit dans des interventions publiques  devant la justice en tant que témoins. L’ensemble est entrecoupé d’images d’archives, des images de la guerre civile espagnole, des déclarations de Franco, sa rencontre avec Hitler, l’annonce de sa mort, les manifestations populaires en sa faveur, pendant la dictature et après le rétablissement de la démocratie. Les cinéastes ne rentrent pas dans les différents aspects de la politique espagnole actuelle. Ils se contentent des déclarations brèves et sans appel d’anciens premier ministres refusant la révision de la loi de 77.  Ils adoptent plutôt un point de vue universaliste, évoquant la dictature chilienne, les génocides rwandais ou cambodgiens.

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De la lutte contre le silence en Espagne, rien ne semble acquis définitivement à la fin du film. Mais ce qu’il montre avec force, c’est que les victimes de la dictature, ceux qui ont subi la torture ou les mères célibataires des enfants volés, toutes ceux qui ont eu à souffrir d’un pouvoir tout puissant et inhumain, ne sont pas prêt de se taire tant que justice ne leur sera pas rendu.

M COMME MIYAZAKI.

NeverEnding Man : Hayao Miyazaki, Kaku Arakawa, Japon, 2018, 70 minutes.

Verrons-nous un jour sur nos écrans l’ultime film de Miyazaki ? Une histoire de chenille peut-être…

Le maître de l’animation japonaise va-t-il prendre sa retraite ? Il l’a annoncé à plusieurs reprises, mais il est toujours là, à sa table de dessin, à inventer des histoires. Pourrait-il renoncer à ce travail, lui qui est reconnu comme le maître incontesté de l’animation japonaise, ce qui n’est pas loin de signifier de l’animation mondiale. Il n’a plus rien à prouver bien sûr, mais nous espérons bien avoir encore l’occasion de découvrir un de ses films qui ravissent petits et grands et qui tous sont le fruit d’une imagination débordante.

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Le film qui lui est consacré par un réalisateur de ses amis est bien sûr un hommage. Mais surtout pas un hommage post mortem. A 78 ans Miyazaki est bien vivant, toujours acharné au travail. Même les week end et jours fériés il se retrouve dans son studio, le célèbre studio Ghibi qui a vu naître tant de chef-d’œuvre. Un studio qui pourtant, au début du film, est désert, puisque Miyazaki en a décrété la fermeture.

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Mais Miyazaki se sent vieux. Il dit qu’il a de plus en plus de mal à se concentrer. Et effectivement il a souvent l’air fatigué. Il parle souvent de la mort. Mais il est bien le seul à dire qu’il n’est pas loin de la fin. Car il a visiblement gardé toute sa force de conviction, dans la pertinence de ses choix esthétiques, la nécessité de maintenir le dessin à la main dans le cinéma d’animation, face aux images de synthèse.

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Le grand intérêt du film c’est de montrer ce grand créateur s’interroger sur le sens de son art et sur les évolutions introduites dans l’animation par l’ordinateur et l’intelligence artificiel. La machine pourra-t-elle bientôt (dans quelques années quand même) dessiner comme un être humain. Face aux jeunes promoteurs de cette révolution, Miyazaki est septique. Certes les images de synthèse peuvent atteindre une certaine beauté et il ne les rejette pas à priori. Mais dans le fond il reste fondamentalement attaché à ce qui a toujours été son travail, le dessin. Et c’est bien pourquoi le film répète, sans fin a-t-on parfois l’impression, les gros plans de son crayon sur le papier. Nous le retrouvons sans cesse, pendant les deux années durant lesquelles se déroulent le film (le changement des saisons est clairement inscrit à l’écran) dans son studio, à sa table de travail qu’il ne quitte semble-t-il que pour boire un café ou manger un bol de pâtes instantanées, toujours vêtu de son tablier de jardinier et répétant son geste d’énervement de se passer la main dans les cheveux. Miyazaki apparaît ainsi comme un créateur tourmenté, prêt à abandonner mille fois le projet de ce nouveau long métrage. Mais il trouve toujours en lui l’énergie nécessaire pour poursuivre. Et soyons sûr (même si le film laisse un peu planer le doute) que l’échéance fixée – les jeux olympique de Tokyo – sera tenue.

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Qui n’a jamais vu un film de Miyazaki découvrira ici les titres de ses œuvres avec quelques images dans une sorte de pot-pourri particulièrement rapide. Mais le film s’adresse à ceux qui ont reconnu depuis longtemps la richesse des œuvres du studio Ghibi et d’une grande part de l’animation japonaise. Voir Miyazaki au travail, avec son exigence de perfection, fait alors comprendre pourquoi il est possible d’y prendre autant de plaisir.

R COMME RENCONTRE – Brigitte Chevet

De formation journalistique, Brigitte Chevet est réalisatrice de documentaires produits et diffusés par la télévision. Pourtant son œuvre, déjà importante, n’a rien à envier à bien des films qui se parent de l’étiquette cinéma du seul fait de leur sortie en salle. Mais, Télévision et cinéma, où réside la différence ?

Les documentaires qu’a réalisés Brigitte Chevet sont avant tout des films d’auteur, et s’ils sont diffusés sur les chaînes de la télévision publique (nationale et régionale). Ce sont à n’en pas douter de véritables œuvre de cinéma. Brigitte Chevet ne nie pas les différences qui existent entre télévision et cinéma (elles sont de plus en plus évidentes: durées, financements, etc…). Mais elle s’en accommode parfaitement. Et elle sait faire de ce qu’on aurait tendance à considérer comme un handicap un point fort de son travail.

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Rencontre.

Sa formation de journaliste comportait une spécialisation de « reporter d’images ». C’est donc tout naturellement qu’elle s’oriente vers le reportage télévisé. Mais cela ne la satisfait guère: trop rapide, trop court, trop superficiel. Et c’est tout aussi naturellement qu’elle entreprend de réaliser des magazines, puis des documentaires sur des sujets qui lui tiennent à cœur, en développant son savoir-faire d’autrice et réalisatrice. Dans ce travail, elle n’a pas la prétention de faire œuvre artistique. Elle préfère plutôt le considérer comme de l’artisanat. Pourtant ses films ont une dimension toute personnelle. Elle y prend position sur des enjeux de notre époque, le démantèlement nucléaire par exemple à propos du cas de la centrale Brennilis. Elle ne renie nullement cette dimension engagée de son cinéma. Voilà une prise de position qui, dans sa bouche, n’a rien de la langue de bois. Il s’agit de faire bouger les choses autant que faire se peut, avoir un coup d’avance sur la réflexion des spectateurs. Sa caméra traite  de thèmes aussi variés que l’énergie solaire, les relations garçons-filles à l’adolescence, le parcours d’un poète à la rencontre d’habitants de HLM, ou de la désertification médicale en milieu rural.

Mais à la télé, peut-on librement développer ses idées sans avoir des comptes à rendre aux producteurs ou aux diffuseurs ? Certes la télé a ses contraintes. Si un film doit faire 52 minutes, ce n’est pas 53 ! Et elle ajoute même la durée du générique est imposée. Il ne s’agit pas de dire alors (de façon purement formelle) que l’on peut transformer ces contraintes en liberté. Non. Il n’est pas possible de faire comme si ces contraintes n’existaient pas. Seulement elles donnent un cadre et c’est dans ce cadre qu’il importe au cinéaste de développer son travail personnel.

S’il y a une liberté dans le travail de Brigitte Chevet, c’est celle de trouver une forme adaptée au sujet qu’elle veut traiter. Et effectivement ses films apparaissent tous très différents les uns des autres. Films d’immersion, film-enquête, film-portrait, films d’archives, film d’interviews…Au fil des films elle s’affirme comme exploratrice de formes. Mais cette recherche n’a rien de formelle. Visiblement pour elle, il importe avant tout de ne pas tomber dans la monotonie, ou les stéréotypes. Raconter une histoire au mieux, et pour le plus grand nombre.

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Elle a envie de progresser, d’apprendre toujours, prendre des risques. Pour elle, le meilleur de ses films est celui qu’elle n’a pas encore fait. Mais de tous, celui dont elle parle avec le plus d’enthousiasme, c’est L’Espionne aux tableaux. Avec ce portrait d’une résistante injustement oubliée (parce qu’il s’agit d’une femme) après la guerre, elle a le sentiment d’avoir fait œuvre utile d’historienne. Rose Valland, historienne d’art, travaillait au musée du Jeu de Paume – haut lieu du pillage systématique des œuvres d’art appartenant à des juifs par les nazis – pendant l’occupation. C’est là qu’elle a tenu un registre extrêmement précis des œuvres expédiées en Allemagne, ce qui permit à la libération de pouvoir en rapatrier un grand nombre et de les rendre à leur propriétaire. Mais pourquoi ces actes d’héroïsme ont-ils été si facilement oubliés ? Le film est donc à la fois un hommage à cette femme, à son action, et en même temps une réflexion sur les « lacunes » de l’histoire.

 

Brigitte Chevet vit et travaille à Rennes. Elle donne des cours parfois à l’université, ou accompagne des auteurs, une activité de formatrice qu’elle voudrait bien développer. En même temps elle est administratrice à la Scam, où elle travaille à une meilleure prise en compte des auteurs en région. Et puis surtout, elle poursuit son travail de documentariste. Et elle ne manque pas d’idées. Son dernier film est bientôt en montage, il s’agit cette fois d’un travail d’interviews : elle y questionne d’anciens jurés d’assises sur l’expérience citoyenne ultime, celle de juge d’un jour.  Elle poursuit l’écriture de deux ou trois autres projets, dont une enquête sur les représentations de la ménopause, un thème « tabou », un autre sur les violences conjugales, et un portrait de Jean Jouzel, le spécialiste du réchauffement climatique en France. Nous les attendons avec impatience.

Brigitte Chevet, une cinéaste documentariste heureuse !

 Sur L’Espionne au tableau (2015) : https://dicodoc.blog/2017/11/07/e-comme-espionne/

Et sur Brennilis, une centrale qui ne voulait pas s’éteindre (2004) : https://dicodoc.blog/2016/11/05/e-comme-ecologie/

Y COMME YIDDISHLAND.

Les Yatzkan, Anna-Cécilia Kendall-Yatzkan 2014, 73 minutes.

C’est l’histoire d’une famille. Une histoire riche, complexe, unique. Surtout pour la cinéaste puisqu’elle en fait partie. Mais il lui faudra attendre la disparition de sa mère pour qu’elle entreprenne d’en rechercher les documents les plus significatifs  – mais aussi les plus anodins – et d’en faire un film. Un film qui retrace donc une histoire familiale, racontée en première personne. Mais à cause, ou grâce à la personnalité du grand-père et à l’ensemble des activités qui ont constitué sa vie publique, cette histoire personnelle rejoint la grande Histoire – celle des peuples et des civilisations.

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Dans la famille Yatzkan, la figure prépondérante, c’est donc le grand-père, Samuel Yacov. Sa vie s’inscrit dans cette période qui va de la fin du XIX° siècle à la montée du nazisme en Allemagne et son arrivée au pouvoir. De la Lituanie, puis en Pologne, jusqu’à sa dispersion par la Shoah. Une vie passablement tourmentée donc. Il est journaliste, ou plus exactement éditeur de presse. Sa grande œuvre, c’est la création d’un journal « Haynt » phare de la  presse populaire du « Yiddishland » du début du XXe siècle. Un journal rédigé en Yiddish et qui incarne parfaitement cette culture que les nazis voudront faire disparaître définitivement. L’histoire de la famille Yatzkan est donc un excellent indicateur de la montée de l’antisémitisme en Europe. Et lorsqu’une partie de ses membres se résoudront à l’exil, elle montre comment sa survie a été difficile, problématique et pour tout dire miraculeuse.

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Le film repose donc sur les rencontres organisées avec les membres survivants de la famille, qu’il faut aller chercher jusqu’en Amérique. Mais la mère de la cinéaste est peu disposée à lui faciliter le travail et rechigne à évoquer ses souvenirs. Alors il faut bien se retourner vers les archives qui, concernant le grand-père et son journal, sont heureusement nombreuses.

Le film de Anna-Cécilia Kendall-Yatzkan est ainsi un bon exemple de la façon dont une histoire familiale peut avoir du sens au niveau de l’Histoire tout court. La première personne, qui en est l’expression initiale, devient tout naturellement un nous collectif. Il est vrai que l’activité journalistique du grand-père favorise grandement le changement d’échelle. D’autant plus que la culture Yiddish reste à découvrir pour ceux qui lui sont étrangers. Ce à quoi le film contribue avec une force de conviction intérieure tout à fait remarquable.

R COMME RÉALISATRICES – filmographie.

Les femmes réalisatrices de films documentaires sont nombreuses. Les esprits chagrins diront que c’est parce que les hommes se réservent le domaine de la fiction…Nous répondrons simplement que nombre de documentaires d’origine féminine sont parmi les plus créatifs de tout le cinéma !

Voici un inventaire, bien incomplet bien sûr,  une sélection personnelle mais qui montre la diversité et la richesse du cinéma documentaire des réalisatrices.

La filmographie de chaque réalisatrice ne cherche pas à être exhaustive. Elle sera complétée au fil du temps.

Photo : Carole Roussopoulos.

Abitbot Judith :

Vivere (2016)

Abramovich Fabienne :

Dieu sait quoi (2004) ; Liens de sang (2006) ; Un peu, beaucoup, passionnément (2016)

Adi Yasmina :

Ici on noie les algériens (2010)

Aellig- Régnier Raphaëlle :

Alexandre Tharaud, le temps dérobé (2013) ; Ostinato (2018)

Aghion Sabrina :

Mon voisin, mon tueur (2009)

Akerman Chantal :

News from home (1977) ; D’Est (1993) ; Sud (1999) ; De l’autre côté (2002) ; Là-bas (2006) ; No movie home (2015)

Albert Fleur :

Ecchymoses (2008) ; Vincent Dieutre, la chambre et le monde (2013)

Aldighieri Marion :

Le serment de Malicounda (2002) ; Emmanuelle Laborit, le chant des signes (2011) ;  Avec nos yeux ( 2013)

Allegra Cécile :

Haïti, la blessure de l’âme (2010) ; La Brigade (2011) ; Une enfance au travail (2013) ; Voyage en barbarie (2014) ; Black-out (2015) ; Etat-mafia : un pacte sanglant (2016) ; Anatomie d’un crime (2017)

Ancelin Clémence :

Habiter / Construire (2011)

André Yael :

Bureau des Inventaires systématiques de la mémoire résiduelle (2002) : Chats errants (2007) ; Quand je serai dictateur (2013)

Andriamonta-Paes Marie-Clémence :

Fahavalo, Madagascar 1947 (2018)

Angelini Claire :

Le retour au pays de l’enfance (2009) ;  La guerre est proche (2011) ; Et tu es dehors (2012) ; Ce gigantesque retournement de la terre (2015) ; Chronique du tiers-exclu (2017) ;

Arbid Danielle :

Seule avec la guerre (1999)

Aubry Noémi :

Et nous jetterons la mer derrière vous ( 2015) ; Une Autre Montagne (2017)

Audier Sophie :

Les chèvres de ma mère (2013)

Audouze Maïlys :

Le saint des voyous

Aviv Nurith :

D’une langue à l’autre (2004) ; Langue sacrée, langue parlée (2008) ; Traduire (2011) ; Annonces (2013) ; Poétique du cerveau (2015) ; Signer (2018) ; Yddish (2019)

Avouac Anne-Marie :

Agnès à tout prix (1999) ; Le mari de la femme du banquier ( 2000) ; Les caprices du Chef  (2001) ; Miami Vice  (2002) ; Le petit Charles (2003) ; America America (2004) ; A la poursuite de Madame Li (2005) ; Tiens–toi droite tu es une reine (2006) ; Evelyn, reine d’Afrique (2008) ; La salle à Marek (2009) ; Alors, ça baigne ! (2010) ; America America,  La suite (2012) ; Ma mère, mon poison (2017) ; Pornographie : un jeu d’enfant (2019)

Baichwal Jennifer :

Paysages manufacturés (2006) ; La dette (2011) ; Anthropocène, l’époque humaine (2018).

Barbé Anne :

Ceux de Primo Lévy (2010)

Baudoin Caroline :

La cinquième saison (2009)

Baus Emma :

Culture animale (2005), A la recherche des cendrillons russes (2006), Il était une fois l’instinct maternel (2007), La route de la non-violence (2009), Voler par-dessus les nuages (2010), Dimanche à la ferme (2011), Là-haut sur la montagne (2014), Trois petits chats (2015), Là-bas sur nos rivages (2015), A côté dans nos forêts (2016), Le mystère des dragons à plumes (2016), L’aube des mammifères (2016), Qui a tué les insectes géants ? (2016), Cinq petits cochons (2017), Malin comme une chèvre (2019).

Beckermann Ruth :

Retour à Vienne (1983) ; Homemad(e) (2000) ; American Passages (2011) ; Those Who Go Those Who Stay (2013) ; Rêveurs rêvés (2016) ; La valse de Waldheim (2018)

Benguigui Yamina :

Femmes d’Islam (1994) ; Mémoires d’immigrés, l’héritage maghrébin (1997) ; Le jardin parfumé (2000) ; 9-3, mémoire d’un territoire (2008)

Berda Virginie :

Les colombes du Bengale ; Père François Laborde : une vie au cœur des bidonvilles indiens.

Berger Géraldine :

Les orphelins de Sankara (2018)

Bernstein Catherine :

Assassinat d’une modiste (2005) ; T4 Un médecin sous le nazisme (2014)

Bertuccelli Julie :

La fabrique des juges (1998) ; La cour de Babel (2013) ; Dernières nouvelles du cosmos (2016)

Beugnies Pauline :

Rester vivants (2017)

Billet Claire :

Le dernier calife d’Afghanistan (2014) ; Justice pour Farkhonda (2015) ; Haya, rebelle de Ragga (2015) ; Comme une pluie de parfum ( 2015) ; Tu seras suédoise ma fille (2017) ; Cœur de pierre (2018)

Bitton Simone :

Palestine, histoire d’une terre (1993) ; Mur (2004) ; Rachel (2015)

Blanc Manuelle :

Persona, le film qui a sauvé Bergman (2018)

Bodet Pascale :

L’Abondance (2013)

Bonhommed Marie :

Les marches de Belleville (2019)

Boni-Claverie Isabelle :

Trop noire pour être française (2016)

Bonnaire Sandrine :

Elle s’appelle Sabine (2007) ; Ce que le temps a donné à l’homme (2015)

Bookchin Natalie :

Long Story short (2016) ; Now he’s out in public (2017)

Borgmann Monika :

Tadmor (2017)

Bories Claudine :

Monsieur contre Madame (2008) ; Les arrivants (2008) ; Les règles du jeu (2014)

Boucand Gaëlle :

J.A. (2020) ; Berliners (2017) ; Changement de décor (2015) ; Mexian (2014) ; J.JA (2012) ; Partis pour Croatan (2010)

Boudalika Litsa :

Photo de classe (1992) ;  Ma cousine lointaine (1999) ; Les Iles se rejoignent sous la mer (2009)

Bouffartigue Clara  :

 Tempête sous un crane (2011)

Bouley Barbara :

Et maintenant la quatrième partie de la trilogie commence (2009)

Bredier Sophie :

Nos traces silencieuses (1998) ; Séparées (2000) ; Corps étranger (2004) ; Femmes asiatiques, femmes fantasmes (2007) ; Elie et nous (2009) ; La Tête de mes parents (2011) ; Mon beau miroir (2012) ; Orphelins de la patrie (2014) ; Maternité secrète (2017)

Briet Chantal :

Hassina et Kamel (1992) ; Parlez-moi d’amour (1998) ;  Un enfant tout de suite (2001) ; Printemps à la source (2001) ; Alimentation générale (2005) ; J’ai quelque chose à vous dire (2007) ; J’habite le français (2008) ; L’année des lucioles (2013) ; Des huitres et du champagne (2018)

Brisavoine Emilie :

Pauline s’arrache (2015)

Broué Isabelle :

Lutine (2016)

Brun Dorine :

La cause et l’usage (2012) ; Projections (2017)

Brun Mélanie :

Il n’y aura pas de révolution sans chanson (2013)

Bruneau Sophie :

Par devant notaire (2004) ; Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés (2006) ; Terre d’usage (2010) ; Le prince Miiaou (2013) ; Rêver sous le capitalisme (2018) ;

Bruni Tedeschi Valérie :

Une jeune fille de 90 ans (2017)

Burel Anouck :

Les combattantes (2019)

Cabrera Dominique  :

Chronique d’une banlieue ordinaire (1992) ; Une poste à La Courneuve (1994) ; Demain et encore demain (1997) ; Grandir (2013)

 Calle Sylvia

Ma vie dans une valise (2004) ; Entre deux (2010)

Capelle Caroline :

Dans la terrible jungle (2018)

Caron Charline :

Ombre et lumière (2012)

Carton Lætitia :

La pieuvre (2009), Edmond un portait de Baudouin (2014) ; J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd (2015) ; La visite (2015) Le grand bal (2018)

Catella Catherine :

Un paese di Calabria (2016)

Castillo Carmen :

La Flanca Alejandra (1994) ; Rue Santa Fe (2007) ; On est vivant (2015)

Celesia Alessandra :

Le libraire de Belfast (2011) ; Mirage à l’italienne (2013)

Chardak Henriette

Jean Huss, désobéir pour la vérité.

Chaufour Lucile :

Violent Days (2009) ; East Punk Memories (2012) ; Léone, mère & fils (2014)

Chevalier-Beaumel Aude :

Rio, année zéro (2011) ; Sexe, prêche et politique (2016)

Chevet Brigitte :

Mourir d’amiante (2005) ; Jupe ou pantalon (2007) ; Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre (2008) ; Au fil de l’eau (2010) ; Docteur Yoyo (2010) ; Le menhir et la rose (2013) ; L’espionne aux tableaux (2015) ; Les voleurs de feu (2016) ; Les rumeurs de Babel (2017)

Choukri Dalila :

L’horizon ne s’arrête pas à la Courneuve (2016)

Chouraqui Margaux :

Exilés (2018)

Chupin Suzanne :

De l’encre sous la peau (2016)

Clarke Shirley :

Portrait of Jason (1967)

Colonna-Cesari Constance :

Les Diplomates du pape (2018)

Compan Inès :

La vie devant toi (1999) ; A ciel ouvert (2009)

Coulon Jill :

Tu seras sumo (2013) ; Voyage en occident (2015) ; Grandir (2018)

Courtès Marie-Christine :

Mille jours à Saïgon (2013)

Crepel Marion :

Ecrire le mouvement (2013)

Crouzillat Hélène :

Les messagers (2015)

Dambel Cathie :

Issue de secours (1998) ; A une lettre près (2001) ; Gaspard de la nuit (2004) ; Rosière (2008)

Dampierre Sylvaine :

Pouvons-nous vivre ici (2002) ; D’un jardin l’autre (2005) ; Le pays à l’envers ( 2009) ; Piazza mora (2013).

Darrouquy Caroline :

Défi de solidarité (2018)

Deak Marina :

Si on te donne un château, tu le prends? (2015)

Decaster Laïs

Je ne suis pas malheureuse (2018)

De Felice Daniela :

(G)rève général(e) (2007) ; Casa (2013)

 De Latour Eliane :

Little go girls (2015)

Deleule Sylvie :

La mort lente de l’amiante (2004) La vieillesse de Bruno, Annette, Jean-Loïc (2010) Hubert Nyssen, A livre ouvert (2010) Luis Sepúlveda, l’écrivain du bout du monde (2011) De la drogue dans nos assiettes (avec Rémy Burkel, 2012) L’Islande de Audur Ava Olafsdottir, Jon Kalman Stefansson, Arni Thorarinsson (2013) L’affaire Toutankhamon (2015) Au théâtre des aînés (2017) Le monde merveilleux des Youtubeuses (2018)

Deloget Delphine :

No London today (2008) ; Voyage en barbarie (2014)

Delumeau Martine :

Dassler contre Dassler (2013)

Demoris Emmanuelle :

Mafrouza (2007-2011)

Denis Claire :

Vers Mathilde (2005)

Détrie Delphine :

Jeune Bergère (2018)

De Sousa Dias Susana :

48 (2009)

Deyres Martine :

Le sous-bois des insensés, une traversée avec Jean Oury (2016) ; Les heures heureuses (2019)

Diaman Anca :

Le voyage de monsieur Crulic (2011)

Diaz Elvira :

Y Volveré (2013) ; Victor Jara N°2547 (2013) ; El patio (2016)

Diop Alice :

Clichy pour l’exemple (2006) ; Les Sénégalaises et la Sénégauloise (2007) ; La mort de Danton (2001) ; Vers la tendresse (2015) ; La permanence (2016)

Dols Alexandra :

Moudjahidate (2007) ; Derrière les fronts: résistances et résiliences en Palestine (2017) ;

Dorr Anne :

Fest Napuan (2015) ; Osons le bonheur (2018) ; Fraternité, les pistes en outre-mer (2018)

Doublet Ariane :

Les terriens (1999) ; Les bêtes (2001) ; Les sucriers de Colleville (2003) ; La maison neuve (2005) : Fièvres (2009) ; La pluie et le beau temps (2013) : Les réfugiés de Saint Jouin (2017)

Dréan Céline :

Le Veilleur (2010), Pascaline et Klara (2013), L’Hippodrome (206)

Driver Sara :

Basquiat, un adolescent à New York(2018)

Duchemin Eve :

En bataille, portrait d’une directrice de prison (2016)

Dumas Eléonore :

Tant que nos coeurs battront (2019)

Dumitrescu Ana :

Khaos, les visages humains de la crise grecque (2012) ; Même pas peur (2015) ; Licu, une histoire roumaine (2017)

Dumora Marie :

Le square Burq est impec (1997) ; Avec ou sans toi (2002) ; Emmenez-moi (2004) ; Je voudrais aimer personne (2008) ; La place (2011) ; Belinda (2016)

Eborn Anna

Pine Ridge (2013) ; Epifania (2016) ; Lida (2017); Transnitra (2019)

Echard Aminatou :

Djamilia (2018)

El Fani Nadia :

Laïcité Inch’Allah ! (2011) ; Même pas mal (2012) ; Nos seins, nos armes (2013)

El-Tahri Jihan :

L’Afrique en morceaux (2000) ; The House of Saud (2004) ; Cuba! Africa! Revolution! (2007) Behind the Rainbow (2009) ; Egypt’s Modern Pharaohs (2015)

Escriva Amalia :

Il naît de sources (1999) ; Le chant perdu de Grégoire (2005) ; 1,2,3…sommeil (2007) ; Le miroir aux alouettes (2010) ; Vierge et la cité (2014) ; Colonie (2016)

Fedoroff Delphine :

Après nous ne restera que la terre brulée (2014)

Feillou Anna :

Un exil espagnol (2007) ; Jacques, Jean-Bernard et Jean (2011) ; Effacée (2013) ; Aux Capucins (2015) ; Encore un été (208)

Férault-Lévy Leila :

Bon papa (2007) ; Gao Xingjian, celui qui marche seul (2012) ; Les ombres, un conte familial (2013) ; Luce, à propos de Jean Vigo (2016)

Feltin Mariette :

Raconte-moi ta langue (2008) ; Les enfants du dehors (2017)

Frésil Manuela :

Pour de vrai (2003) ; Entrée du personnel (2011) ; Le bon grain et l’ivraie (2018)

Gambart Marie-Christine :

Daria Marx, la vie en gros (2019) ; Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre (2019) ; Drôles pour toujours, Maillan – Poiret – Serrault (2018) ; La Maison des Hommes Violents (2017) ; Michèle Bernier, l’Irrésistible (2017) ;  Charles le Catholique, 1958-1969 (2017)  ; Dietrich/Garbo – L’Ange et la Divine (2016)

Gay Amandine :

Ouvrir la voie (2017)

Gervais Marion :

Anaïs s’en va en guerre (2014) ; La belle vie (2016) ; Louis dans la vie (2019)

Georget Anne :

Cholestérol, le grand bluff (2016) ; Adoption, le choix des nations, (2015) ; Festins imaginaires (2015) ; Quand un homme demande à mourir (2013) ; Maladies à vendre (2012) ; Questions d’éthique (2011) ; Une télé dans le biberon (2010) ; Maudit gène (2007) ; Les recettes de Mina, Terezin 1944 (2007) ; Éclats de fugue (2005) ; Louise, Amandine et les autres (2004) ; En quête d’asile (2003) ; Formules magique (2001); Histoires d’autisme (2000)

Gilbert Eléonore :

Hôtel Echo (2018)

Gillard Stéphanie :

The ride (2017)

Gillet Caroline :

Les mères intérieures (2019)

Gintzburger Anne :

Des femmes en colère (2019) ; La marche des femmes (2019) ; Les femmes du rond point (2019) ; Les gardiennes de l’île (2019) ; Routes solidaires (2019) ; Du fil à retordre (2018) ; Roman d’une adoption (2018) ; Les champs de la colère (2018) ; Coups sur corps (2016) ; Enfants du terril (2016) ; Parents à perpétuité (2015) ; Le monde et nous (2009)

Glanddier Sophie :

Le canapé de Mohamed (2014) ; Jess, vent de face (2018)

De Grave Marie-Eve :

Belle de nuit. Grisélidis Real. Autoportraits (2016)

Grando Coline :

La place de l’homme (2017)

Grégoire Charlotte :

Stam (2007) ; Charges communes (2012) ; Bureau de chomage (2015) ; Ceux qui restent (2018)

Guerber-Cahuzac Chloé :

L’autre naissance (2013) ; En territoire hostile (2019)

Guzman Urzua Camila :

Le rideau de sucre (2006)

Guzzanti Sabina :

Draquila : l’Italie qui tremble (2010)

Gueoguiva Elitza :

Chaque mur est une porte (2017)

Haglund Erika :

Le moindre centime ( 2012) ; Cinéma Woolf (2018)

Hahn Clarisse :

Ovidie (2000) ; Karima (2003) ; Les protestants (2005) ; Kurdish lover (2010)

Hannon Mireille :

Vers un retour des paysans (2000) ; Parlez-moi d’amour (2000) ; Dernier hommage (2004) ; L’écrire pour le dire (2005) ; L’affaire Montcharmont (2007) ; 43 tirailleurs (2011) ; Décrochage(s) (2012)  ; Le village métamorphosé (2016)

Hebert Clémence

Le bateau du père (2010) ; La porte ouverte (2014) ; Drôle de pays (2014) ; Kev (2018)
 

Hirte Anca :

Au nom du maire (2013) ; Ancasa (2015) ; Il respire encore (2016)

 Hoffenberg Esther :

Comme si c’était hier (1980) ; Les deux vies d’Eva (2005) ; Discorama, Signé Glaser (2007) ; Au pays du nucléaire (2009) ; Récits de Sam (2009)

Horovitz Pauline :

Pleure ma fille, tu pisseras moins (2011) ; Des Châteaux en Espagne (2013) ; Freaks ou Nouvelles Histoires comme ça (2016)

Howe Sarah Moon

En cas de dépressurisation (2009) ; Le complexe du kangourou (2014) ; Celui qui sait saura qui je suis (2017)

Ingold Isabelle :

Au nom du maire (2004) ; Une petite maison dans la cité (2009) ; Des jours et des nuits sur l’aire (2016) ; le monde indivisible (2018)

Issartel Fabienne :

Chacun cherche son train (2016)

Jaeggi Danielle :

L’homme que nous aimions le plus (2018)

Jäger Sabrina :

Mise à prix (2014)

Jannelle Bérangère :

Les Lucioles(2018)

Jeunehomme Marie-Paule :

Los Nietos (2008) ; Chronique basque (2012)

Jimenez Mary :

Du verbe aimer (1985) ; Loco Lucho (1998) ; La position du lion couché (2006) ; Le dictionnaire selon Marcus (2009) ; D’arbres et de charbon (2012) , Héros sans visage (2012) ; Sobre las bravas (2013) ; Face deal (2014) ; Sous le nom de Tania (2019)

Julliand Anne-dauphine :

Et les mistrals gagnants (2016)

Ka Marie :

La plume du peintre (2017)

Kamerlin Ingrid :

Vivian Vivian (2017)

Kaplan de Macedo Naruna :

Depuis Tel-Aviv (2009) ; Cité hôpital ( 2011) ; Depuis Médiapart (2018)

Kapnist Elisabeth :

La vie en vrac, le quotidien d’un hôpital psychiatrique de jour (2011) ; Solovki, la bibliothèque disparue (2013) ; Orson Welles, autopsie d’une légende (2014) ;

Kawase Naomi :

Genpin (2010) ; Trace (2012)

Kemff Frida :

Un refuge pour l’hiver (2014)

Kendall-Yatzkan Anna-Célia :

Les Yatzkan

De Kermadec Liliane :

La Route de la soie chinoise (2000) ;  La Très chère indépendance du Haut Karabakh (2005) ; L’histoire naturelle d’Armand David (2006) ; He Film (2011)

Kilani Leila :

Nos lieux interdits (2008)

Kirsch Laurence :

Grandir (1998) ; Surpris de nature (2000) ; Dans mon quartier coule une rivière ( 2002) ;  Présence silencieuse (2005) ; Naissance de Bartas (2009) ; Sylvaine ( 2010) ; Gagner sa vie ( 2012); Quiest celui-là? ( 2014) ; Villa ressources ( 2017) ; Prosper et la jeunesse pétillante (2017) ; Emma ( 2019)

Klaman Alison :

Ai Wei Wei : never sorry (2012)

Kolmel Anja :

Chris the Swiss (2018)

Komar Gaëlle :

La main au-dessus du niveau du coeur (2011) ; Le ridicule ne tue pas (2017)

Kourkouta Maria :

Des spectres hantent l’Europe (2016)

Kranioti Evangela :

Marilyn de Los Puertos (2013) ; Exotica, Erotica, Etc. (2015) ; Obscuro Barroco (2018)
 

Kronlund Sonia :

Nothingwood (2017)

Kunvari Anne :

Bénéfice humain (2001) ; Consultations (2003) ; Nos jours à venir (2004) ; Le moment et la manière (2014)

Laconi Edie

Les horizons (2008) ; Les petites mains (2009) ; Champ de bataille (2016) ; Ici je vais pas mourir (2019)

 Lafay-Delhautal Anelyse :

Consule à Katmandou (2014) ; Lyon ville de lumière (2014) ; Insulare ((2015) ; Merci Marie (2016) ; Prostitution le prix des larmes (2016) ; Pasta Cultura a Bologna (2017) ; Quand le patrimoine monte en station (2018) ; Mes parents sont homophobes (2018) ;   Arletty et Coco Chanel, la liberté absolue (2017) ; La table, le chef et le designer (2019).

Lamour Mariane :

La ruée vers l’art (2012)

Lapiower  Hélène :

Petite conversation familiale (1999)

Laurenceau Julia :

Rêve général (2008) ; Et Charles Benarroch à la batterie (2015); L’Ile (2016)

Lazar Florence :

Les Bosquets (2010) ; Kamen les pierres (2014)

Lefevre Quennell Carine :

Alzheimer mon amour (1998) ; Corps et Âme (2002) ; Pas de repos pour Granny (2003) ; Nuits blanches à l’hôpital (2003) ; Dans la peau d’un éducateur (2007) ; Mère Térésa, la folie de Dieu (2010) ; La boucherie est à vendre (2012) ; Green school, l’école sans murs (2017).

Leibovitz Barbara :

Annie Leibovitz : life through a lens (2007)

Lélu Elodie

Lettre à Théo (2018)

Lemoine Lisette

Amnesthésie (2014) ; La voie de l’hospitalité (2015)

Lenfant Anne :

Une chalbre à elle (2006)

Leonil Chloé :

La femme couchée (2016) ; Plaza de la independacia (2018)

Leuvrey Elisabeth :

La traversée (2012) ; At(h)ome (2013) ; Oh, tu tires ou tu pointes ? (2013)

Lévy-Morelle Anne :

Casus belli, sur les sentiers de la paix (2014)

Ley Ombline :

Dans la terrible jungle (2018)

Liénard Bénédicte :

Têtes aux murs (1997) ; D’arbres et de charbon (2012) ; Sobre las bravas (2013 ; Sous le nom de Tania (2019)

Linhart Virginie :

Simone de Beauvoir, On ne naît pas femme… (2007) ; 68, mes parents et moi (2008) ; Après les camps, la vie (2009) ; Juin 1940 : le piège du Massilia (2010) ; Ce qu’ils savaient . Les Alliés face à la Shoah (2012);  Jacques Derrida : le courage de la pensée (2014) ; Sarajevo, des enfants dans la guerre (2014) ; Vincennes, l’université perdue (2016) ; Jeanne Moreau l’affranchie (2017) ; Brigitte Macron, un roman français (2018)

 Loehr Ellénore :

Miel et magnésie (2012) ; Il était une fois Hamlet et Ophélie à Shanghai…(2016) ; Léo, Loulou, Jeanne et les autres (2018)

Loizeau Manon :

La Malédiction de naître fille (2006) ; Carnets de route en Géorgie (2008) ; Meurtres en série au pays de Poutine (2009) ; Chronique d’un Iran interdit (2010) ; L’immigration, aux frontières du droit (2011) ;Tchétchénie, une guerre sans traces (2014) ;Syrie : le cri étouffé (2017)

Loridan-Ivens Marceline :

Le 17° parallèle (1968) ; Comment Yukong déplaça les montagnes (1976)

Losier Marie :

The ballad of Genesis et lady Jaye (2011) ; Alan Vega, Just a Million Dreams (2013) Cassandro el exotico (2018)

Loubeyre Nathalie :

No Comment (2009) ; A contre-courant (2013) ; La petite dette qui monte qui monte (2014) ;  La mécanique des flux (2016)

Lynch Shola :

Free Angela Davis and all political prisoners (2011)

Maffre Marie :

Ainsi squattent-ils (2013)

Mbakam Rosine

Les deux visages d’une femme bamiléké (2016) ; Chez jolie coiffure (2018)

Malek-Madani Fery :

Les filles (2017)

Mangeat Anouck :

Et nous jetterons la mer derrière vous ( 2015) ; Une Autre Montagne (2017)

Marcos Norma :

Freud, Lacan : comment écrire leurs biographies ? (2011) ; Un long été brulant en Palestine (2018)

Marlin Lydie :

Barbès batailles (2019)

Mathieu Séverine :

Filles de nos mères (2001); L’écume des mères (2008) ; Les Rêveurs (2013)

Mèawaï Florence.

Les carpes remontent le fleuve avec patience et persévérance (2011)

Mercurio Stéphane :

Le bout du bout du monde (2000) ; Hôpital au bord de la crise de nerf (2003) ; A côté (2007) ; Mourir ? Plutôt crever ! (2010) ; A l’ombre de la République (2011), Après l’ombre (2017)

Mesa Catalina :

Jerico, l’envol infini des jours (2018)

Mikles Laetitia :

Kijima stories (2014)

Milano Hélène :

Nos amours de vieillesse (2005) ; Les roses noires (2012) ; Charbons ardents (2019)

Minder Véronika :

My generation (2012)

Mitteaux Valérie :

Caravane 55 (2003) ; Kings of the world (2007) ; Fille ou garçon, mon sexe n’est pas mon genre (2011) ; Des poules et des grosses voitures (2013) ; 8 Avenue Lénine (2018)

Moreau Lætitia :

Histoire d’une désinformation toxique (2016) ; Djihad, les contre-feux (2016)

Moreau Marie :

Une partie de nous s’est endormie (2014) ; Soleil sombre (2017)

Mréjen Valérie :

Valvert (2008)

Négroni Magali :

Adelita, sevilla y flamenco (1995) ; L’enfant torero (1996) ; Federico García Lorca (1998) ;

Osouf Valérie :

L’Identité Nationale (2012) ; Par delà les territoires (2017) ; Colonial remix (2018)

Otero Mariana :

La loi du collège (1994) ; Histoire d’un secret (2013), Entre nos mains (2010) ; A ciel ouvert (2013) ; L’assemblée (2017)

Ott Manon :

Narmada (2012) ; De cendres et de braises (2018)

Özdemir Tulin :

Au-delà de l’Ararat (2013)

Pagnot Bénédicte :

Islam pour mémoire, un voyage avec Abdelwahab Meddeb (2015)

 Panayotova Bojina

Je vois rouge (2018) ; L’immeuble des braves (2019)

Perceval  Elisabeth :

L’héroïque lande, la frontière brule (2018)

Perelmuter Viviane :

Ours (2005) ; Le vertige des possibles (2011)

Pernoud Fanny :

Appellation d’origine immigrée (2012) ; Les vies dansent (2017)

Piedboeuf Marika :

Mon premier rôle (2016)

Philippe Nora :

Les Ensortilèges de James Ensor (2010) ; Samtavro (2011) ; Pôle emploi, ne quittez pas (2013) ; Like dolls, I’ll Rise (2018).

Pinatel Flavie :

Ramallah Tirana (2013) ; Les chants de la Maladrerie (2017)

Pitoun Anna :

Caravane 55 (2003) ; Kings of the world (2007) ; Smaïn, cité Picasso (2011) ; Des poules et des grosses voitures (2013) ;  8 avenue Lénine (2018)

Plumet Béatrice :

Routes Perdues (2007) ;  Capture Mode (2010) ; Les Immobiles (2014) ; Les Images Parfaites (2016) ; Chroniques Impatientes (2016)

Porte Isabelle :

 Smoking no Smoking, le smoking au féminin (2013) ; Qu’importe le flacon, l’autrement du parfum (2013) ; MP 2013, un héritage pour Marseille (2014) ; Quand l’habit fait le moine (2016) ; Guerriers du silence  (2017) ; Filippo Sorcinelli, croire et voir (2017) ; Frédéric Poggi, una manera d’esse un omu (2018)

 

Pouch Charlotte :

Des bobines et des hommes (2017)

Poukine Alexe :

Sol mineur (2008) ; Petites morts (2008) ; Dormir dormir dans les pierres (2013) ; Sans frapper (2019)

Pradal Laure :

Deux Saisons pour grandir (2000) ; Chemin de femmes (2004) ; Le Miroir (2006) ; Grandir (2006) ; À ton tour Mireille (2008) ; Le Village vertical (2009) ; 1968 : journal d’une inconnue (2010) ; Parasols et Crustacés (2011) ; Âmes vagabondes (2012) ; En quête de justice (2014) ; La Vie sur l’eau (2015) ; Hors les murs (2016) ; Mimi, à fond la vie !(2017) ; Avoir 20 ans à Lunel (2018)

Prenant Franssou :

Paris, mon petit corps est bien las de ce grand monde (2000) ; Sous le ciel lumineux de son pays natal (2001) ; Le Jeu de l’oie du professeur Poilibus (2007) ; Bienvenue à Madagascar (2017)

 Pressman Frédérique :

Le monde en un jardin (2014)

Rabaud Marlène :

Kafka au Congo (2010) ; Meurtre à Kinshasa (2011) ; Caravane Touareg (2016) ; Congo Lucha (2018)

Rad Mina :

Pour moi le soleil ne se couche jamais (2012) ; Jean Rouch Regards Persan (2017) ; Contes Persan, Jean Rouch en Iran (2018) ; L’avenir du passé, Pierre et yolande Perrault (2019)

Rainer Yvonne :

Privilège (1990)

Reboulleau Lisa :

René R. (2014) ; L’Ultimu Sognu – Dernier Rêve à Petra Bianca (2019)

Régnier Isabelle :

La rue est à eux (2010)  ; Pièce montée (2012)

Régnier Stéphanie :

La loutre et le mobil home (2011) ; Kelly (2013) ; Eaux noires (2018)

Richard Anne :

L’affaire médiator ( 2011) ; Mère sans toit (2016) ; Défi de solidarité ( 2018)

Richard Chantal :

La vie en chantier (1996) ; Un jour je repaerirai (2002) ; Au nom des trois couleurs (2009) ; Mes parents n’avaient pas d’appareil photo  (2013) ; Ce dont mon coeur a besoin (2014)

Rios Palma Ketty :

Itinéraire d’un enfant placé (2017)

Robin Marie-Monique :

Le monde selon Monsanto (2008) ; Torture made in USA (2009) ; Notre poison quotidien (2011) ; Les moissons du futur (2012) ; Sacrée croissance !(2014)

Romand Françoise :

Mix-Up ou Méli-Mélo (1985) ; Appelez-moi Madame (1986) ; La règle du je tu elle il (2002) ; Ciné Romand (2009) ; Thème Je (2011)

Roucaut Magali :

Derrière les pierres (2016)

Roussillon Anna :

Je suis le peuple (2014)

Roussopoulos Carole :

Jean Genet parle d’Angela Davis (1970) ; Le Fhar (1971), Y’a qu’à pas baiser (1973) ; La marche des femmes à Handaye (1975) ; Les mères espagnoles (1975) ; Lip : Monique et Christiane (1976) ; Profession agricultrice (1982)

Sara Bouzgarrou Diane :

Je ne me souviens de rien (2017)

Schaeffer Clélia :

Violloncelles, vibrez ! ( 2016) ; Vie scolaire (2018) ; Jour de fête (2019)

Schiltz Anne :

Stam (2007) ; Charges communes (2012) ; Cello tales (2013) ; Orangerie (2013) ; Bureau de chomage (2015) ; Ceux qui restent (2018)

Seghezzi Christine :

Chair de ta chair (2004) ; Minimal land (2007) ; Stéphane Hessel, une histoire d’engagement (2008) ; Avenue Rivadavia (2012) ; Histoires de la plaine (2016)

Sénéchal Rébecca :

Les filles (2016)

Serreau Coline :

Solutions locales pour un désordre global (2009) ; Tout est permis (2014) ;

Seyrig Delphine :

Maso et Miso vont en bateau (1976) ; Sois belle et tais-toi (1976)

Simard Liane :

Il était six fois (2017)

Simon Claire :

Les patients (1989) ; Récréations (1993) ; Coûte que coûte (1994) ; 800 kilomètres de différence (2001) ; Mimi (2002) ; Géographie humaine (2013) ; Le bois dont les rêves sont faits (2015) ; Le concours (2016) ; Premières solitudes (2018)

Sissani Fatima :

La langue de Zahra (2011) ; Les gracieuses (2014) ; Tes cheveux démélés cachent une guerre de sept ans (2017)

Spitzer Barbara :

On travaille pour quoi? (1997) ; L’ombre d’Angkor (1997) ; La grève éternelle (1999) ; Ce qu’il en reste (2009) ; En remontant les vieilles routes (2012) ; Un corps qui cause  (2016)

Teixeira Camille :

Vivre autrement (2013) ; Accoucher autrement (2019)

Teles Leonor :

Terra Franca (2018)

Thiaw Rama :

Boul Fallé, la voie de la lutte (2009) ; The Revolution Won’t be Televised (2016)

Thirode Pascale :

Nos rendez-vous (2001) ; Peinture fraiche (2002) ; Aqua in Bocca (2009) ; Benny Levy, traces d’un enseignement (2014)

Tijou Brigitte :

Les marches de Belleville (2019)

Tissier Catherine :

Laïla (1997)

Traore Dahlberg Thérésa :

Ouaga girls (2017)

Trebal Nadège :

Casse (2014)

Treilhou Marie-Claude :

Paroisses, paroissiens, paroissiennes (1995) ; En cours de musique (2000) ; Les Métamorphoses du chœur (2005) ; Couleurs d’orchestre (2007)

Tura Laetitia :

Les messagers (2015)

Turco Lydie :

La voix de l’écolier (2010) ; Culture en scarabée (2016)

Varda Agnès :

Ô saisons Ô châteaux (1957) – L’Opéra-Mouffe (1958) – Du côté de la côte (1958) – Salut les Cubains (1963) – Elsa la rose (1966) – Oncle Yanco (1967) –  Black Panthers (1968) – Daguerréotypes (1975) – Réponses de femmes (1977) – Mur, murs (1980) – Ulysse (1982) – Les dites Cariatides (1984) – T’as de beaux escaliers, tu sais (1986) – Jane B par Agnès V (1987) – Les demoiselles ont eu 25 ans (1992) – Les cent et une nuit de Simon Cinéma (1994) – L’univers de Jacques Demy (1995) Les glaneurs et la glaneuses (1999) – Deux ans après (2002) – Ydessa, les ours et etc. (2004) – Les plages d’Agnès (2008)Agnès de-ci de-là Varda (2011) – Visages Villages (2017)

Velissaropoulou Niki :

Nous ne vendrons pas notre avenir (2018)

Vermeersch Laure.

Alcyons (2015)

Vignal Vanina :

Après le silence (2012)

Villar Catalina :

Les parrains de la drogue (1995) ; Toto la Monposina (1998) : Cahiers de Medelin (1997-1998) ; Patricio Guzman, une histoire chilienne (2001) ; Bienvenidos a Colombia (2002) ; Invente moi un pays (2005) ; La Nueva Medellin (2016) ; Camino (2018)

Villers Violaine de :

Madame S., Monsieur S. (1990) ; Mizike Mama (1992) ; Revivre (1996) ; Paroles contre l’oubli. Rwanda-Burubdi ( 1996) ; O couleurs (1998) ; Le vent de Mogador (1999) ; Mon enfant, ma soeur, songe à la douleur (2005) ; Mirage (2007) ; Parlons couleurs (2007) ; Les carrières de Roby Combain (2014) ; <la langue rouge (2016) ; Chine’87, les autres (2017)

Viver Lucie :

Sankara n’est pas mort (2020)

Voignier Marie :

Hinterland (2008) – L’hypothèse du Mokélé M’Bembé (2011) – Tourisme international (2014)

Von Trotta Margarethe :

A la recherche d’Ingmar Bergman (2018)

Wartena Katharina :

Tenir la distance (2016)

Weber Eléonore :

Il n’y aura plus de nuit (2020) ; Night replay (2012) ; Silence dans le fortin (2002).

Weira Amina :

La colère dans le vent (2016)

Wisshaupt-Claudel Lydie :

 Il y a encore de la lumière (2006) ;  Sideroads, (2012) ;  Killing Time, entre deux fronts (2015)

Zajdermann Paule  :

Mères filles pour la vie (2005)

Zauberman Yolande :

Classified people (1988) ; Caste criminelle (1990) ; Would you have sex with an Arab ? (2011) ; M (2018)

Zoutat Yamina :

Les Lessiveuses (2010) ; Retour au Palais (2017)

Zylberman Ruth :

Maurice Nadeau, le chemin de la vie (2011) ;  Une présidente pour l’amérique, mode d’emploi (2012) ; Héritiers (2015) ; Les enfants du 209 rue Saint-Maur – Paris Xème (2017)

B COMME BRÉSIL 2 .

Puisque nous sommes nés, Jean-Pierre Duret et Andrea Santana, France-Brésil, 2008, 90 minutes.

Une station-service, sur le bord d’une grande route, c’est tout un monde. Le soir surtout, elle déborde d’activités. Les gros camions, imposants avec leurs remorques, s’y arrêtent pour faire un brin de nettoyage, surtout des pare-brise. Bien alignés sur les parkings, ils sont prêts à repartir à la première heure le lendemain. Les cars déversent leur cohorte de touristes qui se précipitent sur les boutiques, choisissent quelques souvenirs et se rendent au restaurant. Dans le film de Duret et Santana, deux adolescents du coin s’y rendent tous les soirs et y passent une bonne partie de la nuit, essayant de gagner quelques sous ou de trouver quelques restes mangeables sur les tables abandonnées. Ils évoquent leur vie, leurs souffrances, leurs rêves, quand ils en ont encore.

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Le film est placé sous le signe du trafic routier, intense, rapide, bruyant. L’ouverture montre des enfants jouant sur un muret en bordure de la route. Les rafales de vent provoquées par les camions lancés à toute vitesse sont tellement violentes qu’on a l’impression qu’ils ont du mal à rester debout. Mais c’est cela leur jeu. Une façon encore innocente de côtoyer la mort.

« Que fais-tu pour oublier ta faim quand tu n’as rien à manger ? », demande l’un des adolescents à son copain. Cocada, le plus grand, ne rêve que d’une chose, devenir chauffeur routier. Il passe déjà la nuit endormi dans la cabine de son ami chauffeur qui le considère presque comme son fils. Il a vu son père assassiné mourir dans ses bras. Une blessure qui reste indélébile en lui. Son copain, Nego, n’a plus de rêve d’avenir. Il parle de chercher un poison pour en finir rapidement. Sa mère a dix enfants, ce qui fait beaucoup à nourrir. Son père est parti, ou il est mort, on ne sait pas très bien. En tout cas, il n’a pas de père. Nego passe sa journée en petits travaux domestiques, égrène le maïs, garde les chèvres. Parfois il gagne un peu d’argent en portant sur une brouette les achats d’une vieille dame. Sa mère insiste pour qu’il aille à l’école et fasse ses devoirs. Mais le film ne montre pas l’école. Existe-elle seulement ?

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Puisque nous sommes nés est réalisé pendant la campagne électorale qui conduira à la réélection de Lula, le « président des pauvres », comme il le dit dans un fragment de discours qui nous est donné à voir. Tout au long du film, des haut-parleurs appellent à voter pour les élections législatives. Mais cette agitation politique ne semble pas préoccuper en quoi que ce soit les adolescents. Les adultes non plus d’ailleurs. Les contraintes de la vie quotidienne, avec ses incertitudes, ne leur en laisse guère le temps… Le vieux fabricant de tuile, par exemple, a du faire bruler le cadavre de sa vache morte. Il en achète une autre mais devra faire un nombre impressionnant de tuiles supplémentaires pour payer ses dettes.

Comme les deux précédents films du tandem Duret-Santana (Romances de terre et d’eau ; Le Rêve de São Paulo) Puisque nous sommes nés est un film qui montre la difficile survie d’une partie de la population brésilienne. Lors de la distribution d’eau effectuée par un camion-citerne, certains repartent sans avoir pu remplir leur bassine de la moindre goutte. La route elle, est toujours animée. Le trafic ne s’arrête jamais. Cocada réussira-t-il à l’emprunter un jour au volant d’un camion ? Pour l’heure, il fait partie de ceux qui regardent passer la circulation et restent sur le bord de la route.

O COMME OGM.

Tous cobayes ? Jean-Paul Jaud, 2012, 115 minutes.

Ce film peut être considéré comme exemplaire du cinéma écologiste engagé, défendant une grande cause, dénonçant avec force les dangers que font courir à la planète les OGM et le nucléaire, visant à éveiller les consciences, à provoquer un sursaut de la raison pour s’opposer, refuser, exiger qu’on arrête enfin cette course absurde au profit qui ne peut que conduire à la catastrophe.

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            Quelle efficacité peut-il avoir ? Les militants y trouveront de quoi argumenter des débats et sentiront l’urgence d’entreprendre des actions percutantes. Les autres reprocheront peut-être au film d’être sans nuance et en fin de compte de ne prêcher que pour sa propre chapelle.

            Le film débute par une attaque en règle contre les OGM en s’appuyant sur les données de la seule recherche scientifique à long terme, réalisée par l’équipe du professeur Gilles-Éric Séralini, très présent dans le film. Cette recherche porte sur les effets des pesticides associés au maïs transgénique présents dans l’alimentation des rats. Les images des pauvres bêtes recouverts de tumeurs énormes sont accablantes. Le film donne aussi la parole à Corinne Lepage, députée européenne très engagée dans la lutte contre les OGM, à des agriculteurs et aux « faucheurs volontaires », dont José Bové. Tous dénoncent le manque de transparence et les pressions des multinationales pour imposer le silence et cacher la vérité. D’ailleurs, ce sont ces mêmes sociétés industrielles qui conduisent les expérimentations sur leurs propres produits et les font en outre classer « confidentielles ». Les moyens, notamment financiers, dont peut disposer un cinéaste sont bien dérisoire face à ceux que mobilisent ces multinationales. Mais même si un tel combat peut paraître à beaucoup perdu d’avance, pour un cinéaste engagé, il y a là plutôt une raison de plus de ne pas baisser les bras.

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La catastrophe de Fukushima ne pouvait évidemment qu’accroitre les craintes – et les angoisses – concernant les dangers du nucléaire. C’est sans doute pour cette raison que le film s’oriente dans sa deuxième partie sur les menaces du nucléaire, présentées comme participant de la même logique que le problème des OGM. Jean-Paul Jaud se défend de proposer une vision apocalyptique de l’avenir. Mais les infographies montrant les conséquences d’éventuelles explosions des centrales françaises sur l’environnement et la population s’apparentent bien à un scénario catastrophe. Quelles solutions proposer ? Pour le film, l’arrêt le plus rapidement possible des réacteurs nucléaires est la seule solution. Est-elle réaliste ? Le film ne dit rien sur les conséquences d’une telle décision.

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Un tel film veut dresser un constat irréfutable. Mais peut-il être vraiment perçu comme donnant des informations objectives dans la mesure où il tient pour acquis dès le départ ce qu’il est censé avoir démontré à son terme ? C’est là tout le problème du cinéma militant. Concernant l’écologie, il ne peut certes pas être assimilé aux films de propagande qu’on a pu connaître sous les régimes totalitaires. Mais sa place réelle dans les débats de société actuels n’en apparaît pas moins comme problématique. À se situer uniquement dans le registre du militantisme, ce cinéma ne court-il pas le risque d’être marginalisé ? Augmenter son audience, trouver un public au-delà des seuls militants des causes défendues, est le problème le plus urgent qu’il a à résoudre.

B COMME BIO.

Nos enfants nous accuseront, Jean-Paul Jaud, France, 2008, 107 minutes.

Les enfants de Barjac, petite commune du Gard, ont de la chance. Sur décision du maire, ils mangent bio à la cantine, comme les personnes âgées à qui les services municipaux livrent les repas. Une décision qui résulte d’une prise de conscience. Comme le film l’affirme dès son ouverture, la jeune génération est en moins bonne santé que celle de leurs parents. Et cela tient à l’augmentation des maladies (cancer, diabète, stérilité) liées à des facteurs environnementaux. Il est grand temps de faire attention à ce que nous mettons dans nos assiettes et de changer nos pratiques alimentaires. Le film de Jean-Paul Jaud propose une solution : passer à l’alimentation bio !

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         Si l’on regarde ce que mangent les enfants dans une cantine traditionnelle, le constat fait frémir, surgelés et légumes en boite sont gorgés de pesticides, de métaux lourds, de colorants et de conservateurs qui sont autant de produits chimiques. Le bio permet non seulement de retrouver une nourriture saine, mais aussi beaucoup plus savoureuse parce que naturelle et composée de produits issus d’une agriculture locale artisanale. L’usage des pesticides et des engrais chimiques dans l’agriculture est donc mis sur la sellette. Et cela ne concerne pas seulement la santé des agriculteurs. C’est la protection de tout notre environnement qui est en jeu.

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         Les élèves de l’école de Barjac sont ravis. Le pain bio est nettement meilleur ! La mobilisation en faveur de l’initiative municipale est d’ailleurs de grande ampleur. Les cuisiniers sont convaincus de travailler pour la bonne cause. Les réunions avec les parents visent à développer l’alimentation bio dans les familles pour être en cohérence avec l’école. Et en classe, les maîtresses trouvent aussi dans une pédagogie active des occasions de sensibiliser leurs élèves. La culture de salades et de légumes dans le jardin pédagogique est une activité collective qui dure toute l’année. On comprend le plaisir des enfants qui savourent les fraises qu’ils ont eux-mêmes cultivées.

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         Nos enfants nous accuseront est un film militant dans la même veine que les autres réalisations de son auteur. Alternant les prises de paroles d’experts internationaux et l’action concrète sur le terrain, son côté démonstration didactique est renforcé par l’accumulation de données chiffrées présentées en surimpression sur les images. Des images qui jouent souvent sur la beauté des paysages. Le Gard est une très belle région. En sortant du film, on ne peut que souhaiter la préservation de cette nature sauvage. De quoi faire rêver ceux qui ne peuvent faire autrement que vivre dans les banlieues des grandes villes.

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V COMME VILLE MODÈLE.

Grande-Synthe, Béatrice Camurat Jaud, 2018,

Grande-Synthe, une ville où tout le monde aimerait vivre ? Pas exactement. Car la ville connaît bien des problèmes. Mais elle sait y faire face. Et la cinéaste ne cache pas son admiration.

Grande-Synthe est située sur la mer du nord, à proximité d’un complexe sidérurgique (ArcelorMittal-Dunkerque)  et d’une centrale nucléaire. Bonjour la pollution !

Elle n’est pas non plus très loin de Calais et lors du démantèlement de la « jungle » elle a connu un afflux de migrants candidats au passage en Angleterre. Comment les accueillir ?

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Et puis le taux de chômage est important, supérieur à la moyenne nationale.

Dans ces conditions comment peut-il faire bon vivre à Grande-Synthe ?

En trouvant des solutions à ces problèmes Oh, pas des solutions miracle qui résoudraient toutes les difficultés d’un seul coup. Mais des actions quotidiennes, mobilisant les citoyens et les gens de bonne volonté.

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Pour la transition écologique, des jardins « ouvrier » sont créés au pied des immeubles et les cantines scolaires sont devenues entièrement bio.

Pour les réfugiés un camp va pouvoir les héberger et avec l’aide des associations (Emmaüs en particulier) ils seront nourris. Bien sûr cela ne résout pas tout et les tensions entre les différentes communautés subsistent, jusqu’à l’affrontement, comme le prouve l’incendie du camp.

Pour le chômage, c’est plus difficile…Mais si on peut au moins créer des conditions d’un bien-vivre, ce ne serait déjà pas si mal.

Le film entremêle plusieurs types d’éléments.

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D’abord il joue beaucoup sur la qualité des images, que ce soit celles des usines, souvent filmées la nuit, avec leur jeu de lumière et le feu des hauts-fourneaux à quoi s’ajoute les volutes de fumées dans le ciel. Il en est de même pour la séquence consacrée au carnaval, avec ses gros plans sur les visages peints, les fanfares et la foule en liesse. Comme quoi tout n’est pas gris et terne dans le nord.

Deuxième élément du film, l’entretien avec le maire, omniprésent tout au long du film. Il faut dire qu’il sait parfaitement présenter son action, et l’on ne peut qu’être séduit par sa sincérité, son enthousiasme et l’émotion qu’il n’arrive pas toujours à dissimuler.

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Enfin, le film est jalonné par les interventions d’un petit groupe de jeunes comédiens. Ils montent une pièce sous la direction d’une metteure en scène en résidence au théâtre de la ville. Dans les rues ils déclament, souvent avec véhémence, des textes engagés qui n’éclairent pas vraiment la situation de la ville d’un jour nouveau. Le maire, lui, est plus mesuré dans ses propos et finalement plus agréable à écouter.

Grande-Synthe laboratoire de l’avenir ? Peut-être. En tous cas ce que montre le film, c’est que la pire des choses serait dans l’inaction.

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R COMME RÉPONDEUR.

Ce répondeur ne prend pas de message, Alain Cavalier, 1978, 65 minutes.

Voici un film surprenant, déroutant même, surtout pour qui découvre avec lui l’œuvre documentaire d’Alain Cavalier. Un homme qui s’enferme chez lui (il n’y a pas d’autre personnage dans le film), qui vit la tête entourée de bandelettes comme une momie ou comme l’homme invisible et qui repeint son appartement en noir, n’est-ce pas signe de maladie mentale, de folie même ?

Pourtant si le film est vraiment un film noir, un film sur le deuil, la souffrance, la solitude, ce n’est pas un film qui renvoie en quoi que ce soit à une problématique psychiatrique. Si l’on veut l’aborder sans risque de se fourvoyer dans un système d’interprétations contestables, il est indispensable d’en rester à une approche cinématographique. Ce que nous dit le film ne peut être saisi qu’à partir de la façon dont il le dit.

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Ce répondeur… est un film autobiographique, le premier dans l’œuvre de son auteur où il se met lui-même en scène, même s’il faudra attendre Le Filmeur (2005) pour qu’il filme enfin son visage. Ici, on ne voit que ses mains, au mieux une portion de bras ou du dos, en amorce. Le plus souvent il confie le texte dit en off à une autre voix que la sienne. Pourtant, c’est lui, Alain Cavalier, et lui seul, qui est le sujet du film, film devant alors être considéré comme la façon que peut avoir un cinéaste de filmer sa propre vie, ou un épisode particulier de celle-ci.

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Le début du film multiplie les portes qui se ferment, les clés qui tournent dans les serrures. Un enfermement rapide, définitif, en dehors de rapides tentatives vite avortées. Cavalier se rend à deux reprises dans le couloir de l’étage de son immeuble, sonne chez les voisins, en vain. Plus tard dans le film, il prendra l’ascenseur, se rendra dans le hall de l’immeuble et franchira même la porte qui conduit dans la rue, le tout filmé en caméra subjective. Le plan jusque-là silencieux est alors envahi par le bruit d’une voiture qui passe. Cela est-il insupportable ? Et la lumière du soleil trop vive? Toujours est-il que le cinéaste regagne rapidement son appartement. Pour ne plus en ressortir.

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« Elle disait… » : tout le début du film est occupé par ce récit à la troisième personne, le récit d’une souffrance, d’un mal de vivre. « Elle disait… Je ne sais plus quoi faire de moi (…) Je lutte tellement pour ne pas m’en aller (…) Je suis fatiguée de l’intérieur (…) Rien ne va, je vais avoir un accident, je ne vais pas tenir. »

         Des images photographiques se succèdent à l’écran, un paysage désertique de montagne, trois condamnés attachés à des poteaux face à un peloton d’exécution, un charnier. Sur la plaque électrique de la cuisine, des tartines de pain se carbonisent. « Ce devait être comme ça dans les fours crématoires. » Le récit à la troisième personne se poursuit. ‘Elle écrivait…en ce moment je ne suis pas très bien dans ma peau ».

Alors l’irrémédiable se produit. L’homme est allongé sur un lit. On le voit de dos. Il a maintenant la tête entièrement recouverte de bandelettes Une voix de femme fait le récit, en première personne cette fois, de la visite de l’homme à l’hôpital où il assiste à la mort de sa femme.

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Dans l’appartement, l’homme filme les portes, les fenêtres, les canalisations et les compteurs d’eau, une chaise qu’il détruit méticuleusement morceau par morceau. Au début, il commente ce qu’il voit. Puis le silence s’établit, pesant. Il se met à peindre en noir les portes, puis les murs, puis le sol de l’appartement, puis les vitres des fenêtres. L’appartement est plongé dans l’obscurité. Alors il craque une allumette. De petites flammes apparaissent, qui vont grossir. Le film se terminera sur le feu fait avec le bois de la chaise dont on a vu précédemment la dislocation. Comme un feu de camp.

Avec Ce répondeur ne prend pas de message, Cavalier opère une rupture par rapport au cinéma de fiction qu’il a pratiqué jusque-là. Le film est réalisé par le cinéaste lui-même, seul ou avec une équipe réduite au maximum. Il prend une direction autobiographique qui sera approfondie par la suite, et trouvera son aboutissement dans Le Filmeur. Chaque moment de la vie, chaque personne rencontrée, chaque mot prononcé, chaque objet, peuvent être filmés et figurer dans un film. Et le cinéma deviendra un art autobiographique.

C COMME COMPARAISON.

En comparaison, Harun Farocki, Allemagne, 2009, 62 minutes.

Trois pays, trois régions du monde plutôt, si différentes. Des différences que les images proposées par Farocki vont nous permettre d’appréhender concrètement. Des images qui n’ont pas besoin d’explication. Le film propose simplement quelques cartons, au départ très succincts, mais qui deviennent ensuite un peu plus explicites, plus développées dans les données proposées. Un film donc où le cinéaste intervient très peu. Explicitement du moins. Car bien sûr son choix des images est déterminant. Mais il laisse au spectateur le temps, en les regardant longuement, de s’en imprégner et surtout d’en saisir la portée comparative, c’est-à-dire différentielle.

L’Afrique (qui ouvre le film et qui le clôt) représentée par le Burkina Faso, une société traditionnelle.

L’Inde ensuite, pays émergent (expression remplaçant « en voie de développement »).

L’Europe de l’ouest enfin (la France, l’Allemagne, L’Autriche, la Suisse), avec ses pays industrialisés à haut niveau de technologie.

La comparaison portera sur les pratiques de construction (maisons d’habitation, école, clinique…). Une grande partie du film montrant alors comment sont fabriquées les briques, ces éléments de base qui seront ensuite assemblées, fabrication constituant la base de tout le processus.

La succession des séquences (le voyage dans les différentes parties du monde) est organisée selon une progression logique : du plus simple au plus complexe, du plus élémentaire (on pourrait dire naturel) au plus élaboré, du plus évident au plus sophistiqué (donc moins transparent).

La comparaison première met en évidence le remplacement de l’homme (le travailleur, celui qui œuvre avec ses mains) par la machine, dont l’avatar dernier est le robot. Alors l’homme ne travaille plus avec ses mains – il peut même se croiser les bras, comme un plan, parfaitement humoristique, le montre. Il surveille, vérifie, élimine les pièces jugées défectueuses. Il ne touche rien. Il ne se salie pas les mains. Il ne fournit plus aucun effet physique (ou alors par moment, pour pousser des chariots, mais une fois sur rails, ils peuvent avancer seul). A l’opposé, au Burkina, les hommes mélangent la terre en la foulant au pied, comme le raisin dans une vinification ancienne. Et les femmes lissent l’enduit sur le mur avec les mains.

En Afrique, construire un édifice qui sera public (école ou clinique) est l’affaire de l’ensemble de la communauté. Ceux qui ne travaillent pas directement sont là quand même, assistant au travail des autres comme à un spectacle, le commentant sans doute, en tout cas leur seule présence est un soutien, un encouragement, une participation à une œuvre collective. En Inde le nombre de personnes mobilisées est aussi important. Chacun ayant une place, un rôle déterminé, dont il s’acquitte sans jamais modifier ses actes. Dans la séquence réalisée en Suisse, l’homme (très peu nombreux sur les chantiers européens filmés) finit par disparaître, remplacé par le robot.

Autre évidence visuelle, la présence des femmes. En Afrique elles portent l’eau nécessaire. En Inde elles véhiculent les briques sur leur tête. En Europe elles ont disparu des images (sauf une filmée indirectement dans le reflet d’un miroir.)

On pourrait bien sût tirer de la comparaison des conclusions allant dans le sens du triomphe du progrès technique. A l’évidence le travail (la fabrication des briques) est plus rapide, plus rentable en  regard du nombre de briques produits, moins fatiguant pour les travailleurs (moins salissant aussi). Tous ces thèmes (d’une grande banalité) sont bien présents en creux dans le film. Mais là n’est peut-être pas l’essentiel. Car on sait bien que le progrès technique a aussi des conséquences sociales. Le film ne les évoque pas. Mais on ne peut éviter, en le regardant, et en effectuant les comparaisons proposées, d’interroger la notion même de progrès.

Le développement technologique est-il une nécessité – une fatalité ? – pour les sociétés humaines ? Et les sociétés traditionnelles sont-elles condamnées à disparaître ?

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Ce film n’est pas un essai. Il ne soutient pas une thèse et ne se réfère pas à une théorie. Mais c’est un bon exemple du pouvoir du cinéma documentaire : faire réfléchir, faire que le spectateur se pose des questions et entreprenne de trouver par lui-même des réponses.

P COMME PORTRAIT – Filmographie 3

Troisième partie L-V

Lembro mais dos corvos (Je me souviens des corbeaux), Gustave Vinagre, Brésil, 2017.

Julia Katharine, née au Brésil de père japonais, transgenre. Une vie qui n’entre pas vraiment dans les normes les plus courantes. Que ce soit dans ses relations familiales ou dans la société

 

L’expérience Blocher de Jean-Stéphane Bron

Blocher, un homme politique entièrement convaincu, sans l’ombre d’une hésitation, de la véracité des idées qu’il défend, des thèses populistes, intolérantes et xénophobes, telles qu’on les retrouve soutenues par tous les partis d’extrême droite en Europe.

 

Le Libraire de Belfast. Film de Allesandra Celesia

John est libraire à la retraite. Pendant 40 ans, il a vendu des livres, avec passion. Les livres c’est sa vie.  Il les bichonne encore, recolle les couvertures déchirées. Il leur parle comme à des enfants. Ce sont ses enfants

 

Lucebert temps et adieux. Film de Johan Van der Keuken.

Poète et peintre néerlandais mort en 1994, auteur d’une œuvre peinte et dessinée extrêmement créative.

 

Lullaby to my father. Film d’Amos Gitai

Le père du cinéaste, Munio. Son parcours, de la Pologne natale avant-guerre, jusqu’à Israël avant même la création de l’État juif, en passant par l’expulsion de l’Allemagne et l’exil en Suisse. Et la formation en architecture au Bauhaus, qui restera la référence essentielle de toute une carrière professionnelle.

 

Madame Saïdi. Film de Bijan Anquetil.

Elle n’est pas une femme comme les autres femmes d’Iran. Car c’est une mère de Martyr. Son fils Reza a été tué sur le front de la guerre Iran-Irak. Une situation dont elle tire un prestige certain. Et même une certaine fierté.

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Mallé en son exil. Film de Denis Gheerbrant.

Un malien exilé à Paris depuis presque 30 ans, vivant dans un foyer en banlieue où il retrouve sa communauté. Malgré toutes ces années, il garde présentes en lui les valeurs propres à sa culture.

 

Maman Colonelle. Film de Dieudo Hamadi

         Colonelle dans la police, elle met ses quelques ressources militaires (un petit groupe de policiers) au service de la cause de ces femmes qui dans la situation actuelle du pays (la RDC) ont le plus grand besoin d’aide et de protection.

 

Marina Abramovic. The artist is present. Film de Matthew Akers.

Surnommée « la grand-mère de la performance », Marina est une artiste d’origine serbe mondialement connue et reconnue pour ses créations, des « performances », dans lesquelles elle a toujours mis en jeu son propre corps, souvent de façon violente.

 

Michel Petrucciani. Film de Michael Radford.

Célèbre pianiste de jazz (1962-1999), sa vie est marquée par un handicap de naissance (Michel atteint de la maladie des os de verre ne grandira pas et son espérance de vie est limitée) et par une carrière musicale époustouflante. Une vie marquée aussi par la volonté farouche du musicien de vivre pleinement sa vie, même si cela ne va pas sans des excès qui ne pouvaient qu’accélérer une fin inéluctable.

 

Mimi. Film de Claire Simon.

La grande force de cette femme « pas comme les autres », ce sera d’arriver à faire accepter son homosexualité, cet inimaginable, non pas peut-être de le faire vraiment comprendre par tous, mais de le faire accepter comme une façon de vivre comme les autres.

 

La Mort de Danton, film d’Alice Diop.

Steve, noir, banlieusard du 9-3 et par ailleurs élève du cours Simon, une prestigieuse école de formation de comédiens. Devenir acteur, pour lui comme pour bien d’autres, demande efforts et persévérance. Pour lui plus particulièrement. En fonction de son origine bien sûr. Mais surtout en fonction de sa position sociale et culturelle, de jeune issu de la banlieue.

 

Mourir? Plutôt crever! Film de Stéphane Mercurio.

Siné, dessinateur humoristique et provocateur. A 80 ans, il est toujours aussi révolté que dans sa jeunesse, contre toutes les formes d’abus de pouvoir, et contre le pouvoir tout court, de l’armée au clergé.

 

Nanook of the north. Film de Robert Flaherty.

Le premier “héros” de l’histoire du cinéma documentaire.

 

Ne change rien. Film de Pedro Costa.

Une chanteuse, Jeanne Balibar, une actrice qui devient chanteuse, une chanteuse qui reste actrice mais qui aime la chanson autant que le théâtre et le cinéma.

 

Ne m’oublie pas. Film de David Sieveking.

A 73 ans, Gretel est frappée par la maladie d’Alzheimer. Pendant deux ans, son fils David va filmer la progression de la maladie. Surtout, il va s’occuper d’elle pour essayer de retarder cette progression.

 

Nick’s movie. Film de Wim Wenders

Nicolas Ray, cinéaste, dont les films les plus célèbres sont La Fureur de vivre et Johnny Guitar. Ray a joué comme acteur dans un des films de Wenders et ce fut le début de leur amitié. Maintenant, Nick est malade. Atteint d’un cancer, il est très affaibli. C’est donc le film sur les derniers jours d’un homme ; film sur la mort d’un ami ; film testament d’un cinéaste.

 

Oncle Yanco. Film d’Agnès Varda.

L’oncle d’Amérique, rencontré lors d’un séjour à San Francisco. Un hyppie qui vit au milieu d’une multitude de jeunes gens aux cheveux longs dans une maison lacustre dans le faubourg aquatique de Sausalito. Un son oncle peintre. Il nous présente ses toiles, filmées en gros plans fixes, de façon toute simple.

 

Pauline s’arrache. Film d’Emilie Brisavoine.

Une adolescente en sa famille. Les rapports compliqués, souvent conflictuels, avec son père. Le désir d’émancipation.

 

Peggy Guggenheim, la collectionneuse. Film de Lisa Immordino-Vreeland

Une addiction à la peinture, une passion dévorante qui consume toute la vie de cette jeune fille de bonne famille d’abord, et de cette femme d’âge mûr ensuite, jusqu’à sa mort.

 

Pierre Rahbi. Au nom de la terre. Film de Marie-Dominique Dhelsing

Un humaniste, un amoureux de la vie et de la Terre, un optimiste raisonné mais qui croit à l’avenir. Porte-drapeau d’une pensée écologique en actes, impliquée dans l’action concrète sur le terrain beaucoup plus que dans la revendication contestatrice ou les méandres du jeu des partis politiques.

 

Le plain pays, d’Antoine Boutet. 2009, 58 minutes.

Un homme seul, qui vit dans la forêt, dans une sorte de cabane où règne un désordre quasi absolu.

Portraits. Série documentaire d’Alain Cavalier

La Matelassière, La Fileuse, La Trempeuse, L’Orangère, La Brodeuse, La Dame lavabo, La Relieuse, La Bistrote, La Canneuse, La Repasseuse, La Rémouleuse, La Maître-verrier. La Gaveuse, La Romancière, La Roulotteuse, La Fleuriste, La Cordonnière, La Marchande de journaux, L’Opticienne, La Souffleuse de verre, L’Illusionniste, L’Accordeuse de piano, La Corsetière, L’Archetière, des petits métiers de femme, appelés à disparaître.

Portrait of Jason, Film de Shirley Clarke.

Gay, prostitué, « garçon à tout faire » chez de riches bourgeoises, son projet, c’est de monter un one man show. Un projet sans cesse repoussé, malgré les contributions financières qu’il réussit à obtenir. Mais ne vaut-il pas mieux qu’il reste à l’état de projet, pour lui permettre de se projeter dans l’avenir.

 

Le Président. Film d’Yves Jeuland.

Un homme politique présenté comme « hors normes », physiquement diminué, se déplaçant difficilement et toujours avec une canne où s’appuyant sur l’épaule d’un de ses proches, mais « fort en gueule », tenant tête aux journalistes qui essaient de le pousser dans ses retranchements et possédant un fort pouvoir de séduction des foules.

 

Roland Dumas, le mauvais garçon de la République de Patrick Benquet.

Une ambition que rien n’arrête, surtout pas les règles ou même peut-être les lois. Avec lui politique et moralité n’ont rien à voir l’une avec l’autre.

 

Salvador Allende. Film de Patricio Guzmán.

Enfant bagarreur selon la fille de sa nourrice. La relation avec ses parents ? C’est surtout son grand-père, fondateur de la première école laïque au Chili et franc-maçon qui l’a marqué explique un de ses amis d’enfance. Son père comptait moins pour lui mais il avait une immense affection pour sa mère. Ses qualités ? Tous s’accordent sur son sens de l’humour, son côté bon vivant et la vitalité dont il débordait.

 

El Sicario. Chambre 164. Film de Gianfranco Rosi

Un exécutant des basses besognes au service d’un patron dont les ordres ne se discutent jamais. Depuis son recrutement sur les bancs de la fac, el Sicario a enlevé, séquestré, torturé, étranglé, exécuté un nombre considérable de victimes.

 

Sugar Man. Film de Malik Bendjelloul

Sixto Rodriguez , chanteur auteur compositeur interprète. Il a enregistré deux albums au début des années 1970 aux États-Unis. Ses albums n’ont eu aucun succès et Rodriguez a toujours été un parfait inconnu en Amérique. Sauf que ses chansons ont connu un sort tout à fait exceptionnel en Afrique du Sud. Connues de tous les jeunes Afrikaners, elles sont devenues la référence populaire de la lutte contre l’apartheid.

 

Sur le quai, un film de Stephan Mihalachi, France, 2016, 65 minutes

Marie Depussé, une des soignantes, psychanalyste et écrivaine de la clinique de La Borde.

 

Le tombeau d’Alexandre. Film de Chris Marker.

Alexandre Medvedkine, cinéaste russe (1900-1989), auteur du film devenu « culte », Le Bonheur, un des derniers films muets (il date de 1934) de la grande époque du cinéma soviétique.

 

Toto et ses sœurs. Film de Alexander Nanau.

Son père est absent et le film ne l’évoque que pour mentionner son absence. Sa mère est en prison pour trafic et usage de drogues et sa sœur ainée, totalement droguée, ne semble échapper à la justice que provisoirement. Il n’y a que sa seconde sœur à laquelle il peut un peu se raccrocher. Mais ils ne peuvent tous les deux échapper au pire qu’en quittant leur maison – le taudis investi par les drogués dans lequel Toto essaie de dormir – pour se réfugier dans un orphelinat.

 

Valentina. Film de Maximilian Feldmann.

Le réalisateur a choisi de se centrer sur une enfant de 10 ans, et d’adopter en quelque sorte son point de vue sur sa vie et sur sa famille, que d’ailleurs elle nous présente les uns après les autres, père et mère et toute une série -7 ou 8 – de frères et sœurs, surtout des sœurs d’ailleurs. Mais la famille n’est pas au complet, car les ainés ont été arrêtés par la police pour mendicité sur la voie publique et placés dans un foyer

 

Le vénérable W. Film de Barbet Schroeder.

Moine bouddhiste, dénommé Wirathu, qui s’est fait une renommée en Birmanie par ses discours de haine contre les musulmans, appelant au meurtre et au massacre à leur encontre.

Marceline Loridan Ivens

La vie Balagan de Marceline Loridan-Ivens. Film d’Yves Jeuland.

Ecrivaine et réalisatrice, Marceline Loridan-Ivens est à n’en pas douter une grande dame du cinéma mondial, de par son œuvre personnelle mais aussi du fait de sa collaboration avec son compagnon, Joris Ivens.

 

Le Voyage de Monsieur Curlic Film de Anca Diaman.

Citoyen roumain, M. Crulic part en voyage pour rejoindre sa fiancée en Italie en passant par la Pologne. À Cracovie, il est accusé à tort d’avoir volé le portefeuille d’un juge. À tort, puisqu’il était le jour du vol à Milan. Mis en détention provisoire, incarcéré, il va entreprendre une grève de la faim pour clamer son innocence. Mais, malgré la dégradation lente et régulière de son état de santé, malgré les lettres qu’il adresse de sa prison à tous ceux qui devraient être concernés par son sort, il n’arrive pas à alerter qui que ce soit. La mort annoncée de Crulic est inéluctable

B COMME BERGER.

Un berger (et deux perchés) à l’Élysée ? Pierre Carles et Philippe Lespinasse, 2018, 101 minutes.

Une campagne électorale présidentielle sans intervention du cinéaste-trublion Pierre Carles, impensable ! En 2017, c’est le candidat berger béarnais Jean Lassalle qui va mobiliser son énergie et devenir le sujet de son film, co-réalisé avec Philippe Lespinasse, journaliste.

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Les deux compères vont-ils réaliser une enquête sur le candidat (sa vie, sa carrière politique, son programme) ; suivre sa campagne pas à pas (sans oublier les faux-pas) façon reportage télé ; et en prenant de la hauteur de vue, faire un grand film politique sur les élections et le nombre grandissant d’abstentionnistes ? Rien de tout ça, quoi qu’on puisse retrouver par moment dans le film quelques-unes de ces modalités somme toute bien classiques. Mais justement Carles ne veut pas faire un film classique. Donc pas de portrait (il montrera quand même la personnalité de Lassalle et ira jusqu’à rencontrer sa mère). Pas de reportage de campagne (il suivra quand même les difficultés rencontrées par l’équipe de Lassalle pour réunir les 500 parrainages nécessaires à sa candidature). Pas d’analyse style sciences po (de toute façon son candidat n’a pas vraiment de programme et il se réclame plutôt du bon sens que d’une pensée politique originale). Non, rien de tout ça. Carles prétend être actif et s’auto-proclame « directeur de campagne », en même temps que conseiller à la communication de Lassalle. Après tout, il est un homme de médias et le film qu’il s’engage à faire pour le premier tour de l’élection sera une pièce maîtresse déterminante dans le succès du candidat. Mais de film il n’y en aura point avant l’élection et le candidat béarnais retournera dans sa montagne avec 1,20% des voix au premier tour de l’élection.

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Le film prend par moment l’aspect d’une fable, ce que d’ailleurs le titre tend à suggérer. Le bon sens terrien, ancré dans son terroir régional, à la conquête du pouvoir, voilà qui sent bon la France profonde et peut facilement déboucher sur une critique de la politique politicienne parisienne et de ses représentants dont les « affaires » de la pré-campagne montreraient la corruption. Mais Lassalle ne va pas dans ce sens. Après tout il est député centriste (inscrit au Modem de son « ami » Bayrou – quoique ce dernier soit totalement ignoré dans le film) et cela depuis deux législatures et il sera à nouveau élu aux élections législatives qui suivront la présidentielle. Quant à Carles il se prend réellement au jeu et donne l’impression de croire sincèrement (du moins pendant une bonne moitié du film) aux chances de son candidat de passer le premier tour de l’élection et même d’être le gagnant du second. Sincèrement ? Ou bien n’est-ce qu’un effet de style, une posture cinématographique de façade. En tout cas il ne se départ pas de son sérieux de départ (qui va jusqu’à faire de Lassalle l’équivalent du président révolutionnaire de l’Équateur Rafael Correa) et semble réellement affecté des faux-pas de son candidat (son voyage en Syrie et sa rencontre avec Bachar el-Assad) et de son mauvais score final. On aurait pu attendre plus d’humour de sa part. Ou alors il joue le deuxième ou troisième degré…

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Reste que le film fait de Lassalle un personnage plutôt sympathique (du moins avant l’épisode de la Syrie). N’a-t-il pas fait une grève de la faim pour défendre une usine dans sa circonscription et ne s’est-il pas permis d’entonner un chant béarnais à l’assemblée nationale pour interrompre un discours de Sarkozy. Mais en dehors de ces hauts faits du passé, le film n’a quand même pas grand-chose à mettre à son actif. Et ce ne sont pas Carles et Lespinasse qui vont en faire comme par enchantement une « pointure » politique internationale – ni même nationale. Au fond, ne peut-on pas tirer comme leçon de l’aventure – et du film – que l’élection présidentielle reste en France une chose trop importante – et sérieuse – pour que tout un chacun puisse un jour se déclarer candidat. A moins qu’il s’agisse là d’une remise en cause de l’institution. Mais Lassalle ne va guère dans ce sens. Et Carles non plus.

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R COMME RÊVE.

Rêver sous le capitalisme, Sophie Bruneau, Belgique, 2017, 63 minutes

De quoi rêvent les employés de bureau ? Les employés et les cadres de ces sociétés de services (banques, assurances…) qui passent une grande partie de leur vie au travail, qui subissent la pression des changements du monde capitaliste, un monde où la rentabilité, les chiffres, passent avant tout. Un monde qui a oublié l’humain. Un monde où le patron peut être « caractériel » comme dit un de ces employés, c’est-à-dire un véritable tyran, qui surveille tout, de l’heure d’arrivée à l’heure de départ. Un monde où le stress est quotidien et ne peut que retentir la nuit dans le sommeil.

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De quoi rêvent-ils la nuit ? La réponse ne fait pas de doute. Ils rêvent du travail, de leur bureau, de leur entreprise, de leur patron, de leurs collègues, des dossiers en retard. Des rêves souvent récurrents, qui les réveillent en sursaut. Des rêves qui les poursuivent dans la journée, et même lorsqu’ils sont en congé, ou même à la retraite encore. Des rêves qui les ont accompagnés pendant toutes ces années passées dans la même entreprise, dans le même poste de travail. Un travail dans lequel ils se sont pourtant souvent investis entièrement. Et puis, la routine grandissante, et les exigences de l’employeur de plus en plus contraignantes, surtout lorsqu’il s’agit d’une multinationale. Des rêves qui sont souvent des cauchemars.

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Rêver sous le capitalisme est le film de la souffrance au travail. Une souffrance qui peut être continue, qui tord le ventre le dimanche soir parce qu’il faut revenir au bureau le lundi matin. Comme les écoliers la veille de la rentrée. Une souffrance qui s’exprime dans le film avec une grande simplicité, sans effet grandiloquent, sans colère non plus. Une sincérité qui écarte toute exagération. Un film qui ne se situe pas dans la revendication. Qui se contente de dresser un constat. Mais le constat est implacable.

Sophie Bruneau a filmé, ou enregistré, douze de ces travailleurs au col blanc qui donc racontent leurs rêves. Des récits d’une précision extrême. Même lorsque le rêve remonte à des années. Des détails précis. Des successions de situations courantes – si réelles – comme elles ont été vécues. Le tic tic de la caisse enregistreuse entendu à longueur de journée. Des situations symboliques aussi, mais dont la signification paraît vite évidente au rêveur. Comme cette pièce dont la fenêtre a été murée. Les rêveurs ne cherchent pas à s’ériger en psychanalystes de leur rêve. Et pourtant, ils proposent bien des interprétations, criantes de vérité  (« on m’a privé de ma liberté ») tant il est évident que ces rêves font partie de leur vie, de leur travail, de leur être. Et cette question qui revient plusieurs fois « A quoi je sers ? »

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Les rêves, ce sont des images. Comme le cinéma. Ici, le film n’essaie pas de restituer, de reconstituer, ces données oniriques, même lorsqu’elles sont explicitement réalistes. Alors, quelles images nous propose-t-il ? D’abord certains de ces rêveurs sont filmés face à la caméra, le plus souvent sur leur lieu de travail. Ils nous parlent directement. Ils nous regardent. Sans nous apostropher pourtant. Ils nous prennent simplement à témoin. Parce que leur vie de travail, il faut qu’elle soit exprimée, qu’elle soit connue, si possible qu’elle soit comprise.

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D’autres n’apparaissent pas à l’image. Mais leur parole est tout aussi présente et vivante. Les images nous montrent leur lieu de travail, comme d’ailleurs le font les plans de coupe, qui peuvent être muets, ou seulement accompagnés de bruit d’ambiance. Le film nous montre donc la ville, avec ses moyens de transport, ses chantiers – de construction ou de démolition – ses immeubles surtout, tout en verre, ces façades transparentes qui nous permettent de tout voir de l’extérieur et où se reflète l’activité des rues. Beaucoup de ces plans fixes sont filmés la nuit – le moment des rêves. Il y a très peu d’activité en dehors de la ronde du veilleur dont nous suivons, de bureau en bureau, le faisceau de la lampe torche.

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La dernière séquence cadre le ciel bleu simplement strié d’une longue trainée blanche d’avion, qui disparaît peu à peu dans le dernier plan. Le rêve n’est-il pas une évasion, un moyen de supporter la souffrance au travail ? Mais permet-il d’y échapper dans le monde réel ?

Prix des bibliothèques, Festival Cinéma du réel, Paris, 2018.

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A COMME ADMIRATION.

Exercice d’admiration 5, Frère Alain. Vincent Dieutre, 2017, 66 minutes.

Rendre hommage. Reconnaître une – des- influence. Payer sa dette envers elles. Un cinéaste loue donc d’autres cinéastes. Des cinéastes qui l’ont marqué. Sans qui il ne serait peut-être pas ce qu’il est, cinéaste. Ou du moins, sans eux, il ne ferait pas le même cinéma. Il s’est engagé sur le chemin – dans l’aventure – de la réalisation de films avec eux à ses côté. Admiratif, il veut dire clairement son admiration.

Un exercice qui n’est pas simplement un entrainement, une préparation ou une modalité d’apprentissage. L’exercice a toujours des contraintes, voire une forme imposée. Mais ici, même s’il devient la marque, l’expression, la reconnaissance d’une filiation, il matérialise la rencontre, l’échange, d’égal à égal. Parce que ce cinéma–là n’est pas une question de gloire.

exercice d'admiration

Depuis quelques années déjà, Vincent Dieutre rend hommage aux cinéastes faisant partie de son compagnonnage. Des cinéastes bien différents et les films qui leur sont dédiés sont eux-mêmes fort dissemblables dans leur forme, dans la façon de rendre hommage, dans le dispositif admiratif qu’ils mettent en œuvre. Du coup, s’il s’agit bien d’une série –ou plus exactement d’une collection – ils se regardent très bien individuellement. Chacun a sa propre vie.

Chronologiquement, les exercices d’admiration de Dieutre commencent par un film consacré à la cinéaste japonaise, Naomie Kawazé, la « petite sœur ». Puis vient Jean Eustache et une des plus célèbres scènes de La Maman et la putain (le monologue de fin interprété par Françoise Lebrun qui devient ici sa metteuse en scène). En trois, c’est Jean Cocteau et la Voix humaine ; en quatre Rossellini et le Voyage en Italie. Et comme terme provisoire de la série, Alain Cavalier, et l’ensemble de son œuvre.

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Le projet initial de ce cinquième exercice prévoyait que Vincent et Alain allaient se retrouver à Florence et réaliser un film en commun. De ce projet nous ne saurons rien de plus. Alain n’ayant pu se rendre en Italie, Vincent réalisera le film seul. Un film qui – pourrait-il en être autrement – lui sera tout à fait personnel, et bien sûr écrit à la première personne.

De la carrière de Cavalier, Dieutre retient essentiellement son renoncement au « cinéma de marché », un cinéma avec un gros budget, des acteurs (des stars si possible), et une équipe de techniciens importante. Bref un cinéma industriel qui triomphe dans la fiction. A partir de La Rencontre en 1996, Cavalier va filmer seul, faire des films pauvres, en première personne et qui s’attachent aux mille et une petites choses de la vie quotidienne. C’est ce modèle que Dieutre va appliquer dans son exercice d’admiration. Il va s’attacher à rendre compte de son séjour toscan à la manière de Cavalier, filmant par exemple tous les matins le ramassage des poubelles depuis la fenêtre de sa chambre d’hôtel.

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Mais Dieutre reste Dieutre. A Florence il ne pouvait pas ne pas se pencher aussi sur la peinture florentine. Il consacre donc une partie du film aux fresques de Giotto, commentant en particulier l’épisode de la vie de François d’Assise où, nu en place publique, il renonce aux biens terrestres. Un renoncement que Dieutre rapproche de celui de Cavalier…

Restent les films de Cavalier, que Dieutre cite abondamment. Soit des images fixes, comme les actrices des premiers films de Cavalier, dont Romy Schneider. Soit de courtes séquences choisies pour leur côté surprenant, par exemple la séquence « scatologique » de La Rencontre à propos du « trou de balle » de Françoise et celle, dans Pater, où le Président fait la proposition d’un « salaire maximum ». Beaucoup de ces extraits ne sont pas identifiés et leur présence fonctionne alors comme un clin-d’œil au spécialiste de l’œuvre de Cavalier qui doit s’amuser à les reconnaître.

Le film de Dieutre a en fin de compte un aspect plutôt ludique. Il ne s’agit surtout pas de proposer une exégèse de l’œuvre de Cavalier. Ni même d’en faire une critique. Un film léger qui évite, pour notre plus grand plaisir, tout esprit de sérieux.

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M COMME MAI 68.

Les Révoltés, Michel Andrieu et Jacques Kebadian, 2018, 80 minutes.

L’histoire de mai 68 – mais il ne faut pas oublier juin – racontée à partir d’images d’archives.

Pour fonctionner de façon efficace, le genre implique qu’un certain nombre d’exigences soient prises en compte.

  • Le récit se doit d’être complet, d’où la recherche du plus grand nombre d’archives possible pour ne pas risquer de laisser de côté un événement, si minime soit-il au regard du déroulement historique.révoltés 2
  • Corolaire, le récit doit être ordonné dans un ordre chronologique strict. Les dates des événements s’inscrivent en surimpression sur les images. Par exemple, les nuits des barricades ou les différentes manifestations.
  • Les images doivent être immédiatement identifiables par les spectateurs, même les plus jeunes, ceux qui n’ont pas vécu eux-mêmes les événements. Cela ne pose guère de problème pour les affrontements étudiants-crs. C’est moins évident pour les occupations d’usines et les débats qui s’y sont déroulés entre ouvriers et syndicats.révoltés 3
  • Les images doivent être sinon inédites, du moins ne pas en rester à la vision la plus connue, ayant déjà fait maintes fois l’objet de montage à prétention historique. Néanmoins, les images les plus célèbres, devenues des icônes de l’époque, ne peuvent pas être systématiquement écartées, au risque d’être accusé de parti-pris, voire de censure. C’est le cas, évident, des images des prises de parole de Cohn-Bendit en particulier. L’équilibre entre images connues et inédites ou rares doit donc faire l’objet d’un savant dosage qui implique de ne négliger aucune source, mais aussi de résister autant que faire se peut aux facilités dictées par l’air du temps (les idées reçues véhiculées par l’époque de réalisation du film).
  • Le recours à un commentaire surajouté aux images doit être limité au strict minimum ou même être systématiquement écarté. Les images sonores peuvent d’ailleurs le plus souvent s’en passer, une fois le repérage du jour et du lieu effectué.
  • révoltés 5
  • De même donner la parole à des témoins ou des acteurs de l’époque n’a pas de légitimité dans un film d’archives. Le faire conduirait à un autre film et réduirait la pertinence des images. Si l’on fait le choix de considérer que les archives possèdent une véracité intrinsèque, il faut leur faire confiance jusqu’au bout. Néanmoins, comme les images ne peuvent guère questionner par elles-mêmes leur propre valeur de vérité, le film d’archives se voit immanquablement limité qu’à n’être qu’une reconstitution vivante (dans le cas d’archives sonores filmées, ce qui est le cas ici) des événements.révoltés 4
  • Et c’est bien ainsi que fonctionne ce Révoltés. Il nous plonge au cœur des événements. Nous y sommes. Nous y participons. Nous en sommes des acteurs. Ce que renforce d’ailleurs la bande son dans laquelle les éclatements de grenade sont systématiquement renforcés ou du moins placés au premier plan. Voir le film ne laisse donc aucune place à la distanciation ou à la réflexion dans le cours de la projection. Reste à savoir si le temps de l’analyse après-coup peut profiter pleinement de la richesse des images.

M COMME MADAGASCAR.

Fahavalo, Madagascar 1947, Marie-Clémence Andriamonta-Paes ; France-Madagascar, 2018, 90 minutes.

Fahavalo, c’est le nom donné aux « rebelles » qui lutte pour obtenir l’indépendance de Madagascar à partir de 1947. Une indépendance qui leur avait été promise par le Général De Gaulle pendant la seconde guerre mondiale en échange de la participation des soldats malgaches au conflit aux côté des forces de libération. Mais au retour des combattants dans leur île, le discours est tout autre. La métropole a besoin de café, entre autre. Alors l’indépendance devra attendre.

Les anciens soldats de retour d’Europe vont alors se révolter, armés de sagaies, et se réfugier dans la forêt pour fuir la répression. Mais ils sont protégés par les talismans qui les rendent invincibles. Alors ils finiront par triompher.

Le film, qui retrace aujourd’hui cette histoire oubliée alternent les témoignages des derniers survivants de cette lutte et les images d’archives, le tout resitué dans les villages d’aujourd’hui. Et nous parcourons une grande partie de l’île en suivant la ligne de chemin de fer à travers les forêts, une ligne que la rébellion suivait précisément.

Aujourd’hui les survivants de la révolte sont de moins en moins nombreux. D’où l’urgence de recueillir leur parole. Ces vieux messiers, édentés et mal rasés, ont encore des souvenirs bien vivants des conditions de leur lutte. Une lutte dont on ne parle plus, ni en France, ni à Madagascar. Alors le travail de mémoire est indispensable. Le film s’en acquitte parfaitement.

Un film précieux donc pour sa dimension historique. Mais aussi parce que traiter du colonialisme aujourd’hui nous pousse nécessairement à nous interroger sur la situation actuelle de ce pays, souvent désigné comme étant un des plus pauvres du monde.

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E COMME EXIL – Afrique.

Mallé en son exil, Denis Gheerbrant, 2018, 106 minutes

Est-il possible pour un cinéaste de donner la parole à un représentant d’une culture différente de la sienne, de la laisser parler sans restriction, sans jugement et sans chercher à l’influencer dans la teneur de ses propos ? Ne risque-t-il pas d’être mis en face de positions, d’affirmations de valeurs, bien différentes, voire opposées aux siennes ? Devra-t-il alors réagir ?

C’est le risque qu’a pris Denis Gheerbrant dans son nouveau film, Mallé en son exil. Face à l’affirmation de la légitimité, et même de la nécessité de la polygamie et surtout de l’excision, il ne peut que s’insurger. L’excision est un crime, affirme-t-il haut et fort. Ce qui cependant ne pourra en rien modifier la conviction de son interlocuteur.

Gheerbrant filme Mallé, ce malien immigré en France depuis une vingtaine d’années. Il travaille à Paris, dans des immeubles des « beaux quartiers » où il fait le ménage du hall et des couloirs et où une bonne partie de son temps est occupée à sortir et rentrer les poubelles. Le cinéaste insiste d’ailleurs beaucoup sur cet aspect de son activité professionnelle. S’occuper des poubelles devient ainsi l’exemple type du travail réservé aux immigrés.

Mallé a un « chez soi » où il rentre le soir, un foyer de banlieue uniquement habité par des africains, où il partage une chambre avec un de ses compagnons d’exil. Le film est donc d’abord un portrait de cet exilé loin de son pays où il a laissé, depuis des années, femme et enfants. Et en même temps, il brosse par petites touches un tableau de cet exil, de la façon dont toute une communauté repliée sur elle-même le vit. Ce qui nous vaut plusieurs séquences de cette vie sociale, les repas pris à la mode africaine, le marché particulièrement coloré et même un mariage.

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Le film établit alors une série d’oppositions qui vont structurer de plus en plus clairement les propos de l’exil.

Ici / là-bas, d’abord. Là-bas, dans son village, Mallé est paysan. Ici il est devenu citadin. Là-bas il est d’une famille noble et à ce titre il « possède » un esclave. Ici c’est lui qui est dans une position d’esclave.

Les anciens / les modernes ensuite, selon une formule introduite par le cinéaste. Là-bas est régi par la tradition, une tradition qui n’a plus cour ici.

L’exilé ne peut alors que se vivre comme double, vivant ici dans un monde qui n’est pas le sien. Il garde en lui tout ce qui fait son monde originaire, sa culture, ses traditions. La vie « moderne » n’influence en rien sa pensée.

Filmer l’exil revient ainsi à montrer que la culture, notre culture, n’a rien d’universel.

T COMME TELEVISION – Critique

Pas vu, pas pris, Pierre Carles, France, 1998, 90 minutes

Pierre Carles, cinéaste, fait un film sur Pierre Carles journaliste. À l’occasion de la journée de la télévision, il reçoit de la part de Canal +, la chaîne qui se présente à cette époque comme la plus libre de la télévision française, une sollicitation pour réaliser un sujet sur le thème télévision, politique, morale. Carles saute sur l’occasion et va se lancer dans une entreprise plutôt périlleuse dont il a le secret. Peu importe s’il se met à dos les responsables de la chaîne, et une grande partie des vedettes du petit écran, journalistes et présentateurs en vue. Il pense tenir le bon filon qui va lui permettre de réaliser le sujet phare de la journée. Il s’est en effet procuré, sans qu’il dise comment, une cassette contenant des images « volées » d’un entretien hors micro entre le ministre de la Défense de l’époque, François Léotard, et Étienne Mougeotte, le numéro deux de TF1. Les deux hommes se connaissent bien. Ils se tutoient. Il y a entre eux une proximité visible et l’homme de télévision n’hésite pas à faire part au ministre de ses inquiétudes sur l’avenir de sa chaîne. Carles voit là une preuve de la collusion entre télévision et politique. Pour lui, l’intervention de Mougeotte est purement et simplement du lobbying. L’existence de cette cassette a été révélée par la presse écrite, en particulier par Le Canard enchaîné. Mais côté télévision, c’est le silence total. Elle dérange, elle est donc censurée. Le sujet de reportage de Carles, qu’il intitule Pas vu à la télé, consiste alors à interroger les responsables des grandes émissions politiques sur toutes les chaînes pour leur demander d’expliquer pourquoi un tel document est exclu du petit écran.

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Pas vu, pas pris repose sur un premier dispositif. Carles obtient des entrevues avec les personnalités de la télévision, de Jacques Chancel à Anne Sinclair. Il leur pose quelques questions plus ou moins anodines sur les relations entre télévision et politique et leur montre, sans prévenir, la fameuse cassette. Leurs réactions filmées doivent constituer la matière de Pas vu à la télé. Elles constituent aussi celles de Pas vu, pas pris, puisque Pas vu à la télé ne sera jamais diffusé sur une chaîne française. La télévision belge, se fera elle un malin plaisir de la montrer à son public.

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En fait, Pas vu, pas pris ne se confond pas avec Pas vu à la télé. Carles introduit dans son film un deuxième dispositif absent du projet télévisé. Tout au long de ses négociations avec Canal +, il enregistre les conversations téléphoniques qu’il a avec son contact de la chaîne. Les raisons de la non-diffusion de la cassette sont au centre de ces discussions. Ce que Carles vise alors à montrer, c’est la solidarité qui soude entre eux ces hommes de télévision, puisque dans leur majorité ils justifient à la fois la relation existant entre un responsable de chaîne et un ministre et la non-diffusion des images qui montrent cette relation. Le montage introduit alors des extraits de l’émission de Canal + dans laquelle la chaîne tente d’expliquer son refus de diffuser le reportage de Carles, sans d’ailleurs l’inviter sur le plateau. Censure ? La presse écrite, Libération et Le Monde, la dénonce. L’affaire peut-elle en rester là ?

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         Non. Le feuilleton des propositions faites à Carles et les refus de la chaîne de les diffuser ensuite se poursuit. Cette fois, c’est Karl Zéro qui entre en scène. Il propose à Carles de travailler pour son émission, Le Vrai journal, qu’il présente comme étant l’exemple de la liberté absolue. Carles a alors beau jeu de piéger le présentateur. Il ne pouvait faire moins que de le prendre au mot et de lui proposer un projet qu’il sait parfaitement inacceptable par la chaîne, puisqu’il s’agirait d’en montrer la face cachée, beaucoup moins indépendante qu’elle le prétend. Le film se termine par la rupture consommée entre Carles et Zéro, ce dernier ne sortant pas grandi de l’épisode.

Pas vu, pas pris ne sera pas diffusé à la télévision mais il aura une carrière militante, dans des festivals, et sera même diffusé en salles grâce à la mobilisation financière d’une association créée pour l’occasion. Carles a atteint son but. Il montre la différence entre cinéma et télévision. La télévision n’aura jamais la force contestatrice que le cinéma peut avoir, une fois les problèmes financiers réglés. Carles montre ici que cela est possible.

Avec Pas vu, pas pris, Carles s’est forgé un personnage de provocateur obstiné, jouant sur une fausse naïveté pour se placer en position de victime persécutée face à la toute-puissance de la télévision. Le film reste une illustration pertinente de la façon dont fonctionnent les médias en pénétrant au cœur même de l’institution télévision.

P COMME PORTRAIT – Filmographie 2

Deuxième partie C-I

Call me Chaos, film d’Aleksandr Vinogradov, Belgique, 2016.

     Floh, chanteuses des rues et accordéoniste. Sa musique, sa voix, ses chansons en font un être surprenant. Sa façon de vivre nous questionne immédiatement. Sa manière d’être nous étonne. Mais en même temps, nous avons l’impression de la connaître déjà, d’avoir en tout cas déjà rencontré ses semblables.

Caniba. Film de Véréna Paravel & Lucien Castaing-Taylor

     Isséi Sagawa, jeune étudiant japonais à la Sorbonne à Paris en 1981, a tué sa petite amie et l’a mangée. Comment filmer un tel monstre ?

Cassandro, el exotico. Film de Marie Losier.

         Cassandro est une star – La star, plusieurs fois champion du monde – de Lucha Libre, cette sorte de catch si populaire au Mexique. Une carrière de 27 années consacrées entièrement à ce qui est sa passion – en même temps que sa profession – et à laquelle il se consacre corps et âme.

Les Chèvres de ma mère. Film de Sophie Audier

         Maguy, la mère de la cinéaste, a élevé des chèvres et fait des fromages, toute sa vie. Elle veut prendre sa retraite.Mais trouvera-t-elle un repreneur. Et pourra-t-elle se séparer de ses chèvres ?

Choron dernière. Film de Pierre Carles et Martin.

         Créateur de Hara Kiri et de Charlie, passé maître dans l’art de la provocation, ce qui lui valut bien des ennuis et quelques procès.

City light, portraits d’une génération perdue. Film de Dorothée Lorang et David Beautru

         A Tokyo, trois jeunes adultes, représentants de cette nouvelle génération qui s’interroge sur le sens de la vie, et surtout sur le sens du travail. Seront-ils capable de prendre en main leur avenir ?

Conversation animée avec Noam Chomsky. Film de Michel Gondry.

         Noam Chomsky, intellectuel américain, spécialiste de grammaire générative et de science de la communication, et surtout engagé du côté de la gauche radicale.

Dans la chambre de Vanda. Film de Pedro Costa

         Wanda Duerte, actrice principale du précédent film du cinéaste, passe ses journées allongée sur son lit, bavardant de tout et de rien avec sa sœur, sa compagne de dope. Elle a du mal à respirer, mais peu importe, elle ne peut pas se passer de drogue.

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David Lynch the art life. Film de Jon Nguyen.

     Sa vie artistique, peinture, photographie et musique, avant qu’il ne devienne cinéaste.

Le Dernier des injustes. Film de Claude Lanzmann

         Benjamin Murmelstein, rabin de Vienne et dernier président du Juderat, le conseil juif de Theresienstad, seul survivant des Doyens des Juifs.

Derrida. Film de Kirby Dick et Amy Ziering Kofman.

         Le philosophe de la “déconstruction”, ne refuse pas de répondre aux questions qui lui sont posées, mais qui montre que les réponses qui peuvent être faites ne peuvent être que des non-réponses.

Diego. Film de Frédéric Goldbronn

         Le récit d’une révolution suivie d’une guerre. Un récit par l’un de ceux qui les ont vécues, l’une et l’autre, armes à la main. Avec les espoirs de l’une et le désespoir de l’autre. En Espagne. De 1936 en Catalogne, puis sur les différents  fronts, pour finir sur la route de l’exil en 1939, conduisant en France depuis Barcelone.

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Doulaye, une saison des pluies. Film de Henry-François Imbert.

         L’ami africain du père du cinéaste qui part à sa recherche au Mali, et qu’il finit par retrouver dans un moment d’intense émotion.

Duch, le Maître des forges de l’enfer. Film de Rithy Panh.

         De son vrai nom Kaing Guek Eav, secrétaire du parti des Khmers rouges et directeur du centre d’extermination S 21, à Phnom Penh, où seront torturés et assassinés quelques 12 000 Cambodgiens.

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Edgard Morin, Chronique d’un regard. Film de Céline Gailleurd.

         Le cinéma dans la vie d’un sociologue, dans sa pensée, dans son travail intellectuel, dans ses livres. Dès son enfance il est passionné, assidu dans les salles noires. Cinéphage avant de devenir cinéphile.

Elle s’appelle Sabine. Film de Sandrine Bonnaire

         La vie de Sabine, sœur cadette de l’actrice-réalisatrice. Dans sa jeunesse elle est belle, souriante, pleine de vie. A 38 ans, elle a beaucoup grossi, elle sourit peu, elle est lente dans ses mouvements et son langage très répétitif est hésitant et très pauvre. Entre les deux, un trou noir : cinq années d’hôpital psychiatrique.

Ennemis intimes. Film de Werner herzog

         Klaus Kinski, l’acteur fétiche du réalisateur, présent dans cinq de ses films les plus importants. Un acteur irritable, ne supportant pas de ne pas être l’unique centre d’intérêt sur un tournage, systématiquement agressif, mais aussi peureux et quelque fois lâche. Bref un fou ! Une folie nécessaire aux films ?

La Femme aux 5 éléphants. Film de Vadim Jendreyko.

         Une vieille dame toute voutée. D’origine ukrainienne, elle vit en Allemagne et traduit le russe en allemand et tout particulièrement Dostoïevski, Crime et châtiment, L’idiot, Les démons, L’adolescent et Les frères Karamazov

Fengming. Chronique d’une femme chinoise. Film de Wang Bing

         A 17 ans, elle rencontre la révolution et s’y engage avec l’enthousisme de la jeunesse. Et puis arrive la campagne antidroitière de 1957. Elle et son mari sont envoyés dans un camp de travail. La souffrance, la faim, la mort du mari, un combat quotidien pour survivre.

Finding Phong. Film de Tran Phuong Fhao.

     Le devenir femme d’un homme. Le refus de son identité masculine. Le refus de son corps masculin. L’aspiration à de venir autre. D’avoir un autre corps. Une autre image de soi. Une autre reconnaissance sociale.

Général Idi Amin Dada. Autoportrait. Film de Barbet Schroeder.

         Un dictateur qui mit à mal son pays, l’Ouganda. Un bouffon ou un fou qui se prétendait un des plus grands « leaders révolutionnaires » de la planète.

Grizzly man. Film de Werner Herzog.

         Timothy Treadwell, amoureux des grizzlys, au point de passer 13 étés en Alaska pour les filmer, leur parler, les toucher. Une aventure qui finit mal.

Hélène Berr, une jeune fille dans Paris occupé. Film de Jérôme Prieur

         Elle a 21 ans en 1942, vit à deux pas des Champs-Elysées, joue du violon et prépare l’agrégation d’anglais à la Sorbonne. Juive, elle sera arrêtée en 1944 et déportée avec ses parents à Auschwitz. Elle mourra à Bergen-Belsen quelques jours avant la libération du camp.

L’Homme sans nom. Film de Wang Bing.

         Il marche beaucoup, cuisine, mange, dort, bêche la terre cultive des légumes, ramasse du crottin sur la route. Il vit dans un trou dans la terre dont il a fait une grotte. Il ne parle pas. Il est toujours seul.

Irène. Film de Alain Cavalier.

         La compagne disparue. Le deuil. L’absence de l’être cher. Et deux photos.

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