V COMME VIEILLESSE

Dieu sait quoi, Fabienne Abramovich, Suisse, 2004, 59 minutes.

Filmer la vieillesse n’est pas chose facile. Donner la parole à des personnes âgées risque toujours de ne pas éviter le pessimisme systématique, la tristesse de l’impuissance, la nostalgie du bon vieux temps (tout était tellement mieux autrefois, et décidemment plus rien n’est comme avant) voir la désespérance ou même l’angoisse de la mort.

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Fabienne Abramovich évite tous ces écueils et réussi à faire un film qui, sans tomber dans l’optimisme béat, respire la joie de vivre et nous donne une véritable leçon de bonheur. D’ailleurs son sous-titre est parfaitement explicite : « la vie heureuse ».

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Pour cela elle plante sa caméra au parc des Buttes Chaumont où se retrouve, presque toujours sur le même banc, un groupe de retraités habitant le quartier, et qui viennent là pour se retrouver entre amis, et passer un moment à bavarder de tout et de rien. Une façon de ne plus être seul bien sûr, mais aussi de prendre l’air, tout simplement, et faire un peu d’activité physique. Une façon aussi d’être à l’écoute des autres, et lorsqu’ils sont frappés par la maladie ou un deuil, de se rendre compte qu’il y a toujours plus malheureux que soi.

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Pourtant, tous les sujets qui pourraient nous entraîner vers la morosité sont bien au cœur des conversations entre ces femmes et ces hommes  que nous retrouvons tout au long du film, seul ou en petit groupe. Ils évoquent bien les maladies des uns et des autres, les pertes de mémoire, le temps qui passe et la mort qu’ils ne peuvent ignorer. Mais ils le font presque toujours avec le sourire, ou du moins sans pathos. Ils n’ont rien à reprocher à la vie, ou alors ils le gardent pour eux. Et quand ils évoquent « l’autre monde », c’est pour plaisanter sur le choix entre le paradis et l’enfer…De toute façon, les préoccupations terre à terre – ce qu’on mange le soir, ou le temps qu’il fait – reviennent toujours sur le tapis.

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Le film est aussi une vision très douce et agréable de la vie du parc, ce havre de paix non loin de la circulation. Filmé en plans fixes, le plus souvent, nous suivons la succession des saisons, la neige en hiver, l’orage en été et tous ces jeunes allongés sur les pelouses, et lorsque l’automne revient, il ne faut pas oublier de ressortir manteau et bonnet. Dans le parc il y a aussi des gens qui marchent, d’autres qui courent ou qui font des étirements, il y a une calèche pour enfants et de magnifiques paons sur la pelouse.

Ces retraités ont-ils retrouvé le vrai sens de l’épicurisme, non pas la recherche effrénée du plaisir, mais se réjouir d’échapper à des malheurs plus durs que ceux que l’on vit?

P COMME PORTRAIT – Filmographie 1

Première Partie : A-B

L’histoire du cinéma documentaire est riche en films-portraits, des femmes et des hommes, de tout âge, des adolescents tant cet âge de la vie peut être mystérieux, des enfants, peu souvent, des personnes célèbres, dans l’actualité ou l’histoire, des inconnus tout aussi attachants…

Voici une filmographie (nécessairement bien incomplète, en particulier parce qu’elle ignore presque totalement la télévision), une liste de films qui dressent le portrait d’un personnage unique (ou exceptionnellement un couple, mais s’il s’agit d’amoureux n’ont-ils pas tendance à ne faire qu’un ?)

Le plus souvent ce personnage est nommé par son nom dès le titre du film. Mais ce nom peut très bien être remplacé par une formule le caractérisant et en quelque sorte l’étiquette. Mais peu importe, l’essentiel pour bien des cinéastes est d’entrer dans l’intimité de son personnage, de montrer qu’il ne se contente pas de le filmer de loin. Le film est alors le plus souvent le résultat d’une connivence, voire d’une amitié, même s’il existe des exceptions où la distance entre celui qui filme et celui qui est filmé – sur le plan des idées ou des convictions politiques en particulier – semble ne pas pouvoir être comblée.

 6 Portraits Xl, 6 films d’Alain Cavalier, 2017.

         Jacquotte. Bernard, Philippe, Daniel, Guillaume, Léon. Des personnes bien différentes entre elles, filmées sur des durées tout aussi différentes (allant d’une dizaine d’années à une journée) mais qui, par la magie du filmage mis en œuvre par le cinéaste, font maintenant partie de cette famille unique des amis du filmeur Cavalier.

17 ans. Film de Didier Nion

         Jean-Benoît est en apprentissage dans un garage pour passer un BEP de mécanique. L’aura-il au bout des deux ans où le cinéaste le suit ?

18 ans. Film de Frédérique Pollet Rouyer.

Morgane, l’année de sa majorité. L’année de son bac (réussite). Un devenir adulte compliqué par l’absence de la mère, alcoolique.

 

800 kilomètres de différence. Film de Claire Simon

         La rencontre de deux adolescents pendant les vacances d’été. Un amour éphémère.

A la recherche de Viviane Maier. Film de John Maloof et Charlie Siskel.

         Une photographe qui aurait pu rester inconnue, si un cinéaste n’avait pas découvert son œuvre : des photos de rues, d’enfants, des portraits d’inconnus…

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Ai Wei Wei, never sorry. Film de Alison Klayman.

Un artiste chinois provocateur et contestataire, ce qui lui valut quelques ennuis avec les autorités.

Alma, une enfant de la violence. Film et webdocumentaire de Miquel Dewever-Plana & Isabelle Fougère.

         Elle appartenait à un gang au Guatemala. Elle est prête à tout pour le quitter, ce qui n’est pas sans dangers.

Annie Leibovitz : Life through a lens. Film de Barbara Leibovitz.

         Célèbre pour ses portraits de stars. Une vie consacrée à la photographie, retracée ici par sa fille.

Armand, 15 ans l’été. Film de Blaise Harrison.

L’oisiveté des vacances, le temps passé devant la télé, ou à discuter avec les amies, en s’interrogeant sur le sens de la vie.

Arno dancing inside my head. Film de Pascal Poissonnier.

Ni un récit de vie, ni un parcours professionnel, que reste-t-il ? Il reste l’homme, l’homme Arno, chanteur, écrivain, musicien, que nous suivons un moment dans sa vie consacrée à la musique.

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Arthur Rimbaud, une biographie. Film de Richard Dindo.

         La vie du poète rebelle racontée par ceux qui l’ont connu, dans ses différentes étapes, Paris et Verlaine, l’Afrique et l’abandon définitif de la littérature.

Assassinat d’une modiste. Film de Catherine Bernstein.

         Odette Fanny Bernstein, dite Fanny Berger, célèbre dans le monde de la mode à Paris avant l’occupation, déportée à Auschwitz où elle mourra. Le destin d’une femme juive.

L’Avocat de la terreur. Film de Barbet Schroeder.

         Jacques Vergès, l’avocat qui s’est rendu célèbre en défendant des accuses réputés indéfendables, de Barbie à Carlos. Un personnage mystérieux, ambigu, passé maître dans l’art de la manipulation.

Ballad of Genesis and lady Jaye (The). Film de Marie Losier.

         Le portrait d’un couple, leur amour sans limite au destin unique.

Bambi. Film de Sébastien Lifshitz.

         Marie-Pierre Pruvot, née Jean-Pierre. Une vieille dame sans ride, encore pleine de charme. Bambi,  la danseuse de Cabaret, n’existe plus. Elle s’est reconvertie en professeur de français en collège. Un changement radical.

Basquiat, un adolescent à New York. Film de Sara Driver.

         Le devenir-artiste du jeune Jean-Michel dans le New York de la fin des années 70.

Belle de nuit. Grisélidis Real. Autoportraits. Film de Marie-Eve de Grave.

Ecrivain, peintre, prostituée, Grisélidis Réal est un personnage à multiples facettes Suisse d’origine, elle n’a jamais été reconnue dans son pays. La Suisse protestante et puritaine n’a sans doute jamais accepté son engagement en faveur de la prostitution, qu’elle pratique comme un art, un choix personnel, politique,

La Bocca del lupo.Film de Pietro Marcello.

         Enzo et Mary, un couple hors norme. Enzo a passé la plus grande partie de sa vie en prison et Mary est travestie et toxicomane. Depuis plus de vingt ans, ils s’aiment. Leur rêve commun, avoir une maison à la campagne, avec leurs chiens et faire un potager. A la fin du film ils l’auront réalisé.

Les Braves. Film d’Alain Cavalier.

         Raymond Lévy, Michel Alliot et Jean Widhoff, les trois braves auteurs d’un acte de bravoure individuel, raconté par son auteur. Des actes qui se déroulent dans des situations extrêmes, dans une guerre, la Deuxième Guerre mondiale pour les deux premiers, la guerre d’Algérie pour le dernier. Des actes qui font de leurs auteurs des héros.

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