M COMME MAI 68.

Les Révoltés, Michel Andrieu et Jacques Kebadian, 2018, 80 minutes.

L’histoire de mai 68 – mais il ne faut pas oublier juin – racontée à partir d’images d’archives.

Pour fonctionner de façon efficace, le genre implique qu’un certain nombre d’exigences soient prises en compte.

  • Le récit se doit d’être complet, d’où la recherche du plus grand nombre d’archives possible pour ne pas risquer de laisser de côté un événement, si minime soit-il au regard du déroulement historique.révoltés 2
  • Corolaire, le récit doit être ordonné dans un ordre chronologique strict. Les dates des événements s’inscrivent en surimpression sur les images. Par exemple, les nuits des barricades ou les différentes manifestations.
  • Les images doivent être immédiatement identifiables par les spectateurs, même les plus jeunes, ceux qui n’ont pas vécu eux-mêmes les événements. Cela ne pose guère de problème pour les affrontements étudiants-crs. C’est moins évident pour les occupations d’usines et les débats qui s’y sont déroulés entre ouvriers et syndicats.révoltés 3
  • Les images doivent être sinon inédites, du moins ne pas en rester à la vision la plus connue, ayant déjà fait maintes fois l’objet de montage à prétention historique. Néanmoins, les images les plus célèbres, devenues des icônes de l’époque, ne peuvent pas être systématiquement écartées, au risque d’être accusé de parti-pris, voire de censure. C’est le cas, évident, des images des prises de parole de Cohn-Bendit en particulier. L’équilibre entre images connues et inédites ou rares doit donc faire l’objet d’un savant dosage qui implique de ne négliger aucune source, mais aussi de résister autant que faire se peut aux facilités dictées par l’air du temps (les idées reçues véhiculées par l’époque de réalisation du film).
  • Le recours à un commentaire surajouté aux images doit être limité au strict minimum ou même être systématiquement écarté. Les images sonores peuvent d’ailleurs le plus souvent s’en passer, une fois le repérage du jour et du lieu effectué.
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  • De même donner la parole à des témoins ou des acteurs de l’époque n’a pas de légitimité dans un film d’archives. Le faire conduirait à un autre film et réduirait la pertinence des images. Si l’on fait le choix de considérer que les archives possèdent une véracité intrinsèque, il faut leur faire confiance jusqu’au bout. Néanmoins, comme les images ne peuvent guère questionner par elles-mêmes leur propre valeur de vérité, le film d’archives se voit immanquablement limité qu’à n’être qu’une reconstitution vivante (dans le cas d’archives sonores filmées, ce qui est le cas ici) des événements.révoltés 4
  • Et c’est bien ainsi que fonctionne ce Révoltés. Il nous plonge au cœur des événements. Nous y sommes. Nous y participons. Nous en sommes des acteurs. Ce que renforce d’ailleurs la bande son dans laquelle les éclatements de grenade sont systématiquement renforcés ou du moins placés au premier plan. Voir le film ne laisse donc aucune place à la distanciation ou à la réflexion dans le cours de la projection. Reste à savoir si le temps de l’analyse après-coup peut profiter pleinement de la richesse des images.

M COMME MADAGASCAR.

Fahavalo, Madagascar 1947, Marie-Clémence Andriamonta-Paes ; France-Madagascar, 2018, 90 minutes.

Fahavalo, c’est le nom donné aux « rebelles » qui lutte pour obtenir l’indépendance de Madagascar à partir de 1947. Une indépendance qui leur avait été promise par le Général De Gaulle pendant la seconde guerre mondiale en échange de la participation des soldats malgaches au conflit aux côté des forces de libération. Mais au retour des combattants dans leur île, le discours est tout autre. La métropole a besoin de café, entre autre. Alors l’indépendance devra attendre.

Les anciens soldats de retour d’Europe vont alors se révolter, armés de sagaies, et se réfugier dans la forêt pour fuir la répression. Mais ils sont protégés par les talismans qui les rendent invincibles. Alors ils finiront par triompher.

Le film, qui retrace aujourd’hui cette histoire oubliée alternent les témoignages des derniers survivants de cette lutte et les images d’archives, le tout resitué dans les villages d’aujourd’hui. Et nous parcourons une grande partie de l’île en suivant la ligne de chemin de fer à travers les forêts, une ligne que la rébellion suivait précisément.

Aujourd’hui les survivants de la révolte sont de moins en moins nombreux. D’où l’urgence de recueillir leur parole. Ces vieux messiers, édentés et mal rasés, ont encore des souvenirs bien vivants des conditions de leur lutte. Une lutte dont on ne parle plus, ni en France, ni à Madagascar. Alors le travail de mémoire est indispensable. Le film s’en acquitte parfaitement.

Un film précieux donc pour sa dimension historique. Mais aussi parce que traiter du colonialisme aujourd’hui nous pousse nécessairement à nous interroger sur la situation actuelle de ce pays, souvent désigné comme étant un des plus pauvres du monde.

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E COMME EXIL – Afrique.

Mallé en son exil, Denis Gheerbrant, 2018, 106 minutes

Est-il possible pour un cinéaste de donner la parole à un représentant d’une culture différente de la sienne, de la laisser parler sans restriction, sans jugement et sans chercher à l’influencer dans la teneur de ses propos ? Ne risque-t-il pas d’être mis en face de positions, d’affirmations de valeurs, bien différentes, voire opposées aux siennes ? Devra-t-il alors réagir ?

C’est le risque qu’a pris Denis Gheerbrant dans son nouveau film, Mallé en son exil. Face à l’affirmation de la légitimité, et même de la nécessité de la polygamie et surtout de l’excision, il ne peut que s’insurger. L’excision est un crime, affirme-t-il haut et fort. Ce qui cependant ne pourra en rien modifier la conviction de son interlocuteur.

Gheerbrant filme Mallé, ce malien immigré en France depuis une vingtaine d’années. Il travaille à Paris, dans des immeubles des « beaux quartiers » où il fait le ménage du hall et des couloirs et où une bonne partie de son temps est occupée à sortir et rentrer les poubelles. Le cinéaste insiste d’ailleurs beaucoup sur cet aspect de son activité professionnelle. S’occuper des poubelles devient ainsi l’exemple type du travail réservé aux immigrés.

Mallé a un « chez soi » où il rentre le soir, un foyer de banlieue uniquement habité par des africains, où il partage une chambre avec un de ses compagnons d’exil. Le film est donc d’abord un portrait de cet exilé loin de son pays où il a laissé, depuis des années, femme et enfants. Et en même temps, il brosse par petites touches un tableau de cet exil, de la façon dont toute une communauté repliée sur elle-même le vit. Ce qui nous vaut plusieurs séquences de cette vie sociale, les repas pris à la mode africaine, le marché particulièrement coloré et même un mariage.

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Le film établit alors une série d’oppositions qui vont structurer de plus en plus clairement les propos de l’exil.

Ici / là-bas, d’abord. Là-bas, dans son village, Mallé est paysan. Ici il est devenu citadin. Là-bas il est d’une famille noble et à ce titre il « possède » un esclave. Ici c’est lui qui est dans une position d’esclave.

Les anciens / les modernes ensuite, selon une formule introduite par le cinéaste. Là-bas est régi par la tradition, une tradition qui n’a plus cour ici.

L’exilé ne peut alors que se vivre comme double, vivant ici dans un monde qui n’est pas le sien. Il garde en lui tout ce qui fait son monde originaire, sa culture, ses traditions. La vie « moderne » n’influence en rien sa pensée.

Filmer l’exil revient ainsi à montrer que la culture, notre culture, n’a rien d’universel.

T COMME TELEVISION – Critique

Pas vu, pas pris, Pierre Carles, France, 1998, 90 minutes

Pierre Carles, cinéaste, fait un film sur Pierre Carles journaliste. À l’occasion de la journée de la télévision, il reçoit de la part de Canal +, la chaîne qui se présente à cette époque comme la plus libre de la télévision française, une sollicitation pour réaliser un sujet sur le thème télévision, politique, morale. Carles saute sur l’occasion et va se lancer dans une entreprise plutôt périlleuse dont il a le secret. Peu importe s’il se met à dos les responsables de la chaîne, et une grande partie des vedettes du petit écran, journalistes et présentateurs en vue. Il pense tenir le bon filon qui va lui permettre de réaliser le sujet phare de la journée. Il s’est en effet procuré, sans qu’il dise comment, une cassette contenant des images « volées » d’un entretien hors micro entre le ministre de la Défense de l’époque, François Léotard, et Étienne Mougeotte, le numéro deux de TF1. Les deux hommes se connaissent bien. Ils se tutoient. Il y a entre eux une proximité visible et l’homme de télévision n’hésite pas à faire part au ministre de ses inquiétudes sur l’avenir de sa chaîne. Carles voit là une preuve de la collusion entre télévision et politique. Pour lui, l’intervention de Mougeotte est purement et simplement du lobbying. L’existence de cette cassette a été révélée par la presse écrite, en particulier par Le Canard enchaîné. Mais côté télévision, c’est le silence total. Elle dérange, elle est donc censurée. Le sujet de reportage de Carles, qu’il intitule Pas vu à la télé, consiste alors à interroger les responsables des grandes émissions politiques sur toutes les chaînes pour leur demander d’expliquer pourquoi un tel document est exclu du petit écran.

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Pas vu, pas pris repose sur un premier dispositif. Carles obtient des entrevues avec les personnalités de la télévision, de Jacques Chancel à Anne Sinclair. Il leur pose quelques questions plus ou moins anodines sur les relations entre télévision et politique et leur montre, sans prévenir, la fameuse cassette. Leurs réactions filmées doivent constituer la matière de Pas vu à la télé. Elles constituent aussi celles de Pas vu, pas pris, puisque Pas vu à la télé ne sera jamais diffusé sur une chaîne française. La télévision belge, se fera elle un malin plaisir de la montrer à son public.

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En fait, Pas vu, pas pris ne se confond pas avec Pas vu à la télé. Carles introduit dans son film un deuxième dispositif absent du projet télévisé. Tout au long de ses négociations avec Canal +, il enregistre les conversations téléphoniques qu’il a avec son contact de la chaîne. Les raisons de la non-diffusion de la cassette sont au centre de ces discussions. Ce que Carles vise alors à montrer, c’est la solidarité qui soude entre eux ces hommes de télévision, puisque dans leur majorité ils justifient à la fois la relation existant entre un responsable de chaîne et un ministre et la non-diffusion des images qui montrent cette relation. Le montage introduit alors des extraits de l’émission de Canal + dans laquelle la chaîne tente d’expliquer son refus de diffuser le reportage de Carles, sans d’ailleurs l’inviter sur le plateau. Censure ? La presse écrite, Libération et Le Monde, la dénonce. L’affaire peut-elle en rester là ?

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         Non. Le feuilleton des propositions faites à Carles et les refus de la chaîne de les diffuser ensuite se poursuit. Cette fois, c’est Karl Zéro qui entre en scène. Il propose à Carles de travailler pour son émission, Le Vrai journal, qu’il présente comme étant l’exemple de la liberté absolue. Carles a alors beau jeu de piéger le présentateur. Il ne pouvait faire moins que de le prendre au mot et de lui proposer un projet qu’il sait parfaitement inacceptable par la chaîne, puisqu’il s’agirait d’en montrer la face cachée, beaucoup moins indépendante qu’elle le prétend. Le film se termine par la rupture consommée entre Carles et Zéro, ce dernier ne sortant pas grandi de l’épisode.

Pas vu, pas pris ne sera pas diffusé à la télévision mais il aura une carrière militante, dans des festivals, et sera même diffusé en salles grâce à la mobilisation financière d’une association créée pour l’occasion. Carles a atteint son but. Il montre la différence entre cinéma et télévision. La télévision n’aura jamais la force contestatrice que le cinéma peut avoir, une fois les problèmes financiers réglés. Carles montre ici que cela est possible.

Avec Pas vu, pas pris, Carles s’est forgé un personnage de provocateur obstiné, jouant sur une fausse naïveté pour se placer en position de victime persécutée face à la toute-puissance de la télévision. Le film reste une illustration pertinente de la façon dont fonctionnent les médias en pénétrant au cœur même de l’institution télévision.

P COMME PORTRAIT – Filmographie 2

Deuxième partie C-I

Call me Chaos, film d’Aleksandr Vinogradov, Belgique, 2016.

     Floh, chanteuses des rues et accordéoniste. Sa musique, sa voix, ses chansons en font un être surprenant. Sa façon de vivre nous questionne immédiatement. Sa manière d’être nous étonne. Mais en même temps, nous avons l’impression de la connaître déjà, d’avoir en tout cas déjà rencontré ses semblables.

Caniba. Film de Véréna Paravel & Lucien Castaing-Taylor

     Isséi Sagawa, jeune étudiant japonais à la Sorbonne à Paris en 1981, a tué sa petite amie et l’a mangée. Comment filmer un tel monstre ?

Cassandro, el exotico. Film de Marie Losier.

         Cassandro est une star – La star, plusieurs fois champion du monde – de Lucha Libre, cette sorte de catch si populaire au Mexique. Une carrière de 27 années consacrées entièrement à ce qui est sa passion – en même temps que sa profession – et à laquelle il se consacre corps et âme.

Les Chèvres de ma mère. Film de Sophie Audier

         Maguy, la mère de la cinéaste, a élevé des chèvres et fait des fromages, toute sa vie. Elle veut prendre sa retraite.Mais trouvera-t-elle un repreneur. Et pourra-t-elle se séparer de ses chèvres ?

Choron dernière. Film de Pierre Carles et Martin.

         Créateur de Hara Kiri et de Charlie, passé maître dans l’art de la provocation, ce qui lui valut bien des ennuis et quelques procès.

City light, portraits d’une génération perdue. Film de Dorothée Lorang et David Beautru

         A Tokyo, trois jeunes adultes, représentants de cette nouvelle génération qui s’interroge sur le sens de la vie, et surtout sur le sens du travail. Seront-ils capable de prendre en main leur avenir ?

Conversation animée avec Noam Chomsky. Film de Michel Gondry.

         Noam Chomsky, intellectuel américain, spécialiste de grammaire générative et de science de la communication, et surtout engagé du côté de la gauche radicale.

Dans la chambre de Vanda. Film de Pedro Costa

         Wanda Duerte, actrice principale du précédent film du cinéaste, passe ses journées allongée sur son lit, bavardant de tout et de rien avec sa sœur, sa compagne de dope. Elle a du mal à respirer, mais peu importe, elle ne peut pas se passer de drogue.

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David Lynch the art life. Film de Jon Nguyen.

     Sa vie artistique, peinture, photographie et musique, avant qu’il ne devienne cinéaste.

Le Dernier des injustes. Film de Claude Lanzmann

         Benjamin Murmelstein, rabin de Vienne et dernier président du Juderat, le conseil juif de Theresienstad, seul survivant des Doyens des Juifs.

Derrida. Film de Kirby Dick et Amy Ziering Kofman.

         Le philosophe de la “déconstruction”, ne refuse pas de répondre aux questions qui lui sont posées, mais qui montre que les réponses qui peuvent être faites ne peuvent être que des non-réponses.

Diego. Film de Frédéric Goldbronn

         Le récit d’une révolution suivie d’une guerre. Un récit par l’un de ceux qui les ont vécues, l’une et l’autre, armes à la main. Avec les espoirs de l’une et le désespoir de l’autre. En Espagne. De 1936 en Catalogne, puis sur les différents  fronts, pour finir sur la route de l’exil en 1939, conduisant en France depuis Barcelone.

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Doulaye, une saison des pluies. Film de Henry-François Imbert.

         L’ami africain du père du cinéaste qui part à sa recherche au Mali, et qu’il finit par retrouver dans un moment d’intense émotion.

Duch, le Maître des forges de l’enfer. Film de Rithy Panh.

         De son vrai nom Kaing Guek Eav, secrétaire du parti des Khmers rouges et directeur du centre d’extermination S 21, à Phnom Penh, où seront torturés et assassinés quelques 12 000 Cambodgiens.

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Edgard Morin, Chronique d’un regard. Film de Céline Gailleurd.

         Le cinéma dans la vie d’un sociologue, dans sa pensée, dans son travail intellectuel, dans ses livres. Dès son enfance il est passionné, assidu dans les salles noires. Cinéphage avant de devenir cinéphile.

Elle s’appelle Sabine. Film de Sandrine Bonnaire

         La vie de Sabine, sœur cadette de l’actrice-réalisatrice. Dans sa jeunesse elle est belle, souriante, pleine de vie. A 38 ans, elle a beaucoup grossi, elle sourit peu, elle est lente dans ses mouvements et son langage très répétitif est hésitant et très pauvre. Entre les deux, un trou noir : cinq années d’hôpital psychiatrique.

Ennemis intimes. Film de Werner herzog

         Klaus Kinski, l’acteur fétiche du réalisateur, présent dans cinq de ses films les plus importants. Un acteur irritable, ne supportant pas de ne pas être l’unique centre d’intérêt sur un tournage, systématiquement agressif, mais aussi peureux et quelque fois lâche. Bref un fou ! Une folie nécessaire aux films ?

La Femme aux 5 éléphants. Film de Vadim Jendreyko.

         Une vieille dame toute voutée. D’origine ukrainienne, elle vit en Allemagne et traduit le russe en allemand et tout particulièrement Dostoïevski, Crime et châtiment, L’idiot, Les démons, L’adolescent et Les frères Karamazov

Fengming. Chronique d’une femme chinoise. Film de Wang Bing

         A 17 ans, elle rencontre la révolution et s’y engage avec l’enthousisme de la jeunesse. Et puis arrive la campagne antidroitière de 1957. Elle et son mari sont envoyés dans un camp de travail. La souffrance, la faim, la mort du mari, un combat quotidien pour survivre.

Finding Phong. Film de Tran Phuong Fhao.

     Le devenir femme d’un homme. Le refus de son identité masculine. Le refus de son corps masculin. L’aspiration à de venir autre. D’avoir un autre corps. Une autre image de soi. Une autre reconnaissance sociale.

Général Idi Amin Dada. Autoportrait. Film de Barbet Schroeder.

         Un dictateur qui mit à mal son pays, l’Ouganda. Un bouffon ou un fou qui se prétendait un des plus grands « leaders révolutionnaires » de la planète.

Grizzly man. Film de Werner Herzog.

         Timothy Treadwell, amoureux des grizzlys, au point de passer 13 étés en Alaska pour les filmer, leur parler, les toucher. Une aventure qui finit mal.

Hélène Berr, une jeune fille dans Paris occupé. Film de Jérôme Prieur

         Elle a 21 ans en 1942, vit à deux pas des Champs-Elysées, joue du violon et prépare l’agrégation d’anglais à la Sorbonne. Juive, elle sera arrêtée en 1944 et déportée avec ses parents à Auschwitz. Elle mourra à Bergen-Belsen quelques jours avant la libération du camp.

L’Homme sans nom. Film de Wang Bing.

         Il marche beaucoup, cuisine, mange, dort, bêche la terre cultive des légumes, ramasse du crottin sur la route. Il vit dans un trou dans la terre dont il a fait une grotte. Il ne parle pas. Il est toujours seul.

Irène. Film de Alain Cavalier.

         La compagne disparue. Le deuil. L’absence de l’être cher. Et deux photos.

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V COMME VIEILLESSE

Dieu sait quoi, Fabienne Abramovich, Suisse, 2004, 59 minutes.

Filmer la vieille n’est pas chose facile. Donner la parole à des personnes âgées risque toujours de ne pas éviter le pessimisme systématique, la tristesse de l’impuissance, la nostalgie du bon vieux temps (tout était tellement mieux autrefois, et décidemment plus rien n’est comme avant) voir la désespérance ou même l’angoisse de la mort.

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Fabienne Abramovich évite tous ces écueils et réussi à faire un film qui, sans tomber dans l’optimisme béat, respire la joie de vivre et nous donne une véritable leçon de bonheur. D’ailleurs son sous-titre est parfaitement explicite : « la vie heureuse ».

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Pour cela elle plante sa caméra au parc des Buttes Chaumont où se retrouve, presque toujours sur le même banc, un groupe de retraités habitant le quartier, et qui viennent là pour se retrouver entre amis, et passer un moment à bavarder de tout et de rien. Une façon de ne plus être seul bien sûr, mais aussi de prendre l’air, tout simplement, et faire un peu d’activité physique. Une façon aussi d’être à l’écoute des autres, et lorsqu’ils sont frappés par la maladie ou un deuil, de se rendre compte qu’il y a toujours plus malheureux que soi.

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Pourtant, tous les sujets qui pourraient nous entraîner vers la morosité sont bien au cœur des conversations entre ces femmes et ces hommes  que nous retrouvons tout au long du film, seul ou en petit groupe. Ils évoquent bien les maladies des uns et des autres, les pertes de mémoire, le temps qui passe et la mort qu’ils ne peuvent ignorer. Mais ils le font presque toujours avec le sourire, ou du moins sans pathos. Ils n’ont rien à reprocher à la vie, ou alors ils le gardent pour eux. Et quand ils évoquent « l’autre monde », c’est pour plaisanter sur le choix entre le paradis et l’enfer…De toute façon, les préoccupations terre à terre – ce qu’on mange le soir, ou le temps qu’il fait – reviennent toujours sur le tapis.

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Le film est aussi une vision très douce et agréable de la vie du parc, ce havre de paix non loin de la circulation. Filmé en plans fixes, le plus souvent, nous suivons la succession des saisons, la neige en hiver, l’orage en été et tous ces jeunes allongés sur les pelouses, et lorsque l’automne revient, il ne faut pas oublier de ressortir manteau et bonnet. Dans le parc il y a aussi des gens qui marchent, d’autres qui courent ou qui font des étirements, il y a une calèche pour enfants et de magnifiques paons sur la pelouse.

Ces retraités ont-ils retrouvé le vrai sens de l’épicurisme, non pas la recherche effrénée du plaisir, mais se réjouir d’échapper à des malheurs plus durs que ceux que l’on vit?

P COMME PORTRAIT – Filmographie 1

Première Partie : A-B

L’histoire du cinéma documentaire est riche en films-portraits, des femmes et des hommes, de tout âge, des adolescents tant cet âge de la vie peut être mystérieux, des enfants, peu souvent, des personnes célèbres, dans l’actualité ou l’histoire, des inconnus tout aussi attachants…

Voici une filmographie (nécessairement bien incomplète, en particulier parce qu’elle ignore presque totalement la télévision), une liste de films qui dressent le portrait d’un personnage unique (ou exceptionnellement un couple, mais s’il s’agit d’amoureux n’ont-ils pas tendance à ne faire qu’un ?)

Le plus souvent ce personnage est nommé par son nom dès le titre du film. Mais ce nom peut très bien être remplacé par une formule le caractérisant et en quelque sorte l’étiquette. Mais peu importe, l’essentiel pour bien des cinéastes est d’entrer dans l’intimité de son personnage, de montrer qu’il ne se contente pas de le filmer de loin. Le film est alors le plus souvent le résultat d’une connivence, voire d’une amitié, même s’il existe des exceptions où la distance entre celui qui filme et celui qui est filmé – sur le plan des idées ou des convictions politiques en particulier – semble ne pas pouvoir être comblée.

 6 Portraits Xl, 6 films d’Alain Cavalier, 2017.

         Jacquotte. Bernard, Philippe, Daniel, Guillaume, Léon. Des personnes bien différentes entre elles, filmées sur des durées tout aussi différentes (allant d’une dizaine d’années à une journée) mais qui, par la magie du filmage mis en œuvre par le cinéaste, font maintenant partie de cette famille unique des amis du filmeur Cavalier.

17 ans. Film de Didier Nion

         Jean-Benoît est en apprentissage dans un garage pour passer un BEP de mécanique. L’aura-il au bout des deux ans où le cinéaste le suit ?

18 ans. Film de Frédérique Pollet Rouyer.

Morgane, l’année de sa majorité. L’année de son bac (réussite). Un devenir adulte compliqué par l’absence de la mère, alcoolique.

 

800 kilomètres de différence. Film de Claire Simon

         La rencontre de deux adolescents pendant les vacances d’été. Un amour éphémère.

A la recherche de Viviane Maier. Film de John Maloof et Charlie Siskel.

         Une photographe qui aurait pu rester inconnue, si un cinéaste n’avait pas découvert son œuvre : des photos de rues, d’enfants, des portraits d’inconnus…

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Ai Wei Wei, never sorry. Film de Alison Klayman.

Un artiste chinois provocateur et contestataire, ce qui lui valut quelques ennuis avec les autorités.

Alma, une enfant de la violence. Film et webdocumentaire de Miquel Dewever-Plana & Isabelle Fougère.

         Elle appartenait à un gang au Guatemala. Elle est prête à tout pour le quitter, ce qui n’est pas sans dangers.

Annie Leibovitz : Life through a lens. Film de Barbara Leibovitz.

         Célèbre pour ses portraits de stars. Une vie consacrée à la photographie, retracée ici par sa fille.

Armand, 15 ans l’été. Film de Blaise Harrison.

L’oisiveté des vacances, le temps passé devant la télé, ou à discuter avec les amies, en s’interrogeant sur le sens de la vie.

Arno dancing inside my head. Film de Pascal Poissonnier.

Ni un récit de vie, ni un parcours professionnel, que reste-t-il ? Il reste l’homme, l’homme Arno, chanteur, écrivain, musicien, que nous suivons un moment dans sa vie consacrée à la musique.

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Arthur Rimbaud, une biographie. Film de Richard Dindo.

         La vie du poète rebelle racontée par ceux qui l’ont connu, dans ses différentes étapes, Paris et Verlaine, l’Afrique et l’abandon définitif de la littérature.

Assassinat d’une modiste. Film de Catherine Bernstein.

         Odette Fanny Bernstein, dite Fanny Berger, célèbre dans le monde de la mode à Paris avant l’occupation, déportée à Auschwitz où elle mourra. Le destin d’une femme juive.

L’Avocat de la terreur. Film de Barbet Schroeder.

         Jacques Vergès, l’avocat qui s’est rendu célèbre en défendant des accuses réputés indéfendables, de Barbie à Carlos. Un personnage mystérieux, ambigu, passé maître dans l’art de la manipulation.

Ballad of Genesis and lady Jaye (The). Film de Marie Losier.

         Le portrait d’un couple, leur amour sans limite au destin unique.

Bambi. Film de Sébastien Lifshitz.

         Marie-Pierre Pruvot, née Jean-Pierre. Une vieille dame sans ride, encore pleine de charme. Bambi,  la danseuse de Cabaret, n’existe plus. Elle s’est reconvertie en professeur de français en collège. Un changement radical.

Basquiat, un adolescent à New York. Film de Sara Driver.

         Le devenir-artiste du jeune Jean-Michel dans le New York de la fin des années 70.

Belle de nuit. Grisélidis Real. Autoportraits. Film de Marie-Eve de Grave.

Ecrivain, peintre, prostituée, Grisélidis Réal est un personnage à multiples facettes Suisse d’origine, elle n’a jamais été reconnue dans son pays. La Suisse protestante et puritaine n’a sans doute jamais accepté son engagement en faveur de la prostitution, qu’elle pratique comme un art, un choix personnel, politique,

La Bocca del lupo.Film de Pietro Marcello.

         Enzo et Mary, un couple hors norme. Enzo a passé la plus grande partie de sa vie en prison et Mary est travestie et toxicomane. Depuis plus de vingt ans, ils s’aiment. Leur rêve commun, avoir une maison à la campagne, avec leurs chiens et faire un potager. A la fin du film ils l’auront réalisé.

Les Braves. Film d’Alain Cavalier.

         Raymond Lévy, Michel Alliot et Jean Widhoff, les trois braves auteurs d’un acte de bravoure individuel, raconté par son auteur. Des actes qui se déroulent dans des situations extrêmes, dans une guerre, la Deuxième Guerre mondiale pour les deux premiers, la guerre d’Algérie pour le dernier. Des actes qui font de leurs auteurs des héros.

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