B COMME BIO.

Nos enfants nous accuseront, Jean-Paul Jaud, France, 2008, 107 minutes.

Les enfants de Barjac, petite commune du Gard, ont de la chance. Sur décision du maire, ils mangent bio à la cantine, comme les personnes âgées à qui les services municipaux livrent les repas. Une décision qui résulte d’une prise de conscience. Comme le film l’affirme dès son ouverture, la jeune génération est en moins bonne santé que celle de leurs parents. Et cela tient à l’augmentation des maladies (cancer, diabète, stérilité) liées à des facteurs environnementaux. Il est grand temps de faire attention à ce que nous mettons dans nos assiettes et de changer nos pratiques alimentaires. Le film de Jean-Paul Jaud propose une solution : passer à l’alimentation bio !

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         Si l’on regarde ce que mangent les enfants dans une cantine traditionnelle, le constat fait frémir, surgelés et légumes en boite sont gorgés de pesticides, de métaux lourds, de colorants et de conservateurs qui sont autant de produits chimiques. Le bio permet non seulement de retrouver une nourriture saine, mais aussi beaucoup plus savoureuse parce que naturelle et composée de produits issus d’une agriculture locale artisanale. L’usage des pesticides et des engrais chimiques dans l’agriculture est donc mis sur la sellette. Et cela ne concerne pas seulement la santé des agriculteurs. C’est la protection de tout notre environnement qui est en jeu.

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         Les élèves de l’école de Barjac sont ravis. Le pain bio est nettement meilleur ! La mobilisation en faveur de l’initiative municipale est d’ailleurs de grande ampleur. Les cuisiniers sont convaincus de travailler pour la bonne cause. Les réunions avec les parents visent à développer l’alimentation bio dans les familles pour être en cohérence avec l’école. Et en classe, les maîtresses trouvent aussi dans une pédagogie active des occasions de sensibiliser leurs élèves. La culture de salades et de légumes dans le jardin pédagogique est une activité collective qui dure toute l’année. On comprend le plaisir des enfants qui savourent les fraises qu’ils ont eux-mêmes cultivées.

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         Nos enfants nous accuseront est un film militant dans la même veine que les autres réalisations de son auteur. Alternant les prises de paroles d’experts internationaux et l’action concrète sur le terrain, son côté démonstration didactique est renforcé par l’accumulation de données chiffrées présentées en surimpression sur les images. Des images qui jouent souvent sur la beauté des paysages. Le Gard est une très belle région. En sortant du film, on ne peut que souhaiter la préservation de cette nature sauvage. De quoi faire rêver ceux qui ne peuvent faire autrement que vivre dans les banlieues des grandes villes.

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V COMME VILLE MODÈLE.

Grande-Synthe, Béatrice Camurat Jaud, 2018,

Grande-Synthe, une ville où tout le monde aimerait vivre ? Pas exactement. Car la ville connaît bien des problèmes. Mais elle sait y faire face. Et la cinéaste ne cache pas son admiration.

Grande-Synthe est située sur la mer du nord, à proximité d’un complexe sidérurgique (ArcelorMittal-Dunkerque)  et d’une centrale nucléaire. Bonjour la pollution !

Elle n’est pas non plus très loin de Calais et lors du démantèlement de la « jungle » elle a connu un afflux de migrants candidats au passage en Angleterre. Comment les accueillir ?

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Et puis le taux de chômage est important, supérieur à la moyenne nationale.

Dans ces conditions comment peut-il faire bon vivre à Grande-Synthe ?

En trouvant des solutions à ces problèmes Oh, pas des solutions miracle qui résoudraient toutes les difficultés d’un seul coup. Mais des actions quotidiennes, mobilisant les citoyens et les gens de bonne volonté.

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Pour la transition écologique, des jardins « ouvrier » sont créés au pied des immeubles et les cantines scolaires sont devenues entièrement bio.

Pour les réfugiés un camp va pouvoir les héberger et avec l’aide des associations (Emmaüs en particulier) ils seront nourris. Bien sûr cela ne résout pas tout et les tensions entre les différentes communautés subsistent, jusqu’à l’affrontement, comme le prouve l’incendie du camp.

Pour le chômage, c’est plus difficile…Mais si on peut au moins créer des conditions d’un bien-vivre, ce ne serait déjà pas si mal.

Le film entremêle plusieurs types d’éléments.

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D’abord il joue beaucoup sur la qualité des images, que ce soit celles des usines, souvent filmées la nuit, avec leur jeu de lumière et le feu des hauts-fourneaux à quoi s’ajoute les volutes de fumées dans le ciel. Il en est de même pour la séquence consacrée au carnaval, avec ses gros plans sur les visages peints, les fanfares et la foule en liesse. Comme quoi tout n’est pas gris et terne dans le nord.

Deuxième élément du film, l’entretien avec le maire, omniprésent tout au long du film. Il faut dire qu’il sait parfaitement présenter son action, et l’on ne peut qu’être séduit par sa sincérité, son enthousiasme et l’émotion qu’il n’arrive pas toujours à dissimuler.

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Enfin, le film est jalonné par les interventions d’un petit groupe de jeunes comédiens. Ils montent une pièce sous la direction d’une metteure en scène en résidence au théâtre de la ville. Dans les rues ils déclament, souvent avec véhémence, des textes engagés qui n’éclairent pas vraiment la situation de la ville d’un jour nouveau. Le maire, lui, est plus mesuré dans ses propos et finalement plus agréable à écouter.

Grande-Synthe laboratoire de l’avenir ? Peut-être. En tous cas ce que montre le film, c’est que la pire des choses serait dans l’inaction.

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R COMME RÉPONDEUR.

Ce répondeur ne prend pas de message, Alain Cavalier, 1978, 65 minutes.

Voici un film surprenant, déroutant même, surtout pour qui découvre avec lui l’œuvre documentaire d’Alain Cavalier. Un homme qui s’enferme chez lui (il n’y a pas d’autre personnage dans le film), qui vit la tête entourée de bandelettes comme une momie ou comme l’homme invisible et qui repeint son appartement en noir, n’est-ce pas signe de maladie mentale, de folie même ?

Pourtant si le film est vraiment un film noir, un film sur le deuil, la souffrance, la solitude, ce n’est pas un film qui renvoie en quoi que ce soit à une problématique psychiatrique. Si l’on veut l’aborder sans risque de se fourvoyer dans un système d’interprétations contestables, il est indispensable d’en rester à une approche cinématographique. Ce que nous dit le film ne peut être saisi qu’à partir de la façon dont il le dit.

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Ce répondeur… est un film autobiographique, le premier dans l’œuvre de son auteur où il se met lui-même en scène, même s’il faudra attendre Le Filmeur (2005) pour qu’il filme enfin son visage. Ici, on ne voit que ses mains, au mieux une portion de bras ou du dos, en amorce. Le plus souvent il confie le texte dit en off à une autre voix que la sienne. Pourtant, c’est lui, Alain Cavalier, et lui seul, qui est le sujet du film, film devant alors être considéré comme la façon que peut avoir un cinéaste de filmer sa propre vie, ou un épisode particulier de celle-ci.

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Le début du film multiplie les portes qui se ferment, les clés qui tournent dans les serrures. Un enfermement rapide, définitif, en dehors de rapides tentatives vite avortées. Cavalier se rend à deux reprises dans le couloir de l’étage de son immeuble, sonne chez les voisins, en vain. Plus tard dans le film, il prendra l’ascenseur, se rendra dans le hall de l’immeuble et franchira même la porte qui conduit dans la rue, le tout filmé en caméra subjective. Le plan jusque-là silencieux est alors envahi par le bruit d’une voiture qui passe. Cela est-il insupportable ? Et la lumière du soleil trop vive? Toujours est-il que le cinéaste regagne rapidement son appartement. Pour ne plus en ressortir.

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« Elle disait… » : tout le début du film est occupé par ce récit à la troisième personne, le récit d’une souffrance, d’un mal de vivre. « Elle disait… Je ne sais plus quoi faire de moi (…) Je lutte tellement pour ne pas m’en aller (…) Je suis fatiguée de l’intérieur (…) Rien ne va, je vais avoir un accident, je ne vais pas tenir. »

         Des images photographiques se succèdent à l’écran, un paysage désertique de montagne, trois condamnés attachés à des poteaux face à un peloton d’exécution, un charnier. Sur la plaque électrique de la cuisine, des tartines de pain se carbonisent. « Ce devait être comme ça dans les fours crématoires. » Le récit à la troisième personne se poursuit. ‘Elle écrivait…en ce moment je ne suis pas très bien dans ma peau ».

Alors l’irrémédiable se produit. L’homme est allongé sur un lit. On le voit de dos. Il a maintenant la tête entièrement recouverte de bandelettes Une voix de femme fait le récit, en première personne cette fois, de la visite de l’homme à l’hôpital où il assiste à la mort de sa femme.

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Dans l’appartement, l’homme filme les portes, les fenêtres, les canalisations et les compteurs d’eau, une chaise qu’il détruit méticuleusement morceau par morceau. Au début, il commente ce qu’il voit. Puis le silence s’établit, pesant. Il se met à peindre en noir les portes, puis les murs, puis le sol de l’appartement, puis les vitres des fenêtres. L’appartement est plongé dans l’obscurité. Alors il craque une allumette. De petites flammes apparaissent, qui vont grossir. Le film se terminera sur le feu fait avec le bois de la chaise dont on a vu précédemment la dislocation. Comme un feu de camp.

Avec Ce répondeur ne prend pas de message, Cavalier opère une rupture par rapport au cinéma de fiction qu’il a pratiqué jusque-là. Le film est réalisé par le cinéaste lui-même, seul ou avec une équipe réduite au maximum. Il prend une direction autobiographique qui sera approfondie par la suite, et trouvera son aboutissement dans Le Filmeur. Chaque moment de la vie, chaque personne rencontrée, chaque mot prononcé, chaque objet, peuvent être filmés et figurer dans un film. Et le cinéma deviendra un art autobiographique.

C COMME COMPARAISON.

En comparaison, Harun Farocki, Allemagne, 2009, 62 minutes.

Trois pays, trois régions du monde plutôt, si différentes. Des différences que les images proposées par Farocki vont nous permettre d’appréhender concrètement. Des images qui n’ont pas besoin d’explication. Le film propose simplement quelques cartons, au départ très succincts, mais qui deviennent ensuite un peu plus explicites, plus développées dans les données proposées. Un film donc où le cinéaste intervient très peu. Explicitement du moins. Car bien sûr son choix des images est déterminant. Mais il laisse au spectateur le temps, en les regardant longuement, de s’en imprégner et surtout d’en saisir la portée comparative, c’est-à-dire différentielle.

L’Afrique (qui ouvre le film et qui le clôt) représentée par le Burkina Faso, une société traditionnelle.

L’Inde ensuite, pays émergent (expression remplaçant « en voie de développement »).

L’Europe de l’ouest enfin (la France, l’Allemagne, L’Autriche, la Suisse), avec ses pays industrialisés à haut niveau de technologie.

La comparaison portera sur les pratiques de construction (maisons d’habitation, école, clinique…). Une grande partie du film montrant alors comment sont fabriquées les briques, ces éléments de base qui seront ensuite assemblées, fabrication constituant la base de tout le processus.

La succession des séquences (le voyage dans les différentes parties du monde) est organisée selon une progression logique : du plus simple au plus complexe, du plus élémentaire (on pourrait dire naturel) au plus élaboré, du plus évident au plus sophistiqué (donc moins transparent).

La comparaison première met en évidence le remplacement de l’homme (le travailleur, celui qui œuvre avec ses mains) par la machine, dont l’avatar dernier est le robot. Alors l’homme ne travaille plus avec ses mains – il peut même se croiser les bras, comme un plan, parfaitement humoristique, le montre. Il surveille, vérifie, élimine les pièces jugées défectueuses. Il ne touche rien. Il ne se salie pas les mains. Il ne fournit plus aucun effet physique (ou alors par moment, pour pousser des chariots, mais une fois sur rails, ils peuvent avancer seul). A l’opposé, au Burkina, les hommes mélangent la terre en la foulant au pied, comme le raisin dans une vinification ancienne. Et les femmes lissent l’enduit sur le mur avec les mains.

En Afrique, construire un édifice qui sera public (école ou clinique) est l’affaire de l’ensemble de la communauté. Ceux qui ne travaillent pas directement sont là quand même, assistant au travail des autres comme à un spectacle, le commentant sans doute, en tout cas leur seule présence est un soutien, un encouragement, une participation à une œuvre collective. En Inde le nombre de personnes mobilisées est aussi important. Chacun ayant une place, un rôle déterminé, dont il s’acquitte sans jamais modifier ses actes. Dans la séquence réalisée en Suisse, l’homme (très peu nombreux sur les chantiers européens filmés) finit par disparaître, remplacé par le robot.

Autre évidence visuelle, la présence des femmes. En Afrique elles portent l’eau nécessaire. En Inde elles véhiculent les briques sur leur tête. En Europe elles ont disparu des images (sauf une filmée indirectement dans le reflet d’un miroir.)

On pourrait bien sût tirer de la comparaison des conclusions allant dans le sens du triomphe du progrès technique. A l’évidence le travail (la fabrication des briques) est plus rapide, plus rentable en  regard du nombre de briques produits, moins fatiguant pour les travailleurs (moins salissant aussi). Tous ces thèmes (d’une grande banalité) sont bien présents en creux dans le film. Mais là n’est peut-être pas l’essentiel. Car on sait bien que le progrès technique a aussi des conséquences sociales. Le film ne les évoque pas. Mais on ne peut éviter, en le regardant, et en effectuant les comparaisons proposées, d’interroger la notion même de progrès.

Le développement technologique est-il une nécessité – une fatalité ? – pour les sociétés humaines ? Et les sociétés traditionnelles sont-elles condamnées à disparaître ?

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Ce film n’est pas un essai. Il ne soutient pas une thèse et ne se réfère pas à une théorie. Mais c’est un bon exemple du pouvoir du cinéma documentaire : faire réfléchir, faire que le spectateur se pose des questions et entreprenne de trouver par lui-même des réponses.

P COMME PORTRAIT – Filmographie 3

Troisième partie L-V

Lembro mais dos corvos (Je me souviens des corbeaux), Gustave Vinagre, Brésil, 2017.

Julia Katharine, née au Brésil de père japonais, transgenre. Une vie qui n’entre pas vraiment dans les normes les plus courantes. Que ce soit dans ses relations familiales ou dans la société

 

L’expérience Blocher de Jean-Stéphane Bron

Blocher, un homme politique entièrement convaincu, sans l’ombre d’une hésitation, de la véracité des idées qu’il défend, des thèses populistes, intolérantes et xénophobes, telles qu’on les retrouve soutenues par tous les partis d’extrême droite en Europe.

 

Le Libraire de Belfast. Film de Allesandra Celesia

John est libraire à la retraite. Pendant 40 ans, il a vendu des livres, avec passion. Les livres c’est sa vie.  Il les bichonne encore, recolle les couvertures déchirées. Il leur parle comme à des enfants. Ce sont ses enfants

 

Lucebert temps et adieux. Film de Johan Van der Keuken.

Poète et peintre néerlandais mort en 1994, auteur d’une œuvre peinte et dessinée extrêmement créative.

 

Lullaby to my father. Film d’Amos Gitai

Le père du cinéaste, Munio. Son parcours, de la Pologne natale avant-guerre, jusqu’à Israël avant même la création de l’État juif, en passant par l’expulsion de l’Allemagne et l’exil en Suisse. Et la formation en architecture au Bauhaus, qui restera la référence essentielle de toute une carrière professionnelle.

 

Madame Saïdi. Film de Bijan Anquetil.

Elle n’est pas une femme comme les autres femmes d’Iran. Car c’est une mère de Martyr. Son fils Reza a été tué sur le front de la guerre Iran-Irak. Une situation dont elle tire un prestige certain. Et même une certaine fierté.

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Mallé en son exil. Film de Denis Gheerbrant.

Un malien exilé à Paris depuis presque 30 ans, vivant dans un foyer en banlieue où il retrouve sa communauté. Malgré toutes ces années, il garde présentes en lui les valeurs propres à sa culture.

 

Maman Colonelle. Film de Dieudo Hamadi

         Colonelle dans la police, elle met ses quelques ressources militaires (un petit groupe de policiers) au service de la cause de ces femmes qui dans la situation actuelle du pays (la RDC) ont le plus grand besoin d’aide et de protection.

 

Marina Abramovic. The artist is present. Film de Matthew Akers.

Surnommée « la grand-mère de la performance », Marina est une artiste d’origine serbe mondialement connue et reconnue pour ses créations, des « performances », dans lesquelles elle a toujours mis en jeu son propre corps, souvent de façon violente.

 

Michel Petrucciani. Film de Michael Radford.

Célèbre pianiste de jazz (1962-1999), sa vie est marquée par un handicap de naissance (Michel atteint de la maladie des os de verre ne grandira pas et son espérance de vie est limitée) et par une carrière musicale époustouflante. Une vie marquée aussi par la volonté farouche du musicien de vivre pleinement sa vie, même si cela ne va pas sans des excès qui ne pouvaient qu’accélérer une fin inéluctable.

 

Mimi. Film de Claire Simon.

La grande force de cette femme « pas comme les autres », ce sera d’arriver à faire accepter son homosexualité, cet inimaginable, non pas peut-être de le faire vraiment comprendre par tous, mais de le faire accepter comme une façon de vivre comme les autres.

 

La Mort de Danton, film d’Alice Diop.

Steve, noir, banlieusard du 9-3 et par ailleurs élève du cours Simon, une prestigieuse école de formation de comédiens. Devenir acteur, pour lui comme pour bien d’autres, demande efforts et persévérance. Pour lui plus particulièrement. En fonction de son origine bien sûr. Mais surtout en fonction de sa position sociale et culturelle, de jeune issu de la banlieue.

 

Mourir? Plutôt crever! Film de Stéphane Mercurio.

Siné, dessinateur humoristique et provocateur. A 80 ans, il est toujours aussi révolté que dans sa jeunesse, contre toutes les formes d’abus de pouvoir, et contre le pouvoir tout court, de l’armée au clergé.

 

Nanook of the north. Film de Robert Flaherty.

Le premier “héros” de l’histoire du cinéma documentaire.

 

Ne change rien. Film de Pedro Costa.

Une chanteuse, Jeanne Balibar, une actrice qui devient chanteuse, une chanteuse qui reste actrice mais qui aime la chanson autant que le théâtre et le cinéma.

 

Ne m’oublie pas. Film de David Sieveking.

A 73 ans, Gretel est frappée par la maladie d’Alzheimer. Pendant deux ans, son fils David va filmer la progression de la maladie. Surtout, il va s’occuper d’elle pour essayer de retarder cette progression.

 

Nick’s movie. Film de Wim Wenders

Nicolas Ray, cinéaste, dont les films les plus célèbres sont La Fureur de vivre et Johnny Guitar. Ray a joué comme acteur dans un des films de Wenders et ce fut le début de leur amitié. Maintenant, Nick est malade. Atteint d’un cancer, il est très affaibli. C’est donc le film sur les derniers jours d’un homme ; film sur la mort d’un ami ; film testament d’un cinéaste.

 

Oncle Yanco. Film d’Agnès Varda.

L’oncle d’Amérique, rencontré lors d’un séjour à San Francisco. Un hyppie qui vit au milieu d’une multitude de jeunes gens aux cheveux longs dans une maison lacustre dans le faubourg aquatique de Sausalito. Un son oncle peintre. Il nous présente ses toiles, filmées en gros plans fixes, de façon toute simple.

 

Pauline s’arrache. Film d’Emilie Brisavoine.

Une adolescente en sa famille. Les rapports compliqués, souvent conflictuels, avec son père. Le désir d’émancipation.

 

Peggy Guggenheim, la collectionneuse. Film de Lisa Immordino-Vreeland

Une addiction à la peinture, une passion dévorante qui consume toute la vie de cette jeune fille de bonne famille d’abord, et de cette femme d’âge mûr ensuite, jusqu’à sa mort.

 

Pierre Rahbi. Au nom de la terre. Film de Marie-Dominique Dhelsing

Un humaniste, un amoureux de la vie et de la Terre, un optimiste raisonné mais qui croit à l’avenir. Porte-drapeau d’une pensée écologique en actes, impliquée dans l’action concrète sur le terrain beaucoup plus que dans la revendication contestatrice ou les méandres du jeu des partis politiques.

 

Le plain pays, d’Antoine Boutet. 2009, 58 minutes.

Un homme seul, qui vit dans la forêt, dans une sorte de cabane où règne un désordre quasi absolu.

Portraits. Série documentaire d’Alain Cavalier

La Matelassière, La Fileuse, La Trempeuse, L’Orangère, La Brodeuse, La Dame lavabo, La Relieuse, La Bistrote, La Canneuse, La Repasseuse, La Rémouleuse, La Maître-verrier. La Gaveuse, La Romancière, La Roulotteuse, La Fleuriste, La Cordonnière, La Marchande de journaux, L’Opticienne, La Souffleuse de verre, L’Illusionniste, L’Accordeuse de piano, La Corsetière, L’Archetière, des petits métiers de femme, appelés à disparaître.

Portrait of Jason, Film de Shirley Clarke.

Gay, prostitué, « garçon à tout faire » chez de riches bourgeoises, son projet, c’est de monter un one man show. Un projet sans cesse repoussé, malgré les contributions financières qu’il réussit à obtenir. Mais ne vaut-il pas mieux qu’il reste à l’état de projet, pour lui permettre de se projeter dans l’avenir.

 

Le Président. Film d’Yves Jeuland.

Un homme politique présenté comme « hors normes », physiquement diminué, se déplaçant difficilement et toujours avec une canne où s’appuyant sur l’épaule d’un de ses proches, mais « fort en gueule », tenant tête aux journalistes qui essaient de le pousser dans ses retranchements et possédant un fort pouvoir de séduction des foules.

 

Roland Dumas, le mauvais garçon de la République de Patrick Benquet.

Une ambition que rien n’arrête, surtout pas les règles ou même peut-être les lois. Avec lui politique et moralité n’ont rien à voir l’une avec l’autre.

 

Salvador Allende. Film de Patricio Guzmán.

Enfant bagarreur selon la fille de sa nourrice. La relation avec ses parents ? C’est surtout son grand-père, fondateur de la première école laïque au Chili et franc-maçon qui l’a marqué explique un de ses amis d’enfance. Son père comptait moins pour lui mais il avait une immense affection pour sa mère. Ses qualités ? Tous s’accordent sur son sens de l’humour, son côté bon vivant et la vitalité dont il débordait.

 

El Sicario. Chambre 164. Film de Gianfranco Rosi

Un exécutant des basses besognes au service d’un patron dont les ordres ne se discutent jamais. Depuis son recrutement sur les bancs de la fac, el Sicario a enlevé, séquestré, torturé, étranglé, exécuté un nombre considérable de victimes.

 

Sugar Man. Film de Malik Bendjelloul

Sixto Rodriguez , chanteur auteur compositeur interprète. Il a enregistré deux albums au début des années 1970 aux États-Unis. Ses albums n’ont eu aucun succès et Rodriguez a toujours été un parfait inconnu en Amérique. Sauf que ses chansons ont connu un sort tout à fait exceptionnel en Afrique du Sud. Connues de tous les jeunes Afrikaners, elles sont devenues la référence populaire de la lutte contre l’apartheid.

 

Sur le quai, un film de Stephan Mihalachi, France, 2016, 65 minutes

Marie Depussé, une des soignantes, psychanalyste et écrivaine de la clinique de La Borde.

 

Le tombeau d’Alexandre. Film de Chris Marker.

Alexandre Medvedkine, cinéaste russe (1900-1989), auteur du film devenu « culte », Le Bonheur, un des derniers films muets (il date de 1934) de la grande époque du cinéma soviétique.

 

Toto et ses sœurs. Film de Alexander Nanau.

Son père est absent et le film ne l’évoque que pour mentionner son absence. Sa mère est en prison pour trafic et usage de drogues et sa sœur ainée, totalement droguée, ne semble échapper à la justice que provisoirement. Il n’y a que sa seconde sœur à laquelle il peut un peu se raccrocher. Mais ils ne peuvent tous les deux échapper au pire qu’en quittant leur maison – le taudis investi par les drogués dans lequel Toto essaie de dormir – pour se réfugier dans un orphelinat.

 

Valentina. Film de Maximilian Feldmann.

Le réalisateur a choisi de se centrer sur une enfant de 10 ans, et d’adopter en quelque sorte son point de vue sur sa vie et sur sa famille, que d’ailleurs elle nous présente les uns après les autres, père et mère et toute une série -7 ou 8 – de frères et sœurs, surtout des sœurs d’ailleurs. Mais la famille n’est pas au complet, car les ainés ont été arrêtés par la police pour mendicité sur la voie publique et placés dans un foyer

 

Le vénérable W. Film de Barbet Schroeder.

Moine bouddhiste, dénommé Wirathu, qui s’est fait une renommée en Birmanie par ses discours de haine contre les musulmans, appelant au meurtre et au massacre à leur encontre.

Marceline Loridan Ivens

La vie Balagan de Marceline Loridan-Ivens. Film d’Yves Jeuland.

Ecrivaine et réalisatrice, Marceline Loridan-Ivens est à n’en pas douter une grande dame du cinéma mondial, de par son œuvre personnelle mais aussi du fait de sa collaboration avec son compagnon, Joris Ivens.

 

Le Voyage de Monsieur Curlic Film de Anca Diaman.

Citoyen roumain, M. Crulic part en voyage pour rejoindre sa fiancée en Italie en passant par la Pologne. À Cracovie, il est accusé à tort d’avoir volé le portefeuille d’un juge. À tort, puisqu’il était le jour du vol à Milan. Mis en détention provisoire, incarcéré, il va entreprendre une grève de la faim pour clamer son innocence. Mais, malgré la dégradation lente et régulière de son état de santé, malgré les lettres qu’il adresse de sa prison à tous ceux qui devraient être concernés par son sort, il n’arrive pas à alerter qui que ce soit. La mort annoncée de Crulic est inéluctable

B COMME BERGER.

Un berger (et deux perchés) à l’Élysée ? Pierre Carles et Philippe Lespinasse, 2018, 101 minutes.

Une campagne électorale présidentielle sans intervention du cinéaste-trublion Pierre Carles, impensable ! En 2017, c’est le candidat berger béarnais Jean Lassalle qui va mobiliser son énergie et devenir le sujet de son film, co-réalisé avec Philippe Lespinasse, journaliste.

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Les deux compères vont-ils réaliser une enquête sur le candidat (sa vie, sa carrière politique, son programme) ; suivre sa campagne pas à pas (sans oublier les faux-pas) façon reportage télé ; et en prenant de la hauteur de vue, faire un grand film politique sur les élections et le nombre grandissant d’abstentionnistes ? Rien de tout ça, quoi qu’on puisse retrouver par moment dans le film quelques-unes de ces modalités somme toute bien classiques. Mais justement Carles ne veut pas faire un film classique. Donc pas de portrait (il montrera quand même la personnalité de Lassalle et ira jusqu’à rencontrer sa mère). Pas de reportage de campagne (il suivra quand même les difficultés rencontrées par l’équipe de Lassalle pour réunir les 500 parrainages nécessaires à sa candidature). Pas d’analyse style sciences po (de toute façon son candidat n’a pas vraiment de programme et il se réclame plutôt du bon sens que d’une pensée politique originale). Non, rien de tout ça. Carles prétend être actif et s’auto-proclame « directeur de campagne », en même temps que conseiller à la communication de Lassalle. Après tout, il est un homme de médias et le film qu’il s’engage à faire pour le premier tour de l’élection sera une pièce maîtresse déterminante dans le succès du candidat. Mais de film il n’y en aura point avant l’élection et le candidat béarnais retournera dans sa montagne avec 1,20% des voix au premier tour de l’élection.

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Le film prend par moment l’aspect d’une fable, ce que d’ailleurs le titre tend à suggérer. Le bon sens terrien, ancré dans son terroir régional, à la conquête du pouvoir, voilà qui sent bon la France profonde et peut facilement déboucher sur une critique de la politique politicienne parisienne et de ses représentants dont les « affaires » de la pré-campagne montreraient la corruption. Mais Lassalle ne va pas dans ce sens. Après tout il est député centriste (inscrit au Modem de son « ami » Bayrou – quoique ce dernier soit totalement ignoré dans le film) et cela depuis deux législatures et il sera à nouveau élu aux élections législatives qui suivront la présidentielle. Quant à Carles il se prend réellement au jeu et donne l’impression de croire sincèrement (du moins pendant une bonne moitié du film) aux chances de son candidat de passer le premier tour de l’élection et même d’être le gagnant du second. Sincèrement ? Ou bien n’est-ce qu’un effet de style, une posture cinématographique de façade. En tout cas il ne se départ pas de son sérieux de départ (qui va jusqu’à faire de Lassalle l’équivalent du président révolutionnaire de l’Équateur Rafael Correa) et semble réellement affecté des faux-pas de son candidat (son voyage en Syrie et sa rencontre avec Bachar el-Assad) et de son mauvais score final. On aurait pu attendre plus d’humour de sa part. Ou alors il joue le deuxième ou troisième degré…

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Reste que le film fait de Lassalle un personnage plutôt sympathique (du moins avant l’épisode de la Syrie). N’a-t-il pas fait une grève de la faim pour défendre une usine dans sa circonscription et ne s’est-il pas permis d’entonner un chant béarnais à l’assemblée nationale pour interrompre un discours de Sarkozy. Mais en dehors de ces hauts faits du passé, le film n’a quand même pas grand-chose à mettre à son actif. Et ce ne sont pas Carles et Lespinasse qui vont en faire comme par enchantement une « pointure » politique internationale – ni même nationale. Au fond, ne peut-on pas tirer comme leçon de l’aventure – et du film – que l’élection présidentielle reste en France une chose trop importante – et sérieuse – pour que tout un chacun puisse un jour se déclarer candidat. A moins qu’il s’agisse là d’une remise en cause de l’institution. Mais Lassalle ne va guère dans ce sens. Et Carles non plus.

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R COMME RÊVE.

Rêver sous le capitalisme, Sophie Bruneau, Belgique, 2017, 63 minutes

De quoi rêvent les employés de bureau ? Les employés et les cadres de ces sociétés de services (banques, assurances…) qui passent une grande partie de leur vie au travail, qui subissent la pression des changements du monde capitaliste, un monde où la rentabilité, les chiffres, passent avant tout. Un monde qui a oublié l’humain. Un monde où le patron peut être « caractériel » comme dit un de ces employés, c’est-à-dire un véritable tyran, qui surveille tout, de l’heure d’arrivée à l’heure de départ. Un monde où le stress est quotidien et ne peut que retentir la nuit dans le sommeil.

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De quoi rêvent-ils la nuit ? La réponse ne fait pas de doute. Ils rêvent du travail, de leur bureau, de leur entreprise, de leur patron, de leurs collègues, des dossiers en retard. Des rêves souvent récurrents, qui les réveillent en sursaut. Des rêves qui les poursuivent dans la journée, et même lorsqu’ils sont en congé, ou même à la retraite encore. Des rêves qui les ont accompagnés pendant toutes ces années passées dans la même entreprise, dans le même poste de travail. Un travail dans lequel ils se sont pourtant souvent investis entièrement. Et puis, la routine grandissante, et les exigences de l’employeur de plus en plus contraignantes, surtout lorsqu’il s’agit d’une multinationale. Des rêves qui sont souvent des cauchemars.

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Rêver sous le capitalisme est le film de la souffrance au travail. Une souffrance qui peut être continue, qui tord le ventre le dimanche soir parce qu’il faut revenir au bureau le lundi matin. Comme les écoliers la veille de la rentrée. Une souffrance qui s’exprime dans le film avec une grande simplicité, sans effet grandiloquent, sans colère non plus. Une sincérité qui écarte toute exagération. Un film qui ne se situe pas dans la revendication. Qui se contente de dresser un constat. Mais le constat est implacable.

Sophie Bruneau a filmé, ou enregistré, douze de ces travailleurs au col blanc qui donc racontent leurs rêves. Des récits d’une précision extrême. Même lorsque le rêve remonte à des années. Des détails précis. Des successions de situations courantes – si réelles – comme elles ont été vécues. Le tic tic de la caisse enregistreuse entendu à longueur de journée. Des situations symboliques aussi, mais dont la signification paraît vite évidente au rêveur. Comme cette pièce dont la fenêtre a été murée. Les rêveurs ne cherchent pas à s’ériger en psychanalystes de leur rêve. Et pourtant, ils proposent bien des interprétations, criantes de vérité  (« on m’a privé de ma liberté ») tant il est évident que ces rêves font partie de leur vie, de leur travail, de leur être. Et cette question qui revient plusieurs fois « A quoi je sers ? »

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Les rêves, ce sont des images. Comme le cinéma. Ici, le film n’essaie pas de restituer, de reconstituer, ces données oniriques, même lorsqu’elles sont explicitement réalistes. Alors, quelles images nous propose-t-il ? D’abord certains de ces rêveurs sont filmés face à la caméra, le plus souvent sur leur lieu de travail. Ils nous parlent directement. Ils nous regardent. Sans nous apostropher pourtant. Ils nous prennent simplement à témoin. Parce que leur vie de travail, il faut qu’elle soit exprimée, qu’elle soit connue, si possible qu’elle soit comprise.

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D’autres n’apparaissent pas à l’image. Mais leur parole est tout aussi présente et vivante. Les images nous montrent leur lieu de travail, comme d’ailleurs le font les plans de coupe, qui peuvent être muets, ou seulement accompagnés de bruit d’ambiance. Le film nous montre donc la ville, avec ses moyens de transport, ses chantiers – de construction ou de démolition – ses immeubles surtout, tout en verre, ces façades transparentes qui nous permettent de tout voir de l’extérieur et où se reflète l’activité des rues. Beaucoup de ces plans fixes sont filmés la nuit – le moment des rêves. Il y a très peu d’activité en dehors de la ronde du veilleur dont nous suivons, de bureau en bureau, le faisceau de la lampe torche.

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La dernière séquence cadre le ciel bleu simplement strié d’une longue trainée blanche d’avion, qui disparaît peu à peu dans le dernier plan. Le rêve n’est-il pas une évasion, un moyen de supporter la souffrance au travail ? Mais permet-il d’y échapper dans le monde réel ?

Prix des bibliothèques, Festival Cinéma du réel, Paris, 2018.

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