V COMME VIE DOC #7.

Vie doc, une fois par semaine, l’actu du doc, les festivals, les événements, les sorties, les surprises…

28 avril 2019

Festivals

DOXA

Documentary Film Festival

2 – 12 mai 2019

Vancouver

Au programme en particulier :

Premières solitudes de Claire Simon.

Ils étaient les brigades rouges de Mosco Levi Boucault

Corleone, Mosco Levi Boucault

Doxa

RENCONTRES CINÉMA ET SOCIÉTÉ 2019

Du 1 AU 5 Mai -–

Tulle et campagne

Présentées par Autour du 1° mai, Peuple et Culture, Cinéma Véo

« Juste justice ? »

Documentaires au programme :

Mémoires d’un condamné, Sylvestre Meinzer, 2017, 85 minutes

Séance d’ouverture

Après l’ombre, Stéphane Mercurio, 2017, 93 minutes

Ni juge ni soumise, Yves Hinant et Jean Libon, 2017, 99 minutes

Le procès contre Mandela et les autres, Nicolas Champeaux et Gilles Porte, 2018, 106 min

Jean-Jacques de Félice, la passion de la justice, Mehdi Lallaoui, 2018, 52 min

L’Affaire Huriez, Michel Kaptur et Marc Bacot, 1975, 30 minutes

La Peine de mort (série Les Grandes batailles de la République), Bernard George, 1996, 50 minutes

Sur les toits, Nicolas Drolc, 2014, 95 minutes

Le Khmer rouge et le non-violent, Bernard Mangiante, 2011, 90 minutes

À l’air libre, Nicolas Ferran, Samuel Gautier, 2016, 80 min

juste justice

Evénements

 Prix Anna Politkovskaïa 2019

 Blowin’ Up de Stephanie Wang-Breal

États-Unis – 2018, 97’

 

L’œil d’or 5°édition, Cannes 2019.

Prix du documentaire

Jury :

Yolande Zauberman réalisatrice, Présidente

Romane Bohringer, comédienne et réalisatrice
Eric Caravaca, comédien et réalisateur
Ross McElwee, réalisateur
Iván Giroud, directeur de festival

 

Sorties de la semaine.

 L’Esprit Le Corbusier de Gilles Coudert France – 2018 – 52’

Je vois rouge de Bojina Panayotova France, Bulgarie – 2017 – 83’

Debout de Stéphane Haskell France – 2019 – 85’

Monrovia, indiana de Frederick Wiseman États-Unis – 2018 – 143’ –

Béatrice un siècle de Hejer Charf Canada – 2018 – 97’

Aujourd’hui, rien de Christophe Pellet France – 2017 – 72’

Empathie de Ed Antoja Espagne – 2017 – 75’

monrovia

Formation

Cinéma documentaire à Lussas

Ardèche Images propose des formations à l’écriture, à la réalisation et à la production documentaire.

 

E COMME ENTRETIEN –Manuela Frésil

Dans le bon grain et l’ivraie, vous traitez du problème de l’exil et du droit d’asile à travers la vie des enfants qui en sont victimes. Comment avez-vous effectué ce choix ?

Il s’est imposé de lui-même. Cela fait longtemps que les questions du droit d’asile m’intéressent, les migrations, les migrants. J’habite à Montreuil où il y a depuis toujours une très grande communauté de travailleurs immigrés, de familles essentiellement venues du Mali. J’avais déjà pas mal bossé sur cette question. J’avais déjà travaillé avec des femmes africaines sur cette question de l’exil, sous forme d’ateliers où elles racontaient leur parcours. Je fais un cinéma politique et la question de l’immigration est centrale aujourd’hui, comme la question du travail. Ces deux questions sont centrales en ce moment. La question de la migration, des réfugiés et du travail.

J’étais à Annecy pour le travail. J’encadrais un stage de formation professionnelle et j’ai rencontré ces gamins. D’une part parce qu’une de mes stagiaires connaissait le lieu d’accueil et m’y avait amenée en repérage. Et puis de mon côté, j’ai vu ces gamins à la rue, dans le square la nuit. J’ai compris en rentrant le soir, du côté de la gare, que ces gamins qui étaient en train de jouer, de faire de la patinette, à la tombée de la nuit, ils auraient dû déjà être rentrés même s’il faisait encore chaud en cette fin de saison, j’ai compris que ces gamins en fait étaient partis du lieu d’accueil. Et quand j’ai demandé, ils sont partis où, on ne me répondait pas. « Je crois qu’ils sont à la gare ». Cela restait très vague. Je les ai rencontré et j’ai vu que « à la gare » voulait dire être dehors, j’ai décidé de faire un film là-dessus. Et il s’avère que, l’enfance est aussi quelque chose qui m’interroge, que j’aime bien. J’aime bien l’état d’enfance. J’ai de bonnes relations avec les enfants. Pour moi l’état d’enfance est simple. Je me suis toujours occupée de gosses, j’ai des enfants, ça ne me fait pas peur…Là j’étais dans une situation où les seuls qui parlaient français étaient les enfants. Je me suis dit, ces enfants parlent français absolument comme des enfants français, en plus comme ils viennent de l’Europe de l’est ils ont tout l’air d’être des enfants français. Ils ne sont pas « racés » comme on dit. A l’époque j’étais très attentive aux questions du droit d’asile. A cette époque il n’y avait pas de famille à la rue en région parisienne, ça n’existait pas. En 2015, quand j’ai commencé le tournage, les familles étaient toujours hébergées, pas toujours dans de bonnes conditions, au moins à l’hôtel, dans des hôtels pourris, minables, ce n’est pas du tout une situation confortable, mais ils n’étaient pas dehors. A Annecy, je découvre que des familles sont dehors, et j’en reviens pas. Les bras m’en tombent. Et du coup je décide… au départ je voulais faire un film sur les enfants d’en haut, sur comment ils vivaient le fait que les copains partent, comment ils encaissaient le coup que des enfants qu’ils avaient pu connaître disparaissent. Pour moi au départ, le film il restait en haut. Et puis en fait, j’avais à peine commencé le tournage, que le préfet a pris la décision de fermer le centre. Tout le monde s’est retrouvé à la rue. Et là moi je me suis retrouvé débordée. J’ai pas du tout anticipé ce qui allait se passer. Pour moi les enfants étaient hébergés. Et je découvre que les enfants que je filme se retrouvent à la rue. Du coup j’ai tenté de suivre ce qui se passait sans être débordée. Mais si, j’étais débordée. Il arrivait toujours pire que ce que je pensais.

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Vous avez eu accès à des entretiens réalisés à l Ofpra dans le cadre de la demande d’asile et qui expliquent pourquoi les parents sont partis de chez eux. Vous n’en retenez que 3. Quel rôle vous faites jouer à ces entretiens dans votre film ?

C’était très compliqué cette histoire d’entretiens. Parce qu’en fait, pendant très longtemps, tout le monde me disait enlève les, ça n’a rien à voir. Moi j’y tenais beaucoup, parce que, en tant qu’adulte référent – du coup je devenais une sorte d’adulte référent… Ils me disaient toi tu es comme notre grand-mère (faut pas exagérer quand même) bref pour eux, que j’ai une caméra ou pas ils s’en foutaient, j’étais un adulte référent qui circulait dans un monde dans lequel il leur est difficile de circuler, leurs parents ne parlent pas français, ils n’ont pas un sous, et donc du coup, moi je suis de l’oxygène, une bouffée d’air. Moi je connaissais l’histoire des familles. Mais eux ils ne la connaissaient pas. Les enfants, ils ne savaient pas. Les entretiens qui sont dans le film ne sont pas l’histoire des familles. Je ne veux pas qu’on associe cette femme-là avec cette histoire-là. Je pense qu’on comprend dans le film que ça peut être l’histoire d’une femme qui est là. C’est pour ça qu’elles ont toutes des noms mythologiques. Elles s’appellent cendrillon, Juliette de Roméo et Juliette. J’ai récupéré des récits OFPRA par un avocat qui m’a fait confiance. Je les ai rendus anonymes, ni d’où ça venait, ni où ça se passait. ça pourrait se passer en Afghanistan, en Albanie, en Géorgie…des pays marqués par la guerre. Les  enfants eux ils ne savent pas pourquoi ils sont là. Et moi il me semblait qu’il était important de le dire, pour que quelque chose résonne de l’inconscient, de ce qui est inconscient pour les enfants, dans le film. Je pense que ces enfants sont menacés. D’une façon générale, ils le savent. Mais ils ne savent pas de quoi. Et du coup ces récits, ils les mettent dans cette perspective-là, d’enfants menacés, mais on ne sait pas de quoi, on ne sait pas par qui. Ils sont exactement à cet endroit-là. Ils ne savent absolument pas pourquoi ils sont venus. Les parents ne leur disent pas.

Du coup, c’est un moment fort du film. Parce que ces récits sont vraiment stupéfiants, on pourrait dire, pour celui qui les écoute.

Vous êtes le premier à me dire ça. Non là maintenant ça n’a pas été contesté. Mais j’ai beaucoup travaillé. Ça a été une des choses les plus difficiles à placer dans le film. Moi j’y tenais vraiment. On me disait oui, mais tout cela on le sait. Mais moi je ne pense pas que tout le monde le sache. On peut ne pas le savoir.

Vous êtes très présente dans votre film, même si on ne vous voit pas. Pensez-vous que cette implication personnelle soit une marque distinctive du documentaire de création d’aujourd’hui ?

Je pense que le cinéma direct de pure observation, comme pouvait le faire Wisman, a vraiment été phagocyté par la télé, et en particulier par la mauvaise télé, la télé-réalité, et effectivement, ça nous pousse nous, les cinéastes – moi je ne dis pas de création, la création est revendiquée par tout le monde – les magazines et le flux se sont aussi considérés comme de la création. Moi je parle de documentaire d’auteur, de cinéma indépendant, de films et non pas d’émissions, de sujets ou de reportages (je n’ai vraiment rien contre les journalistes lorsqu’ils font convenablement leur travail, lorsqu’ils vont chercher l’information, c’est pas le mien, j’ai pas cette formation-là).

Oui effectivement je pense que cette manière de regarder sans rien intervenir, un peu comme un savant regarde les insectes, est quelque chose qui a tellement été phagocyté par la télé que oui, je pense que maintenant on est obligé, en tout cas moi, je dis d’où je parle. C’est vrai que je ne suis pas la seule. Mais pas tout le monde. Il y a encore des gens qui revendiquent un cinéma direct, non pas objectif, personne ne revendique un cinéma direct objectif, le cinéma direct n’est pas objectif, le cinéma n’est pas objectif, le cinéma c’est un point de vue, mais on va pas intervenir sur le réel. Moi si, j’interviens. Parce que de toute façon c’est comme la mécanique quantique, observer quelque chose et bien ça change la chose observée. Avec les gamins évidemment. Mais le film que je suis en train de réaliser actuellement…j’ai filmé pendant 8 mois des gens au RSA, qui vivent au RSA dans une petite ville très reculée de l’ancien bassin minier des Cévennes, là pour le coup, ça a tout changé. Le fait d’être regardé et filmé ça a tout changé. D’un coup quelqu’un les regarde et je ne peux pas juste les observer. Je suis là, ils me parlent, je réponds. Les enfants c’est autre chose. Les enfants sont habitués. La question est toujours celle d’un regard surplombant. Les enfants ils sont habitués à ce qu’on ait un regard surplombant sur eux puisqu’ils sont enfants et nous adultes. Forcément on leur parle de nous adultes, de notre point de vue d’adulte. Avec les gens au RSA, je ne leur parle pas d’un point de vue surplombant. Je les regarde en tant que quelqu’un qui les regarde. Ils se sont emparés de ça, et finalement ça a changé leur vie. Eux qui pensaient leur vie minable ils se sont rendu compte que finalement non, il y avait des choses.

4 Manuela Frésil - Entrée du personnel

Le titre de votre film renvoie à une connotation de tri, de séparation, donc d’exclusion de ce qui est considéré comme l’ivraie à rejeter. Y voyez-vous d’autres significations ?

Oui. Au tout début j’avais pensé l’appeler « chaises musicales », mais ça avait un côté trop cucu la praline. Et puis « sièges éjectables », mais c’était trop violent. Non Le bon grain et l’ivraie, c’est vraiment déparer le bon grain de l’ivraie. Alors je sais que c’est une parabole. C’est vraiment la question du tri. Et de l’exclusion, alors que ce sont des enfants qui sont tous, enfin, quand on est avec eux, rien ne dit leur exclusion. Je me souviens d’une famille dont le père parlait extrêmement bien l’anglais, puisqu’il avait été interprète pour les américains, il parlait pas très bien français, il parlait anglais, la prof d’anglais de leur fille ainée, n’en revenait pas. A la fin de l’entretien elle pleurait. Ça faisait trois ans qu’elle avait la gamine dans sa classe. Rien ne le dit ce tri, mais il est là.

La dernière séquence du film est plutôt optimiste. Vous avez voulu terminer par une note d’espoir ?

Les enfants, c’est toujours des enfants. La petite elle dit « j’aimerais bien voir des sirènes…mais ça n’existe pas ». Oui, c’est des enfants, ils ont l’avenir devant eux quand même. Mais le carton d’après c’est qu’ils ont tous passé l’année d’après dehors.

Mon but n’est pas de faire de l’action politique.

Je suis restée en contact avec tous. J’ai des nouvelles de tous très régulièrement. Finalement ça va, Ils vont tous plutôt bien.

Par exemple Burim ; au bout de 8 ans, il les a les papiers. Au bout de 8 ans il n’est plus dehors. Quand j’ai arrêté le tournage, j’étais très inquiète. Mais finalement bon, il y a un truc, c’est que ces familles ne repartiront pas. C’est surtout ça qui compte. Les enfants ont commencé l’école là. On apprend à lire dans une langue, c’est la langue qu’on a. Quand on va à l’école quelque part, on est de ce quelque part. Ils apprennent la géographie française, l’histoire de France…

Pour ce film vous avez travaillé seule sur le tournage, sans équipe. Qu’attendez-vous de cette méthode ? Pensez-vous continuer à l’utiliser ?

Il faut trouver la méthode de travail adaptée à chaque film. Le film d’avant, Entrée du personnel, c’est un film sur le travail des ouvriers dans les abattoirs. Il y avait une chose très claire, c’est qu’ils ne pouvaient pas apparaître à la caméra au risque de se faire virer par leur patron. J’étais dans une injonction de trouver une méthode qui permettait de rendre anonyme ces témoignages, tout en les faisant exister. Je ne voulais pas les flouter. Je ne voulais pas déformer les voix. Parce que ça, ça n’a pas de sens. Donc j’ai inventé une méthode. Là, il s’avère que je me retrouve dans un endroit où je sais que je vais devoir rester longtemps. Pour que le destin des enfants apparaisse, il faut les suivre longtemps. Après il y a l’économie du cinéma qui est comme elle est. Donc il n’y a pas d’argent. Et en plus, comme je veux filmer les mômes, on ne peut pas multiplier les interlocuteurs. C’est un rapport d’adulte à enfant. Mais si je me balade en troupe d’adultes, avec un ingénieur du son, ou un chef op, ça va être très différent. Ça va pas être la même relation. Maintenant on a des caméras qui sont si faciles à manier qu’on n’a pas besoin d’être un professionnel de l’image, un chef opérateur très aguerri pour s’en dépatouiller. Là il fallait que je sois seule avec eux. Et le film d’après j’ai repris la même méthode. Avec les enfants je venais deux semaines tous les deux mois. Dans les Cévennes, je suis restée huit mois sans partir. Quand on est au RSA, 500 euros par mois, on fait pas des allers-retours à Montpellier, à Nîmes ou à la mer. On reste coincé là. Ils n’ont pas de bagnole. Moi j’ai une bagnole mais j’ai fait l’épreuve avec eux de rester coincée là. Je pense que c’est important. Après peut-être que le film prochain…J’ai plusieurs idées en tête, c’est chaque sujet qui invente sa propre matière filmique.  Mais travailler seule, c’est bien.

Est-ce que le bon grain et l’ivraie va sortir en salle ?

On essaie.  Le producteur s’y emploie. Rien n’est gagné.  Moi j’espère qu’il sortira en salle. Il faut qu’on le voit. Pour qu’on voit les enfants. Si maintenant vous voyez des enfants tard le soir dans un square, vous allez vous poser la question : ont-ils un endroit pour dormir ?

P COMME PRINCE.

Un jour mon prince viendra, Marta Bergman, Luxembourg, Belgique, 1997, 76 minutes.

La solitude. Une solitude insoutenable. Une solitude qui brise une vie. Une solitude qui est un vide d’amour, de sentiment.

Le film donne la parole à trois femmes qui, depuis leur séparation et leur divorce, sont seules – se vivent seules – et ne supportent plus cette solitude. Pourtant elles ont un emploi, une famille, des enfants. Mais elles sont seules, sans mari, sans homme pour les aimer.

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Pourtant, elles font des efforts pour trouver celui qui sera répondre à leur attente. Oh, pas dans leur entourage. Elles n’envisagent pas non plus le coup de foudre dans la rue. Le Prince qui doit venir, s’il vient, viendra de loin, d’un autre monde, d’un monde totalement différent de celui dans lequel elles vivent. Nous sommes en Roumanie, après la chute du bloc soviétique. L’Occident a toujours fait rêver et représenté le monde meilleur. Maintenant il devient accessible. Le rêve serait-il à portée de main ? Elles sont prêtes à partir en Italie, ou en Belgique. Dans un de ces pays riches où il fait bon vivre, à n’en pas douter.

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Elles vont donc écumer les petites annonces et fréquenter les agences matrimoniales. Elles consultent d’épais dossiers, choisissent des photos, écrivent des lettres et attendent des réponses. Si elles en reçoivent, s’engage une correspondance plus ou moins longue. Parfois le choix est difficile. Entre un architecte et un homme d’affaire, qui choisir ? Mais aucun des deux ne poursuit la correspondance. Amère désillusion.

Car le film est d’un pessimisme désespérant. Aucune des trois femmes ne trouve le Prince attendu. Elles finissent même par se décourager, par prendre leur solitude en patience, et se voient vieillir dans cette petite vie étriquée qui n’a vraiment rien de jouissif. Comme quoi le bonheur n’est pas offert à tout le monde.

Plus de 20 ans après ce documentaire, Marta Bergman réalise un second film sur le même thème, une fiction cette fois, Seule à mon mariage. Ici l’héroïne quitte la Roumanie pour venir en Belgique où l’attend un mariage qui ne peut que la combler. Et pourtant la désillusion est là aussi au rendez-vous. Est-ce à dire que le bonheur est inaccessible pour ces femmes qui se bercent d’illusions en croyant que les princes existent dans notre monde.

S COMME SPECTRES.

Des spectres hantent l’Europe, Maria Kourkouta et Niki Giannari, France-Grèce, 2016, 99 minutes.

Le film pourrait porter comme sous-titre « La Tragédie d’Idomeni ». En mars 2016, l’Union Européenne décide de fermer la frontière entre la Grèce et la Macédoine, coupant ainsi la route des réfugiés vers le nord de l’Europe. Ils sont quelques 1500 à être bloqués là, ne sachant où aller, ne pouvant aller nulle part. Ils viennent de Syrie surtout, mais aussi d’Afghanistan ou même d’Iran. L’Etat grec leur propose de les héberger dans des camps. Ce qu’ils veulent c’est passer « quoi qu’il en coûte » comme le dit Georges Didi-Huberman dans le petit livre qu’il a consacré au film (Passer, quoi qu’il en coûte, Les éditions de minuit, 2017)

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Le film nous enferme à Idomeni avec tous ceux qui sont bloqués par la fermeture de la frontière. Nous subissons avec eux la pluie incessante et le froid. Nous piétinons dans la boue. Nous faisons la queue pour un verre de thé chaud. Et nous nous asseyons sur les voies pour empêcher le train de passer en signe de protestation.

Le film de Maria Kourkouta et Niki Giannari est composé de deux parties bien différentes et d’ailleurs de longueur inégales. Tout dans la forme les différencie. Comme si les réalisatrices avaient joué sur les oppositions et les contrastes : couleurs / noir et blanc ; plan fixe jouant sur la longueur / montage rapide de plans courts où le filmage à l’épaule domine ; brouhaha incessant / silence des images muettes avec la seule voix off de la chanteuse et musicienne Lena Platonos déclamant le poème de Niki Giannari dont le film reprend le titre. Et pourtant, il s’agit bien des mêmes hommes, des mêmes femmes, des mêmes enfants, tous ces réfugiés de tout âge fuyant leur pays, la guerre et des conditions de vie inacceptables.

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L’incipit du film – un long plan séquence avant l’inscription du titre sur fond noir – donne le ton de ce que sera la quasi-totalité du film. Des hommes, des femmes, des enfants, qui marchent, plus ou moins vite, en portant des sacs, sacs à dos ou sacs de voyage. Ils traversent ce cadre fixe de droite à gauche, puis d’autres iront de gauche à droite, ce qui renforce pour le spectateur l’impression que cette marche collective n’a pas de but, ou doit se heurter à un mur, une impossibilité de passer, une frontière fermée. Mais leur marche ne semble pas avoir de terme, sur ce petit chemin boueux où ils regardent droit devant eux –seuls quelques enfants jettent un œil à la caméra sur le côté – ignorant l’étendue du terrain plat et vide dans la profondeur de champ de l’image jusqu’aux collines qui qui bouchent au loin l’horizon. Un autre plan de même nature, plus tard dans le film, resserrera le cadre pour ne montrer que les jambes, jusqu’au niveau du genou. Ou bien encore, pour filmer la lente progression des files d’attentes, le cadrage ira par ne faire voir que les pieds, ou plutôt les chaussures, dans la boue, des chaussures souvent pas du tout à la taille des pieds, qui ne remplissent guère leur fonction de protection. Et tous ces plans, d’une lenteur extrême, semblent ne jamais devoir s’interrompre, tant la marche, le piétinement, sont interminables, sans possibilité de fin.

 

Dans la situation intenable qui est la leur, certains de ces réfugiés essaient de résister, d’agir pour qu’une solution leur soit donnée. Alors ils occupent les voies, empêchant les trains de marchandises de circuler. Pourtant l’action ne va pas de soi. Certains la contestent. Ce sont alors des débats interminables, des arguments qui jaillissent un peu en tous sens. Le film se terminera sans que la situation soit débloquée. Il ne reste plus aux réfugiés, devenus des fuyards, que tenter de franchir la frontière clandestinement. Comme des fantômes. Comme des spectres.

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E COMME ENFANTS – Exil.

Le bon grain et l’ivraie, Manuela Frésil, 2018, 94 minutes.

Le bon grain et l’ivraie est un film sur l’enfance.

Filmer de enfants n’est jamais facile, ou plutôt toujours trop simple. Car dès qu’ils sont devant une caméra, ils jouent, ils paradent, s’exhibent ou au contraire se replient sur eux-mêmes et deviennent muets. Rien de tout cela dans le film de Manuela Frésil. Elle filme les enfants comme ils sont, tout simplement. Gais ou tristes, dynamiques ou fatigués, toujours présents. Ils ne se dérobent jamais. Les petits viennent saluer la caméra et dire bonjour à la cinéaste. Les plus grands acceptent de répondre à ses questions. Puis ils ont pris l’habitude de parler d’eux, de ce qu’ils ressentent dans cette vie qui ne leur fait aucun cadeau. Mais il n’y a aucun apitoiement dans le film. Ils continuent à jouer, faire de la luge en hiver et se baigner à la belle saison. Ils apprennent leur leçon ou un poème en se le faisant réciter l’un l’autre. Et font leurs devoirs sur le gazon d’un parc.

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Le bon grain et l’ivraie est un film sur des enfants maltraités.

Pas par leurs parents, qui visiblement sont des parents aimants et font tout ce qu’ils peuvent pour eux. Mais ils sont maltraités par la vie, par la société, par le monde des adultes qui font la guerre dans leur pays. Un pays qu’ils ont dû quitter avec leurs parents venus demander l’asile en France. Comment peuvent-ils grandir, se développer harmonieusement alors qu’ils sont sans cesse ballottés d’un lieu d’hébergement à un autre?

Le bon grain et l’ivraie est un film sur l’exil.

Ils ont fui la guerre, ou des menaces de mort qui pesaient sur eux. Manuela Fresil a recueilli des transcriptions d’entretiens réalisés dans le cadre de la demande d’asile à l’OFPRA. Elle en lit quelques-unes. Pour bien montrer que partir en exil n’est pas une simple lubie. Qu’il y va de sa vie. Cette lecture est un moment fort du film. Celui qui peut susciter le plus d’indignation, d’incompréhension, ou de colère chez le spectateur. Comment de telles situations sont-elles possibles ? Les procédures de demande d’asile ne sont pas détaillées dans le film. Mais nous les sentons longues et difficiles. Et surtout bien incertaines dans leur résultat. D’ailleurs le texte qui clôt le film nous dira qu’aucune des familles que nous avons suivies, pendant de longs mois, ne l’aura obtenu. Et lorsqu’une enfant évoque son retour dans son pays, au Kosovo, nous sommes soudain saisis de stupeur. Le film pourtant ne cherche nullement le sensationnel et évite les effets grandiloquents trop faciles. Son rythme reste lent de bout en bout, mesuré, sans à-coup ni éclat. Mais une tension insistante sous-tend beaucoup de séquences, lorsqu’il faut faire ses bagages parce que le centre d’hébergement est fermé par le préfet, lorsqu’il faut se lever le matin très tôt et lorsque les journées sont réglées par les horaires imposés par les lieux d’accueil, lorsqu’il n’y a que le hall de la gare comme refuge pour échapper au froid de la rue.

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Le bon grain et l’ivraie est un film sur l’accueil.

Arrivés en France, que deviennent-ils ? Où passent-ils les nuits ? Et les journées, en particulier en hiver lorsqu’il fait froid et qu’il neige. Le film est tourné à Annecy. Au fur et à mesure du temps qui passe, nous suivons ces familles dans les diverses modalités d’hébergement qui s’offrent à eux, toujours provisoires, incertaines, plus ou moins confortables puisqu’il faut souvent partager la chambre, ou le dortoir, ou tout autre espace où peut loger un lit. Mais un lit il n’y en a pas toujours pour tout le monde et si les enfants peuvent s’habituer à beaucoup de choses, dormir par terre pose quand même problème. La cinéaste inscrit sur l’écran la succession de ces lieux où les familles sont successivement renvoyées, lorsque l’un d’eux ferme, ou parce que la réglementation administrative introduit des limites temporelles. Depuis le centre d’hébergement d’urgence  jusqu’au parc dans lequel il faut essayer d’aménager une tente, en passant par les hôtels ou l’appartement privé d’une vielle dame qui aménage son espace pour accueillir le plus de monde possible. Un drôle d’itinéraire dans cette ville par ailleurs dédié au tourisme !

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Le bon grain et l’ivraie est un film politique.

Le film pourrait se résumer dans un seul plan, d’une simplicité désarmante, mais d’une profondeur à nulle autre pareille. Une femme, une mère de certains des enfants que nous suivons tout au long du film, s’avance vers la caméra, salue la cinéaste qui en retour, formule convenue, lui demande comment ça va. Mais la réponse, elle, n’est pas convenue. « Comme ci comme ça »  dit-elle. Et elle ajoute, alors que le cadre se resserre sur son visage : « je suis fatiguée ». Il y a dans son regard comme une invitation à ne pas oublier son humanité, que ces femmes et ces hommes sont des êtres humains avant d’être des demandeurs d’asile dont s’occupe l’administration. C’est pourquoi aussi le choix de la cinéaste de centrer son film sur les enfants est un geste politique. Tout le film est une revendication en leur nom. Oui, comme tous les enfants, ils ont le droit de vivre, de jouer, de chanter, de faire de la luge et de se baigner, d’aller à l’école et d’apprendre le plus de choses possible. Oui, ils ont le droit d’être heureux. N’avons-nous pas alors le devoir de tout faire pour qu’ils puissent vivre et être heureux.

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Le bon grain et l’ivraie est un film sur l’espoir.

La situation que vivent ces enfants peut-elle trouver une issue. Bien sûr, le film ne propose pas de solution. Mais l’on sent bien que les renvoyer dans leur pays n’en est pas une. Pourquoi n’auraient-ils pas le droit de continuer leur scolarité ? Et puisque les plus grands parlent le français comme s’ils étaient nés ici, pourquoi ne pourraient-ils pas trouver leur place dans notre pays ? Après une année passée auprès d’eux, à scruter les aléas de cette vie d’incertitude et de changements incessants, le film se termine à la belle saison, sur une plage où il fait bon se baigner. Le soleil est revenu. Un appel muet de la cinéaste pour qu’il illumine le plus longtemps possible la vie de ces enfants.

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V COMME VIE DOC #6

Vie doc, une fois par semaine, l’actu du doc, les festivals, les événements, les sorties, les surprises…

21 avril 2019

Sorties

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L’Époque  De Matthieu Bareyre

Le Cercle des petits philosophes De Cécile Denjean

Fanon hier, aujourd’hui de Hassane Mezine.

 

Événements

* mardi 23 avril à 19h30 à la Médiathèque Marguerite Duras
115 rue de Bagnolet, Paris 20e – M°2 Alexandre Dumas ou M°3 Gambetta
projection du film AU PIED DE LA LETTRE
de Marianne Bressy (2017 / 75′)

 

* Du 10 avril au 25 mai 2019

La Cinémathèque de Toulouse

Cinéma direct, l’école québécoise

cinemathèque toulouse

Revue

TRAVERSES

la revue de Film-documentaire.fr

Contribuer à l’inscription du documentaire dans la perspective du cinéma, quelqu’en soit le vecteur de communication, est le projet de Traverses et de ses contributeurs. C’est à dire asseoir le statut de ce genre qui souffre des assimilations avec le travail de presse dont la logique est essentielle mais différente ou avec l’industrie télévisuelle de programmes trop encline à le considérer, audience oblige, comme une des modalités du divertissement. La démarche de la revue n’est donc pas sans intégrer une dimension militante au profit de ce genre cinématographique.

Réfléchir sur le regard, impose une réflexion sur la forme et la revue s’engage dans cette perspective.

Nous espérons que ces écrits, dont certains sont de l’ordre de la recherche, contribueront à considérer le documentaire tel qu’il s’est construit et tel que nous l’espérons dans ses mises en œuvre : lire la réalité malgré l’apparence, assumer un rapport créatif au monde, induire du doute devant les faits, renverser les termes, en un mot introduire le poétique comme regard complexe sur le réel.

A.M

#1 – FORMES POLITIQUES,  POLITIQUES DES FORMES

SOMMAIRE

Éditorial – Des cris de liberté

par François-Xavier Destors

Faire de la place au hors-champ : fissurer les films

par Julien Baroghel

« Partager les risques »

Entretien avec Florent Marcie

par François-Xavier Destors

Les corps politiques du cinéma documentaire

par Antoine Garraud

« Comment échappe-t-on à Hiroshima ? »

Entretien avec Jean-Gabriel Périot

par Lucie Rico

La réflexivité comme dialectique : le documentaire brechtien

par Nenad Jovanovic

​Le documentaire animé et l’image réparatrice

par François-Xavier Destors

Les femmes crèvent l’écran

par Gaëlle Rilliard

« Avoir la sensation du monde »

Entretien avec Corinne Bopp

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Harun Farocki : Vidéosurveiller et punir

par Joshua de Paiva

« Un autre regard sur le jeu est possible »

Entretien avec Florent Maurin

par François-Xavier Destors

 

Livre

Chris Marker

Collectif, Christine Van Assche et Raymond Bellour (Sous la direction de),

D’une richesse inépuisable, l’oeuvre de celui que son ami Alain Resnais comparait volontiers à Léonard de Vinci trouve ici l’occasion d’une exploration d’une ampleur inédite. Chris Marker (1921-2012), cinéaste mais également romancier, essayiste, critique, éditeur, photographe, vidéaste, dessinateur, musicien et artiste multimédia, fut aussi un homme d’engagements et de combats. Auteur d’un film de science-fiction devenu culte, La Jetée, ami des chats et voyageur infatigable, Chris Marker a arpenté son temps pour en déchiffrer autant de signes qu’il a été permis à un être humain d’en embrasser. Cet ouvrage de référence réunit plus de trente textes de spécialistes de l’oeuvre de Chris Marker et une iconographie pour une grande part inédite, principalement issue des collections de La Cinémathèque française. Florence Delay, « L’invention de Marker ».

B COMME BERLIN – Dieutre.

Berlin based, Vincent Dieutre, 2018, 88 minutes.

Ils se sont installés à Berlin. Ils ont quitté la France, Paris, une ville où ils ne reviendront certainement pas. Resteront-ils à Berlin. Sans doute, pour quelques années encore certainement.

Pourquoi ont-ils choisi Berlin ? Y ont-ils trouvé ce qu’ils cherchaient ?

Ce ne sont pas des exilés. Encore moins des immigrés. Dans cette ville cosmopolite, ils semblent parfaitement intégrés. Ils ont trouvé leurs marques sans difficulté. Aucun ne se plaint de problèmes sociaux ou relationnels à son arrivée. Et une fois les aspects matériels résolus, Berlin est décidément une ville où il fait bon vivre.

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C’est du moins ce qui ressort des entretiens menés avec ces artistes – peintres, sculpteurs, plasticiens, écrivains, etc. – que rencontre Vincent Dieutre et qui vont nous parler de ce Berlin d’après le mur et la réunification, de leur vécu dans la ville, de leur vision de cette ville qui pour eux est unique au monde. Une ville qui suscite spontanément l’inspiration. Une ville idéale donc pour la création artistique.

Au fur et à mesure de ces rencontres, au fil des discours des « Berlin Based », se construit par petites touches un portrait de ce nouveau Berlin, cette ville « expérimentale » après la réunification, où tout est encore à faire, où le champ des possibles est infini. Pour ces artistes sans contraintes professionnelles, Berlin est une fête permanente, avec sa multitude de bars et de boites où il est si facile de passer la nuit. Et le jour le calme y est impressionnant ! Avec ses grands espaces, que l’on retrouve dans aucune autre capitale européenne et que nous donne à voir l’incipit du film, des plans aériens filmés depuis un hélicoptère à bord duquel Dieutre a pris place en compagnie de Helke. Et puis les galeries se comptent par centaines. Sans parler de toutes ces caves ou autres entrepôts où il est si facile d’installer un atelier. Berlin n’a pas usurpé sa réputation d’être la capitale mondiale de l’art.

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Dieutre filme donc Berlin, ses grandes avenues, ses rues presque secrètes, de quartier en quartier, un itinéraire d’ouest en est, de Kreuzberg à Mitte. Il la filme au fil des saisons, sous la pluie ou dans la chaleur de l’été où il fait bon de se dorer au soleil dans les parcs.  Il prend le métro, le tram. Il réalise de longs travelings sur les façades des vitrines des rues commerçantes. Le film semble ainsi être en perpétuel mouvement. Il s’arrête pourtant dans des rues peu fréquentées. Le temps de nous laisser nous imprégner de ce calme dont il a été question. Et de déchiffrer, si possibles, les innombrables graffitis sur les murs. Une promenade apparemment sans but, en suivant les pas l’amie de Dieutre, Helke, qui peut ainsi nous servir de guide. Mais elle reste muette. Filmer la ville pour Dieutre ne nécessite aucun commentaire touristique.

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Pourtant Dieutre parle de Berlin. En voix off, avec ce ton, ce rythme musical de la voie tout à fait caractéristique et que nous avons déjà rencontré dans nombre de ses films. Dieutre connaît bien Berlin. Il y est venu du temps du mur. Son récit personnel, – en première personne comme toujours –  commence au passé. « Je vis encore dans le monde d’avant, je m’y accroche » dit-il. Dans la suite du film, il sera surtout attentif aux mutations de la ville. Mais le passé, ce lourd passé que tous ceux qui vivent à Berlin portent en eux, ce passé de la division, du mur, et plus loin encore le passé du triomphe du nazisme qui a fait de la ville le lieu du mal absolu, ce passé ne peut s’oublier.

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Les « Berlin Based » que rencontre Dieutre sont surtout des hommes. Il y a pourtant dans le film une femme dont les propos revêtent une dimension fondamentale pour l’avenir de la ville. Elle souligne la tolérance qu’elle a trouvée à Berlin, une ouverture d’esprit maximale. « Tout le monde s’en fout que je sois gay » dit-elle. Pourtant le film se termine par l’évocation des slogans qui fleurissent sur les murs de la ville ou dans les manifestations. « Gays dehors, juifs dehors, Français dehors ». La survivance de la haine fait peur. Mais Dieutre ne veut pas se laisser dominer par la peur. Sa dernière phrase confirme la légèreté, et même la joie, qui dominait dans l’ensemble du film. « Après la nuit, soyez-en sûrs, à Berlin ou ailleurs, elle reviendra, la renaissance ».

Cinéma du réel 2019, compétition française.