A COMME ARTS PLASTIQUES – Filmographie.

A COMME ARTS PLASTIQUES  – Filmographie.

La peinture et les arts plastiques en général, sans oublier le Street art. La création artistique sous toutes ses formes. Des portraits d’artistes, des rencontres  et des découvertes de leur œuvre, achevée ou en cours de réalisation. L’art dans les musées, et dans les rues. L’art dans la vie.

  • 36 000 ans d’art moderne, Manuelle Blanc

Comment l’art préhistorique a inspiré́ les plus grands artistes du XXe et continue d’influencer les artistes d’art contemporain.

  • À quoi pense madame Manet sur son canapé bleu, Hervé Le Roux

Partir de l’image d’une femme, et essayer de s’approcher un peu de son secret, tout en traversant l’œuvre et la vie du peintre.

  • Agnès de ci de là Varda, Agnès Varda

                  Des rencontres avec des peintres comme Soulage

  • Ai Weiwei, never sorry, Alison Klayman

L’artiste chinois contemporain le plus connu en Occident, ce qu’il il est tout cela à la fois.doit en grande partie à son engagement dans la contestation du régime autoritaire de Pékin. Quant à son œuvre elle est particulièrement protéiforme et diversifié. Architecte, sculpteur, photographe, auteur de performances et d’installation, artiste numérique,

  • Basquiat un adolescent à New York, Sara Driver

         «  Same old Shit » ( « toujours la même merde ») Samo.

  • Botero, Don Millar

Peintre et sculpteur colombien, Fernando Botero, né en 1932, est célèbre pour ses personnages aux formes rondes et voluptueuses,

  • Chine, un million d’artistes, Jean-Michel Carré

À la mort de Mao, l’art chinois contemporain peut enfin prendre son essor.

  • Georges Didi-Huberman – Douze Images pour le meilleur et pour le pire,  Pascale Bouhénic

Une visite chez l’historien de l’art

  • Faites le mur ! Banksi

Le graffiti élevé au rang de beaux-arts

  • Frida Kahlo, sa maison bleue, Nathalie Plicot

Une femme libre envers et contre toutes les adversités de la vie au creux des murs bleus de sa Casa Azul

  • Gauguin, je suis un sauvage Marie-Christine Courtès.

Un film riche d’une création en animation qui donne corps aux émotions et aux obsessions esthétiques de l’artiste,

  • Hans Hartung, la fureur de peindre, Romain Goupil.

Le destin du peintre (1904-1989), né à Leipzig, amputé d’une jambe alors qu’il combat le nazisme, et qui devint un des maîtres de l’art abstrait

  • L’Image mouvementée, Sylvain Roumette

Dans les années 1950-1960, Alexandre Calder, Victor Vasarely et Jean Tinguely font le succès de l’art cinétique, courant qui puise ses origines au début du XXe siècle et explore les rapports du mouvement et de la lumière à la peinture et à la sculpture, abolissant la distinction entre les deux, dans un esprit spectaculaire et ludique

  • Marcel Duchamp, l’art de l’impossible,  Matthew A. Taylor

Inventeur des ready-made, Marcel Duchamp (1887-1968) débute sa carrière par des dessins humoristiques dans la presse locale avant de réaliser ses premières œuvres en s’inspirant des peintres cubistes Picasso et Braque.

  • Marina Abramovic, the artist is present, Matthew Akers.

« La grand-mère » de la performance. Des performances dans lesquelles elle met toujours en jeu son propre corps, souvent de façon violente.

  • Mur murs, Agnès Varda

Les « murals » de Los Angeles

  • Le Mystère Picasso, Henri-George Clouzot

« Pour savoir ce qui se passe dans la tête d’un peintre, il suffit de suivre sa main »

  • National Gallery, Fredeick Wiseman

Le musée londonien avec ses chefs d’œuvre

  • Parce que j’étais peintre. L’art rescapé des camps nazis, Christophe Cognet.

         Les œuvres réalisées clandestinement dans les camps nazis.

  • Un Peintre en son pays, Camille Decossy 1904-1980, Guy Lochard.

La trajectoire de Camille Descossy, artiste et professeur puis directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Montpellier.

  • Rouge ! L’Art au pays des soviets, Pierre-Henri Gibert, Adrien Minard.

Les peintres de l’avant-garde russe qui ont annoncé et accompagné la révolution bolchévique.

  • Le Saphir de Saint Louis, José Luis Guerín

C’est dans la cathédrale de La Rochelle que l’on peut voir le tableau ex-voto qui témoigne de la tragédie du Saphir, en 1741. Cette goélette, transportait 271 esclaves.

  • La Ville Louvre, Nicolas Philibert

Le plus grand musée du monde vu depuis les coulisses.

  • Waste land, Joao Henrique Vieira Da Silva Jardin, Lucy Walker.

Dans la plus vaste décharge du monde en banlieue de Rio de Janeiro, l’artiste brésilien Vik Muniz de Brooklyn photographie les « catadores » (les ramasseurs de déchets recyclables) dans des mises en scènes composées à partir d’objets et matériaux rescapés des poubelles.

***

D’autres filmographies sur l’art :

Musique

Photographie

A COMME ABECEDAIRE – Johan Van der Keuken.

Une œuvre qu’on n’en fini pas de découvrir et redécouvrir, une œuvre inépuisable.

Afrique

Le Ghana par exemple, dans Cuivres débridés.

Amérique latine

La Bolivie plus exactement, où il suivra Roberto, rencontré à Amsterdam, pour un voyage dans son village, perdu dans les montagnes, où la vie est particulièrement dure.

Amsterdam

Sa ville. Celle où il est né. Celle où il repose pour l’éternité. Celle où il revient toujours. Pour repartir explorer le monde. Sa ville c’est LA ville. Le « village global », image de l’universel, du cosmopolitisme, de la diversité, de la richesse de ses différences.

Argent

L’argent roi, c’est le thème de I love $, la monnaie universelle. Une dénonciation du pouvoir des banques.

Art

La peinture, la poésie, la musique…et bien sûr le cinéma

Canaux

Ceux d’Amsterdam, bien sûr, particulièrement encombrés les jours de fête.

Cancer

Il en fut la victime.

Cécité

Deux enfants, aveugles de naissance, personnages de  deux de ses premiers films.

Enfants

Il filma toujours les enfants avec beaucoup d’affection, Beppie ou son propre fils dans Les Vacances du cinéaste, film où il évoque aussi sa propre enfance.

Engagement

Au côté des Palestiniens, auxquels il consacre un film en 1975.

Famille

La sienne filmée en vacances dans le sud de la France, mais celles aussi qu’il rencontre par exemple en Bolivie ou en Tchétchénie (Amsterdam, Global Village)

Inde

Un de ses buts de voyage favori. Il  réalisa  en particulier un film dans le Karala, L’œil au-dessus du puits.

Lecture

Une leçon, l’occasion de filmer l’école et les enfants.

Maladie

Celle de sa sœur, ou celle qui lui sera fatale et contre laquelle il combattra par tous les moyens (Vacances prolongées)

Mer

Et cette terre conquise sur la mer, le Waden, au nord-est des Pays-Bas, dont il filme bien des aspects dans La jungle plate.

Mort

Son cinéma, jusqu’à la fin, restera résolument optimiste.

Musique

Le swing, grâce aux cuivres.

Peinture

Hommage à son ami, Lucebert, peintre et poète néerlandais, mort en 1994.

Photographie

Il fut et resta photographe.

Poésie

« Si tu sais où je suis, cherche moi » ; « Sans me chercher tu me trouveras » Lucebert.

Révolution Française.

Lors de la célébration du bicentenaire, à Paris, le portrait d’un SDF.

Squatters

Une manifestation à Amsterdam

Sud

Du nord au sud, on peut avoir l’impression de changer d’univers.

Tchétchénie.

Un voyage avec Borz-Ali, rencontré à Amsterdam, dans ce pays où les traces de la guerre sont encore bien visibles.

Vacances

Dans le sud de la France, en famille. Le repos, le calme, l’oisiveté, le soleil et le plaisir des bains dans la rivière.

Villes.

Amsterdam bien sûr, mais aussi Paris, Le Caire, Rome  et même New York. Son cinéma n’est pas qu’urbain, mais les villes y tiennent une bonne place.

Voyages

Toujours, filmer l’autre, l’étranger, le différent. Et aller à sa rencontre.

P COMME PRENDRE POSITION

Aucun cinéaste documentariste ne peut rester insensible à la misère du monde. Il s’agit alors pour eux de dénoncer l’injustice, l’oppression, la dictature, la maltraitance, les violences de toutes sortes faites aux femmes et aux hommes, à des groupes particuliers et même à des peuples. Mais il s’agit aussi par leurs films de soutenir les luttes, les revendications, les révoltes. Essayer donc  de sensibiliser, de populariser, d’appeler à l’aide et à l’action. Beaucoup de documentaristes donnent la parole à ceux que l’on n’entend jamais, les oubliés de l’histoire, les faibles, les pauvres, les plus démunis. Et  à tous ceux qui sont différents, qui ne vivent pas comme  la majorité, ceux que l’on montre du doigt et qui sont mis au ban de la société.

Documenter le réel, c’est toujours prendre position.

Des films de combat, de contestation, de résistance. Mais beaucoup explorent aussi des formes de vie nouvelles, et espèrent – préparent – un avenir meilleur.

Pour chaque entrée nous donnons quelques exemples, parmi les plus significatifs, sans viser l’exhaustivité. Des « classiques » et des films tournés dans le feu de l’actualité.

Banlieues et les quartiers « difficiles »

  •                    Clichy pour l’exemple de Alice Diop
  •                    Chronique d’une banlieue ordinaire de Dominique Cabrera
  • De cendres et de braises de Manon Ott
  •                   Goutte d’Or à cœur de Daniel Bouy et Nathalie Perrin

Bénévolat associatif

Donner de son temps, sans compter, pour aider les autres.

  •                    Tant que nos cœurs battront de Eléonore Dumas

Contestation, sous toutes ses formes.

Filmer les manifestations, les jets de pierre sur les CRS, comme en mai 68, et les charges de la police, les lancés de grenade, les gaz lacrymogènes, les lances à eau. La violence donc. Mais aussi les marches silencieuses parfois et les défilés joyeux où les slogans rivalisent d’originalité

        Mai 68

  • Grands soirs et petits matins de William Klein
  • Les révoltés de Michel Andrieu et Jacques Kebadian

En Amérique latine

  • L’heure des brasiers de Fernando Solanas
  • La bataille du chili de Patricio Guzman

Le printemps arabe

  •                    Tarhir, place de la libération de Stefano Savona

         Nuit debout

  •                    L’assemblée de Mariana Otero

         Les gilets jaunes

  •                    J’veux du soleil de Gilles Perret et François Ruffin

         En Espagne

  •                    Vers Madrid de Sylvain George

Ecologie

De plus en plus d’actualité. Mais il est si dur de changer les habitudes et de s’opposer aux intérêts économiques des multinationales. Le pouvoir politique finira-t-il, aux delà des bonnes intentions, à passer à l’action ?

  •                    Tous cobayes ? de Jean-Paul Jaud

         Contre l’emploi des pesticides

  •                    Le monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin

         Alerte sur le nucléaire

  • Brennelis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre de Brigitte Chevet.

         La pollution et les déchets

  • Polluting Paradise de Fatih Akin

Femmes et l’égalité homme-femme

Les luttes féministes et les espoirs de changement.

  • La domination masculine de Patric Jean
  •                    Histoires d’A de Charles Belmont et Mariette Issartel
  •                    Le procès du viol de Cédric Condon
  •                    L’homme qui répare les femmes de Thierry Michel
  • Cinéma Woolf d’Erika Haglund

Génocide

Les nazis et l’extermination des juifs d’Europe, les khmers rouges, le Rwanda, mais aussi les arméniens et les communistes en Indonésie. Sans oublier le Goulag et les camps de la révolution culturelle en Chine.

  •                    Shoah de Claude Lanzman
  •                    S 21 de Rithy Panh
  • L’acte de tuer de Joshua Oppenheimer
  •                    Après, un voyage dans le Rwanda de Denis Gheerbeant
  • Le fils du marchand d’olive de Mathieu Zeitindjioglou
  • Les Ames mortes de Wang Bing

Guerres  contemporaines.

Dénoncer les guerres c’est montrer les destructions, la souffrance des civils, les bombardements aveugles, les tireurs solitaires et la mort omniprésente.

         Algérie

  •                    Ici on noie les Algériens de Yasmina Adi
  •                    Octobre à Paris  de Jacques Panijel

Palestine

  • Cinq caméras brisées de Emad Burnat
  • Samouni road de Stéfano Savona
  • Derrière les fronts. Résistance et résilience en Palestine de Alexandra Dops

Syrie

  •                    Eau argentée de Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirxan
  •                    Still recording de Saaed Al Batal et Ghiath Ayoub
  •                    Pour Sama de Waad Al-Katead et Edward Watts

         Irak

  •                    Home land, Irak année zéro de Abbas Fahdel

Handicapés

  • Tant la vie demande à aimer de Damien Fritsch
  • Les vies dansent de Fanny Pernoud

Immigrés et réfugiés.

Les parcours de migration. De frontières en frontières, en proie à la voracité des passeurs.

  •                    Fuocoammare, par-delà Lampédusa de Gianfranco Rosi
  • La mécanique des flux deNathalie Loubeyre
  •                    68 minutes de 69 jours de Egil Haaskjold Larsen
  • Des spectres hantent l’Europe de Maria Kourkouta et Niki Giannari

         L’accueil. En passant outre au délit de solidarité.

  •                    Défi de solidarité de Caroline Darroquy et Anne Richard.
  •                    Les réfugiés de Saint Jouin de Ariane Doublet
  •                    Libre de Michel Toesca

La jungle de Calais. Pour dénoncer les conditions de vie inhumaines qui sont celles de ceux qui sont bloqués là et tentent malgré tout de passer en Angleterre. Et son démantèlement  avec de gros moyens policiers.

  •                    Qu’ils reposent en révolte de Sylvain George
  • L’Héroïque lande (la frontière brule), Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, 2018.
  •                    Les enfants de la jungle de Thomas Dandois et Stéphane Marchetti

Luttes ouvrières.

Les grèves, les manifestations, L’histoire des révolutions et leurs échecs.

  •                   Le fond de l’air est rouge de Chris Marker
  •                    Entre nos mains de Mariana Otero
  • L’esprit de 45 de Ken Loach
  • Reprise de Hervé Le Roux
  • On a grévè de Denis Gheerbrant
  • On va tout péter de Lech Kowalski

Médias

  •                    Pas vu pas pris de Pierre Carles
  •   Les nouveaux chiens de garde de Gilles Balbastre

Minorités et différences

Les luttes LGBT. Contre l’homophobie sous toutes ses formes.

  •          Mes parents sont homophobes  de Anelyse Lafay-Delhautal
  • Couteau suisse de François Zabaleta

Les Roms . Des conditions de vie particulières.

  •          Toto et ses sœurs de Alexander Nanau
  •             Spartacus et Cassandra de Ioanis Nuguet

Paysans et désertification des campagnes

  •                   Profil paysan de Raymond Depardon
  • Sans adieu de Christophe Agou
  •                  Il a plu sur le grand paysage  de Jean-Jacques Andrien

Prisons

  •                    Etre là de Régis Sauder
  •                    A côté, de Stéphane Mercurio
  •                    Sur les toits de Nicolas Drolc
  •                    La liberté de Guillaume Massart

SDF et sans papiers

Dans les rues, sous les ponts pour dormir, ou être accueilli dans un centre, s’il y a de la place.

  •                    Au bord du monde de Claus Drexel
  •                   300 hommes de Emanuel Gras et Aline Dalbis
  • L’abri de Fernand Melgar
  • Le bon grain et l’ivraie de Manuela Frésil

Travail

         L’aliénation par excellence, surtout en usine, à la chaîne.       

  • Attention danger travail de Pierre Carle, Christophe Coello et Stéphane Goxe
  • J’ai (très) mal au travail de Jean-Michel Carré
  • Entrée du personnel de Manuela Frésil
  • Los herederos de Eugenio Polgovsky
  • Volem rien foutre al païs dePierre Carle, Christophe Coello et Stéphane Goxe

A COMME ABECEDAIRE – Agnès Varda

Agnès

         Son prénom, devenu le signe de l’intimité autobiographique.

Autobiographie

Elle fut une des premières – et des premiers – à faire le récit de sa vie, depuis sa naissance, dans un film. Les étapes d’une vie qui se retrouvent tout au long de son travail de cinéaste.

Black Panthers

         La défense des droits civiques aux États-Unis. Et pour la beauté de la couleur noir

Boni

Le pluriel de Bonus. Elle en réalisa plusieurs  pour les éditions  DVD de ses films.

Court

Film court plutôt que court-métrage. Un format qu’elle ne négligea jamais.

Cubains

         Un film en images fixes (photographiques).

Daguerre

L’inventeur de la photographie. Et une rue à Paris où se trouve sa maison.

Demoiselles

         Celles de Rochefort bien sûr, fêtées à l’occasion de leur 25° anniversaire.

Demy Jacques

         Son compagnon, à qui elle consacra plusieurs films.

Documenteur

         Jouer avec les mots, un de ses grands plaisirs.

Elsa

         Elsa Triolet racontée par Louis Aragon

Féminisme

Un de ses engagements.

Fiction

         Pas du tout l’opposé du documentaire. Non seulement elle navigua de l’un à l’autre mais elle mélangea souvent dans ses films les pratiques traditionnellement réputées spécifiques d’un seul des deux genres.

Glanage

         La définition qu’elle donne de son travail de documentariste.

Installation

         Devenue artiste plasticienne, elle fut invitée à la 50° Biennale de Venise.

JR

L’artiste devenu son ami et coréalisateur d’un de ses derniers films, où ils se mettent en scène, parallèlement.

Los Angelès

         Lors d’un séjour en Amérique, elle y réalisa plusieurs films.

Mur

Lorsqu’ils sont peints, ils deviennent des œuvres d’art. En Californie en particulier.

Oncle.

L’oncle américain, artiste peintre, vivant sur un bateau, avec ses amis hippies.  Le retrouver  fut une belle occasion de film.

Patate

         Elle rendit célèbres celles en forme de cœur.

Photographie.

Son premier métier, à Avignon avec Jean Vilar  Une pratique artistique à laquelle elle ne renonça jamais.

Tamaris.

Ciné-tamaris, la société, domiciliée rue Daguerre, de promotion, de production et de diffusion des œuvres d’Agnès et de Jacques Demy.

Veuve.

Elle filme à Noirmoutier celles dont la mer a pris le mari. Elle, c’est le sida qui a pris son compagnon.

Voyages

         Où elle rencontre beaucoup de cinéastes et d’artistes, ses amis.

A COMME AMOUR – Filmographie

On pourrait penser que l’amour au cinéma soit le domaine exclusif de la fiction. Et bien sûr les films d’amour, les romances, drame ou comédie, sont légion,  qu’ils traitent du sentiment lui-même, du coup de foudre, de la séparation ou de la trahison et des conflits qu’elle suscite. Et pourtant, le cinéma documentaire lui aussi traite tous ces thèmes, même si c’est sous des formes particulières.

L’autobiographie principalement. Le récit de son propre vécu amoureux, évoqué, raconté, avec beaucoup d’authenticité, sans fausse pudeur, souvent sur le mode du souvenir.

Et puis le retour sur le passé conduit inévitablement à l’adolescence, le temps des premiers émois, des premières aventures, des premiers enthousiasmes, des premières déceptions. Un portrait d’adolescents ne peut pas passer sous silence le vécu amoureux.

Le quotidien aussi quand même. L’amour au jour le jour, dans le couple ou la relation de toute une vie. L’amour n’est pas toujours fulgurance. Mais évoquer le sentiment  ne peut se faire sans émotion.

Image : Vers la tendresse de Alice Diop.

800 kilomètres de différence de Claire Simon

L’Acre parfum des immortelles de Jean-Pierre Thorn

Adolescentes de Sébastien Lifshitz

Amore carne de Pippo Delbono

L’amour rue de Lappe de Denis Gheerbandt

Un amour (Roman) De Richard Copans

Un amour d’été de Jean-François Le sage

The balad of Genesis and Lady Jaye de Marie Losier

Bélinda de Marie Dumora

Burn in Love – Nos amours combustibles de Mathieu Zeitindjioglou

Coups de foudre de Christophe Reyners

Les invisibles de Sébastien Lifshitz

Jaurès de Vincent Dieutre

Une jeunesse amoureuse de François Caillat

Monsieur et Madame Piccioli de Fabio Falzone

Nos fiançailles de Chloé Mahieu et Lila Pinell

Nous princesse de Clèves de Régis Sauder

Où sont nos amoureuses ? de Robin Hunzinger

La rencontre d’Alain Cavalier

Un peu, beaucoup, passionnément de Fabienne Abramovich

Vers la tendresse de Alice Diop

A COMME ABECEDAIRE – Raymond Depardon

Afrique

         Le continent de la douleur. Du sud au nord. Un itinéraire à travers des pays qui souffrent.

Autobiographie

         Aucun de ses films n’est ouvertement et entièrement autobiographique. Pourtant il parle souvent de sa vie, de ses origines paysannes, de sa carrière de photographe, de ses voyages, en Afrique surtout. Profils paysans est ainsi un travail très personnel, et personnalisé, dans lequel la personne du cinéaste est omniprésente, et pas seulement comme celui qui réalise des interviews.

Censure.

         Giscard-D’Estaing, après son élection, s’opposa à la diffusion du film réalisé au cours de sa campagne. Une censure non-officielle. Mais une censure quand même.

Central Park

10 minutes de silence, pour John Lennon, dans le centre de New-york

Election

         Celle de Giscard-D’ Estaing, en 1974. La campagne du candidat suivi pas à pas, dans la foule, avec ses conseillers et amis politiques, dans la solitude de son bureau.

Direct

         Beaucoup de ses films, les premiers surtout, peuvent être considérés comme des prolongements du cinéma direct.

Folie

         Dénoncer l’enfermement et l’asile par la seule force des images.

France

         Parcourir inlassablement la France profonde et photographier, à la chambre (cet appareil si particulier), les villages, les petites villes, des rues et des devantures de magasins à l’ancienne, la substance d’un pays.

Hôpital

         En particulier l’Hôtel-Dieu à Paris, pour son service d’urgences psychiatriques.

Internement

         Des malades psychiques devant un juge. Un juge qui a le pouvoir de les renvoyer chez eux (de les « libérer ») ou de les maintenir internés, contre leur volonté le plus souvent, à l’hôpital. Pour leur propre bien, et selon l’avis des psychiatres, ce qui en soi n’a rien à voir avec la condamnation (la punition) que la justice est appelée à prononcer en sanction d’un crime ou d’un délit, et en application de la loi.

Justice

Entrer dans un tribunal. Suivre les audiences jusqu’au verdict.

Lennon John

         Dix minutes de silence absolu dans Central Park à New York en l’honneur du chanteur assassiné.

Mandela Nelson

         Une minute de silence…pour la souffrance des Africains.

New York

         Un aller-retour, en noir et blanc et de nuit, en métro aérien

Palach Jan

         Il s’immole par le feu pour protester contre l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’armée soviétique. Pour lui rendre hommage, Depardon filme son enterrement, cette foule énorme, triste et recueillie dans les rues de Prague.

Paparazzi

         Des pratiques souvent décriées. Mais Depardon ne leur jette pas la pierre. Parce qu’il connaît, de l’intérieur, les difficultés du métier.

Paris

         La foule déferle sur les quais de la gare Saint Lazare.

Paysans

         Ses amis, ses frères. La ferme natale et les problèmes de reprise des exploitations lors des départs à la retraite.

Photographie

         Le photojournalisme  bien sûr, dans le monde entier, pour rendre compte des événements qui secouent la planète. Mais aussi une œuvre plus personnelle, dans le désert, en Amérique ou à Paris.

Police

         Dans le V° arrondissement de Paris, au jour le jour, le travail des policiers, dans le commissariat, lors des dépôts de plaintes ou lors des interrogatoires, mais aussi sur le terrain, avec Police Secours, pour essayer de régler les problèmes de la vie quotidienne.

Presse

La naissance d’un journal, événement si rare, mérite bien un film.

Psychiatrie

         Comment filmer la folie, l’enfermement, l’asile psychiatrique, la souffrance, la déshumanisation. Une véritable expérience métaphysique : la confrontation de la raison avec ce qui lui échappe.

Ruralité

         Un monde en train de disparaître. Filmé avec une grande lucidité.

L COMME LUTTE OUVRIERE

On va tout péter, Lech Kowalski, 2019, 109 minutes.

Contrairement au titre du film, la première séquence serait presque bucolique. Une partie de pêche au bord d’une rivière. Un pêcheur débonnaire remet à l’eau l’énorme carpe (8 kg) qu’il vient d’attraper.

Contrairement au titre, et malgré quelques plans qui montrent que tout est prêt, l’usine ne va pas exploser.

Contrairement au titre, le film de Lech Kowalski n’insiste pas sur la violence.

Et pourtant…

Et pourtant, la tension est sensible de bout en bout. Et augmente sensiblement au fur et à mesure que le temps passe. Jusqu’au dénouement. Qui d’ailleurs ne résout rien.

Et pourtant les face à face avec les forces de l’ordre sont bien évidemment tendus, puisqu’il s’agit de résister. Mais si violence il y a – et l’intervention de la police ne peut être que violente – elle ne vient pas des ouvriers.

C’est que les ouvriers n’occupent pas de gaité de cœur leur usine. S’ils sont là jour et nuit, c’est que leur emploi est menacé. Et la perspective de se retrouver au chômage, après parfois 30 ans passés dans la  même boite, dans une région où les usines sont plutôt rares, ne peut enthousiasmer personne. Alors, ils se lancent dans la lutte, déterminés à aller jusqu’au bout.

Le film de Lech Kowalski suit cette lutte du côté des ouvriers. A leur côté, nous vibrons aux espoirs ou aux désillusions. La caméra est le plus souvent mobile. Fébrile même parfois. Car le cinéaste s’engage ouvertement à leur côté. Et ses commentaires de la situation, en voix off, montre clairement qu’il prend position. Son film n’est pas une simple description, surtout pas un regard détaché et extérieur. Mais peut-il être une aide à l’action. Ou même une action

 Il y a beaucoup de détermination chez ces ouvriers qui pour la majorité n’ont pas connu d’autres horizon que leur usine. Mais il y a aussi, et de plus en plus de la résignation. Le temps qui passe, et l’incertitude croissante sur l’avenir – un repreneur va-t-il être accepté par la justice ? Et combien de camarades seront licencié ? – ne favorise pas la détente. Ni l’optimisme.

Le film pourrait bien être alors celui de la fin d’un monde. Le requiem des luttes syndicales. L’aveu d’impuissance des ouvriers dans une situation qui leur échappe. A la fin du film, ceux qui reçoivent leur lettre de licenciement garde le sourire. Il faut bien. Mais cela n’enlève pas l’amertume de la défaite.

On va tout péter serait-il le dernier film possible sur les luttes ouvrières ?

E COMME ENTRETIEN – Marion Gervais.

  • Si vous voulez bien commencer par quelques aspects biographiques…

M G : Oui, les dates importantes de mon parcours professionnel. La première date fondamentale c’est quand j’ai eu pour la première fois dans ma vie une caméra entre les mains, le premier jour aux Ateliers Varan. C’est la formation que j’ai faite aux Ateliers Varan. Le premier jour, on m’a donné une caméra et on m’a dit, vas filmer ce que tu veux, dans la rue. J’étais au Père Lachaise et je me suis retrouvée avec cet engin qui filmait le réel. J’étais en trance, c’était un grand moment.

Ensuite les moments importants, ce sont les sorties de mes films, Anaïs s’en va en guerre, La Belle vie et Louis dans la vie, chaque fois je donne tellement tout que ce sont des moments essentiels.

Dans La Belle vie, ce sont des jeunes qui quittent l’enfance et qui entre dans l’adolescence. Il y a un moment qu’on a tous vécu, entre 12-13 ans, ça dure très peu de temps, ça dure quelques mois un an, on n’est plus dans l’enfance et on n’est pas encore dans l’adolescence, on est dans ce truc transitoire, avec une espèce de sensation de toute puissance. On a l’impression que le monde est à nous et donc il y a cette bande de petits gars que je connais qui traversaient cette période. Ils avaient un skate, ils faisaient tout le temps du skate et j’ai pris ma caméra pour filmer ce rite de passage, que j’ai appelé la Belle Vie évidemment.

  •  Les autres jeunes que vous filez, Anaïs d’un côté et Louis de l’autre, sont quand même assez différents…

M.G. Ce qu’ils ont en commun ? Ce sont des êtres sur un fil, fragiles, pas dans les clous, qui trébuchent avec la vie. C’est pas l’autoroute du tout. Moi ce qui me touche, mes films sont des histoires de rencontre essentiellement. Je ressens une émotion forte. Il y a un effet de miroir fort entre mes personnages et moi-même. Et donc à ce moment-là, je prends ma caméra et je raconte de l’intérieur ces êtres à vif.

         – Oui, surtout Louis…

M.G. Oui, c’est presque un drame. C’est très complexe. Il tente de survivre., de trouver son chemin dans cette société codifiée. Il s’accroche à ses rêves, mais va-t-il les réaliser ? J’espère.

         – Pour la réalisation de ces films, est-ce que vous avez connu des problèmes particuliers, au niveau de la production, ou de la réalisation.

M.G. La chose la plus essentielle pour moi, c’est d’être libre, qu’on ne m’impose rien. Je fais ma tambouille comme je veux. On peut pas me réduire à quoi que ce soit, sinon je meurs. C’est comme ça. Je veux filmer en toute liberté. Les producteurs avec qui je travaille – Quark Productions – main dans la main me soutiennent énormément. Je suis obligée de passer par la télévision. Il y a pas 36 000 solutions, mais j’ai la chance d’avoir des diffuseurs qui respectent mon travail. Je gagne pas des milliards mais je suis libre. Donc je ne rencontre pas de problème de production ou de diffusion. Tout le monde sait qu’il faut me laisser libre, sinon je prends mon camion et je vais parcourir le monde et j’arrête de faire des films. Si on me soumet je meurs. On me parle de fiction mais je pourrais pas faire des films si je devais entrer dans le système. Je préfère renoncer. Manger plus de pâtes et vivre très simplement mais libre.

         – Justement, la fiction, c’est quelque chose qui vous tente quand même ?

M.G. En fait on m’avait contacté, On m’avait proposé. C’est vrai que dans mes films il y a une dimension cinématographique. C’est ce qu’on me dit. Mais je suis vraiment happée par le réel. A chaque fois. J’aime plus que tout ces êtres que je filme, qui sont ce qu’ils sont, et avancer avec eux et être avec ma caméra. C’est simple. J’ai mon micro son. Je fais tout moi-même, ça me paraît trop complique, écrasant, et ce serait renoncer à ma liberté que de me lancer dans la fiction aujourd’hui. Je suis accro au réel et au documentaire de création.

         – Vous avez réalisé aussi une websérie, La Bande du skate park…

M.G. En fait j’étais parti sur La Belle vie, ce 52 minutes. Donc en même temps que La Belle vie, mon dossier d’écriture est arrivé à France Télévision où ils faisaient des webdocs. Ils m’ont proposé de faire aussi une websérie. J’ai dit pourquoi pas. La seule chose que je demande c’est qu’on me mette pas dans les clous de la websérie, le fil narratif, l’intensité, moi je filme le réel, je vais tous les jours au skate park. Je construis quelque chose quand même, je sais ce que je cherche. Mais qu’on me demande pas de construire quelque chose qui n’existe pas. Je filme le réel. J’étais quand même curieuse. Je ne suis que de passage sur terre, et je me suis dit, je ne connais pas la websérie et je suis partie dans cette aventure. Mais j’avais bien mis les choses au point pour que je sois libre et qu’on ne me demande pas des trucs que je veux pas faire.

         – Et qu’est-ce que vous pensez de ce format, qui a un certain succès aujourd’hui ?

M.G. je suis une folle des formats longs et des formats classiques. Mais je trouve que c’est aussi un mode d’expression. Je suis très contente de la Bande du Skate Park et ce que j’ai réussi à dire à travers ces épisodes. C’est une autre manière de ressentir. Mais je suis très heureuse de revenir à mon format classique. C’est une expérience mais j’aime être dans mes formats longs et creuser, et approfondir.

         – Dans la production actuelle de documentaires, qu’est-ce qui vous parait le plus intéressant ? Est-ce qu’il y a des références pour vous, ou des coups de cœur ?

M.G. Le documentaire qui m’a scotcher littéralement, c’est M de Yolande Zauberman. Comment cette parole en yiddish, ce personnage « Meharem », sont puissants. Hormis la  force du sujet, de ce qui est raconté, il y a une puissance narrative. C’est le documentaire que j’aime. Il y a un avant et un après, il y a une maîtrise. Pour moi c’est du très très beau documentaire. Après, j’ai beaucoup aimé le film de Robin Hunzinger, Le recours aux forêts. J’ai regardé le dernier Cavalier, Etre vivant et le savoir, que j’ai adoré. Et puis Pauline s’arrache d’Emilie Brisavoine, magnifique.

         – Quels sont vos projets actuels ?

M.G. Je vais partir en tournage. C’est encore une histoire de jeune personne. Je vais filmer une jeune femme suisse, qui a 25 ans, que j’ai découvert à travers un livre qui s’appelle  Petite, que j’ai lu il y a deux ans. Et je suis tombée raide dingue de cette jeune fille qui écrivait ce livre. C’est une jeune fille qui a vécu dans un village en Suisse, tout propre, étriqué, cette société l’a totalement étouffée. Elle suit des entretiens d’embauche mais elle se demandait qu’est-ce qu’elle faisait là. C’est quoi ce monde, rien ne lui donne envie. Juste envie de mourir. Cette société lui renvoie une image d’elle-même tellement négative, elle coule. Elle a 15 ans, 16 ans, 17 ans, elle veut se suicider, mourir. Elle a fait des crises de peur panique. Et un jour, dans un sursaut de survie incroyable, elle décide de prendre la tangente, de prendre la route. Et avec trois francs six sous elle va parcourir le monde pendant 5 ans. Et à travers le voyage elle va découvrir que l’humanité n’est pas que terrible. Elle va découvrir qu’elle vaut quelque chose. Elle va se réparer et elle va découvrir l’écriture. Et moi j’arrive à ce moment-là. Je vais la filmer pendant des mois. Elle a 25 ans. Elle revient en Suisse. Elle veut toujours pas travailler comme on le lui impose. A travers cette jeune fille c’est un peu le portrait d’une jeunesse d’aujourd’hui, qui ne veut pas finir centenaire, qui n’aura pas de retraite, qui est dans un rapport à la vie très immédiat, assez philosophique en définitive. Voilà, c’est un peu difficile à raconter. C’est un portrait existentiel. Je vais filmer jusqu’en septembre l’année prochaine je pense et le film sortira en 2021. Il s’appellera Et puis au pire on meurt.

A COMME ADOLESCENTES.

Adolescentes, Sébastien Lifshitz,  2019, 135 minutes.

Adolescentes présente un panorama quasi exhaustif de ce qu’est l’adolescence aujourd’hui, à travers deux adolescentes, Anaïs et Emma,  filmées sur cinq années, depuis le collège jusqu’à la fin de leur scolarité secondaire, sanctionnée par l’obtention du bac. Elles quittent alors Brive, ville où elles ont vécu jusque-là et où se passe donc l’ensemble du film. Elles quittent leur famille, elles quittent leurs ami.e.s. Elles commencent une nouvelle vie. Et nous pouvons avoir l’impression, au bout de ces deux heures 15 passées en leur compagnie, que nous pouvons comprendre dans quel état d’esprit elles abordent leur avenir respectif.

Leur vie pendant ces cinq années d’adolescence, nous l’avons suivie pas à pas. Nous l’avons suivie dans leur famille, où c’est surtout la relation avec la mère qui compte. Des mères omniprésentes, accaparantes, au point qu’elles en deviennent insupportables. Des relations souvent tendues donc, et les affrontements verbaux ne sont pas rares. A l’évidence, il est grand temps, à la fin du film, de rompre le lien qui les relient à leur mère, même si cette rupture ne sera bien évidemment pas total.

Nous suivons aussi les relations sociales d’Anaïs et Emma, ce qui veut dire surtout la relation d’amitié très forte qui existe entre Anaïs et Emma. Mais il y a aussi les camarades de classe, ceux qu’on retrouve après les cours et avec qui on communique avec son portable.

De l’école, le collège puis le lycée (le lycée d’enseignement général pour Emma, le Lycée professionnel pour Anaïs),  nous en suivons quelques fragments de cours, l’accueil en début d’année en particulier avec sa formule récurrente (Il faut travailler), les  séances de maths où Anaïs est des plus dissipée et un éclair philosophique sur la vérité. Le tout dominé par l’angoisse des examens – brevet et bac – avec  l’explosion de joie à l’annonce des résultats, séquence inévitable dans tout film sur les ados.

Et puis les adolescentes parlent des garçons, surtout de ceux qu’elles trouvent beaux. Anaïs fera une dépression après sa rupture avec son petit ami (on les aura près peu vus ensembles, son premier amour. Mais l’essentiel, la question fondamentale, concerne la première expérience sexuelle. Le faire ou pas ? A quel âge ? Mais on en parle plus avant qu’après, car une fois fait, comme il fallait le faire, c’est fait.

Ce film est un documentaire, dont on peut dire qu’il est filmé comme un teen-movie, mais sans les « tics » du genre, les effets spectaculaires ou les petites provocations qui sont censées, surtout dans les productions américaines, donner du sel au spectacle. Ici sincérité, authenticité, simplicité, une certaine pudeur même, sont les caractéristiques d’un filmage qui ne refuse pourtant aucunement la qualité, et même la beauté, des images. Ici rien n’est excessif. Tout semble couler de source. Et chaque événement, grand ou petit, dont le film fourmille trouve un écho chez chaque spectateur, quel que soit son âge.

C’est aussi un film sur le temps qui passe, lentement mais inexorablement. Tout le film prend le temps de suivre cette traversée des années d’adolescence, faite aussi de petits riens souvent presque imperceptibles, mais qui tous nous font vibrer, sourire et rire, pleurer presque, nous émeuvent  sûrement. Le temps de l’adolescence est là tout proche, si commun et en même temps toujours surprenant. Un temps que personne ne voudrait quitter.

Comment ne s’attacherait-on pas à ces deux adolescentes, filmées avec tant d’empathie, un regard presque paternel de la part du cinéaste, mais aucunement paternaliste.

Un film qui sait parfaitement tourner la page d’une vision romantique de l’adolescence. Ce qui ne veut pas dire qu’il renonce à l’émotion. Loin de là.

E COMME ENTRETIEN – Wallonie Image Production (WIP)

Quand WIP est-il né ? Dans quelles circonstances ?

Wip est né en 1981, par la volonté de ses administrateurs de l’époque, et fondateurs, de donner une structure juridique solide à leur atelier de vidéo d’intervention sociale, baptisé « La fleur maigre », du nom du film de Paul  Meyer. Jusque là c’était une association de fait ; afin de pouvoir gérer des budgets conséquents et de prétendre à des aides publiques, il fallait une vraie assise juridique.

Quels sont vos objectifs et vos principales activités ?

Soutenir à tous les stades la création documentaire indépendante de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Aide en cash à l’écriture/développement, aide à la production, aide à la finition, soutien en service à la post-production, à la promotion, conservation du patrimoine.

De quels moyens financiers disposez-vous ?

Budget annuel d’un peu plus de 400.000 €, essentiellement fournis par une subvention récurrente du Ministère de la FWB ayant en charge l’audiovisuel et par des aides régionales APE (Aide à la promotion de l’emploi).

Comment choisissez-vous les films qui sont à votre catalogue ?

Pour les films non terminés (la majorité) une commission de professionnels se réunit trois fois l’an pour décider des quels projets seront soutenus, qu’il s’agisse d’aide à l’écriture, à la production, à la finition. Pour les films dont on ne prend en charge que les ventes, un comité de cinq membre visionne, et, avec l’avis du vendeur, décide ou non de les intégrer. Notre premier critère de choix est l’originalité, la qualité artistique du projet. Vient ensuite le potentiel de diffusion, et la solidité du partenaire de coproduction. Nous essayons d’abord de privilégier des films fragiles, des premiers films, ou des films qui permettent à un auteur de poursuivre une œuvre singulière.

Y a-t-il des thèmes – ou des sujets – qui vous semblent plus particulièrement porteur dans le domaine du cinéma documentaire ?

Tous les sujets liés à l’actualité, car ils sont exploitables par le réseau associatif, le pédagogique, voire les télévisions : migration, égalité homme femme, transition écologique, interculturalité…

Comment définissez-vous le « documentaire de création » ?

Il s’agit de films portant un regard singulier et pertinent sur le réel, avec une subjectivité assumée (le point de vue documenté cher à Henry Storck). Pour nous, le documentaire n’est pas du reportage, c’est une forme de cinéma qui prend les armes de la construction narrative et de l’esthétique du septième art pour poser de bonnes questions sur la société dans laquelle nous vivons..

Comment voyez-vous la situation du cinéma documentaire en Belgique aujourd’hui ? Quelles en sont les spécificités par rapport à la France ou au reste de l’Europe ?

En Belgique, la créativité est au rendez-vous, la singularité des regards aussi et, depuis quelques années, le documentaire attire à nouveau de très jeunes cinéastes. En revanche, il y a un déficit de structures de production (le documentaire rapporte peu) et peu de fenêtres de diffusion. Au récent Festival de Lussas, les films de la section phare, « Expérience du regard », était à plus de 30% belges. En Belgique, les aides accordées par les pouvoirs publics, et même la RTBF, laissent une certaine liberté, ce qui explique la singularité des regards. Les dispositifs des ateliers (production, accueil, école) permet aussi un encadrement expérimenté et disponible pour les auteurs.

Y a-t-il des cinéastes que vous souhaiteriez mettre plus particulièrement en évidence ?

… au risque d’en oublier. Pour moi, il faut parler de Jawad Rhalib, dont « Au temps où les arabes dansaient » fait le tour du monde, de jeunes cinéastes filles comme Eve Duchemin, Elodie Lelu, Pauline Beugnies, Rosine Mbakam dont les premiers films font le tour du monde, de vétérans toujours très actifs, comme Thierry Michel, Bénédicte Liénard, Mary Jimenez, ou d’auteurs hors circuit qui continuent un travail très personnel exigeant comme Pierre-Yves Vandeweerd, Boris Vander Avoort. C’est riche et diversifié.

WIP : https://www.wip.be/

Personne de contact: Noémie Daras n.daras@wip.be 

L COMME LETTRE – à Pina Bausch

Dernière danse, François Zabaleta, 2016, 23 minutes.

Une lettre. Une lettre cinématographique. Et tout de suite une référence s’impose : Chris marker. Pour la première phrase de  Lettre de Sibérie et Sans Soleil bien sûr. Mais aussi d’autres cinéastes, d’autres lettres adressées à des cinéastes. Denis Gheerbrandt  écrit à Johan van der Keuken après la disparition du cinéaste néerlandais ou Patric Jean qui s’adresse à Henri Stork à propos du Borinage, de la misère au Borinage.

Une lettre cinématographique composée comme il se doit d’un texte et d’images. Un texte écrit en première personne et dit en voix off par le cinéaste lui-même. Une voix qui chuchote. Sans éclat. Sans aucune saute ni variation. Un fil continu, ininterrompu. Qui pourrait ne pas s’arrêter. Dont la petite musique continue bien après s’être interrompu. Une voix qui s’adresse à un correspondant absent, invisible, un correspondant qui ne recevra jamais la lettre puisqu’elle est écrite après sa disparition. Une lettre qui de toute façon ne pouvait pas être écrite du vivant de son correspondant. Qui ne pouvait pas lui être envoyée. Qui ne sera donc jamais envoyée. Mais qui deviendra un film.

Une lettre avec des images, en référence à Pina. Paris, place du Châtelet et le théâtre de la Ville où François découvrit pour la première fois la danse de Pina. Puis Wuppertal  où Pina ouvrir ses théâtres et établit sa troupe de danseurs. Une longue promenade dans la ville vue depuis un métro aérien. Puis l’œuvre de Pina à travers les programmes et les affiches de ses créations. D’elle on ne verra qu’une photo, en noir et blanc, prise par le cinéaste et affichée dans son appartement. Et de François qu’une photo de dos. Le film s’achève sur la troupe de Pina saluant le public à la fin d’une représentation. Toute l’émotion du film se condense dans cette image où s’inscrit le générique de fin.

La voix  dit tout de celui qui écrit. Sa lettre est une confession. La rencontre avec l’œuvre d’une danseuse chorégraphe, Pina Bausch, depuis ses débuts jusqu’à sa consécration, 40 ans de carrière, suivie pas à pas. Une œuvre qui attire irrésistiblement, si irrésistiblement  le cinéaste qu’il dit la suivre dans le monde entier, pendant presque 40 ans. Une admiration sans faille.

Le film est donc un exercice d’admiration. En référence à Cioran, à laquelle on peut ajouter Vincent Dieutre. Une admiration que d’aucuns pourraient juger excessive. Mais l’art  n’est-il pas toujours excès ? Et la vie d’un artiste ne doit-elle pas être placée sous le signe de l’hubris ?

« Pina m’a sauvé la vie » dit Zabaleta. Littéralement. On veut bien le croire. Il lui doit d’être devenu cinéaste.

H COMME HOMMAGE POSTHUME.

Madame Baurès, Mehdi Benallal, 2019, 18 minutes.

Le portrait d’une absente. Ils s’étaient rencontrés il y a longtemps. Lorsque le cinéaste avait 18 ans. Puis ils s’étaient perdus de vue, pour se retrouver tant d’années après. Ils avaient alors fait le projet d’un film. Un film qui donnerait la parole à madame Baurès, pour retracer sa vie, son itinéraire personnel, son engagement  dans le communisme. Un engagement de toute une vie ce dont elle est particulièrement fière. Ils s’étaient rencontrés souvent dans la perspective de ce film. Ils avaient programmé le tournage. Un tournage qui n’aura jamais lieu, pour cause du décès subit de madame Baurès.

Que faire alors, a du se demander le cinéaste ? Abandonner tout simplement le projet ? Ne plus en parler, passer à autre chose ? Est-ce possible ? Le cinéaste peut-il, comme si de rien n’était, renvoyer à l’oubli cette femme à laquelle il s’était sans doute attaché. Plonger dans le néant sa vie ? L’effacer à tout jamais ? Non. Pour lui, il est indispensable de faire un film, ce film dont le titre serait son nom. Un film qui parlerait d’elle, de ce qui faisait sa fierté, être communiste. Un portrait posthume en somme.

Mais comment filmer l’absence ? Comment mettre en images le souvenir laissé par une personne disparue. Tout l’intérêt du film de Mehdi Benallal est d’échapper au modèle le plus courant, celui qui vient immédiatement à l’esprit en pareille situation : rechercher les traces laissées dans ce monde par son personnages, les archives personnelles et familiales, les images, photos et vidéos. Puis filmer les lieux où il a vécu et rencontrer ceux qui l’ont connu, témoins directs de sa vie. Non, rien de tout cela dans le film Madame Baurès.

Ce film explore donc une voie divergente dans la réalisation d’un portrait cinématographique. D’abord écarter la présence du personnage pat traces matérielles interposées. Ecarter aussi la tentation de raconter sa vie, un récit extérieur qui ne pourrait qu’être normatif, le jugement –avec quelle légitimité – d’une vie. Il ne filme madame Baurès d’aucune façon. Il filme les sensations et les émotions que suscite son souvenir. Et l’hommage personnel devient un hommage au monde ouvrier dans son ensemble.

D COMME DEBORD Guy.

Cinéaste français. (1931-1994)

            Les films de Guy Debord sont-ils des documentaires ? La question a-t-elle un sens ? Les films de Guy Debord sont sans doute parmi ceux où elle a le moins de sens. Et son œuvre entière est une de celles qui a le plus contribué à ce qu’une telle question n’ait plus de sens. Les films de Guy Debord sont des films. Cette affirmation est déjà suffisamment provocante pour qu’on ne cherche pas en plus de définir de quel genre de film il s’agit.

            Guy Debord est le fondateur du mouvement situationniste, auteur de La Société du spectacle qui en est devenu le manifeste et la référence. Son œuvre théorique s’inscrit dans la poursuite de la contestation lancée contre l’art traditionnel par les dadaïstes puis par les lettristes (Isou, Lemaître). Au niveau du cinéma cette contestation qui se veut radicale se manifeste d’une part par des « sabotages » organisés, en particulier au festival de Cannes. Mais il s’agit aussi de produire de nouvelles formes cinématographiques, comme c’est le cas dans le film d’Isidore Isou, Traité de bave et d’éternité, fait de collages d’images de toutes sortes, récupérés ici et là, n’importe où, et sans prêter la moindre attention à leur qualité, avec comme bande son une succession d’onomatopées et de monologues.

            Le premier film de Debord, Hurlements en faveur de Sade (1952), est une annonce de la mort du cinéma. Il propose en 64 minutes une alternance d’écrans blancs et d’écrans noirs. Les premiers sont accompagnés en voix off, d’une lecture d’extraits du code civil, de passages de romans d’auteurs les plus divers et difficilement tous identifiables pour le spectateur, et de brèves type journalistique évoquant les actions orchestrées par les situationnistes. Quant aux écrans noirs, ils sont eux totalement silencieux. « Ici les spectateurs privés de tout seront en outre privés d’images ». S’il s’agissait de faire réagir les spectateurs, ce fut réussi. La première présentation publique du film fut interrompue au bout de quelques minutes et il s’ensuivit une bagarre générale.

            « Je me flatte de faire un film avec n’importe quoi », affirme Debord. Et c’est bien l’impression que donnent les films suivants, La Société du spectacle (1973) et In girum imus nocte et consumimus igni (1978) (titre que l’on peut traduire par « Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu ». La bande son reprend d’une voix monocorde des textes de l’auteur, sans lien apparent avec la succession des images, photos ou longs plans fonctionnant sur un mode répétitif. Il s’agit pour Debord de développer ses thèses sur le public, sur le cinéma et la fascination des images. In girum…propose en outre une longue séquence composée de vues aériennes de Paris accompagnées d’une musique de Couperin. Mais le véritable sujet de film n’est-il pas Debord lui-même ? Une façon comme une autre d’échapper au néant !

N COMME NUDITE.

Ma nudité ne sert à rien, Marina de Van, 2018, 85 minutes.

Si l’exhibitionnisme ne vous choque pas, bien au contraire,

Si vous raffolez du narcissisme (primaire ou non),

Si vous vous délectez du parisianisme, alors…

Ce film est pour vous.

Sinon, fuyez !

Ne filmer que soi, tout au long d’un film qui se présente comme autobiographique, est chose difficile. Pour intéresser, la tentation est forte d’y mettre du piquant. A tout prix. Marina de Van a tenté le coup de la nudité. Si l’on prend le titre du film à la lettre, c’est plutôt raté !

Marina vit seule – enfin, presque seule, puisqu’elle a un chat, une chatte plutôt ! Elle vit le plus souvent nue dans son appartement. Elle se filme nue presque toujours allongée sur son lit dans des positions de Maja. Des images qui ne manquent pas d’une certaine rigueur plastique. Quand elle danse, ou fait de l’exercice physique, c’est autre chose. C’est que Marina n’est plus vraiment jeune.

A l’approche de la cinquantaine, ce qui tourmente Marina, ce n’est pas de n’être plus désirable ou de risquer de ne plus être désirable. C’est – un tourment bien plus grand – de ne plus désirer. De ne plus ressentir de désir pour les hommes. De ne plus avoir de sexualité active (en dehors de la masturbation en regardant une vidéo porno).

Pour éviter ce nihilisme du désir, elle fait bien des efforts pourtant. Elle fréquente assidûment les sites de rencontre. Et elle concrétise ses contacts virtuels dans la réalité. D’où sa fréquentation des cafés parisiens, dans les beaux quartiers toujours. Mais rien n’y fait. Les ruptures sont rapides, parfois violentes. Mais le champagne coule à flots.

Pour ne pas sombrer totalement, Marina ne trouve qu’une solution : quitter Paris. Aller se ressourcer dans le sud, au soleil, en jouant les touristes. Les prises de vue de la côte et de la mer renforcent le côté factice de tout cela, de la vie entière de Marina.

V COMME VIE.

Et la vie  Denis Gheerbrant. France, 1991, 53 minutes.

            Du nord au sud, de l’est à l’ouest, Denis Gheerbrant parcours le pays et dresse le portrait d’une France profonde faite le plus souvent de dur labeur, de rêves déçus et d’horizon bouché pour les plus jeunes. A dix ans du XXI° siècle, il semble que bien peu de français auraient l’idée de chanter Douce France.

            La France que parcourt Gheerbrant caméra visée à l’œil comme il en a l’habitude, est une France en grande partie péri-urbaine. Il visite les banlieues plutôt que les centres villes. Il préfère les petites bourgades aux fermes et aux exploitations agricoles. Ce qui domine dans le nord et l’est, c’est la fin de la puissance industrielle. Les mines ont fermé et il ne reste plus que les terrils. Les hauts fourneaux ont fermé et les grandes carcasses des usines sont vides. Dans le midi, les perspectives économiques ne sont pas plus réjouissantes. Les paysages filmés par Gheerbrant ont un aspect désolés, presque désertiques. Et lorsqu’il entre dans les intérieurs des maisons, on est frappé, non par la pauvreté à proprement parlé, mais en tous cas par l’absence de luxe. Gheerbrant ne visite pas la bourgeoisie aisée, ni même la classe moyenne. Ses personnages de prédilection, ce sont les ouvriers et les enfants d’ouvriers.

            Gheerbrant n’a pas son pareil pour entrer en contact avec les gens. Du moins, il donne toujours l’impression qu’il lui suffit de poser une question pour que tous ces inconnus se mettent spontanément à parler d’eux et lui ouvrent leur maison et leur cœur. Spontanéité trompeuse bien sûr. Mais peu importe le travail d’approche qui a précédé. Le cinéma de Gheerbrantest un cinéma de contact direct, un cinéma de l’immédiateté. Et c’est pour cela qu’il est si attachant.

            Les interlocuteurs de Gheerbrant abordent le plus souvent leur situation professionnelle, une vie en usine qui laisse des traces, des études, courtes, qui ne mènent pas à grand-chose. Mais il les oriente aussi vers leur vie personnelle, leur naissance, leur enfance. Beaucoup parlent de leurs parents et mêmes de leurs grands-parents. La vie de famille a aussi une grande importance. Même pour ceux qui n’en ont pas eu. Un des moments forts du film nous montre en détail un accouchement. Le personnage central n’en est pas la futur maman, ni le bébé que l’on pose sur son ventre, mais la sage-femme qui effectue ce geste, elle-même élevée par d’autres sages-femmes dans la maison familiale où sa mère, « fille-mère », l’avait placé.

            La dernière séquence du film est consacrée à un couple d’ouvrier. La femme est devenue déléguée syndicale, ce qui lui permet, enfin, de pouvoir exprimer tout ce qu’elle pense dans l’usine. Une profession de foi de la part du cinéaste. Donner  à ceux qu’il rencontre la possibilité de s’exprimer en totale franchise et en toute liberté est bien ce pour quoi il fait du cinéma.

V COMME VIOL

Sans frapper, Alexe Poukine, Belgique, 2019,

Un titre mystérieux, presque obscure, en tout cas polysémique. Un titre qui pose question donc. Qui fait se poser des questions.

Sans frapper, doit-on entendre « entrez sans frapper », sans s’annoncer, sans précaution, en toute liberté, comme si on était chez soi ?

Ou bien

Une intrusion, une effraction, un envahissement…

Ou bien

Sans violence

Le film d’Alexe Poukine repose sur une construction complexe. Plusieurs strates narratives qui se superposent, s’entremêlent aussi parfois, sans jamais se confondre pourtant, qui se répondent en écho. Un film polyphonique.

Un récit d’abord, qui se développe tout au long du film. Le récit d’un viol. Un récit écrit, sans fard, avec ses mots crus. Un récit précis, direct, écrit à la première personne, inévitablement  chargé d’émotions bien sûr , de violence aussi, plus ou moins ouverte, mais toujours présente.

Ce récit est dit, verbalisé, interprété par plusieurs femmes qui se succèdent dans la continuité du film. Certaines reviennent à l’image après un temps plus ou moins long, pour reprendre le fil du récit, ajouter des détails ou préciser les suites, les conséquences de l’événement initial.

Ces femmes sont-elles des actrices ? Reprennent-elles à leur compte le vécu qui nous est narré ? L’ont-elles elles-mêmes vécu ? Sont-elles des porte-paroles ? De qui ? Des femmes victimes de violence certainement. Des femmes qui ont souffert de la violence des hommes, d’un homme. Des femmes qui ont été détruites dans leur sexualité par un homme.

Ce récit est oralisé, raconté et non lu, par toutes ces femmes, d’un même ton, presque neutre, évitant tout pathos excessif, récité sans hésitation, du moins dès que le fil en est lancé. Mais il faut s’assure que le récit sera dit sans défaillir, ce qui est particulièrement difficile. Au début du film, dans la première prise de parole, celle qui va lancer le récit va s’y reprendre à deux fois, s’arrêter  au bout de trois mots, les reprendre après une respiration.

Qui pourrait rester insensible à un tel récit. Pas les femmes qui nous le présentent. Pourrait-elle en rester au simple rôle de comédiennes, ce qu’elles ne sont peut-être pas. Très vite elles vont intervenir dans le récit. S’impliquer par rapport à ce qu’il contient. Pas vraiment en le commentant. Plutôt en formulant les affects qu’il suscite.

Ce que nous dit le film c’est donc que toutes les femmes sont concernées par l’existence du viol, de la violence sexuelle, de toute forme de violence faite aux femmes. Et le cinéma est un outil non négligeable pour la dénoncer.

K COMME KURDISTAN SYRIEN.

Filles du feu, Stéphane Breton (2018, 80 minutes)

Un film qui se situe au cœur d’un conflit – la lutte de jeunes filles contre l’Etat islamique au Kurdistan syrien.

Un film qui est surtout une condamnation globale de toute guerre  – et cela sans montrer un seul combat, un seul acte concret de guerre.

Stéphane Breton filme les combattants d’un camp, le sien, le nôtre. En l’occurrence il s’agit de combattantes, ce qui déjà est une façon d’échapper aux lieux communs. Il s’agit de ces femmes jeunes qui affirment leur identité de femmes kurdes en portant une arme et un uniforme de guerre, prenant en charge une partie importante de l’identité de leur communauté. Nous les avions déjà rencontrées dans Gulistan, land of roses de  Zayne Akyol, (Canada, Allemagne, 2016, 86 minutes), un film qui peut être compris comme un cri d’espoir pour un monde sans guerre.

Breton filme ces combattantes le plus souvent de dos. Nous les suivons dans leurs déplacements, à pied, au milieu de ruines, de gravats, accompagnées dans une longue séquence par des chiens dont le concert d’aboiement est vite assourdissant. Où vont-elles ? Nous ne le saurons pas. Peu importe. Ce qui nous est montré, ce ne sont pas les combats. Plutôt leurs effets. La destruction, les carcasses d’immeubles dont il ne reste que quelques pans de murs. Dans ce paysage désolé, il ne reste plus de traces de vie. La présence des combattantes n’en est que plus tragique.

A COMME ALEP

Pour Sama de Waad Al-Kateab et Edward Watts, Syrie, 2019, 95 minutes.

Sama est née pendant à la guerre, à Alep, ville où la révolution contre le régime de Bachar el-Assad a  connu ses heures de gloire avant d’être assiégée – un très long siège – et en grande partie détruite par l’armée du dictateur. Sama a passé la première année de sa vie à Alep, pendant la guerre, sous les bombes, au milieu de la souffrance des blessés et de la douleur de tous ceux qui ont perdu un des leurs. Sera-t-elle à jamais marquée par ces images d’horreur ?

La mère de Sama, Waad, est journaliste. Elle devient cinéaste pour rendre compte de cette guerre, de cette horreur. Elle ne quitte jamais sa caméra et filme quasi en continu, depuis les débuts de la révolution syrienne, jusqu’à sa répression, grandissant sans cesse, allant jusqu’à la destruction de la ville. Des images qu’elle envoie le plus souvent possible à l’étranger, pour alerter, pour crier au secours aussi, demander de l’aide, briser l’indifférence générale. Son film en sera le condensé, la quintessence.

Le père de Sama, Hamza, est médecin, Il travaille dans un hôpital. Lorsque les lieux de secours aux blessés seront détruits par les bombes, il créera son propre hôpital, où jour et nuit il essaiera de sauver des vies. Le film de sa femme suit ce travail, sans rien en négliger, sans minimiser l’horreur de cette guerre, la mort omniprésente.

Pour que son film ne soit pas un simple reportage de type télévisé, Waad – avec l’aide de Edward Watts – va lui donner la forme d’une lettre, une lettre adressée à cette fille tant aimée, Sama, née dans cette guerre. Elle s’adresse à elle en voix off, pour dire l’horreur de la guerre et sa douleur, mais aussi pour proclamer haut et fort la nécessité de la résistance, la beauté de la lutte pour la liberté et son espoir d’une vie heureuse dans un pays sans dictature. Une vie qui devrait être celle de sa fille.

Aux images tournées dans l’hôpital de Hamza – des images qui ne peuvent être que des images de sang et de mort – le film ajoute des images d’archives qui nous permettent de revoir le soulèvement de la jeunesse d’Alep, les manifestations du début de la révolution. Des images d’espoir même si très vite la répression se met en place.

Il y a aussi des images de bonheur, comme celles du mariage de Waad et Hamza ou de la naissance de Sama. Mais ce qui domine ce sont des images qui peuvent être parfaitement insoutenables, comme cette longue séquence où arrive à l’hôpital une femme blessée. Elle est enceinte de 9 mois. Il faut pratiquer une césarienne pour tenter de sauver l’enfant. Mis au monde, il ne respire pas. Alors le médecin le frotte, le secoue, le frotte encore et encore, sans arrêt, sans renoncer une seconde. Longtemps, très longtemps. Et le miracle se produit. L’enfant ouvre les yeux et pousse son premier cri. La mère aussi sera sauvée. Ce dénouement heureux condense toute la force du film. Et comment il faut être confronté à l’horreur pour pouvoir donner vie à l’espoir d’un autre monde.

Parmi les films de guerre, et en particulier, ceux tournés en Syrie, Pour Sama est sans doute un des plus durs, celui qui secouera le plus les spectateurs. Mais c’est aussi qui affirme le plus la nécessité du cinéma documentaire. Au-delà de l’hommage qu’il rend aux combattants de la révolution et aux médecins et secouristes qui affrontent quotidiennement la souffrance et la mort, c’est aussi un hommage aux cinéastes, ceux qui risquent leur vie pour filmer la guerre, sous les bombes. Grâce aux images de Waad, Alep détruite restera quand même vivante.

Ce film a obtenu l’œil d’or au festival de Cannes 2019.    

A COMME AUTISME – Folie

Quelle folie, Diego Governatori, 2018, 87 minutes.

Quelle folie, tout simplement. Sans ponctuation. Sans point, d’exclamation ou d’interrogation. Un titre sec, qui pourrait se comprendre comme étant simplement descriptif.

Quelle folie ? demanderait qui est fou, et partirait à la recherche de ses manifestations, de ses traces. Chez les autiste par exemple, ou dans la foule passablement éméchée poursuivit pat des taureaux.

Quelle folie ! Pas vraiment admiratif. Plutôt désabusé. Chacun étant renvoyé à la part de déraison en soi.

La folie ne serait donc pas là où l’on croit. Pas chez les autiste en tout cas.

Filmer un autiste est particulièrement risqué. Ici à l’évidence, la présence de la caméra – et du micro, que l’on voit au moins une fois dans un plan – délie la parole, ouvre ce flot de mots, de phrases, qui semble ne pas devoir s’arrêter. Qu’en retenir ? Une définition de l’autisme ? Le personnage –Aurélien, mais son nom n’est jamais prononcé – se déclare autiste, se revendique autiste. Il parle de lui, avec sincérité. Du moins, il ne se pose pas en comédien. Bien que dans la rue, le fait d’être filmé, d’être suivi – poursuivit  – par une caméra, peut le faire passer pour une célébrité (comme deux jeunes filles admiratives le lui disent). Mais l’autisme – le vécu d’Aurélien – est bien difficile à cerner, à faire entrer dans une phrase. Alors, au fil du film, il y a des mots qui surgissent, qui reviennent parfois, sans insistance explicite, mais qui s’imposent.

Le mot différence, en premier lieu. Cette différence qu’Aurélien affirme, revendique. Et puis, solitude, souffrance, handicap, « aberration absolue ». La violence été l’exclusion du monde des hommes.

L’autiste est « un humain qui n’est pas un être humain ».

Des formules, des citations. Lacan (« les autistes se comprennent eux-mêmes »), Nietzsche (« la folie est chose rare chez les individus, mais chez les groupes, les partis, les peuples, l’époque, c’est la règle »). Et Flaubert comme exemple type de cette difficulté de s’exprimer, de communiquer, de rencontrer les autres.

Pourtant, Aurélien dialogue avec le cinéaste. Il répond à ses questions. Il reprend ses propositions. Ou les contourne. Il partage quelque chose avec lui. La différence d’avec les autres ? Le projet du film en tout cas, vécue comme une sorte de thérapie sauvage, peut-être. Un film qui ne peut lui qu’affirmer sa différence, son originalité, au risque d’être marginalisé, laissé sur la touche, ne pas dépasser le succès d’estime critique ou l’enthousiasme éphémère des festivals.

Le film pourtant ne se contente pas de filmer la parole d’Aurélien. Il offre un véritable travail sur les images. Les lieux où la parole d’Aurélien est recueillie, le sol, aride, nu, dans la première partie du film surtout. Et puis les éoliennes, et les ombres mouvantes des grandes pâles. Mais c’est surtout dans le filmage de la « San Fermin » à Pampelune, que la virtuosité du cinéaste est le plus sensible.

Pampelune et ses taureaux. Cette foule, compacte mais aussi très mouvante, où la chemise noire d’Aurélien contraste fortement avec la tenue « officielle », blanche avec un foulard et une ceinture rouge. Il fait chaud. Le vin, le coca, la bière, coulent à flot. Et l’on en vient à s’asperger avec tous les liquides disponibles. Une fille montre ses seins avec un grand sourire. Un vacarme assourdissant, qu’Aurélien tente de fuir lorsqu’il lui devient insupportable. Alors le cinéaste filme les façades des bâtiments. Des contre-plongées verticales où la portion de ciel qui reste visible est particulièrement réduite. Il n’est pas possible, pour Aurélien, de briser le mur qui le sépare des autres.

« Il faut que je me calme » répète plusieurs fois Aurélien. Est-ce possible à Pampelune, lors de la San Fermin, où il le jeu consiste à éviter les cornes du taureau (tous ne réussissent pas) ou à se montrer plus fort que lui en l’immobilisant quelques secondes.

Oui, la folie existe.

E COMME ECOLE- Filmographie

Une sélection de film traitant du système scolaire, de la maternelle jusqu’au collège et au lycée. Plus que les méthodes pédagogiques, c’est la vie des élèves qui intéresse le plus les cinéastes. Les classes spéciales ne sont pas oubliées, celle où on apprend le français quand on vient d’arriver dans le pays ; celles aussi où on essaie de « raccrocher » ceux que l’école n’intéresse plus ou ne les a jamais intéresser. Tous se posent la question de leur avenir. L’école peut-elle contribuer à les faire entrer dans un monde où il fait bon vivre? Où le bonheur ne sera plus un vain mot. L’école permet-elle encore aux enfants de rêver?

Ce n’est qu’un début, Jean-Pierre Pozzi et Pierre  Barougier, 2010, 95’.

La philosophie à l’école maternelle. Une fois par semaine, avec un rituel bien établi, des débats où les enfants prennent la parole à tour de rôle.

La Chasse au Snark, François-Xavier Drouet, 2013, 100’.

En Belgique, un établissement privé qui accueille des adolescents en rupture avec le système scolaire.

La Chine est encore loin, Malek Bensmaïl, Algérie, 2008.

La vie d’une école de campagne, quelque part dans les Aurès, pendant une année scolaire.

Comment j’ai appris à détester les maths, Didier Peyron, 2013, 105’.

L’enseignement des mathématiques pourrait faire que tout le monde les comprenne et réussisse suffisamment por ne plus être discriminé dans le système scolaire.

La Cour de Babel, Julie Bertuccelli, 2014, 88’.

Une année dans une classe d’accueil pour primo-arrivants dans un collège parisien. La nécessité de l’apprentissage de la langue.

Demain l’école, les innovations dans le monde, Castaignède Frédéric, 2018, 52′

De Singapour à la Finlande, de la France aux Etats-Unis, quels sont les systèmes les plus performants ? Les nouvelles technologies sont-elles indispensables ou nuisent-elles à l’apprentissage ? Une autre école est-elle possible ?

Dis maitresse, Jean-Paul Julliand, 2015, 65’.

La première année de scolarité des enfants avant trois ans. La découverte du monde scolaire donc. Les principales activités qui sont proposées, tout ce qui vise un développement sensoriel, moteur, intellectuel, avec en filigrane permanent la dimension sociale de cette vie collective si différente de la vie familiale.

Ecchymoses, Fleur Albert, 2008, 101’.

L’activité au jour le jour, d’une infirmière de collège dans le Jura. Une écoute, attentive et patiente, chaleureuse et compréhensive. Une première aide pour éviter le pire.

Enfants valises, Xavier de Lauzane, 2013, 86’.

         Une année dans une classe d’accueil pour adolescents arrivés en France depuis peu et pour qui il est indispensable d’apprendre le français.   

Être et avoir, Nicolas Philibert, 2002, 104’.

Une année dans une classe unique (de la maternelle au CM2) en Auvergne. Des enfants de 4 à 11 ans. Du premier apprentissage de la lecture à la préparation de l’entrée en sixième. Un maître omniprésent, son amour de son métier et des enfants.

Examen d’Etat, Dieudo Hamani, 2014.

La fin de la scolarité en Afrique . Etre reçu à l’examin àn tout prix. Et pour cela, tous les moyens sont bons.

Les graines libres, éducation en transition,  MélodieTribourdaux , 2018, 60’.

Une éducation bienveillante, où l’apprentissage devient vie. En référence à Maria Montessori

Grands comme le monde, Denis Gheerbrant, 1998, 91’.

Un collège à Gennevilliers, le quotidien de l’établissement et une classe de cinquième suivie pendant un an. Dans leur dialogue avec le cinéaste ces pré-adolescents évoques leur scolarité, mais aussi leurs conditions de vie, leur perception de l’adolescence, la question de la religion et de la violence.

Je dis donc je suis, Marie Bonhommet, 2018, 63′.

La classe d’une professeure de français à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, prépare un concours d’éloquence. Il s’agit avant tout d’apprendre à penser librement, à argumenter, à avoir confiance en soi.

A kind of magic, Neasa Ni Chiain et David Rane, Irlande, 2017, 99’.

En Irlande, l’internat de Headfort, la dernière année d’exercice de Jon et Amanda Leyden, qui depuis plus de 40 ans, apprennent aux enfants à aimer l’école

Les lucioles, Bérangère Jannelle, 2017, 57’.

         La préparation d’une action poétique dans un centre commercial d’une ville de province. Mais nous suivons aussi les temps d’apprentissage et d’expression dans des débats particulièrement vivants.

Récréations, Claire Simon, 1993, 54’.

La cour de récréation d’une école maternelle, où les petits sont filmés en dehors de toute relation aux adultes. Leurs jeux, leur parole et leurs relations souvent marquées par la violence.

Les Semences de notre cour, Fernanda Heinz Figueiredo, Brésil, 2012, 115’.

Une école maternelle à Sao Paulo. Un film à hauteur des enfants, qui sont ici respectés dans leur personnalité, ce qui leur permet de grandir de façon harmonieuse, fondement de la pédagogie développée par la fondatrice de l’école.

Sur le chemin de l’école, Pascal Plisson, 2013, 75’.

Le film se centre sur le parcours des écoliers pour aller en classe. Au Kenya, en Patagonie, au Maroc, en Inde. Les trajets, effectués à pied,  peuvent être longs et dangereux. Souvent des leçons de courage et de persévérance. Ici, l’école est sans doute le seul moyen d’échapper à la misère.

Un parmi les autres, Pierre de Nicola, 2012, 78’.

Défense et illustration du métier de rééducateur œuvrant au sein de l’école pour conduire sur le chemin des apprentissages des enfants qui n’en voient ni la nécessité ni la possibilité.

Vie scolaire, Schaeffer Clélia, 2018, 52’.

Dans le bureau de la CPE (Conseillère Principale d’Education) il est question d’absences, d’orientation et de laïcité. De colères et d’injustices, de mensonges, de bagarres, de doutes et d’aspirations…Des questions d’adolescence.