A COMME ABECEDAIRE – Claus Drexel

Arizona

America

Bois de Boulogne

Au cœur du bois

Etats-Unis

America

Exclusion

Au bord du monde

LGBT+

Au cœur du bois

Paris

Au cœur du bois

Au bord du monde

Pauvreté

Au bord du monde

Prostitution

Au cœur du bois

Route 66

America

Ruralité

America

SDF

Au bord du monde

Solitude

Au bord du monde

Transsexualité

Au cœur du bois

Travestis

Au cœur du bois

B COMME BOIS – Boulogne

Au cœur du bois. Claus Drexel, 2020, 90 minutes.

Le bois du titre, c’est le bois de Boulogne, à l’opposé exact, à tous les sens, de celui de Vincennes vu par Claire Simon. Ici aussi il y a bien de nombreux plans sur les arbres, les feuillages, le lac et ses cygnes, en toutes saisons. Mais dans la majorité du film de Claus Drexel, le ciel est plutôt sombre, chargé de gros nuages qui donneront inévitablement de la pluie et même de la neige. Il est vrai que le film est surtout tourné la nuit.

Le bois de Boulogne, la nuit, c’est le royaume de la prostitution. Une prostitution qui a beaucoup changé depuis une bonne dizaine d’années. On y rencontre encore les prostituées à l’ancienne, mais elles sont de plus en plus remplacées par les travestis et les transsexuels. Sans doute une marque de notre époque.

Au cœur du bois est donc un film sur la prostitution, fait de rencontres et d’entretiens avec celles et ceux qui s’adonnent au « plus vieux métier du monde ». Un cliché qui n’est utilisé dans le film qu’une seule fois.

La prostitution est donc vécue ici d’abord comme un métier, un moyen de gagner sa vie – la gagner plus ou moins bien d’ailleurs. Beaucoup évoquent la dimension économique. Si dans le temps le métier permettait de gagner beaucoup d’argent, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Et les modifications de la législation, en particulier la pénalisation des clients, a beaucoup changé la donne. La concurrence avec les « clubs » de toutes sortes se fait lourdement sentir.

Les entretiens nous font pénétrer dans la vie des prostitué.e.s, qui répondent toujours sincèrement aux questions, qui les anticipent même souvent. Venant d’Espagne, du Portugal d’Italie et même du Brésil et du Pérou, leur transformation, et l’exclusion qu’elle déclenche est presque toujours le motif de leur migration. Trouver un autre métier est alors chose quasi impossible, surtout avec les problèmes liés à l’acquisition du français.

Le plus souvent Drexel les filme assise face à la caméra dans un décor de sous-bois, mais aussi dans l’habitacle de leur fourgonnette transformé en lieu de travail. La parole est toujours très spontanée. Visiblement, le regard du cinéaste est plutôt du côté de la sympathie. Sans jugement surtout.

Le film n’a pas la prétention d’être une enquête sociologique. Il se contente de présenter des portraits, des extraits de vie. Des vies qui ne sont pas toujours des réussites, mais personne ne se plaint, et personne ne dit regretter le choix qui les qui l’a conduit là. D’ailleurs la fin du film, avec un arrière-plan ensoleillé printanier, rayonne d’optimisme. Si le film s’ouvrait sur un chant portugais à tonalité grave, ici s’est « Non je ne regrette rien » chantée avec le sourire.

Fipadoc 2021

M COMME MELILLA

Frontière sud. Joseph Gordillo, France, 2020, 73 minutes.       ,

Il existe au nord du Maroc deux enclaves espagnoles, Ceuta et Melilla, deux petits morceaux d’Europe en terre africaine. Deux villes qui ne peuvent qu’attirer les jeunes marocains rêvant d’une vie meilleure en Europe et décidés de quitter leur famille, leur pays et une vie sans travail, sans avenir, sans espoir. Atteindre ces terres espagnoles est déjà des plus périlleux. Mais le plus dur reste à faire. S’embarquer à bord d’un camion qui franchira la mer et leur ouvrira la porte du bonheur. Du moins le croient-ils.

Les Escales documentaires de La Rochelle 2020 avaient projeté Vidas minores d’Alfredo Torrescalles, filmé à Ceuta et montrant ces jeunes marocains mineurs survivant tant bien que mal derrière les murs qui les enfermaient dans un bout d’Espagne mais qui leur interdisaient le passage sur le continent européen.

Au Fipadoc de Biarritz, c’est à Melilla que nous rencontrons ces jeunes marocains mus par le même désir de partir et mettant toute leur énergie à chercher le moyen d’y parvenir.

Tous font le « risky ». Pas vraiment un sport, tant les solutions envisagées -sous les roues des camions – sont dangereuses. Ils sont en plus exposés à la répression de la garde civile qui les traque sans relâche avec leurs chiens dressés à les débusquer dans la moindre cachette. Un jeu de cache-cache dont ils sont le plus souvent perdants.

Joseph Gordillo dans Frontière sud filme longuement les hautes barrières qui entourent Melilla. Des vues impressionnantes. Malgré le soleil, la mer, le ciel bleu, ces jeunes Marocains sont bien en prison.

Séquence tout aussi frappante – et visuellement remarquable – toutes ces femmes qui portent sur le dos ou poussent devant elles, de gros ballot de marchandise (le film ne dit pas de quoi il s’agit exactement) qui échappe, parce qu’elles sont portées à pied, à la taxe marocaine. Un labeur quotidien particulièrement mal payé.

Si les jeunes marocains sont livrés à eux-mêmes à Melilla, il y a quand même un peu d’entraide dans la ville. Des distributions de nourriture ont lieu. Et surtout, le film montre une femme qui soigne sur la plage les plaies dues au risky – ou aux matraques de la police. Une solidarité qui tranche par rapport à l’indifférence générale qui règne par ailleurs dans la ville.

Fipadoc 2021

Vidas minores

F COMME FAMILLE – Iran.

Radiographie d’une famille. Firouzeh KHOSROVANI, Norvège-Suisse-Iran, 2020, 82 minutes.

Une famille iranienne, avant et après la révolution islamique. En fait un couple, un homme et une femme qui se marient jeunes parce qu’amoureux. Un couple et un enfant. Une fille, Firouzeh, qui devenue adulte raconte l’histoire de ses parents. Une histoire qui est aussi une vision très précise de l’Iran et de ses évolutions tout au long de leur vie. Une histoire centrée sur la place et le rôle de la religion dans la vie d’un couple iranien.

Cette histoire, Firouzeh, la raconte en suivant l’ordre chronologique, depuis la rencontre et le mariage du couple (célébré en Iran sans la présence du marié qui poursuit ses études à Genève) jusqu’à la disparition de ce dernier. Elle relate dans le détail les différentes étapes de leur vie : le séjour à Genève, le retour en Iran, la naissance de leur fille, la révolution islamique, les pratiques religieuses de la mère, la distance de plus en plus grande qui s’introduit dans le couple.

Pour son récit, la cinéaste s’appuie sur des archives, essentiellement familiale, des photos, des vidéos, des enregistrement sonores. On a l’impression que la vie de ses parents était systématiquement et constamment enregistrée. Et puis elle filme leur maison de Téhéran. Une maison que visiblement elle adore – ou du moins qu’elle a adorée. Car le plan récurrent du grand salon donnant sur la chambre parentale qui jalonne le film, permet d’appréhender visuellement ce que dit la voix off de la cinéaste, les transformations d’une vie suivant les transformations du pays.

Les membres du couple parental vont s’éloigner de plus en plus l’un de l’autre. Et l’enfant Firouzeh, à mesure qu’elle grandit, ne peut que constater que leur amour initial disparaît peu à peu, mais de façon inexorable. La mère devient, même avant la révolution, une fervente pratiquante de l’Islam. Le père lui ne semble pas croyant. Il a connu la vie européenne et il éprouve sans doute un grand regret d’avoir quitté Genève, ses amis étudiant et ses collègues médecins. La cinéaste semble ne pas prendre parti explicitement pour l’un ou l’autre. Mais la tonalité de son récit indique assez clairement qu’elle ne suit pas sa mère dans son engagement religieux. Un engagement qui la conduira en particulier à déchirer toutes les photos d’elle où elle n’est pas voilée. Que sa fille tente dans le film de les reconstituer où de suppléer les parties manquantes par du dessin est alors significatif de son état d’esprit.

Les archives familiales laissent alors de plus en plus la place aux images de la révolution et du rôle des femmes, en particulier pendant la guerre Iran-Irak. La-aussi, la cinéaste ne prend pas position ouvertement, mais le film, vu en occident, ne peut qu’avoir une tonalité critique.

Un film qui commence par une belle histoire d’amour, mais dont le romantisme et la poésie ne pèse pas bien lourd devant les soubresauts de la grande Histoire.

Fipadoc 2021

E COMME ENTRETIEN – Cathie Dambel

Pouvez-vous nous présenter les grandes étapes de votre carrière professionnelle.

Je suis venue au cinéma en réponse à une nécessité vitale : donner vie et place aux images manquantes à la fois  sur le plan personnel  et  sur le plan  collectif  aux zones d’invisibilité sociale.

Je viens d’un milieu  oú on ne se projette pas dans le  monde du cinéma.

 J’ai eu la chance –alors que je travaillais la journée  comme institutrice- de pouvoir suivre les cours du soir de L’E.S.A.V  en formation continue à Toulouse, le cinéma s’est rapproché. J’ai rapidement trouvé du travail à l’issue de ces études ou j’ai pu apprivoiser toutes  les techniques.

Vous êtes aussi monteuse. Quelle importance a pour vous ce travail ? A-t-il des répercutions sur vos propres réalisations ?

Les deux activités sont intrinsèquement liées ; j’aime faire naître les films.

Je  monte les films des autres mais je travaille avec un monteur/monteuse pour mes propres  films. La dialectique est très importante. J’ai sans doute développé  au cours des montages une capacité à imaginer la matière nécessaire au film et à l’organiser, aujourd’hui, je vais très vite à l’essentiel.

Votre filmographie semble dominée par des thématiques comme la famille, la parentalité, avec une coloration assez psychologique…

Je placerai plutôt au centre de mes films la question des fêlures  générées par l’histoire familiale ou collective.  Comment l’individu va faire avec ça, ce qu’il  inventera à partir de ça ; c’est cette parole que je cherche à faire émerger et qui me bouleverse. Je filme des évènements de parole !

 Quelle a été la genèse de votre dernier film Naître d’une autre. Avez-vous rencontré des difficultés particulières – par ex dans la production – pour traiter de la GPA, qui soulève souvent des contestations.

Je  me suis intéressée à cette situation limite et  périlleuse, une femme dont  le corps est «  colonisé » pendant neuf mois  qui porte un enfant pour une autre. Qu’est ce qui l’anime ? Le risque de la fêlure est là. Quelle société permet cela ? La production a été longue à monter car le sujet dérangeait beaucoup.

Il y a beaucoup de  confusion sur la question.  Je ne fais pas un film pro G.P.A, le film explore la limite et montre que- à certaines conditions très précises –  notamment la reconnaissance de la mère  qui porte et de son acte, c’est peut-être possible.

La relation avec l’équipe du CHU s’est construite dans le temps ; le film leur tend un miroir sur leur pratique et leur permet de la ré-fléchir .

La première projection du film a eu lieu au FIFF de Namur le 4 octobre dernier, j’étais touchée de sentir un public captif capable de s’ouvrir à une réflexion tout à fait nouvelle et déstabilisante qui bouleverse tous les repères

Quels sont vos projets cinématographiques ? Sur quoi travaillez-vous actuellement.

Je dois terminer un film Les sept vies d’Eugénia, le portrait d’une femme sculpteur née en Argentine qu’elle a du fuir pour se reconstruire en taillant des blocs de marbre. Encore un film sur l’identité et l’intégrité menacées. J’ai eu une bourse Brouillon d’un rêve de la Scam avec lequel j’ai finalement tourné  tout le film en autoproduction,  mais l’autoproduction a ses limites,  il manque l’altérité.

Et puis après ?  Je laisserai  venir, Les films viennent à moi. A un moment la nécessité est là et  c’est un sentiment assez puissant  pour venir à bout de tous les obstacles.  

J COMME JAPON – ancestral / actuel

Akeji, le souffle de la montagne. Mélanie Schaan, Corentin Leconte, France, 2020 72 minutes.

Son of Fukushima. Beth Murphy, Beth Balawick, France-USA, 2020, 55 minutes.

Deux films tournés au Japon, sur le Japon. Un contraste pratiquement absolu. Le Japon ancestral / le Japon d’aujourd’hui.

Deux films français (celui sur Fukushima est une co-production franco-américaine) ; deux regards sur le Japon qui nous interrogent.

Le Japon d’aujourd’hui, c’est celui de la catastrophe nucléaire de Fukushima et de ses suites. La contamination des terres et des habitations, a contraint la population à évacuer la région. Une région où il n’est plus possible de vivre.

Le Japon traditionnel, c’est celui de Akeji, un peintre qui a quitté la société avec sa femme pour vivre dans la montagne, au milieu des arbres. Une vie de méditation et de création.

D’un côté donc une nature intacte, vivante, accueillante malgré les orages et la neige. Une nature pleine de ressources. Des ressources qui semblent inépuisables.

De l’autre côté, une terre qui est devenu dangereuse, et qui le reste malgré la décontamination. Des équipes spécialisées remplissent de grands sacs plastiques avec cette terre. Et comme on ne sait pas quoi faire de ces sacs, on les entasse aux quatre coins de la campagne, transformant un paysage de plus en plus inhospitalier.

Ces deux films sont-ils vraiment réalisés dans le même pays.  On en vient presque à en douter.

L’un nous plonge dans la sérénité, le recueillement, la méditation.

L’autre est fait d’inquiétude, d’angoisse même. D’incertitude quant à la possibilité de revenir vivre chez soi.

Le Japon terre de contraste. Mais en même temps, une réflexion sur le sens de la vie.

Comment protéger la nature, alors que l’industrie humaine ne peut que la détruire. Faut-il renoncer au progrès ? En fait Akeji n’a pas totalement coupé les ponts avec la société. Il reçoit sa famille, neveux et petits neveux ; il conduit sa femme à l’hôpital lorsqu’elle en a besoin. A Fukushima aussi on se réunit en famille. Mais le moment n’est vraiment plus à la contemplation de la nature.

De quoi demain sera-t-il fait. Ces deux films n’en disent rien. Ils se limitent à nous interroger sur le présent.

Fipadoc 2021

O COMME OBSESSION

L’homme qui cherchait son fils. Delphine Deloget, Stéphane Correa, 2020, 76 minutes.

Le film d’une obsession. Une obsession infinie, dévorante, folle. Une obsession omniprésente dans la vie de Wu, cet ouvrier chinois dont le fils a été enlevé lorsqu’il avait 10 mois. Il y a 10 ans de cela. Depuis Wu n’a de cesse de partir à la recherche de ce fils perdu, dont il n’a à l’évidence pas fait le deuil.

Un film portrait. Le portrait très intime de cet homme, ce père, rongé par son obsession. Une obsession qui le conduit inexorablement à sa perte.

Lorsque le film commence, Wu consulte un enquêteur qui exécute un portrait de cet enfant de 10 ans dont personne ne sait ce qu’il est devenu, en s’appuyant sur une supposée ressemblance avec son père. Le ton est donné : ce bébé disparu est devenu un enfant fantasmé, presque imaginaire. Et cela donne inévitablement une dimension fictionnelle au film. Que sait-on de Wu ? Il est marié et a un deuxième fils qui d’ailleurs pose pas mal de problèmes d’éducation, surtout à sa mère. Le père lui est souvent absent, pour cause de recherche de son premier fils.

Comment subvient-il à ses besoins matériels ? Au début du film il travail sur un chantier. Mais depuis six mois il n’a touché aucun salaire. Il envisage alors une action contre le patron, déployant une banderole à l’entrée du chantier réclamant son argent. Tout cela donne une dimension sociale au film. En Chine, les ouvriers n’ont bien peu de protection contre les abus patronaux.

Mais cette piste est rapidement abandonnée. Wu part sur les routes avec son vélo aménagé en une sorte de remorque où il peut dormir. Il affiche là où il peut des photos de son fils disparu. Puis il se rend à la sortie des écoles, interroge les élèves. Il a revêtu une combinaison de Spiderman. Il ne passe pas inaperçu.

Les cinéastes filment Wu au plus près, des gros plans de son visage, notamment dans un col, en hiver, il peine de plus en plus à pousser son vélo. On lit la souffrance sur son visage, la désillusion aussi. Mais surtout le désespoir. Lancé dans cette quête sans fin, se rend-il compte de l’absurdité de son entreprise ? Une recherche désespérée à laquelle il ne sait pas mettre fin, malgré les supplications de sa femme. Cette recherche est visiblement devenue pour lui une façon de fuir la vie, de fuir ses responsabilités familiales, de fruit les conflits de travail. S’il croise sur son chemin quelques amis, il ne quitte pas pour autant la solitude.

Se déroulant en Chine, le film pourrait avoir un petit côté exotique. Il n’en est rien. La souffrance de Wu de la perte de son enfant a plutôt une dimension universelle.

Fipadoc Biarritz, 2021.

A COMME ABECEDAIRE – Cathie Dambel

Elle est aussi monteuse, en particulier pour des film de Robin Hunzinger ou Sylvie Deleule.

Abandon

À une lettre près

Adoption

Gaspard de la nuit

À une lettre près

Afrique

Gaspard de la nuit

Belgique

Naître d’une autre

Cinéma

Issue de secours

Congo-Brazzaville

Gaspard de la nuit

Couple

Naître d’une autre

Désir d’enfant

Naître d’une autre

Enfant

Gaspard de la nuit

Famille

Naître d’une autre

Gaspard de la nuit

À une lettre près

Femme

Rosière

Fiction

Issue de secours

Gynécologie

Naître d’une autre

GPA

Naître d’une autre

Jean Eustache

Rosière

Loi

Naître d’une autre

Métissage

Gaspard de la nuit

Paternité

Gaspard de la nuit

PMA

Naître d’une autre

Prison

Issue de secours

Rituel

Rosière

Vertu

Rosière

D COMME DÉSIR D’ENFANT

Naître d’une autre. Cathie Dambel, Belgique – France, 2020

Gravir une dune de sable aussi haute que celle du Pyla est toute une aventure. A chaque pas, on risque de glisser dans le sable et de se retrouver quelques mètres plus bas. Une ascension pleine de risques, qu’il faut pratiquer avec persévérance. Une bonne image de ce qui attend les couples qui ne peuvent avoir d’enfant et qui ont décidé de se tourner – en dernier recourt et en désespoir de cause le plus souvent – vers la solution de la GPA.

La GPA (Gestation pour autrui) est interdite en France mais autorisée en Belgique, sous certaines conditions cependant. L’enfant ne sera confié à ses nouveaux parents qu’au terme d’un long processus d’adoption. Une disposition qui n’existe pas au Québec. Mais se rendre au Canada est souvent impossible financièrement pour les couples français. Ils vont donc se rendre en Belgique, pour se lancer dans une aventure qui ne sera pas toujours couronnée de succès. Mais pour ceux qui arrivent à surmonter tous les obstacles – ils ne sont en définitive au moment de la réalisation du film qu’une poignée, pas tout à fait la trentaine – le jeu en vaut bien la chandelle.

Le film de Cathie Dambel aborde le sujet avec beaucoup de retenue. Le film ne tombe jamais dans la polémique ou les argumentations à l’emporte-pièce. Si nous sentons bien que la cinéaste est au fond favorable à cette pratique controversée – elle ne donne pas la parole aux opposants – elle ne fait pas un film militant cherchant à convaincre. Elle cherche plutôt à comprendre la souffrance de ces femmes qui ne peuvent pas enfanter et d’examiner rigoureusement les solutions qui s’offrent à elles.

Cette hauteur de vue est possible grâce à la centration d’une grande partie du film sur le service de gynécologie du CHU Saint Pierre de Bruxelles qui reçoit les couples qui en font la demande et les accompagne – et les soutient – tout au long du processus. Nous assistons aux réunions de concertation de l’équipe, qui débat des cas qui leur sont soumis. C’est la gynécologue, chef de service qui expose la situation, de faon précise et donc très technique. Elle s’adresse à des professionnels, et le vocabulaire scientifique est de rigueur. Mais ce n’est pas une raison pour le spectateur de décrocher. Car il y a toujours une grande humanité dans ces propos. Le film est une véritable plongée dans le désir d’enfant. Un désir sans doute prioritairement féminin mais dont nous voyons ici comment il peut tout aussi bien être partagé par des hommes.

Une séquence du film est consacrée à la PMA (Procréation Médicalement assistée). Mais il s’agit là d’une situation plus classique et qui suscite moins de débats passionnés. Le mérite de Naître d’une autre est bien d’aborder de front la question de la GPA et de montrer qu’une réflexion calme et sereine sur ce sujet est possible – et indispensable.

Le film se termine par un plan magnifique. Une jeune mère donne le biberon à son enfant – à qui elle n’a pas donné naissance et qui est pourtant bien le sien – en chantonnant une comptine. Toute la beauté de la maternité est dans ce plan.

FIPADOC 2021.

C COMME CONFINEMENT

Confinés dehors. Julien Goudichaud, 2020, 20 minutes.

Les Champs Elysées totalement vides. Comme les autres avenues de Paris. Comme tout Paris. Comme toute la France. Des images impressionnantes. Inoubliables. Le confinement – le premier confinement du pays – en mars 2020.

Les images du film de Julien Goudichaud resteront un souvenir – un mauvais souvenir – de cette période inédite. Comme ces applaudissements aux fenêtres, dont on sait qu’il signifie l’hommage – et les remerciements de la population aux soignants et à leur dévouement. Dans les rues, sous les fenêtres, des SDF, saluent sur un mode théâtral. Après tout, pourquoi n’auraient-ils pas droit, eux aussi, à être applaudis ?

Le confinement est de fait une période particulièrement difficile pour ceux qui vivent dans la rue et qui sont bien obligés d’y rester, jour et nuit. Ceux qui survivent en faisant la manche essaient bien d’arrêter les rares voitures qui circulent encore. Sans grand succès. Et les prostitués du bois de Boulogne gagnent tout juste de quoi payer chaque jour leur hôtel et une baguette de pain pour manger.

Dans ce Paris désert, Julien Goudichaud fait des rencontres et nous propose deux ou trois portraits de ces naufragés de la vie qui se sentent encore plus délaissés que dans des périodes dites normales. Au moins, dit la vieille dame rencontrée sur un banc devant l’Arc de Triomphe, il n’y a plus à supporter les regards en biais chargés de mépris. Et elle peut avoir le sentiment d’avoir pour elle toute seule la plus belle avenue du monde. La solitude est pourtant la même que celle ressentie au milieu d’une foule pressée, au mieux indifférente.

Cet autre SDF a un moyen bien à lui de suppléer au manque de passants. Il descend dans des bouches d’égout et récupère les pièces qui se sont égarées là. Comme pas mal de fourchettes et de couteaux sous une terrasse d’un restaurant. Nous le retrouvons dans son « chez lui », cet antre, ce trou qu’il s’est aménagé – avec la télé et tout un bric à brac de choses récupérées – dans cette cavité souterraine. Une rencontre surprenante.

 Confinés dehors est un film court, qui ne dépasse pas 20 minutes.Mais il nous dit beaucoup de choses. Sur la pandémie bien sûr. Mais surtout sur la vie de ceux qui voudraient bien être confinés à l’intérieur d’un vrai logement.

FIPADOC 2021

B COMME BANKSY – Énigme.

Banksy wanted. Aurelia Rouvier et Seamus Haley, 2020, 82 minutes.

Banksy, l’énigme Banksy. L’artiste contemporain le plus célèbre et le plus mal connu0 Totalement inconnu même. Car il a depuis des années et des années si bien préserver son anonymat que personne ne peut dire aujourd’hui le connaître. Sauf bien ceux qui sont de mèche avec lui. Ou qui font partie du collectif Banksy. A supposé du moins que Banksy soit un collectif. De toute façon toutes les hypothèses sont permises. Et personne ne s’en prive.

Les auteurs de ce film qui fait le point sur la carrière de Banksy et sur les tentatives de découverte de son identité – tentatives nombreuses, toutes plausibles, mais toujours démenties – n’en reprennent aucune à leur compte. Leur propos a une dimension plus historique, même s’il prend la forme, surtout dans sa deuxième partie, d’une enquête quasi policière en suivant les traces de ceux qui ont cru, au terme d’efforts soutenus, démasquer Banksy et mettre un nom sur la silhouette vêtue de noir qui met les pieds dans le plat de l’art contemporain.

L’incipit du film nous plonge directement dans le mystère et les interrogations. A-t-on affaire à une supercherie, un coup monté ou plutôt un coup de génie. un coup d’éclat de toute façon, qui sera relaté par tous les médias du monde – et pas seulement ceux dédiés au petit monde de l’art contemporain. Nous sommes chez Sotheby, la célèbre maison de vente aux enchères londonienne. Une salle bondée de gens riches et d’amateurs d’art. Le clou de la vente c’est un tableau de Banksy, La Petite fille au ballon, qui sera adjugé pour quelques 970 000 dollars. Mais, chose proprement inimaginable, dès le coup de marteau concluant la vente, le tableau s’auto-détruit, du moins en partie. Une mise ne scène particulièrement réussie.

La suite du film a le mérite de nous montrer un grand nombre d’œuvres signées Banksy. En les resituant toujours dans leur contexte. Et en insistant sur la signification sociale et politique que le choix de tel ou tel pan de mur pour recevoir les fameux pochoirs peut avoir. Les intervenants – critiques d’art, marchants ou collectionneurs surtout – insistent tous sur la portée des interventions de Banksy. Soutien aux Palestiniens en dénonçant le mur de séparation avec Israël ; dénonciation de la pollution dans les quartiers pauvres de l’Angleterre ; et ainsi de suite, jusqu’au pied de nez adressé à ceux qui ne voit dans l’art qu’un moyen de gagner de l’argent. Et Banksy serait plus connu que Picasso ou Warhol. Dans le monde entier – comme le montrent les nombreux extraits de journaux télévisés relayant chacune de ses apparitions. Un artiste qui a su toucher un très large public, le grand public – qui accourt pour voir les œuvres dont Banksy parsème les murs de New York – une par jour, sans que la police lancée à ses trousses par le maire de la ville réussisse ne serait-ce que l’apercevoir.

Malgré ceux qui, au terme d’enquêtes longues et minutieuses ont cru découvrir la véritable identité de Banksy – le chanteur de Massive Attack, Robert Del Naja par exemple – le mystère Banksy reste entier. Et c’est sans doute mieux comme cela. De toute façon, comme le film le dit en conclusion, si quelqu’un affirmait un jour être Banksy, personne ne le croirait.

FIPADOC 2021

L COMME LEJ

Cordes sensibles. Vincent Lebrun, 2020, 77 minutes.

LEJ, vous connaissez ? Si vous écoutez las radios « jeunes », certainement ! Des voix et un violoncelle, original. Un succès phénoménal, dans la chanson française de ces dernières années.

LEJ, trois filles dont l’initiale des prénoms compose le nom du groupe (Lucie, Elisa et Juliette).  Trois filles jeunes (pas plus de la vingtaine), belles (sachant se mettre en valeur), dynamiques, passionnées de musiques, joyeuses, battantes. Elles ont une formation classique et aiment la musique. Et surtout, surtout, elles sont amies. Depuis la crèche disent-elles. Des amies inséparables. Une amitié qui doit bien être un des facteurs de leur réussite.

Cordes sensibles est réalisé par le père de Lucie, ce qui doit garantir l’authenticité du propos. Le cinéaste a toutes les portes ouvertes pour filmer les filles, jusque dans leur intimité. Dans les coulisses des concerts, dans le bus de leurs tournées, dans la salle de répétition et de composition. Il côtoie sans problème les professionnels – producteurs et autres managers – qui entourent le groupe. Et bien sûr il les fait parler, recueillant leurs sensations, leurs émotions, leurs interrogations aussi.

Dès l’incipit le film prend la forme d’un clip – ou d’une succession de clips.  Un rythme de montage qui doit correspondre à celui de la musique du groupe. Et si l’on assiste à quelques séances d’enregistrement en studio, ce sont les moments de concerts – souvent des méga concerts – qui dominent, avec leurs plans survolant le public en transe. Un public jeune qui prend visiblement un grand plaisir au spectacle.

Le film retrace le parcours de LEJ, cette ascension rapide et triomphale, depuis les premiers petits concerts dans des bars jusqu’au sacre de la Victoire de la musique. Avec la mise en évidence du rôle prépondérant de la page Facebook et son nombre inimaginable de visites et de likes. LEJ est bien un groupe de son temps. Et d’ailleurs les chanteuses se plaisent à souligner qu’elles ne rejettent aucune influence, empruntant à tous les courants de notre époque, du rap au be-bop.

Cordes sensibles, un beau titre. Un film qui ravira les fans de LEJ.

FIPADOC 2021

P COMME POLICE – Surveillance.

Connu de nos services. Jean-Stéphane Bron. Suisse, 1997, 60 minutes.

         Claude Muret a été fiché pendant plus de 13 ans par la police fédérale suisse, comme ses camarades de la Jeunesse Progressiste Vaudoise ; comme tous les jeunes gauchistes croyant en la possibilité de la Révolution dans les années 60-70 ; comme tous les militants politiques sans doute, surtout s’ils sont de l’opposition ; comme tous les suisses peut-être, ou du moins une grande partie d’entre eux. Des fiches précises, détaillées, ne laissant de côté rien des activités politiques des intéressés, mais aussi de leurs activités quotidiennes, leur vie de tous les jours, familiale et affective. On a du mal à imaginer le nombre considérable de ces fiches, ni même à quoi elles peuvent être utiles. En dehors de cette paranoïa généralisée qui soutient que la sécurité d’un pays dépend uniquement de ses services de renseignement. Big Brother existe aussi en Suisse.

         La révélation de l’ampleur du phénomène en 1997 et le scandale que cela suscita (« l’Affaire des fiches »), est le déclencheur du film de Jean-Stéphane Bron, mais n’en constitue pas vraiment le sujet. Connu de nos service repose sur un dispositif ingénieux et particulièrement efficace. La lecture de la fiche d’un des membres de la Jeunesse Progressiste, et ensuite des courants politiques proches, permet de présenter son identité. Les entretiens avec l’ancien « révolutionnaire » alternent alors avec les souvenirs des membres de la « police de sécurité » auteurs des fiches. Dans certains cas, ces déclarations sont illustrées par les photos, et quelques vidéo,  d’époque, soit issues d’archives télévisées, soit le plus souvent des photos souvenirs personnelles des intéressés. C’est ainsi toute la vie politique d’une époque qui est évoquée à travers la confrontation de deux points de vue opposés : les positions contestatrices d’une certaine jeunesse évoquées par les acteurs eux-mêmes quelques trente ans après, auxquelles font écho les commentaires forcément plus distanciés des représentants de la force publique garant de la sécurité de l’Etat.

         Le filmage de ces derniers préserve leur anonymat. Un cadrage très serré nous montrent leurs bouches, leurs moustaches, leurs yeux, leurs oreilles. Parfois un visage apparaît en profondeur de champ derrière un fragment de joue en amorce, mais il est alors flou. Des images qui contrastent fortement avec les gros plans de face des visages des anciens fichés qui eux n’ont rien à cacher, d’autant plus qu’aujourd’hui ils sont pratiquement tous bien intégrés dans cette société qu’ils contestaient si fortement dans leur jeunesse. Les propos de ces professionnels du renseignement, membres de la « brigade du ciel », ne manifestent aucune animosité vis-à-vis de ces jeunes qu’ils finissent, à force de proximité, par considérer presque comme des vieilles connaissances personnelles. Leurs critiques sont celles que pourraient faire des parents. Si l’étudiant ne va jamais au cours, c’est parce qu’il est paresseux. De toute façon, ce sont tous des enfants de bonne famille qui ne manquent de rien.  Au fond, ils n’ont jamais vraiment pris au sérieux leurs visées révolutionnaires et n’ont sans doute jamais pensé qu’ils mettaient vraiment l’Etat en danger. Leur travail consistait à suivre leurs faits et gestes, aussi précisément que possible. Alors, en fonctionnaires zélés, ils étaient présents dans toutes les manifestations, toutes les réunions plus ou moins publiques. Et ils allaient jusqu’à enregistrer la moindre conversation téléphonique et les retranscrire au mot près. Un travail de fourmis, minutieux, qu’ils effectuaient sans état d’âme. Pour la police, le respect de la vie privée n’est pas une exigence de la démocratie.

         Les entretiens que mène le cinéaste avec les anciens gauchistes devenus cinquantenaires sont l’occasion de revenir sur les grands événements de cette vie d’étudiants engagés dans la politique, les manifestations pour la paix au Vietnam ou mai 68 en France. Leurs propos fourmillent d’anecdotes plus ou moins futiles, évoquées avec humour et un sens de l’autodérision évident. Au fond, à l’image de Claude Muret qui est mis en position de personnage principal du film, leur ligne politique n’était pas toujours très rigoureuse même si leur engagement était, à l’évidence, sincère. Trente ans après, ils sont sans illusions sur la société actuelle et son avenir. Une formule de Claude Muret résume parfaitement cet état d’esprit. Son père, qu’il considérait comme un vrai stalinien, lui avait dit un jour « Toi tu verras le socialisme ». Lui, il dirait plutôt à son film « Toi tu verras le fascisme.» Et d’ajouter qu’il espère simplement que la deuxième prévision sera invalidée par les faits comme la première.

         Connu de nos services aurait pu se contenter d’être un film dénonçant la propension des sociétés démocratiques à la surveillance systématisée des citoyens, à l’instar des anciennes dictatures des pays de l’est. Le dispositif qu’il met en place en fait une exploration intimiste d’une époque où l’engagement politique donnait du sens à la vie d’une partie de la jeunesse.

V COMME VACHE – Normandie.

Secteur 545. Pierre Creton. France, 2005, 105 minutes.

         Secteur 545 est un film en noir et blanc, comme les vaches de Normandie. Des vaches, en pays de Caux, il y en a beaucoup. Des vaches laitières dont il faut surveiller la production. Pierre Creton se fait embaucher comme « peseur » au contrôle laitier. Il doit aller dans les fermes du secteur 545, assister à la traite, relever le niveau de la production et prélever un échantillon de lait. Un boulot pas très spécialisé au fond, mais qui lui permet, puisqu’il est cinéaste, de pénétrer dans les exploitations, de poser sa caméra dans les étables, les plus modernes, style laboratoire, comme les plus traditionnelles. Il participe à la traite, toujours mécanisée et surtout, il rencontre des éleveurs dont il nous donne à connaître le travail et le mode de vie.

         Creton filme aussi Jean-François, son supérieur puisque c’est lui qui l’a recruté, mais pas vraiment son chef. Il va lui aussi de ferme en ferme, discutant des problèmes des exploitations. Il montre une photo où il avait 5 ou 6 ans, entre sa mère assise près d’une vache et son grand frère. Toute une vie passée à la campagne en relations avec les vaches et les problèmes de lait, ce qui ne l’empêche pas de lire Kierkegaard. Le soir il va boire une bière dans le pub anglais du coin. Et il pose torse nu pour une amie artiste qui sculpte son buste en argile. Le film se terminera d’ailleurs juste après le vernissage de l’exposition qui lui est consacrée. Autour de la sculpture sont exposées des fragments de plans dessinés à la craie sur des ardoises et des photos de vaches et de lui-même. Il a son moment de célébrité.

         La relation des fermiers avec leurs vaches a toujours quelque chose d’affectif. En garder une pendant 18 ans, alors que l’âge moyen des laitières est de 10 ans, en est bien la preuve. Son propriétaire raconte que c’est avec cette vache qu’il a appris la traite. Alors, pas question de l’envoyer à l’abattoir. Dans l’étable, les vaches ont des numéros, mais cela n’enlève rien au caractère particulier de chacune. Dans un troupeau, c’est la plus vieille qui donne le plus de lait. Alors l’éleveur la bichonne tant qu’il peut. « C’est la princesse du lot » dit-il.

         Tout au long du film, Creton joue son rôle de cinéaste. Il installe un de ses amis fermiers, ou un couple, devant la caméra et leur pose une question surprise : « quelle est la différence fondamentale entre l’homme et l’animal ? » Les interrogés sont toujours surpris mais la plupart essaient de répondre. Des réponses de bons sens : la réflexion, le langage. Ou même « un animal est un animal ». Creton filme aussi l’installation devant la caméra de ceux qu’il va interroger. L’un d’eux cherche même le meilleur décor et déplace sa chaise en conséquence. Et puis un de ces mini entretiens tourne au jeu de cache cache entre le filmeur et le filmé. Une question si idiote, même si elle se veut philosophique, le matin de bonne heure, il ne faut pas exagérer ! Alors le sarcasme fuse. « L’homme c’est moi et l’animal c’est toi » Et la différence entre toi et moi, insiste Creton. Réponse instantanée : l’intelligence. Une bonne leçon de modestie donnée au cinéaste, une leçon pour rire certes, sans agressivité, avec une certaine tendresse même. Mais leçon quand même. Une leçon de cinéma en somme.

         La vie des vaches se termine à l’abattoir. Creton filme un camion qui y conduit quatre bêtes, mais il ne rentrera pas dans l’établissement. Nous préfèrerons avec lui ce plan du gros câlin que donne cet éleveur à une vache qu’il sert fort dans ses bras. Il y a dans l’œil du bovin une véritable lueur d’humanité.

A COMME ABECEDAIRE – Pierre Creton

Agriculture

L’avenir le dira

Paysage imposé

Secteur 545

Amitié

L’Heure du berger

La Vie après la mort

Animal

Va, Toto !

Secteur 545

Architecture

N’avons-nous pas toujours été bienveillants ? – (Recueil)

Autoportrait

Va, Toto !

Banlieue

Sur la voie

Deuil

Le Voyage à Vézelay

Ecosse

Détour

Elevage

Secteur 545

Enseignement

Paysage imposé

Famille

L’avenir le dira

Fleur

L’Arc d’iris – Souvenir d’un jardin

Formation

Paysage imposé

Gérontologie

Maniquerville

Giverny

Sur la voie

Himalaya

L’Arc d’iris – Souvenir d’un jardin

Inde

Va, Toto !

Lin

L’avenir le dira

Littérature

N’avons-nous pas toujours été bienveillants ? – (Recueil)

Métis

Maniquerville

Marcassin

Va, Toto !

Mémoire

Maniquerville

L’Heure du berger

Monnet

Sur la voie

Montagne

L’Arc d’iris – Souvenir d’un jardin

Mort

Le Grand Cortège

L’Heure du berger

Le Voyage à Vézelay

La Vie après la mort

Normandie

L’avenir le dira

Paysage imposé

Paysage

Paysage imposé

Peinture

N’avons-nous pas toujours été bienveillants ? – (Recueil)

Détour

Pèlerinage

Le Voyage à Vézelay

Portrait

N’avons-nous pas toujours été bienveillants ? – (Recueil)

Proust

Maniquerville

Récolte

L’avenir le dira

Rêves

Va, Toto !

Ruralité

Sur la voie

Secteur 545

Santé

Le Grand Cortège

Maniquerville

Sculpture

Métis

Détour

Travail

L’avenir le dira

Secteur 545

Vieillesse

Le Grand Cortège

Maniquerville

Ville

Sur la voie

L COMME LIEUX – les lieux de Gianfranco Rosi.

Nombreux sont les cinéastes italiens voyageurs. Gianfranco Rosi est de ceux-là. De l’Inde aux États-Unis sans oublier l’Italie cependant.

L’Inde, c’est Bénarès, le Gange, fleuve sacré. Depuis la barque de son passeur, Rosi filme cette agitation incessante sur le fleuve, les cadavres flottants sur l’eau, une relation particulière à la mort toujours surprenante pour un Européen. (Le Passeur, 1993, 55 minutes).

Aux Etats-Unis, du côté de la Californie, un désert dont la caractéristique est de culminer à 35 mètres au-dessous du niveau de la mer. Un désert sans nom dans le film, mais un désert habité par une foule de marginaux, de solitaires, ayant fui la société, une société dont certains ont bel et bien été chassés. Un mode de vie relativement précaire, sans eau, sans relation sociale. Ou juste le minimum pour continuer de vivre, malgré tout (Sous le niveau de la mer, 2008, 119 minutes).

Autre rencontre à la marge de la société. Un motel près de la frontière américano-mexicaine. Une chambre portant le numéro 164. A l’intérieur un homme, vêtu de noir, une sorte de cagoule sur la tête le dissimule au regard de la caméra. Une chambre que le film ne quitte pas. Un lieu confiné où le récit de la vie de son occupant -El Sicario, l’exécutant des basses besognes – nous ouvre les portes de l’enfer. Le récit de vie de cet anonyme égrène les meurtres, les enlèvements, les séquestrations, les tortures, les pires atrocités. Un récit qui espère ouvrir la porte de la rédemption ? (El Sicario, chambre 164, 2010, 84 minutes)

Au moyen -orient, les lieux de Rosi ce sont des frontières, entourées de violence et de destruction. Celles de l’Irak, du Kurdistan, de Syrie, du Liban. Des lieux à la géographie incertaine, fluctuante. (Nocturne, 219, 100 minutes).

En Italie, c’est d’abord un lieu périphérique par excellence que Rosi nous fait découvrir : le GRA, ce boulevard extérieur qui entoure Rome de son ruban de béthume. Le film nous plonge dans la circulation intense mais sait aussi nous surprendre avec ces lieux improbables qui entourent le GRA et donc Rome. Les aires de stationnement nous semblent au premier abord plutôt tranquilles et semblables à celles qui se trouvent sur toutes les autoroutes d’Europe. Sauf que Rosi y rencontre des prostituées qui en ont fait leur domaine personnel.

Le GRA compte quelques 60 kilomètres de route. Les lieux qui constituent sa proximité sont donc extrêmement variés. On y élève des moutons, on y ausculte les palmiers de la végétation environnante. Des paysages presque bucoliques. Mais nous retournons toujours aux embouteillages et aux sirènes des ambulances et autres véhicules de secours. ( Sacro GRA, 2013, 93 minutes).

L’Italie, c’est aussi la Méditerranée, et une île, Lampedusa, la pointe extrême, au sud , de l’Europe. Une île qui est devenue la porte d’entrée de milliers de migrants venus d’Afrique, le plus souvent sur des embarcations surchargées, recherchant au péril de leur vie, une situation meilleure. Une Méditerranée qui n’a plus rien d’un lieu de villégiature et de vacances. Mais sur Lampedusa, Rosi filme aussi Samuel, un enfant de 12 ans qui lui a droit à sa vie d’enfant. (Fuocoammare, par-delà Lampedusa, 2015, 107 minutes).

P COMME PAYSAGE – Normandie.

Paysage imposé. Pierre Creton, 2006, 50 minutes.

            La question du paysage concerne-t-elle exclusivement, ou du moins plus particulièrement, les paysans, ceux qui vivent loin des villes, ceux qui sont plus proches de ce qu’il est convenu d’appeler la nature ? L’opposition si facile entre la ville et la campagne ne cesse d’être questionnée dans le film de Pierre Creton. Comme l’opposition entre nature et culture, entre le paysage naturel et un paysage issu de la main de l’homme. Des oppositions philosophiques fondamentales, comme pour un cinéaste est fondamentale l’opposition entre fiction et documentaire. Et c’est bien ainsi que Pierre Creton, en cinéaste, pose dès l’ouverture de son film la relation entre paysage et cinéma. «  Quelle différence entre un paysage filmé dans le cadre d’une fiction et un paysage filmé dans le cadre d’un documentaire ? »

            Paysage imposé fait partie de ce que Pierre Creton nomme la Trilogie en Pays de Caux. Trois films donc, centrés sur la vie paysanne dans cette région de Haute Normandie. Ici, Creton s’intéresse aux jeunes, futurs paysans, ou plus exactement futurs agriculteurs. Après les avoir rencontrés dans leur milieu familial, il les filme dans leur lieu d’apprentissage professionnel, le lycée agricole d’Yvetot. Une promotion de filles et de garçons en blouse blanche dans les travaux pratiques de chimie ou de biologie. Le lien avec le paysage se fait par l’intermédiaire de la notion de développement durable, l’enseignement proposé insistant sur les dangers des engrais et des pesticides, produits pas très naturels, pour le moins. Les jeunes sauront-ils plus tard, protéger le paysage ?

            Peut-on donner une définition du paysage qui pourrait être acceptée par tous ? Creton pose la question. Il interroge les profs du lycée et les élèves. Tous proposent des exemples pour essayer d’expliquer ce qu’est le paysage pour eux. Les profs, bien sûr, sont plus précis, utilisant leurs connaissances et leur enseignement. Quelques points communs émergent peu à peu dans leurs propos. Par exemple, qu’il n’y a pas, ou plus, de paysage entièrement naturel, qui n’aurait pas été modifié par la main de l’homme. Pour l’avenir, une transformation de l’état d’esprit et des représentations courantes s’impose. Une propriété, ce n’est pas seulement un outil de production. Notre époque implique de la considérer aussi comme un paysage qui soit l’objet du regard de tous, et qui puisse devenir objet d’une expérience esthétique. Pour les adultes du film, les profs, c’est bien sûr aux jeunes que cette révolution échoit.

            Paysage imposé est divisé en trois partie : hiver, printemps, adieu. Le film ne couvre pas une année scolaire entière, mais s’inscrit dans la perspective de la fin d’étude des lycéens qui sont filmés. Tout se termine par une fête. Les couples enlacés dansent dans la pénombre. L’avenir leur appartient. Le film a donc suivi le cours des choses. Il débute dans un paysage enneigé, filmé en noir et blanc, avec une dominante blanche. Cette tonalité restera tout au long du film, malgré l’évocation du verdoiement des arbres au printemps. La Normandie filmée en noir et blanc. Un joli paradoxe.

S COMME SCOLARITÉ – Galerie d’images.

De la maternelle jusqu’au lycée. Ici et ailleurs. En classe, aux côtés des enseignants et surtout des enfants.

Révolution école, (1918 – 1939), Joanna Grudzinska.

L’histoire des pédagogies nouvelles. les thèses et les actions concrètes de ceux qui sont restés dans l’histoire de la pédagogie comme des pionniers, des visionnaires, des révolutionnaires

Dis maîtresse Jean-Paul Julliand.

La petite section de la Maternelle. La découverte de l’école pour les enfants. Devenir élève, le premier apprentissage

Récréations, Claire Simon.

Une cour de récréation où les enfants sont livrés à eux-mêmes. Leurs jeux et les relations interpersonnelles. Les petits peuvent être cruels entre eux.

Être et avoir, Nicolas Philibert.

Une classe unique à la campagne. Un modèle qui tend à disparaître. Un film qui connu un énorme succès populaire.

Les lucioles, Bérangère Jannelle.

La fin de l’école primaire. La mise en avant de la poésie et de l’art dans la formation des enfants.

L’école de l’impossible (fragments de vie). Thierry Michel et Christine Pireaux

En Belgique. les grandes questions que pose la scolarité des adolescents et la construction de leur identité personnelle

La chine est encore loin, Malek Bensmaïl.

En Algérie, la vie d’une école de campagne, quelque part dans les Aurès, pendant une année scolaire.

Examen d’Etat, Dieudo Hamadi.

En Afrique, en République démocratique du Congo, l’examen de fin de scolarité qu’il faut réussir à tout prix.

A kind of magic, Naesa Ni Chianain et David Rane.

Une école privée en Irlande, où l’accent est mis sur la relation quotidienne des enseignants et des élèves.

T COMME TRAIN – Filmographie suite

Suite à mon appel à compléments (ma filmographie étant nécessairement incomplète), sur le groupe facebook La Loupe, voici les films qui m’ont été proposés

Last year when the train passed by, Huang Pang Chuan

Micheline, Luc Leclerc du Sablon

RR, James Benning

The Iron Ministry, J.P. Sniadecki 

L’Attente, Sergei Loznitsa

Moniker, Samuel Boche

la tumultueuse vie d’un déflaté, Camille Plagnet

Le train du Shaba, Stephan Oriach

Sankara n’est pas mort, Lucie Viver

Fin, Artavazd Pelechian

Le Jour du pain, S. Dvortsevoy

T COMME TRAINS – Galerie d’images.

Décidemment les trains sont toujours particulièrement photogéniques. Particulièrement lorsqu’ils sont filmés – des plans toujours très longs – serpentant dans les montagnes, ou les forêts, ou même dans des plaines presque désertiques. Qu’ajoutent-ils aux paysages? Le mouvement et la vie tout simplement. Et le désir de voyage. Partir toujours plus loin. Sans retour si possible.

This train I ride. Arno Bitschy
La Carga, Victor Alexis Guerrero
Quand passe le train, Jérémie Reichenbach
Le dernier train, Lixin Fan
Quelques jours ensemble, Stéphane Breton
L’express du soleil de minuit de jean-Denis Bonan (Des trains pas comme les autres)
A l’ouest des rails, Wang Bing