W COMME WEBDOCUMENTAIRE.

Retour sur un genre en voie de disparition mais qui a, en son temps, proposé des innovations importantes. On a pu alors parler de Nouvelles Ecritures.

Par rapport au documentaire classique, le webdocumentaire introduit d’abord un changement de support de diffusion. Grâce au web, il s’affranchit des contraintes de la télévision : place imposée dans une grille, nécessité d’un visionnement en continu. Mais les avantages seraient bien maigres si on en restait à cela. En fait, le webdoc a la prétention de se trouver au centre d’un réseau multipliant les supports et les modalités de diffusion. Programmé d’un côté à la télévision, voire en salle de cinéma, sous forme classique, le webdoc accessible sur Internet peut être couplé avec un forum, un blog et des réseaux sociaux, comme Twitter ou Facebook. Du coup, il inaugure l’ère du transmédia. Chaque support est utilisé dans sa spécificité, mais il ne se comprend qu’en interaction avec les autres.

Maintenant, comment le webdoc se présente-t-il à l’écran ? Soulignons d’abord sa dimension multimédia. Sur Internet, il est facile, et indispensable, d’associer textes, sons et images fixes et animées. L’enjeu sera alors de trouver une cohérence dans un matériau qui risque d’être perçu comme hétéroclite. Par exemple, les images se limitent-elles à illustrer un texte, ou bien sont-elles porteuses d’informations spécifiques ? Une musique est-elle un simple fond sonore agréable à l’écoute ? On pourrait multiplier les questions que tout auteur multimédia doit nécessairement résoudre.

Enfin, mais c’est le plus important, le véritable webdoc est interactif. Projet déjà ancien, inauguré dans des cédéroms dits ludoéducatifs et qui jusqu’à présent ne trouvait son plein épanouissement que dans les jeux vidéo. Dans cette perspective, le webdoc a beaucoup d’atouts pour lui. Un grand nombre d’entre eux se présente sous la forme d’une enquête, ou d’un reportage. Les auteurs, dont beaucoup jusqu’à présent sont des journalistes et des photographes, se contentent en quelque sorte de proposer les éléments qui vont en constituer la base. Le webdoc n’impose surtout pas une vision unique du sujet traité. Et l’on peut même penser qu’il sera vite possible que l’utilisateur puisse ajouter des éléments personnels, à partir de ses propres recherches sur Internet.

Le webdocumentaire, plus que toute autre création cinématographique ou multimédia, doit essentiellement son existence aux maisons de production. Et cela se comprend facilement dans la mesure où les coûts sont de plus en plus importants (c’est indispensable pour assurer la qualité) et aussi parce que la diffusion sur Internet ne permet pas une rentabilité équivalente aux documentaires, même si ces derniers ne rapportent que très rarement de l’argent.

Aujourd’hui, beaucoup de diffuseurs – les chaînes de télévision en premier lieu – se sont tournés vers les webséries, qui peuvent être tout aussi bien des fictions que des documentaires.

A COMME ABECEDAIRE- Pierre Carles

On le surnomme souvent Le Michael Moore français, pour sa façon, toujours provocatrice, d’intervenir dans ses films.

Il a souvent travaillé en collaboration avec d’autres cinéastes, Philippe Lespinasse, Nina Faure, Éric Martin, Christophe Coello, Stéphane Goxe entre autres.

Aimargues

Le Rond-point de la colère

Amérique latine

On revient de loin – Opération Correa 2

Anarchisme

Ni vieux, ni traîtres

Austérité

On a mal à la dette

Béarn

Un berger et deux perchés à l’Élysée ?

Bordeaux

Juppé, forcément..

Bourdieu Pierre

La sociologie est un sport de combat

Catalogne

Ni vieux, ni traîtres

Censure

Enfin pris ?

Chômage

Volem rien foutre al païs

Attention ! Danger Travail

Dette

On a mal à la dette

Opération Correa – 1) Les Ânes ont soif

Economie

On revient de loin – Opération Correa 2

On a mal à la dette

Opération Correa – 1) Les Ânes ont soif

Ecrivain

Choron dernière

Election

Un berger et deux perchés à l’Élysée ?

Hollande, DSK, etc

Juppé, forcément..

Engagement

Ni vieux, ni traîtres

Equateur

On revient de loin – Opération Correa 2

Opération Correa – 1) Les Ânes ont soif

Gilets jaunes

Le Rond-point de la colère

Humour

Choron dernière

Journalisme

Fin de concession

Enfin pris ?

Pas vu, pas pris

Manifestations

Le Rond-point de la colère

Pauvreté

On revient de loin – Opération Correa 2

Marginalité

Tant pis tant mieux

Attention ! Danger Travail

Médias

Hollande, DSK, etc

Tant pis tant mieux

Fin de concession

Pas vu, pas pris

Politique

Un berger et deux perchés à l’Élysée ?

On revient de loin – Opération Correa 2

On a mal à la dette

Opération Correa – 1) Les Ânes ont soif

Hollande, DSK, etc

Pas vu, pas pris

Portrait

Un berger et deux perchés à l’Élysée ?

Choron dernière

Ni vieux, ni traîtres

La sociologie est un sport de combat

Juppé, forcément..

Presse

Hollande, DSK, etc

Choron dernière

Solidarité

Le Rond-point de la colère

Volem rien foutre al païs

Sociologie

La sociologie est un sport de combat

Télévision

Fin de concession

Enfin pris ?

Pas vu, pas pris

Travail

Volem rien foutre al païs

Attention ! Danger Travail

E COMME ELECTION – filmographie

1974. Une partie de campagne. Raymond Depardon. Election présidentielle de 1974.

Les Ames dormantes. Alexander Abuturov. Election présidentielle russe à Atchinsk en Sibérie

Atalaku. Dieudo Hamadi. Election présidentielle et élections législatives de 2011 en république Démocratique du Congo.

Au nom du Duce. Amos Gitaï. Election municipale de 1993 à Rome et naples.

La Bataille du Chili. Patricio Guzman Elections législative de mars 73 gagnées par l’Unité populaire.

Un berger et deux perchés à l’Élysée ? Pierre Carles et Philippe Espinasse. Election présidentielle 2017.

La Cause et l’usage. Dorine Brun et Julien Meunier. Election municipale à Corbeil-Essonnes de 2009.

Le Choix de Donzi.  Bénédicte Loubère et Pierre Chassagnieux. Election présidentielle de 2017.

Les Clés de Marseille. Jean-Louis Comolli, Michel Samson. Elections municipales. 2008

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon. Avi Mograbi. Elections générales 1996. Israël.

Contre pouvoirs. Malek Bensmaïl. Election présidentielle algérienne de 2014

Depuis Médiapart. Naruna Kaplan de Macedo. Election présidentielle de 2017.

Les deux Marseillaises. André S. Labarthe et Jean-Louis Comolli. Elections législatives de juin 1968 à Asnières.

L’Expérience Blocher. JeanStéphane Bron. Elections fédérales 2011. Suisse

De grands événements et des gens ordinaires. Raoul Ruiz, Elections législatives de 1978 dans le 11° arrondissement de Paris

Grano amaro. Cyril Berard et Samuel Picas. Election municipale de Predappio (Italie) en 2019.

Hollande, DSK, etc. Pierre Carles, Nina Faure, Aurore Van Opstal. Election présidentielle 2012

L’Irrésistible Ascension de Moise Katumbi. Thierry Michel.Elections provinciales, République Démocratique du Congo. 2006

Kinshasa Makambo. Dieudo Hamadi. Election présidentielle, République Démocratique du Congo, 2017.

Mare Madnum. Ester Sparatore et Letizia Gullo. Election municipale sur l’ïle de Lampedusa en 2012

Marseille contre Marseille. Jean Louis Comolli et Michel Samson

  • Marseille de père en fils. Elections municipales, 1989.
  • La campagne de Provence. Elections régionales, 1992.
  • Marseille en mars. Elections législatives, 1993.
  • Marseille contre Marseille. Elections municipales, 1995
  • La question des alliances. Elections législatives, 1997.
  • Nos deux marseillaises. Elections municipales et cantonales, 2001.
  • Rêves de France à Marseille. Elections municipales, 2001.

Marseille entre deux tours. Jean-Louis Comolli, Jean-Louis Porte, Michel Samson. Elections municipales, 2014.

Paris à tout prix. Yves Jeuland. Election municipale, Paris. 2001.

Poutine pour toujours. Jean-Michel Carré. Election présidentielle, Russie. 2012

Le Président. Yves Jeuland. Elections régionales 2010

Primary. Robert Drew. Elections primaires, Etat-Unis. 1960.

Seekers. Aurore Vullierme. Elections tribales dans la réserve des Apaches Jicarillas, Dulce, Nouveau-Mexique, Etats-Unis.

Sucre amer. Yann le Masson. Elections législatives, La Réunion, 1963

Vote off. Fayçal Hammoum. Election présidentielle algérienne de 2014.

A COMME ABECEDAIRE -Julia Pinget

Agriculture

Depuis que les animaux sont partis

Banlieue

After Work

Camargue

Une place au soleil

Camping

Une place au soleil

Chômage

La vie c’est pas l’usine, c’est après

Famille

Depuis que les animaux sont partis

Ferme

Depuis que les animaux sont partis

Industrie

After Work

La vie c’est pas l’usine, c’est après

Licenciement

La vie c’est pas l’usine, c’est après

Loiret

Depuis que les animaux sont partis

Mutations

After Work

Ruralité

Depuis que les animaux sont partis

Tourisme

Une place au soleil

Travail

After Work

La vie c’est pas l’usine, c’est après

Urbanisme

After Work

Usine

After Work

La vie c’est pas l’usine, c’est après

Vacances

Une place au soleil

M COMME MARIAGE

No sex last night. Greg Shephard et Sophie Calle, France, 1996, 76 minutes.

C’est un film à deux mains. Ou plutôt deux films qui finalement n’en font plus qu’un. Le film d’un couple qui joue un drôle jeu de couple : se marier, ne pas se marier ? Chacun filme l’autre. C’est facile, ils sont dans la même voiture. Ils font le même voyage, une traversée des États-Unis depuis new York jusqu’à la Californie. En passant par Las Vegas. Peut-être se marieront-ils à Las Vegas…

Lui, c’est Greg, américain, photographe, artiste.

Elle c’est Sophie, française, artiste. Ses installations et ses performances sont célèbres. Elle s’est fait un nom dans le monde de l’art contemporain.

Ils partent à travers des États-Unis à bord d’une vieille Cadillac. Un voyage qui appelle immédiatement la référence au road movie. Mais un voyage qui n’ouvre guère la possibilité d’admirer le paysage. Ni de connaître les gens que l’on croise. Le voyage est plutôt orienté vers les pannes successives de la voiture et le prix de chaque réparation. A quoi s’ajoute ce qui semble être la préoccupation unique de Sophie : Greg acceptera-t-il de se marier avec elle ?

Le film que nous voyons réunit donc des fragments des deux films réalisés par l’un et l’autre. Deux films qui fusionnent donc parce qu’ils se répondent systématiquement. Ils s’entrecroisent au point de pouvoir facilement ne faire plus qu’un. Un récit commun, mais où chacun garde sa liberté d’expression.

La bande son propose des fragments de dialogue, peu nombreux. Mais surtout des apartés où chacun évoque l’autre, prend position sur leur aventure. Des commentaires brefs qui veulent rendre compte de leurs pensées, de leur état d’esprit et de leur décisions – s’ils en prennent. Des commentaires qui dans sa bouche à elle peuvent se résumer par le refrain quotidien : no sex last night.

Finalement ils se marieront à Las Vegas, sans descendre de leur voiture et passeront leur nuit de noces dans celle-ci. Pourtant ils finiront par abandonner la vieille Cadillac à Los Angeles. Tant pis pour le mythe de la belle américaine éternelle.

Plus qu’un film de Greg Shepard et Sophie Calle, No sex last night n’est-il pas en définitive une performance de Sophie Calle, uniquement. N’est-ce pas elle qui a monté le voyage, qui a introduit le pseudo suspens sur leur mariage, qui a alors décidé de la forme à donner au film ? Si elle ne le dit pas tout ici renvoie aux composants essentiels de son art : la dimension autobiographique, le récit personnel et intime, le voyage comme poursuite d’un but unique. Dans tout cela, Greg n’a qu’une place secondaire. Sa place se réduit à la possibilité de dire oui ou non à la proposition de mariage. Il va d’ailleurs occuper cette place de son mieux, passant du non au oui sur la question du mariage et jouant finalement tout simplement son rôle de marié.

Avec Sophie Calle, le cinéma peut prétendre jouer dans la cour des performances de l’art contemporain.

P COMME PYGMEES

Makongo. Elvis Sabin Ngaïbino, Centrafrique, Argentine, Italie, 2019, 72 minutes.

Les pygmées n’ont pas toujours une vie bien rose. Non seulement leurs conditions de vie dans la forêt sont particulièrement difficiles, mais en plus ils sont systématiquement l’objet de discriminations. Dès qu’ils se rendent en ville, il leur faut supporter quolibets, moqueries et autres insultes. D’une manière générale, ils ne sont pas considérés tout à fait comme des hommes.

C’est le grand mérite du film d’Elvis Sabin Ngaïbino de nous plonger dans la vie d’une communauté pygmée dans la forêt en Centrafrique. Il nous faire découvrir leur culture, leur choix de vivre en respectant leurs traditions, mais aussi, surtout pour les plus jeunes, leur volonté de s’ouvrir au monde, essentiellement par l’éducation.

Nous suivons plus particulièrement deux jeunes garçons, qui finissent leur scolarité en collège pour l’un et au lycée pour l’autre. Ils rêvent de pouvoir poursuivre des études. Mais il leur faudra pour cela aller vivre à la capitale, ce qui en soi est une épreuve difficile à affronter.

En attendant, le plus grand donne des leçons aux enfants. Dès leur plus jeune âge, il entreprend de leur apprendre à lire et à écrire, en commençant par la reconnaissance des lettres et des chiffres. Les enfants répètent en chœur et avec application le nom des voyelles, en français. Mais rien ici n’est facile. La craie coûte cher et il faut l’économiser le plus possible.

La grande affaire de la communauté, c’est la récolte des chenilles (Makongo = chenilles). Il faut d’abord être attentif au moment où elles seront prêtes pour la cueillette. Celle-ci mobilise toute la communauté, car c’est le seul moyen pour elle d’avoir quelques revenus. Après l’expédition en forêt pour la récolte, il faudra les faire griller, et aller les vendre à Bangui, ce qui n’est pas une mince affaire. L’hébergement sur lequel les deux jeunes futurs étudiants pensaient pouvoir compter leur est refusé et ils doivent dormir dans la rue. Au marché, il y a bien des acquéreuses de leurs chenilles (plat national apprend-on), mais toutes s’évertuent à faire baisser les prix. Une confrontation difficile avec les lois du marché.

Le film comporte deux séquences particulièrement émouvantes. En premier lieu l’enterrement d’un enfant nouveau-né et le discours que lui adresse son père. Puis en clôture du film la désignation des enfants qui vont pouvoir aller à la « vraie » école. La vente des chenilles a permis de réunir quelques fonds pour cela, mais pas suffisamment pour payer la scolarité de tous les enfants. Le choix se fait par tirage au sort. Les heureux élus ne manifestent pas leur joie, en pensant visiblement à ceux qui n’ont pas leur chance. La caméra essaie de capter en gros plan les visages de ces derniers où apparaissent des larmes, discrètes mais bien réelles. Un appel à l’aide, silencieux, mais qui n’en est que plus fort.

F COMME FLEUVE – Brésil

Rio de vozes. Andréa Santana et Jean-Pierre Duret, Brésil, 2020.

Le fleuve c’est le Rio São Francisco, dans le Sertão Brésilien, une région connue pour son aridité, son manque d’eau, une désertification galopante, accrue par la déforestation et les cultures intensives. Alors le fleuve, c’est la vie, une vie à laquelle s’accroche toute une population, prête à se battre pour ne pas mourir.

De Andréa Santana et Jean-Pierre Duret nous ne pouvons oublier cette trilogie brésilienne qui nous avait conduit du Nordeste jusqu’à Sao Paulo, où les immigrés du nord essaient de survivre dans les rues de la Mégalopole (Romances de terre et d’eau, 2001 ; Rêves de Sao Paulo, 2004). Nous avions enfin regardé survivre des adolescents dans une station-service au bord d’une grande route (Puisque nous sommes nés, 2008.) Ils étaient retournés en France le temps d’un film sur la précarité dans la banlieue lyonnaise et l’entraide qui lui répond (Se battre, 2013). Ils sont aujourd’hui de retour dans ce Brésil dont la situation politique actuelle ne pousse pas vraiment à l’optimisme, pour un nouveau film au fort parfum de nostalgie mais qui est aussi une ode à la vie, une vie simple sur le fleuve, une vie qui doit tout au fleuve. Tant que le fleuve n’est pas totalement asséché.

La vie du fleuve, c’est le poisson. Même s’il devient de plus en plus rare. Les pêches ne sont plus miraculeuses. Souvent, après toute une journée passée sur le fleuve, le pêcheur ramène tout juste de quoi nourrir sa famille. Mais les pêcheurs ici, et les pêcheuses, sont des passionné.e.s. Aucun.e n’imagine une autre vie, un autre métier.

Le film commence par la fabrication d’une barque et sa première mise à l’eau. Des barques qui seront omniprésentes dans les images, comme les vues du fleuve et de ses berges. Aux grandes étendues d’eau succèdent la vision de la terre de plus en plus désertique. Une évolution qui semble irréversible.

Malgré les incertitudes qui pèsent sur l’avenir, les habitants du fleuve que rencontrent les cinéastes ne se laissent pas aller au désespoir. Ils commencent plutôt à s’organiser collectivement, par exemple en entreprenant des cultures maraichères. Les jeunes finissent par retrouver foi en l’avenir.

Comme les précédents films du duo Santana-Duret, ces Voix du fleuve sont un film profondément humaniste. On y retrouve ce même amour profond pour un pays, une terre, et ces habitants si profondément attachés à leur fleuve. Dans le contexte actuel du Brésil ce film a une valeur inestimable.

Festival Filmer le travail, Poitiers 2021.

M COMME MENAGE – Sur internet.

Clean with me (after dark). Gabrielle Stemmer, France, 2019, 21 minutes.

Elles briquent, récurent, font briller, dépoussièrent ; elles passent l’aspirateur, le balai, le chiffon ; dans la cuisine, les chambres, le salon, partout dans la maison … C’est la guerre à la saleté, à la poussière, aux traces sur les meubles, le frigo, la machine à laver, les tables, les cuisinières. Toute la journée, elles nettoient, lavent, astiquent. Toute la journée et même parfois tard dans la nuit. Elles sont jeunes, belles, dynamiques. Elles ont une chaîne YouTube où elles se filment en train de faire le ménage. Des films parfois de plus d’une heure, qu’elles commentent avec entrain. Elles expliquent comment elles s’y prennent, dans quel ordre, avec quel produit. Et toujours avec le sourire.

Des sourires qui pourtant sur d’autres images, d’autres comptes YouTube ou Instagram, finissent par se figer. Ces sourires ne seraient-ils que de pure façade ?

Il n’est pas besoin de chercher bien longtemps sur Internet pour tomber sur de tout autres sons de cloche. Elles sont toujours belles et jeunes devant leur caméra, mais elles sourient beaucoup moins. Elles ont toujours besoin de parler et comme elles n’ont pas d’amies à qui se confier, elles parlent dans un micro et publient leurs confessions sans se poser la question de qui les écoutera. Car la réception de leurs messages n’a aucune existence. Ce qui compte, c’est de pouvoir enfin parler. Se libérer de sa souffrance, de ce poids de la vie, de cette solitude de plus en plus difficile à supporter.

Elles voudraient ne pas pleurer, mais il est bien difficile de retenir ses larmes, ses sanglots, quand on pleure toute la journée. Alors elles racontent leur vie en pleurant. Leur vie de femmes au foyer, dans un cadre souvent luxueux (la middle class américaine). Elles se sont mariées jeunes, avec un militaire qui tout aussitôt est parti au loin. Elles ont eu des enfants, qui au début pouvaient très bien combler leur solitude, mais qui très vite sont aussi devenus insupportables. De toute façon, il n’y a pas d’issue, il n’y a plus d’issue. Leurs vidéos sont sans doute des appels à l’aide. Mais elles savent très bien que personne ne répondra, et que les commentaires qui se veulent réconfortants ne sont que de pure forme.

N’y -t-il donc pas d’autres moyens qu’internet pour lutter contre l’anxiété, la dépression ? Est-ce un moyen efficace ?

Le film de Gabrielle Stemmer est un montage particulièrement cohérent – et pertinent – d’extraits de ces confessions de femmes au foyer, allant du rire aux pleurs, du clinquant style publicité au désarroi le plus profond. Ce n’est pas à proprement parler un film féministe, bien qu’en creux c’est bien la condition que la société masculine fait à ces femmes qui est en jeu. Des femmes qui ne se posent pas ce type de questions, qui continuent donc de souffrir en silence. En silence, malgré le flot de paroles amères et de larmes sincères qui envahissent internet. Internet qui est ici, encore plus qu’ailleurs sans doute, le monde de l’illusion.

Festival Filmer le travail, Poitiers, 2021.

K COMME KIOSQUE – journaux

Le Kiosque. Alexandra Pianelli, France, 2019, 78 minutes.

Métier : marchand de journaux. Lieu : le kiosque de la place Victor Hugo, Paris dans le 16° arrondissement, les « beaux quartiers ».

Il s’agit donc d’abord dans le film, de présenter ce métier, d’en expliquer le fonctionnement, les obligations et les contraintes, son évolution aussi à l’heure d’internet et de la disparition progressive de la presse papier. Un métier présenté à l’aide d’une carte du quartier et de petites maquettes en carton qu’une main alerte anime. Et puis nous sommes sur place pour visualiser l’ensemble des titres, leur place respective, comme l’emplacement des pièces à portée de la main pour rendre plus facilement la monnaie.

La cinéaste connait bien ce kiosque et ce métier. Il est actuellement tenu par sa mère, qu’elle remplace pour un temps ; le temps du film. Avant la mère c’était la grand-mère qui travaillait là. Plusieurs générations se sont succédé dans ce kiosque. Du coup le film a un petit air de saga familiale et la séquence finale qui voit le kiosque démonté et chargé sur un camion ne peut qu’être émouvante.

La caméra est placée à l’intérieur du kiosque dans cet espace plus que restreint, ce qui empêche tout effet de changement de cadre. Nous voyons la rue et ses passants, la banque située en face du kiosque, et les magasines situés sur les côtés du kiosque. Lorsque la caméra s’incline, c’est pour voir les pieds de la cinéaste devenue vendeuse de journaux.

Cette contrainte de filmage a un intérêt certain : voir les clients. Le film dresse donc les portraits de quelques habitués, un SDF que tout le monde aime bien, un vieux messier qui offre des gâteaux et une vielle dame, et ainsi de suite. Tout ce petit monde se retrouvera pour fêter le départ à la retraite de la mère de la cinéaste. Le kiosque familial, c’est bel et bien fini. On ne peut manquer de penser au portrait réalisé par Alain Cavalier, de la fin d’activité de Léon, le cordonnier qui lui aussi prend sa retraite après une vie professionnelle bien remplie dans sa petite boutique parisienne. Alexandra, elle, pourra se consacrer au cinéma.

Pour autant, le film ne se limite pas à cette dimension « filmer le travail ». Ou alors il faut le comprendre comme un projet de filmer le cinéma en train de se faire, de l’intérieur donc, avec l’intervention systématique de la cinéaste expliquant son projet et les aspects principaux de sa réalisation.

Finalement, le Kiosque est un film qui se regarde avec plaisir car il ne manque pas d’humour. Il sait aborder les problèmes économiques et sociaux avec une certaine légèreté, mais sans simplification. Une tranche de vie personnelle et professionnelle, qui parle à tout le monde. Les kiosques à journaux font partie du paysage urbain. Leur disparition serait une déshumanisation supplémentaire de la vie citadine.

Festival Filmer le travail, Poitiers, 2021

Voir Alain Cavalier : 6 portraits XL

C COMME CHINE – Travail en France

Jour après jour. Bai Long, 2020, 26 minutes

Jour après jour, a la particularité d’être réalisé par un jeune cinéaste chinois venu en France apprendre le cinéma (master de réalisation documentaire à Lussas, son film étant produit par Ardèche images association). Un film qui s’intéresse aux conditions de travail en France d’immigrées chinoises, en l’occurrence deux femmes, deux sœurs, qui effectuent des travaux de couture.

Le film n’est pas réalisé dans un atelier, mais dans un appartement, un petit appartement, deux pièces tout au plus, dont on peut imaginer qu’il se situe dans le chinatown parisien. Un appartement passablement encombré par les textiles et les machines à coudre dont on entend le bruit pratiquement tout au long du film. C’est que les deux sœurs travaillent sans s’interrompre, jour et nuit presque. Elles ne s’arrêtent de coudre que pour manger. Dormir un peu quand même aussi, à ce qu’elles disent. Mais nous ne les voyons que coudre et manger, parfois debout à côté de leurs machines. Une cuisine vite faite, des pâtes surtout. Il n’y a que l’adolescent de la maison qui prend le temps de confectionner une cuisine un peu plus élaborée. Mais les plans qui lui sont consacrés ne servent que de plans de coupe au filmage du travail de couture.

Le même film pourrait très bien être réalisé en Chine. On retrouverait les mêmes conditions de travail, la même pression exercée par un patron invisible mais omniprésent, la même hantise de respecter les délais, le même enferment entre les quatre murs d’une pièce où il n’est presque pas possible de se déplacer à cause des tas de tissus entassés sur le sol.  Ces conditions de travail on les avait déjà vues en particulier dans le film de Wang Bing, Argent amer. Il s’agissait alors d’immigrées de l’intérieur, des filles de la campagne venus en ville pour gagner un peu d’argent. Celles qui sont venues en France, vivent et travaillent comme si elles étaient restées en Chine.

Ce film de 26 minutes pourrait très bien devenir un long métrage par l’ajout, par exemple, d’entretiens ou de confidences faites par les protagonistes sur leur arrivée en France et leur vision de la vie occidentale. Mais l’intérêt du format court c’est de se concentrer sur une problématique unique, les conditions de travail en l’occurrence. On assiste bien à un aspect des relations entre les deux sœurs, mais il s’agit uniquement de celles qui concernent précisément le travail, l’une étant en quelque sorte d’apprentie de l’autre. Des relations de maître à élèves qui ne s’embarrassent pas d’affectivité, l’apprentie étant systématiquement rabrouée lorsqu’elle se trompe, ce qui arrive presque systématiquement.

Ces femmes qui ne parlent que mandarin travaillent comme elles travaillerait en Chine. Tout comme elles mangent comme en Chine. Sortent-elles de leur appartement lieu de travail ? Apparemment, le problème de l’intégration à la société européenne ne se pose pas pour elles.

Festival Filmer le travail 2021, Poitiers.

T COMME TANNERIE – Portugal

Curtir a pele. Inês Gil, Portugal, 2019, 76 minutes.

Une histoire de peaux.

L’incipit du film montre une femme qui se maquille devant son miroir

Le reste du film est consacré au travail dans une tannerie, le travail des peaux, celles des animaux.

Ce travail est filmé au plus près. Un travail sale et fatiguant. Répétitif. Les mêmes gestes à l’infini.

Les machines ont-elles rendu ce travail plus facile ? Pas vraiment. Elles demandent plus de concentration, sous peine d’y laisser un doigt ou même la main.

Le film détaille ce travail avec une grande précision. Sans commentaire. En dehors de ceux donnés par les ouvriers, le plus souvent en voix off. Des évocations de leur vie d’ouvrier. Et depuis le temps qu’ils sont là, s’ils sont toujours là, c’est bien qu’ils aiment leur travail. Ou du moins ils ne s’imaginent pas vivant sans ce travail, sans venir à l’usine. Même si la récolte des olives est chose d’important.

Il suffit de voir. Des plans qui rendent comptent aussi de l’ambiance générale. Les ouvrières en particulier sont les plus bavardes. Elles ne sont plus que deux dans l’usine. Travaillant souvent en face à face. Évoquant le départ de Patricia. Celle dont tout le monde parle, justement parce qu’elle n’est plus là.

On ne parle pas de la crise que traverse le pays, mais elle est omniprésente. L’usine ne sera-t-elle pas contrainte, comme tant d’autres, de fermer un jour ?

En dehors du huis-clos de l’usine, le film nous conduit dans les familles des ouvriers. Des confessions souvent nostalgiques du passé, comme ce couple qui feuillète son album de mariage. Une intimité familiale qui fait écho à l’intimité du travail à l’usine.

Ce film est un important complément à ceux qui nous faisait jusqu’à présent toucher du doigt la réalité du travail en usine, que ce soit la construction automobile (Humain trop humain de Louis Malle par exemple), ou le travail dans les abattoirs (Entrée du personnel de Manuela Frésil).

Festival Filmer le travail, Poitiers, 2021

A COMME ABECEDAIRE – Laurent Bécue-Renard

Une œuvre d’une remarquable unité, autour de la guerre, des guerres du XX° siècle – ou plutôt de l’après-guerre, pour ceux qui ont survécu mais qui ne s’en sortent pas indemnes. Comment vivre après l’Irak ou l’Afghanistan, et dans l’ex-Yougoslavie quand tous les hommes de la famille ne sont plus là ? Quelle aide proposer (une thérapie ?) Quelle utilité peut-elle avoir ?

Bosnie-Herzégovine

De guerre lasses

Que vivent les femmes !

Vivre après – Paroles de femmes

Deuil

De guerre lasses

Que vivent les femmes !

Etats-Unis

Of Men and War

Famille

Of Men and War

Femme

De guerre lasses

Que vivent les femmes !

Vivre après – Paroles de femmes

Guerre

Of Men and War

De guerre lasses

Que vivent les femmes !

Vivre après – Paroles de femmes

Mémoire

De guerre lasses

Psychologie

Of Men and War

Vivre après – Paroles de femmes

Thérapie

Of Men and War

Que vivent les femmes !

Traumatisme

Of Men and War

Vétérans

Of Men and War

A COMME ABECEDAIRE – Roberto Minervini

Cinéaste italien, vivant et travaillant aux Etats-Unis.

Adolescence

Stop the Pounding Heart

Afro-américains

What You Gonna Do When the World’s On Fire?

Armes à feu

Louisiana. The Other Side

Stop the Pounding Heart

Drogue

Louisiana. The Other Side

Elevage

Stop the Pounding Heart

Etats-Unis

What You Gonna Do When the World’s On Fire?

Louisiana. The Other Side

Stop the Pounding Heart

Exclusion

Louisiana. The Other Side

Famille

Stop the Pounding Heart

Louisiane

What You Gonna Do When the World’s On Fire?

Louisiana. The Other Side

Marginalité

What You Gonna Do When the World’s On Fire?

Louisiana. The Other Side

Stop the Pounding Heart

Racisme

What You Gonna Do When the World’s On Fire?

Religion

Stop the Pounding Heart

Rodéo

Stop the Pounding Heart

Ruralité

Stop the Pounding Heart

Violence

What You Gonna Do When the World’s On Fire?

C COMME CŒUR – Jeune fille.

Stop The pounding heart. Roberto Minervini, Belgique-Italie-Etats-Unis, 2013, 100 minutes.

Le film d’une communauté, d’une famille de cette communauté, d’une jeune fille de cette famille. Un enchâssement parfaitement bien réglé. Et donc particulièrement efficace.

La communauté ce sont ces fermiers -chez nous on dirait des paysans -des états ruraux du sud-ouest des Etats-Unis. En dehors de leurs élevages, ils ont deux passions : le rodéo et les armes à feu. Pour le rodéo, il faut s’entraîner dur. Et depuis le plus jeune âge. Sur un taureau en métal, que l’on secoue par derrière énergiquement. Et puis sur des bêtes de plus en plus puissantes, jusqu’au jour on l’on pourra affronter le public, une foule toujours passionnée. Tout cela provoque bien des chutes et les accidents ne sont pas rares, malgré l’équipement de protection.

Pour manier les armes à feu – de toutes sortes, du revolver au fusil d’assaut – il est aussi nécessaire de s’entrainer., apprendre à tirer sur une cible, de plus en plus petite et de plus en plus éloignée. Et il est aussi indispensable de persévérer, de ne jamais renoncer. La volonté de réussir est plus forte que toutes les douleurs.

La famille : un couple et une multitude d’enfants (il est difficile de les compter !) Ils élèvent des chèvres et le début du film détaille ce travail, nourrir les bêtes, les traire, faire le fromage et aller les vendre au marché. Mais ce qui compte avant tout pour eux, c’est la religion, l’affirmation de leur foi qu’ils manifestent du matin – dès la prière du petit déjeuné qui ouvre le film – jusqu’au soir. Les enfants ne vont pas l’école, pour éviter les mauvaises influences et les ainés apprennent à lire aux plus petits. La mère se charge de l’éducation morale et religieuse. Dans une longue séquence elle explique à sa fille ainée que Dieu a créé la femme pour servir l’homme. Et cela doit guider la vie entière.

Sara, la jeune fille, écoute tout cela sans commentaire, sans réaction apparente. Pourtant on sent bien au fur et à mesure du déroulement du film qu’elle commence à se poser des questions. Le cinéaste multiplie les gros plans sur son visage, comme pour percer le secret de son âme. Un visage souvent penseur, mais jamais vraiment inquiet. Sara commence à découvrir peu à peu la société, en dehors de sa famille. Avec des amies de son âge. Et puis, il y a ce cow boy qui l’invite à essayer de chevaucher un taureau. Ce qu’elle refuse, évidemment, mais il vient de plus en plus souvent près de l’enclos de l’entrainement assister aux exploits du cow-boy.

Minervini réalise là un film extrêmement touchant, surtout par le filmage intimiste de Sara. Sans jamais rien expliquer – la jeune fille parle très peu et surtout pas de ses sentiments – il ouvre une réflexion sur le sens de la vie rurale, loin des excès de la modernité, mais une vie qui est sans doute destinée à disparaître.

Le film peut faire penser par bien des aspects au roman de Jim Harrison, la fille du fermier.

M COMME MANIFESTATIONS – Filmographie.

Le Chili et l’Argentine en Amérique latine, les Printemps arabes, l’Ukraine en Europe et en France Mai 68, le CPE, les Gilets Jaunes, les retraites…Autant de situations qui jettent les gens dans la rue, pour s’opposer, contester, revendiquer. Partout des slogans, des pancartes, des chants et de la musique. Et puis des pavés opposés aux canons à eau et autres grenades fumigènes, des casques et des fusils. Les manifestations ne sont pas toujours pacifiques et beaucoup n’ont pas l’ambiance bon enfant des défilés du premier mai d’antan ni la dimension festive des gay prides. Dans beaucoup de pays la répression semble même de plus en plus violente. Une violence que certains jugent nécessaires pour se faire entendre et obtenir gain de cause.

L’acadie, l’acadie ?!? Michel Brault et Pierre Perrault, 1971

L’année de la découverte. Luis Lopez Carrasco, 2019.

At Berkeley. Frederick Wiseman, 2013.

Avenue Rivadavia. Christine Seghezzi, 2012

Bariz (Paris), le temps des campements. Nicolas Jaoul, 2020

Basta ya de conciliar es tiempo de luchar. Leonardo Perez, 2015.

La Bataille du Chili. Patricio Guzman, 1973.

Blacks Panthers. Agnès Varda,1968.

Bleu Blanc Rose, Yves Jeuland, 2002.

Le Chant des tortues, Jawad Rhalib, 2013.

Chats perchés, Chris Marker, 2004.

Cinq caméras brisées. Emad Burnat et Guy Davidi, 2011.

Los Desnudos. Clarisse Hahn, 2012.

La Dignité du peuple. Fernando Solanas, 2005.

En route pour le milliard. Dieudo Hamadi, 2020.

Le fond de l’air est rouge. Chris Marker, 1977 – 1993.

Free Angela Davis and all political prisoners. Shola Lynch, 2012.

Grands soirs, petits matins. William Klein, 1978.

(G)rève général(e), Matthieu Chatellier et Daniela de Felice, 2008.

Grève ou crève. Jonathan Rescigno, 2020.

L’Heure des brasiers. Fernand Solanas, 1968

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd. Laetitia Carton, 2014

Kashima paradise. Yann Le Masson, 1973.

Kinshasa Makambo, Dieudo Hamadi, 2018

Maïdan. Sergueï Loznitsa, 2014.

Mémoire d’un saccage. Argentine, le hold-up du siècle, Fernando Solanas, 2004

Ne nous racontez plus d’histoires. Carole Filiu-Mouhaki et Ferhat Mouhali, 2020.

Nous ne vendrons pas notre avenir, Niki Velissaropoulou, 2018.

On a grèvé. Denis Gheerbrant. 2013

On ira à Neuilly inch’Allah, Mahdi Ahoudig, 2015.

On va tout péter, Lech Kowalski, 2019

Outcry and whisper. Wen Hai, Jingyan Zeng, Trish McAdam, 2020.

Paris est une fête, Sylvain George, 2017.

Le Printemps d’Hana, Sophie Zarifian et Simon Desjober, 2013

Les Révoltés.  Michel Andrieu, 2019.

Le Silence des autres. Robert Bahar, 2019.

Tahrir. Place de la libération. Stefano Savona

Vote off. Fayçal Hammoum. 2017.

Zona franca.  Georgi Lazarevski (2016)

R COMME RIEN FOUTRE

Volem rien foutre al païs. Pierre Carles, Cristophe Coello, Stéphane Goxe. France, 2006, 107 minutes.

Faisant suite à Attention danger travail, Volem rien foutre al païs (le titre annonce clairement la couleur) reprend et développe une critique systématique du travail sous toutes ses formes, bien au-delà du travail connu dans nos sociétés capitalistes. Dans le travail, quel qu’il soit, pas de bonheur possible. Le travail n’est que contraintes et souffrances. Il n’y a qu’une seule solution, arrêter de travailler. « Rien foutre » n’est pas le signe de paresse ou de fainéantise. C’est la seule façon de retrouver la joie de vivre, de pouvoir enfin se sentir, et d’être effectivement, libre.

         Cette liberté, le film prétend la trouver chez tous ceux qui ont quitté la ville et leur boulot pour partir vivre en communauté dans le sud de la France, en cultivant leur jardin et en élevant des chèvres. Des chômeurs qui ne cherchent pas d’emploi, des RMIstes qui se contentent du minimum que veut bien leur donner la société (« avec le RMI, dit l’un d’eux, je suis le roi du pétrole »), des écologistes qui recherchent de nouvelles façons de préserver la nature. C’est la partie la plus positive du film, montrer comment il est possible de bâtir une maison en paille, d’assurer son autonomie énergétique pour ne plus dépendre d’EDF, de construire des toilettes sèches économisant l’eau et en retirer du fertilisant pour le compost du jardin. Des solutions en apparence si simples que leurs promoteurs s’étonnent qu’elles n’aient pas encore été généralisées.

         Carles apparait relativement peu dans le film, sans doute parce qu’il n’en est qu’un des co-auteurs. Il mène quand même quelques opérations coup de poing qui sont sa marque de fabrique. Les interviews provocatrices de personnalités politiques par exemple. Ici c’est le numéro deux du MEDEF qui en fait les frais, Carles réussissant parfaitement à le mettre hors de lui. La ministre de la défense de l’époque (Michelle Alliot-Marie) fait preuve de beaucoup plus de retenue, se contentant de qualifier la question posée d’absurde et de partir sans cesser de sourire. Dans une ANPE, Carles demande aux personnes présentes si quelqu’un a trouvé du travail grâce à l’agence. Bien sûr, il n’obtienne pas de réponse. Est-ce une preuve de l’inefficacité du service ?

         Pour le reste, le film est une sorte de grand bric-à-brac mélangeant des séquences d’origines diverses, présentées sans grande logique apparente. Des extraits de journaux télévisés, des spots publicitaires, le clip électoral de Sarkozy vantant la France qui travaille. Les effets de télescopage sont garantis. On peut voir aussi une longue séquence de L’An 01, le film de Doillon et Gébé. Les auteurs pratiquent le recyclage à grande échelle d’images dont ils sont les auteurs (les squatters de Barcelone filmée par Christophe Coello dans Squat, la ville est à nous ! ou qu’ils ont trouvées on ne sait trop où, puisque les indications d’origine n’apparaissent en bloc que dans le générique de fin. Toujours est-il que l’on assiste à un long dialogue de sourds, dans un service pour l’emploi britannique, entre un conseiller et un chômeur fier de l’être qui affirme son droit à ne pas travailler. De même, pour les interventions des activistes de « Argent gratuit » en Italie, prônant la « fauche » dans les grandes surfaces et proposant à leurs militants un repas élaboré avec les produits « récupérés ». L’accumulation de ces séquences, dont certaines sont très courtes, est telle que le film a vite un aspect fourre-tout qui, dans le fond, correspond assez bien au foisonnement des idées et des expériences dont il rend compte.

T COMME TRAVAIL – Danger

Attention danger travail. Pierre Carles, Christophe Coello, Stéphane Coxe, 2003, 109 minutes.

         Il existe des chômeurs heureux. Pierre Carles les a rencontrés. Ils sont heureux parce qu’ils ne travaillent plus. La perte de leur emploi a signifié pour eux la liberté. Le commencement d’une nouvelle vie où ils peuvent enfin faire ce qu’ils veulent, lire pour ceux qui aiment la lecture, aller dans les musées ou au cinéma, faire la sieste l’après-midi…Lorsqu’ils travaillaient, ils n’avaient pas le temps pour tout ça. Et le soir ils étaient trop fatigués. Travailler, c’est pas une vie.

         La critique de toutes les formes de travail que développent ces « déserteurs du marché du travail » n’est pas théorique. Elle s’appuie avant tout sur leur vécu et le ressenti qu’ils en avaient. Une critique à fleur de peau, systématique et généralisée. Quelles que soit les tâches effectuées, quelle que soit la place dans l’entreprise, du travail à la chaîne à la responsabilité du chef d’entreprise, dès que le mot travail est prononcé, il soulève un refus viscéral. Tous ils y ont gouté, tous ils y ont été soumis, tous ils en ont soufferts plus qu’il n’est acceptable, pour rien au monde ils se remettraient à travailler.

         Bien sûr sans travailler il faut savoir vivre de peu. Le RMI (avant le RSA), les allocations, ça ne permet pas de partir en vacances au Maroc. De toute façon, le salaire des ouvriers non plus. Alors ils trouvent le moyen de s’en sortir, le système D, et surtout ils savent ne pas succomber aux sirènes de la consommation à outrance, faire la part des besoins superflus et de l’essentiel. Même si certains reconnaissent que parfois c’est dur, ils se sont tous inventé une nouvelle forme de vie où l’argent n’est pas une motivation. Et ils ne se considèrent pas comme des assistés. Ils ont assez souffert dans le travail avant le chômage, pour que l’Etat leur doive bien ça. Et puisque il n’y a pas de travail pour tout le monde…

         Attention danger travail propose une série de portraits de ces chômeurs heureux. Ils évoquent avec beaucoup d’entrain leur vie actuelle, reviennent sur leur itinéraire et envisagent l’avenir avec une grande sérénité. Sans travailler bien sûr. Chaque portrait est introduit par un carton les présentant par leur initiale et une formule choc qui résume ce qu’ils sont. « D. rescapé de la guerre économique » ; « V. ou l’ingratitude de la jeunesse » ; « J. ex ouvrière, chômeuse et enfin heureuse » ; « P. chômeur militant » ; P. viré de l’usine et enfin tranquille » ; « F. en préretraite anticipée » ; « Y. ancien chef d’entreprise et chômeur épanoui ». Des portraits présentant des situations variées mais animés du même amour de la vie.

         Entre chaque portrait, le film propose en contre-point des séquences à la gloire du travail, le travail vu par ceux qui le considèrent comme la valeur suprême de notre société, à l’image du discours de Jean Pierre Raffarin, alors premier ministre, intervenant à l’assemblée générale du Medef. Il n’y a pas de doute possible, les patrons aiment le travail et comme tous les hommes politiques que Carles interviewe, ils ne comprennent pas comment on peut ne pas partager cet amour. D’autres séquences nous plongent dans des entreprises où tout est fait pour que les employés travaillent de façon efficace, en essayant de leur faire aimer ce qu’ils font. Chez Domino’s pizza, il faut respecter les normes à la lettre, la bonne longueur de cheveux et ne pas oublier de sourire à tout instant. Dans une entreprise de vente par téléphone, le « superviseur » vérifie à chaque instant tout ce que font les employés les encourageant à faire toujours plus. Et l’équipe qui aura réalisé le meilleur score de vente en fin de journée gagnera…des places de cinéma ! Des situations presque caricaturales, et qui ne manqueraient pas de soulever l’indignation de ceux qui ont réussi à fuir ce monde déshumanisant.

         L’indignation, c’est bien aussi ce que vise la séquence consacrée au travail à la chaîne. Sur un montage rapide d’images de travail en usine de construction automobile, un ouvrier en voie off évoque sa souffrance. « Au bout de cinq ans, j’ai mal aux mains…mes mains sont bouffées…j’ai du mal à écrire… » On comprend qu’il n’ait plus envie de revenir à l’usine. Mais peut-il le faire ?

P COMME PERIPHERIQUE – Rome

Sacro Gra. Film de Gianfranco Rosi. Italie, 2013,

            L’affiche du film indique « Conte du périphérique romain ». Le Gra (Grande Raccordo Anulare) est la plus longue autoroute urbaine d’Italie. Il entoure Rome sur 60 kilomètres, comme un anneau de Saturne, nous dit le carton introductif. Le film est ainsi placé sous le signe du temps, du temps nécessaire pour parcourir le Gra, le temps qui se perd dans les bouchons et celui qui passe souvent lentement pour ceux qui vivent dans sa proximité, pouvant percevoir de plus ou moins loin le flot ininterrompu des véhicules sans toutefois entendre toujours leur grondement.

            Gianfranco Rosi nous livre une série de portraits de ces habitants de la périphérie du périphérique, des romains sans être habitants de Rome, des portraits contrastés d’hommes et de femmes, toujours attachants, filmés dans leur travail ou leur oisiveté et que le cinéaste prend toujours le temps de connaître. Des rencontres qui contrastent fortement par leur tranquillité, leur calme, leur inertie presque, avec la vie automobile trépidante que représente le périphérique. L’immobilité pour échapper au mouvement, à la vitesse, à la frénésie. Mais sur le Gra aussi, les véhicules peuvent être à l’arrêt.

            En dehors d’une ambulance, on n’entre pas dans les véhicules. Ils sont souvent filmés de loin, l’autoroute traversant le paysage comme une cicatrice. Dans une première séquence, apparaît un troupeau de moutons que nous retrouverons en fin de film. Retour au point de départ ? Bien que nous ne montions jamais à bord d’un véhicule pour réaliser ce circuit. Les rencontres que nous allons faire tout au long du film nous font oublier pour un temps l’autoroute. Nous sommes pourtant toujours renvoyés à lui. Dans des plans d’ensemble, parfois réalisés en plongée, ou très près des véhicules, surtout lorsqu’ils sont bloqués dans les embouteillages, ou filmés la nuit, ce qui produit des effets lumineux saisissants, soit les ronds lumineux jeunes, bleus, rouges, soit de longues trainées, comme des serpents de feu.

            Les ambulances et autres véhicules de secours occupent une place importante dans le film, à l’image comme dans la bande son. Nous suivons à l’intérieure de l’une d’elle les premiers soins donnés aux blessés et nous retrouvons à plusieurs reprises un ambulancier solitaire, dans son appartement, ou chez sa vieille mère qui semble perdre un peu la tête. Une scène poignante montre la fin d’une visite, le moment où il doit la quitter, et son insistance à elle, les seuls mots presque qu’elle prononce, pour qu’il reste assis en face d’elle.

            Autre personnage récurrent dans le film, ce biologiste qui ausculte les palmiers faisant partie de la végétation environnante. Il écoute l’intérieur de l’arbre. Le silence est bon signe, signe de bonne santé. Par contre le bruit, que nous entendons amplifié par son appareil, signifie la présence d’insectes qui dévorent l’arbre de l’intérieur. De gros plans insistants montrent la bête et ses larves se nourrissant avidement. Les palmiers, visiblement ils les aiment, il fait tout pour les protéger. Le soir, chez lui, il consigne les données recueillies dans son ordinateur. Gagnera-t-il ce combat sans fin contre les insectes ?

            Des prostituées se remaquillent en discutant dans leur camping-car sur une aire de stationnement. Un pécheur d’anguilles est filmé sur sa barque et chez lui en train de repriser ses filets. Un homme fait de la gym en fumant son cigare. Il habite un vieux château dont il loue le grand salon pour des réunions ou des spectacles. Il le transforme même en studio de cinéma lorsque des réalisateurs ont besoin de ce décor baroque. Un vieil homme discute le soir avec sa fille qui travaille sur son ordinateur. La pièce où ils vivent est si petite que Rosi n’a pas pu s’y installer pour tourner. Il filme la pièce de l’extérieur, en plongée, ce qui donne une dimension plutôt voyeuriste à la séquence. Tous ces personnages ont leur pittoresque, leur humanité aussi. Tous nous disent quelque chose de Rome ou de l’Italie, mais surtout ils nous livrent une grande part de leur intimité, de leur vie secrète. Rosi est un cinéaste solitaire, qui travaille seul, ce qui lui laisse tout le temps nécessaire pour entrer véritablement en communication avec ceux qu’il filme. Sacro Gra repose sur la diversité, la profusion, des rencontres qui s’enchaînent sans lien apparents. Un désordre que le cinéaste ne cherche nullement à esquiver. La circulation sur le Gra n’est-elle pas la forme moderne du chaos ?

            Lion d’or au festival de Venise en 2013. C’est la première fois dans l’histoire de ce festival, que sa plus haute récompense est attribuée à un documentaire.

D COMME DÉMOCRATIE – Filmographie

Démocratie est une notion complexe qui peut être abordée selon de multiple perspectives.

La filmographie qui suit est une première approche, qui en appelle d’autres, passées et futures.

Nous n’avons pas repris ici les films sur le mouvement des Gilets Jaunes, qui fut à bien des égards une revendication d’une plus grande démocratie dans la vie publique. Voir G COMME GILETS JAUNES)

De même, pour les films sur la presse et les médias, la liberté de la presse étant souvent considérée comme indispensable à la démocratie en tant que contre-pouvoir (voir la filmographie sur les médias).

De prochaines recherches porteront sur les élections et les campagnes électorales en tant qu’elles peuvent être considérées comme des moments spécifiques de la vie démocratique.

De même, une filmographie spécifique abordera les films centrés sur des manifestations dans les mouvements de refus de la dictature qui montrent que la démocratie n’est jamais définitivement vaincue.

17 Minutes pour la démocratie (2002). Didier Nion

A la tribune (2019). Bénédicte Loubière

A ma place (2020) Jeanne Dressen

At Berkeley (2013). Frederick Wiseman

L’Assemblée (2017), Mariana Otero

La Bataille du Chili (1975-1979 Patricio Guzman

Birmanie : fin de dictature ? (2014) Michaëlle Gagnet

Caricaturistes : fantassins de la démocratie (2014) Stéphanie Valloatto

Le Cas Pinochet Patricio Guzman

La cité politique (2018), Florence Gatineau-Sailliant Bex

City Hall (2020), Frederick Wiseman

Connu de nos services (1997). Jean-Stéphane Bron

Convention citoyenne, démocratie en construction (2020). Naruna Kaplan de Macedo

Crisis, Behind a Presidential Commitment (1963).  Robert Drew

Les Couleurs du peuple (2018), Anita Volker et Laura Flint

Démocratie année zéro (2014) Christophe Cotteret.

Les Enfants des mille jours (2013), Claudia Soto Mansilla et Jaco Biderman

En Politica (2018) Penda Houzangbe et Jean-Gabriel Tregoat

Kinshasa Makambo (2018) Dieudo Hamadi

Nous le peuple (2019) Claudine Bories et Patrice Chagnard

Nuit debout (2016) Sylvain Louvet et Aude favre

Outcry and whisper (2020). Wen Hai, Jingyan Zeng, Trish McAdam

Palazzo delle Aquile (2011) Alessia Porto, Stefano Savona, Ester Sparatore

Paris est une fête (2017), Sylvain George

Le procès contre Mandela et les autres (2018).  Nicolas Champeau, Gilles Porte

Taïwan, une démocratie à l’ombre de la Chine (2020) Alain Lewkowitz

Vers Madrid – The Burning Bright – (Un film d’in/actualités) (2014) Sylvain George.

H COMME HARRISON Jim

Seule la terre est éternelle. Adrien SOLAND et  François BUSNEL, France, 2019, 112 minutes.

Un film sur un écrivain. Donc un film sur la littérature

Un écrivain auteur de nombreux romans. Un écrivain américain connu, très connu.

Un portrait ? Plutôt une rencontre.

Seul face à la caméra, cadré en gros plan, il parle. Il nous parle, de lui, de sa vie, de la littérature. Un récit improvisé. Sans ordre apparent. Le fil n’indique ni partie, ni chapitre. Les cinéastes n’interviennent pas. Il ne parle pas beaucoup de son œuvre en fait. Il ne cite pas ses livres. Il préfère évoquer, comme en passant, son rapport à l’écriture, et à la littérature.

 « Ça récure l’âme, la littérature ». Une sorte de profession de foi.

De sa vie il mentionnera surtout des événements marquants.

L’accident automobile qui couta la vie à son père et à sa sœur ou la perte de son œil gauche.

Les lieux où il a vécu (New York)

Les lieux où il vit (Le Montana, Patagonia)

Son attirance pour les lieux isolés

 Et sa répulsion des grandes villes.

Les amis qu’il a connus, qui disparaissent peu à peu.

Sa passion pour les oiseaux qui remonte à son enfance. Les arbres et les ruisseaux.

Et la nature sauvage, les grands espaces. Une mythologie américaine.

A plusieurs moments dans le film, nous le voyons se déplacer, en voiture ou à pied. Il fait aussi une partie de pêche, avec un ami. Il écrit le matin et pêche l’après-midi dit-il. Puis il change de résidence. Un voyage à travers une bonne partie des Etats-Unis. Une série de paysages. Presque des cartes postales. Mais toujours impressionnants.

Et Janis Joplin.

Le massacre des indiens et la fracture grandissante entre les riches et les pauvres

 Sur son travail d’écrivain, il donne quelques anecdotes. Le mur devant lequel il travaille dans son bureau est vide. Car pour écrire il faut être concentré. Il insiste beaucoup sur la concentration.

Le mur derrière son bureau, par contre, est recouvert de photos qu’il commente. Et il nous donne des explications sur les objets qui meublent ses étagères. Tous des souvenirs.

Entre les séquences où il nous parle, le film utilise des plans de coupe sur les paysages de ces régions perdues où il aime vivre, pour pouvoir écrire.

 Il y a aussi des plans sur des piles de livres, dont nous pouvons voir le titre et l’auteur sur la tranche. Ses livres à lui. Mais aussi des livres qu’il lit, qu’il a du lire. Des livres qui font partie de sa bibliothèque. Et peut-être de ses références littéraires.

« Quand j’ai faim, j’écris sur la nourriture. Et quand je suis excité, j’écris sur le sexe ». Le film regorge de belles formules.

« Il faut donner une voix à ceux qui n’en ont pas. Je crois que c’est le devoir de l’écrivain »

Dans la dernière séquence du film, il parle de la mort. Celle de ses amis. La sienne ?

Nous avons découvert un écrivain. Mais surtout nous avons rencontré un homme.