A COMME ABECEDAIRE- Claudine Bories

Ses quatre derniers films (Nous le peuple, Les Règles du jeu, Les Arrivants, Et nos rêves – Petite Conversation entre amis) sont réalisés en duo avec Patrice Chagnard.

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Théâtre

Albanie

Les Femmes des douze frontières

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Nous le peuple

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Les Arrivants

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Bondy Nord, c’est pas la peine qu’on pleure

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Juliette du côté des hommes

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Les Règles du jeu

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Bondy Nord, c’est pas la peine qu’on pleure

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Et nos rêves – Petite Conversation entre amis

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Bondy Nord, c’est pas la peine qu’on pleure

Echec scolaire

Bondy Nord, c’est pas la peine qu’on pleure

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Monsieur contre Madame

Un samedi sur deux

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Et nos rêves – Petite Conversation entre amis

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Saint-Denis roman

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Les Femmes des douze frontières

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Monsieur contre Madame

Un samedi sur deux

Portrait imaginaire de Gabriel Bories

Femme

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Femmes d’Aubervilliers

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Les Règles du jeu

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Les Femmes des douze frontières

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Masculin

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Migration

Les Arrivants

Noël Bernard

Saint-Denis roman

Moto

Juliette du côté des hommes

Pauvreté

Bondy Nord, c’est pas la peine qu’on pleure

Père

Portrait imaginaire de Gabriel Bories

Politique

Nous le peuple

Et nos rêves – Petite Conversation entre amis

Portrait

Portrait imaginaire de Gabriel Bories

Femmes d’Aubervilliers

Prison

Nous le peuple

Réfugiés

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Révolution

Et nos rêves – Petite Conversation entre amis

Shakespeare

Théâtre

Souvenirs

Et nos rêves – Petite Conversation entre amis

Travail

Les Règles du jeu

P COMME PREMIER CONTACT

First contact. Bob Connoly et Robin Anderson. Australie, Canada, Etats-Unis, 1982, 52 minutes.

         En 1930, trois jeunes chercheurs d’or australiens partent en Nouvelle Guinée. Ils vont y vivre une aventure unique : la rencontre avec des hommes, les Papous des Hautes Terres, une population totalement inconnue jusqu’alors et qui n’a jamais été en contact avec l’homme blanc. Les images qu’ils réalisent de cette première confrontation entre deux réalités humaines que tout oppose constituent un document anthropologique unique. Le mérite du film que Connoly et Anderson réalisent 50 ans plus tard n’est pas seulement de faire connaître ces images et de nous raconter l’aventure de ceux qui l’ont vécue. Ils retrouvent les explorateurs et les Papous qui les ont vus, enfants, arriver dans leur monde, et alternent les images de 1930 avec celles tournées dans les années 80. Au-delà de la confrontation de deux époques, c’est la mise en perspective de deux faces de la réalité humaine qui constitue le centre de leur propos.

         Le début du film retrace la fièvre de l’or qui s’empare de ces aventuriers qui n’hésitent pas à partir pour l’inconnu, l’intérieur des terres où aucun blanc n’a jamais pénétré, une des dernières régions non explorées de la planète. Au centre de l’île se dresse une chaîne de montagne si abrupte que tout le monde la croyait inhabitée. En fait, elle cache des vallées fertiles où vivent un million de personnes. L’arrivée des explorateurs et leur cortège de porteurs est annoncé par des cris qui se propagent de collines en collines. Puis, c’est le face à face. Comment chacun peut-il appréhender ce qui apparaît immédiatement comme la différence absolue ? Les Papous pensent qu’il s’agit d’esprits, d’éclairs venus du ciel, de leurs propres ancêtres revenus du pays des morts où ils sont devenus blancs. Les blancs eux, les considèrent comme des sauvages, étrangers à toute civilisation.

         Les images des frères Leahy nous montrent cette foule qui entoure leur campement, un peuple étonné mais curieux, nullement agressif dans un premier temps. Pourtant le conflit ne peut qu’exploser. Les Papous sont tentés de s’approprier haches, couteaux et autres objets dont ils ressentent l’utilité. Les blancs bien sûr n’entendent pas se laisser dépouiller. Leur récit met en avant les menaces qu’ils ressentaient pour justifier l’emploi de leur fusil contre des hommes armés de lances et de flèches. Les rescapés de la fusillade évoquent encore 50 ans après les noms des morts. Malgré cela, l’expédition continue, utilisant tous les moyens dont la « civilisation » peut disposer, allant jusqu’à « acheter » les jeunes filles en échanges de quelques coquillages.

         Hier, les avions surprenaient et terrorisaient les « indigènes ». En 1980, la projection des images de l’époque du premier contact à ceux qui l’ont vécu enfant les fait bien rire. Sont-ils devenus « civilisés » ?

D COMME DUO – suite

Ma requête à la Loupe a été particulièrement fructueuse. Ses membres ne seront jamais assez remerciés

Voici donc une deuxième filmographie de films réalisés par des duos.

J’ai mis de côté les films réalisés par plus de deux cinéastes, et les duos qui n’ont réalisés qu’un seul film ensemble (ils feront l’objet d’une prochaine publication).

Comme précédemment, je mentionne le dernier film réalisé par chaque duo.

Ici la présentation ne suit aucun ordre.

Chloé Mahieu et Lila Pinell

         Business club

Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi

         I Diari di Angela – Noi due cineasti

Anastasia Lapsui et Markku Lehmuskallio

         11 Images de l’homme

Margarida Cordeiro & António Reis

         Trás-os-Montes

Tizza Covi et Rainer Frimmel

         Aufzeichnungen aus der Unterwelt

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

         Ismyrne

Rob Epstein & Jeffrey Friedman

         Paragraphe 175

Albert & David Maysles

         The Gates

Chris Hegedus et D A Pennebacker

         Unlocking the Cage

Kaori Kinoshita & Alain Della Negra

Tsuma Musume Haha

Vincent Barré et Pierre Creton

         Petit traité de la marche en plaine

Nicole et Felix Le Garrec

Plogoff, des pierres contre des fusils

Nicole Le Garrec, René Vautier

         Quand tu disais Valery

Myriam Aziza & Sophie Bredie

         Séparées

Jean-Marie. Straub et Daniele Huillet

         Itinéraire de Jean Bricard

Nicolas Humbert et Werner Penzel

         Brother Yusef

Cedric Laty et Vincent Gérard

         L’Homme-Fumée, une aventure démocratique

Serge Avédikian et Jacques Kebadian

                Que sont mes camarades devenus ?

Sabrina Malek, Arnaud Soulier

         René Vautier, cinéaste franc-tireur

Caroline Caccavale, Joseph Césarini

         Anima

Bertrand de Solliers, Paule Muxel

         Qu’est-ce que je fais là ?

Martina Parenti, Massimo D’Anolfi

         Guerra e pace

João Miller Guerra, Filipa Reis

         Fora da vida

Patrick-Mario Bernard, Pierre Tridivic

         Ceci est une pipe (journal intime)

Jérome Prieur et Gérard Mordillat

         Fils de Marie

Youssef Essiyedali, Louisette-Marie Fareniaux

            Dessine-moi une carte de séjour – 4 portraits de sans-papiers

Marilyn Watelet, Simon Zaleski

         Ecole 27

Johann Feindt, Tamara Trampe

         Wiegenlieder

Sami Mermer, Hind Benchekroun

         Xalko

Jean Dubrel, Tiane Doan Na Champassak

         Jharia, une vie en enfer

Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin

         Letter to Jane

Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville

         Reportage amateur (Maquette expo)

Anne Schiltz, Charlotte Grégoire

         Ceux qui restent

D COMME DUO – Filmographie

Faire du cinéma documentaire à deux. Pas seulement pour un film, mais toute une œuvre. Ce qui n’empêche pas de travailler aussi en solo.

Des duos qui peuvent être des couples, mais pas obligatoirement.

Des films qui prouvent que la création n’est pas toujours individuelle.

Claudine Bories et Patrice Chagnard

         Nous le peuple

Bob Connolly et Robin Anderson

Black Harvest

Daniela de Felice et Matthieu Chatellier

         (G)rève général(e)

Dorine Brun et Julien Meunier

         Projections

Etienne Chaillou et Mathias Théry

         La cravate

Fanny Pernoud et Olivier Bonnet

         Les vies dansent

Gilles Porte et Nicolas Champeaux

         Accused #2: Walter Sisulu

Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter

         Ailleurs, partout

Jean-Pierre Duret et Andrea Santana

         Rio de vozes

Joris Ivens et Marceline Loridan

Une histoire de vent

Lizette Lemoine et Aubin Hellot

La voie de l’hospitalité

Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneau

         Madame Jean

Marie-Violaine Brincard et Olivier Dury

         L’homme qui penche

Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval

         Saxifrages, quatre nuits blanches

Raymond Depardon et Claudine Nougaret

Journal de France

Thomas Jenkoe et Diane Sara Bouzgarrou

         The last Hillbilly

Vénéra Paravel et Lucien Castaing-Taylor

         Caniba

S COMME SEXUALITE – Filmographie

#Female pleasure, Barbara Miller

Anatomie d’un rapport. Luc Moullet et Antonietta Pizzorno

Au cœur du bois. Claus Drexel

Bambi. Sébastien Lifshitz

Un couple peu ordinaire. Jean-Michel Carré

Couteau suisse, François Zabaleta

Désirs et sexualité. Nils Tavernier

Diary of a Married Man. Lech Kowalski

Enquête sur la sexualité. Pier Paolo Pasolini

Finding Phong, Tran Phuong Thao et Swann Dubu

Les Invisibles. Sébastien Lifshitz

Jaurès. Vincent Dieutre

Je ne suis pas malheureuse, Laïs Decaster

Mat et les gravitantes. Pauline Pénichout

On vit d’amour. Silvano Agosti

Le Papier ne peut pas envelopper la braise.  Rithy Panh

Pilou, un homosexuel entre deux guerres. Anne Deloget

Pourvu qu’on m’aime. Carlo Zoratti

Quand j’étais papillon. Adrien Charmot et Jenny Saastomoinen

Sans frapper, Alexe Poukine

Sexe, Amour et Handicap. Jean-Michel Carré

Ti gars. Doris Buttignol

Les Travailleu(r)ses du sexe – (et fières de l’être). Jean-Michel Carré

Les Trottoirs de Paris. Jean-Michel Carré

Un peu, beaucoup, passionnément. Fabienne Abramovich

L’un vers l’autre. Stéphane Mercurio

Vers la tendresse. Alice Diop

Vilain Garçon. François Zabaleta

Would You Have Sex With An Arab? Yolande Zauberman

Y.O.L.O., Karim Bey

J COMME JEU du dictionnaire

Voulez-vous jouer au jeu du Dictionnaire ?

Voici des indices permettant d’identifier un film. Un film documentaire bien entendu.

Niveau : facile

NB : ces films sont présents dans le Dictionnaire du cinéma documentaire et/ou sur le blog

  1. Un film de 2004. Des audiences de tribunal filmées comme des scènes de théâtre. Nous assistons successivement à des comédies et à de véritables tragédies.
  • Film de 1960, le premier, et sans doute le seul, à avoir revendiqué explicitement l’appellation « cinéma vérité ».
  • Film de 2002. Si les Etats-Unis détiennent le record mondial des morts par arme à feu, c’est en partie parce qu’elles sont en vente libre.
  • Film de 2003. Le passage des trains met un peu d’animation dans la suite des usines abandonnées que leur parcours nous fait découvrir.
  • Un film de 1996. Une ville d’eau, filmée par de longs travellings au raz des canaux où se reflètent les ponts.
  • Film de 1978. Un homme qui s’enferme chez lui, la tête entourée de bandelettes comme une momie et qui repeint son appartement en noir.
  • Film de 1922. La découverte des Inuits du grand nord canadien, leurs conditions de vie difficiles, dans une nature grandiose mais fondamentalement hostile.
  • Un film de 1982. Un Japon riche, surpeuplé, avec ses gratte-ciels, ses néons, ses trains, ses grands magasins et ses cimetières de chats.
  • Un film de 2010. La boxe et toutes les activités physiques qu’elle permet, du ring au sac de sable dans lequel il faut frapper et frapper encore, en passant par la corde à sauter
  1. Un film de 2002. Il fait encore nuit, dans ce matin d’hiver, lorsque les écoliers rejoignent leur classe. Un trajet emprunté quotidiennement, dès trois ans, pour se rendre à l’école.

S COMME SEXUALITÉ.

On vit d’amour. Silvano Agosti, Italie, 1984, 93 minutes.

On vit d’amour. Une belle formule. Tellement limpide. On ne peut pas vivre sans amour, comme l’ont bien noté tous les psy qui se sont penchés sur le berceau du nourrisson. Du lait, oui, il en faut au nouveau-né humain. Mais cela ne suffit pas. Encore faut-il qu’il soit aimé. Sans quoi, il finira par dépérir.

Que le film de Silvano Agosti commence par une séquence d’allaitement d’un nourrisson n’est donc pas dû au hasard. D’entrée de jeu, le cinéaste, par un cadrage serré sur le visage, la bouche même, du bébé qui tète, donne le ton de son film. La mère raconte son accouchement et le moment magique où l’enfant qui vient de naître est déposé sur son ventre. Une image du bonheur.

Pourtant, le film ne va pas du tout développer cette image du bonheur. Bien au contraire.

C’est que l’idée d’amour renvoie inévitablement à la sexualité. Et là, les choses se gâtent la plupart du temps.

Existe-t-il – peut-il existe – une sexualité heureuse ? A suivre les portraits que dresse le film, on pourrait en douter.

La faute en est à la société, à ses interdits, à ses tabous, au rejet de la différence, à cette éducation rigoriste de l’Italie catholique. Agosti filme un garçon de neuf ans qui condamne sans concession l’école qui est une cage. L’école pour lui, c’est tout le contraire de la vie. Il accuse aussi les adultes (tous les adultes) qui ne considèrent pas les enfants comme des êtres humains à part entière. Une revendication de liberté qui doit se concrétiser dans la vie amoureuse.

Les autres portraits du film sont tous plus pathétiques les uns que les autres. Cette femme d’abord, jeune et souriante au début du film, mais dont le visage se transforme très vite dès qu’elle est appelée à évoquer sa sexualité. Une sexualité qu’elle n’arrive pas à vivre. Une vie sans plaisir donc, son éducation le renvoyant systématiquement à l’impureté, le lui a à jamais interdit. La séquence se termine par un aveu. « Je suis la fille d’un prêtre ». Un vrai prêtre, demande le cinéaste incrédule. Un vrai prêtre répond-elle simplement.

Agosti mène des entretiens extrêmement exigeants, demandant toujours plus de détails. Comment une transsexuelle devenu prostituée peut-elle faire l’amour avec un homme ? Comme toutes les femmes répond Gloria, qui aurait pu faire une carrière de chanteuse lyrique. Anna, elle, explique en détail la prostitution. Un panneau annoncera son suicide après le tournage du film.

La tendresse qu’est-ce que c’est ? Aucunes de ces femmes ne trouve des mots pour la définir. Pendant l’enfance peut-être existe-t-elle. Mais certainement pas après. Un film d’un pessimisme noir.

Agosti revendique (par un carton en ouverture de son film) un cinéma indépendant et d’auteur. On ne sera pas surpris d’apprendre qu’il eut souvent maille à partir avec la censure. On vit d’amour, un film sans concession, un film de combat, de révolte. Un film qui revendique la liberté sexuelle pour tous.

On doit remercier la cinémathèque du documentaire de l’avoir programmé dans son cycle Pasolini, Pasoliniennes, Pasoliniens.

A COMME ABECEDAIRE – Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval

NB. Les films réalisés par Nicolas Klotz en dehors de la collaboration avec Elisabeth Perceval ne sont pas pris en compte ici.

Alternatif

Saxifrages, quatre nuits blanches

Avignon

Le vent souffle dans la cour d’honneur

Brésil

Mata Atlantica

Cinéma

Mata Atlantica

Déforestation

Mata Atlantica

Destruction

L’Héroïque Lande – La frontière brûle

Ecologie

Mata Atlantica

Festival

Le vent souffle dans la cour d’honneur

Forêt

Mata Atlantica

Immigration

Fugitif où cours-tu ?

L’Héroïque Lande – La frontière brûle

Jungle de Calais

Fugitif où cours-tu ?

L’Héroïque Lande – La frontière brûle

Marginalité

Saxifrages, quatre nuits blanches

Plage

Fugitif où cours-tu ?

Plantes

Saxifrages, quatre nuits blanches

Réfugiés

Fugitif où cours-tu ?

L’Héroïque Lande – La frontière brûle

Théâtre

Le vent souffle dans la cour d’honneur

Ville

Saxifrages, quatre nuits blanches

L’Héroïque Lande – La frontière brûle

P COMME PEUR

La Paura. Pippo Delbono, Italie, 2009, 69 minutes

Un sentiment terrifiant, envahissant, destructeur. Un sentiment qui vous anéanti. Comment ne pas être submergé ? Comment réussir à réagir, résister, survivre ?

La peur qu’éprouve, et que film, Pippo Delbono, résulte d’un regard lucide portée sur le monde, sur un pays, une société sur la mauvaise pente. Cette Italie où le fascisme est de retour à visage découvert, avec son racisme, sa haine des étrangers, de l’autre. Une Italie qui fait peur. Mais qui suscite aussi de la colère.

Le film de Delbono est un sursaut, vital. Un cri pour dénoncer l’inacceptable. Une recherche pour trouver des raisons d’espérer encore. Malgré tout.

La télévision tient une grande place dans le film, parce qu’à l’évidence elle est partout dans la société et dans les consciences. Grande fournisseuse d’images, pourquoi ne pas l’utiliser, la piller même, la détourner aussi. La première séquence du film montre par écran télé interposé un reportage sur l’obésité, mal du siècle, pour les enfants et les jeunes, surtout. Le remède/ L’activité physique. Et Delbono d’accumuler des vues de jambes qui courent sur des tapis roulants, dans des salles dites de sport. Une vision qui ne manque pas d’humour.

Mais la réalité du pays n’est pas toujours très drôle. Preuve, ces inscription racistes sur les murs. Delbono nous en propose un court florilège, suffisamment éloquent. Mais c’est surtout l’actualité qui peut faire peur. Un jeune noir a été tué par un pâtissier et son fils parce qu’il avait volé un gâteau. Delbono se rend à la veillée funèbre, filme les visages marqués par une tristesse indescriptible. Il suit ensuite la cérémonie des funérailles, s’étonnant d’être le seul à être venu pour protester contre ce crime. On lui demande ce qu’il fait là, à filmer avec son téléphone. Il est considéré comme un intrus. Mais il s’explique. Il ne peut pas rester silencieux devant l’horreur. Il doit témoigner, montrer que l’Italie est devenue « un pays de merde », une formule qu’il répète plusieurs fois.

Le film se termine par une présentation de Bobo, qu’il filme ici pour la première fois. Ce sourd muet, analphabète, a vécu plus de 20 ans dans un asile. Delbono vient de la « libéré ». Il deviendra un des personnages de ses spectacles théâtraux et de ses films futurs. Delbono le filme longuement sous sa douche. Une eau qui devient le signe d’une nouvelle vie.

Cycle Pasolini, Pasoliniennes, Pasoliniens. Cinémathèque du documentaire.

C COMME CIRQUE – Italie

Babooska. Tizza Covi, Rainer Frimmel, Italie, 2005, 100 minutes

Le film s’ouvre sur le gâteau d’anniversaire, 20 ans, de Babooska et se ferme sur celui de ses 21 ans. Il couvre donc un an de la vie de la jeune fille et des membres de sa famille avec qui elle vit. Père, mère et sœurs qui travaillent tous dans le petit cirque itinérant qui parcourt l’Italie à la recherche de spectateurs. Ce qui n’est pas toujours facile.

C’est Babooska qui dirige cette petite entreprise. C’est elle qui décide des itinéraires, qui contacte les autorités pour décider d’un lieu pour installer le chapiteau, qui définit les numéros du spectacle et leur ordre de succession. Il lui faut d’ailleurs faire face à bien des changements, la blessure de la mère ou le départ de la grande sœur qui quitte le cirque pour se marier. A chaque fois, c’est elle qui doit faire face à la situation.

Le film ne nous montre pas vraiment le spectacle du cirque des Gerardi, la famille de Babooska. La caméra reste plutôt en coulisse et nous n’apercevons la scène que dans une brève séquence, entre deux rideaux. Pourtant, il s’achève sur le numéro de hula hoop exécuté par une Babooska tout sourire, comme il se doit. On devine les spectateurs, mais on ne les voit pas. Un hommage au dévouement de la jeune fille.

Sa vie, et celle de sa famille, est tout entière consacrée au cirque. Nous suivons les innombrables déplacements en voiture. Nous traversons des paysages enneigés, nous longeons la côte et les ports de plaisance, nous parcourons les rues désertes de petites villes. L’annonce du spectacle de l’après-midi et du soir (personne n’aura froid puisqu’il y a un chauffage moderne) se répète dans le vide. Il y aurait de quoi désespérer. Mais, non, Babooska ne se laisser jamais décourager.

En dehors des plans de cette itinérance en voiture, le film multiplie les séquences de repas à l’intérieur de la caravane. Des moments où la famille se retrouve et qui rendent compte de son quotidien. Seul moment où Babooska trouve une certaine indépendance, le bal où elle se rend un soir. Dans la salle et sur la piste de danse, il n’y a que des personnes d’un certain âge. Rien dans le film n’évoque la jeunesse et les 20 ans de l’héroïne.

A travers les déplacements du cirque de Babooska, c’est le portrait d’une certaine Italie qui nous est proposé. Une Italie rurale, marginale, où l’on est bien loin des grands problèmes nationaux. Il n’est jamais question de politique. Explicitement du moins. Car ce portrait du pays est politique de part en part.

Cycle Pasolini, Pasoliniennes, Pasoliniens – Cinémathèque du documentaire.

F COMME FILMOGRAPHIE – Brésil

Des films brésiliens ou sur le Brésil

Sélections

Antonio, Lindo Antonio. Ana Maria Gomes

A rosa azul de novalis. Gustavo Vinagre, Rodrigo Carneiro

A Terceira Margem. Fabian Remy

L’autre Rio. Émilie Beaulieu-Guérette

Bixa Travesty. Claudia Priscilla et Kiko Goifman

Bolivie Brésil, la frontière de tous les trafics, Patrick Fléouter

Cinema novo Eryk Rocha

Edificio Master, d’Eduardo Coutinho

La femme est sentimentale Olivier Zabat

La Fin et le Début, Eduardo Coutinho

Gosses de Rio Thierry Michel

Lembro mais dos corvos (Je me souviens des corbeaux), Gustave Vinagre

Mapa de sueños latinoamericanos, Martin Weber

Martirio. Vincent Carelli,

Mata Atlantica. Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval

On vous parle du Brésil : Carlos Marighela. Chris Marker

Où est Edson ? (Cadê Edson?) Dácia Ibiapina

Puisque nous sommes nés de Jean-Pierre Duret et Andréa Santana

Quebramar Cris Lyra

Le reflet du lac. Fernando Segtowick

Le  Rêve de São Paulo. Jean-Pierre Duret et Andréa Santana

Rio de vozes. Andréa Santana et Jean-Pierre Duret

Rio gravité zéro. Cathie Levy

Romance de terre et d’eau . Jean-Pierre Duret et Andréa Santana

Saudade do futuro  de César Paes et Marie-Clémence Paes

Sauvagerie.  Jonathan Le Fourn, Remi de Gaallon

Le Sel de la Terre Wim Wenders

Les semences de notre cour de Fernanda Heinz Figueiredo

Sete anos em maio (Sept années en mai). Affonso Uchôa

Surfavela Joaquim Pinto

The Trial. Maria Augusta Ramos

Últimas Conversas, Eduardo Coutinho

Yesterday there were strange thinks in the sky. Bruno Risas

Les yeux ouverts. Charlotte Dafol

Zona Oeste Olivier Zabat

P COMME PSYCHIATRE.

Le divan du monde. Swen de Pauw, 2016, 91 minutes.

Jusqu’à quel point un cinéaste peut-il être indiscret ? Peut-il s’immiscer dans la vie des gens, dans leur intimité, dans le fond de leur cœur et de leur esprit ? Peut-il donner à voir et à entendre ce que d’habitude personne ne révèle spontanément ? Bien sûr, aucun cinéaste n’oserait se livrer à un tel projet à l’insu des personnes concernées. Mais leur acceptation d’être filmé n’est-elle pas, d’une façon ou d’une autre, une manifestation d’exhibitionnisme ?

Entrer dans le cabinet d’un psychiatre – d’un psychologue, d’un psychanalyste – filmer les séances, les aveux des patients, les récits de leurs comportements réels ou imaginaires, l’évocation de leurs rêves, de leurs désirs, bref de leur vie psychique, avec ses secrets, ses refoulements et ses renoncements, n(est-il pas l’indiscrétion absolue, pouvant aller jusqu’au viol de conscience – sans parler du non-respect du secret médical. Et cela, même si le film ne se fait – ne peut se faire- qu’avec l’accord explicité de ceux qui y participent. Mais peut-on toujours juger a priori des effets que peut avoir la divulgation publique d’une parole qui par définition est d’abord une parole privée, une parole secrète. Qu’en est-il alors de la visée thérapeutique ?

Le film de Swen de Pauw s’inscrit inévitablement dans ce questionnement.

Notons d’abord un point qui pourrait sembler n’être qu’un détail, concernant son titre. Un point qui n’est certes pas central, mais qui permet d’aborder le fonctionnement du film au niveau de sa réalisation, ce qui est quand même important au niveau du processus de construction du sens.

Le titre du film, Le Divan du monde, est quelque peu trompeur. Le terme divan évoque immédiatement la pratique de la psychanalyse. Or ce n’est pas cela que le réalisateur filme. Et d’ailleurs, il ne fait aucune référence à Freud ou à ses successeurs. Nous sommes clairement dans le cabinet d’un psychiatre, médecin spécialiste qui pratique une psychothérapie par la parole, mais qui ne se prive pas de prescrire des médicaments et même d’envoyer un de ses patients chez un confrère « comportementaliste », ce qui est évidemment à l’opposé de la psychanalyse.

Nous sommes en présence d’in face à face entre un psychiatre et un patient, les deux personnes étant séparées par un bureau. Ce bureau étant en l(occurrence passablement encombré d’un nombre important de documents papier.

Le dispositif de tournage découle de cette situation. Tout le film se déroule dans une succession de champs-contrechamps. Le patient est filmé de face, en plan rapproché, sur fond d’une étagère garnie de dossier. Le psychiatre est lui aussi filmé de face, mais dans un cadre un peu plus large permettant de voir la tête du patient qui lui fait face en amorce, ainsi que le mur de la pièce recouvert d’affiches, extraits de journaux et autres documents écrits. Le cinéaste a choisi de ne jamais sortir de ce lieu, comme si ce qui y est dit ne devrait pas aller au-delà de ses murs, ce qui est bien sûr une illusion – ou un leurre – puisqu’il y a dans la pièce au moins une autre personne (le cinéaste et sans doute un ou deux membres d’une équipe technique). Et comme dans tous les films de fiction – sauf exception remarquable – la caméra est invisible, ainsi que le cinéaste qui fait tout pour se faire oublier. Rien ne nous dit donc que nous sommes dans une séance « réelle ». Il nous est simplement demandé de le croire.

Le film nous propose donc une série de portraits de patients venus consulter un psychiatre. Des fragments de portraits plutôt, présentés de façon chorale, avec des retours répétés sur certains d’entre eux. C’est bien sûr les raisons pour lesquelles ils consultent (leur pathologie) qui fait tout l’intérêt de leur présence dans le film. Des pathologies dont le psychiatre ne donne pas d’éléments d’identification. Nous ne sommes pas dans un documentaire professionnel. Ce qui intéresse plutôt le cinéaste, c’est le vécu de ces personnes, leurs souffrances et leur difficulté de vivre. A plusieurs reprises, le psychiatre exprime ses craintes qu’ils en viennent à mettre fin à leurs jours. Sans son soutien – et le traitement qu’il prescrit – cela ne se serait-il pas produit ?

Mais le personnage central du film, c’est bien sûr le psychiatre, et pas seulement parce qu’il est présent de bout en bout. Un psychiatre quelque peu excentrique, peu conventionnel en tout cas. Un véritable héros de cinéma.

Excentrique il l’est d’abord par sa tenue vestimentaire et les messages que ses tee-shirts délivrent (« Sarkozy …je te vois »). Mais aussi par son langage, souvent assez cru, qui n’hésite pas en tout cas à se situer dans un registre plutôt populaire. Et puis pendant toute la séance, il écrit, rédige des notes peut-être, en tout cas il semble ne pas se concentrer sur la personne en face de lui.

Son écoute ne fait pourtant pas de doute. Et dans beaucoup de cas, ses commentaires et ses conseils, sont visiblement appréciés par ses patients. Notamment lorsqu’il s’agit d’immigrés, réfugiés sans papiers, dont la situation renvoie à une problématique plus politique que psychiatrique.

Un psychiatre engagé donc. Et si nous ne sortons pas de son cabinet de consultation, c’est lien le monde réel – et toute sa misère – que nous y rencontrons.

J COMME JEU

 Vrai / Faux :  Sans Soleil Chris Marker

1 Le titre du film est emprunté à Tchaïkovski                                   vrai / faux

2 Le commentaire est constitué de lettres de Hayao Yamaneko          vrai / faux

3 Dans le cimetière des chats, un couple dépose une offrande à leur petite chatte perdue, Tora.                                                vrai / faux

4 Des images d’archives montre Amilcar Cabra pendant sa guérilla   vrai / faux

 5  Seu Shonagen est l’autrice de la liste  des choses qui font battre le cœur

vrai / faux

6 Les images des trois enfants en Islande au début du film sont de

Danielle Tessier                                                                               vrai / faux

7 Parmi les images que l’on voit de la télévision japonaise figurent

 des images de tremblement de terre                                                  vrai / faux

8 La « zone » est un lieu interdit                                                       vrai / faux

9 L’histoire du Japon est évoquée à travers les bombardements de

 Tokyo pendant la guerre du Pacifique                                              vrai / faux

9 le 25 septembre, cérémonie pour le repos de l’âme des poupées cassées.                               vrai / faux

F COMME FILMOGRAPHIE -Vieillesse

D’une façon générale, les documentaires mettant en scène le troisième âge, et même le quatrième, ne sont pas si tristes – ni désespérants – qu’on aurait pu le craindre. La vieillesse serait-elle devenue le plus bel âge de la vie ?

Sélection.

Avec mes quelques rides. Brigitte Chevet

Les belles dames. Marion Lippmann et Sébastien Daguerressar.

         V COMME VIEILLESSE DOREE

Une chambre à elle. Benoîte Groult ou comment la liberté vint aux femmes. Anne Lenfant.

            G COMME GROULT Benoîte

Chavela Vargas.  Catherine Gund et Daresha Khy

         C COMME CHAVELA VARGAS

 Des huîtres et du champagne. Chantal Briet

Dieu sait quoi, Fabienne Abramovich.

         V COMME VIEILLESSE.

Les enfants du 209 rue Saint Maur Paris X°. Ruth Sylberman

            I COMME IMMEUBLE- Paris

Le grand Cortège. Pierre Creton

Le jardin de Jad, Géorgi Lazarevski

         C COMME CONSTRUCTION -Mur

Une jeune fille de 90 ans. Valeria Bruni Tedeschi, Yann Coridian

Leur Algérie. Lina Soualem

G COMME GRANDS-PARENTS

Licu, o poveste românească. Ana Dumitrescu

Maniquerville. Pierre Creton

         V COMME VIEILLESSE – Maison de retraite.

Mirror of the bride, Yuki Kawamura

         G COMME GRAND-MERE

La mort se mérite.  Nicolas Drolc

         L COMME LIVROZET Serge

Mourir ? Plutôt crever ! Stéphane Mercurio

  S COMME SINE

Nos amours de vieillesse. Fabienne Abramovich

Papa s’en va. Pauline Horovitz

         R COMME RETRAITE

Papy-Mamie. Michaël Lheureux

Spezzacatene. Stephano Savona

Trace (KIRI) Naomie Kawase

         K COMME KAWASE Naomie

La visite. Le château de Versailles. Pippo Delbono

Voir ce que devient l’ombre. Matthieu Chatellier

A COMME ABECEDAIRE -Pier Paolo Pasolini

Écrivain, dramaturge, poète, essayiste politique, cinéaste à scandales, Pasolini est aussi l’auteur de documentaires dont plusieurs se penchent sur son travail de cinéaste sous la forme de carnets de notes, ou de repérages, pour des films futurs dont certains ne virent jamais le jour.

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S COMME SDF – Brésil

Les yeux ouverts. Charlotte Dafol, Brésil, 2020, 92 minutes.

Ils vendent leur journal dans toute la ville, aux terrasses des cafés et des restaurants, aux feux rouges aussi, lorsque les voitures s’arrêtent.

Le journal, Boca de rua, c’est leur gagne-pain. Un maigre revenu, mais qui leur permet de vivre. Nous sommes au Brésil, à Porto Alegre, avec un groupe de SDF.

Mais Boca de rua est plus qu’un gagne-pain. C’est une raison de vivre et un moyen de se faire accepter dans la ville, dans un contexte qui n’est pas facile, face à la violence de la rue. Comme le dit une femme, dormir seule dans la rue suppose d’avoir un couteau sous son oreiller.

Boca de rua est un journal bien particulier. Tous ceux qui le vendent en sont les auteurs. Il n’est pas question de faire appel à des journalistes extérieurs. Un Véritable travail collaboratif où sont accueillis tous ceux qui le souhaitent. Il suffit de participer aux réunions du groupe.

Nous suivons ces réunions où chacun participe donc à l’élaboration de chaque numéro du journal. Des réunions où chacun s’exprime et où tous écoutent attentivement ceux qui interviennent. Des réunions animées avec beaucoup de souplesse et d’efficacité par une femme extraordinaire, qui sans vouloir se mettre particulièrement en avant, apparait peu à peu dans le film comme la cheville ouvrière et l’âme du journal.

Si nous suivons les membres de Boca de rua lors des ventes dans la rue, nous les accompagnons aussi dans leur vie quotidienne dans la rue. Face à la caméra, ils répondent aux questions de la cinéaste. Ils évoquent leurs conditions de vie, leurs difficultés et leurs espoirs. Car aucun ne semble se décourager. Tous sont prêts à continuer à se battre. Et pour cela, le journal est un soutien irremplaçable.

Ces entretiens dessinent par petites touches des portraits très sensibles, où chacun se livre avec beaucoup de sincérité, et de lucidité sur leur situation. S’ils dénoncent les violences qu’ils subissent, ils le font sans colère, demandant simplement d’être respectés comme des êtres humains.

Boca de rua va avoir 18 ans. L’occasion de fêter tous ensemble cet anniversaire. En musique bien sûr.

Ce film est une réjouissante bouffée d’espoir.

Festival International de Films de Femmes 2021

A COMME ABECEDAIRE – Magali Roucaut

Réalisatrice, elle est aussi photographe et Cheffe opératrice. Elle a travaillé en particulier avec Luc Moullet.

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U COMME USINE – Paris

Derrière les pierres. Magali Roucaut, 2016, 59 minutes.

Les habitants du quartier imaginent-ils que derrière ce mur de pierres il y a une usine ? Une usine bien réelle, avec des ouvriers qui travaillent, qui produisent. Une usine en plein Paris. La dernière peut-être à ne pas avoir gagné la banlieue. Mais ses jours parisiens sont comptés. Un promoteur s’affiche sur la façade. Bientôt, prochainement, à la place de l’usine, il y aura des appartements.

Dans l’usine, une fabrique de carton, la cinéaste montre le travail, les postes de découpe du carton. Les gestes des ouvriers sont rapides, répétitifs, stéréotypés. En quelques plans fixes, nous sommes au cœur de la production. Tout à côté des machines, dont il faut suivre le rythme. Et supporter le bruit.

Puis la cinéaste dialogue avec les ouvriers. Un africain, un maghrébin, une asiatiques, des immigrés, ou des enfants d’immigrés. Depuis combien de temps sont-ils là, dans cette usine, et en France Ont-ils envie de revenir dans leur pays d’origine ? Et puis, puisqu’ils ont des écouteurs sur les oreilles, qu’écoutent-ils ? A longueur de journée, pour supporter le côté ennuyeux du travail. Un travail dont on comprend vite, qu’il n’a aucun intérêt.

Rn sortant de l’usine, nous avons droit à quelques vues du quartier. Un quartier qui se transforme rapidement. Le prix du m2 grimpe en flèche. Qu’il y ait des appartements à la place de l’usine ne dérange personne. En apparence. Le promoteur assure que dans son projet, la nouvelle construction se fera en gardant la façade ancienne.

Il est toujours intéressant de pénétrer dans une usine et de suivre le travail des ouvriers. Le film a de plus l’intérêt de nous mettre au cœur des transformations du tissu urbain, des évolutions de l’habitat et de la disparition de ce qu’on appelait les « quartiers populaires » de Paris.

G COMME GRANDS-PARENTS algériens

Leur Algérie. Lina Soualem, France-Algérie, 2020, 72 minutes.

Le grand-père et la grand-mère de la cinéaste. Après 62 ans de mariage, ils décident de se séparer. Ils vont vivre chacun de leur côté, mais dans deux immeubles qui se font face. Sont-ils vraiment séparés ? La cinéaste ne comprend pas ce qui s’est passé. Et pour essayer d’y voir plus clair, elle décide de faire un film. Une bonne occasion de se pencher sur la vie de ce couple d’immigrés algériens, venu en France dans les années 1950 et qui ne sont jamais repartis dans leur pays.

Ils se sentent pourtant aujourd’hui encore algériens. Dans les premières années de leur vie d’immigrés, ils prévoyaient bien, comme tous les autres, de repartir en Algérie. Mais ils sont finalement restés, une fois l’habitude installée. Le film évoque, grâce aux questions de la cinéaste, les conditions de cette vie nouvelle, qu’ils semblent ne pas regretter. Ils se sont installés dans une petite ville en Auvergne, Thiers, où le père travaillait comme affuteur de couteaux. Un travail certes pas facile, mais le film ne s’oriente pas vers une critique des conditions faites aux ouvriers. Après tout, travailler en France permettait au couple d’envoyer de l’argent à la famille restée en Algérie.

Rencontrant successivement le grand-père et la grand-mère, le film fait un va-et-vient incessant entre les deux appartements et les activités respectives des deux personnages. Seule interruption à ce face à face, les voyages à Thiers du fils du couple, le père de la cinéaste. Des moments importants dans la vie des immigrés. Le fils, qui poursuit une carrière de mime et de comédien est la preuve de la réussite familiale.

Le film n’explique pas vraiment la séparation du couple, mais le portrait qui est en fait montre deux personnalités si différentes l’une de l’autre qu’on peut s’étonner qu’ils aient pu vivre en couple pendant plus de 60 ans.

Le grand-père est taciturne, peu bavard. Il répond aux questions de sa petite fille par quelques mots seulement et passe ses journées dans une galerie marchande d’un hyper-marché.

La grand-mère par contre est particulièrement dynamique. Elle part souvent de grands éclats de rire, auxquels se mêlent parfois quelques pleurs à l’évocation de   certains épisodes de sa vie. Contrairement à son mari, elle a beaucoup d’amies que sa nouvelle vie lui permet de rencontrer quand elle le désire. On a l’impression qu’elle a enfin conquis sa liberté.

La vie de ce couple est en fin de compte assez banale – en dehors de la réussite artistique du fils et de la cinéaste. Beaucoup d’immigrés pourraient s’y reconnaître. Ey les images d’archives familiales – ces fêtes où la famille et la communauté se retrouver pour danser et chanter dans une ambiance de bonheur – jouent bien leur rôle de traces aidant à lutter contre l’oubli. Mais ce ne sont pas des révélateurs de la dimension la plus profonde de l’immigration. Si celle-ci a une face cachée, elle reste inaccessible, pour nous comme pour la cinéaste.

Festival International de Films de Femmes, 2021

P COMME PASOLINI Pier Paolo

Notes pour un film sur l’Inde, Italie,1968, 36 minutes

Repérages en Palestine pour le film : « L’Évangile selon Saint-Matthieu ». Italie, 1965, 55 minutes

Deux films de Pasolini au travail. Avant tout tournage, l’affinement du projet, le développement de l’idée de départ. Et des repérages sur le terrain. Pasolini se rend donc en Inde avec un projet de film qui ne verra jamais le jour. En Palestine il parcourt les lieux où le Christ a vécu et prêché. Un travail d’observation indispensable dans le long processus qui aboutira au film L’Evangile selon Saint Matthieu.

En Inde, Pasolini se concentre sur deux thèmes, la religion et la faim. Il filme donc la misère, et les souffrances, les pieds et les mains déformé.e.s par la lèpre par exemple. Il pose la question de la surpopulation. Pour résoudre le problème, faut-il en arriver à une solution radicale, un vaste plan de stérilisation ? Pasolini semble ne pas prendre position.

Le fil qu’il suit tout au long de son film réside dans une légende selon laquelle un Maharadjah aurait offert son corps pour nourrir un tigre affamé. Il pose la question à plusieurs hommes religieux. Feraient-ils de même ou existe-t-il des hommes qui le feraient. La plupart des interrogés ne se prononcent pas, Ou bien quand ils donnent une réponse, elle est négative.

Le film se termine par une cérémonie funéraire, le cortège qui défile en portant le corps et la mise en feu du bûcher. Pasolini ne fait pas de commentaire. Les images parlent d’elles-mêmes.

En Palestine, sur les pas du Christ, de Nazareth à Jérusalem, en passant par le lac de Tibériade et la Mer Morte, Pasolini – très présent à l’image – observe, interroge, recueille des impressions et met à l’épreuve de la réalité les idées qu’il se faisait a priori du pays et de ses habitants. Pourra-t-il trouver des figurants ? Et sur le terrain pourra-t-il filmer des paysages qui ne soit pas déformés par la modernité et l’industrie ? Et surtout, faudra-t-il vraiment venir filmer ici, alors qu’il est possible de trouver des paysages identiques en Italie. Des paysages désertiques, désolés, qui doivent être essentiels pour le film qu’il a en tête.

Le film a un côté road movie, avec ses vues de paysages filmés depuis l’intérieur d’une voiture. Aux arrêts, Pasolini dialogue avec un prêtre à propos de la vie du Christ. En Israël, il interroge les membres d’un kibboutz. Une femme donne son point de vue sur l’éducation des enfants et un homme explique le fonctionnement socialiste et le type de vie communautaire mis en œuvre. Nous sommes bien loin de la réalité actuelle du pays.

Ces deux films ne peuvent pas être considérés comme de simple making off, puisqu’ils ne sont pas réalisés. Celui sur l’Inde ne le sera d’ailleurs jamais. Il s’agit bien plutôt de véritables documentaires où un cinéaste s’interroge, in situ, sur son cinéma. Une introspection en images à laquelle peu de réalisateurs se sont livrés avec autant de pertinence et de sincérité.

Deux films proposés dans le cycle (accessible en ligne) de la Cinémathèque du documentaire de la BPI intitulé Pasolini, Pasoliniennes, Pasoliniens ! Un cycle qui se propose de redécouvrir les documentaires de Pasolini et de mettre en évidence l’influence que le cinéaste-écrivain-poète peut avoir sur des cinéastes contemporains. A suivre donc.