C COMME COUPLE – FILMOGRAPHIE.

Le cinéma regorge d’aventures de couples, de la rencontre à la séparation, du coup de foudre à la haine plus ou moins réciproque. Toujours c’est d’amour qu’il s’agit.

Le cinéma documentaire nous montre les arcanes de la relation amoureuse en nous conduisant aux quatre coins du monde.

La sélection ci-dessous va se l’Iran à l’Italie en passant par les États-Unis ou la Roumanie, l’Algérie et le Canada.

Bella de Thelyia Petraki

Jaurès de Vincent Dieutre

La Bocca del Lupo de Pietro Marcello

La place de l’homme de Coline Grando

La rencontre d’Alain Cavalier

Les Invisibles de Sébastien Lifshitz

Leur Algérie de Lina Soualem

No sex last night de Greg Shephard et Sophie Calle,

Quand j’étais papillon de Adrien Charmot et Jenny Saastomoinen.

Radiographie d’une famille de Firouzeh KHOSROVANI

The balad of Genesis and Lady Jaye de Marie Losier

Tous nos vœux de bonheur de Céline Dréan

Trio de Ana Dumitrescu

Un amour (Roman) De Richard Copans

Un amour d’été de Jean-François Le sage

Un couple peu ordinaire de Jean-Michel Carré

Une histoire d’amour de Astrid Adverbe et Boris Lehman

Une jeunesse amoureuse de François Caillat

Vers la tendresse de Alice Diop

T COMME TILO KOTO

Tilo Koto. Sophie Bachelier et Valérie Malek, 2021, 65 minutes.

L’immigration encore et toujours. Le départ d’Afrique, du Sénégal en l’occurrence. La vie en Afrique devenue invivable. Des conditions de vie, des conditions de survie plutôt, devenues de plus en plus difficiles, incertaines, précaires. Partir devient une nécessité. Partir ailleurs. Vers une vie meilleure. Partir pour survivre. Pour vivre vraiment.

Ailleurs c’est l’Europe. L’atteindre par tous les moyens. Même les plus dangereux. Même les plus incertains. Prendre une route secrète. Celle qui peut mener en Europe. Qui doit aboutir en Europe. Qui devrait y aboutir. En passant par le désert, le Burkina Faso, le Niger. Jusqu’en Libye.

Et en Libye, c’est l’enfer. La prison, la torture, le travail forcé, l’esclavage. Cet enfer de la Libye serait-il possible de l’éviter ?

Le film de Sophie Bachelier et Valérie Malek retrace les quatre tentatives de Yancouba  Badj pour gagner l’Europe depuis l’Afrique en passant par la Libye. Quatre tentatives qui se sont soldées toutes par des échecs. Quatre tentatives qui ont échoué en Libye, dans l’enfer de la Libye.

La première partie du film est consacrée au récit de Yancouba  Badj. Un récit noir, sans la moindre lueur d’espoir. Arrivé en Libye, le voyage ne peut que s’interrompre, s’arrêter de la manière la plus tragique qui soit. Un récit qui peut se résumer dans un avertissement, un cri pour prévenir, pour mettre en garde. Ne venez pas en Libye. Fuyez la Libye. Évitez la Libye coûte que coûte. La Libye ne sera pour vous tous, frères immigrés, qu’une terre de malheur.

Atteindre l’Italie depuis la Libye, par la mer, en traversant la Méditerranée, si peu y parviennent. Et le prix demandé par les passeurs est de plus en plus exorbitant. En Libye il est de plus en plus difficile, de plus en plus long, de rassembler cet argent, de plus en plus incertain de pouvoir réunir cet argent. Alors, pourquoi rester en Libye ? Pourquoi ne pas revenir au pays ?

Après quatre tentatives, quatre échecs, c’est ce que va faire …Revenir à son point de départ. Qu’il n’aurait jamais dû quitter.

Et c’est là que le film de Sophie Bachelier et Valérie Malek est vraiment original. Dénonçant les conditions inhumaines faites aux migrants en Libye, Yancouba  Badj en vient à dénoncer le fait de migrer lui-même.

Un changement de perspective qui s’effectue en deux temps.

1 Si l’on ne réussit pas à passer en Italie, ce n’est pas honteux, au contraire c’est une marque de courage, de ne pas rester en Libye et de revenir au pays.

2 Mieux, plutôt que de s’épuiser en vain dans des tentatives infructueuses, il faut renoncer à l’idée même de migration. Ne plus rêver à ce Graal inaccessible ou que si peu parviennent à atteindre. Rester au pays et s’y battre pour construire les conditions d’une vie meilleure.

Pour informer et convaincre, Yancouba  Badj a une arme : la peinture. Depuis son départ de sa Casamance natale, il s’exprime par l’art. Et il semble bien que ce soit efficace. Preuve, le centre culturel qu’il a créé et qu’il a nommé Tolo Koto, « sous le soleil ». Peu à peu, c’est une véritable révolution des mentalités qui s’opère. L’avenir n’est plus uniquement dans cette Europe qui se révèle en fait un mirage.

Tilo Koto : la renaissance de l’espoir.

V COMME VIOLENCE POLICIERE

Un pays qui se tient sage. David Dufresne, 2020, 90 minutes.

Le titre.

Une reprise de la phrase entendue lors de l’opération policière en banlieue parisienne au cours de laquelle les élèves d’un établissement scolaire – des adolescents donc – sont alignés face à un mur, à genoux et mains sur la tête : voila une classe qui se tient sage, entend-on, phrase prononcé semble-t-il par un membre -un responsable ?- de la police.

Le dispositif.

Des images des manifestations des Gilets Jaunes sont projetées à un certain nombre de personnes en studio, qui sont appelées à les commenter. Ces déclarations, filmées en plan rapproché sur un fond sombre, alternent avec les images des manifestations.

Les images.

Prises au cœur des manifestations, le plus souvent aux côtés des Gilets Jaunes, elles se focalisent presque toujours sur des gestes de violence (coups de matraques et autres coups de poing ou de pied) de la part des forces de l’ordre.

Ce sont des images réalisées avec des smartphones par des manifestants eux-mêmes, ou des spectateurs des défilés. Toutes sont anonymes. Elles ont été diffusées presque instantanément sur les réseaux sociaux. Les plus spectaculaires ont été reprises dans un second temps par les médias traditionnels, journaux télévisés et chaînes d’information en continu.

La bande son est dominée par les explosions – tirs de grenades en particulier – mais aussi par les cris des manifestants (des cris de souffrance sous les coups de matraque) et des injonctions adressées aux policiers en dehors des temps de charge. Il fait alors souligner que l’on entend aussi souvent les ordres criés par les policiers à l’adresse des manifestants, « dégage étant le plus fréquent). Cette parole des forces de l’ordre au cours des manifestations est rarement (on pourrait même dire jamais) reprise par les télévisions. Dans plusieurs passages la parole des manifestants à l’adresse des policiers devient une amorce de négociation, qui bien sûr tourne court.

Les intervenants.

Un mélange (est-il paritaire ?) d’experts et des anonymes. D’un côté donc des historiens et des sociologues, comme toujours sur les plateaux de télévisions. De l’autre, des hommes et des femmes pouvant se revendiquer des Gilets Jaunes et qui en tout état de cause ont participé aux manifestations. Certains d’ailleurs en portent la trace dans leur corps (perte d’un œil par exemple).

Dans l’alternance entre les images de manifestations (bruyantes) et les images en studio des commentateurs (relativement calme à une ou deux exceptions près) des extraits des allocutions télévisées du Président de la République introduisent un contre-point et une rupture dans le dispositif. Il en est de même pour un extrait de la retransmission télévisée de l’entretien entre Macron et Poutine lors d’un voyage officiel de ce dernier en France.

Aucun des intervenants n’est identifié dans le cours du film. Les noms et qualités ne sont indiqués que dans le générique final.

Le film se clôt par la mention des personnalités (représentants de force de l’ordre) qui ont refusé d’intervenir ou qui n’ont pas répondu à la sollicitation du cinéaste.

Les thèmes des interventions.

La légitimité de la violence d’État constitue le point de départ du débat (l’ensemble des interventions constitue in fine un débat global, même si le film n’en utilise pas la forme.) Cette question est notamment illustrée par les références opposées à Max Weber et Hannah Arendt. Elle est souvent élargie à une réflexion sur la démocratie, sa définition, son exercice et son devenir.

La nature des images retenues, captées sur le vif par des personnes présentes et diffusées instantanément sur les réseaux sociaux avec une audience pouvant être considérable, ouvre également une réflexion sur l’évolution actuelle des pratiques journalistiques et de l’information en général.

Élément d’analyse.

Ce film constitue, par sa compilation des images de manifestations violentes, un véritable document historique, une synthèse à visée pérenne en opposition à la dimension éphémère des réseaux sociaux. C’est un document qui prend nettement position en faveur des « victimes » de la violence policière, les tentatives de minimisation ou de justification de la part de représentants des syndicats de policier ne pèsent pas bien lourds face aux accusations des Gilets Jaunes. Beaucoup d’images sont alors de façon évidente des pièces à charge pouvant être utilisées par ceux qui accusent le gouvernement et le Président de la République d’une dérive autoritaire pouvant mener au développement d’un Etat policier. Le film ne conclue nullement que la France soit devenue une dictature. Mais la confrontation entre Macron et Poutine laisse apparaître un point commun dans la politique des deux présidents, leur volonté de réduire au silence la colère de ceux qui revendiquent plus de justice sociale et qui se posent en défenseurs de la liberté.

A COMME ABECEDAIRE – David Dufresne

Journalisme, écrivain, auteur multimédia.

Son webdocumentaire Prison Valley (2011), réalisé avec Philippe Brault, a été particulièrement remarqué et restera une création phare de ce genre en voie de disparition.

Art

Le Pigalle

Banlieue

Quand la France s’embrase – Enquête sur le maintien de l’ordre

Bohème

Le Pigalle

Canada

Fort McMoney : votez Jim Rogers !

Démocratie

Un pays qui se tient sage

Fort McMoney : votez Jim Rogers !

Elections

Fort McMoney : votez Jim Rogers !

Etat

Un pays qui se tient sage

Etats Unis

Prison Valley – L’Industrie de la Prison

Gilets jaunes

Un pays qui se tient sage

Histoire

Le Pigalle

Interviews

Quand la France s’embrase – Enquête sur le maintien de l’ordre

Manifestations

Un pays qui se tient sage

Quand la France s’embrase – Enquête sur le maintien de l’ordre

Mémoire

Le Pigalle

Paris

Le Pigalle

Pétrole

Fort McMoney : votez Jim Rogers !

Police

Un pays qui se tient sage

Quand la France s’embrase – Enquête sur le maintien de l’ordre

Prison

Prison Valley – L’Industrie de la Prison

Répression

Un pays qui se tient sage

Quand la France s’embrase – Enquête sur le maintien de l’ordre

Ruralité

Fort McMoney : votez Jim Rogers !

Ville

Le Pigalle

Violence

Un pays qui se tient sage

Quand la France s’embrase – Enquête sur le maintien de l’ordre

A COMME ABECEDAIRE – Mariana Economou

Cinéaste grecque.

Agriculture

Quand les tomates rencontrent Wagner

Cuisine

Quand les tomates rencontrent Wagner

Danemark

Terminus Paradis

Europe

Europe, connais pas !

Grèce

Quand les tomates rencontrent Wagner

Galères grecques

Terminus Paradis

Identité nationale

Europe, connais pas !

Jeunesse

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Justice

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Migration

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Terminus Paradis

Musique

Quand les tomates rencontrent Wagner

Passeurs

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Portrait

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Prison

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Réfugiés

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Ruralité

Quand les tomates rencontrent Wagner

Terminus Paradis

Tomates

Quand les tomates rencontrent Wagner

Union Européenne

Europe, connais pas !

T COMME TOMATE – Grecque.

Quand les tomates rencontrent Wagner. Mariana Economou, Grèce, 2020, 73 minutes.

Les tomates poussent-elles mieux dans un environnement musical ? Et quelle musique les fait-elle murir plus rapidement ? Wagner ou la musique traditionnelle grecque ? La question est d’importance. Mais aura-t-elle une réponse claire et définitive avant la fin du film ?

Nous sommes dans le centre de la Grèce. Une vaste plaine vouée à l’agriculture. La culture de la tomate plus précisément. Mais l’agriculture ici est en difficulté et la vente des tomates a du mal à nourrir ses producteurs. C’est le cas en particulier de ce petit village, Elias, qui meurt à petit feu, déserté par sa jeunesse. Mais les grands-mères qui lui y résident et y travaillent n’ont pas dit leur dernier mot.

Le film de Mariana Economou a un petit air de fable. Avec pas mal d’humour et un brin de dérision. Mais au fond il est plus sérieux qu’il n’y parait. Car c’est bien la survie de ce village et de sa population vieillissante qui est en jeu. Et au-delà, l’avenir de l’agriculture face aux mutations du monde moderne. S’il ne propose pas vraiment une vision géopolitique, il rend compte de la situation concrète d’un village, d’une région qui semble quelque peu oubliée en Europe.

Sous la conduite de deux cousins – l’un amateur de Wagner, l’autre de musique traditionnelle – les grands-mères du village vont tenter de prendre en main leur destin. Et pour cela de donner un souffle nouveau à la culture de la tomate et à la commercialisation de ses produits dérivés, comme les tomates farcies en bocaux qui sont leur spécialité.

Une bonne partie du film se passe en dégustation des innovations culinaires qui doivent permettre de conquérir un marché mondial. Faut-il ajouter une cuillère de marjolaine par pot. Ou remplacer le riz par du quinoa qui est plus à la mode, mais nettement moins goutteux. Tout cela est abordé avec beaucoup de sérieux. Et nos grands-mères ne ménagent pas leurs efforts. Elles finiraient même par devenir de super-héros.

Le film présente pas mal de diversité. Le village reçoit une classe de lycéens français et le petit groupe des grands-mères part à Bruxelles à la recherche de nouveaux débouchés. Comme quoi un petit village perdu au centre de la Grèce sait très bien s’intégrer au monde moderne. Une leçon à méditer.

T COMME THÉRAPIE

Loup y es-tu ? Clara Bouffartigue, 2021, 85 minutes.

Dans son précédent film, Tempête sous un crâne (2012), Clara Bouffartigue nous plongeait au cœur du métier d’enseignant en suivant pendant une année scolaire deux professeures aux prises avec une classe réputée difficile dans leur établissement. Avec Loup y es-tu elle nous fait pénétrer dans un établissement de soin thérapeutique, le CMPP Claude Bernard. Mais cette fois elle ne s’attache pas prioritairement à deux ou trois personnages. Elle nous donne plutôt une vue d’ensemble des activités de l’établissement. Elle nous propose donc un film choral où l’on rencontre de nombreux enfants et adolescents, ainsi que leurs parents et le personnel soignant. Tous filmés dans des situations variées, pour un temps parfois très court.

Si on ne peut ainsi pas vraiment approfondir le « cas » de tel ou tel – même si le film revient souvent à plusieurs reprises sur le même enfant ou adolescent – on peut en revanche appréhender avec une grande précision la pratique thérapeutique mise en œuvre puisque ces pratiques se retrouvent avec une grande unité d’une situation à l’autre et quel que soit le soignant qui la met en œuvre. Plus que les jeunes en traitement, ce sont plutôt les adultes qui sont là pour les aider qui sont vraiment le centre du film. D’ailleurs, en multipliant les situations filmées, la cinéaste élabore en quelque sorte un panorama – presque un inventaire – des situations thérapeutiques que propose aujourd’hui la pédopsychiatrie s’adressant aux enfants dès l’âge de l’école maternelle jusqu’aux grands adolescents -déjà étudiants sans doute – arrivés aux portes de l’âge adulte. On passe donc d’entretiens individuels à des situations de groupe, des entretiens avec ou sans les parents, ou avec des parents seuls. Nous suivons aussi les réunions des soignants, dans des synthèses des cas suivis ou dans des régulations de leur pratique. Nous traversons tout cela à un rythme plutôt soutenu. Si nous n’avons pas le temps d’approfondir le vécu de ces personnes, nous n’avons pas non plus le temps de nous ennuyer. Par contre, comme dans le film sur les enseignants, nous pouvons très bien nous rendre compte des difficultés de la thérapie, une pratique qui n’est jamais assurée de la justesse de ses orientations et qui peut se voir remise en cause à chaque instant. Si le film ne nous propose pas de vision théorique – il n’y a pas d’entretien avec les soignants et aucune déclaration en dehors des situations vécues – nous sentons très bien que l’aspect fondamental du « métier » réside dans l’écoute participative et dans le non-jugement des actions et des déclarations des jeunes en thérapie.

Loup y es-tu ? a par son côté immersif un petit air wisemanien (la durée en moins), il s’en démarque par les plans de transition, de respiration, qui jalonnent le film. Ici le contexte non thérapeutique de l’établissement est ignoré. On ne voit pas le ménage effectué une fois que les soignants ont terminé leur journée de travail. On ne va pas non plus dans la cuisine ou la cantine. Et on n’a droit à aucun plan extérieur de l’établissement ou de la rue où il est situé. Par contre, Clara Bouffartigue nous propose des respirations particulièrement originales et poétiques. Dans une lumière bleu sombre, des jouets téléguidés et de petites figurines vivent leur vie totalement autonome. Une métaphore de l’enfance, et de ses souffrances, peut-être. A coup sûr une création cinématographique très réussie.

A COMME ADOLESCENT – en foyer.

Loin de vous j’ai grandi. Marie Dumora, 2021, 104 minutes.

L’histoire de Nicolas.

Nicolas, un garçon de 13 ans, qui vit dans un foyer, loin de sa famille donc, et de sa mère. Une famille Yéniche qui réside dans l’est de la France et que Marie Dumora suit de film en film depuis une bonne vingtaine d’années. De Avec ou sans toi (2002) à Belinda (2017) en passant par Amenez-moi (2004) et Je voudrais aimer personne (2010) on n’a pas tord de parler d’une saga qui fait déjà date dans le cinéma français.

Marie Dumora a l’art de relier ses films entre eux par quelques extraits choisis avec soin et qui permettent tout naturellement de remonter le cours du temps. Loin de vous j’ai grandi commence donc par ce moment décisif, le baptême de Nicolas qui réunit la famille autour de l’enfant. La séquence est courte. Elle s’interrompt brusquement pour laisser place à un panneau noir où s’inscrit ce qui a décidé de l’histoire de Nicolas – et de l’existence du film présent – son placement en foyer.

Malgré le je du titre, le film n’est pas en première personne. La présence de la cinéaste, son regard, sont toujours sensibles, un regard extérieur malgré toute la sympathie que l’on imagine être la sienne pour ses personnages. Le film est bien le portrait d’un adolescent, mais qui ne se veut surtout pas un portrait de l’adolescence. Nicolas est filmé pour lui-même dans cet éloignement de sa famille, et surtout de sa mère, Sabrina, qui a fait sa vie jusqu’à présent. A la fin du film, la question du retour au foyer familial est posée. L’âge adulte est encore loin.

Nous suivons donc Nicolas dans sa vie au foyer. Ses relations avec ses camarades, leurs jeux, leurs excursions en forêt. Une quotidienneté simple, sans accrocs, sans remous. Avec ses moments de solitude et ses fêtes d’anniversaire. La relation avec les éducateurs aussi. Mais le film ne donne pas vraiment à voir leur travail. Pas plus qu’il ne cherche à expliquer quoi que ce soit de la vie de Nicolas. Qu’est-ce qui l’a poussé à placer son enfant en foyer. Elle dit simplement qu’elle avait 15 ans à sa naissance. Et par les films précédents on sait que Sabrina et sa sœur Belinda ont-elles-mêmes vécu en foyer.

Loin de vous j’ai grandi est constitué d’aller et retours entre Nicolas dans son foyer et sa mère qui vit avec les trois filles qu’elle a eu après le garçon. Avec le compagnon avec qui elle est maintenant en couple, ils se promènent tous les cinq en ville, émerveillés par les lumières des vitrines.

Comme le titre du film le laisse entendre ; Loin de vous j’ai grandi est un film d’éducation. Une éducation, ou plutôt une auto-éducation, comme si grandir était avant tout une simple aventure personnelle. Certes, il est bien question de l’école, de son importance pour avoir un métier plus tard. Mais nous n’allons pas en classe avec Nicolas. Nous ne le voyons pas faire ses devoirs mais à ses moments libres, il lit Homère. Il semble toujours en vacances. Grandir concerne plutôt l’intégration à la vie familiale. Nous voyons beaucoup Nicolas au téléphone avec sa mère. Dans ces échanges, ce qui semble le plus compter pour elle, c’est qu’il arrête « ses conneries », et surtout qu’il arrête de fuguer. Un thème qui revient régulièrement, mais les fugues restent systématiquement hors-champ.

Nicolas est filmé toujours très calme, placide. On le dirait incapable de déroger aux règles du foyer ou de sa famille. Ses sentiments vis-à-vis de cette dernière restent cachés. Dans le film, sa mère parle beaucoup plus que lui. Sa vie d’adolescent passe inévitablement par sa relation avec sa mère. Une relation marquée par l’éloignement. Une relation fondamentalement ambivalente : la distance physique réelle versus la présence psychique fantasmée ou rêvée. Le film est alors tout entier placé sous le signe de la nostalgie. La nostalgie du paradis perdu où, comme lors du baptême de Nicolas (et il y a d’autres baptêmes dans le film) toute la famille était réunie autour de l’enfant et de sa mère.

Lire Belinda

Et l’abécédaire de Marie Dumora.

S COMME SAGE-FEMME

A la vie. Aude Pépin, 2021, 78 minutes.

Chantal Birman va mettre fin à sa carrière de sage-femme. A presque 70 ans, une retraite bien méritée !

Le portrait que Aude Pépin lui consacre est un hommage à son dévouement, à son engagement auprès des femmes, surtout celles qui viennent d’accoucher et qui vont entamer cette nouvelle vie avec un bébé, un petit être humain qu’il va falloir nourrir, habiller, changer, consoler quand il pleure et avec qui il va falloir apprendre à communiquer, et dès les premiers jours entreprendre son « éducation », puisqu’il s’agit de lui permettre de grandir.

Centré sur la personne de Chantal, le film ne vise pas à rendre compte de façon exhaustive du métier de sage-femme. Nous la suivons dans les visites à domicile chez ces toute nouvelles mamans qu’elle va accompagner, prodiguant soins et conseils. Le bébé n’arrive pas bien à téter. Elle montre comment l’aider à saisir le bout du sein. La maman ne peut pas allaiter son enfant, elle l’aide à ne pas culpabiliser. Devant tous les petits – et grands – tracas du métier de mère, elle rassure, réconforte, soutien. Pour elle il y a là un véritable enjeu de santé sociale : elle insiste sur le fait que le suicide est la première cause de mortalité chez les femmes qui viennent d’accoucher. Une donnée inacceptable.

A l’image de son personnage, A la vie ne manque pas de dynamisme. Chantal est toujours en mouvement, en voiture au milieu des tours de la banlieue ou dans des escaliers, portant sa lourde valise.

Et puis, elle est gaie. Son rire toujours sincère est très communicatif. Ce qui est un atout dans son travail pédagogique. Pendant tout le film est accompagnée d’une stagiaire à qui elle montre le métier. Au moment de se quitter, le stage fini, la stagiaire remercie chaleureusement son guide. Mais c’est celle-ci qui se dit la plus redevable. Elle n’a pas cessé d’apprendre.

Dernière séance dans l’école de sage-femme. Devant ces jeunes étudiantes, particulièrement attentives, c’est la transmission de l’amour du métier qui s’opère. Et les gros plans sur les visages de ces futures sage-femmes colorent l’avenir aux couleurs de l’espoir.

Chantal l’affirme avec force, être sage-femme c’est militer. Aux couleurs du féminisme. Et le film va tout à fait dans ce sens..

B COMME BANDE DESSINEE – Cambodge.

Le Veilleur. Céline Dréan, 2010, 50 minutes.

Travailler de nuit présente bien des avantages. Ne pas être dérangé. Échapper au stress de la journée. De quoi atteindre une certaine forme de sérénité. Séra exerce le métier de veilleur de nuit dans un grand hôtel parisien. Costume cravate, il ne semble pas être assailli par les clients. D’ailleurs les clients, on ne les voit pas. Les salles voutées du sous-sol où officie notre veilleur de nuit sont plutôt déserte. Idem pour la réception. De quoi laissé à Séra tout le temps qu’il souhaite pour se livrer à son passe-temps favori : le dessin.

Le film de Céline Dréan n’est pas, malgré son titre, un film sur le travail de nuit et ses conditions. Séra est auteur de bande dessinée., connu et reconnu. Une bonne partie du film le montre crayon ou pinceau à la main. Et pas seulement dans son hôtel la nuit. Dans son atelier parisien, on le voit réaliser de grandes compositions colorées. Un travail d’artiste qui déborde largement la publication d’albums de BD. Pourtant, ceux de Séra ont du succès malgré, ou plutôt grâce à son opposition à la mode dominante à ses débuts de la Ligne Claire, en provenance directe de l’école Belge dominée alors par Hergé. Et effectivement, les planches que la cinéaste filme plein cadre n’ont pas grand-chose à voit avec Tintin.

Mais Le Veilleur n’est pas qu’un film sur le BD. Car la personnalité de Séra et son histoire, ouvre une tout autre direction d’investigation.

Séra est cambodgien, réfugié en France avec une partie de sa famille pour fuir la dictature des Khmers rouges. Une plaie toujours vive en lui, d’autant plus que son père, qui n’a pu quitter le Cambodge a été assassiné par le régime de Pol Pot. Comment oublier le pays de son enfance et de ses racines ?

Dès l’incipit du film, le ton est donné. Nous sommes avec Séra dans un bus parisien passant devant le café des Deux Magots. Mais les images de Paris alternent systématiquement avec des images du Cambodge. Dans tout le film nous retrouverons ce va-et-vient, et pas seulement au rythme des voyages de Séra dans son pays natal. Une façon frappante de souligner sa double identité.

Mais le succès parisien de l’auteur de Bande dessinée ne saurait faire oublier le génocide qui ravagea son pays.

A COMME ABECEDAIRE – Jacques Deschamps.

Diplômé de l’HIDEC, il « enseigne » le documentaire dans plusieurs structures, la Fémis, le master 2 documentaire de l’Université Stendhal de Grenoble et les ateliers d’écriture de Lussas, Africadoc ou Eurasiadoc.

Apprentissage

L’accroche et la chute (où l’on apprend à devenir journaliste de télévision en six leçons)

Les Petits Maîtres du Grand Hôtel

Art

La Victoire de Cézanne

Paris, 1824

Assise vers 1300

Une leçon particulière de musique avec Yuri Bashmet

Aventure

Les Mahuzier autour du monde – ou 50 ans d’exotisme familialgle

Aveugle

Le Regard ébloui

Cézanne Paul

La Victoire de Cézanne

Cinéma

Mograbi Cinéma

Les Mahuzier autour du monde – ou 50 ans d’exotisme familial

Les Couleurs de « Jour de fête »

Chant

Les Maîtres de musique : Régine Crespin

Cirque

Romanès

Comédie musicale

Les Petits Maîtres du Grand Hôtel

Enseignement

Les Petits Maîtres du Grand Hôtel

Une leçon particulière de musique avec Yuri Bashmet

Exil

Le Retour d’Hugo

La Ville d’Hugo

Exposition

La Victoire de Cézanne

Famille

Romanès

Les Mahuzier autour du monde – ou 50 ans d’exotisme familial

Femme

Les Maîtres de musique : Régine Crespin

Formation

L’accroche et la chute (où l’on apprend à devenir journaliste de télévision en six leçons)

Les Petits Maîtres du Grand Hôtel

Fresque

Assise vers 1300

Gastronomie

Les Petits Maîtres du Grand Hôtel

Guerre

Canova mutilé

Histoire

Paris, 1824

Le Vent, les hommes

Information

L’accroche et la chute (où l’on apprend à devenir journaliste de télévision en six leçons)

Israël

Mograbi Cinéma

Italie

Assise vers 1300

Canova mutilé

Jeunesse

Les Petits Maîtres du Grand Hôtel

Journal télévisé

L’accroche et la chute (où l’on apprend à devenir journaliste de télévision en six leçons)

Mer

Le Vent, les hommes

Musique

Les Maîtres de musique : Régine Crespin

Une leçon particulière de musique avec Yuri Bashmet

Mythe

Le Vent, les hommes

Opéra

Les Maîtres de musique : Régine Crespin

Palestine

Mograbi Cinéma

Paris

Paris, 1824

Patrimoine

Canova mutilé

Peinture

La Victoire de Cézanne

Assise vers 1300

Photographie

Paris, 1824

Canova mutilé

Le Regard ébloui

Poésie

André Frénaud : haineusement mon amour, la poésie

Portrait

Mograbi Cinéma

Romanès

La Victoire de Cézanne

Les Maîtres de musique : Régine Crespin

André Frénaud : haineusement mon amour, la poésie

Prague

Le Retour d’Hugo

La Ville d’Hugo

Quattrocento

Assise vers 1300

Restauration

Les Couleurs de « Jour de fête »

Sculpture

Canova mutilé

Tati

Les Couleurs de « Jour de fête »

Tsigane

Romanès

Ville

La Ville d’Hugo

Voyage

Les Mahuzier autour du monde – ou 50 ans d’exotisme familial

A COMME ABECEDAIRE – Feriel Ben Mahmoud

Cinéaste franco-tunisienne, elle s’est beaucoup intéressée à son pays d’origine et à son histoire, avant et après le Printemps arabe. Le droit des femmes et leurs luttes sont un autre axe fondamental de son cinéma.

Association

Les Enfants de la Lune

Avortement

Tunisie, histoire de femmes

Chant

Oum Kalthoum, l’astre de l’Orient

Colonialisme

La Révolution des femmes, un siècle de féminisme arabe

Contraception

Tunisie, histoire de femmes

Désert

Ghadames, la perle du Sahara

Divorce

Tunisie, histoire de femmes

Droits

La Révolution des femmes, un siècle de féminisme arabe

Tunisiennes, sur la ligne de front

Tunisie, histoire de femmes

Elections

Tunisie année zéro

Etats-Unis

Like a Virgin

Egypte

Like a Virgin

Oum Kalthoum, l’astre de l’Orient

Enfants

Les Enfants de la Lune

Immigration

Ayyem Zamen, les jours lointains

Indonésie

Like a Virgin

Femme

Like a Virgin

La Révolution des femmes, un siècle de féminisme arabe

Tunisiennes, sur la ligne de front

Tunisie, histoire de femmes

Féminisme

La Révolution des femmes, un siècle de féminisme arabe

Histoire

La Révolution des femmes, un siècle de féminisme arabe

Tunisie année zéro

Tunisie, histoire de femmes

Libye

Ghadames, la perle du Sahara

Luttes

La Révolution des femmes, un siècle de féminisme arabe

Maladie

Les Enfants de la Lune

Mariage

Like a Virgin

Tunisie, histoire de femmes

Maghreb

Like a Virgin

La Révolution des femmes, un siècle de féminisme arabe

Musique

Oum Kalthoum, l’astre de l’Orient

Paris

Ayyem Zamen, les jours lointains

Portrait

Oum Kalthoum, l’astre de l’Orient

Religion

Like a Virgin

Révolution

Tunisiennes, sur la ligne de front

Tunisie année zéro

Sexualité

Like a Virgin

Tradition

Like a Virgin

Tunisie

Tunisiennes, sur la ligne de front

Tunisie année zéro

Ayyem Zamen, les jours lointains

Les Enfants de la Lune

Tunisie, histoire de femmes

Ville

Ghadames, la perle du Sahara

Virginité

Like a Virgin

A COMME ABECEDAIRE – Pamela Varela

Réalisatrice chilienne, elle est aussi directrice de la photographie, monteuse, scénariste et productrice déléguée.

Autopostrait

Y después

Chili

Y después

El Viaje de Ana

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Y después

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Y después

El Viaje de Ana

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Y después

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Las Sasons

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Pourquoi pas elles ?

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Y después

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Las Sasons

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El Viaje de Ana

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Pourquoi pas elles ?

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Sida

Passeurs

A COMME ABECEDAIRE – Léa Rinaldi

Réalisatrice et productrice chez aLea Films.

Banlieue

Le repaire des contraires

Bateau

Sillages

Brésil

Le repaire des contraires

Cirque

Le repaire des contraires

Censure

Esto es lo que hay – Chronique d’une poésie cubaine

Contestation

Esto es lo que hay – Chronique d’une poésie cubaine

Cuba

Esto es lo que hay – Chronique d’une poésie cubaine

Enfants

Le repaire des contraires

Femme

Le repaire des contraires

Hip hop

Esto es lo que hay – Chronique d’une poésie cubaine

Incendie

Le repaire des contraires

Mer

Sillages

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Sillages

Poésie

Esto es lo que hay – Chronique d’une poésie cubaine

Portrait

Le repaire des contraires

Sillages

Rap

Esto es lo que hay – Chronique d’une poésie cubaine

Spectacle

Le repaire des contraires

Sport

Sillages

Théâtre

Le repaire des contraires

A COMME ABECEDAIRE -Valérie Malek

Algérie

Les Vendredis

Architecture

Un autre monde dans tes yeux

Bain

Ajsad wa shalat, corps et voiles

Banlieue

Itinéraires à l’Iroise

Contestation

Ma cabane au paradis

Côte d’Armor

Itinéraires à l’Iroise

Ma cabane au paradis

Création

Tilo Koto – Sous le soleil

Femme

Un autre monde dans tes yeux

Ajsad wa shalat, corps et voiles

Frontière

Tilo Koto – Sous le soleil

Grand-mère

Les Vendredis

Jordanie

Un autre monde dans tes yeux

Ajsad wa shalat, corps et voiles

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Itinéraires à l’Iroise

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Ma cabane au paradis

Méditerranée

Tilo Koto – Sous le soleil

Mémoire

Les Vendredis

Migration

Tilo Koto – Sous le soleil

Palestiniens

Un autre monde dans tes yeux

Peinture

Tilo Koto – Sous le soleil

Plage

Ma cabane au paradis

Ajsad wa shalat, corps et voiles

Portrait

Tilo Koto – Sous le soleil

Réfugié

Tilo Koto – Sous le soleil

Un autre monde dans tes yeux

Travail

Itinéraires à l’Iroise

Urbanisme

Itinéraires à l’Iroise

Vacances

Ma cabane au paradis

Vieillesse

Les Vendredis

Ville

Itinéraires à l’Iroise

A COMME ABECEDAIRE – Laurent Roth

Armée

Le Pays fantôme

Les Yeux brûlés

Cinéma

Amos Gitaï, la Violence et l’Histoire

La Vie sur Terre 2020

Pierre Schoendoerffer, la peine des hommes

Ranger les photos

Henri Alekan, des lumières et des hommes

Confinement

La Vie sur Terre 2020

Famille

J’ai quitté l’Aquitaine

Gitaï Amos

Amos Gitaï, la Violence et l’Histoire

Guerre

Pierre Schoendoerffer, la peine des hommes

Les Yeux brûlés

Histoire

L’Impromptu de Jacques Copeau

Indochine

Pierre Schoendoerffer, la peine des hommes

Les Yeux brûlés

Israël

Amos Gitaï, la Violence et l’Histoire

La Joie

Écoute, Israël

Journalisme

Les Yeux brûlés

Palestine

Amos Gitaï, la Violence et l’Histoire

La Joie

Paris

Modèle depuis toujours

Peinture

Modèle depuis toujours

Photographie

Ranger les photos

Portrait

L’Impromptu de Jacques Copeau

Henri Alekan, des lumières et des hommes

Psychiatrie

J’ai quitté l’Aquitaine

Shoah

La Joie

Théâtre

La Joie

Écoute, Israël

L’Impromptu de Jacques Copeau

A COMME ABECEDAIRE Astrid Adverbe.

Ses films ont une dimension autobiographique très nette.

Son dernier est coréalisé avec Boris Lehman.

Elle est aussi actrice. Parmi les principaux films où elle joue on peut citer : Le voyage d’Ana de Pamela Varela, Train de vies ou les voyages d’Angélique de Paul Vecchiali (avec qui elle a tourné quatre autres films dont Nuit blanche sur la jetée et Un Soupçon d’amour).

Amitié

Ma fleur maladive

Amour

Une histoire d’amour

Autobiographie

Ma fleur maladive

Autoportrait

Une histoire d’amour

Cinéma

Une histoire d’amour

Couple

Une histoire d’amour

Création

Une histoire d’amour

Engagement

Mé Damné – Que dieu me damne

Famille

Mé Damné – Que dieu me damne

Femme

Ma fleur maladive

Mariage

Une histoire d’amour

Noblesse

Mé Damné – Que dieu me damne

Père

Mé Damné – Que dieu me damne

Politique

Mé Damné – Que dieu me damne

Recherche

Ma fleur maladive

Sud-Ouest

Mé Damné – Que dieu me damne

A COMME AMOUR Cinéastes.

Une histoire d’amour. Astrid Adverbe et Boris Lehman. Belgique, 2020, 27 minutes.

L’amour, c’est faire un film ensemble. Pour des cinéastes du moins.

Astrid et Boris font un film ensemble. Un film sur eux, sur leur amour, sur leur histoire.

Une histoire d’amour donc.

Mais l’amour n’a pas vraiment d’histoire. Tout amour est éternel. Ou du moins se vit comme tel.

Où se sont-ils rencontrés ? Dans une salle de cinéma sans doute. Peu importe au fond. Le cinéma c’est toute leur vie.

Astrid et Boris se filment l’un l’autre. Aux plans cadrant Boris, presque en gros plan, succèdent les plans cadrant Astrid, en gros plan aussi. Et inévitablement ils sont ensuite ensemble dans le même plan.

Cet amour, est-ce un amour de cinéma, n’est-ce qu’un amour de cinéma ? Un amour pour le film, un film sur l’amour, comme on ferait un film sur la mort ?

Non.

Ce film est un film d’amour. Un film dont chaque plan est une déclaration, d’amour. Où tous les regards sont amoureux. Mais des regards simples, quotidiens, naturels, spontanés. Pas des regards pour la caméra.

Et le film lui-même est simple. Un couple qui fait un film sur ce couple qu’ils sont. Qui ne filme que le couple lui-même.

Quoi dire d’autre ?

Un mot peut-être. Un mot qui n’est pas prononcé dans le film, mais qui vient inévitablement à l’esprit : BONHEUR.

G COMME GITAÏ Amos par Roth Laurent

Amos Gitaï, la violence et l’histoire. Laurent Roth, France, 2020, 75 minutes.

Le dispositif utilisé par Laurent Roth dans le film qu’il consacre à Amos Gitaï est en apparence tout simple : les deux protagonistes sont installés devant un écran pour visionner ensemble, et commenter, des extraits de films. C’est minimaliste mais particulièrement efficace.

C’est Roth qui mène le jeu. Il a choisi les extraits. Il pose des questions, mais il ne s’agit pas d’une interview. Nous sommes plutôt du côté entretien, ou même plus exactement encore dans un dialogue. Roth a pour objectif de faire parler Gitaï et propose ses propres idées et commentaires. Il se positionne en cinéaste, puisqu’il réalise le film que nous voyons (sans faire référence ou appel à ses films précédents). Mais il est aussi critique et cela se ressent dans ses interventions.

Le dispositif est simple et le filmage aussi. En principe il n’y a que trois cadrages possibles. Le premier cadre Gitaï, en plan plus ou moins rapproché. Le second cadre Roth de la même façon. Enfin un plan nécessairement plus large cadre à la fois Roth et Gitaï. Il pourrait y avoir des plans de coupes, mais ce n’est pas le cas. Ou alors ce sont les extraits visionnés sur l’écran devant les deux personnages – et qui peuvent être présentés plein écran dans le film de Roth – qui en tiennent lieu. Mais en dehors des ces brefs extraits, nous ne sortons pas de l’espace de ce lieu qui fonctionne comme un studio. Et le film pousse la coquetterie d’habiller les deux cinéastes avec le même costume, sans cravate.

Puisqu’il y a trois cadrages de bases, nous ne serons pas en présence de champ contre-champ. Des variations d’échelle souvent peu perceptibles et quelques mouvements infimes de caméra suffisent à donner vie aux images. Et comme le fond est uniformément noir, rien ne distrait le spectateur des deux locuteurs et donc de l’écoute de leurs propos.

Roth n’aborde pas les multiples facettes de l’œuvre de Gitaï, il en reste au cinéma, et encore, pas tout son cinéma. Il se concentre sur deux directions, la trilogie dite de la Maison en premier lieu, et ensuite l’ensemble des films concernant l’assassinat d’Yitzakh Rabin.

Le film la Maison (1980) marque les débuts de la carrière cinématographique du réalisateur israélien. Le film date et Gitaï l’entreprend aussitôt après la fin de ses études d’architecture. Ce n’est pas vraiment un hasard s’il filme alors la construction, ou plutôt la rénovation d’une maison. Mais nous sommes en Palestine et la maison en question a une histoire. Elle a appartenu à un Palestinien et elle est maintenant aux mains d’un riche Israélien qui entreprend de la transformer de fond en comble. Elle devient par là la métaphore même de l’histoire de la Palestine.

Le thème de la maison sera repris plus tard par Gitaï qui réalise en 1998 Une maison à Jérusalem et Des nouvelles de la maison en 2005 Tout au long de la série, ce sont les rapports entre Palestiniens et Israéliens qui sont au cœur de la réflexion de Gitaï.

Quant à l’assassinat d’Yitzakh Rabin, Gitaï fut de toute évidence particulièrement marqué par cet événement au point de lui consacrer plusieurs films dont l’Arène du meurtre (1996) et Le dernier jour d’Yitzakh Rabin (fiction 2015). Avec Roth il s’arrête longuement sur les images du meurtre lui-même et celle de la reconstitution de l’acte du meurtrier. Le cinéaste définit sa posture comme celle du témoin. Un témoin toujours au plus près des événements.

Laurent Roth a réalisé un autre film avec Amos Gitaï, un court métrage de 16 minutes intitulé Haïfa la rouge, où Gitaï trace sur des cartes de Haïfa les trajets qu’il a pu parcourir depuis sa naissance et tout au long de sa vie.

A lire La Maison

H COMME HOMMAGE au Saint André des arts

Pour les 50 ans du célèbre cinéma parisien LE SAINT-ANDRÉ DES ARTS, Le cinéaste François Zabaleta, qui a sorti trois de ses films dans ce haut lieu légendaire de la cinéphilie, rend hommage au courage, à la détermination et à l’ambition jamais démentie de la programmation de Roger et Dobrila Diamantis.

Je m’appelle François

Mon nom ne vous dira rien

Je ne suis pas connu

Je suis cinéaste

Enfin j’essaie de l’être

J’ai dû réaliser maintenant plus d’une quarantaine de films

Enfin vous me direz ce n’est pas au kilo

bref

Je suis donc cinéaste mais je ne le dis pas

jamais

Je ne réponds pas cinéaste quand on me demande ce que je fais dans la vie

Et pour une bonne raison

Cinéaste pour les gens c’est quelqu’un qui connaît Catherine Deneuve et qui tourne avec Isabelle Huppert

Manque de chance

Je ne connais pas Catherine Deneuve

et je n’ai jamais tourné avec Isabelle Huppert

et je n’ai jamais appelé aucune comédienne ma chérie

Je fais des films d’auteur

C’est comme ça qu’on dit

Auteur

Art et essai

arty

Expérimentaux

underground

Personne ne sait trop comment les appeler

Ces films les producteurs n’en veulent pas

pour eux je n’existe pas

Je suis une sorte de poète

C’est à dire quelqu’un de non signifiant

Qui ne rapporte rien

Qui n’a aucune visibilité

Bref quelqu’un qui n’existe pas

Je ne suis membre de rien

Je ne suis pas invité dans les dîners

Les cocktails

Les inaugurations

Les premières

Les journalistes ne parlent pas de mes films

Même pas pour les éreinter

Et pour une bonne raison

Ils ne les regardent pas

Je n’ai pas d’attaché de presse

Je n’ai pas de réseau

Je n’ai personne

Presque personne

je ne peux compter que sur moi

Ce qui n’est pas grand-chose

Je n’ai pas de carte professionnelle du cinéma

Je n’ai jamais eu l’avance sur recette

Je ne suis membre de rien

Je ne rapporte pas d’argent

Je n’en ai jamais gagné

Je ne n’exagère pas

Mais vous me direz

Et vous avez raison

Que je suis loin d’être unique

Des comme moi

On est des dizaines

Des centaines

Voilà c’est dit

Mais ne croyez pas que je hurle

Ne croyez pas que je me plaigne

C’est le contraire

Il y a je trouve

De la noblesse

De la beauté

A arpenter sa vie durant

Les uns après les autres

Tous les chemins qui ne mènent nulle part

La beauté des chemins qui ne mènent nulle part

C’est en lettres de vent que j’aimerais voir écrite cette épitaphe

Sur la porte de ma dernière chambre terrestre

Je n’appartiens pas au système

Je n’ai pas la carte

L’establishment connais pas

Je n’existe pas

C’est ce que je dis

Mais j’existe quand même un peu

Je ne suis pas dans le système

Mais quand même parfois je le suis un peu

Grâce à ces miracles de lundi de Pâques qu’on appelle des festivals de cinémas

Je ne vais pas les citer

Vous les connaissez

Et puis comme autres miracles aussi il y a les spectateurs

Pas beaucoup bien sûr

Evidemment

francs-tireurs devant l’éternel

jamais on ne passera par la case Chti ou grande vadrouille

n’empêche ces spectateurs

tous précieux comme des apparitions de Fatima

ils ne viennent pas par l’opération du Saint Esprit

Ou plutôt si

Pas le Saint Esprit en personne

Il y a longtemps que son répondeur ne prend plus de message

Non

Pas le Saint Esprit

Mais le saint André

Le Saint André

C’est le saint des saints

Il nous découvre

Il nous défend

Il nous protège les jours de cafard poisseux

Des fées sparadraps on en a tous

Notre fée sparadrap à nous c’est le Saint André

Ce Saint là croyez-moi il fait des miracles

Ça ne veut peut-être rien dire pour vous

Mais pour nous c’est beaucoup

C’est inespéré

parce que ce Saint là voyez-vous il nous permet d’avoir les mêmes spectateurs que Jean Eustache ou Alain Cavalier

Et j’en passe et des meilleurs

Alors que dire

Du coup les mots m’en tombent

Tous les mots

Sauf un

Un mot qui revient de loin

Un mot de rien du tout

Qui ne paie pas de mine

Mais qui vous vidange le cœur de son trop plein de gratitude hébétée

Merci

Merci Saint André

Merci Saint Roger

Merci Sainte Dobrila

Voilà c’est dit

Maintenant je peux passer mon chemin

Et retourner enfin de là où je viens

C’est-à-dire de l’oubli.

François Zabaleta, mars 2021

Le film est en accès libre : https://vimeo.com/531164508