A COMME ABECEDAIRE – Denis Gheerbrant.

Adolescence

Un mythe ? Sans doute. Mais qui pose des questions fondamentales.

Amour

Le vécu amoureux évoqué en toute simplicité, de l’émoi du premier baiser à la complicité du couple de vieux mariés.

Banlieue

Trois jeunes d’origine algérienne en banlieue parisienne filmés avant les émeutes des années 2000.

Bled

Un voyage de jeunes immigrés dans leur pays d’origine. L’appel des racines mais en même temps le sentiment d’être des étrangers. Le retour est bien impossible.

Bistrot

L’amitié, la chaleur humaine, le réconfort après une journée de travail.

Camping

La vie de vacances, entre habitués qu‘on retrouve chaque année. Pour ceux dont le budget est restreint.

Collège

Le quotidien d’un collège de Gennevilliers. Les cours, la violence presque quotidienne, le conseil de classe en fin d’année ui décide de l’avenir.

 Enfance

Même malade, un enfant reste un enfant. Toujours émouvant.

Exil

Une vie dans un foyer, loin de sa femme et de ses enfants.

France

Du nord au sud et de l’est à l’ouest, la France profonde faite le plus souvent de rêves déçus et d’horizon bouché pour les plus jeunes, filmée 10 ans avant l’an 2000.

Génocide

Celui du Rwanda, incompréhensible. Un voyage pour essayer de le comprendre. Et comment le pays a pu y survivre.

Grève

Celle de femmes de ménage d’un Hôtel de la région parisienne. Une grève victorieuse.

Homosexuels.

Un couple d’hommes qui ont lu dans les cartes du tarot la solidité de leurs sentiments amoureux.

Immigré

Dans quelle mesure est-il possible de conserver sa culture d’origine ?

Johan van der Keuken

Un hommage à la disparition du cinéaste néerlandais.

Maladie

Le plus grand scandale : des enfants atteints d’une maladie incurable. Mais quel courage, quelle volonté de vivre, ils manifestent

Marseille

Une série de sept épisodes tournés dans différents quartier (la cité Saint-Louis par exemple). Le Marseille populaire… Une ville cosmopolite. La mer, le port, les dockers. Des rencontres avec les Marseillais

Mer

La méditerranée, toujours aussi attractive.

Méthode.

Le plus souvent il filme seul, privilégiant le contact direct, et souvent chaleureux, avec ceux qu’il filme. Un cinéma de la quotidienneté.

Paris

Le Paris populaire d’une rue typique près de la Bastille. Un quartier où tout le monde se connaît. Une vie de village. Le Paris en voie de disparition ?

Portraits

Etablir d’abord une proximité. Presque une connivence. Savoir écouter sans jamais juger. Un cinéma de rencontre, de contact qui rend souvent hommage aux « gens simples ».

Rencontre

Le fondement même de son cinéma.

Rwanda

Le pays aux mille collines et des sources du Nil. Les chants, les danses, des femmes et des enfants.

Sud

Le soleil des vacances, opposé à la grisaille du nord. Les vacances versus le travail. Une parenthèse trop courte.

Travail

Dans le nord de la France, dans l’est, que reste-t-il de la puissance industrielle ? Les mines ont fermé. Il ne reste plus que les terrils.

Usine

 Les hauts fourneaux à l’arrêt ne laissent que des carcasses vides.

Vacances

A la mer, en camping, les vagues, le ciel bleu du midi, les corps allongés sur le sable. Mais on parle quand même du travail. La coupure de l’été aura vite une fin.

A COMME ABECEDAIRE – Olivier Smolders.

Une œuvre si diverse, si contrastée, que tous ces mots clés semblent ne pas avoir beaucoup de rapport entre eux.

Anatomie

Celle des corps et des images.

Cannibalisme.

Un étudiant japonais tue, dépèce et mange sa petite amie. Un simple fait divers ?

Couleurs

Parfois. Mais les films en noir et blanc sont très nettement majoritaires.

Déshabillage

Des femmes ôtent leurs vêtements, tous meurs vêtement, devant la caméra. Ont-elles les mêmes gestes. La façon de déboutonner leur chemisier, de faire tomber leur robe à leurs pieds ou de la faire passer par-dessus leur tête, de dégrafer leur soutien-gorge – si elles en ont un – dans leur dos ? Ont-elles toutes un petit sourire aux lèvres ? Un sourire espiègle, amusé, crispé, séducteur…

Elèves

Parce qu’ils veulent bien se confier à la caméra de leur enseignant.

Enfants

Filmés en gros plans. Peut-on soutenir leur regard ? Une émotion dévastatrice.

Enseignement

En le quittant, après une longue carrière, il filme ces adolescents qui furent ses élèves et cette relation, complexe, qu’il a eue avec eux.

Erotisme

Un corps nu de femme morte, baignant dans une mare de sang, est-ce érotique ?

Exercices spirituels

Pour gagner quel paradis ? Certainement pas celui du christianisme.

Fiction

Un seul long métrage dit de fiction dans sa filmographie. On pourrait dire aussi un film expérimental. Mais tous ses courts ne sont-ils pas aussi expérimentaux ?

Ignace de Loyola

La référence des exercices spirituels. Un clin d’œil ironique.

Pédagogie

Dans une classe, un canular ? Une bonne farce ?  Un piège dans lequel tombe l’enseignante ?

Photographe

Dans la rue, il propose à des femmes anonymes de les photographier nues. Beaucoup acceptent. De tout âge. Des corps si différents les uns des autres.

Porc

Le cochon égorgé et le porcelet dans les bras d’une fillette nue.

Production

Créer sa propre maison de production, Les Films du Scarabée, assure une indépendance indispensable.

 Nudité

Toujours des femmes. Une enseignante dans sa classe. Ou celles rencontrées dans la rue et qui acceptent de se déshabiller devant la caméra.

Mort

Faire parler les archives familiales

Religion

Jamais explicite, sa référence est pourtant constante. Pour mieux la contester.

Sade

Un texte tiré de la Philosophie dans le boudoir : un appel à une jouissance sans entrave et sans limite.

Sous-titres

Pour chaque film. Pour compléter le titre ? Plutôt pour prendre un peu de distance, introduire de l’ironie, voire de la dérision. Un jeu à décrypter.

Exemple 1 : « Film pour amuser les chaises ». Mais lorsqu’il y a des spectateurs sur les chaises, c’est à eux que le cinéma s’adresse.

Exemple 2 : « Film en forme de poire ». Sans doute parce qu’on y voit beaucoup de seins de femmes nues.

Exemple 3 : « Film immobile ». Il s’agit d’une façon de voyager.

Thérèse d’Avila

Le ravissement de la foi. En écho à Sade.

Venise

Une île-cimetière dans la lagune

Voix off

La présence du cinéaste

Voyage

Faire le tour du monde sans quitter sa chambre.

Wiertz Antoine

Auteur de tableaux monumentaux, d’une taille démesurée. Ce que souligne encore plus la présence dans la salle du musée de personnes de petite taille.

A COMME ABECEDAIRE – François Zabaleta par lui-même

A comme anorexie mentale

LA NUIT APPARTIENT AUX ENFANTS (court métrage) 2016

Aussi loin que je me souvienne je n’ai jamais eu faim. Ainsi commence le récit autobiographique d’un homme, (le cinéaste lui-même) qui raconte, tout à la fois l’anorexie mentale dont il a souffert enfant puis adolescent, et le rapport souvent difficile qu’il continue, devenu adulte, d’entretenir avec la nourriture, avec l’acte même d’ingérer des aliments solides.

C comme castration

PAPA (court métrage) 2018

Un fils vient pour régler ses comptes avec son père mourant. Une veillée funèbre acide en forme de pied de nez au destin.

C comme cinéma

MOUVEMENT D’HUMEUR (court métrage) 2018

le cinéma aujourd’hui de gré ou de force tend à devenir un produit

une marchandise parmi d’autres

globalisée

mondialisée

paramétrée

code-barrée

nivelée

standardisée

labellisée

codifiée

conformisée

abâtardie

dévitalisée

une denrée fade

impersonnelle

corsetée

inoffensive

évidée de sa substance

de sa charge de subversion

vandalisée par le terrorisme du court terme

de l’immédiateté

le cinéma

ou ce qu’il en reste

est devenue la grande surface de l’émotion low cost

D comme Documentaire.

Je n’avais jamais envisagé d’écrire et de réaliser des films documentaires. J’avais l’idée, simpliste j’en conviens, que le documentaire traitait nécessairement, par essence, de sujets politiques ou sociétaux. Et puis très vite j’ai compris qu’il n’en était rien. En réalisant mon premier film j’ai constaté que l’intime, l’intimité, ma matière première, pouvait être aussi, à sa façon, politique. Le documentaire me permettait aussi, comme j’essaie de le faire dans les films de fictions, d’être, à la fois, un raconteur d’histoires et un explorateur de formes. C’est dans cet esprit que j’ai voulu tenter de réaliser, sans très bien savoir où j’allais, des films documentaires très courts, (que j’ai appelé haïkus cinématographiques). Le documentaire est un genre qui réclame du temps (en général au moins une demi-heure) et qui est, de ce fait, rarement associé au court métrage. Le succès de mon film FUCK L’AMOUR (primé à Clermont Ferrand) (et qui se présente comme un faux documentaire) et qui dure 5 minutes m’a fait réfléchir. C’est alors que j’ai commencé à entrevoir la possibilité de réaliser des films documentaires de moins de 10 minutes où j’exposerai, sans la développer, une situation, une prise de conscience, un moment où la vie bascule brusquement, irréversiblement. C’est ce que j’entendais par haïku cinématographique : saisir la quintessence d’un être ou d’une situation dégraissée de tout ce qui l’entoure pour que la brièveté, loin d’être un exercice de style, donne au hors champ (sociétal…) toute sa densité. Exister, en quelque sorte, dans son absence même. Comme l’écrit si justement Roland Barthes dans L’empire des signes*) : Dans le haïku, la limitation du langage est l’objet d’un soin qui nous est inconcevable, car il ne s’agit pas d’être concis (c’est-à-dire de raccourcir le signifiant sans diminuer la densité du signifié) mais au contraire d’agir sur la racine même du sens, pour obtenir que ce sens ne fuse pas, ne se décroche pas, ne divague pas dans l’infini des métaphores, dans les sphères du symbole. La brièveté du haïku n’est pas formelle ; le haïku n’est pas une pensée riche réduite à une forme brève, mais un événement bref qui trouve d’un coup sa forme juste.

* Roland Barthes, L’empire des signes (1970, éditions Albert Skira)

E comme enfances

LE BÂTARD IMAGINAIRE (long métrage) 2013

J’ai toujours eu la sensation qu’il y avait en moi un être assassiné. Assassiné avant ma naissance. Il me fallait retrouver cet être assassiné. Tenter de lui redonner vie…

Samuel Beckett, dans Rencontres avec Samuel Beckett de Charles Juliet.

LE BÂTARD IMAGINAIREest l’histoire d’une destruction. Celle, quotidienne, irréversible, d’un enfant de huit ans muré dans un désespoir qui n’a pas de mot pour se dire. Un désespoir froid et blanc comme une banquise dans laquelle il s’égare en prenant soin d’effacer ses propres traces. L’enfant dont il est question, et qui est bien entendu le cinéaste lui-même, ou l’enfant qu’il a été, ne participe pas au monde qui l’entoure. Il ne comprend ni ses règles ni le rôle qu’il est censé y jouer. S’il est l’histoire d’une destruction, Le Bâtard Imaginaire est aussi celle d’un apprentissage âpre et cruel. Celui du sentiment de la différence chez un enfant aussi peu préparé que possible à la recevoir pour destin.

E comme envoûtement

SISTER BLOOD (court métrage) 2012

SISTER BLOOD est l’histoire d’un envoûtement. L’histoire d’un homme d’une trentaine d’années possédé par une statuette funéraire Toraja dérobée par son compagnon dans un cimetière indonésien. Ce film, digne d’un conte d’Edgar Allan Poe, est le récit incroyable mais authentique d’un homme qui, bien que ne croyant ni aux esprits ni à l’au-delà, fut, pendant plus de dix ans, victime de acharnement vengeur d’un objet cultuel.

E comme être ou ne pas être

UN JEUDI SUR DEUX (court métrage) 2019

Un jeudi sur deux il y a ce que le juge des enfants appellent le droit de visite.
À cette époque-là le jeudi est le jour des enfants.
Un jour sans école.
Le jour des copains et des activités sportives ou culturelles.
Un jour que tu n’aimes pas. Un jour que tu redoutes.
Parce que toi tu n’as de copains et que tu n’as pas non plus d’activités sportives ou culturelles.
Parce que toi tu ne sais jamais quoi faire de toi.

E comme euthanasie.

FIN DE SEJOUR SUR TERRE 2012 (court métrage)

Le narrateur de ce film, ayant décidé de mettre fin à ses séjours, décide de se rendre à Zurich pour mettre son projet à exécution à l’aide d’un moyen devenu légal le suicide assisté. Cette expérience bouleversera à jamais sa perception de l’existence.

F comme fils

OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE (court métrage) 2019

Un fils. Une mère malade. Une promenade au bord de la mer. 

H comme haine

COUTEAU SUISSE (moyen métrage) 2018

L’histoire se passe en province, dans les années soixante-dix. Le narrateur, Gaspard, un adolescent de 17 ans, tient dans son journal le compte rendu quotidien du harcèlement homophobe dont il est la victime. Son bourreau est une élève de son lycée, Georgia. C’est une jeune fille émancipée qui vit en communauté avec son frère Francis et ses amis motards. Au lycée Georgia ne fait rien. Elle est jugée par l’administration scolaire comme de la graine de délinquante, une sorte d’amazone néo-nazie, une brebis irrécupérable qui passe ses récréations à fumer des Craven A., à boire au goulot sa flaque en argent au contenu suspect et à lire exclusivement les romans de son écrivain préféré : Louis Ferdinand Céline. COUTEAU SUISSE est film sur la haine, le mal, la peur, dont le dénouement est, d’avance, pleinement accepté par la victime et son bourreau qui se conduisent comme les personnages d’une tragédie antique écrasés par un destin contre lequel ils se débattent tout en sachant, dès leur première rencontre, qu’ils ne pourront pas échapper à son couperet.

I comme icône

PETIT POUCET (court métrage) 2019

Au début des années quatre-vingt, un jeune homme est assis dans un square des Champs-Élysées. Il voit s’approcher une vieille dame qui s’assoit presque en face de lui. Au bout de quelques minutes, il la reconnaît soudain.

I comme installation

CANCER MON AMOUR 2007 (moyen métrage)

Voulez-vous en savoir plus. Je suis une encyclopédie à l’agonie, chaque mot est un caillot de sang. Vous n’avez pas besoin de me dire, Marquise, que le vin était empoisonné. Je voudrais assister à votre mort comme j’assiste maintenant à la mienne. D’ailleurs je me plais encore à moi-même. La masturbation continue avec les vers. J’espère que mon jeu ne vous a pas ennuyée. Ce serait à vrai dire impardonnable. MERTEUIL : Mort d’une putain. A présent nous sommes seuls cancer mon amour.

Heiner Müller, Quartett

Il s’appelle Olivier. Nous nous connaissons depuis longtemps.

Nous sommes amis.

De lui au fond je ne sais pas grand-chose. Je sais ce qu’il me dit. Je devine parfois ce qu’il ne me dit pas.

Nous ne nous voyons pas souvent. Nous nous croisons. Nous sommes toujours contents de nous revoir. De parler du point où nous en sommes. Nous sommes des amis au long cours.

Il y a peu il me fait cette demande.

Il veut un film sur lui. Il veut de moi un film dont il serait le sujet exclusif.

Comme beaucoup de collectionneurs, comme beaucoup de nantis convertis au vertige de l’art de leur temps, il veut être l’instigateur d’une œuvre unique. Il ne veut plus seulement acheter de l’art. Il veut, à son tour, devenir œuvre d’art. Il veut se rêver modèle et mécène d’une œuvre célébrant sa propre gloire. Ou plutôt, le sachant trop retors, d’une œuvre mettant en scène sa propre auto-profanation.   

Il m’écrit la chose suivante :

J’aimerais que tu réfléchisses à un travail dont je serais le commanditaire, comprenant la réalisation d’une vidéo en boucle, mettant en scène toutes les techniques de ton art: photo, vidéo et performance le cas échéant. Ce travail pourrait s’articuler autour de MOI, dans un environnement, incluant les notions de VANITE (vanitas dans la tradition humaniste des Cabinets de curiosité), d’identité génétique imposée à la naissance et re-créée par le travail analytique, et puis bien sûr, tout ce que ce travail peut t’inspirer de fantasmes ou de dégoût aussi. Donne-moi ton avis sur ce projet commun.

Un collectionneur d’art contemporain me commande une œuvre sur lui-même.

O comme objets

MON OBJET PRÉFÉRÉ (long métrage) 2013

« C’est en rentrant dans l’objet qu’on rentre dans sa propre peau » Henri Matisse

Je suis allé filmer chez eux, sur leur lieu de travail ou, à défaut, dans la rue une centaine de personnes de tout âge et de toute condition sociale en leur demandant de poser silencieusement avec leur objet préféré. En quoi l’objet parle-t-il de nous ? Quelle est la nature du lien qui nous unit ? Les choses ne nous servent-elles qu’à projeter nos espoirs et notre nostalgie ou bien y a-t’il une vraie réciprocité dans nos rapports? Existe-il un dialogue secret entre les choses et nous ? Les choses nous répondent-elles? Et si oui, dans quelle langue? MON OBJET PRÉFÉRÉ est l’histoire de ce questionnement.

P comme Pina

DERNIÈRE DANSE, lettre à Pina B. (court métrage) 2016

À la fin des années soixante-dix, à l’âge de dix-huit ans, je me suis retrouvé par hasard dans une salle de spectacle parisienne programmant l’œuvre, tout à la fois théâtrale et chorégraphique, d’une artiste dont je n’avais jamais entendu parler : Pina Bausch. En sortant je n’étais plus le même. Pina Bausch a été, selon la formule consacrée, l’artiste qui a changé ma vie. Jusqu’à sa mort en 2009 j’ai vu et revu, en France et à l’étranger, chaque fois que j’en avais l’occasion, tous les spectacles de cette grande artiste. Cette brève lettre filmée raconte le rapport poétique et mystérieux que j’ai entretenu à distance, pendant quarante ans, avec cette femme étrange et inoubliable qui a infléchi le cours de l’existence de nombre de ses spectateurs.

S comme sédentarité

LE MAGASIN DE SOLITUDE (long métrage) 2019

Pendant quelques mois j’ai enquêté. Je suis allé voir des gens sédentaires. Je leur ai demandé de me parler de leur vie, de l’emploi du temps de leurs journées. Ce sont des gens qui passent leur vie chez eux. Qu’ils y soient obligés ou non n’est pas important. Ce qui compte ici c’est la façon dont ils s’accommodent de leur sort ce qu’ils en font, n’en font pas. Comment ils trouvent ou ne trouvent pas leur salut loin de leurs prochains. Je les ai écoutés inlassablement me parler de leur condition. J’ai récolté leurs paroles. Je les ai accouchés. Je n’ai eu aucun mal. Je n’ai eu besoin d’aucun subterfuge. Tous ils étaient à vif. Tous ils avaient la confidence à fleur de peau. La parole coulait d’elle-même. Leur vérité généreusement se dévidait avec une rage lasse et poignante. Ce n’était pas de l’hygiène mentale. C’était au-delà. On pouvait presque parler de liturgie.

S comme sexualité masculine

TRAVELLING ALONE (moyen métrage) 2017

L’église dit : le corps est un péché.

La science dit : le corps est une machine.

La publicité dit : le corps est un business.

Le corps dit : je suis une fête.

Edouardo Galeano

TRAVELLING ALONE est un film sur les hommes. Ou, plus exactement, sur un non-dit social et artistique quasi absolu, la sexualité masculine. TRAVELLING ALONE n’est pas réellement un documentaire. C’est une méditation cinématographique sur les hommes et leur libido. Ce film raconte l’histoire d’un homme qui se trouve brutalement confronté aux vicissitudes de son propre désir. Aucun petit garçon n’est éduqué dans l’idée que sa virilité, son aptitude à la turgescence, peut, du jour au lendemain, déposer son bilan. Qu’en est-il alors ? Que se passe-t-il quand un homme jeune encore découvre que le meilleur est derrière lui ? Qu’il n’a plus devant lui qu’un long, qu’un interminable travail de deuil à effectuer sur sa propre aptitude au plaisir sexuel ? Tel est le sujet de TRAVELLING ALONE. Un homme qui cherche dans son passé les prémices de ce qui allait devenir son destin d’homme adulte. Un homme patiemment qui cherche dans son passé les signes avant-coureurs d’une débâcle organique qui le déchoit de sa condition d’homme pour, à jamais, l’exiler dans la patrie des fantômes.

T comme transgression

JUSQU’A LA LIE (court métrage) 2017

Les ingrédients de cette histoire d’enfance sont : Un garçon de cinq ans. Une grand-mère. Une bouteille mystérieuse et démoniaque. Une tentation à laquelle, pour mieux s’en débarrasser, il s’empresse de céder.

V comme visage

ZÉRO FIGURE (moyen métrage) 2017

Quand le désastre devient une figure imposée du destin, deux voies s’ouvrent à vous : l’amertume ou la grâce.   

François Zabaleta

ZÉRO FIGURE est la plus petite taille de tableau commercialisée par les marchands de couleurs (18 sur 14 centimètres). Il existe aussi une taille inférieure appelée Zéro zéro (16 sur 12 centimètres).

ZÉRO FIGURE est une méditation sur le visage, la peau, l’apparence et ses mutations, transformations, malformations, détériorations et autres opérations chirurgicales, nécessaires ou non, qui en corrigent les aspérités de l’âge ou de la maladie. Mêlant histoires personnelles, faits divers, citations, digressions, l’auteur nous offre un collage cinématographique autour de la figure humaine et de son propre imaginaire.

A COMME ABECEDAIRE – François Zabaleta

Aborder une œuvre inachevée, en perpétuel développement, c’est courir le risque de l’incomplétude. Risque assumé.

Animation 3 D

Un spectacle théâtral. Parmi des images d’origine et de nature diverses.

Anorexie

Un manque d’attirance pour la nourriture plus qu’un rejet par dégoût

Archives familiales

Des photos personnelles, de l’enfance surtout

Autisme

Le sentiment de ne pas être comme les autres.

Autobiographie

Par petites touches. Les périodes particulières de la vie. L’enfance et l’adolescence, surtout. Mais aussi l’âge adulte, parce il faut bien atteindre la maturité.

Concept

Des films qui proposent de nouveaux concepts cinématographiques.

Enfance

Posséder la nuit.

Famille

La figure de la grand-mère. La séparation des parents. L’absence de fratrie.

Fiction

« Je tourne mes documentaires comme de la fiction et mes fictions comme des documentaires »

Haïku

Des films courts, très courts même, auxquels on ne peut rien enlever, ni rien ajouter.

Harcèlement

Le calvaire d’un adolescent victime de l’homophobie de ses condisciples.

Homosexualité

L’affirmer, sereinement.

Images d’archives

Les lynchages d’afro-américains dans le sud des États-Unis au début du XX° siècle

Noir et blanc

Aller jusqu’à supprimer toute nuance de gris.

Nourriture

« Manger ou ne pas manger telle est la question ».

Pina Bausch.

Lui écrire son admiration.

Solitude

Etre étranger au social, à l’organisation sociale et à la relation sociale. Une nouvelle intériorité.

Voix off

Un ton neutre, presque monotone, sans éclat. Le degré zéro de l’émotion. Et pourtant…

A COMME ANTHROPOCENE.

L’anthropocène, l’époque humaine. Jennifer Baichwal , Edward  Burtynsky , Nicholas « Nick » de Pencier, Canada, 2018, 87 minutes.

Des images choc. Tout au long du film. Dès le premier plan. L’écran s’embrase. Nous sommes plongés au cœur d’un immense brasier. Sans connaître son origine. Qu’est-ce qui brule ? La planète ? Nous le découvrirons petit à petit dans le film. Un film qui ainsi prend la défense des éléphants. Même si ce n’est pas le seul objectif qu’il poursuit.

Anthropocène est un terme géologique qui définit une période de l’évolution de la planète caractérisé par le fait que les modifications, les transformations, causées par l’activité humaine sont plus importantes que toutes celles d’origine naturelle réunies. L’activité humaine, l’industrialisation en premier lieu, mais aussi l’agriculture intensive ou la surconsommation et les montagnes de déchets qu’elle produit. En détruisant quasi systématiquement la planète, l’humanité court à sa perte. La sixième extinction de masse est en cours. Est-il déjà trop tard pour inverser la tendance ?

Les cinéastes Jennifer Baichwal,  Nicholas de Pencier, et le photographe Edward  Burtynsky semblent ne pas le croire. Du moins entendent-ils pousser un cri d’alarme, faire prendre conscience de la gravité de la situation. Pour cela ils font confiance au pouvoir des images. Ils vont sillonner le monde, et ramener les marques indélébiles de l’action destructrice de l’activité humaine. Dans 20 pays et pendant 3 années. Un travail de titan. Le résultat est particulièrement impressionnant.

Que nous montrent-ils ? Des vues aériennes- merci les drones – d’un immense complexe sidérurgique en Sibérie, Des gros plans des mâchoires d’une gigantesque machine qui creuse la terre dans la plus grande mine de charbon à ciel ouvert d’Allemagne. Ils filment aussi la déforestation au Canada ou au Nigéria, la construction de digues en béton le long des côtes chinoises, les émanations de lithium dans le désert chilien. Et la montée des eaux à Venise. Partout les conséquences sur les populations sont catastrophiques. Les paysages sont ravagés. Et les hommes vivent, ou tentent de survivre au milieu de la pollution. Ou en essayant de récupérer un peu de plastique dans la plus grande décharge d’Afrique à Nairobi. Une tragédie dans laquelle l’homme, par sa démesure, s’autodétruit.

Le cinéma peut-il changer la face du monde ? Posée de cette manière, la réponse  ne peut qu’être négative. Mais il n’en reste pas moins que l’utilisation raisonnée des technologies de l’image – jusqu’aux plus récentes, réalité virtuelle en tête – peut contribuer à promouvoir des actions individuelles non négligeables, de la lutte contre le gaspillage et pour le tri. Une petite goutte d’eau n’éteindra pas l’incendie. Mais il n’est plus possible de se déclarer non concerné.

A COMME AMIES.

Je ne suis pas malheureuse, Laïs Decaster, 2018, 45 minutes.

De quoi parlent les jeunes filles lorsqu’elles se rencontrent entre amies  et passent des moments de détente, des moments d’oisiveté, à ne rien faire, à n’avoir rien à faire, des moments consacrés à l’amitié, la vraie amitié, celle qui donne du sens à la vie ? Elles parlent beaucoup. Elles se racontent. Et ce n’est pas triste.

Elles parlent beaucoup et elles rient aussi beaucoup. Pas seulement parce qu’elles sont gaies et joyeuses, mais surtout parce que ces moments passées entre amies sont des moments de plaisir, de bonheur. Et ça doit se voir de l’extérieur.

Laïs Decaster a fait des études de cinéma et c’est donc tout à fait normal qu’elle possède une caméra et qu’elle s’en serve. Elle se filme donc elle-même. Elle filme sa vie, et ce qui est le plus proche d’elle c’est-à-dire ses amies, ce petit groupe de quatre filles (elle en est la quatrième qui n’apparaîtra pas à l’image mais que l’on entendra souvent), de quatre amies lancées dans des études post-bac, un petit groupe particulièrement uni. Ainsi, lorsque Laïs filme, elle filme ses amis, leurs discours, leurs rires, leurs délires et même un peu leurs pleurs. Elle filme cette exubérance de la jeunesse, cette inconscience qui par moment fait place à de l’inquiétude, des interrogations sur l’avenir. Le sien et celui des autres. De tous.

Il n’y a pas de garçon dans ce groupe, mais les filles en parlent presque continuellement. Parce qu’ils représentent leur présent et leur avenir. Et parce qu’entre amies, on n’a rien à se cacher. La sexualité est ainsi un sujet de discussion qui revient souvent sur le tapis, mais ce n’est pas sûr qu’elles lui accordent une importance démesurée. Le sexe fait partie de la vie, voilà tout.

Le film auquel aboutit ce filmage régulier des rencontres entre amies est donc un film où l’on parle beaucoup, souvent toutes ensemble, mais toujours avec une grande spontanéité. Il est rare de pouvoir ainsi capter à la fois l’intimité et les rôles sociaux. Car bien sûr, si l’on peut parler de sincérité dans tous ces propos, il n’en reste pas moins que ces filles s’adressent à la caméra et qu’elles n’échappent pas tout à fait à leur posture sociale d’étudiantes dynamiques en route vers un avenir incertain mais qu’elles ont encore le sentiment (l’illusion ?) de pouvoir maîtriser.

Je ne suis pas malheureuse est un film de parole, mais c’est aussi un film d’image. Des images de la jeunesse de notre époque, une jeunesse qui se montre sans fard. Et si la cinéaste prend un plaisir évident à faire des images – de belles images comme celles des corps féminins flottant sur l’eau d’une piscine – les trois autres amies n’en éprouvent pas moins un grand plaisir à être filmées.

Ce film peut être considéré comme un bon exemple d’un certain cinéma actuel qu’on pourrait dire « facile à faire ». Facile parce qu’il donne l’impression qu’il suffit de déclencher la caméra pour faire des images qui deviendront un film. Oui, mais il n’en reste pas moins que ce devenir film réside tout entier dans le montage et que cela ne s’improvise pas. Facile aussi par ce qu’on penser qu’il est tout simple de filmer le quotidien d’un groupe d’amies qui ne demandent que ça. Sauf que le quotidien – la vie de tous les jours – n’est pas dans le film. Les études, la fac, non plus d’ailleurs. Ni les garçons dont on parle tant. Ni la famille. Bref, le film de Laïs Decaster ne nous propose pas des portraits au sens habituel du terme. Il se contente – et il ne propose aucune interprétation et surtout il ne juge pas – de donner à voir des images de jeunes filles d’aujourd’hui. Des filles qui sont bien dans leur peau dans leur corps, quel que soit sa taille. Des filles qui ne baignent pas vraiment dans un bonheur béat, mais qui vivent dans l’instant présent et, lorsqu’elles sont ensemble, qui savent savourer les plaisirs de l’amitié.

A COMME APOLLON.

L’Apollon de Gaza, Nicolas Wadimoff, 2018, 78 minutes.

Le Dieu de la beauté. L’incarnation de la beauté masculine. Avec sa flûte, il est aussi le dieu des arts et des lettres, de la poésie et de la musique. Les flèches de son arc symbolisent les rayons du soleil. Dieu de la lumière, Apollon est toujours du côté de la raison. Peut-il avoir sa place à Gaza ?

Gaza, cette ville qui a bien besoin de lumière. Et de Paix.

Mais que peut la mythologie grecque à Gaza ? Peut-elle intervenir dans la guerre ? Peut-elle soulager les habitants de Gaza des effets du blocus qui est imposé à leur ville par Israël ? La mythologie a-t-elle un sens dans le contexte de l’occupation de la Palestine ?

L’Apollon de Gaza n’est pas un film de guerre. Son auteur, Nicolas Wadimoff, avait déjà filmé la guerre à Gaza, les destructions, les maisons éventrées par les bombes, les blessés et les morts. Il avait consacré un film à Gaza au lendemain de l’opération Plomb Durci en 2009. Son film, Aisheen (still Alive in Gaza), était un cri de révoltes de ces civils qui sont totalement démunis devant la puissance militaire qui les détruits, malgré les dénégations officielles du côté israélien.

A voir L’Apollon de Gaza, on a presque l’impression que la paix est enfin établie à Gaza. Que les effets de la guerre ne sont plus qu’un lointain et mauvais souvenir. La résilience aurai-elle fait son œuvre ?

Le film propose une intrigue et une enquête.

L’intrigue est presque fictionnelle. Du moins elle a une dimension fictionnelle évidente, même si le film ne la revendique pas en tant que telle. Bien au contraire, il affirme son ancrage dans le réel et ne renie pas l’appellation de documentaire.

De quoi s’agit-il ? Une statue en bronze d’Apollon a été découverte en mer par un pécheur, au large de Gaza. Elle serait vieille de plus de 2000 ans. Et représenterait un trésor archéologique et une véritable fortune. Mais sa dimension mystérieuse est considérable. D’où vient-elle ? Pourquoi et comment a-t-elle abouti à Gaza ? Des questions sans réponses. Et le mystère ne fait que s’accroitre lorsque la statue en question disparaît, sans laisser de trace. A-t-elle était volée ? Par qui ? Qui la cache ?  Mystère…Mystère.

Le cinéaste va alors entreprendre une enquête pour essayer de percer le mystère, ou du moins de voir un peu plus clair dans cette affaire. Il va interroger successivement tous ceux qui, de près ou de loin, peuvent être concernés ou avoir quelque rapport avec le statue : le pécheur qui déclare l’avoir découverte en mer, les archéologues qui l’ont vu et examinée, les officiels représentant le patrimoine gazaoui et sa conservation. Et ainsi de suite. Tous sont passionnés par l’aventure de cet Apollon. Mais aucun ne peut fournir le moindre élément de réponse précis qui ferait avancer l’enquête.

A la fin du film, puisqu’on n’est pas plus avancé qu’au début, on en vient à se demander si la statue a vraiment existé. Ne s’agirait-il pas simplement d’une légende. Et Apollon ne devrait-il pas revenir dans la mythologie dont il n’est en fait jamais sorti ?

Le film de Nicolas Wadimoff est une magnifique illustration du pouvoir de résilience de la mythologie. Apollon, un mythe qui embellit la réalité et en cache l’horreur lorsqu’il s’agit de la guerre. Mais n’est-ce pas en partie grâce à lui qu’il est possible, à Gaza comme dans tous les pays en guerre, de continuer à vivre.