A COMME AMOUREUSES

Où sont nos amoureuses ? Robin Hunzinger, 2006, 52 minutes.

Le destin de deux femmes. Retracer le destin de deux femmes nées dans les premières années du XX° siècle. Raconter leur rencontre, leurs études, leur amour, leur séparation. Rechercher des documents, lettres et journaux intimes, des photos et films familiaux, des archives historiques aussi. Retrouver les faits, les commenter, les mettre en perspective, avec la grande Histoire.

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Deux jeunes femmes libres, modernes, cultivées, passionnées et passionnantes. Leur vie, pendant l’entre-deux guerres, auraient pu être une réussite exemplaire, exemplaire de liberté et de bonheur. Mais les difficultés professionnelles (enseignantes elles ne sont pas nommées dans la même ville et doivent attendre les vacances pour se retrouver). Mais les désirs aussi, différents (Emma a un amant, ce que Thérèse accepte tout à fait, mais lorsqu’elle se marie, c’est la rupture).

Pendant la guerre, la seconde, l’une s’engage, l’autre pas. Le film devient alors un hommage à Thérèse, cheffe d’un réseau de résistants en Bretagne. Arrêtée par la Gestapo, elle mourra sous la torture. Sans avoir parlé.

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Une grande partie du film, pourtant, faisait la plus grande place à Emma, le récit étant plutôt rédigé de son point de vue (puisque les lettres qui ont été retrouvées sont les siennes, et de même pour ses deux journaux intimes). Le récit, en voix off, est écrit en première personne (c’est celui de la propre fille d’Emma). Il comporte de longs extraits des lettres et des journaux où Emma parle de sa vie mais aussi de sa relation avec Thérèse. Une relation qui deviendra difficile. Mais qui restera comme illuminé par leur amour. Le film ne prononce pas le mot homosexualité, volonté sans doute de respecter le voile de pudeur que l’époque mettait sur cette relation. Mais tant de choses sont dites avec franchise, avec poésie aussi. Emma écrivait très bien.

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Les photos, les extraits de films de l’époque, en noir et blanc bien sûr, et souvent non restaurés (les striures sont bien présentes), contrastent avec les images en couleur montant les lieux actuels de cette histoire d’amour, la montagne, la mer, les champs, les petites villes où elles ont travaillé. Le tout est monté avec une grande rigueur, ce qui n’exclut pas une élégance très raffinée. On en oublierait presque le côté parfois un peu trop « commentaire de documentaire » de la voix off.

Un film où dominent les sentiments, mais sans effusion sentimentale.

Un film sur une banale histoire d’amour (quoique, resituée dans son époque, la banalité soit toute relative).

Un film sur la vie, des vies, souvent malmenées par l’Histoire. Mais des destins que le réalisateur rend exemplaires.

Un film centré sur la réflexion, mais particulièrement riche en émotions.

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A COMME ABECEDAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE 2

Partie 2  C-E

Les mots clefs les plus représentatifs du cinéma documentaire, les plus fréquents, les plus originaux, ceux qui renvoient à des films phares ou à des œuvres méconnues. Une façon de montrer la diversité de la création documentaire et son impact culturel, social et politique.

Une contrainte librement consentie ici sera de limiter chaque entrée à une seule phrase et de ne donner en exemple (ou en référence) qu’un seul film. Un choix souvent impossible…Donc entièrement subjectif. Mais surtout pas un palmarès.

Pour de plus nombreuses références, voir les filmographies.

C

 Camp de concentration

Pas seulement ceux de l’Allemagne nazie mais aussi en France, comme à Rivesaltes, où furent rassemblés les Républicains espagnols fuyant le franquisme, les harkis ou plus récemment, les déboutés du droit d’asile.

Film : Images du monde et inscription de la guerre de Harun Farocki

Chine

De la Révolution culturelle à l’ouverture à l’économie de marché, les chantiers battant tous les records du monde.

Film : Sud Eau Nord Déplacer de Antoine Boutet

Cinéma

Le documentaire peut-il parler du cinéma, l’analyser, le critiquer, par des moyens cinématographiques.

Film : Le Sommeil d’or de Davy Chou

Colonialisme

En Afrique, en Algérie, la face sombre du colonialisme français, et les guerres de libération.

Film : Afrique 50 de René Vautier.

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Communisme

Des films croyant sincèrement au progrès représenté par le communisme, mais aussi les films de propagande jusqu’aux désillusions des ex pays du bloc soviétique après la chute du mur de Berlin.

Film : Je vois rouge de Bojina Panayotova

Crime

Filmer des criminels n’est-ce pas le comble du voyeurisme ? Mais si c’est pour comprendre leur acte, n’est-ce pas continuer à les considérer comme des êtres humains.

Film : Caniba de Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor

D

Danse

Les spectacles, les répétitions, la vie des chorégraphes et des commentaires sur leurs œuvres et aussi leur propre vision de la danse

Film : Maguy Marin, l’urgence d’agir de David Mambouch

Délinquance

La petite délinquance surtout, celle des jeunes dans les banlieues et ailleurs, et les institutions répressives à défaut d’être éducatives.

Film : Le Saint des voyous de Maïlys Audouze

Démocratie

Le moins mauvais des régimes politiques diront certain, mais un régime de plus en plus contesté de l’intérieur. Existe-t-il des alternatives ?

Film : L’Assemblée de Mariana Otero

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Dictature

Du Chili à la Grèce, du nazisme au communisme, une liste longue, trop longue…

Film : Général Idi Amin Dada, autoportrait de Barbet Schroeder

Direct

Une référence indispensable, tant le « cinéma direct », au Québec ou en France, a eu une influence décisive sur le cinéma documentaire.

Film : Pour la suite du monde de Pierre Perrault et Michel Brault

Drogue

Les paradis artificiels ou la descente aux enfers…

Film : Bonne nouvelle de Vincent Dieutre.

E

Ecole

La vie de la classe, de la maternelle au lycée, au plus près des élèves et de leurs apprentissages, dans une pédagogie traditionnelle, mais aussi, le plus souvent, dans des pratiques nouvelles, innovantes, et des méthodes actives.

Film : A kind of Magic de Naesa Ni Chianain et David Rane.

Ecologie

Des films engagés, dénonciateurs, mais proposant aussi des solutions d’avenir.

Film : Tous cobayes? De Jean-Paul Jaud.

Economie

Peut-on expliquer la marche du monde par les lois du marché ?

Film : Le Bonheur économique de Patric Jean.

Education

Pas seulement dans l’institution scolaire, mais aussi dans la famille, ou toutes sortes d’association, sans oublier les groupes de pairs.

Film : Mélinda de Marie Dumora.

Elections

Les campagnes électorales sur les pas des candidats, les discours, les poignées de main et les bains de foule, les réunions avec les conseillers et l’incertitude des résultats (pas toujours en fait).

Film : Primary de Robert Drew.

Enfant

Un être innocent, insouciant, peut-être, mais surtout un être à protéger et dont il faut sans cesse affirmer les droits.

Film : Los Herederos, les enfants héritiers de Eugenio Polgovsky

Engagement

Défendre une cause, prendre parti, entrer dans un parti, devenir militant ; mais aussi prendre position, refuser l’inacceptable, proposer des solutions.

Film : Le fond de l’air est rouge de Chris Marker.

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Enseignement

Un métier difficile, un peu délaissé d’ailleurs tant il paraît de plus en plus comme usant, nerveusement et physiquement.

Film : Tempête sous un crâne de Clara Bouffartigue.

Etats-Unis

Au pays de la fiction cinématographique triomphante, le documentaire a-t-il du mal à faire sa place au soleil ? Pas vraiment, tant les documentaristes ont su rendre compte de la complexité de cet immense pays, mettant l’accent sur des aspects souvent contradictoire entre eux.

Film : Route one, USA de Robert Kramer

A COMME ABECEDAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE

PARTIE 1 : A-B

Les mots clefs les plus représentatifs du cinéma documentaire, les plus fréquents, les plus originaux, ceux qui renvoient à des films phares ou à des œuvres méconnues. Une façon de montrer la diversité de la création documentaire et son impact culturel, social et politique.

Une contrainte librement consentie ici sera de limiter chaque entrée à une seule phrase et de ne donner en exemple (ou en référence) qu’un seul film. Un choix souvent impossible…Donc entièrement subjectif. Mais surtout pas un palmarès.

Pour de plus nombreuses références, voir les filmographies.

A

Acteur

N’étant pas par principe engagés dans les documentaires, ils peuvent devenir des personnages de portraits asseyant de mettre à jour une personnalité qui se cache souvent derrière les rôles qu’ils jouent.

Film : Mon meilleur ennemi de Werner Herzog.

Actualité.

C’est par définition le domaine du reportage, mais il n’en est pas moins évident qu’elle influence bon nombre de documentaristes dans le choix des thèmes traités.

Film : Paris est une fête de Sylvain George

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Adolescence

Souvent montrée comme l’âge de tous les possibles, de tous les espoirs, de toutes les révoltes, c’est aussi pour bien des cinéastes, l’occasion d’un regard nostalgique sur leur propre vie.

Film : Arman, 15 ans, l’été de Blaise Harrison.

Afrique

Le continent de la douleur et tant de richesses gaspillées ou accaparées par quelques-uns ou pillées par les pays riches.

Film : Moi un noir de Jean Rouch

Agriculture

La dénonciation de l’agriculture intensive, industrielle sur le modèle américain, avec son usage abusif des pesticides et en contre-point, la présentation des alternatives écologiques, de l’agroécologie à la permaculture.

Film : Le monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin

 Algérie.

L’ancienne colonie française a connu bien des vicissitudes depuis son indépendance, mais Alger restera pour toujours la Ville Blanche.

Film : La Chine est encore loin de Malek Bensmaïl.

 Amérique latine.

Le continent des crises économiques comme en Argentine, des coups d’états sanglants comme au Chili, de l’avenir incertain de la forêt amazonienne et des peuples qui y vivent.

Film : La Bataille du Chili de Patricio Guzman

 Amour.

Dans le documentaire, amour peut rimer avec toujours, mais ce sont plutôt les amours déçus ou impossibles qui sont en première ligne.

Film : Une jeunesse amoureuse de François Caillat

Animation

Avoir recours au dessin, aux images de synthèse, aux effets numériques, peut souvent suppléer au manque d’images « live », mais aussi être un choix esthétique significatif.

Film : Valse avec Bachir de Ari Folman

Animaux.

Les films animaliers bien sûr, avec leur côté souvent spectaculaire et quelque peu racoleur, mais aussi de véritables créations loin, très loin, de tout anthropomorphisme.

Film : Bestiaire de Denis Côté.

Apartheid

Le régime le plus injuste, le plus haïssable, dont on a du mal à imaginer comment il a pu maintenir si longtemps en Afrique du sud.

Film : Sugar man de Malik Bendjelloul

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 Archives.

Familiales ou télévisuelles, évoquer le passé ne peut guère se faire sans elles.

Film : Une jeunesse allemande de Jean-Gabriel Périot

 Armes.

Des plus simples aux plus sophistiquées, du couteau à la bombe atomique, du meurtre personnel à l’assassinat de masse pratiqué par le terrorisme, elles sont faites pour blesser, mutiler, tuer, détruire et toujours sont associées à la souffrance.

Film : Miguel et les mines d’Olivier Zabat

Art.

La vie et l’œuvre des artistes, marginaux ou universellement connus, des portraits soulignant souvent leur excentricité et l’inaccessibilité du génie.

Film : Le mystère Picasso de G-H Clouzot.

Asile.

L’exclusion, l’enfermement des « fous », dans des conditions souvent inacceptables, mais aussi les mouvements de contestation, en Italie, l’antipsychiatrie en Angleterre ou la clinique de La Borde en France, qui mirent à bas les murs de l’asile.

Film : La moindre des choses de Nicolas Philibert.

Autisme

Des enfants, ou des adolescents, mutiques parfois, coupés du monde et des autres, aux comportements souvent imprévisibles, mais que le cinéma sait rendre si attachants dans leurs souffrances.

Film : Elle s’appelle Sabine de Sandrine Bonnaire

Autobiographie.

Un.e cinéaste qui met en images sa vie, dans le moindre détail, et pas seulement sa carrière cinématographique, une entreprise rare, mais oh ! combien exaltante.

Film : Les plages d’Agnès d’Agnès Varda

Avortement.

Les luttes des femmes pour sortir de la clandestinité, pour faire qu’avoir des enfants soit un choix libre, pour disposer de son corps en toute responsabilité.

Film : Histoire d’A de Charles Belmont et Mariette Issartel

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B

Banlieue

Des cités où personne n’a vraiment choisi de vivre, mais qui ne sont pas toutes vouées à la violence.

Film : Chronique d’une banlieue ordinaire de Dominique Cabrera

Bibliothèque.

Les livres, les revues, les journaux et magazines, les lecteurs, le silence, le recueillement, mais aussi la musique et le cinéma quand les bibliothèques deviennent médiathèques

Film : Ex libris. The New York Public Library de Frederick Wiseman

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Bonheur

Partir à sa recherche ou espérer le trouver tout près de soi.

Film : A la poursuite du bonheur de Louis Malle

A COMME AFRIQUE – Soleil

Mille soleils, Mati Diop, France-Sénégal. 2013, 45 minutes

Mille soleils est un film sur un film, un film qui prend prétexte, ou plutôt qui rend hommage à un autre film, et à son auteur, qui n’est autre que l’oncle de la cinéaste. La réalisatrice utilise des extraits du film de cet oncle dans son propre film,  et réactive ainsi l’intrigue de cette fiction tournée quelques 40 années plus tôt.

Cet autre film, le film de l’oncle, c’est Toubi Bouki tourné en 1973 par Djibril Diop Manbety. Il peut être résumé simplement de la façon suivante : deux jeunes habitants de Dakar, Mory et Anta, rêvent de partir en France, en Europe ou aux États-Unis, peu importe au fond. L’essentiel c’est de partir, de quitter cette Afrique qui ne leur offre plus vraiment de perspective d’avenir. Nous ne sommes pas encore à l’époque où l’immigration sera devenue une nécessité absolue pour les jeunes, la seule possibilité de survie. Pour notre couple d’amoureux, l’Europe, l’Amérique, le nord, c’est le rêve, l’illusion peut-être, d’une autre vie, autrement plus fascinante que celle qu’ils vivent. Ils s’organisent pour réunir l’argent nécessaire pour payer le bateau. Et le jour du départ, la jeune fille embarque, mais le garçon lui, reste à terre, incapable de quitter son pays, sa vie africaine.

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40 ans après, Mati Diop, réalisatrice de Mille soleils, retrouve Magaye Niang, le Mory de Toubi Bouki. Il vit toujours à Dakar, alors que l’actrice qui interprétait Anta est effectivement aux États-Unis. Une projection en plein air de Toubi Bouki est organisée à Dakar et Magaye en est l’invité vedette. C’est lui que la réalisatrice va suivre pendant tout son film. Vedette de Toubi Bouki, il l’est aussi de Mille soleils. Dans le premier film, il était l’acteur d’une fiction. Ici, il devient l’acteur de son propre personnage, dans un documentaire qui fait de la fiction un élément constitutif de sa démarche.

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Mille soleils est un documentaire sur l’Afrique d’aujourd’hui. Mati Diop filme Dakar. Elle nous propose des vues saisissantes de la ville, dès le pré-générique, où ce troupeau de bœufs traverse l’autoroute, interrompant la circulation sans que cela pose le moindre problème. Nous retrouvons les animaux à l’abattoir, dans des plans particulièrement sanglants, où ceux qui travaillent là semblent surtout satisfaits d’avoir un emploi quel que soit sa pénibilité. L’Afrique d’aujourd’hui a-t-elle encore des points communs avec celle qu’a connue Magate dans sa jeunesse ?

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La fin du film pousse à l’extrême le mélange documentaire-fiction implicite depuis le début du film. Magaye retrouve le numéro de téléphone de Mareme, l’actrice de Toubi Bouki. Elle vit en Alaska où elle travaille sur une plateforme pétrolière. Si loin de l’Afrique. Mati Diop nous propose alors des vues de glaciers s’avançant dans la mer et une formidable séquence onirique où Magaye, habillé comme on l’a toujours vu à Dakar, marche silencieusement dans un immense champ de neige. Il n’a pas froid. Il reste Africain.

A COMME AMAZONIE.

El Impenetrable, Daniele Incalcaterra et Fausta Quattrini, Italie, 2012,90 minutes.

Daniele est parti au Paraguay plein d’enthousiasme. Pas pour faire un beau voyage, mais pour accomplir une action qui lui tient à cœur, un beau geste : rendre aux Indiens un terrain de 5000 hectares qu’il a hérité de son père. Ce terrain est perdu dans la forêt amazonienne, plus exactement dans le Chaco paraguayen, une terre encore vierge mais objet de tant de convoitises. D’ailleurs, son père l’avait acheté, sous la dictature, en pensant faire fortune. Il ne s’en est jamais occupé. Daniele non plus. Le rendre aux Indiens sera un acte hautement symbolique, d’autant plus que c’est un excellent moyen de le faire échapper à la déforestation.

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Le film commence comme un road movie. Au volant de son 4X4, Daniele est filmé de profil. Le paysage forestier défile derrière lui. Les travellings avant montrent le sentier emprunté. Il discute avec son ami, Jota, l’ornithologue qui connait parfaitement la faune et la flore de la région et qui a accepté de faire partie de l’aventure. Parfois, on se croirait dans un western, en particulier quand Daniele est arrêté devant un portail cadenassé et qu’un gardien en armes lui interdit le passage. Le film a aussi parfois des allures de thriller, quand Daniele s’évertue de rencontrer ses voisins, ses puissants voisins, en particulier un Uruguayen dont on ne sait que le nom et dont on ne rencontrera que l’avocat. Mais c’est surtout un documentaire précis et rigoureux sur l’avenir de la forêt amazonienne, les agissements des grands propriétaires terriens et la politique du pouvoir en place. Il n’y a que les indiens qui sont absents du film. Et les représentants des compagnies pétrolières. Mais les intérêts économiques qu’elles représentent sont bien réels, eux.

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Parti plein d’illusions, Daniele déchante vite. Il lui faut d’abord localiser le terrain sur une carte. Surtout, il lui faut le trouver dans la forêt et parvenir à y pénétrer, tâche plus ardue qu’il n’y paraît et qui justifie le titre du film. Le beau rêve de rendre la parcelle aux Indiens se révèle vite irréalisable. Une autre personne, « l’uruguayen », possède d’ailleurs un titre de propriété du terrain tout aussi légal que celui de Daniele. Faire un procès à l’organisme officiel qui l’a vendu deux fois est possible, mais ce sera long, compliqué et onéreux. Daniele y renonce. Il lui reste une dernière solution, transformer la parcelle en « réserve naturelle », ce qui correspond mieux à ses idées humanistes. Daniele se retrouve dans le bureau du Président de la République qui signe le décret créant cette réserve nommée Arcadia. Dernier acte, Daniele plante à l’entrée de son terrain un panneau marquant l’existence de la réserve.

El Impenetrable retrace une aventure personnelle, filmée à la première personne. Mais le contexte dans lequel elle s’inscrit, les enjeux économiques et écologiques de la forêt amazonienne, lui confère une portée qui dépasse largement la personne du réalisateur. L’avenir de l’Amazonie nous concerne tous.

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A COMME ARGENTINE – Buenos Aires

Despuès de la revolution, Vincent Dieutre, France, 2010, 55 minutes

Arrivée à Buenos Aires. Filmer la ville ? Explorer la ville pour la filmer ? Pas vraiment. La caméra est posée au carrefour en bas de l’hôtel. Le croisement de deux rues. Deux simples rues, comme il doit y en avoir des milliers dans une grande ville. Faire un plan fixe. Long. La caméra sur pied est bien stable. Rien ne bouge. Si, il y a quelques voitures qui circulent doucement. Quelques passants aussi. Ils passent dans la rue sans remarquer qu’ils sont filmés. De toute façon, ils ne font que passer. Attendre. Tout peut arriver. Il se peut aussi que rien n’arrive. Le plan pourtant n’est pas vide. Il y a la ville. Un fragment de la ville. Parmi tant d’autres possibles. Une ville qui ici est si calme, tranquille, presque sans bruit…

Il y a une autre face de la ville. La rencontre avec Hugo. D’autres images donc. Toujours en mouvement. Agitées, floues. De très gros plans qui bougent sans cesse. La vision est brouillée. Qu’arrive-t-on à reconnaître. Un corps ? Des parties d’un corps. D’un visage. Peu importe. Sommes-nous toujours dans la ville ? Dans la même ville ?

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La bande son alors est extrêmement travaillée. De la musique, du tango bien sûr, mais aussi la radio, le commentaire si caractéristique d’un match de foot. D’autres choses aussi sûrement. L’inventaire n’a pas à être exhaustif. Chacun recevra ce qu’il sera prêt à recevoir, selon sa disposition d’esprit. Selon le cadre dans lequel il voit le film. Dans une salle presque vide. Ou bondée mais recueillie. Devant la télé avec son café. Devant son ordinateur avec d’autres fenêtres accessibles… Et puis tout le long du film, il y a la voix. Qui parle ? Le cinéaste ? Un narrateur imaginaire ? A qui s’adresse-t-il ? Parle-t-il pour lui-même en se dédoublant ? « Tu n’avais pas une idée très précise de la rue argentine… » La deuxième personne, comme si l’auditeur pouvait se mettre à la place de l’auteur ! En tout cas un texte fort. Plein d’émotions… La face littéraire du cinéma de Vincent Dieutre.

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Ce film n’est pas un reportage sur une ville ; malgré l’évocation de ses particularités ou des chocs visuels et sonores qu’on peut y ressentir. Il n’est pas un documentaire sur la situation économique, politique, artistique d’un pays ; malgré la référence – rapide – au Krach des années. Il n’est pas un récit de voyage ; même s’il montre la relation d’un l’étranger avec cet espace nouveau pour lui. Ce n’est même pas une histoire d’amour ; malgré Hugo.

Alors ? Un film inclassable, qui échappe à toute tentative de définition. Documentaire ou fiction ? Documentaire qui prend la forme d’une fiction ou l’inverse ? Mélange du réel et de l’imaginaire ? Le point sur lequel on peut quand même s’appuyer, c’est l’implication personnelle du cinéaste. Au fond, ce film est entièrement en première personne. Non pas pour faire le récit de sa vie, ou d’une partie de sa vie. Mais pour exprimer les sensations d’un moment, d’un vécu. Une logique de la sensation, cinématographique.

A COMME ARGENTINE – Peuple.

La Dignité du peuple, Fernando Solanas Argentine, 2005, 120 minutes.

Peu de cinéaste ont défendu la cause des pauvres et des déshérités avec autant de force et de sincérité que Fernando Solanas. Solanas filme l’Argentine en crise, une crise économique et financière profonde, dont il attribue la responsabilité à la politique ultralibérale menée par les successeurs de la dictature militaire. Mais il filme surtout les Argentins, ceux qui sont les premières victimes de cette crise, les paysans sans terre, les ouvriers sans travail, ceux qui ont perdu toutes leurs économies, qui n’ont plus de maison où vivre, ceux qui souffrent de malnutrition. Son cinéma est un cinéma de révolte, de dénonciation, de colère devant l’inacceptable. Pourtant, comme son titre l’indique, La Dignité du peuple n’est pas un film désespéré. C’est un film réalisé avec le peuple, pour le peuple. Un peuple qui ne se résigne pas et qui n’attribue pas ses malheurs à la fatalité. La dignité de ce peuple, c’est sa volonté d’aller de l’avant, de trouver des solutions à ses problèmes, en ne comptant que sur lui-même. C’est la force de se battre dans l’unité.

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La Dignité du peuple commence là où s’achevait Mémoire d’un saccage, dont il constitue la suite explicite. Il évoque par flashs rapides les événements de décembre 2001, les manifestations, la répression, la démission du président La Rua, l’espoir de changement. Ce deuxième film sur la crise argentine moins de place que le premier aux données historiques et aux explications politiques. La situation du pays doit cependant être toujours présente à l’esprit du spectateur, et la réalisation du film, qui s’étale sur les deux années qui suivirent, la prend en compte à intervalles réguliers, chaque fois qu’une décision politique intervient. Mais si les manifestations sont toujours présentes, l’essentiel du film est consacré à la vie quotidienne de ces manifestants qui, au jour le jour, poursuivent la lutte sous d’autres formes, qui inventent de nouvelles modalités de résistance. Une résistance qui est pour eux la seule façon de survivre.

La Dignité du peuple présente ainsi une série de portraits réalisés aux quatre coins du pays, de la banlieue de Buenos Aires au fin fond de la Patagonie. Comme Martin, l’écrivain motard, la plupart n’appartiennent pas à un parti et ne font pas de politique de façon traditionnelle. Pourtant il se sent concerné par la situation et ne peut faire autrement que d’aller manifester. Blessé par une balle de plomb à la tête, il doit d’être sauvé à l’assistance de Toba, qui deviendra pour lui un véritable frère. Toba, fils d’un anarchiste espagnol, est maître d’école, responsable de la formation professionnelle. Un travail où la solidarité a un sens. Le week-end, il accueille chez lui des enfants qu’il nourrit dans la cantine qu’il a créée. D’autres rencontres sont plus brèves, comme Margharita et Colinche qui ramasse les ordures avec leur charrette. Un travail qui ne suffit pas pour nourrir leurs enfants. Il n’y a plus de déchets, disent-ils, les gens n’ont plus rien à jeter.

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Solanas filme longuement les « piqueteros », ces chômeurs qui se regroupent dans des campements de fortune et qui survivent grâce à l’aide des commerçants. Ils organisent une « marche de la dignité » sur 40 kilomètres qui les conduit à la place de Mai. Ils bloquent les routes et l’accès à Buenos Aires. La répression fait deux morts. Le film intègre les images prises sur le vif de ce qui est présenté comme un véritable assassinat. « Ils l’ont tué parce qu’il avait faim », dira une femme le jour de l’enterrement. Un des morts c’est Dario, à qui Solanas rend un hommage émouvant. Il donne la parole à sa compagne, qui évoque leur rencontre, leur amour, leur vie commune. Dario aussi, comme Toba, comme bien d’autres qui créent des « cantines pauvres » agissait pour secourir ceux qui ont le plus de besoin.

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Cette solidarité, nous la retrouvons dans un hôpital, où une infirmière et une assistance sociale rendent compte des difficultés rencontrés quotidiennement pour venir en aide aux 4000 patients qu’il faut accueillir chaque jour. Face à la pénurie de médicaments, une collecte publique est organisée pour les redistribuer à ceux qui en ont besoin.

L’action collective, c’est celle organisée contre les expulsions. Lors des ventes aux enchères des terres saisies par la justice, les femmes se mettent à chanter l’hymne national argentin, empêchant le déroulement de la vente. Une longue séquence montre l’affrontement de ces femmes avec un jeune procureur qui ne réussit pas à les faire taire malgré ses menaces de poursuite. Il lui faut faire appel à la police pour évacuer la salle, mais les femmes ont eu gain de cause. La vente n’a pas eu lieu.

La Dignité du peuple est un bon exemple d’un cinéma engagé qui se met au service des luttes des victimes de la crise en popularisant leurs actions de résistance. Un cinéma humaniste qui donne des raisons d’espérer dans l’avenir.

Lire sur L’Heure des brasiers, le « grand » film de Solanas :

https://dicodoc.blog/2018/03/27/r-comme-revolution-argentine/