B comme bio-filmographie Lizette Lemoine

Courriel : lemoine1999@gmail.com

Réalisatrice de la diaspora colombienne en France, après des études d’Économie Politique en Colombie et d’Anthropologie Sociale à Strasbourg, Lizette Lemoine suit des études de Cinéma à Jussieu avec Jean Douchet, Jean Claude Brisseau et Bernard Cuau.

Ses documentaires ont été sélectionnés dans de nombreux festivals : Festival International de Cinéma de Carthagène, FIFA de Montréal, Festival dei Populi à Florence, Festival International du Film d’Amiens, London International Documentary, Bilan du Film Ethnographique à Paris, Etats généraux du film documentaire de Lussas, Rencontres de Cinéma Ibérique et Latino Américain (Normandie)…

Parmi ses principaux films sur son pays la Colombie, autour de la guerre et des traces de la mémoire, il faut citer « Sara, Neyda, Tomasa et les autres », « Amnesthésie », « Wora, l’esprit contemporain » et « Lloro yo, la complainte du bullerengue ». 

Elle a obtenu le Grand Prix de la Mémoire Comune pour la Démocratie et la Paix au 6ème Festival Internacional de Nador-Maroc, le 1er Prix Meilleur Moyen métrage compétition Internationale au V Festival International de Cinéma Politique. FICIP 2015 Buenos Aires ; 1er prix Compétition Documentaire au 12e Festival de Cinéma Colombien de Barcelone. IMAGO 2015 ; le Grand PRIX dans la catégorie Art et Société de IX Rencontre Hispano-Américaine de Cinéma et Vidéo Indépendante, Contra El Silencio Todas Las Voces – Mexico ; Mention Spéciale du Jury DOCS Barcelona Medellin 2016 ; Finaliste au III FICNOVA 2016 Madrid. Et tout récemment le premier prix au Festival International de Hurligham en Argentine.

Elle a conçu deux réalisations discographiques de musiques traditionnelles de Colombie pour la collection OCORA Radio France : Le Bullerengue et Le Vallenato.

L’Ethnomusicologie, les Voyages et la découverte, l’Art et la spiritualité sont ses sujets de prédilection.

Voir articles récents sur sa filmographie sur le site :

http://www.lesfilmsdularge.com

PRINCIPALES REALISATIONS

SARA, NEYDA, TOMASA ET LES AUTRES (83’)

Douleur et résistance à travers le portrait d’un groupe de femmes en Colombie.

Les Films du large/ Euder Arce Films.

AMNESTHESIE (53’)

Le conflit colombien vu par une troupe de théâtre.

La Huit Production/CINAPS TV/ Les Films du large/Procirep

NOEL EN COLOMBIE (52’)

Parcours itinérant de la région rurale de Boyacá. La Huit Production/les Films du          large

NOTRE DAME DE L’ATLAS  (52’)

Co-réalisation Aubin Hellot

L’histoire au Maroc des héritiers de moines assassinés de Tibhirine.

La Huit Production/KTO

 LE GENIE ET LE VOILE  (54’)

Co-réalisation Aubin Hellot

Peintre, graveur et vitrier, un portrait  de l’artiste bénédictine Geneviève Gallois.

A.M.P./La Huit/ Les Films du Large /Région Normandie/KTO/TSR

GAUDI, LE DERNIER BATISSEUR  (54’)

Co-réalisation Aubin Hellot

Portrait de l architecte catalan.

Les Films du Large,/La Huit Production,/KTO/Ville de Barcelone /FR3 Corse

LES FONDATRICES (53’)

Co-réalisation Aubin Hellot

Histoire de la création d’un monastère au Vietnam pendant la guerre          d’Indépendance.

KTO TV, La Huit Production.

VISAGES DE LA FORÊT  (52’)

 Culture et savoir-faire des indiens d’Amazonie colombienne (52’).

Ares  Films/CLERMONT 1ERE

WORA, l’esprit contemporain (52’)

 Petit traité d’anthropologie sur  les indiens d’Amérique. Avec Jorge Lopez  et son           groupe YAKI KANDRU.

 La Huit production/MEZZO/FCM

CHEVAL D’ORGUEIL, Le Paso Fino colombien   (52’)

Découverte d’une race de chevaux unique au monde intimement lié à la culture du                     pays. (52’)

Beau Comme Une Image/ EQUIDIA

 PACIFICO (52’)

Co-réalisation Aubin Hellot

Carnet de voyage. Musique, nature et religion sur la côte Pacifique colombienne.

5 Continents/TV10 ANGERS.

OU CHANTENT LES ACCORDEONS, la route du vallenato   (52’)    

Portrait de groupe d’une musique populaire en Colombie,

La Huit Production/ CTV/Telecaribe. Planète, Muzzik, Mezzo.NPS Hollande, TVE

Sélectionné pour le Prix de la Découverte de la SCAM 1997

MILLE ET UNE MERVEILLES »  (2002/2010).

Co-réalisation Aubin Hellot

Collection  de 19 documentaires sur les monastères en France. (26’)

5ème planète/La Huit production/ KTO

ANTANAS MOCKUS, Civisme contre Cynisme  (26’)

Portrait de l’insolite maire de Bogota. INA/Les Films du Village/ Planète.

LLORO YO, la complainte du bullerengue  (26’).

Portrait intimiste d’une chanteuse de musique traditionnelle

La Huit Production/CTV/ Muzzik/Planète

B COMME BOIS – Boulogne

Au cœur du bois. Claus Drexel, 2020, 90 minutes.

Le bois du titre, c’est le bois de Boulogne, à l’opposé exact, à tous les sens, de celui de Vincennes vu par Claire Simon. Ici aussi il y a bien de nombreux plans sur les arbres, les feuillages, le lac et ses cygnes, en toutes saisons. Mais dans la majorité du film de Claus Drexel, le ciel est plutôt sombre, chargé de gros nuages qui donneront inévitablement de la pluie et même de la neige. Il est vrai que le film est surtout tourné la nuit.

Le bois de Boulogne, la nuit, c’est le royaume de la prostitution. Une prostitution qui a beaucoup changé depuis une bonne dizaine d’années. On y rencontre encore les prostituées à l’ancienne, mais elles sont de plus en plus remplacées par les travestis et les transsexuels. Sans doute une marque de notre époque.

Au cœur du bois est donc un film sur la prostitution, fait de rencontres et d’entretiens avec celles et ceux qui s’adonnent au « plus vieux métier du monde ». Un cliché qui n’est utilisé dans le film qu’une seule fois.

La prostitution est donc vécue ici d’abord comme un métier, un moyen de gagner sa vie – la gagner plus ou moins bien d’ailleurs. Beaucoup évoquent la dimension économique. Si dans le temps le métier permettait de gagner beaucoup d’argent, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Et les modifications de la législation, en particulier la pénalisation des clients, a beaucoup changé la donne. La concurrence avec les « clubs » de toutes sortes se fait lourdement sentir.

Les entretiens nous font pénétrer dans la vie des prostitué.e.s, qui répondent toujours sincèrement aux questions, qui les anticipent même souvent. Venant d’Espagne, du Portugal d’Italie et même du Brésil et du Pérou, leur transformation, et l’exclusion qu’elle déclenche est presque toujours le motif de leur migration. Trouver un autre métier est alors chose quasi impossible, surtout avec les problèmes liés à l’acquisition du français.

Le plus souvent Drexel les filme assise face à la caméra dans un décor de sous-bois, mais aussi dans l’habitacle de leur fourgonnette transformé en lieu de travail. La parole est toujours très spontanée. Visiblement, le regard du cinéaste est plutôt du côté de la sympathie. Sans jugement surtout.

Le film n’a pas la prétention d’être une enquête sociologique. Il se contente de présenter des portraits, des extraits de vie. Des vies qui ne sont pas toujours des réussites, mais personne ne se plaint, et personne ne dit regretter le choix qui les qui l’a conduit là. D’ailleurs la fin du film, avec un arrière-plan ensoleillé printanier, rayonne d’optimisme. Si le film s’ouvrait sur un chant portugais à tonalité grave, ici s’est « Non je ne regrette rien » chantée avec le sourire.

Fipadoc 2021

B COMME BANKSY – Énigme.

Banksy wanted. Aurelia Rouvier et Seamus Haley, 2020, 82 minutes.

Banksy, l’énigme Banksy. L’artiste contemporain le plus célèbre et le plus mal connu0 Totalement inconnu même. Car il a depuis des années et des années si bien préserver son anonymat que personne ne peut dire aujourd’hui le connaître. Sauf bien ceux qui sont de mèche avec lui. Ou qui font partie du collectif Banksy. A supposé du moins que Banksy soit un collectif. De toute façon toutes les hypothèses sont permises. Et personne ne s’en prive.

Les auteurs de ce film qui fait le point sur la carrière de Banksy et sur les tentatives de découverte de son identité – tentatives nombreuses, toutes plausibles, mais toujours démenties – n’en reprennent aucune à leur compte. Leur propos a une dimension plus historique, même s’il prend la forme, surtout dans sa deuxième partie, d’une enquête quasi policière en suivant les traces de ceux qui ont cru, au terme d’efforts soutenus, démasquer Banksy et mettre un nom sur la silhouette vêtue de noir qui met les pieds dans le plat de l’art contemporain.

L’incipit du film nous plonge directement dans le mystère et les interrogations. A-t-on affaire à une supercherie, un coup monté ou plutôt un coup de génie. un coup d’éclat de toute façon, qui sera relaté par tous les médias du monde – et pas seulement ceux dédiés au petit monde de l’art contemporain. Nous sommes chez Sotheby, la célèbre maison de vente aux enchères londonienne. Une salle bondée de gens riches et d’amateurs d’art. Le clou de la vente c’est un tableau de Banksy, La Petite fille au ballon, qui sera adjugé pour quelques 970 000 dollars. Mais, chose proprement inimaginable, dès le coup de marteau concluant la vente, le tableau s’auto-détruit, du moins en partie. Une mise ne scène particulièrement réussie.

La suite du film a le mérite de nous montrer un grand nombre d’œuvres signées Banksy. En les resituant toujours dans leur contexte. Et en insistant sur la signification sociale et politique que le choix de tel ou tel pan de mur pour recevoir les fameux pochoirs peut avoir. Les intervenants – critiques d’art, marchants ou collectionneurs surtout – insistent tous sur la portée des interventions de Banksy. Soutien aux Palestiniens en dénonçant le mur de séparation avec Israël ; dénonciation de la pollution dans les quartiers pauvres de l’Angleterre ; et ainsi de suite, jusqu’au pied de nez adressé à ceux qui ne voit dans l’art qu’un moyen de gagner de l’argent. Et Banksy serait plus connu que Picasso ou Warhol. Dans le monde entier – comme le montrent les nombreux extraits de journaux télévisés relayant chacune de ses apparitions. Un artiste qui a su toucher un très large public, le grand public – qui accourt pour voir les œuvres dont Banksy parsème les murs de New York – une par jour, sans que la police lancée à ses trousses par le maire de la ville réussisse ne serait-ce que l’apercevoir.

Malgré ceux qui, au terme d’enquêtes longues et minutieuses ont cru découvrir la véritable identité de Banksy – le chanteur de Massive Attack, Robert Del Naja par exemple – le mystère Banksy reste entier. Et c’est sans doute mieux comme cela. De toute façon, comme le film le dit en conclusion, si quelqu’un affirmait un jour être Banksy, personne ne le croirait.

FIPADOC 2021

B COMME BIO-FILMOGRAPHIE François Lévy-Kuentz

François Lévy-Kuentz, né en 1960 à Paris, est un auteur-réalisateur français.

Il étudie le cinéma à la Sorbonne Nouvelle puis débute comme assistant de réalisation sur des films documentaires et de fiction. Il signe son premier

Film sur l’art en 1989 avec « Man Ray, 2bis rue Férou » puis  travaille trois ans pour le magazine Ramdam, réalisant une cinquantaine de portraits de peintres, plasticiens ou écrivains.

Il collabore à divers émissions culturelles : Le Cercle de Minuit, L’atelier 256, Rapptout, Archimède. En 1994, il conçoit et réalise Aux Arts et cætera, émission hebdo consacrée aux arts plastiques diffusée sur Paris Première.

Il réalise pour Arte plusieurs portraits de cinéastes (Jean Painlevé, Rainer W. Fassbinder ou Luis Bunuel…)

Depuis plus de 20 ans, François Lévy-Kuentz consacre essentiellement son travail de documentariste au film sur l’art et réalise de grandes monographies sur des artistes tels que Pascin, Marc Chagall, Man Ray, Yves Klein, Salvador Dali, Piet Mondrian, Alexander Calder, ainsi que des films sur des mouvements picturaux. (Le Scandale Impressionniste, Quand l’art prend le pouvoir, La face cachée de l’art américain). Ces documentaires ont  été primées dans de nombreux festivals internationaux et ont été présentes dans les Cinémathèques de Bruxelles, Mexico, Sao Paulo et Jérusalem.  

Filmographie sélective :

Un été à la Garoupe

Mélisande/ France Télévisions

Festival de Pessac (2020-Compétition officielle)

FIPADOC 2020 (Panorama)

Cocteau/Al Brown, le poète et le boxeur (2018)

Films de l’instant/ France Télévisions

La face cachée de l’art américain (2017)

Cineteve / France 3

Etoile de la SCAM 2020

Sélectionné au 20e rendez-vous de l’Histoire de Blois (2017)

Sélectionné au festival international de Pessac (2017)

Sélectionné au History Film Festival (Croatie) 2108

Télémaque, l’affranchi (2017)

Festival MIFAC

CFRT/France Télévision

Editions Doriane Films

Les enfants de la nuit (2015)

The Factory / Arte

Sélectionné au FIPA 2015 (Compétition officielle)

Dans l’œil de Luis Bunuel (2013)

Kuiv / Arte

Sélectionné au FIFA 2014

Festival Arte 2013

Festival de Tallin 2015 

Salvador Dali, génie tragi-comique  (2012)

INA/ France 5

FILAF d’argent (Perpignan 2013)

Sélectionné au FIFA (Montréal 2013)

Sélectionné au FIPA (2013)

Sélectionné au Festival de Naples 2013

Présenté à la FIAC 2013

DVD / INA EDITIONS

Dans l’atelier de Mondrian (2011)

Cinétévé / Arte / France 5

Sélectionné au FIFA 2011

Sélectionné au Festival de Lisbonne 2011

Sélectionné à ARTECINEMA (Naples 2012)

Sélectionné à Art Doc Festival (Rome 2013)

DVD/ ARTE EDITIONS

Le Scandale Impressionniste (2010)

Arte/ Musée d’Orsay

Sélectionné au FIFA 2011. Nominé au Lauriers audiovisuel de Paris (2011)

DVD/ ARTE EDITIONS

Calder sculpteur de l’air (2009)

Zadig/ France 5

Grand Prix du Festival International de Murcie 2009

FIFA Montréal 2009

Prix du meilleur Portrait au Festival Int. du film d’art d’Assolo 2009

Mention spéciale au festival de Lisbonne 2009

Sélectionné au Festival de New-York, Naples, Reus, Toronto, FIPA

DVD/ FRANCE TELEVISION EDITIONS

Quand l’art prend le pouvoir (2008)

Les Poissons Volants/ Arte 

Etoile de la SCAM 2009

FIPA 2009 (Situation de la création française)

Artecinema (Naples)

DVD/ RMN EDITIONS

Yves Klein, la révolution bleue (2006)

MK2/ France 5

Prix du meilleur portrait au XXVe FIFA Montréal (2006)

Grand Prix du Festival de Milan 2007

Etoile de la SCAM 2008

FIPA 2007 (Situation de la création Française)

ARTECINEMA (Naples 2007)

DVD/ RMN EDITIONS

Jean Painlevé, fantaisie pour biologie marine

ARTE / France 5  (2005)

Crescendo/ Les Documents Cinématographiques

Ouverture du Festival Paris/ Science 2006

Chagall, à la Russie aux ânes et aux autres (2003)

INA /France 3/ France 5

Award du film d’archives FIAT/GLS 2004,

XXIIe FIFA (Montréal)

Grand Prix au Festival International d’Art de l’Unesco 2004.

FIPA 2004 (Situation de la création française)

DVD/ FRANCE TELEVISIONS EDITIONS

Artecinéma Naples  (2015)

Pascin l’impudique (2000)

Lapsus /L’envol

XIXe FIFA (Montréal)

FIPA 2001 (Situation de la création française)

DVD/ RMN EDITIONS

Man Ray, 2bis rue Férou (1989)

ARTE/F.L.K

Editions Dilecta (2010)

Artecinema  Naples 2015

B COMME BUREAU – Sécurité sociale.

La Vraie vie (dans les bureaux). Jean-Louis Comolli. 1993, 78 minutes.

         Jean-Louis Comolli filme la vie de bureau à la Sécurité Sociale. Le choix n’est pas anodin. Institution typiquement française, conquête du Front Populaire de 36, il ne s’agit pas à proprement parler d’une administration, ni non plus, bien sûr, d’une entreprise au sens capitaliste du terme. La SS, le service public par excellence. Toute son organisation, tout son fonctionnement, tout le travail de ses employés dirigés par un seul impératif : le service des assurés. Comment les employés vivent-ils cette dimension de leur travail ? Et comment vivent-ils leur travail dans son ensemble ? Quel intérêt y trouvent-ils ? Comment peuvent-ils s’y investir et oublier – ou du moins supporter – son côté répétitif, la routine qui s’installe inévitablement, après tant d’années, 10 ou même 20 ans, dans la maison, même si l’on change de service ? Les employés ? Les employées plutôt. Car dans les bureaux, ce sont surtout des femmes qui travaillent. Du moins lorsqu’on ne se situe pas dans les niveaux les plus élevés de la hiérarchie.

         Jean-Louis Comolli filme donc les bureaux de la Sécu. Du bâtiment dans lequel elle se situe, il ne donnera une vue d’ensemble que dans le dernier plan du film. Et si l’on aperçoit quelque fois la vie parisienne à l’extérieur, ce n’est qu’en passant, en toile de fond, si l’on est suffisamment attentif pour regarder par les fenêtres, derrière les employés. Par contre, l’intérieur du lieu de travail est très présent, les salles de travail, les archives, les couloirs. Les couloirs surtout, filmés dès le pré-générique et dont les vues en travelling avant seront presque systématiquement utilisés en plan de coupe, entre deux interviews. Des couloirs le plus souvent vides, mais où passent aussi des employés, dont certains poussent de lourds caddys de supermarché remplis de dossiers. De longs couloirs interminables où l’on use ses souliers. D’où, peut-être, ce plan insistant (il est utilisé à plusieurs reprises) de gros souliers d’homme, filmés en gros plan, se déplaçant à un rythme relativement soutenu dans ces mêmes couloirs, comme le montage le laisse entendre. Plan surprenant, donnant un petit côté énigmatique au film. S’agit-il d’une inscription personnelle du cinéaste dans son film, d’une signature en quelque sorte ?

         Comolli filme relativement peu le travail proprement dit des employés dans les bureaux. Il se contente plutôt de l’évoquer : quelques plans de mains sur des claviers d’ordinateur, quelques plans d’écran, des va s et viens entre les grandes étagères contenant les archives, du courrier que l’on trie, mais le plus souvent lorsque sont filmés en travellings explorateurs les bureaux vides, les ordinateurs sont éteints et les dossiers fermés. Il y a bien cette séquence où une employée constate, plutôt résignée qu’énervée, le plantage de sa machine avec une sorte d’incrédulité. Mais justement, il s’agit là de filmer l’impossibilité d’effectuer son travail, pas le travail lui-même. De la façon de remplir un dossier ou les documents envoyés aux assurés, de la façon de recevoir le public, nous ne saurons rien. Car ce qui intéresse le cinéaste, ce n’est pas l’effectuation du travail, mais la façon dont il est vécu par ceux qui l’effectuent. D’où l’utilisation systématique de l’entretien comme méthode d’investigation.

         Les entretiens de La vraie vie (dans les bureaux) ont deux caractéristiques. Au niveau de l’image, ils sont mis en scène. Au niveau de leur contenu, ils sont orientés par le cinéaste. Comolli filme bien de façon classique quelques-unes des employées qu’il interroge, assises à leur poste de travail, en gros plan. Mais il introduit aussi une façon plus originale de filmer les propos des employées. Plusieurs d’entre elles sont en effet filmées, marchant – faisan les cent pas – d’avant en arrière – dans un bureau vide. Dans les deux situations, les questions posées par le cinéaste sont juste audibles, en arrière-plan sonore. Dans les deux cas, le cinéaste n’apparaît jamais à l’écran. Dans la situation des allers retours des employées, la caméra reste fixe, ce qui fait que pour la moitié de son déplacement, la personne filmée est vue de dos. Ce mode de filmage a pour effet essentiel de transformer l’entretien en une confession, la parole proférée devenant une voie intérieure puisqu’elle ne semble pas s’adresser directement à quelqu’un. Et puis, cela permet aussi d’introduire des effets de lumière et de couleur dans la prise de vue. Une des employées est filmée dans une tonalité bleutée, une autre dans une sorte de clair-obscur où dominent des effets d’ombre. Un filmage qui frise l’esthétisme.

Les entretiens avec les employées commencent pratiquement toujours par la même question ; depuis combien de temps êtes-vous là ? Presque toutes celles qui sont interrogées ont une longue carrière derrière elles. Comment vivent-elles cette durée ? La routine, voilà le cœur du problème. Le film ne se limite pas au vécu présent, il traite d’une temporalité longue. Beaucoup des femmes présentes dans le film sont entrées à la sécu jeunes. Beaucoup pensaient ne pas rester si longtemps. Certaines ne se pensaient pas capables de supporter longtemps ce travail si répétitif. D’ailleurs, une des plus jeunes, la première à parler longuement, est surprise de la passivité de ses collègues, de leur manque d’ambition. Elle, elle va suivre le cours de cadre, bouger, elle ne va pas se contenter de faire toujours le même travail. Plus tard dans le film, il lui sera renvoyé, par un homme, qu’elle est bien naïve. Son enthousiasme n’est-il pas dû à sa jeunesse, à son inexpérience ? Beaucoup pensaient comme elle. 10, 20 ans après, elles sont toujours là. La routine, on s’y fait. Et puis il y a les contraintes financières de la vie. Ici au moins, on a la sécurité de l’emploi. Et puis il y a les enfants, le soir, qui deviennent vite insupportables lorsque l’on est fatiguée. S’assoir devant la télé devient une nécessité. Il n’y a qu’une retraitée qui parle de cinéma, de théâtre, de visite de musées.

Le film de Jean-Louis Comolli n’apporte aucune révélation sue la vie de bureau. Pour les employées de la sécu qu’il rencontre, la vraie vie est ailleurs. On pouvait s’y attendre. Sauf que cet ailleurs est bien vague. Existe-t-il seulement ? Bien peu disent en quoi il pourrait consister. La routine implique-t-elle nécessairement la résignation ? Tant que l’ambiance n’est pas trop dégradée entre collègues…On peut faire une petite fête pour un départ à la retraite ou une promotion. Il n’y a chez ces employées aucune revendication syndicale, et encore moins politique. Ce n’est pas dans les bureaux que se prépare la révolution.

B COMME BLANC

Come il bianco. Alessandra Celesia, France, 2020, 19 minutes.

« Tu me manque furieusement ». Tout est dit dans cette première phrase, la perte, l’absence, la tristesse, le désespoir presque.

Et les images disent la même chose. Les fumées blanches qui envahissent l’écran. Un visage impassible.

Et la voix intérieure, douloureuse mais intense. Comme une annonce, une anticipation, des chants qui occuperont une ou deux des séquences de la fin du film.

Un film-poème. Un poème visuel. Les gros plans sur les visages. Deux femmes. Une jeune et l’autre plus âgée. On découvrira qu’il s’agit de la mère et de la fille. Mais la fille est disparue, jeune. Laissant la mère à son chagrin, à ses souvenirs. Alors elle raconte sa fille.

Elle ira, la mère, en excursion sur les pentes du volcan, là où sa fille allait enregistrer les sons issus du cratère. Elle aussi enregistre, par la photographie, mais surtout par le dessin. La montagne vue de la mer, à bord d’une barque. Et la vision, au fond de la mer, de quelques poissons et de statues anciennes, grecques peut-être. Puis la peinture de retour à la maison.

Les images toujours. Le souvenir de la visite d’un musée. Corot, Poussin, Gauguin, Dürer, d’autres encore. Et la musique, le chant, la voix éternelle.

« Ne pleure pas », les derniers mots de la fille à sa mère. Sur son visage, filmé en gros plan, se lit la sérénité.

Traces de vie, 2020.

B COMME BIO-FILMOGRAPHIE : Bojina Panayotova

Bojina Panayotova grandit dans les rangs des pionniers communistes en Bulgarie avant d’arriver en France avec sa famille, juste après la chute du mur. Elle étudie la philo à l’Ecole Normale Supérieure, tout en devenant accro aux thrillers du distributeur automatique de K7 vidéos. Elle décide de faire de cette addiction son métier et entre à la Fémis en réalisation. C’est là qu’elle rencontre le collectif de réalisateurs-producteurs Stank. Avec leur soutien, explore son Far East bulgare dans deux « films sauvages » plébiscités dans les festivals : le court métrage L’immeuble des braves qui remporte le Prix du meilleur documentaire au festival Silhouette et est sélectionné pour les César 2021, et le long métrage Je vois rouge qui est sélectionné à la Berlinale avant de sortir au cinéma en 2019. Elle collabore également avec le réalisateur Boris Lojkine avec qui elle co-écrit Camille, prix du public à Locarno et Bayard du meilleur scénario à Namur.

B COMME BANLIEUE – Queens.

Foreign parts. Véréna Paravel, John-Paul Sniadecki, Etats-Unis, 2010, 77 minutes.

Comment dépecer une voiture ? S’en prendre au moteur à grands coups de cisaille. De quoi lui faire pisser toute son huile. Dans l’atelier, pourtant, on les bichonne aussi les voitures, en les repeignant. Mais c’est bien la destruction qui domine. Avec le commerce. Tout se vend. Tout se négocie. Ici on ne fait pas des affaires, on se lance dans les combines.

Nous sommes à New York, contre toutes apparences. Plus précisément, nous sommes dans le Queens. Un quartier qui s’appelle Willits Point. Et que ses habitants nomment le Junkyard. Un quartier qui doit être détruit au profit d’une vaste opération immobilière de luxe. En attendant c’est un quartier salle et laid. Plein de boue et d’eau. Une rue centrale, bordée de magasins de pièces détachées et autres accessoires automobiles. Ici, c’est la récupération qui domine, dans ces véhicules voués à la casse. On y vient pour trouver ce qu’on ne trouve pas ailleurs, et au prix le plus bas, qu’on peut toujours faire baisser.

Les cinéastes filment surtout cette rue, entrant de temps en temps dans un bar ou un drugstore. Dans la rue il y a ceux qui « accueillent » les clients potentiels, les dirigeant vers un magasin spécialisé, ou partant à la recherche de la pièce demandée et en négociant le prix. Une sorte de travail qui ne rapporte pas toujours beaucoup. Mais il faut savoir se débrouiller pour survivre.

Le film se déroule au fil des saisons0 Chaleur l’été et neige l’hiver. Et surtout de l’eau, beaucoup d’eau. Les pluies d’orage provoquent des inondations, mais cela n’empêche pas les déplacements, de l’eau jusqu’aux genoux ou en cherchant des appuis sur les façades des boutiques. Nous passons d’une situation à l’autre sur un rythme très rapide. Des petites touches qu’on aimerait parfois prendre le temps d’approfondir un peu plus. Mais on finit par s’habituer. Au faut c’est la vue d’ensemble qui compte. Le rythme du film est celui du quartier.

Dans cette immersion, nous rencontrons quand même quelques personnages. Un couple par exemple. Elle dit être la seule blanche du quartier, ce qui l’expose particulièrement. Elle est filmée dans la voiture où elle passe ses nuits, armée d’une clé métallique pour se défendre, au cas où. Elle attend son compagnon qui est en prison pour trafic de drogues. Le jour de sa libération, c’est la fête pour eux.

La fête, il y en a une autre, pour l’anniversaire de Julia. Le gros gâteau est découpé en gros plan. Et on danse sur un rythme portoricain. Une communauté très présente ici.

Ce fil nous donne une vision de l’Amérique bien différente de celle que l’on peut avoir du centre de Manhattan. Mais les cinéastes n’insistent jamais sur la misère. Les moments de découragements existent, mais ne durent jamais très longtemps. La vie reprend toujours son cours. Même si plus personne ne semble croire encore au rêve américain.

B COMME BANLIEUE – Chicago.

Public Housing. Frederick Wiseman. Etat Unis, 1997, 190 minutes.

            Il y a une veine sociale dans le cinéma de Wiseman et Public Housing en est la parfaite illustration. Certes, il ne s’agit pas d’un film militant et l’on ne peut pas dire que Wiseman soit un cinéaste engagé. Mais, s’il ne soutient pas une cause déterminée, on sent bien, par les sujets qu’il aborde et la façon dont il les traite, qu’il n’est pas insensible à la misère du monde et aux difficultés de la population qu’il filme.

Le film s’ouvre sur des plans fixes, en plongée ou à ras du sol, sur des immeubles de brique, puis sur les habitants du quartier, tous noirs. Nous sommes à Chicago, dans une cité de banlieue dénommée Ida B. Wells. On y trouve les mêmes problèmes que dans les banlieues françaises, le chômage, l’oisiveté des jeunes, les rivalités entre gangs, la violence, la drogue. Beaucoup d’appartements sont insalubres et envahis par les cafards. Mais tous ne sont pas logés et il y a un nombre important de SDF. Ce quartier est un ghetto.

            La police est omniprésente dans le film, parce qu’elle est omniprésente dans le quartier. La séquence d’introduction qui plante le décor se termine par une voiture de police qui fonce sur une avenue, sirène hurlante. Dans les plans de rue pris au pied des immeubles qui jalonnent tout le film, il n’est pas rare de voir deux policiers en patrouille ou fouillant des hommes, mains sur un mur. Plusieurs séquences sont d’ailleurs consacrées à l’action des policiers, comme si ceux-ci avaient accepté que l’équipe du cinéaste les accompagne dans leur travail. Nous assistons ainsi à des interpellations, une jeune femme, ancienne droguée, à qui le policier donne des conseils pour s’en sortir, un petit groupe de jeunes soupçonnés d’avoir volé un réfrigérateur, des inconnus dans le quartier dont ils contrôlent l’identité. Un soir, un vieil homme, lui aussi toxicomane, se réfugie au poste de police car il est poursuivi par un gang à qui il doit de l’argent. Tous ceux qui sont ainsi interrogés par les policiers ont déjà eu affaire à la justice. Beaucoup ont déjà été condamné et ont fait de la prison. La consommation de toutes sortes de drogues est générale. Le tableau est particulièrement sombre.

Ici pourtant, la population ne semble pas en conflit ouvert avec les policiers. On a même l’impression qu’ils sont relativement bien acceptés, comme faisant partie du décor et assurant par leur présence un minimum d’ordre. S’il y a dans les rues que filme Wiseman beaucoup d’oisifs et de désœuvrés, et si quelques jeunes s’enfuient en courant à l’arrivée de la patrouille, on est loin de l’état de non droit dont on dit qu’il s’est généralisé en France. L’ambiance du film n’est pas pesante, sauf peut-être dans la séquence consacrée à l’épicerie de nuit où les clients sont servis à travers un tourniquet derrière des grilles. Mais lorsqu’une équipe de télévision vient filmer quelques plans, les figurants pris dans le quartier s’en donnent à cœur joie. Le film passe ainsi souvent sans transition à des plans qui évoquent les vacances (le film est tourné en été et les jeunes jouent aux cartes sur les pelouses ou au basket) à des séquences plus sombres, dans les appartements de personnes âgées, comme cette vieille femme qui peine à éplucher quelques feuilles de légumes pendant qu’un plombier répare la fuite d’eau dans sa salle de bain. D’autres plans sur les façades des immeubles cadrent de façon rapprochée des enfants qui jouent sur des balcons, derrière des grillages. Wiseman veut-il nous faire sentir que leur destin risque fort de les conduire vers la prison ?

Face à toutes ses difficultés, le quartier ne reste pas passif. Bien des habitants que filme Wiseman ne sont nullement résignés et dépensent beaucoup d’énergie pour essayer d’améliorer le sort de leur communauté. C’est le cas d’Hellen Finner, responsable du conseil des habitants, filmée alors qu’elle essaie de trouver un appartement pour une femme qui se retrouve à la rue avec un bébé. Pour elle, il est inacceptable qu’il y ait des gens sans logis alors que des appartements sont inoccupés dans le quartier. Le problème n’e semble pourtant pas facile à résoudre. Nous retrouverons Hellen plus loin dans le film, toujours au téléphone, se débattant pour trouver des solutions aux difficultés des habitants de ce quartier dont elle est elle-même issue. Un bel exemple de solidarité.

Wiseman filme la pauvreté et la misère mais le ton de son film n’est jamais désespéré. Il y est question de violence, mais Wiseman ne la filme pas. Il n’y a pas d’émeute à I. B. Wells. Le film met plutôt en évidence le travail des associations et des gens qui œuvrent pour améliorer le sort de leur communauté. Dans le film des solutions existent. Des opérations sont lancées, souvent par des initiatives privées, comme l’opération propreté et l’opération lavage de voiture. Des actions éducatives sont menées auprès des jeunes, dans un collège et même dans une maternelle où une marionnette met en garde les enfants contre les dangers de la drogue. « Si tu aides, tu seras aidé dit un habitant lors d’une réunion visant à mobiliser en vue d’actions d’entraide. Le film se termine par une conférence faite par un ancien joueur de Basket. Il a une fonction officielle mais il se présente comme un « frère ». Son discours vise à pousser les jeunes à créer des entreprises. Pour lui, c’est la solution. Le film ne dit pas si ses interlocuteurs y croient vraiment.

B COMME BOXE

Boxing Gym. Frederick Wiseman, Etats Unis, 2010, 91 minutes.

         Boxing Gym est une immersion dans une salle de boxe à Austin au Texas. La boxe, il ne s’agit certes pas d’une des grandes institutions américaines, de l’hôpital à la justice en passant par l’éducation, dont Wiseman a su montrer le fonctionnement rien qu’en plaçant sa caméra au cœur de leurs activités. Pourtant, si ce nouveau projet n’a pas à priori une dimension universelle, il se situe quand même dans la ligne du cinéma de son auteur en abordant la vie de tous les jours et les questions qui en découlent pour tout un chacun : que faire de ses loisirs ; quelle est l’importance du corps et du physique dans la vie ; quel sens donner aux relations sociales.

         La salle de boxe que filme Wiseman, le Lord’s gym, est un petit club que fréquente in bon nombre d’américains moyens dont les différences sautent immédiatement aux yeux. Qui sont-ils dans leur vie personnelle, familiale, professionnelle ? Quelle est leur motivation vis-à-vis de cette pratique qui est pour certains un sport, pour d’autre une activité physique comme une autre, pour d’autres encore un simple passe temps. Comme d’habitude, Wiseman ne nous en dit rien. Il laisse le spectateur découvrir petit à petit les éléments constitutifs de cette diversité, caractéristique de la société américaine. Des hommes, des femmes ; des jeunes et des moins jeunes ; des enfants et des adolescents ; des blancs, des noirs ; des sportifs et d’autres qui le sont visiblement beaucoup moins. Wiseman nous les montre tous de la même façon, sans privilégier aucun trait, aucun particularisme, mais en les filmant chacun dans leur spécificité, dans leur unicité pourrait-on dire. En ne sachant rien d’eux au départ, le spectateur va pouvoir appréhender lui-même leur dimension personnelle, non pas uniquement leur épaisseur psychologique comme on dit, mais plus fondamentalement leur réalité humaine.

         Il y a quand même dans le film un personnage central, Richard Lord, le patron du club, ancien boxeur qui a trouvé là un bon moyen de reconversion. Il constitue le fil rouge du film, par la façon dont il accueille les membres du club, entretenant avec la plupart des relations amicales qui dépassent nettement le seul rôle d’entraineur ou d’éducateur physique. Une longue séquence nous le montre inscrivant un nouveau membre, Sans que Wiseman intervienne en quoi que ce soit, il mène un entretien comme beaucoup de cinéastes voudraient bien en inclure un dans leurs films. Par ses questions simples, ses silences, ses relances qui n’en ont pas l’air, il permet peu à peu à la personne en face de lui de dévoiler quelques fragments de son intimité abordés par la caméra sans aucun voyeurisme. Une telle séquence peut à elle seule caractériser le cinéma de Wiseman.

         Dans le film il y a aussi la boxe et toutes les activités physiques qu’elle permet, du ring au sac de sable dans lequel il frapper et frapper encore, en passant par la corde à sauter. Wiseman filme tout aussi patiemment, sans effets spectaculaires, la dimension répétitive de tout cela. Il ne cherche pas à créer une symphonie des corps. Simplement sa caméra enregistre tous ces mouvements qui souvent se répètent à l’identique, de façon quasi mécanique, mais que l’art du cinéaste transforme en expression personnelle.

B COMME BERGER – Pays-Bas

No way. Ton van Zantvoort, Pays-Bas, 2018, 81 minutes.

Un berger aux Pays-Bas. Surprenant à première vue. Un pays sans montagne ; sans pâturage d’altitude. Où donc les moutons peuvent-ils brouter ? En fait, les troupeaux vivent dans la lande. Ou à proximité des villes. Une vie – une survie plutôt – qui n’est pas toujours facile.

Berger, un métier qui n’a rien de facile, malgré les images de quiétude qui lui sont souvent accrochées. Un métier qui demande beaucoup de patience et de savoir-faire, ce qui ne s’improvise pas. Le film nous montre la tonte (toute une technique), l’apprentissage de la tétée pour les agneaux et la nourriture au biberon. Et puis aux Pays-Bas, il faut sans cesse déplacer le troupeau pour trouver des espaces où les moutons pourront brouter. Ce qui occasionne quelques conflits avec les habitants des bourgs traversés. Devenir berger citadin, vraiment cela ne va pas de soi.

Un berger héros de cinéma ? Pourquoi pas. Le film de Ton van Zantvoort nous propose un portrait d’un des derniers bergers des Pays-Bas, Stijn. Un homme calme, posé, filmé souvent dans la lande, avec son troupeau en arrière-plan, travaillant en parfaite bonne entente avec ses chiens.  Ou bien dans sa famille, avec femme et enfants, dans une intimité qui n’a rien que de très banale. Et pourtant. Un portrait tout en sympathie bien sûr. Mais qui prend du sens bien au-delà du cas particulier d’un berger vivant aux Pays-Bas.

No Way est d’abord un film hommage à un mode de vie particulier, une vie dans la nature, en contact avec la nature, en relation étroite avec la nature. Une vie parfaitement libre. Mais un mode de vie qui devient de plus en plus opposé au monde contemporain, de plus en plus contradictoire avec la vie citadine. Et qui donc tend à disparaître.

Le film devient ainsi très vite un film de combat. Un film de soutien à Stijn aux prises avec les contraintes et les difficultés qui l’assaillent de toute part. Mais plus largement, un film de défense des traditions anciennes et des métiers du passé qui devraient garder une place dans le monde moderne. Un combat contre les lois du marché et la recherche effrénée du profit maximum. Contre le système, tout simplement.

N’est-ce pas un combat perdu d’avance, tant les forces en présence sont disproportionnées ? Ce que demande Stijn, c’est de pouvoir continuer à exercer son métier, avoir les moyens de pouvoir nourrir son troupeau. Pouvait-il réussir ? La fin du film ne nous laisse pas croire au miracle.

B COMME BIO-FILMOGRAPHIE – Jean-Michel CARRÉ.

1967 / 70    Etudes de Médecine abandonnées pour le cinéma

1969 / 72    Etudes à l’IDHEC / Diplômes de réalisation et de prise de vue

1975           Création de la société de production Films Grain De Sable

RÉALISATIONS CINÉMATOGRAPHIQUES ET AUDIOVISUELLES

2020           TIBET, QUELLE VÉRITÉ ? (Doc 90′ et 2X52′, Arte – RTBF…)

2019           ROYAL DE LUXE  (Doc 52′ – France 5  – Radio Canada…)

2018           2°, LES DESSOUS DE LA GUERRE CLIMATIQUE (Doc 70′ – Films du Siècle – France 5…)

2017           CHINE, UN MILLION D’ARTISTES (Doc 52′ – Arte – VRT)

2016           POUTINE, LE NOUVEL EMPIRE  (Doc 90’ –France 2 – RTBF – TSR – SVT) Nominé au   FIGRA (Festival International du grand reportage et du documentaire)…et version actualisée en  2018.

2014                    POUTINE… POUR TOUJOURS ? (Doc 90’ – France 2 – RTBF – TSR – Al Jazeera…)

                   Sélectionné au FIGRA 2014, à L’IDFA 2014, au GÖTEBORG Film Festival 2015, au

                   THESSALONIKI DocumentaryFestival 2015…

2013           CHINE, LE NOUVEL EMPIRE (Doc 3×60’ et 2h50  – Arte / RTBF / MDR…)

                   – Sélection documentaire international FIPA 2013

                   – Nominé du Grand Prix du documentaire de la Télévision française 2013, Prix du Sénat

                   – Sélection Festival International d’Histoire de Pessac 2013

2012           UKRAINE,  DE LA DÉMOCRATIE AU CHAOS (Doc 80’ – Planète / MDR /Al Jazeera         English) coréalisé avec Jill Emery

Prix du Jury, Figra 2013,

– Grand Prix Focals Awards de Londres 2013Cuba

2011                     GRANDIR À PETITS PAS (Doc 52’ – France 5) La Maison verte

2010           SEXE, AMOUR ET HANDICAP (Doc 80’ – France 2 / TSR)

                   Grand Prix du Festival International de la santé de Liège 2011

2009           LES TRAVAILLEU®SES DU SEXE (Doc-85’ –co-production France 2 / RTBF / Simple production) Sortie salles octobre 2009

Film ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE : LES ALTERNATIFS

MAI 68 ET LE PSU

2007            LE SYSTÈME POUTINE (Doc-90’ – co-production France 2 / NDR (Allemagne) / RTBF (Belgique) / TSR (Suisse) / SVT (Suède) / RADIO Canada / SBS (Australie) / STB (Ukraine) / Planète).

                            – Grand Prix 2008 du Festival Italia des Télévisions Internationales

                   – Grand Prix 2008 du meilleur programme télévisuel 2007 CBNewMedias

Prix Spécial du jury, Festival International de Berlin – Europa 2007

Prix du public et Prix du montage, Festival International Figra 2008.

Sélectionné pour les Emmy Awards, New-York 2008.

Sortie Cinéma en Grande-Bretagne 2008 en association avec le Festival de Sheffield

2006            J’AI très MAL AU TRAVAIL (Doc-90’ – CANAL + / INA/ RTBF)

Sortie en salles le 31 octobre 2007.

2004            KOURSK, UN SOUS-MARIN EN EAUX TROUBLES (Doc- 90’ – France 2 /  RTBF Belgique / Radio Canada / Sundance Channel (USA)

                   – Prix spécial du Jury, Festival International de Grenade 2007

                   – Grand Prix du Festival FIGRA 2005

2003                    DRÔLE DE GENRE (fiction tv -90’ – La Sept ARTE)

                            J’AI MAL AU TRAVAIL (Doc-90’)- INRS

                            LES COULISSES DU FAR WEST (Doc-52’- Equidia)

2002                    ALICE LA MALICE (film cinéma – fiction co-production franco-russe -90’– )

– Prix du public Festival International Bulgaria 2003

2001                    TOWER OPERA (Doc – 52’)

– Nomination au 7 d’Or 2003

2000                    SUR LE FIL DU REFUGE  (Doc-90’-La Sept ARTE)

                            LES BATISSEURS D’ESPOIR (Doc-3×26’- la Cinquième)

  1. CHARBONS ARDENTS  (Doc -90’- La Sept ARTE – Grand Format/ Sortie cinéma)

– Grand Prix du Festival International Del Populi Florence 2000

SOUS LE CHARBON LES BRAISES (Doc – 52’ – La Cinquième)

                  BEAUCOUP, PASSIONNEMENT, A LA FOLIE  (Doc -70’- A2)

                   QUESTION DE CLASSE(S)  (Doc -85’- Théma La Sept ARTE)

                            PORTRAIT D’UNE GÉNÉRATION POUR L’AN 2000  (45 x 13’ – La Cinquième)

                            – Nomination aux 7 d’Or 99

1998           HISTOIRE D’ENFANCE  (Doc –52’- La Cinquième)

                   RECITS DE LA JEUNESSE : LES VALEURS  (Doc –52’- La Cinquième) 

                   LA SAISON DU COBAYE (Doc –52’- ACT 4 / FR2)

                   LES AGRÉGÉS DE PHILOSOPHIE DANS LES ENTREPRISES (10×8’)

1996 / 97    RÉCITS DE LA JEUNESSE: Travail, Famille, etc…  (Doc  -3×52’- FR2)

                   HONG-KONG / HANOÏ : Retour de camps  (Doc -52’- Planète)

                   VIETNAM : LES  ENFANTS  DE LA PAIX  (Doc -52’- FR3)

1996           UN COUPLE PEU ORDINAIRE  (Doc-52’ – FR2)

                   LA NOUVELLE VIE DE BÉNÉDICTE  (Doc – 52’-TF1)             

                   L’étrange Noêl d’Antonio (Fiction -26’- La 5ème )

1995           LES CLIENTS  DES  PROSTITUÉES (Doc -52’- FR2)

– Sélectionné au Prix Futura 1995 – Berlin

                   VISIBLEMENT, JE VOUS AIME  (Canal +/Fiction-Long métrage / Sortie 01/96)

                   avec Denis LAVANT

                   – Prix Coup de Cœur – Festival de Cannes SACD 1995

                   – Sélection Cannes 1995 « Cinéma en France »

                   – Grand Prix du Jury – Festival International du film d’Amiens

                   LES MATONNES  (Les surveillantes) (Doc -52’- Planète)

                   LES ENFANTS DES  PROSTITUÉES  (Doc -52’- TF1)

1994           LES TROTTOIRS DE PARIS (Doc-55’-TF1)

                   – Prix du Comité Français pour l’Audiovisuel – Sénat 1995

                   L’ENFER D’UNE MERE  (Doc -52’- TF1)

1993           DON’T DISTURB (Court métrage de fiction -13’)

                   Avec Jean-Claude DREYFUS

                   GALERES DE FEMMES  (Doc – long métrage cinéma-90’)

                   LA MÉDECINE EN MILIEU CARCÉRAL (3X10’)

1992           PRIERE DE RÉINSÉRER (Doc -58’- TF1)

                   – Nomination aux 7 d’Or 1993

– Nomination aux Emmy Awards de New York 1992

                   LES ENFANTS DES PRISONS  (Doc -52’- FR2)

                   – Festival Input 1993

                   LES POUSSINS DE LA GOUTTE D’OR  (Doc -52’- La Sept)

                   – Prix de la Fondation pour l’Enfance 1994

1991           FEMMES de FLEURY (Doc -58’- TF1)

                   – Prix du Festival International des Télévisions ONDAS 1991 Barcelone

                   VIVE LA LIBERTÉ (Doc -26’-)

                   CITE SWING  (Court métrage-13’-) pour les CEMEA

                   ÉCRIRE CONTRE L’OUBLI  produit et diffusé

                   pour le 30ème anniversaire d’Amnesty International

1990           L’ILE ROUGE (Doc -52’- La Sept)

                   – Prix du Jury du Festival de la Fête – Nice 1991

                   LAURENCE (Film -26’-)

                  – Nominé au FIPA d’Or 1991

1989           LES PETITS CHAPERONS ROUGES (Court métrage -13’-)avec Edith Scob, Pierre Rafus

                   ECLATS DE NUIT (Court métrage) la Coupole

                   LA MAISON DES ENFANTS (Court métrage à Louveciennes)

                   SOUFFLER N’EST PAS JOUER (Doc -18’-)

1988           FAUTEURS D’EAUX TROUBLES (Doc -26’-)

                   Avec le Musée des Sciences et des Techniques de la Villette

                   FILM DE PRESENTATION DU MUSEE DES SCIENCES DE LA VILLETTE

1987           LES DOSSIERS DU BISTROT (émissions en direct-6 x 2h10-)

1984           ON N’EST PAS DES MINUS (Doc -50’-)

1981           VOTRE ENFANT M’INTÉRESSE (Long métrage -90’- Sortie octobre 1981)

1978          ALERTEZ LES BÉBÉS ! (Long métrage -90’- Sortie octobre 1978)

                   – Prix du Festival du Cinéma du Réel, Beaubourg 1978

                   – Prix du Public, Festival International de Trouville 1978

1975 / 77    L’ENFANT PRISONNIER (Court métrage -26’-)

                   – Grand Prix du Festival du Film Francophone, New Orléans1977

                   – Prix de l’Office de la Création Cinématographique 1976

                   – Nominé aux Césars du court-métrage 1977

1973           LIBERTÉ JEAN (Film de promotion IDHEC)

                   – Grand Prix du Festival International de Belfort 1973

                   – Grand Prix de la Cinémathèque Française 1973

1971 / 72    LE GHETTO EXPÉRIMENTAL (Doc -90’- Sortie fév 1995))

                   – Prix du Jeune Cinéma, Festival de Bruxelles 1974

                   – Prix Spécial du Jury, Festival International, Thonon-les-Bains 1974

1968           Lauréat de la bourse FEU VERT POUR L’AVENTURE

                   Réalisation d’un documentaire sur Cuba. Interdit d’antenne en Octobre 1968

1966           LIBÉREZ LE VIETNAM ! (Court métrage collectif réalisé au Lycée Paul Lapie de Courbevoie)

Bibliographie

1999  CHARBONS ARDENTS, CONSTRUCTION D’UNE UTOPIE / Ed. Serpent à plumes-Arte

  • POUTINE, LE PARRAIN DE TOUTES LES RUSSIES /Ed. Saint-Simon

2009  LA GUERRE DU GAZ / Ed. du Rocher, avec Roumiana Ougartchinska

2010  LES TRAVAILLEU(R)SES DU SEXE et fières de l’être / Editions du Seuil  

B COMME BONHEUR – des pauvres.

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres. Manuela Frésil, 2020, 59 minutes.

 Connaissez-vous Bessèges ? Une petite ville du Gard, comme il y en a sans doute beaucoup dans le sud de la France. On dirait un village plutôt, même si c’est quand même un gros village. Mais c’est surtout une ville qui se meurt. On ne compte plus dans le film de Manuela Frésil les plans sur les magasins fermés, les boutiques au rideau de fer baissé, définitivement sans doute. Des plans fixes. Parfois une ou deux personnes traversent le champ. Sans un regard vers la boutique. Sans regarder non plus la cinéaste qui filme. Une image de la solitude.

A Bassèges, il n’y a guère de distraction. Le passage du Tour de France quand même, que la cinéaste expédie en deux plans (un pour la caravane publicitaire, l’autre sur la file des coureurs). Elle s’attarde plus pour filmer le carnaval, le défilé des chars, les Miss qui saluent le public (un geste bien mécanique, sans entrain). Il y a quand même du monde aux terrasses des bistrots. Et le soir les villageois (plutôt âgés) dansent en faisant comme s’ils s’amusaient. Mais en dehors de ces événements exceptionnels, n’est-ce pas l’ennui qui domine. Un ennui bien réel chez cette vieille femme, assise à proximité d’un carrefour (le seul peut-être de la ville) et qui compte les voitures à l’aide d’un petit compteur à main sur lequel elle appuie méticuleusement. Ainsi elle peut dire si la circulation augmente …

De quoi vivent les habitants de Bessèges ?

Le film n’est pas une enquête sociologique. Plutôt de chercher à rencontrer un panel des habitants, la cinéaste va se concentrer sur un petit groupe de marginaux, qu’on pourrait dire déclassés. En tout cas ils ne travaillent pas. Ils habitent dans des lieux quelque peu délabrés. Seraient-ils ces pauvres dont parle le titre du film ?

Tout au long du film, on va suivre leurs occupations. Jouer aux échecs ; cueillir des fleurs d’acacia pour faire des beignets, ramasser des châtaignes pour les vendre. Faire un barbecue au bord de la rivière. Et ainsi de suite. Il ne se passe pas grand-chose de plus dans le film. Un film lent. Presque vide. Rempli de rien.

Sauf que ce petit groupe de personnage a une âme. Et donne une âme à la vie du village.

D’abord la cinéaste prend comme personnage central un homme particulièrement attachant, Alec. Dans les premiers plans du film on l’écoute chanter devant le supermarché du coin en s’accompagnant à la guitare. Un artiste ! Dont les chansons (on en découvrira d’autres dans la suite du film) sont originales.  Un artiste doublé d’un ingénieur qui s’ignore, un créateur capable de construire des mécanismes étonnants avec une roue de bicyclette et quelques tuyaux. C’est qu’il s’est mis dans la tête de construire une fontaine. Il dessine les plans. Fait des essais. Ne réussit pas du premier coup. Mais persévère jusqu’à ce qu’il puisse installer son « œuvre » près de la rivière. Une rivière où d’ailleurs ses amis, les membres de sa « tribu » comme il dit, font eux aussi œuvre artistique en accumulant des rochers, en érigeant des statues ou des sculptures avec et en les peignant de couleurs vives. On n’est pas loin de Tinguely et de Niki de Saint Phalle.

Les membres de cette tribu sont-ils heureux ? Aucune plainte, aucune revendication dans leurs propos. Ils ne parlent jamais d’argent. Comme s’ils n’en avaient pas besoin. Ils vivent en parfaite harmonie avec eux-mêmes. Mais il serait trop facile de dire qu’ils ont trouvé le vrai bonheur. En fait, le film ne répond pas à la question. Il ne s’agit surtout pas pour la cinéaste de proposer une théorie. Le bonheur, sans doute chacun peut le trouver en lui-même, ce qui est une idée bien banale. Mais dans le film il paraît évident qu’Alec en a trouver un petit brin.

B COMME BREL Jacques

Que l’amour. Laetitia Mikles, 2019, 79 minutes.

Un film sur Brel ? Non. Un film sur les chansons de Brel ? Pas exactement non plus. Même s’il y a là une excellente occasion de découvrir – pour les plus jeunes – quelques-unes des chansons parmi les plus célèbres du chanteur belge, du Plat pays à Ne me quitte pas en passant par Madeleine ou Jeff.

Ces chansons, elles sont interprétées par Abdel, un immigré algérien qui découvre un jour les chansons de Brel et qui tombe sous le charme. Il n’a alors de cesse de chanter Brel, si possible devant un public, même peu nombreux (il raconte comment il a un jour chanté devant quatre personnes, dont deux étaient des amis).  Alors il répète sans cesse, avec trois musiciens (pas d’accordéon, et son Vesoul trouve quand même le moyen de « chauffer », grâce à la guitare), parcourt une bonne partie de la France, du Pays Basque jusqu’en Bretagne en passant par le Périgord, de petites salles communales en restaurants et jusque dans les salons privés.

Le film de Laetitia Mikles est le récit de cette passion, une aventure qui tient du rêve – ou de la folie. Et c’est bien sûr le portrait de cet homme hors du commun, même s’il reste toujours étonnamment modeste. Abdel ne joue pas les vedettes. Il n’est pas une star de la chanson, et il le sait. Il se contente de vivre sa passion. Et ça remplit parfaitement sa vie.

Nous le suivons dans sa vie professionnelle. Il évoque sa vie personnelle, sa femme par exemple (mais elle est absente du film), son père et sa mère qu’il retrouve en Algérie, où comme Brel, il va chanter. L’occasion pour la cinéaste de nous offrir de belle vue d’Alger, et d’évoquer la situation d’immigré d’Abdel.

Mais l’essentiel du film concerne le rapport d’Abdel avec Brel, avec le personnage de Brel, par chansons interposées.

Abdel ne cherche pas à imiter Brel, même si la cinéaste se plait à souligner un certain mimétisme, par exemple dans des gros plans des mains du chanteur devant son micro. Mais il ne renonce jamais à sa propre personnalité. Et si l’on peut dire qu’il s’approprie Brel, le chanteur et le poète, c’est uniquement dans l’interprétation des chansons. On est loin de cette mode des sosies qui essaient de redonner vie à des chanteurs disparus en jouant tout sur le physique.

De Brel lui-même on ne verra dans le film que quelques images, muettes parfois, un court extrait d’interview où le journaliste ne laisse pas parler le chanteur, et on l’entendra enfin, dans la clôture du film, dans l’interprétation de Quand on n’a que l’amour, qui a inspiré le titre du film.

Abdel ne chante pas Amsterdam, et la cinéaste ne filme pas de port. Par contre il évoque à plusieurs reprises une des premières chansons de Brel, Les Fenêtres, et Mikles nous offre de magnifiques plans de façades d’immeubles de nuit. Il y a dans ces choix la marque de l’authenticité du film et de son personnage.

B COMME BANLIEUE – Musique.

93 la belle rebelle. Jean-Pierre Thorn, 2010, 73 minutes.

         Connaissez-vous la musique des banlieues ? La musique qui vibre au cœur des banlieues, une banlieue qui se sait créative, ne faisant qu’un avec sa musique, une musique vivante, constituant la raison de vivre de tous ces jeunes qui la pratiquent ? Une musique qui donne une image de la banlieue qui échappe aux clichés.

         93 La belle rebelle est l’histoire de la vie musicale de Seine-Saint-Denis, depuis le premier déferlement du rock chez les yé-yés des années 60 jusqu’à la vague rap des années 2000. En même temps, le film montre l’évolution de ce département qui deviendra le symbole de la banlieue française et de ses échecs. Un département qui pourtant pouvait offrir des raisons d’espérer une vie meilleure à ses habitants. Ceux qui trouvaient justement dans la musique le moyen de se construire un avenir, une vie à leur dimension.

         Thorn rencontre donc les figures de proue de ces jeunes musiciens qui vont participer à la révolution de la scène musicale française qui marquera la seconde moitié du XX° siècle. Il nous fait d’abord écouter leur musique, par des extraits d’émissions de télévision, ou de concert, des moments de répétition aussi et des prestations privées, rien que pour le film. Nous pouvons ainsi voir et entendre NTM, dès le pré-générique et que nous retrouvons dans la seconde partie du film consacrée au Hip Hop, au rap et au Slam, avec entre autres Dee Nasty, Casey, B-James, Abdel Haq, bams et Grand Corps malade. Les années 60 étaient celles du rock. Puis vint la radicalisation contestatrice très politisée du Punk qu’évoque longuement Bérurier noir. Et même, en dehors de ces tendances électriques, un accordéoniste comme Marc Perrone.

Toutes ces musiques issues de la banlieue chantent ses difficultés, sa misère, mais aussi ce qui en fait la grandeur, l’amitié et l’entraide. Les entretiens qui accompagnent les séquences musicales la force du lien qui relie ces banlieusards à ce territoire qu’ils savent déshérité et laissé pour compte de la société française, mais qui fait partie d’eux-mêmes et pour lequel ils manifestent un profond attachement. Si la violence conduisant aux émeutes de 2005 est toujours présente sous forme larvée, on sent bien que c’est le chômage, les rapports plus que tendus avec la police (et donc toute forme d’ordre et l’Etat en général) et les images négatives que véhiculent les médias qui vont l’exacerber jusqu’à l’explosion.

         Côté histoire de la banlieue, le film montre, à partir d’extraits de journaux télévisés, de reportages et de films, les différentes étapes de la longue mais régulière dégradations des conditions de vie des habitants du 93. Nous suivons le rythme effréné des premières constructions d’immeubles pour pouvoir supprimer les bidons villes. Puis c’est l’édification des barres dans les cités et leur destruction lorsqu’elles sont devenues invivables. « Ici, rien ne peut faire patrimoine », belle formule d’un ouvrier de banlieue ! Vu avec un peu de recul et en plongée, le paysage révèle immédiatement le désordre, l’accumulation des usines, des hangars et des immeubles sans aucune logique. Pourtant, la cité des 4000 à La Courneuve, « c’était Hollywood » en comparaison aux conditions de logement antérieures. Mais ne sont restés là que ceux qui n’avaient pas les moyens d’aller vivre ailleurs. Ceux qui ne disposent d’ailleurs d’aucun moyen pour envisager quelque changement que ce soit.

         Existe-t-il encore des images de cette banlieue d’avant son délabrement. Oui nous dit le chanteur accordéoniste, dans quelques films dont celui que Jean-Luc Godard réalisa en 1967, Deux ou trois choses que je sais d’elle. Sans le cinéma, la banlieue n’existerait que dans les images de la télévision qui n’en montre que les aspects les plus spectaculairement négatifs. Le film de Jean-Pierre Thorn contribue lui à lui donner des lettres de noblesse.

B COMME BANLIEUE – Clichy

Clichy pour l’exemple. Alice Diop. France, 2006, 50 minutes.

         Il y a un avant et un après 2005 à propos des banlieues. La télévision, bien sûr s’est mobilisée pendant les émeutes et immédiatement après. Reportages, enquêtes, il s’agissait de rendre compte des événements, rarement de les analyser en profondeur. Il est banal de dire que la télévision est condamnée à l’immédiateté. Le cinéma documentaire, lui, prétend prendre le temps de la réflexion, avec le recul nécessaire pour ne pas être influencé par l’air du temps, les discours officiels et les stéréotypes de tout poil. Les documentaires sur la banlieue sont alors un bon indicateur de l’état de la société et de la pertinence des analyses qu’elle est capable de développer sur elle-même.

         Le film d’Alice Diop trouve son origine, comme d’autres de la même époque, dans les émeutes de 2005. Il est d’ailleurs dédié à Bouma Traoré et Zyed Benna, les deux adolescents dont la mort, à Clichy-sous-Bois, fut leur point de départ. Automne 2005, « les banlieues se rappellent à la République ». Il s’agit alors, presque un an après, de comprendre la révolte des jeunes de ces cités, ce ras le bol qui dégénéra en tant de violence. Les problèmes que connaissaient alors les habitants de ces quartiers défavorisés ont-ils disparu? La cinéaste ne cherche pas à dresser un bilan des actions qui ont été entreprises et de ce qui reste à faire. Elle filme certains aspects de la vie quotidienne. Et surtout, elle donne la parole aux habitants, les jeunes en particulier, ceux qui au sortir de l’école ne trouvent pas de travail, même s’ils ont décroché un diplôme, un BTS par exemple. Ce qui s’exprime alors c’est « la souffrance du quotidien ».

         Le film s’ouvre sur l’évocation de l’action d’association comme « Assez le feu » dont le bus effectue un tour de France des quartiers pour constituer un cahier de doléance. Il se termine sur l’intervention du maire de Clichy, dont les propos ont un certain goût d’impuissance. Entre les deux, les problèmes du logement, de l’école, du travail et des transports seront abordés à travers des cas concrets ayant valeur d’exemples parmi tant d’autres. Le logement, ce sont ces grands immeubles regroupés en cités dont des vues d’ensemble nous donnent une idée de leur concentration. Des plans sur Les cages d’escalier recouvertes de tags suffisent à montrer la détérioration, sans parler de cet appartement où il faut enlever la moquette à en cause d’infiltration d’eau. Pour l’éducation, nous assistons à un conseil de classe de fin de troisième en collège. Certains élèves, ceux qui ont les meilleurs résultats, sont orientés vers une seconde générale, les autres en BEP. Il est clair qu’ils n’auront pas tous les mêmes chances dans la vie. Mais de toute façon, trouver du travail à Clichy, quand on est de Clichy, même si l’on fréquente assidument la mission locale, est quasiment mission impossible, comme nous le montre le cas de ce jeune quoi n’a jamais « le profil » pour tous les emplois auxquels il postule. Le problème du transport est enfin évoqué dans une réunion des élus du département. Le maire de Clichy plaide pour que sa ville soit enfin désenclavée. Mais visiblement les élus des autres communes n’ont pas l’air particulièrement prêt à le soutenir.

         L’avenir de Clichy peut-il s’éclairer ? Certes, le film offre une note optimiste à travers ces jeunes qui repeignent des cages d’escaliers et ces enfants qui les décorent. Mais cela suffira-t-il à éviter un nouvel embrasement des cités ?

B COMME BANLIEUE – Val Fourré.

Chroniques d’une banlieue ordinaire. Dominique Cabréra, 1992, 55 minutes.

         Cette banlieue, c’est le Val Fourré. Une banlieue idéale. Du moins si l’on en croit les images d’archive que la cinéaste place en pré-générique de son film. Des images qui devaient faire rêver. Le commentaire, grandiloquent, vante la modernité de ce nouveau quartier où tout a été pensé, les espaces verts à l’extérieur, les jeux pour enfants, les parkings. Les immeubles HLM, les tours, les appartements flambant neufs, vont permettre de vivre dans le plus grand confort. La cité représente alors la promesse d’une vie meilleure. Des images qui surprennent aujourd’hui, mais qui nous replacent dans le contexte d’une époque que l’histoire récente des banlieues rend bien difficile à imaginer et à comprendre.

         Qui étaient ceux qui sont venus vivre dans cet eldorado si bien vanté par la publicité promotionnelle ? Et comment y ont-ils vécus ? Au moment de la réalisation du film, 1992, les tours du Val Fourré viennent d’être fermées, abandonnées, vidées de leurs habitants en dehors de quelques squatters. Et le film s’achèvera sur les images de leur destruction.

         Dominique Cabréra retrouve ces anciens locataires, des hommes, des femmes, des enfants, de tout âge, de toute origine. Des arabes, des africaines, des travailleurs français. Tous ont vécus de longues années dans ces tours. Tous y ont leurs souvenirs, qu’ils évoquent avec beaucoup d’émotion. Ils nous montrent les différentes pièces de leurs anciens appartements, la cuisine, les chambres, la place de la télé dans le salon, les papiers peints qu’ils avaient remplacés, la vue par les fenêtres ou le balcon, plongeant sur le quartier. Se replonger dans son passé, c’est revenir vingt ans en arrière, une autre époque, une autre vie. Pour beaucoup, c’était l’époque de leur jeunesse. Cela ne s’oublie pas.

         En vingt ans, la vie a changé, le quartier a changé, et eux aussi ont changé. Au début, la vie dans les tours, c’était vraiment bien. Il y avait un esprit de communauté Tous se connaissaient et les voisins étaient des amis. Il y avait beaucoup de français, et même des riches. Et puis, peu à peu, cette mixité sociale a disparu. Les plus aisés sont partis les premiers. A la fin il n’est resté là que ceux qui ne pouvaient pas aller ailleurs. Les tours se sont dégradés. Plus rien ne fonctionnait. Même les ampoules des paliers étaient volées. Comme le dit le médecin qui avait là son cabinet, c’était devenu invivable. Et le seul couple de français (c’est comme cela qu’ils se présentent) qui habite encore dans le quartier se sent bien isolé.

         A travers ces rencontres, c’est toute l’histoire des banlieues qui est retracée. La lente dégradation des conditions de vie. La naissance des ghettos. Dans une des dernières séquences, Cabréra filme une enseignante et ses élèves réunis sur une terrasse. Un de leur camarade est mort au poste de police par manque de soin. Un des garçons présents évoque les émeutes qui suivirent : tout casser pour se venger. Une séquence prémonitoire.

B COMME BICENTENAIRE – Révolution Française.

Le Masque. Johan Van der Keuken. 1989, 52 minutes.

         Eté 1989 à Paris, célébration du bicentenaire de la Révolution française, avec ses feux d’artifice à la tout Eiffel, son défilé militaire aux champs Élysées, sa fête populaire à la bastille et les publicités télévisées qui s’engouffrent dans ce contexte. Il y a aussi du tennis à la télé et des images des massacres de Tien An Men. Dans les rues de Paris, ou dans les gares la nuit, il y a des « sans domiciles fixes » selon la terminologie en vigueur. C’est tout cela que filme van der Keuken dans ce film jouant systématiquement sur l’opposition entre l’affirmation réitérée des droits de l’homme et du citoyen et l’exclusion des plus démunis et de ceux qui sont sans travail ce qui, trop souvent hélas, les pousse à des réaction racistes et xénophobes.

         Le film de van der Keuken se centre sur un personnage principal, Philippe, qui se présente lui-même comme étant particulièrement instable. « J’ai fait quelques bêtises » dit-il sans préciser davantage. A la mort de sa mère chez qui il vivait, il se retrouve seul, désemparé, et ne peut garder ses emplois successifs. Il a pourtant un métier, serveur de café et peut travailler dans la restauration. Lorsque van der Keuken le rencontre, il est à la rue, dormant le plus souvent dans la gare de Lyon ou, pendant quinze jours seulement, dans le foyer de l’armée du salut. Il le suit dans le métro, sur les escalators, dans les rues aussi où il se promène parce qu’il n’a rien d’autre à faire. Dans l’oisiveté, le temps passe si lentement, surtout la nuit, dans le froid. « La solitude, c’est très dur ». Le cinéaste l’écoute, lui pose des questions. Quel est son plus grand désir ? Philippe répond costume et souliers anglais, pour pouvoir faire bonne impression. Et la politique de la France ? Philippe se sent menacé par les immigrés. Il veut que la France reste française. En réponse van der Keuken filme un concert où se rassemble des jeunes « de toutes les couleurs ». La caméra s’attarde longuement sur le chanteur arabe et l’africain qui lui succède. De la même façon le montage fait alterner un discours contre le racisme et l’antisémitisme et des images de Le Pen à la télévision.

         Van der Keuken est venu à Paris pour la commémoration de la Révolution française, un acte de mémoire. Son film lutte pour qu’aucun homme ne tombe dans l’oubli.

B COMME BLACK – Power.

What You Gonna Do When The World’s On Fire ? Roberto Minervini, Italie, États-Unis, France, 2018, 123 minutes.

Un titre énigmatique, atypique. Qui ne dit pas grand-chose du film qu’il annonce. Du moins pas ouvertement. Un titre long. Trop long. Et qui plus est, sous forme interrogative. A qui s’adresse la question posée ? Qui peut y répondre ? Les protagonistes du film ? Les spectateurs ? Ou le film dans sa totalité. Après visionnage. Parce que ce film veut nous interroger. Nous mettre mal à l’aise. En nous adressant une mise en garde. Presque un ultimatum. Lorsque le monde brulera, il sera trop tard. De toute façon, il est peut-être déjà trop tard.

Nous sommes dans le sud des États-Unis. Quelque part en Louisiane ou au Texas. Peu importe la localisation exacte. Ce qui compte c’est que nous sommes dans une région habitée par des noirs et où la loi est du côté des blancs.

Le film nous présente plusieurs portraits, développés successivement, s’enchainant sans transition. Une façon de plonger dans des vies qui ne se croisent pas vraiment, mais qui qui révèlent les mêmes difficultés, les mêmes incertitudes, les mêmes oppressions.

Une femme, Judy, qui chante et danse remarquablement. Elle possède un bar, mais elle a de plus en plus de mal à payer un loyer en constante augmentation. Elle se sent contrainte à s’en séparer. Son avenir est des plus incertainS.

Deux gamins. Deux frères, Ronaldo et Titus. Ils sont souvent laissés à eux-mêmes et tuent le temps comme ils peuvent. Ronaldo, l’ainé, subit plusieurs fois les leçons de morale de sa mère, inquiète qu’il ne suive le mauvais exemple de son père qui est en prison.

Un chef indien qui prépare le costume tout en plumes et en perles qu’il portera pour la fête du mardi-gras.

Et puis un groupe de militants du New Black Panther Party, qui demande justice pour les meurtres de noirs commis par des blancs. Leurs slogans proclament le Black Power. Une séquence les montre distribuant de l’eau et des sandwichs à des SDF. Lors de la dernière manifestation, plusieurs d’entre eux sont arrêtés sans ménagement par la police.

Au total, on peut dire qu’il s’agit d’un film noir, et pas seulement parce qu’il a renoncé à la couleur. Un film sur la vie des noirs au royaume des blancs. Les images sont noires. La musique est noire. Les danses sont noires. L’avenir est noir. Le cinéaste ne propose pas la moindre lueur d’espoir. Il montre tout au plus comment ses personnages peuvent supporter le présent.

B COMME BRESIL – Nordeste.

Romances de terre et d’eau. Jean-Pierre Duret et Andréa Santana. Brésil-France, 2001, 78 minutes.

            Une rencontre improbable. Et pourtant. Il est français, elle est brésilienne. Elle est née sous la dictature militaire et est devenue architecte. Par vraiment la voie royale pour faire du cinéma. Lui est ingénieur du son ayant travaillé avec des cinéastes de renom, des frères Dardenne aux Straub. Rien dans tout cela qui pouvait le conduire au Brésil, dans le Nordeste. Et pourtant. Ils s’y sont trouvés pour y réaliser trois films, une trilogie qui commence avec Romances de terre et d’eau pour se poursuivre en 2004 avec Le Rêve de Sao Paulo et se conclure en 2008 par Puisque nous sommes nés.

            Le Nordeste du Brésil, la sécheresse et la pauvreté de ces paysans sans terre qui n’ont même pas un petit lopin de terre aride et ingrate pour essayer d’y faire pousser de quoi survivre. Romances de terre et d’eau leur donne la parole. Ou plus exactement, enregistre leur parole, le récit de leur vie, de leurs souffrances, de leurs humiliations, de leurs derniers espoirs. Des récits sans effet rhétorique, filmés sans effet cinématographique, presque sans mise en scène. Des hommes et des femmes plongés dans le plus grand dénuement mais qui pourtant ne renonce pas à vivre. Des couples qui sont fiers d’avoir élevés leurs nombreux enfants, souvent plus de dix ! Cet amour de la vie, il éclate dans leurs sourires révélant des bouches édentées, mais illuminant ces visages ridés, burinés par le soleil. Des visages sans âge, comme ils sont eux-mêmes hors du temps.

            Les romances, ce sont des chansons populaires traditionnelles évoquant l’amour et la joie de vivre mêlée à la tristesse et à la souffrance. La musique est omniprésente ici, comme dans tout le Brésil. Une culture elle aussi bien vivante, avec ses danses rituelles où les masques dissimulent l’identité. Ave ses créations de petites figurines en argile séchée au soleil. La poésie aussi, comme ces textes d’une beauté limpide du vieux Patativa d’Assaré, rencontré avant sa mort à 91 ans :

« Si Dieu créa la terre,

Si elle est vraiment son œuvre,

Chaque paysan doit avoir

Son morceau de terre »

Il y a dans le film de très belles images de paysages. Elles n’ont pourtant aucune fonction touristique. Elles disent plutôt l’attachement de ces paysans à cette terre sans eau, une terre qu’ils ne veulent pas quitter. A moins que la faim devienne trop insupportable. Alors, peut-être, seront-ils obligés de partir pour la ville.