C COMME CREATION

Boca Ciega. Itziar Leemans, Espagne, 2020, 65 minutes.

Le portrait d’un artiste. Un peintre, Thomas Henriot. Un peintre français qui vit à Cuba. En fait il évoque ses voyages pratiquement dans le monde entier, et on le retrouvera à Paris. Mais c’est à Cuba que la réalisatrice le filme dans son activité artistique. Et dans sa vie quotidienne.

Le portrait d’un peintre dans l’exercice de son art. Il s’agit donc d’une exploration de l’activité artistique, de l’acte créatif, patient, minutieux, étiré dans le temps. Pas du tout le jaillissement de la forme sur le tableau. Il n’y a pas d’instantanéité dans cette création-là. Pas d’inspiration fulgurante qui tomberait du ciel – ou dont ne sait d’où. Mais un travail régulier, soutenu, par petits traits sur le papier, par petites touches de couleurs. Le fruit d’une concentration extrême. Et d’une observation minutieuse. Dans un parc par exemple, sous le regard étonné et presque moqueur des jeunes hommes qui fréquentent le lieu. Un lieu que le peintre affectionne particulièrement. Un lieu de rencontres. Et il évoque cette rencontre, faite là, qui a changé toute sa vie.

Le film de est bien en partie un regard sur Cuba, sur quelques-uns de ses habitants. Mais il y a relativement peu de plan de paysages, en dehors de la mer. Et la ville reste un arrière-plan un peu flou. La galerie d’exposition – à Paris  –  sera plus filmée, surtout les organisateurs et les visiteurs du lieu.

De même pour l’homosexualité. L’incipit du film nous montre bien la relation, le contact, de deux corps masculins sur une plage. Mais dans la majorité du film, Antoin est absent de La Havane. Les retrouvailles à Paris du couple sera pourtant filmée avec beaucoup d’émotion.

Reste l’art. La cinéaste nous propose quelques vues plein écran des œuvres du peintre. Mais c’est surtout le travail créatif qui l’intéresse. D’où les gros plans sur la plume qui trace des traits et sur les flacons d’encre et de couleurs. Et ceux sur le visage du peintre, qui essaient de capter son regard, et la flamme créatrice dans ses yeux. Mais le plus souvent ils se dérobent presque à l’inquisition de la caméra. Celle-ci alors sait rester discrète. Elle n’est insistante que sur les dessins en train de prendre forme. Art plastique et cinéma font alors parfaitement cause commune. Nous proposer un plaisir esthétique intense.

Festival International de Films de Femmes, 2021.

C COMME CONCERT – un film en images

Quinte & sens. François-René MARTIN, 2020, 51 minutes.

Voir le musique – écouter les images.

Un concert sans public, pandémie oblige.

Un concert dans le cadre majestueux de la Philharmonie de Paris.

Pas une captation. Un film musical. Ou mieux, un film de musique.

Des images et de la musique.

Des images qui alternent des plans fixes et des plans en mouvement – de grands mouvements de caméra, filmés à la grue, permettant aussi d’explorer l’architecture du bâtiment.

Une alternance aussi de plans d’ensemble – sur l’orchestre – et des gros plans isolant un musicien – un visage, une partie de visage, une main – ou un instrument.

Enfin le film nous conduit de l’intérieur à l’extérieur – une ouverture sur le monde.

Un concert, de la musique : Stravinski, Debussy, Messiaen.

Un orchestre, l’Orchestre de Paris.

Fipadoc, Biarritz 2021

C COMME CHINE – Travail en France

Jour après jour. Bai Long, 2020, 26 minutes

Jour après jour, a la particularité d’être réalisé par un jeune cinéaste chinois venu en France apprendre le cinéma (master de réalisation documentaire à Lussas, son film étant produit par Ardèche images association). Un film qui s’intéresse aux conditions de travail en France d’immigrées chinoises, en l’occurrence deux femmes, deux sœurs, qui effectuent des travaux de couture.

Le film n’est pas réalisé dans un atelier, mais dans un appartement, un petit appartement, deux pièces tout au plus, dont on peut imaginer qu’il se situe dans le chinatown parisien. Un appartement passablement encombré par les textiles et les machines à coudre dont on entend le bruit pratiquement tout au long du film. C’est que les deux sœurs travaillent sans s’interrompre, jour et nuit presque. Elles ne s’arrêtent de coudre que pour manger. Dormir un peu quand même aussi, à ce qu’elles disent. Mais nous ne les voyons que coudre et manger, parfois debout à côté de leurs machines. Une cuisine vite faite, des pâtes surtout. Il n’y a que l’adolescent de la maison qui prend le temps de confectionner une cuisine un peu plus élaborée. Mais les plans qui lui sont consacrés ne servent que de plans de coupe au filmage du travail de couture.

Le même film pourrait très bien être réalisé en Chine. On retrouverait les mêmes conditions de travail, la même pression exercée par un patron invisible mais omniprésent, la même hantise de respecter les délais, le même enferment entre les quatre murs d’une pièce où il n’est presque pas possible de se déplacer à cause des tas de tissus entassés sur le sol.  Ces conditions de travail on les avait déjà vues en particulier dans le film de Wang Bing, Argent amer. Il s’agissait alors d’immigrées de l’intérieur, des filles de la campagne venus en ville pour gagner un peu d’argent. Celles qui sont venues en France, vivent et travaillent comme si elles étaient restées en Chine.

Ce film de 26 minutes pourrait très bien devenir un long métrage par l’ajout, par exemple, d’entretiens ou de confidences faites par les protagonistes sur leur arrivée en France et leur vision de la vie occidentale. Mais l’intérêt du format court c’est de se concentrer sur une problématique unique, les conditions de travail en l’occurrence. On assiste bien à un aspect des relations entre les deux sœurs, mais il s’agit uniquement de celles qui concernent précisément le travail, l’une étant en quelque sorte d’apprentie de l’autre. Des relations de maître à élèves qui ne s’embarrassent pas d’affectivité, l’apprentie étant systématiquement rabrouée lorsqu’elle se trompe, ce qui arrive presque systématiquement.

Ces femmes qui ne parlent que mandarin travaillent comme elles travaillerait en Chine. Tout comme elles mangent comme en Chine. Sortent-elles de leur appartement lieu de travail ? Apparemment, le problème de l’intégration à la société européenne ne se pose pas pour elles.

Festival Filmer le travail 2021, Poitiers.

C COMME CŒUR – Jeune fille.

Stop The pounding heart. Roberto Minervini, Belgique-Italie-Etats-Unis, 2013, 100 minutes.

Le film d’une communauté, d’une famille de cette communauté, d’une jeune fille de cette famille. Un enchâssement parfaitement bien réglé. Et donc particulièrement efficace.

La communauté ce sont ces fermiers -chez nous on dirait des paysans -des états ruraux du sud-ouest des Etats-Unis. En dehors de leurs élevages, ils ont deux passions : le rodéo et les armes à feu. Pour le rodéo, il faut s’entraîner dur. Et depuis le plus jeune âge. Sur un taureau en métal, que l’on secoue par derrière énergiquement. Et puis sur des bêtes de plus en plus puissantes, jusqu’au jour on l’on pourra affronter le public, une foule toujours passionnée. Tout cela provoque bien des chutes et les accidents ne sont pas rares, malgré l’équipement de protection.

Pour manier les armes à feu – de toutes sortes, du revolver au fusil d’assaut – il est aussi nécessaire de s’entrainer., apprendre à tirer sur une cible, de plus en plus petite et de plus en plus éloignée. Et il est aussi indispensable de persévérer, de ne jamais renoncer. La volonté de réussir est plus forte que toutes les douleurs.

La famille : un couple et une multitude d’enfants (il est difficile de les compter !) Ils élèvent des chèvres et le début du film détaille ce travail, nourrir les bêtes, les traire, faire le fromage et aller les vendre au marché. Mais ce qui compte avant tout pour eux, c’est la religion, l’affirmation de leur foi qu’ils manifestent du matin – dès la prière du petit déjeuné qui ouvre le film – jusqu’au soir. Les enfants ne vont pas l’école, pour éviter les mauvaises influences et les ainés apprennent à lire aux plus petits. La mère se charge de l’éducation morale et religieuse. Dans une longue séquence elle explique à sa fille ainée que Dieu a créé la femme pour servir l’homme. Et cela doit guider la vie entière.

Sara, la jeune fille, écoute tout cela sans commentaire, sans réaction apparente. Pourtant on sent bien au fur et à mesure du déroulement du film qu’elle commence à se poser des questions. Le cinéaste multiplie les gros plans sur son visage, comme pour percer le secret de son âme. Un visage souvent penseur, mais jamais vraiment inquiet. Sara commence à découvrir peu à peu la société, en dehors de sa famille. Avec des amies de son âge. Et puis, il y a ce cow boy qui l’invite à essayer de chevaucher un taureau. Ce qu’elle refuse, évidemment, mais il vient de plus en plus souvent près de l’enclos de l’entrainement assister aux exploits du cow-boy.

Minervini réalise là un film extrêmement touchant, surtout par le filmage intimiste de Sara. Sans jamais rien expliquer – la jeune fille parle très peu et surtout pas de ses sentiments – il ouvre une réflexion sur le sens de la vie rurale, loin des excès de la modernité, mais une vie qui est sans doute destinée à disparaître.

Le film peut faire penser par bien des aspects au roman de Jim Harrison, la fille du fermier.

C COMME CONGO – Guerre

En route pour le milliard. Dieudo Hamadi, Congo, 2020, 88 minutes.

Un film de révolte, de protestation, de revendication. Parce qu’on a le sentiment d’être oublié, délaissé, trompé, volé. Depuis presque 20 ans. Les victimes de la guerre des 6 jours, à Kisangani, attendent d’être indemnisés, que les promesses soient enfin tenues. Pour apaiser un peu leur souffrance. Même si rien ne pourra leur faire oublier leur handicap.

La guerre des 6 jours : les troupes du Rwanda et de l’Ouganda s’affrontent à Kisangani. Deux pays étrangers. Et les victimes congolaises se comptent par milliers.

Le film de Dieudo Hamadi renvoie à cette tragédie. Mais il n’en fait pas l’historique. Il se situe 20 ans après les faits, auprès des survivants, rescapés de la tuerie, mais portant dans leur corps les marques indélébiles de cette guerre absurde, qui ne les concernait pas.

En route pour le milliard est construit comme une pièce de théâtre, une succession de tableaux, d’actes, en prise directe avec la succession des faits, le déroulement chronologique de cette aventure collective. Les victimes de la guerre des 5 jours décident de se rendre à la capitale Kinshasa pour alerter les autorités sur leur sort, pour réclamer justice. Une tragédie en cinq actes.

Cette dimension théâtrale est d’ailleurs appuyée par des extraits de la pièce que ces victimes ont montée à partir de leur histoire. Des extraits qui encadrent le film et qui en jalonnent le cours.

Premier acte du film : l’état des lieux. La vie des rescapés, handicapés, amputés, d’une ou des deux jambes, des bras aussi. Puis la bénédiction lors d’une cérémonie collective des lieux où ont été enterrées dans des fosses communes les victimes de la guerre.

Acte deux : la préparation du voyage. Qui en fera partie ?

Acte trois : le voyage. En bateau sur le fleuve Congo. La partie le plus cinématographique du film. Des images du fleuve souvent très belles, qui rappellent le film inoubliable de Thierry Michel, Congo River. Mais un voyage dangereux, long, épuisant. Hamadi filme longuement une tempête qui s’abat sur le bateau, le vent qui arrache les toiles qui servent d’abri, l’eau qui envahit tout. Et les handicapés qui essaient tant bien que mal de ne pas être emportés.

Acte quatre : les manifestations. A Kinshasa, devant le parlement, ou dans les rues, avec des pancartes et des slogans décrivant leur situation. Dans l’indifférence presque totale. Sauf pour les forces de l’ordre. Par trois fois l’écran devient noir, un policier intervenant brutalement pour empêcher le cinéaste de filmer.

Acte cinq : les élections. Ils sont venus à Kinshasa pendant la campagne électorale présidentielle. Les résultats donnent vainqueur l’opposant au pouvoir en place. Une promesse de changements. Les scènes de liesse populaire se multiplient. L’histoire des victimes de la guerre des 6 jours se font dans l’histoire du Congo.

Le film se termine sur cet espoir. Les vieilles promesses seront-elles tenues ? L’Afrique échappera-t-elle à ses vieux démons, la corruption et le mépris des gouvernants pour le peuple ?

Fipadoc 2021

C COMME CONFINEMENT

Confinés dehors. Julien Goudichaud, 2020, 20 minutes.

Les Champs Elysées totalement vides. Comme les autres avenues de Paris. Comme tout Paris. Comme toute la France. Des images impressionnantes. Inoubliables. Le confinement – le premier confinement du pays – en mars 2020.

Les images du film de Julien Goudichaud resteront un souvenir – un mauvais souvenir – de cette période inédite. Comme ces applaudissements aux fenêtres, dont on sait qu’il signifie l’hommage – et les remerciements de la population aux soignants et à leur dévouement. Dans les rues, sous les fenêtres, des SDF, saluent sur un mode théâtral. Après tout, pourquoi n’auraient-ils pas droit, eux aussi, à être applaudis ?

Le confinement est de fait une période particulièrement difficile pour ceux qui vivent dans la rue et qui sont bien obligés d’y rester, jour et nuit. Ceux qui survivent en faisant la manche essaient bien d’arrêter les rares voitures qui circulent encore. Sans grand succès. Et les prostitués du bois de Boulogne gagnent tout juste de quoi payer chaque jour leur hôtel et une baguette de pain pour manger.

Dans ce Paris désert, Julien Goudichaud fait des rencontres et nous propose deux ou trois portraits de ces naufragés de la vie qui se sentent encore plus délaissés que dans des périodes dites normales. Au moins, dit la vieille dame rencontrée sur un banc devant l’Arc de Triomphe, il n’y a plus à supporter les regards en biais chargés de mépris. Et elle peut avoir le sentiment d’avoir pour elle toute seule la plus belle avenue du monde. La solitude est pourtant la même que celle ressentie au milieu d’une foule pressée, au mieux indifférente.

Cet autre SDF a un moyen bien à lui de suppléer au manque de passants. Il descend dans des bouches d’égout et récupère les pièces qui se sont égarées là. Comme pas mal de fourchettes et de couteaux sous une terrasse d’un restaurant. Nous le retrouvons dans son « chez lui », cet antre, ce trou qu’il s’est aménagé – avec la télé et tout un bric à brac de choses récupérées – dans cette cavité souterraine. Une rencontre surprenante.

 Confinés dehors est un film court, qui ne dépasse pas 20 minutes.Mais il nous dit beaucoup de choses. Sur la pandémie bien sûr. Mais surtout sur la vie de ceux qui voudraient bien être confinés à l’intérieur d’un vrai logement.

FIPADOC 2021

C COMME CAMPING.

Une caravane en hiver. Medhi Ahoudig, France, 2020, 52 minutes.

Ils vont passer l’hiver au soleil, dans le sud marocain, à Sidi Ifni très précisément. Ils viennent en camping-car depuis le nord ou l’est de la France, et s’installent dans un camping face à la mer. Ils y retrouvent leurs amis et leurs habitudes. C’est qu’ils viennent tous les ans, le soleil étant plus agréables que la brume et la neige.

Une caravane en hiver est un tableau de groupe de ces retraités, issus des classes laborieuses et qui savent s’organiser pour passer ces « vacances » hors saison à moindre frais. Leur camping-car possède d’ailleurs toutes les commodités pour vivre presque comme chez eux. Ils font de bons petits plats, ils regardent la télé, madame tricote et monsieur va à la pèche. Ils prennent l’apéro avec leurs voisins et vont manger des beignets au café du coin, ce qui est une de leur seule participation à l’économie locale. Une France populaire, qui n’a guère de contact avec la population. Et ils ignorent totalement les curiosités de la région. Voir la mer dès le matin leur suffit. Ils ne se vivent pas comme des touristes.

La dimension locale, le film l’aborde à travers la rencontre avec un jeune marocain dont nous suivons tout au long du film les étapes de la vie, ses activités et ses pensées. Il travaille au port de la ville, du moins s’il y a des arrivages de poissons, ce qui n’est pas quotidien. Sa passion, c’est la guitare, la guitare classique, même s’il sait parfaitement s’accompagner lorsqu’il chante dans un style plus contemporain. Nous le voyons interpréter la sonate au clair de lune de Beethoven, seul devant son ordinateur qui lui sert de guide. Dans ses entretiens avec le réalisateur, ses propos sont de très pertinents contre-points à ceux tenus par les vacanciers venus d’Europe.

Le film est ainsi une mise en perspective de deux modes de vie et de deux façons bien différentes de tenter d’échapper aux vicissitudes du quotidien. D’un côté la musique et sa part de rêve. De l’autre le soleil comme seul horizon. Passer l’hiver au bord de la mer dans le sud marocain peut-il alors être considéré comme l’aboutissement – et la consécration – d’une vie de travail. Est-ce cela le bonheur ? Un mot que d’ailleurs aucun de ces campeurs ne prononce.

Primed 2020

C COMME CAMPAGNE ELECTORALE -Giscard-D’Estaing.

1974, une partie de campagne. Raymond Depardon. France, 1974, 87 minutes

            Le premier film réalisé avec les choix techniques et esthétiques qui triompheront dans l’ensemble du cinéma direct (Primary de Robert Drew et son équipe, 1958), le fut à l’occasion d’une élection. Il s’agissait de  la campagne pour les primaires du parti démocrate opposant JF Kennedy (le futur président des Etats Unis) et H Humfrey. En 1974, Raymond Depardon entreprend à son tour de suivre une campagne électorale, celle de l’élection présidentielle. Plus exactement, il va suivre un des candidats, Valery Giscard d’Estaing (futur président de la République Française). Plus qu’un film sur une élection ou une campagne électorale, 1974, une partie de campagne est un film sur un homme politique en campagne, une vision de la politique entièrement personnalisée, la personnalité de VGE ayant dans le film une place prépondérante par rapport à ses positions politiques. On pourrait dire alors que Depardon fait un film sur une campagne électorale, mais sans faire de politique. Les partis politiques sont absents, l’équipe de campagne du candidat passe au second plan et les thèmes qu’il développe ne sont abordés qu’occasionnellement, par fragments. Savoir si le cinéaste soutient le candidat Giscard d’Estaing, s’il a de la sympathie pour lui et pour ce qu’il incarne politiquement, ou bien s’il se considère comme d’un autre bord, cela n’a ici aucune importance. La question est hors de propos. Tout autre homme politique qui lui en aurait fait la demande aurait pu devenir le sujet d’un film de Depardon.

            Valery Giscard d’Estaing est présent dans tous les plans du film, du moins dans toutes les séquences. Le film de Depardon aurait très bien pu s’intituler La Solitude du candidat de fond. Il se termine après les résultats en montrant Giscard rentrant seul dans son appartement du Louvre. Il avait commencé en le filmant marchant seul dans une forêt le jour de l’annonce de sa candidature. Bien sûr ces plans contrastent fortement avec les plans de foule, dans les rues où le candidat se fraie difficilement un passage en voiture ou à pied ; dans les meetings surtout où les supporters scandent en rythme le slogan Giscard à la barre. Lorsqu’il est seul, ou en petit comité avec ses proches, il est filmé en gros plan. En meetings, ou dans les bains de foule, il est plutôt vu de dos, comme si le cinéaste ne voulait pas adopter le point de vue des partisans entassés dans les salles. Il y a là aussi une façon pour Depardon de se démarquer de reportage télévisé. Son travail de cinéaste, c’est de construire ses plans et de ne rien laisser au hasard ans la position de la caméra. Si Depardon peut être considéré dans ce film comme un descendant du cinéma direct, c’est qu’il se place avec sa caméra toujours au plus près du personnage qu’il filme. Et visiblement, il réussit à se faire oublier. Giscard regarde rarement la caméra, un ou deux regard furtif pas plus. Et les hommes politiques qui l’accompagnent ne semblent même pas être au courant qu’ils sont filmés. De toute façon les caméras sont tellement présentent tout au long de la campagne, qu’il n’y pas de raison d’en privilégier une en particulier, même lorsque la scène filmée a quelque chose d’intime. Et qui pouvait identifier dans Depardon un cinéaste plutôt qu’un journaliste ?

            Tout l’art de Depardon consiste à placer sa caméra à la meilleure place, qui est d’ailleurs souvent la seule possible. Il y a beaucoup de déplacement dans le film. Dans un avion, il y a quand même un peu plus d’espace pour filmer En voiture, il n’y a aucun recul. Combien y a-t-il de passagers ? Un chauffeur obligatoirement. Si c’est Giscard qui conduit, alors Depardon est à côté de lui et le filme de profil, en plan fixe, laissant les autres passagers dans le hors-champ. Si Giscard est assis à l’arrière, avec un ou deux autres passagers, Depardon est toujours à l’avant. Dans les dialogues il peut y avoir à côté de lui un autre proche de Giscard. Tout cela fait beaucoup de monde ! Mais toujours, tout au long du tournage, Depardon occupe une place privilégiée, la plus efficace possible pour le film bien sûr. C’est d’ailleurs ce que montre clairement ce plan surprenant de l’atterrissage de l’avion de Giscard pris depuis la cabine de pilotage.

            La solitude de Giscard est encore amplifiée, paradoxalement, par la présence, l’omniprésence, des médias dans la campagne, et dans le film. Depardon filme systématiquement la horde des photographes, ses anciens compagnons de travail, qui mitraillent littéralement le candidat à chacune de ses sorties. Il montre comment la campagne s’oriente en fonction de la couverture que pourront en faire les journaux et la radio. Il filme avec beaucoup de malice les préparatifs sur le plateau du grand débat télévisé du second tour, les préparatifs seulement. Mais son filmage accentue le caractère « seul face à tous » de Giscard !

Valerie-Anne et Valéry Giscard d’Estaing

Avec Giscard, en 1974, la politique entre dans la sphère du spectacle. Avec Depardon, l’homme politique devient une star. Une star dont tout le discours vise à affirmer sa proximité avec les électeurs, mais qui reste fondamentalement inaccessible, même lorsqu’il signe des autographes. En cela, le film de Depardon est le témoin privilégié des transformations qui s’opèrent alors dans la vie politique française. Et surtout, dans ses représentations.

C COMME CABANE

Zeliha’s Hütte. Gabriela Gyr, Suisse, 2020,  44 minutes.

Du vent, beaucoup de vent. On l’entend pendant tout le film dans les feuillages ; on le voit agiter les tentes des campements. Et il faut sans cesse reclouer les tôles des toits de la maison pour qu’elles ne s’envolent pas.

Une maison ? Plutôt une cabane, construite en briques certes, mais qui semble quand même un peu bricolée. Son habitante la trouve à son goût, suffisamment confortable. Et puis, elle est érigée sur la terre des ancêtres. Et cela, pour Zeliha, ça n’a pas de prix.

A la retraite, Zeliha s’est retirée dans les montagnes où ont vécu ses parents et ses grands-parents. Elle y vit seule. Mais depuis peu, des cousins sont venus s’installer à proximité. De quoi la rassurer la nuit et apaiser un peu sa solitude.

Nous sommes dans les montagnes de la région de Dersim, la partie orientale de la Turquie, là où le Tigre et l’Euphrate prennent leur source. Une région région peuplée traditionnellement par les Kurdes Alévis. Une région dont les Turcs ont toujours voulu les chasser. Le grand-père de Zeliha, Seyid Reza, s’est révolté contre le pouvoir. C’est pour avoir lancé un mouvement de résistance qu’il fut exécuté.

Le film est le, portrait de cette femme qui incarne à elle seule la mémoire d’un peuple persécuté. Un portrait où elle rayonne de sérénité. Ses seuls moments de colère, c’est lorsqu’on vient creuser avec un bulldozer sur ses terres sans l’avoir prévenue. Le reste du temps, elle cultive son jardin et nourrit ses chats. Mais sa détermination pour résister aux tentatives pour la chasser de ses terres est immense. Elle ira jusqu’au bout pour défendre ses droits.

Le film de Gabriela Gyr est donc aussi l’évication d’une résistance. Résistance aux tentatives successives dans l’histoire, depuis les années 1920, d’extermination d’un peuple et de confiscation de leur terre. La statue de Seyid Reza, est pourtant toujours restée debout dans la ville. Tout un symbole.

Filmer les paysages grandioses de ces montagnes presque désertiques est un geste de soutien à un peuple qui ne demande qu’une chose, vivre en paix sur la terre de leurs ancêtres.

Traces de vie 2020

C COMME CUISINE – Chinoise.

Ayi, Marine Ottogalli, Aël Théry, France, 2020, 69 minutes.

Le portrait d’une femme. Une femme chinoise. Un nom commun pour toute identité : Ayi. Originaire de la campagne, elle est venue en ville pour travailler, gagner un peu d’argent pour survivre. Cela fait 16 ans qu’elle travaille et vit à Shanghai. Côté argent, elle ne s’en sort pas trop mal. Sans rouler sur l’or pour autant. Mais assez pour subvenir à ses besoins. Le film insiste sur ses qualités. Travailleuse, elle ne rechigne jamais au travail. Généreuse, elle offre souvent à manger à ceux qui sont plus pauvres qu’elle. Sociable, dans le quartier elle a ses amies, qu’elle aide autant qu’elle peut. Bref un personnage positif, attachant, mais que le film n’érige pas pour autant en superwoman. Dans une séquence entretien, elle raconte sa vie, son mariage, la mort de son mari, ses enfants, à qui elle voulait faire faire des études. Mais le fils n’en fait qu’à sa tête. Un souci pour elle. Malgré tout, elle ne se plaint jamais. La vie du peuple chinois ne serait-elle que résignation ?

Le portrait d’une ville, une mégalopole. Shanghai. Mais pas la Shanghai moderne, celle des gratte-ciels et des appartements rutilants. Plutôt les quartiers anciens, pauvres, pas toujours très salubres. Des quartiers voués à la destruction. Pour laisser la place à des centres commerciaux ou des immeubles de bureau. Le sort des habitants expulsés ne semble pas vraiment préoccuper les autorités. Beaucoup d’ailleurs ne veulent pas partir. Pas par attachement à leur rue. Plutôt parce qu’ils ne savent pas où aller. De toute façon ils n’ont pas les moyens nécessaires. Le film montre une réunion, dans la rue, de ces habitants à l’avenir incertain. Ce qu’ils demandent avant tout, c’est le respect de leurs droits. Mais ont-ils vraiment confiance en L’État à ce niveau ?

Le portrait d’un métier. Cuisinière. Préparer des plats pour les vendre dans la rue, sur une petite charrette à bras, que Ayi cache dans la ruelle où elle vit, à l’arrivée de la police municipale. Car, comme son quartier, son activité laborieuse est menacée. Et la police peut aller jusqu’à confisquer son outil de travail. Jusqu’à présent Ayi a échappé au pire. Mais elle a dû payer des amandes. Quelle soit ancienne dans le métier ne change rien. La cuisine, elle s’y applique avec beaucoup de savoir-faire et d’habileté. Les gros plans sur les woks où elle fait sauter légumes et viandes mettent systématiquement l’eau à la bouche des spectateurs ! Ce n’est pourtant pas de la gastronomie. Mais cette cuisine simple, destinée d’abord à nourrir peut quand même stimuler les papilles grâce à ses parfums et épices.

Nous sommes bien loin de la Chine éternelle. Nous sommes bien loin de la Chine devenue capitaliste qui avance à marche forcée vers la modernité, en exhibant ses forces de l’ordre qui font des exercices dans la rue. Nous sommes bien loin aussi de la révolution culturelle. Dans un plan qui ne manque pas d’humour un des voisins désargentés de Ayi chante un couplet de l’International et crie « Vive le Président Mao ». Il n’y a que lui que ça fait rire.

Festival Jean Rouch 2020.

C COMME CAMPAGNE ELECTORALE – Corbeil-Essonnes.

La Cause et l’usage. Dorine Brun et Julien Meunier. France, 2012, 62 minutes.

         En 2009, les électeurs de Corbeil-Essonnes sont rappelés aux urnes, l’élection de Serge Dassault ayant été invalidée par le Conseil D’État. Déclaré inéligible, l’ancien maire, toujours réélu depuis 1995, ne peut donc pas être candidat, mais il fait quand même campagne, pas tellement dans l’ombre d’ailleurs, pour faire élire celui qu’il a choisi pour le remplacer. C’est cette campagne électorale, dont le résultat ne sera pas une surprise, que le film suit dans ses moindres détails. Une plongée au cœur d’un certain exercice de la démocratie où l’argent est roi.

         Dans cette campagne dont l’existence même dépasse largement le cadre local, Dassault est omniprésent. Sur les affiches du candidat qui le remplace et donc sur tous les murs de la ville, dans les propos des militants, ceux qui le soutiennent comme des opposants, sur les marchés, dans les bistros, le milliardaire est le seul enjeu de l’élection. Mettant sa fortune personnelle au service de sa politique, il est accusé de clientélisme, ce que réfutent bien sûr ceux qui bénéficient de son système. Dans ces conditions, les débats ne peuvent qu’être enflammés, les pro et les anti Dassault s’affrontant avec passion. Rarement la vie politique locale aura mobilisé autant d’énergie.

         Le film plonge au cœur de la tourmente et saisit sur le vif le déroulement de ce qui prend très vite une allure d’affaire d’état. C’est sur le terrain qu’il nous conduit, plutôt que dans les conciliabules des officines politiques, à l’écoute des citoyens de toute tendance. Il ne vise pas à faire un portrait de Dassault, ni même à démonter son système. Les mécanismes d’influence, le rôle de l’argent, notamment dans les quartiers populaires, sont parfaitement visibles par eux-mêmes. Peu importe alors les arguments politiques qui s’affrontent. Ce que le film met en évidence, c’est le vécu politique des habitants de Corbeil-Essonnes, dans toutes les couches de sa population, un vécu bien peu idéologique en l’occurrence, tourné vers les aspects matériels les plus immédiats de la vie quotidienne. La politique apparaît ainsi comme système de séduction où l’aura des personnages est primordiale, surtout si elle est accompagnée de matière sonnante et trébuchante. On peut penser à cette autre campagne électorale, celle de George Frèche filmée par Yves Jeuland dans Le Président. Mais les réalisateurs ici ne cherchent pas à pénétrer dans l’intimité de Dassault et sans doute celui-ci n’a pas la faconde de l’ancien maire de Montpellier ni sa capacité de provocation. Le nom de Dassault pourrait certainement être remplacé par celui de n’importe quel autre richissime chef d’entreprise qui se lancerait dans la politique. A Corbeil-Essonnes, c’est la politique financière qui est à l’œuvre, beaucoup plus que la politique spectacle. Même si les réalisateurs semblent ne pas vouloir faire de théorie, le constat qu’ils dressent ne peut qu’être inquiétant pour la démocratie.

C COMME COLLEGE -Belge.

L’école de l’impossible (fragments de vie). Thierry Michel et Christine Pireaux, Belgique, 2020, 104 minutes.

La vie d’un établissement scolaire secondaire belge filmé pendant une année scolaire, depuis la rentrée des enseignants et le discours d’accueil de leur directeur, jusqu’aux examens finaux et l’annonce de leurs résultats. Une vie que nous suivons dans le moindre détail, une immersion centrée surtout sur les élèves, mais qui n’ignore nullement les enseignants et le personnel de surveillance et de direction. Les parents eux sont peu présents. Ils ne sont physiquement dans l’établissement que lors des rencontres parents-profs. Et le film ne sort guère du périmètre du collège que pour des plans de coupe sur son environnement urbain.

Un environnement très nettement industriel, même si on sait par ailleurs que la ville est plutôt sinistrée depuis la fermeture des hauts-fourneaux et la disparition de la sidérurgie. Les images, souvent aériennes, du quartier font immanquablement penser aux difficultés sociales et économiques liées au développement du chômage. Des difficultés qui imprègnent les récits de vie des élèves recueillis par les cinéastes. Des récits (« fragments de vie » dit le titre complet du film) marqués par une grande sincérité. Ces élèves, qui ont entre 14 et 18 ans, parlent d’eux sans fausse pudeur, sans rien cacher de leurs difficultés et de leurs défauts. Un garçon évoque par exemple, sans chercher la moindre excuse, le braquage qui l’a conduit pour 10 mois en prison. Un autre évoque aussi directement son addiction à la drogue. Bref, si nous sommes en Belgique, il est très vite évident dans le film qu’il n’y a dans ces récits aucun particularisme – ou régionalisme. Ces adolescents pourraient très bien avoir été filmés dans les banlieues parisiennes ou marseillaises. Et si le film ne nous donne aucune précision sur le fonctionnement institutionnel de l’école en Belgique, nous n’en avons au fond par besoin.

Les élèves sont filmés en cours, dans des comportements collectifs donc et en entretiens individuels -seuls face à la caméra – où c’est leur intimité qui est en jeux, en réponse parfois à des questions du cinéaste. Sont abordés ainsi successivement les grandes questions que pose la scolarité des adolescents et la construction de leur identité personnelle.

Que pensent-ils de l’école. Le film ici n’y va pas par quatre chemins. « L’école c’est chiant » dit la première fille interrogée. Le ton est donné. Aller à l’école ne va pas vraiment de soi. Les retards sont systématiques – il est si dur de se lever le matin. Et l’absentéisme atteint des proportions proprement sidérantes. Pourtant le film se clos sur une note d’optimisme réconfortant. « J’adore apprendre ; j’adore l’école » dit avec un large sourire une autre élève qui vient d’apprendre qu’elle a réussi ses examens. Pourtant nous savons qu’elle avait interrompu ses études pendant deux ans. Même s’il reste unique, ce succès peu presque nous faire oublier la litanie des difficultés scolaires qui se sont accumulées tout au long du film.

Côté enseignants, ce sont d’abord les difficultés du métier qui sont mises en évidence. Difficile en effet de faire respecter le silence et le calme dans la classe. Les exclusions du cours sont fréquentes et les confiscations de portables régulières. Pourtant le travail en petits groupes se déroule dans une ambiance studieuse et les débats sur des questions d’actualité mobilisent la réflexion de tous. Il est vrai que les sujets choisis (« balance ton porc » par exemple et le harcèlement dont beaucoup de filles sont victimes) sont on ne peut plus proches de leurs préoccupations.

Le directeur reçoit souvent les élèves en infraction avec la discipline de l’établissement (l’absentéisme systématique ou des actes de violences). Toujours bienveillant envers les élèves, il ne pratique pas la sanction systématique. La plupart des enseignants que nous suivons se montrent aussi attentifs aux problèmes personnels des élèves. Pour eux, il est clair que leur tâche éducative est prioritaire par rapport à l’enseignement proprement dit. Au fond, cette attitude d’écoute est de soutien a non seulement un effet positif sur le climat général de l’établissement, mais permet aussi à un certain nombre d’élèves – pas tous néanmoins – de réussir leur scolarité et d’envisager un avenir – notamment professionnel – correspondant à leurs rêves.

A l’image de cette élève pratiquant avec passion la boxe et qui triomphe dans un combat difficile, on en vient à penser que ce qui est souvent donné à priori comme impossible ne l’est au fond jamais définitivement.

C COMME CAPITAL

Le capital du XXI° siècle. Justin Pemberton, Thomas Piketty, France-Nouvelle Zélande, 2020, 103 minutes.

Un flot d’images, ininterrompu, désordonné, tumultueux. Un torrent qui dévale la montagne. Une tempête, mais pas vraiment comme l’entendait Johan van der Keuken. Un rythme frénétique. Allant jusqu’à utiliser le filmage image par image. Incontestablement on en prend plein les yeux.

Le montage ? Pas vraiment de montage. Plutôt une succession, une juxtaposition, une accumulation. On serait bien en peine de les dénombrer, ces images. D’ailleurs ici les chiffres n’ont pas d’intérêt. On passe si rapidement des unes aux autres qu’on n’en garde guère de souvenir.

 Mémoire visuelle encombrée, saturée, déclare forfait.

Des images de toute nature. Beaucoup d’extraits de films. Américains de préférence. En noir et blanc selon les époques. Ou numériques pour la contemporanéité. Déjà vues ou inédites (peut-être). Nous sommes bien dans la civilisation de l’image.

Sont-elles en phase avec le commentaire off ? Parfois oui. Par exemple nous voyons Thatcher ou Reagan quand on nous parle de Thatcher et de Reagan. Mais le plus souvent nous avons plutôt affaire à une simple illustration. Puisque nous sommes au cinéma, il faut des images. A ce niveau, nous ne sommes pas en manque !

Heureusement, on souffle un peu lors des interventions des « spécialistes ». Surtout celles de Piketty lui-même, calme, plutôt posé. Les autres sont plus vifs, surtout les femmes.

En sortant de la salle, on en vient à se dire qu’on aurait mieux fait de lire le livre. On aurait au moins eu le temps de réfléchir.

C COMME COUPLE – heureux.

Tous nos vœux de bonheur. Céline Dréan, 2019, 52 minutes.

C’est un film sur l’amour. L’amour d’un couple. Un couple qui a dû se battre pour pouvoir s’aimer. Pour pouvoir se marier. Un mariage d’ailleurs qui eut lieu presque dans la clandestinité. Il y a 50 ans. A voir ce couple aujourd’hui – un couple qui s’aime toujours autant – on se dit que, malgré la difficulté, ils ont triomphé de l’adversité, surmonté tous les obstacles. Pour vivre heureux. Toute une vie de couple heureux.

Le prétexte du film – un film familial, réalisé par une des filles du couple – c’est un album de photos, où sont soigneusement rangées les clichés, en noir et blanc, de l’époque de leur rencontre et de leur mariage. Et de leur vie de jeunes mariés. Une vie de travail en usine, engagée auprès des travailleurs. Un album qu’ils n’ont pas regardé depuis longtemps. Qu’ils n’ont jamais montré à leurs filles. C’est que cet album dit tout de leur vie, de leur jeunesse, de leur mariage. Un album qui renferme le secret de leur vie. Un secret qu’ils n’ont pas révélé jusqu’à présent – même pas, surtout pas, à leurs filles. Mais ce secret n’est plus aujourd’hui quelque chose de dangereux. Il est devenu anodin. Comme leur vie de couple. Un couple tout ce qu’il y a de plus « normal » en somme. Même si cela n’a pas toujours été le cas.

L’album révèle donc ce qui a été caché pendant si longtemps. Les photos les montrent, lui en soutane et elle en robe de religieuse. Ils sont en effet rentrés dans les ordres, confiant leur vie à leur religion. Une vie qui se devait d’être une vie de célibataires.

Mais l’amour a été le plus fort. Même s’il leur a fallu se battre, lutter pour imposer leur rupture d’avec la religion, s’opposer à la hiérarchie religieuse, aux quant dira-t-on de leur entourage. Et s’opposer – ce fut le plus dur – à leurs propres parents.

Le film opère un incessant va et vient entre le présent apaisé et ce passé de lutte, d’opposition, de révolte. Devant les photos de l’album, le couple évoque ce passé. Il le fait sereinement, sans agressivité aucune, sans colère, sans critique. Ils ont renoncé à la religion, perdu la foi. Et ils n’on aucun remord. Et la cinéaste de proposer, en écho au récit de leur vie, des images d’époque, qui complètent les images familiales contenues dans l’album. Une construction simple, limpide, dans fausse route.

Un film familial donc, intimiste. Mais dont la portée universelle est tout à fait évidente.

C COMME CHEVRES.

Les Chèvres de ma mère. Sophie Audier. France, 2013, 97 minutes.

         La mère de la cinéaste, Maguy, va prendre sa retraite. Toute sa vie, elle a élevé des chèvres et fait des fromages, « en dehors des normes » précise-t-elle. Prendre sa retraite, cela signifie pour elle trouver repreneur à son exploitation et surtout se séparer de ses chèvres, de ses chères chèvres qu’elle aime tant.

         Le film montre toutes les difficultés de cette cessation d’activité. Les chèvres, pour Maguy, c’est toute sa vie. Il lui a fallu une bonne dizaine d’années pour constituer un troupeau à son idée. Maintenant elle connaît parfaitement chaque animal. Elle s’en occupe toute la journée, elle les soigne, les aide à mettre bas, elle leur donne du foin en hiver et les conduit à la prairie dès le printemps. Elle nourrit au biberon les jeunes chevreaux et c’est la mort dans l’âme qu’elle en vend certains destinés à la boucherie. Une vie simple, naturelle. La technique de fabrication des fromages qu’elle utilise ne pose pas de problème. Mais le travail est dur et si la cinéaste n’interroge pas vraiment sa mère sur les raisons qui la pousse à arrêter son activité on sent bien qu’il arrive nécessairement un moment où il faut bien le faire. Son petit-fils, dit Maguy n’aura peut-être pas la possibilité lui de prendre une retraite. Alors, pour elle, c’est dans l’ordre des choses d’en profiter. Même si le montant de sa pension est un peu ridicule, « pour une vie de travail ».

Maguy a de la chance, elle a trouvé une repreneuse pour acheter ses chèvres et reprendre l’exploitation, Anne-Sophie, jeune diplômée en agriculture, passionnée par le métier, ou du moins par l’idée qu’elle se fait d’un métier qu’elle ne connaît pas vraiment. Elle va le découvrir avec Maguy, apprendre à faire du fromage, aider à la naissance des chevreaux. Mais le film ne se limite pas à cette « initiation ». Il rend compte surtout des difficultés de la transmission Difficultés affectives pour Maguy ; difficultés financières et administratives pour Anne-Sophie. Le film montre cette dernière aux prises avec tous les rouages du monde agricole. Elle découvre pas à pas les contraintes qu’elle doit affronter, l’obtention de l’aide à l’installation, d’un permis de construire pour sa nouvelle laiterie, et ainsi de suite. Rien n’est facile pour elle. Mais il ne lui faut pas se décourager, même si par moment elle doute quand même un peu. Est-elle vraiment faite pour ce métier.

         Les chèvres de ma mère, dès son titre, indique sa dimension personnelle. C’est le récit de la vie d’une femme, filmé avec amour, qui vise à nous la rendre sympathique et attachante. Un film intimiste donc, même s’il nous montre l’évolution des paysages au fil des saisons et les interventions de multiples conseillers. Cette vie est sans doute simplifiée. Le film ne vise pas à rentrer vraiment dans tous ses détails. Après tout, il est réalisé par la fille de l’intéressée et cette fille ne cherche pas à mettre en avant sa propre vie. Elle ne traite pas de sa relation avec sa mère. Comment devient-on cinéaste lorsque l’on a une mère qui élève des chèvres ? A la fin du film, elle consacre quelques plans à son propre fils, un enfant qui commence à marcher et à parler et à qui sa grand-mère présente ses chèvres. Lui ne vivra sans doute pas dans les mêmes conditions. A moins que…plus tard.

C COMME CORRESPONDANCE AMOUREUSE.

Rêveurs rêvés. Ruth Beckermann, Autriche, 2016, 89 minutes

D’où vient que ce film dégage une telle émotion ?

Du texte qui nous est présenté, la correspondance entre Paul Celan et Ingeborg Bachmann. Des lettres d’amour entre ces deux écrivains, le poète juif autrichien et la femme de lettres. Des lettres de passion. Mais aussi des lettres de séparation, d’éloignement. Séparation dans l’espace, lui à Paris, elle à Vienne, pour la majeure partie de cette correspondance. Mais aussi éloignement de leur vie, qui chacune suit son cours particulier. Vont-ils se retrouver ? peuvent-ils se retrouver ? Toute la tension qui émane de ces lettres tient dans la distance qu’il y a entre eux. Et il faut bien sûr entendre le mot distance dans tous ses sens. Une distance qui ne pourra que s’accroître au fil du temps. De longues années, plus de vingt ans. Mais une distance qui ne pourra les séparer complètement. Jusqu’à leur mort.

Mais il y a plus. Il y a les acteurs. L’actrice et l’acteur. Qui lisent les lettres de Ingeborg et de Paul, devant les micros d’un studio d’enregistrement sonore. Chacun à tour de rôle nous donne à entendre ces lettres qui se répondent et qui tissent le film d’une vie. Une vie d’amour et de séparation.

Et par le jeu de leur diction – la perfection de la diction – nous entrons dans cette vie, dans cet amour, dans le désir de la rencontre, dans la souffrance de la séparation et les incompréhensions qu’elle suscite.

Mais il y a plus. Car nous sentons que peu à peu les acteurs entrent de plus en plus dans les deux personnages dont ils sont en train d’oraliser, d’exprimer -mais de jouer -les sentiments, l’amour et la souffrance. Peu à peu ils deviennent Paul et Ingeborg. Et cela bien sûr est dû à leur qualité de comédiens qui se concentrent au maximum sur leur texte, sur son sens. Mais pas seulement.

Car nous sommes dans un film et non dans le studio d’enregistrement (ou sur une scène de théâtre). Et donc cette présence du poète et de l’écrivaine – la présence de leur séparation – qui s’incarne dans la proximité entre l’actrice et l’acteur, est due à la qualité du filmage – à la perfection du filmage. Ces gros plans – des très gros plan même parfois – sur les visages, leur voix qui est comme matérialisée dans l’image et ces moments de silence où la concentration est visible, palpable.

La comédienne te le comédien sont rarement filmés ensemble dans le même plan. Car bien sûr quand les auteurs des lettres écrivent ils sont séparés. Mais le travail de la comédienne et du comédien n’est si pertinent que parce que l’autre à qui ils s’adressent est là, présent dans le studio, tout près devant son propre micro. Une présence que concrétise à chaque plan, leur regard. Pas une fois ils ne regardent la caméra. Leur regard est toujours dirigé vers l’autre, celle et celui à qui la lettre est adressée.

Rarement nous quittons cette situation d’enregistrement. Une seule fois un homme – technicien, ingénieur du son, producteur ? – intervient pour régler les micros. Dans un autre plan, il y a quelques personnes présentes dans la cafétéria où les deux acteurs se rendent. Mais pour tout le reste – pour pratiquement tout le film donc – nous ne sortons pas de leur face à face dans le studio. Un studio que nous ne quittons que pour de brefs moments de pose, où – souvent assis côte à côte – ils fument une cigarette, se détendent. Rarement ils commentent la relation de Paul et Ingeborg, leurs sentiments. Ces sentiments, les ressentent-ils l’un pour l’autre ? Ils ne le disent pas. Mais leur proximité tout au long du film, et la façon dont ils sont filmés, ne peut que nous le suggérer.

Au fond, ce film sur une correspondance amoureuse est surtout un film sur le travail des acteurs. Sur leur technicité dans le travail de diction bien sûr. Mais surtout sur ce que c’est qu’être acteur. Sur l’inévitable interférence entre leur propre vie et celle des personnages qu’ils incarnent, et qu’ils rendent présents seulement par les textes qu’ils lisent. Si leur lecture est si expressive, si chargée d’émotion, c’est bien parce qu’ils vivent dans ce travail en commun quelque chose de commun, de l’ordre de l’émotion. Et c’est bien cela le sujet du film.

C COMME CV – Niki Velissaropoulou

Née en 1980 à Thessalonique, Niki Velissaropoulou vit en France depuis 2005. À 19 ans, elle prend part à une mission de Médecins du Monde en Serbie, juste après la fin de la guerre. Elle a également été animatrice auprès d’enfants immigrés et d’enfants handicapés au sein de différentes associations. Elle a étudié les sciences de l’éducation en Crète puis a poursuivi des études de Lettres Modernes à Paris IV (M2) et de Cinéma à Paris VIII (Licence Arts du Spectacle-Cinéma et M2 professionnel en Réalisation et Création Cinématographique). Depuis 2015 elle est membre d’Addoc, l’Association des cinéastes documentaristes. Elle est réalisatrice depuis 11 ans, et auteure de documentaires et reportages diffusés sur les chaînes télévisées nationales et grecques, ainsi que des web tv. Elle a écrit et réalisé le court métrage de fiction Jardins secrets qui a remporté le Prix du public au Festival des à-côtés, à Lyons-la-Forêt en 2015. Son documentaire Nous ne vendrons pas notre avenir a remporté le Prix Coup de Pouce au FIGRA en 2017, le Prix du public au Festival des à côtés en 2018 et le Prix du Jury auFestival de films pour l’Environnement en 2019.

REALISATIONS

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2019-2020

EMC, École supérieure des métiers de l’image du son et de la création 2D-3D

Formatrice en réalisation de documentaires et fictions.

– Tournages de courts métrages documentaires en anglais avec les directeurs de la photographie de 2e année (1er semestre).

– Tournages de courts métrages de fiction sur les droits de l’homme avec les directeurs de la photographie et les monteurs de 2e année (2e semestre).

Atelier d’éducation à l’image :

– Notre ville, Bobigny, (documentaire 11’)    Dispositif: La culture et l’art au collège.

Atelier d’éducation à l’image et réalisation d’un film collectif avec la classe de 4ème du collège Auguste Delaune à Bobigny, encadrée par les professeurs Fazia Bensaadi, Elodie Julliot, Constance Latourte et Samir Ouidja et l’association Addoc, l’association des cinéastes documentaristes.

Atelier d’éducation à l’image :

– Balade au Vert Galant, (documentaire 11’)    Dispositif: La culture et l’art au collège.

Atelier d’éducation à l’image et réalisation d’un film collectif avec la classe de 3ème du collège Romain Rolland à Tremblay en France, encadrée par les professeurs Manuel George et Isabelle Feugnet-Naves et l’association Addoc, l’association des cinéastes documentaristes.

2019

Atelier d’éducation à l’image :

– Les décodeurs du lycée Louise Michel, (reportage 4’)

Atelier d’éducation à l’image et réalisation d’un film collectif avec la classe de 1ère ES1 du lycée Louise Michel de Bobigny, encadré par les professeurs Nicolas MICHELOT et Rémy PAWIN.

Atelier d’éducation à l’image :

Ce qu’on a dans le cœur, (documentaire 5’35)

Atelier d’éducation à l’image et réalisation d’un film collectif au cours de l’année scolaire 2018-2019, avec la classe ENSA (classe d’accueil pour élèves non scolarisés antérieurement) du collège Sonia Delaunay, encadré par Niki VELISSAROPOULOU et l’association de prévention du site de la villette (APSV).

2018

Atelier d’éducation à l’image :

– Un jour à Paris, (documentaire 7’) Primé par le CLEMI

Atelier d’éducation à l’image et réalisation d’un film collectif avec la classe de 1ère ES1 du lycée Louise Michel de Bobigny, encadré par Niki VELISSAROPOULOU et les professeurs Nicolas MICHELOT et Rémy PAWIN.

Documentaire :

Nous ne vendrons pas notre avenir, (documentaire 53’), Scénario, réalisation, image, montage.

Synopsis : Deux adolescentes, vivent au nord de la Grèce où un projet de mine d’or à ciel ouvert, menace leur région d’un désastre environnemental sans précédent. Plongées au cœur du combat et de la crise, propulsées dans la vie d’adulte, elles s’engagent pour revendiquer leur avenir qu’elles ne comptent pas vendre.

Diffusé sur FRANCE 3 régionaleet ERT (chaîne Nationale grecque).

Nominé pour le prix « IRIS 2019 » à Hellenic Film Academy (présélection).

Prix Coup de Pouce au FIGRA 2017.

Prix du public au FESTIVAL DES A COTES 2018.

Prix du Jury au FESTIVAL DE FILMS POUR L’ENVIRONNEMENT – Saint-Casimir, Canada 2019.

Sélection officielle au FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM D’EDUCATION 2018.

Sélectionné et diffusé trois fois pendant le MOIS DU FILM DOCUMENTAIRE 2018.

Sélection au COOPENAIR FESTIVAL – Grèce 2018.

Sélection hors compétitionauFESTIVAL FIGRA 2019.

Sélection hors compétition au FESTIVAL INTERNATIONAL du film DOCUMENTAIRE DE THESSALONIQUE 2019.

Sélection officielle au FESTIVAL du Cinéma MEDITERRANEEN DE TETOUAN – Maroc 2019.

Sélection officielle au FESTIVAL INTERNATIONAL du film DOCUMENTAIRE D’IERAPETRA 2019.

Sélection au BOZCAADA INTERNATIONAL FESTIVAL OF ECOLOGICAL DOCUMENTARY (BIFED), Turquie 2019.

Sélection officielle à la 13e édition du ECOZINE FILM FESTIVAL, Zaragoza, Espagne 2020.

Sélection officielle au FESTIVAL GRECDOC, Paris, France, septembre 2020.

Sélection officielle au 10e CAMBODIA INTERNATIONAL FILM FESTIVAL (CIFF) 2020, annulé à cause de la pandémie, Cambodge

Sélection au 17e SEOUL ECO FILM FESTIVAL, (2-15 juillet 2020), Séoul, Corée du Sud

2017-2016

Divers reportages, émissions et débats pour la WebTV Chaîne commune-Recherche, organisation de tournage, caméra, montage:

Reportages :

– Un dispensaire social en Grèce                                                                     

– Journal des Bonnes Nouvelles – La Conquête du Pain                                                    

– Nuit Debout, un vent de fraîcheur                                                                                              Paris

– Abeille Machine                                                                                                              Fontenay-sous-Bois

– Journal des bonnes nouvelles – Scop-Ti                                                               Gémenos, Marseille

– Bonus humoristique – Yassine Belattar                                                                          Saint-Ouen

– Débat : Urgence et déchéance : le prix de notre sécurité                                               Saint-Ouen

– L’abolition de la prison                                                                                                           Paris

– Interview avec deux prisonnières politiques                                                                                        Paris

2015-2014

Fiction :

Jardins secrets, (fiction, 14’, HD), Scénario et réalisation.

Prix du public au FESTIVAL DES A COTES, à Lyons-la-Forêt 2015.

Sélection officielle au FESTIVAL DE CINE DEL QOSQO 2016.

Sélection officielle, ARTE COURT-CIRCUIT, concours : SPECIAL FILMS DE FICTION 2014.

Synopsis : Vicky, une jeune femme, vit loin de sa famille. Pendant ses vacances d’été elle rend visite à ses grands-parents qui habitent une petite maison au bord de mer.

2010-2008

Documentaire :

Rebels with a cause, (documentaire, 11’, Mini DV). Scénario et réalisation. Projection du film à la bourse de travail de Gennevilliers.

Fictions :

– La vie en Rho, (fiction, Mini DV). Réalisation, cadrage, éclairage, prise de vue et montage.

– Journal Intime : L’appartement de la rue Jubin,(fiction, Mini DV). Image.

   Projection du film à l’Écran Saint-Denis.

– Mémoires de femmes, (fiction, Mini DV) Image. Projection du film à l’Écran Saint-Denis.

– Les pensées peuvent tuer, (fiction 4’, Mini DV). Réalisation, cadrage, éclairage, comédienne.

   Projection du film à l’Écran Saint-Denis.

– Cher Paris et No way out, (fictions 18’et 3’, Mini DV). Scénario, réalisation, cadrage, éclairage, montage.

– El descanso, (fiction 3’, super 8, Noir et blanc). Image.

FORMATION

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-UNIVERSITÉ PARIS VIII – VINCENNES – SAINT-DENIS                                         93200 Saint-Denis

Master 2 (professionnel), Réalisation et Création Cinématographiques, fiction, mention Bien (2012)

Licence Cinéma, Arts Spectacle Cinématographique,mention Bien. (2009)

-UNIVERSITÉ PARIS – SORBONNE PARIS IV                                                                      75005 Paris

Master 2 (Recherche), Lettres Modernes, L’adaptation littéraire au cinéma, mention Bien. (2009)

-UNIVERSITÉ DE CRÈTE                                                                                            Réthymnon, Grèce

Licence et Master 1, Sciences de l’éducation, Éducation à l’image, mention Très bien. (2006)

-UNIVERSITÉ PIERRE MENDÈS FRANCE (Programme d’échange, Erasmus)                              38100, Grenoble

Faculté de Sociologie. (Premier semestre 2005/2006)

-LYCÉE – 16o LYCÉE, GRÈCE                                                                                              Thessalonique, Grèce

Baccalauréat littéraire. (1998)

Très bonne maîtrise de langues vivantes : Grec (langue maternelle), français, anglais.

Très bonne maîtrise de logiciels de traitement de la vidéo : Adobe premier, Final Cut, Avid, Torticoli, Hathor.

Bonne maîtrise de logiciels bureautiques : Word, Excel, Powerpoint, Photoshop.

Permis de Conduire (B) depuis 2004.

EXPÉRIENCE PROFESSIONNELLE et STAGES

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2010

Warm up production                                                                                               92150Suresnes France

Stage à temps complet dansl’équipe vidéo. Montage et tournage vidéo.

Théâtre National de l’Odéon                                                                                                 75006 Paris

Stage à temps complet dans l’équipe lumière sous la direction d’Éric ARGIS et Jaufré THUMEREL.

Participation à la création lumières du Spectacle « La Ronde du carré » de Dimitris Dimitriadis, mise en scène par Giorgio Barberio Corsetti. Montage et apprentissage de maniement de la console lumière-logiciel Hathor.

2009

Théâtre National de l’Odéon (Grande salle des Ateliers Berthier)                                                   75017 Paris

CDD pour assurer la traduction et la diffusion des surtitres durant le spectacle« Je meurs comme un pays » de Dimitris Dimitriadis, mise en scène par Michael Marmarinos.

TV100,Société Municipale d’information, de Spectacle et de Communication         Thessalonique, Grèce

Stage à temps plein à la chaîne de télévision TV100, en tant que régisseur lumières.

KG PRODUCTIONS                                                                                                        93100 Montreuil

Stage sur le tournage du Film « Éden à l’Ouest », réalisé par Costa-Gavras.

Accueil des acteurs, Doublage et Observation de la post -synchronisation.

AVANT 2008

Stage pendant trois ans (une fois par semaine) dans des écoles.                                             Crète 2002-2005

Enseignement de grec à des enfants immigrés, Centre d’Immigration de Réthymnon.            Crète 2001-2003

Animatrice dans l’institution Agios Dimitrios, ainsi que dans des colonies de vacances organisées par l’institution Agios Dimitrios pour des enfants et adultes handicapés.                    Thessalonique 1999-2001

Animatrice du programme d’enseignement de musique auprès des enfants orphelins à l’organisme Paidopoli.                                                                                                                                  Thessalonique 1999-2000

Photoreporter sur une Mission humanitaire en Serbie avec les « Médecins du Monde ».                     1999

C COMME CANCER – JVDK.

Vacances prolongées. Johan Van der Keuken, Pays Bas, 2000, 142 minutes

         Un film de maladie et de mort. Le cinéaste vient d’apprendre qu’il est atteint d’un cancer de la prostate. L’issue ne fait pas de doute. La seule incertitude concerne le temps qu’il lui reste à vivre. Un an ? Deux ans ? Plus ? Comment réagir à cette annonce ? Pour Johan van der Keuken et sa femme, il n’y a pas d’hésitation à avoir. Ils vont partir en voyage. Comme ils l’ont toujours fait, avec une caméra. Partir filmer à l’autre bout du monde. Filmer, c’est la vie de van der Keuken, toute sa vie. S’il ne filme pas il ne peut plus vivre. Le jour où il ne filmera plus, c’est qu’il sera mort. Seul problème, technique, la lourde caméra traditionnelle risque d’être bien lourde pour le cinéaste au fur et à mesure de l’avancée de la maladie. Van der Keuken décide alors d’expérimenter une petite caméra DV. Toute situation, aussi dramatique soit-elle, a toujours son côté positif. De toute façon, au début du film, Johan Van der Keuken se sent en pleine forme. De bonnes conditions pour réaliser un film. Un film que sera peut-être le dernier. Mais jusqu’à la fin de sa vie, il filmera.

         Vacances prolongées va donc être constitué du matériau accumulé par le cinéaste tout au long de cette fin de vie. Ce sera ainsi un film autobiographique, où Van der Keuken n’hésitera pas à se mettre lui-même en scène. Il intervient d’ailleurs en voie off dès la première séquence pour présenter la situation, sa situation et son projet de film de voyage. Ces interventions jalonneront tout le cours du film où alternent les séquences de voyage et les consultations médicales. D’un côté un Van der Keuken traditionnel, celui qui porte un regard personnel original sur le monde qu’il filme et qui sait faire partager cette vision tout en laissant une entière liberté de pensée au spectateur. De un cinéaste qui s’engage personnellement dans son film, face à la maladie et à la mort et surtout face à son activité de cinéaste. Vacances prolongées, comme son titre nous y invite, peut être considéré comme la suite des Vacances du cinéaste où Van der Keuken avait inauguré un examen réflexif de son travail de faiseur d’images, photographiques et cinématographiques. D’ailleurs une séquence du premier film (celle où Van der Keuken filme sont plus jeune fils descendant un escalier de pierre, précédée d’un extrait du générique accompagné de la chanson Douce France de Charles Trenet) figure dans Vacances prolongées. Certains des voyages qu’il proposera sont occasionnés par des festivals, à Rotterdam ou San Francisco, proposant une rétrospective de son œuvre et auxquels Van der Keuken assistera en tant qu’invité. Une occasion pour lui de recevoir un award et pour nous de participer en tant que spectateur du film à cet hommage devenu posthume.

         Les consultations médicales de van der Keuken nous conduisent d’abord à Utrecht, chez le professeur qui assure son suivi. Le film comportera plusieurs visites, occasion de longs entretiens où le médecin est filmé face à la caméra et à son patient qui dialogue avec lui. C’est l’occasion d’apporter quelques éléments techniques sur la maladie, mais l’essentiel réside surtout dans la question de la durée du délai de vie qu’elle peut laisser au cinéaste. Van der Keuken ne rejetant a priori aucune possibilité de guérison se rend ensuite dans l’Himalaya chez une praticienne des méthodes de médecine tibétaine et filme la longue séance de transe qui doit pouvoir le guérir. Van der Keuken ne prend pas parti sur l’efficacité de cette pratique. Il constate simplement qu’elle est suivie d’un certain soulagement. Il en est de même d’une dernière consultation, à New York, avec un professeur qui propose de nouvelles modalités de thérapie. Les différents aspects de cette partie médicale du film restent relativement neutres, sans effusion d’aucune sorte, comme si le cinéaste n’était pas celui que la maladie concerne au premier chef. 

         Dans les voyages, nous retrouvons le van der Keuken que nous connaissons déjà dans l’ensemble de son œuvre. La personnalisation de son travail de cinéaste est seulement plus accentuée que dans les films précédents. Dans des séquences de coupe, Van der Keuken filme les objets familiers de son appartement, sur un fond neutre qui les transforme en nature morte. Chaque voyage est introduit par un filmage de l’installation dans l’avion, des repas qui y sont pris et nous pouvons jeter un œil par le hublot sur le premier paysage du pays visité. Après le Bhutan, van der Keuken se rend au Burkina Faso où il appréhende avec une grande précision le problème de l’eau dans le sahel. La séquence des enfants qui disent leur nom devant la caméra, avec leurs mimiques et leurs expressions personnelles, procure une grande émotion, dans sa simplicité même.

         Le film s’achève sur l’eau, thème si fréquent dans les films de Van der Keuken. Des bateaux dans un port ou sur les canaux. Il n’est pas dit s’il s’agit d’Amsterdam. Peu importe au fond. Les images proposées sont en effet de plus en plus floues. De plus en plus abstraites en somme. Dans un dernier plan, Van der Keuken filme l’eau elle-même dans une sorte de luminosité terne qui s’accorde sans doute avec son état d’esprit. Un dernier geste cinématographique : la création d’un oxymore visuel.

C COMME CINEASTE – Démiurge.

El Father Plays Himself. Mo Scarpelli, Venezuela, United Kingdom, Italy, United States, 2020, 105 minutes

El Father, c’est le petit nom (affectueux ?) que le fils donne à son père.

Le fils est cinéaste. Il veut faire un film sur son père. S’appuyer sur la vie de son père, qu’il juge suffisamment romanesque pour alimenter le scénario. Un film où le père va jouer son propre rôle, s’improviser acteur donc, lui qui n’a jamais mis les pieds sur une scène de théâtre ni devant une caméra.

Le film que va tourner le fils pourrait être un documentaire, avec une dimension biographique et historique. Le cinéaste prend une autre direction. Il veut réaliser une fiction – La Fortaleza, Jorge Thielen Armand – où son père serait acteur, dans des scènes scénarisées par le fils qui ne seront pas des improvisations, même si le vécu du père, et surtout son caractère, sa manière d’être, doivent avoir la plus grande authenticité possible. Une perspective assez ambiguë au fond.

Ambiguïté que l’on retrouve tout autant dans le film El father plays himself. Certes la dimension documentaire est affirmée. Avec sa dimension film dans le film qui permet de documenter la fabrication du film et donc un des aspects le plus concret du cinéma. Sans oublier le devenir acteur d’une personne qui doit jouer en respectant les intentions du réalisateur, même s’il joue son propre rôle. Avec la dimension aussi de la relation père-fils, relation faite d’affection sans doute, mais marquée aussi par tout le vécu familial antérieur, leur éloignement dans la vie en particulier.

Mais n’y a-t-il pas dans le projet lui-même une dimension qui déborde largement cette visée documentaire. Car si le film que tourne le fils sur son père est une fiction, le film fait sur ce film-là prend lui-même une dimension fictionnelle. El father plays himself, film de Mo Scarpelli, est en effet tourné (et monté) comme s’il était réalisé par le même cinéaste que celui qui réalise le film sur son père. Une sorte d’autofiction en somme. Et du coup la réalisatrice effective de El father plays himself s’effaçant totalement, on peut dire que le fils est en train de réaliser deux films d’un seul coup.

Exploit peu commun en somme. Qui concrétiserait en somme une sorte de rêve secret de tout cinéaste : être à la fois l’auteur de son propre film et du film fait sur ce premier film. Le cinéaste devenu ainsi le démiurge universel.

Visions du réel 2020

C COMME COURSE AUTOMOBILE – Tout-terrain.

Off the road. José Permar, Mexique-Etats-Unis, 2020, 76 minutes.

Le désert mexicain de la « Basse Californie », des cactus à perte de vue, quelques arbustes rabougris et pas mal de sable. Une région désolée, abandonnée.

 Et en effet, il n’y a plus que quelques habitants et beaucoup de ruines. Tous sont nostalgiques du temps de la richesse qu’apportait le coton, cet « or blanc », hélas supplanté par les tissus synthétiques. Que faire d’autre maintenant qu’évoquer les souvenirs. Et écouter, et faire, de la musique.

Tout au long du film nous entendons un trio (deux guitares et un tuba) fort sympathique et plein d’entrain. A chacune de leur apparition, un costume différent, dans un nouveau décor – mais toujours désertique – et une nouvelle chanson.

Mais la région a une autre passion, qui la sauve de l’oisiveté : la course automobile, tout-terrain. Des bolides 4/4 lancé à toute allure dans des nuages de poussière cachant la vue. Et le public aime ça.

Le village dans lequel le cinéaste a planté sa caméra est traversé par la plus grande course du monde de ce style, la Baja 1000. C’est un événement qu’on attend pendant une année, en regardant des photos et des vidéos.

Une autre course sert en quelques sortes de hors-d’œuvre, la Coyote 300. Nous suivons Rigo qui retape la vieille voiture familiale, la « Toyotin » qui a parfois du mal à démarrer. Le jour de la course nous restons avec sa famille sur la ligne d’arrivée à l’attendre. En vain. Elle n’arrive pas. Angoisse. Il faut partir à sa recherche dans le désert. On la découvre enfin, accidentée. Un désastre. N’empêche. Rigo rêve toujours de participer à la Baja 1000.

Une autre figure du village devient peu à peu le personnage central du film, Paco, jeune journaliste et photographe. Nous le rencontrons dans sa vie personnelle, devant son ordinateur avec son bébé sur les genoux. La nuit il parcourt le désert pour prendre des photos. Et il se donne pour tâche de sécuriser le plus possible le parcours de la Baja 1000, en distribuant des affiches énonçant des consignes de sécurité. Il y en a bien besoin. La poussière aveuglante au passage de chaque voiture renforce les dangers. Et le public est plutôt insouciant.

Et le grand jour arrive, la course. C’est jour de fête. Le cinéaste multiplie les cadrages surprenants pour accentuer l’effet de vitesse et de danger. Du grand spectacle.

Une fois la course passée, il ne reste plus qu’à attendre l’édition de l’année suivante.

En attendant, le désert peut retourner à sa léthargie.