E COMME ÉTATS-UNIS (4)

L’immigration. L’actualité brulante…

Deux films présentant des  portraits d’immigrés, à New York et en Californie du sud. Des portraits pour le moins contrastés !

Taxiway, Alicia Harrison, 2013.

Un film qui se passe dans des taxis dont les chauffeurs sont tous des immigrés aux Etats Unis. Des taxis de New-York. Une façon de découvrir la vielle aussi. De parcourir des rues et des avenues où il y a souvent beaucoup de circulation, beaucoup de taxis d’ailleurs. Dans les avenues commerçantes il y a beaucoup de piétons sur les trottoirs. Dans d’autres rues, il y a presque personne. Les buildings sont moins hauts. Il y a même des arbres en bordure des voies de circulation. Une vision de la ville qui n’en reste pas aux clichés traditionnels.

Le film nous propose une série de portraits de ces chauffeurs, tous immigrés, venant d’Inde (la seule femme), du Ghana, de Colombie, du Maroc, du Brésil ou d’Ouzbékistan. Tous sont contents de leur travail, « a good job », tous parlent anglais, tous connaissent parfaitement la ville, tous ont le sens de l’entraide. Leur taxi, c’est un peu leur maison. Ils évoquent les difficultés rencontrées à leur arrivée. Ils ne s’appesantissent pas sur ce côté négatif. Maintenant on les sent intégrés, sans doute grâce à leur travail. Pourtant ils restent souvent l’objet de remarques xénophobes voire racistes. L’un d’eux raconte comment, alors qu’il écoutait à la radio une émission très critique vis-à-vis de Bush, le passager à côté de lui finit par lui dire « tu n’es même pas américain ». A quoi il répondit « je suis plus américain que toi. Moi j’ai choisi de le devenir. Toi tu es né ici ». Il y a toujours un certain humour dans les anecdotes qu’ils évoquent pour la cinéaste. Un  marocain par exemple a un ami d’enfance qui lui a immigré en Italie. Au téléphone il l’appelle Taxi Driver, et il raconte cela en imitant la voix de De Niro. D’ailleurs le cinéma est très présent dans le film. A un feu rouge, un groupe de photographes et de cinéastes investissent la chaussée devant le taxi arrêté. Une femme habillée de cuir noir pose devant eux, dos à la caméra de la réalisatrice qui filme la scène depuis le taxi. Quand le feu redevient vert, le groupe disparaît aussi rapidement qu’il était entré dans notre champ de vision.

Ici, l’immigration n’a pas que des côtés noirs.

De l’autre côté, Chantal Akerman, 2002.

Une frontière, dans le sud des Etats-Unis. D’un côté il y a ceux qui ont tout et de l’autre ceux qui n’ont rien. On comprend aisément alors que ceux qui sont du mauvais côté veuillent passer « de l’autre côté », pour trouver des conditions de vie meilleures, échapper à la misère et à la faim. Ils sont prêts à tout, à risquer leur vie s’il le faut, car bien sûr, les riches font tout pour les repousser, pour ne pas être envahis, comme ils disent.

Chantal Akerman aborde le problème de l’immigration clandestine des deux côtés de la frontière, au Mexique et en Californie. Du côté sud, au nord du Mexique ses rencontres sont éloquentes. Un jeune Mexicain qui raconte comment son frère a péri avec la majorité de ses compagnons dans le désert où ils s’étaient perdus. Elle rencontre ensuite une vieille dame et son mari. Eux, ce sont leur fils et leur petit fils qui sont morts en voulant aller au nord. Elle interroge aussi un garçon de 14 ans, pris sans papier et qui a été mis en prison avant d’être envoyé dans un orphelinat. Il n’a qu’une idée, tenter sa chance à nouveau. Comme ce groupe de clandestins qui ont été recueillis et nourris mais dont la situation est bien précaire. Une suite de véritables tragédies.

De l’autre côté le ton change. La transition est brutale avec ce panneau, « Halte à la montée du crime. Nos propriétés et notre environnement sont détruits par l’invasion. » Le patron d’un petit restaurant est le plus nuancé. Il affirme éprouver de la compassion pour les immigrés. Un homme plus âgé lui n’a pas de sentiment. Puisqu’on vient l’agresser en rentrant sur son terrain malgré l’interdiction, il n’hésitera pas à utiliser son fusil pour se protéger. Le shérif fait appel à la loi et à la valeur pour lui fondamental de la constitution américaine, la propriété. En Californie du sud le mur et la surveillance policière ont rendu la frontière de moins en moins facile à franchir. Ils sont pourtant toujours aussi nombreux à tenter leur chance. On le sait depuis le début du film, beaucoup n’en reviennent pas.

E COMME ETATS-UNIS (3)

Episode 3. Retour sur le problème noir, de la lutte pour les droits civiques à la dénonciation du racisme. Des films qui prennent positions.

Crisis, de Robert Drew, 1963

Le gouverneur de l’Alabama, George Wallace, Robert Kennedy, ministre de la justice, Vivian Malone et James Hood, deux étudiants noirs. Le gouverneur de l’Alabama, George Wallace, s’oppose à l’entrée des deux étudiants noirs dans l’université « blanche » d’Alabama malgré un ordre de la Cour fédérale que le ministre de la Justice, Robert Kennedy, est chargé de faire appliquer. L’enjeu politique est considérable pour l’avenir des États-Unis et pour l’égalité des Blancs et des Noirs dans le pays. C’est en même temps le sens général de la présidence de John Kennedy qui est en jeu. Va-t-il ou non s’engager en faveur de l’égalité raciale ? Une crise grave, déterminante pour l’avenir d’un pays bien au-delà de l’avenir personnel de celui qui le dirige. Le film est le récit de cette crise, minute par minute, jusqu’à son dénouement. « Behind a présidential commitment », dit le titre. Il montre que gouverner, c’est décider, s’engager. À quel prix ? À quelles conditions ? Comment un homme, fut-il président du plus grand pays du monde, peut-il prendre des décisions déterminantes pour le mode de vie de millions de personnes ?

Free Angela Davis and all political prisoners, Shola Lynch, 2011.

Les années 70, en Amérique, sont les années de la contestation, contre la guerre au Vietnam et pour les droits civiques des Noirs. A travers le parti des Black Panters, à travers le parti communiste américain et le groupe Che-Lumumba Club auquel Angéla Davis adhère dès 1968, c’est la révolution qui est engagée, ou du moins espérée. « Le pouvoir au peuple », tel est le mot d’ordre sans cesse répété dans les meetings et les manifestations. Et la lutte armée apparaît comme le seul moyen d’y parvenir. Comme le dit le film, les Etats Unis, et principalement la Californie, sont en état de guerre.

Le film est centré sur le procès intenté à Angela Davis à la suite de l’évasion manquée en 1970 de trois militants noirs, les Frères de Soledad, qui se terminera par la mort d’un juge pris en otage. Les armes utilisées ont été achetées par Angela et elle militait effectivement pour la libération des prisonniers politiques noirs. L’occasion est trop belle pour le pouvoir de se débarrasser de cette brillante intellectuelle qui est déjà un symbole des luttes révolutionnaires. Elle est accusée de meurtre, séquestration et complot et encourt trois fois la mort.

Originaire d’Alabama, elle fait des études de philosophie à New York et surtout en Allemagne, ce qui lui permet d’obtenir un poste d’enseignante à l’université de Californie. Son adhésion au parti communiste est connue et dérange. Une femme, noire, communiste, peut-elle être acceptée dans cette fonction d’enseignant, d’autant plus que son chartisme attire une foule de plus en plus nombreuse d’étudiants. Son exclusion de l’université la rendra encore plus célèbre et sera l’occasion de manifestations de soutien qui préfigureront celles qui marqueront son procès.

En 2011, Angela Davis, si elle n’apparaît plus physiquement comme l’icône des afro-américains qu’elle fut, reste engagée dans une vigilance vis-à-vis des valeurs qu’elle a toujours soutenues.

Black Panthers, Agnès Varda, 1968.

A Oakland, en Californie, lors du procès d’un des leaders du parti des Black Panthers, Huey Newton. Sur la pelouse, devant le palais de justice, Varda va et vient. Elle filme les enfants, les femmes, les musiciens sur l’estrade où prendront la parole les orateurs. Elle filme aussi les groupes de Black Panthers dans leurs défilés militaires. Elle interroge ceux qui sont venus. Pourquoi sont-ils là ? Dans sa prison elle interroge le leader noir. Dehors ses porte-parole développent leurs positions politiques. Sur le procès de Newton, Varda ne prend pas position. Mais, dans le courant du film, elle ne cache pas qu’elle est plutôt du côté de la panthère, cet animal magnifique qui n’attaque pas l’homme mais se défendant toujours férocement, que du côté des « cochons » comme elle traduit la désignation de la police « brutale » d’Oakland. Lorsqu’elle ne filme plus les manifestations, c’est pour longer le ghetto où sont parqués les Noirs de la ville. Dans ce film de 30 minutes, très dense, Varda a réussi à capter l’ambiance de violence qui oppose les communautés. Il constitue aujourd’hui un document significatif de cette époque.

             Sud, Chantal Akerman, 1999

Voyageant dans le sud des États-Unis, Chantal Akerman va consacrer le film qu’elle tourne au Texas au crime raciste particulièrement odieux qui vient d’être commis à Jasper. James Byrd Jr, un Noir connu de tous, a été battu par trois Blancs qui l’ont ensuite attaché derrière leure camionnette et traîné sur la route pendant plusieurs kilomètres. La cinéaste se situe clairement du côté de ceux qui condamnent sans appel de tels actes. Mais son film, s’il dénonce le racisme, n’est pas un réquisitoire en bonne et due forme. Il ne cherche pas non plus à expliquer. Il rend simplement compte des faits. Ils sont suffisamment parlants en eux-mêmes.

E COMME ETATS-UNIS (2)

Episode 2 : regard sur l’économie

Capitalisme,  une histoire d’amour, Michael Moore, 2009.

Michael Moore part en croisade contre le capitalisme américain. Il le fait avec les moyens qui sont les siens, des moyens cinématographiques. Il essaie donc d’être spectaculaire. Par exemple, il arrive en camion devant des sièges de banques à Wall Street avec de grands sacs portant le signe $, et demande aux banquiers de descendre y verser l’argent pris au peuple américain. Ou bien il annonce réaliser des « arrestations citoyennes », toujours à Wall Street. Les vigiles imperturbables l’empêchent simplement de pénétrer dans les bâtiments. Les policiers ont plus de mal à lui interdire de filmer. Alors il dépliera sur les grilles de la rue un grand rouleau de collant jaune comme ceux qui délimitent les chantiers. Michael Moore est fidèle à son personnage de provocateur un peu bouffon avec son mégaphone, sans oublier son éternelle casquette.

Moore n’est pas économiste. Il se moque d’ailleurs pas mal des spécialistes qui ont du mal à expliquer les mécanismes de la finance. Alors il en reste aux idées générales, simplificatrices bien sûr, voire quelque peu simpliste.  Moore se garde bien de se lancer dans des théories politiques. Si tout va mal dans le système capitaliste, c’est la faute de quelques méchants, les banquiers, à qui Reagan, cet « homme sandwich », a tout simplement confié les commandes de l’Etat. Et puis, il y a  la détresse de ces Américains jetés à la rue, expulsés de leur maison par la police agissant au nom d’une banque qui les a bernés. « On essaie juste de survivre » dit une femme en pleurs. « Entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, il n’y a plus de milieu » dit un homme qui lui aussi a tout perdu. Le capitalisme n’était-il pas pourtant, le « meilleur mode de vie au monde » ?

 

Cleveland contre Wall Street, Jean-Stéphane Bron, 2010.

Le film organise un procès (fictif puisqu’il n’a jamais eu lieu), entre la ville de Cleveland, très durement touchée par la crise financière de 2008 et les banques qui en sont l’origine. les différents épisodes du procès sont organisés en séquences qui s’enchaînent selon une gradation subtile. On part de l’émotion de ce policier ex-membre de la brigade d’expulsion au bord des larmes en racontant son intervention chez une vieille dame qui perd tout en perdant sa maison. Et on finit par l’ancien conseiller à la maison Blanche sous Reagan, partisan du libéralisme absolu dont il décrit dans pathos aucun, sans un quelconque sentiment, les mécanismes. Entre les deux, on écoute les victimes des subprimes, mais aussi ceux qui ont d’une façon ou d’une autre joué un rôle dans la crise. Un ex-dealer devenu courtier qui a su s’enrichir grâce aux commissions payées chaque fois qu’il place un prêt « subprime ». Ou bien encore cet informaticien, auteur du logiciel qui sera utilisé par toutes les banques pour transformer les hypothèques en produits financiers.

Ne nous faisons pas d’illusion, le véritable procès de Wall Street n’est pas pour demain. De toute façon, en quoi Cleveland et les habitants pauvres de ses quartiers défavorisés peuvent-ils inquiéter un tant soit peu l’empire de la finance ? Si par miracle ils obtenaient quelques compensations financières, quelques miettes par rapport aux gains des banques, qu’est-ce que cela changerait à leur situation ? Car la morale de l’histoire, et du film, n’est-elle pas qu’il y aura toujours des pauvres tant qu’il y aura des riches ?

E COMME ETATS-UNIS (1)

Episode 1

          Tous les quatre ans, à l’occasion des élections présidentielles américaines, le monde entier tourne son regard vers ce pays complexe considéré comme la première puissance mondiale. Le pays de la liberté ? L’incarnation de l’idéal démocratique ? Pour les européens habitués au suffrage universel direct, les élections américaines, avec ses primaires et un système de délégués par Etats, sont pratiquement incompréhensibles. Des élections aux résultats incertains, malgré la tyrannie des sondages…

Les Etats-Unis peuvent-ils encore nous surprendre ?

La diversité de son cinéma documentaire en tout cas, nous en montre des facettes souvent surprenantes, mais toujours significatives d’un pays qui peut encore faire rêver, mais  qui cristallise aussi les critiques et l’opposition au mode de vie de plus en plus dominant sur notre planète.

Retour sur quelques-uns des films phares de ce cinéma qui, bien que situé en dehors des circuits de production et de distribution dominés par l’industrie hollywoodienne, a réussi à gagner une place de premier plan dans le cinéma mondial.

Commençons cette série par un road movie documentaire, qui donne une vision saisissante de l’Est des Etats-Unis :

         Route one / USA, Robert Kramer , 1989

Partir du nord, de la frontière canadienne, là où commence la route one, et de la suivre jusqu’à son terme, au sud, à Key West. Un voyage nord-sud alors que toute l’histoire des États-Unis est marquée par l’appel de l’ouest. Mais il faut en finir avec les mythes, les grandes plaines, les Rocheuses, les déserts, la Californie. La route one, c’est la traversée d’une autre Amérique, les zones rurales, les petites villes, les grandes métropoles avec leurs buildings vus depuis les banlieues, les ghettos aussi.

Le début du film montre la forêt et le travail qui l’exploite. Quelques plans, un arbre abattu à la tronçonneuse, un bulldozer qui évacue les branchages, une machine qui charrie les troncs, les fumées d’une usine à papier, suffisent pour évoquer la destruction, la pollution, la mainmise de l’homme sur la nature. Dans le Maine, la première rencontre est celle d’une communauté indienne, les Pnobscot, lors d’un bingo (un loto) dont les bénéfices contribueront à leur survie. Là aussi, pas besoin de longs développements pour rendre compte de la situation actuelle de ces indiens rescapés de l’extermination. Plus loin, on entre dans l’intimité d’une communauté chrétienne. Au petit déjeuné, le père parle de Dieu à ses enfants de 5-6 ans préoccupés par leurs tartines de beurre de cacahouète. Au temple, le sermon du pasteur vilipende les parents qui cherchent à expliquer la vie aux enfants. L’éducation, la vraie éducation, n’a rien à justifier. Elle doit s’imposer, par la force physique s’il le faut. Dans une réunion publique, le même pasteur défend ouvertement le régime d’apartheid de l’Afrique du sud. Dans une autre micro-séquence, le patron d’une usine de pressing tient un discours des plus paternaliste vis-à-vis de ses ouvriers, dont il se targue d’assurer l’avenir. En contre-point, Kramer filme le travail à la chaîne dans une conserverie de poisson. Le film nous présente aussi quelques-uns des lieux marquants de l’histoire américaine. La maison de Thoreau par exemple, cet avocat qui osa défendre le capitaine John Brown, condamné à mort pour s’être élevé contre l’esclavagisme. A Boston, c’est aussi l’histoire des noirs, des soldats participants aux différentes guerres, qui est rappelée. A Washington, un guide présente la salle où fut rédigée la constitution américaine.  Recueillement ensuite devant le monument funéraire où sont inscrits les noms de tous les soldats américains tués au Vietnam, par ordre chronologique. Plus au sud, dans un « musée des tragédies », un plan rapide présentera la voiture où fut assassiné Kennedy à Dallas. Des traces du passé récent, mais aussi des fouilles découvrant des silex préhistoriques utilisés comme objets de tous les jours. Le rapport des américains à l’histoire de leur pays est pour le moins ambigu.

L’Amérique c’est aussi les pauvres, les défavorisés, les membres de communautés exclues du rêve américain, Indiens, Noirs, travestis, immigrés d’Amérique latine, comme cette femme venue du Salvador qui raconte la torture et le viol dont elle a été victime. Maintenant elle s’occupe de renseigner les sans papier à la recherche d’un travail.

Un film qui ne se veut pas un bilan définitif sur l’Amérique, mais qui en montre la diversité, le côté souvent imprévisible et surtout les aspects contradictoires.

E comme Ecologie

Des films militants. Qui prennent positions. Qui dénoncent. Qui tirent la sonnette d’alarme. Qui dressent des réquisitoires sans appel contre les multinationales et les puissances de l’argent qui n’hésitent pas à détruire notre environnement et à remettre en cause notre santé. Des combats pour sauver l’avenir de la planète et de ses habitants. Des procès dont on espère qu’ils pourront infléchir les politiques mondiales.

 Au banc des accusés :

–     En tout premier lieu, Monsanto (Le Monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin, 2008.), entreprise chimique fondée en 1901 avant de se lancer dans l’agroalimentaire pour devenir le numéro 1 mondial de la biotechnologie. L’histoire de Monsanto est jalonnée de scandales en tout genre. Monsanto est sans doute la multinationale le plus critiquée, la plus décriée, qui soit. Par exemple, un rapport secret montre que la firme connaissait les risques que le pyralène fait courir à la santé humaine bien avant que les scientifiques les révèlent. Mais il s’agissait de ne pas « perdre un dollar » ! Dans le cas du Roundup, l’herbicide utilisé tout autant à une échelle industrielle que dans les petits jardins des pavillons de banlieue, la mention « biodégradable » n’a été enlevé des étiquettes du produit que sur décision de justice. A propos des OGM c’est surtout la pratique commerciale de la firme qui est montrée du doigt à travers sa politique des brevets mettant en difficultés financières de nombreuses exploitations aux Etats Unis et conduisant nombre de paysans au suicide en Inde. Le monde selon Monsanto, un monde où toute l’agriculture, tous les produits que nous consommons seraient d’origine transgénique, c’est sans doute le rêve de Monsanto. Un moyen d’assoir un pouvoir sans limite sur le monde entier qui ne peut que nous effrayer.

– Le modèle américain de « la révolution verte », dominant depuis les années 50 (Nos enfants nous accuseront, Jean-Paul Jaud, 2008 ; Notre poison quotidien, Marie-Monique Robin, 2010 ; Les Moissons du futur, Marie-Monique Robin 2012). Un modèle qui implique le recourt aux machines agricoles et surtout l’utilisation intensive de produits chimiques, omniprésents dans les insecticides, fongicides et herbicides. Si l’on ajoute à cela le développement de l’agroalimentaire et l’usage d’additifs complémentaires dans toute l’alimentation, alors on comprend que la chimie est présente quotidiennement dans notre assiette. Le constat est alors sans appel : selon l’Organisation Mondiale de la Santé, il y a dans le monde 1 à 3 millions d’intoxications aiguës qui causent 200 000 morts. Les maladies chroniques et en particuliers les cancers qui se développent de plus en plus dans les pays riches, sont dus principalement à l’usage de produits chimiques dans l’agriculture et donc à leur présence dans ce que nous mangeons quotidiennement.

Le nucléaire. (Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre, Brigitte Chevet, 2008 ; Tous cobaye, Jean-Paul Jaud, 2012) La catastrophe de Fukushima ne pouvait évidemment qu’accroitre les craintes  et les angoisses concernant les dangers du nucléaire. Les infographies présentées dans le film de Jaud,  montrant les conséquences d’éventuelles explosions des centrales françaises sur l’environnement et la population, s’apparentent à un scénario catastrophe. Peut-on sortir du nucléaire en France ? Non seulement le problème des déchets est loin d’être résolu, mais le démantèlement d’un réacteur nucléaire, comme le montre le film sur Brennilis, est particulièrement couteuse, et surtout dangereuse. Personne au fond ne sait vraiment s’il est possible de la mener à bien. « Sortir du nucléaire » n’est donc pas si simple. En même temps, l’évocation des défaillances techniques et des revirements incessants des responsables, laisse à penser qu’EDF et ses ingénieurs ont joué les apprentis sorciers ne maîtrisant pas toujours, malgré les affirmations officielles, une situation dont il reste difficile de connaître toutes les implications.

Le gaz de schiste. (Gasland, Josh Fox, 2010 ; No gasaram, Doris Buttignol et Carole Menduni, 2014 ). Comment ignorer les risques de l’exploitation du gaz de schiste par fracturation hydrolique, les énormes quantités d’eau nécessaire et le nombre impressionnant de substances chimiques, toutes polluantes, envoyées sous terre ? A Strasbourg, les députés européens dénoncent le lobbying intense effectué par les entreprises américaines qui ont investi dans la technologie d’extraction du gaz de schiste et qui en possèdent les brevets. Le gaz de schiste est ainsi au cœur d’un conflit intense, opposant les industriels aux écologistes, ceux qui n’utilisent qu’un langage économiste à ceux qui défendent l’environnement et qui s’inquiètent de l’avenir de la planète.

 

 

 

 

 

E COMME ELECTION 2 (Paris)

E COMME ELECTION 2 (Paris)

La campagne pour l’élection à la mairie de Paris en 2001. Bien plus qu’une élection, une véritable guerre, une guerre entre amis d’hier, qui devront bien redevenir amis demain, un affrontement dont les vaincus auront du mal à se relever. C’est Paris à tout prix de Yves Jeuland et Pascale Sauvage.

         Ce film, c’est surtout l’analyse détaillée des rivalités entre personnalités et de la marche en avant des ambitions personnelles, une marche aveugle, n’hésitant pas à écraser tout ce qui pourrait faire obstacle à sa progression. La campagne électorale dans Paris à tout prix, ce n’est pas l’affrontement de deux programmes. Les choix en matière de politique municipale sont pratiquement totalement absents en dehors de quelques formules creuses brodant sur la formule « Paris aux parisiens ». Il ne s’agit pas non plus d’une simple politique spectacle, même si les médias sont bien présents et les supporters délirants d’enthousiasme. Ce que le film montre, c’est une politique guerrière où ce qui se tramait auparavant en coulisses éclate au grand jour, où les barrières érigées par les bonnes manières de la civilité sautent, où la langue de bois est laissée de côté au profit d’attaques directes, sans équivoque. Les insultes fusent en public. Comme le dit un proche d’un candidat à qui il était reproché le geste de trancher la gorge de l’adversaire de son propre camp : « je n’égorge personne, je tue ».

A gauche, les choses pourraient être simples. Le candidat naturel est Bertrand Delanoë, puisqu’il est le chef des socialistes au conseil de Paris. Seulement voilà, un candidat « national » va faire irruption en la personne de Jack Lang qui, nous dit-on, s’ennuie dans sa ville de Blois. Celle-ci se vengera d’ailleurs de cette tentative d’infidélité, puisqu’il ne sera pas réélu. La guerre entre les deux candidats de gauche n’aura pourtant pas vraiment lieu, Lang étant appelé au gouvernement par Jospin ; la voie est libre pour Delanoë.

         A droite, il y aurait bien aussi un candidat naturel en la personne du maire sortant, Jean Tiberi, successeur choisi de Chirac lors de son élection à la présidence de la république. Seulement voilà, personne ne soutient plus son bilan et le film laisse même entendre que l’Elysée l’a lâché. Alors la piste semble libre pour que les adjoints puissent se déclarer, ce que ne fait pas le premier adjoint, Jacques Dominati, malgré son envie manifeste ; ce que fait par contre Françoise Panefieu qui jure qu’elle ira jusqu’au bout, même encore deux jours avant de se retirer. Si elle le fait, c’est que deux candidats « nationaux » se sont successivement déclarés, Edouard Balladur d’abord, qui semble vite dépassé par la tournure des événements, et Philipe Seguin, qui lui ira jusqu’au bout, même s’il a de plus en plus conscience de foncer droit dans le mur. Mais celui qui ne renoncera jamais, c’est Tiberi. Malgré son exclusion de son parti, le RPR, il restera candidat jusqu’au second tour. Dans de telles conditions, la gauche ne peut plus perdre.

Le durcissement du combat politique que représente cette élection est-il une tendance profonde de la vie politique de notre époque ou n’est-il dû qu’à l’importance de l’enjeu ? Le film ne répond pas à cette question. Il en reste à une idée qui fait incontestablement son chemin dans l’opinion publique : la politique est avant tout affaire de rivalités personnelles.

 

E COMME ELECTIONS

 Filmer des élections, ou plutôt des campagnes électorales, c’est filmer le débat politique, les arguments des candidats, leurs efforts pour convaincre. Un exercice indispensable à l’exercice de la démocratie. Même si les électeurs sont rarement placés au premier plan, sauf d’apparaître comme des supporters plus ou moins fanatisés. Un cinéma assurément politique, qui se nourrit de politique, qui intervient aussi dans le débat politique. Filmer des élections n’est jamais neutre. Les hommes politiques ne s’y trompent pas, qui se méfient souvent des cinéastes. Preuve éclatante : une fois élu en 1974, le candidat Giscard d’Estaing interdit le film que Depardon avait réalisé sur sa campagne présidentielle.

Si les campagnes présidentielles sont le terrain de choix de ces films, c’est sans doute parce que les candidats peuvent y être traités comme de quasi héros, ce qui d’ailleurs peut très bien aussi être le cas d’élections locales, municipales en particulier, surtout dans les grandes villes, comme Paris ou Marseille. Les documentaires réalisés à l’occasion de grand duels aux enjeux incertains peuvent alors jouer sur une forte dose de suspens, même si en voyant le film nécessairement après les résultats, les spectateurs ne peuvent sans doute pas les ignorer. Mais le déroulement d’une campagne électorale est un combat qui ne peut pas être présenté comme gagner d’avance, à moins de donner une valeur scientifique aux sondages, ce qui bien sûr est loin d’être le cas. De toute façon, c’est toujours de politique-spectacle dont il s’agit, ce à quoi le cinéma n’est pas totalement étranger.

Jusqu’à présent en tout cas, les référendums n’ont pas particulièrement inspiré les cinéastes. Si les consultations populaires se multiplient à propos de l’Europe, parions que cette lacune sera rapidement comblée.

 Voici la liste des films qui font l’objet d’une présentation dans le Dictionnaire du cinéma documentaire.

Amérique, Afrique, Israël, les campagnes électorales ont inspiré les cinéastes pratiquement du monde entier.

 1974, une partie de campagne de Raymond Depardon

Atalaku de Dieudo Hamadi

La Cause et l’usage de Dorine Brun et Julien Meunier

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel  Sharon de Avi Mograbi

Marseille contre Marseille de Jean-Louis Comolli

Paris à tout prix de Yves Jeuland et Pascale Sauvage

Le  Président de  Yves Jeuland

Primary de Robert Drew

Sucre amer de Yann Le Masson