I COMME ILE GRECQUE.

Léthé. Christophe Pellet, 2019, 15 minutes.

Une route le long de la côte sur une île grecque. Une route sinueuse, dangereuse. Une route où les accidents ne sont pas rares. C’est pourquoi nous trouvons souvent, au bord de cette route, de petits monuments, lieu de prière et de recueillement en miniature, avec une fleur, ou un objet tout simple, une petite lumière. Pour se souvenir.

Le film s’arrête à un tournant sur cette route. En contre-bas, la mer, où manœuvrent des bateaux. Dans le tournant, successivement, surgissent des véhicules. Des voitures, des deux roues, qui disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. Sur un autre fragment de la route nous verrons des passants. La route peut être aussi un lieu de promenade à pied. Pour aller ou revenir de la mer. Une mer qui inévitablement attire.

Comme son titre l’indique, Léthé est un film sur la mémoire. La mémoire et l’oubli. Il montre ces monuments faits pour ne pas oublier. Et pourtant, il semble nous dire que l’oubli est inévitable, indispensable. Bénéfique même. Pour continuer à vivre pour ceux qui restent. Ou pour revivre pour les disparus. Le filmage de la mer est particulièrement propice à l’évocation de la mythologie grecque. Léthé, le fleuve de l’oubli, dans les enfers, le royaume d’Adès. Si nous avons une autre vie après la mort, il faut bien expliquer pourquoi nous ne nous souvenons jamais de la première. Pourtant, dans notre vie, il est indispensable de nous souvenirs de nos disparus, de nos chers disparus.

Léthé est un film court, mais qui n’a pas besoin d’étirer le temps pour nous plonger dans une réflexion métaphysique.

Cinéma du réel, 2020.

I COMME ITALIE – Filmographie

Des films de cinéastes italiens, bien sûr. Et ils n’ont pas tourné qu’en Italie.

 Mais aussi des films sur l’Italie, ou tournés en Italie, quelle que soit la nationalité du réalisateur.

L’Affaire Sofri Jean-Louis Comolli

Amore carne Pippo Delbono

Bella e perduta. Pietro Marcello

La Bocca del Lupo. Pietro Marcello

Bologna centrale Vincent Dieutre

La Chine, Michelangelo Antonioni

Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain. Jean-Baptiste Thoret

Draquila, L’Italie qui tremble. Sabrina Guzzanti

Enquête sur la sexualité. Pier Paolo Pasolini

Fuocoammare, par-delà Lampedusa. Gianfranco Rosi

Grido. Pippo Delbono

Le Monde perdu. Vittorio de Seta

Mourir de travail. Daniela Segre

Orlando Ferito. Vincent Dieutre

Un paese di Calabria. Shu Aiello et Catherine Catella

Palazzo delle Aquile. Stephano Savona

Pasolini, la passion de Rome. Alain Bergala

La Paura. Pippo Delbono

Plomb Durci. Stephano Savona

La rabbia. Pier Paolo Pasolini

Repérages en Palestine pour le film : « L’Évangile selon saint Matthieu ». Pier Paolo Pasolini

Rome désolé Vincent Dieutre

Sacro Gra Gianfranco Rosi

San Clemente. Raymond Depardon

Sangre. Pippo Delbono

Samouni road. Stephano Savona

Santiago, Italia. Nanni  Moretti

Tahrir, place de la libération. Stephano Savona

Temps vrai. Daniele Segre

Un altro me. Claudio Casazza

Vangelo. Pippo Delbono

La Visite, Pippo Delbono

I COMME INSOUMUSES.

Delphine et Carole, Insoumuses. Callisto McNulty, 2018, 68 minutes.

Les Insoumuses donc, Delphine Seyrig, Carole Roussopoulos, sans oublier Iona Wieder et Nadja Ringart, bien que ces dernières soient peu présentes dans le film. Mais il s’agit bien d’un collectif et la plupart des films qu’elles ont réalisés l’ont été en commun. Des films, ou pour être plus rigoureux, on devrait parler de vidéo. Car c’est avec cet outil qu’elles se sont exprimées et qu’elles ont réalisé une masse importante de documents visuels à propos de toutes les luttes de femmes depuis les années 70 – de celles pour la libéralisation de l’avortement jusqu’aux grandes grève de Lip – et qui sont rassemblés et conservés aujourd’hui au Centre audiovisuel Simone de Beauvoir à Paris.

Le film que leur consacre Callisto McNulty, la petite fille de Carole, est d’abord un hommage, que l’on sent particulièrement admiratif devant ces personnalités fortes et attachantes, et devant leur engagement dans les luttes féministes et leur volonté de donner la parole à celles qui le plus souvent ne l’ont pas.

Mais c’est aussi un film historique qui retrace le parcours des Insoumuses, depuis la découverte de la vidéo par Carole sur les conseils de Jean Genet, jusqu’aux derniers films qu’elle a réalisé après la disparition de Delphine (1990). Une histoire d’amitié et de compréhension réciproque. Une histoire de leurs luttes communes qui se confond avec l’histoire des luttes des femmes en général contre toutes les formes de sexisme et de domination masculine.

Il n’y a pas d’interviews dans le film de Callisto McNulty. Il aurait sans doute été possible de retrouver certaines des jeunes féministes engagées à leur côté. Mais il faut savoir gré à la cinéaste d’avoir respecté un des principes forts des Insoumuses qui a toujours été de donner la parole directement aux intéressées. Concernant Carole et Delphine ce sera bien sûr par images interposées, essentiellement dans des interventions sur des plateaux de télévision pour Delphine Seyrig  et dans des entretiens menés devant sa table de montage pour Carole Roussopoulos. A quoi vont être ajouté – et ce n’est pas le moindre intérêt du film – des extraits toujours significatifs des films de l’une ou de l’autre et de ceux qu’elles ont réalisés en commun.

Delphine Seirig n’ayant jamais renié sa carrière de comédienne, nous la verrons souvent dans les rôles célèbres qu’elle a incarné au cinéma : de Peau d’âne de Demy à Baisers volés de Truffaut, mais aussi India song de Duras et Jeanne Dielman de Chantal Akerman. Nous avons droit d’ailleurs à quelques passages d’un plateau assez extraordinaire où Delphine est mis en présence des deux cinéastes pour un échange particulièrement chaleureux. Pour le reste, elle parle de son « féminisme » avec beaucoup de sincérité et de conviction.

C’est Carole qui évoque leur rencontre lors d’un stage vidéo où Delphine s’était inscrite et qui évoque leur travail commun, en particulier lors du tournage de Sois belle et tais-toi en Californie, film de Delphine où Carole tenait la caméra.

Les films réalisés par les Insoumuses sont en nombre important et il devient urgent pour conserver les bandes vidéo de les restaurer, ce qu’a entrepris le centre Simone de Beauvoir. Ici, ce sont les plus connus qui sont retenus. Le plus célèbre sans doute étant Maso et Miso vont en bateau (1976, film réalisé par les 4 Insoumuses)  qui illustre bien leur méthode alliant l’humour et l’impertinence vis-à-vis de Françoise Giroud alors Secrétaire d’Etat à la condition féminine. On peut citer aussi Y a qu’à pas baiser (1971) de la seule Carole qui nous permet de redécouvrir quelques-uns des slogans présents dans les manifestations du MLF. De Delphine Seyrig Sois belle et tais-toi – où elle donne la parole à des actrices de cinéma américaines et françaises – et aussi S.C.U.M. Manifesto réalisé avec Carole.

Finalement, ce film qui remet au gout du jour les luttes féministes des années 70 est aussi une reconnaissance de dette de la génération actuelle vis-à-vis de ces cinéastes qui ont su faire des films d’intervention dans le champ politique sans aucune compromission avec le pouvoir patriarcal du cinéma dominant.

I COMME ISRAEL – Akerman

Là-bas. Chantal Akerman, Belgique – France, 2006, 78 minutes.

            Ce n’est pas un film sur Israël. C’est un film tourné en Israël. Dans une ville au bord de la mer. Dans un appartement proche de la mer. Un film sur un bref séjour dans cette ville, dans cet appartement, quelques jours, une ou deux semaines tout au plus, on ne sait pas très bien. Un séjour dont une voix féminine, en off, fait le récit, en première personne. Cette femme, la cinéaste, Chantal Akerman, est d’origine juive. Et c’est bien pour cela que ce séjour, pour elle, n’a rien d’anodin.

            Il ne se passe pas grand-chose durant ce séjour. La cinéaste a été malade. Une sorte de gastro-quelque chose, comme elle dit, d’avoir mangé des salades. Maintenant elle en est réduite aux carottes et au riz. Elle ne sort pratiquement pas de l’appartement. Ou bien pour aller chercher des cigarettes, un matin. Une mauvaise idée. Au tournant d’une rue, il vient d’y avoir un attentat, des morts des blessés. La réalité extérieure s’inscrit un instant dans le film. Elle restera portant hors-champ.

            Dans l’appartement, Chantal reçoit des coups de téléphone. On lui demande comment elle va. Elle rassure ses interlocuteurs. Elle reçoit aussi la visite d’un universitaire local. Le reste du temps, elle lit, des livres « difficiles » sur les juifs, elle prend des notes, elle essaie d’écrire. Elle fait le récit de son arrivée en Israël, le policier qui lui demande à l’aéroport si elle veut bien qu’il tamponne son passeport. Oui, elle ne veut pas cacher son séjour dans le pays. « Ce n’est pas l’étoile jaune dit-elle. L’étoile jaune, je la porte en moi. » Elle évoque le souvenir de ses deux tantes qui se sont suicidées. L’une à Jérusalem, l’autre à Bruxelles. Elle raconte comment son père avait voulu partir en Palestine pendant la guerre, mais en avait été dissuadé par un ami qui en revenait. « Il n’y a que du sable ; du sable qui s’infiltre partout ». C’est comme cela qu’elle a passé son enfance en Belgique.

            « Je regarde par la fenêtre, et je me replis sur moi. » Cette fenêtre nous la verrons pendant presque tout le film. De longs plans fixes, sur les immeubles en face, à travers le cadre de la fenêtre et les stores qui sont le plus souvent baisés. Akerman a renoncé à utiliser les travellings qu’elle mêlait aux plans fixes dans ses précédents documentaires. Ici la caméra reste sur son pied, sauf pour une très courte séquence, plusieurs plans brefs où la caméra essaie de cadrer en bougeant un avion dans le ciel noir de la nuit. Quand elle s’immobilise, c’est pour panoter vers le bas et retrouver le cadre habituel de l’immeuble d’en face au travers du cadre de la fenêtre.

            Il a pourtant des variations dans ce surcadrage de l’extérieur vu depuis l’appartement. D’abord ce n’est pas toujours le même immeuble qui nous est donné à voir. Mais nous finissons par reconnaitre quelques-uns de leurs habitants sur leur terrasse, l’homme qui s’occupe de ses plantes, le couple qui boit du café. Les immeubles sont cadrés de façon plus ou moins serrée ; parfois des plongées nous font découvrir la rue, en bas, avec ses voitures en stationnement et ses quelques passants. La lumière change aussi en fonction des moments de la journée, à la tombée du jour où au petit matin. Il y a quelques plans de nuit. En dehors des appels téléphoniques et du récit en voix off, la bande son capte les bruits quotidiens, des pas dans la pièce ou des bruits de vaisselle, des véhicule dans la ville, quelques chants d’oiseau. En dehors des plongées sur la rue, l’extérieur c’est la mer, filmée elle aussi en plans fixes, depuis la plage. Quelques promeneurs traversent le champ. Quelques enfants jouent. Mais ces plans restent l’exception. La fin du film montrera l’intérieur de l’appartement. Un plan plus large, toujours en direction de la fenêtre qui laisse entrevoir l’immeuble d’en face mais qui permet de découvrir plus précisément le lieu où le film s’est déroulé. Sur la fenêtre de droite, le store est fermé et nous pouvons apercevoir le reflet de la cinéaste qui se brosse les dents. « Je suis à tel Aviv » seront ses derniers mots. Le téléphone sonne encore une fois, mais la conversation est inaudible, couverte par les bruits de la ville.

            Là-bas n’est pas un film sur Israël. Là-bas c’est bien pourtant Israël, ce pays où la cinéaste aurait pu vivre. Un pays qui vit en elle, mais dont elle est aussi fondamentalement éloignée.

I COMME INVITE.

Guest, José Luis Guerin, Espagne, 2010, 127 minutes.

De festivals en festivals, José Luis Guerin fait la promotion de son dernier film. En partant de Venise, pour revenir à Venise après avoir voyagé dans le monde entier, de Vancouver à Bogota, de Sao Paulo à La Havane, de Mexico à New York, de Paris à Lisbonne, de Hong-Kong à Macao et Séoul, de Varsovie à Jérusalem. Un tour du monde qui privilégie les pays hispanophones et qui semble éviter l’Afrique. Mais ce circuit est quand même suffisamment diversifié pour provoquer des contrastes

Un voyage pour rencontrer d’autres cinéastes, Jonas Mekas ou Chantal Akerman par exemple, pour rencontrer son public sans doute, pour découvrir des villes, des pays et filmer des rues, des places, des maisons, des gratte-ciels. Mais, avant tout, faire des rencontres, des femmes et des hommes loin des fastes des festivals, des femmes et des hommes du peuple rencontrés au hasard des pérégrinations dans les lieux que le cinéma ne fréquente que très rarement. Des personnages qui attirent l’œil du cinéaste par ces visages marqués par la vie et qui suscitent sa curiosité par ce qu’ils ont à dire de leur vie, de la vie.

Le film de José Luis Guerin est donc un journal de voyage. Réalisé au jour le jour, pendant une année entière, les dates de chaque étape s’inscrivant sur l’écran. Des séjours plus ou moins longs, avant de reprendre l’avion et atterrir dans un hôtel de luxe, invité d’un festival oblige, mais que le cinéaste ne filmera jamais, préférant s’évader dans d’autres lieux, moins fréquentés, et surtout pas par les producteurs, les stars et autres membres des jurys. Des escapades en solitaire, une caméra à la main.

Le résultat est un film en noir et blanc avec des images d’une beauté sidérante. Un film où visiblement (c’est le cas de le dire) le cinéaste prend son temps pour faire des images, mais aussi pour filmer, souvent en gros plan – pour être plus près du visage – ceux qu’il rencontre, qu’il interroge et dont les paroles, les cris et les chants retentissent avec force dans le tumulte des villes.

En Amérique latine surtout, c’est Jésus Christ qui est le plus souvent le sujet de discours enflammés, pour affirmer sa foi, ou menacer les incrédules et les impies. La menace du déluge, d’un nouveau déluge, aussi. A Cuba, on parle politique. En Asie on chante l’amour. Et à Venise, de retour au point de départ, Guerin filme l’orage, les trombes d’eau qui éclaboussent la caméra et qui finissent par envahir l’écran.

Avant ce déluge, la dernière parole captée est celle de Chantal Akerman dénonçant l’opposition entre fiction et documentaire. Dans Guest, le voyage de festival en festival finit par prendre une tournure fictionnelle mais les rencontres filmées à chaque étape nous ramènent inexorablement au réel.

I COMME IMMERSION

Le miracle de Saint Antoine, Sergueï Loznitsa, 2012, 40 minutes.

Les films de Sergueï Loznitsa que nous avons vu jusqu’à présent nous immergeaient dans de grandes étendues de neige et de glace des pays du nord, dans le froid dont il fallait se protéger par d’épais vêtement  et de grosses bottes. Des étendues plates, balayées par un vent que nous ressentons glacial à l’image. Des étendues peu hospitalières où nous rencontrons – silencieusement – des femmes et des hommes dans leurs occupations quotidiennes et même dans l’intimité de leurs foyers où enfin, on peut trouver une chaleur réconfortante. Lumière du nord, La Brigade, font partie de ces films nordiques, en noir et blanc bien sûr, où tout semble lent, même le difficile travail de préparation de la pêche où il faut inlassablement creuser la glace.

Mais surprise, Loznitsa filme aussi le sud, le Portugal en l’occurrence, un film en couleur, avec de la pluie d’orage et du soleil, des couleurs donc, de la musique et une ambiance festive ce qui n’interdit pas le recueillement religieux.

Dans le village de Santo Antonio de Mixos de Serra, Loznitsa nous plonge dans fête de Saint Antoine, le saint patron du lieu où il fit, dans le temps un miracle. Une commémoration annuelle qui mobilise tous les habitants, des enfants aux vieillards qui, tous, manifestent la même piété religieuse. Tous participent effectivement, même ceux qui semblent n’être que de simples spectateurs.

Avec les films de Loznitsa, ceux du nord comme celui du Portugal, nous ne sommes pas non plus de simples spectateurs. Car le cinéaste développe un cinéma d’immersion qui nous fait effectivement participer à l’action. Nous ne sommes jamais dans une position d’extériorité. Nous sommes à côté des protagonistes. Dans la fête de Saint Antoine, nous sommes bousculés par les chevaux et les vaches, et il nous faut jouer des coudes pour entrer dans l’église à la suite de la statue du Saint. Rarement, dans le cinéma documentaire, l’immersion a été si totale, sans échappatoire. Pas un plan qui nous ferait sortir de la fête. Le cinéaste n’a nullement n’a nullement le désir de prendre du recul ou de la hauteur. Il n’introduit aucun commentaire et aucun jugement bien sûr. Mais il va plus loin. Son filmage ne se permet pas la moindre touche d’ironie, aucun clin d’œil, aucune trace de distanciation. Il ne donne pas à penser. Il se contente de faire voir. Et de faire vivre.

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I COMME INCIPIT – Disneyland

Disneyland mon vieux pays natal, Arnaud des Pallières, 2001, 46 minutes.

Un train qui entre en gare. C’est bien sûr un lieu commun du cinéma ! Sauf qu’ici il ne s’arrête pas. Il frôle la caméra, posée sur le bord du quai. Et il continue sa route, sans réduire sa vitesse, Droit devant, vers un autre but, une autre gare.

Après le passage de la locomotive, les wagons défilent devant nous, trop près pour que nous puissions vraiment les distinguer. Un train de voyageurs sans doute. Avec des voyageurs à son bord sans doute. Que nous ne verrons pas. Où vont-ils dans ce train qui effectue bien nécessairement un trajet. Qui est parti d’une gare pour rejoindre une autre gare. Une gare de départ et une gare d’arrivée comme il est nécessaire de l’indiquer dans la réservation d’un billet. Et s’il s’agit d’un train de voyageurs, alors il effectue bien un voyage.

La caméra bien sûr n’a pas suivi ce train. La caméra le laisse partir. Le plan reste fixe jusqu’à ce que le train ait disparu. Un train fantôme en sommes.

Mais une fois ce premier train disparu, un autre va défiler devant la caméra. Sur la voie opposée et dans le sens contraire. Ils ne se sont pas croisés dans la gare, devant la caméra. Mais le timing était si précis que leur succession à l’image donne l’impression d’un aller-retour.

Entre les deux passages, sur des images presque abstraites, où domine la couleur rouge, une voix off nous raconte l’histoire du joueur de flute de Hamelin.

Ce second train est un train de marchandise, Ce qui est immédiatement identifiable. Plus lent que le premier, il ne donne pas cette impression de vitesse, et de danger, que la place de la caméra – il venait vers nous, sur le quai – ne pouvait éviter. Cette fois-ci, nous avons tout notre temps pour le regarder, suivre des yeux son déplacement. Jusqu’à ce que lui aussi disparaisse. A l’endroit même où le premier train était apparu.

Le premier train nous conduira-t-il jusqu’à Disneyland, puisque c’est un train de voyageurs. Et c’est bien ce que nous dira la voix off qui nous accompagnera tout le film, une voix en première personne, intime. Et c’est bien dans un train de voyageurs que nous nous retrouvons après avoir quitté la gare. Nous regardons le paysage défiler par la fenêtre du compartiment. Comme les 45 000 visiteurs quotidiens de Disneyland, nous dit la voix off. Une visite qui commence par ce voyage des plus banals. Un voyage trop long sans doute pour ceux qui sont impatients d’arriver chez Mickey.

Un incipit qui nous oblige à patienter. Qui ne nous plonge pas tout de suite dans la foule des visiteurs. Une mise en attente donc. Sans suspens pourtant. Le film se déroulera bien ensuite dans Disneyland. Mais ce voyage en train nous dit déjà que la visite qui va nous être proposée aura un côté original, inédit. Une vision très personnelle qui va bien au-delà d’une simple présentation, même critique, du phénomène Disney. Une plongée dans l’enfance.