M COMME MODE.

McQueen, Ian Bonhôte et Peter Ettedgui, Grande Bretagne, 2019, 111 minutes.

Un anglais star de la haute couture, plutôt surprenant n’est-ce pas ? D’autant plus qu’après avoir conquis Londres, il s’attaque à Paris, via Givenchy, cette vieille maison qu’il entreprend de dépoussiérer. Et c’est un succès incontestable ! Tous ses défilés sont des triomphes. Des spectacles grandioses en fait. Mobilisant une énergie folle et des moyens non moins considérables. Le film n’hésite pas à nous en présenter des extraits significatifs. Des mannequins à la démarche caractéristique, mais que le créateur sait aussi transformer, quitte à ce que son travail passe pour de la provocation (il n’hésite pas à les présenter seins nus). Et les robes et tenues sont tout aussi provocantes, importables diront certains, mais résultat d’une telle créativité dans les formes et les jeux de couleurs – sans parler de l’emploi de matériaux inattendus – que c’est le régal des yeux qui compte avant tout. Avec Alexander McQueen la mode entre dans la sphère de la fascination et de la mécanisation robotique. Un mélange explosif.

 

Le film qui lui est consacré – et dont nous découvrons in fine qu’il s’agit d’un hommage posthume – utilise tous les ingrédients nécessaires à la réussite de ce genre d’exercice. Les images d’archives pour suivre les étapes de sa carrière présentée par ordre chronologique avec pour titre des parties celui du défilé caractéristique de la période. Les images familiales pour retracer sa vie, son enfance particulièrement (dont on apprend qu’elle fut marquée par une agression sexuelle), avec les interventions des membres de sa famille, sa mère et sa sœur en particulier. En dehors de la famille, sa vie affective et amoureuse est évoquée longuement et avec force détails intimes par ses compagnons successifs. La dimension professionnelle est abordée par ceux qui l’ont côtoyé dans son métier. Tous le présentent comme très travailleur et souvent imprévisible dans ses créations. La marque du génie en somme. Quelques extraits d’entretien avec le principal intéressé lui-même ponctuent le tout. Résultat, le portrait proposé en fait un personnage attachant dont on finit par adopter la vision particulière de ce monde à part dans la société contemporaine qu’est la mode et la haute couture.

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Pour rendre compte de ce personnage hors du commun et de sa carrière exceptionnelle ; le film ne se devait-il pas de sortir des modes de représentations habituels ? C’est ce qu’il fait essentiellement dans le filmage des défilés et du milieu de la mode dans lequel évolue McQueen. On a alors des images particulièrement travaillées, des gros plans sur des objets difficilement identifiables, des effets spéciaux mêlant les couleurs et les formes. La caméra est des plus mobile pour suivre le rythme d’une musique au tempo plus que vif, et le montage devient saccadé. Ça bouge sans cesse et peu importe si l’image devient flou ou finit par ne capter que des pieds sur le sol – ou le sol uniquement. Heureusement, les entretiens sont plus cool et la fin du film (un ensemble de photos en noir et blanc après l’annonce de son suicide) nous laisse quand même sur une impression de paix.

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Pour qui n’est pas un habitué des défilés de haute couture, ce film est une excellente occasion d’observer ses dimensions à la fois spectaculaire et intime. Et si on se laisse fasciner, c’est bien parce que le cinéma en a le pouvoir.

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M COMME MEDIATHEQUE.

Aujourd’hui les bibliothèques sont devenues des médiathèques. Un changement d’appellation significatif de la reconnaissance –définitive – du cinéma (mais aussi de la télévision) comme objet culturel, à part entière, à côté du livre, en complémentarité avec le livre.

Les médiathèques mettent donc en avant les livres portant sur le cinéma (autour des cinéastes et des acteurs et actrices, sans oublier les perspectives historiques et théoriques) ou les romans ayant fait l’objet d’une adaptation cinématographique. Après tout, les relations entre cinéma et littérature ne datent pas d’aujourd’hui. Et bien sûr elles mettent à la disposition de ses lecteurs, des films en prêt sous forme de dvd, mais aussi plus récemment par accès à une plateforme numérique, Les Yeux docs.

Mais ici comme ailleurs il y a au moins une exception, une bibliothèque qui reste bibliothèque dans sa désignation, malgré la place importante qu’elle accorde dans ses activités au cinéma et tout particulièrement au cinéma documentaire. Il s’agit, on l’aura deviné, de la BPI (Bibliothèque Publique d’Information) du Centre Pompidou à Paris.

L’engagement de la BPI en faveur du développement et du rayonnement du cinéma documentaire est déjà ancien, comme le prouve l’existence – en bonne forme – du festival Cinéma du réel qu’elle pilote depuis 41 ans. Cette année voit l’arrivée à sa tête d’une nouvelle déléguée générale en la personne de Catherine Bizern. La programmation, à côté des nombreuses sections non compétitives, met particulièrement en évidence la vitalité du documentaire français, avec en particulier la projection en soirée d’ouverture du dernier film de Yolande Zauberman, M, déjà primé cet été à Locarno, et en compétitions française de premières mondiales attendues, comme les derniers films de Vincent Dieutre, Marie Dumora ou Manuela Frésil, pour ne citer qu’eux.

Plus récemment, la BPI est à l’origine de la Cinémathèque du documentaire, située elle aussi au Centre Pompidou. En un an elle a diffusé quelques 350 films et totalise plus de 13 000 spectateurs. Un succès inattendu et qui en dit long sur les attentes du public (et pas seulement les cinéphiles traditionnels) en matière de cinéma non-fictionnel.

La Cinémathèque du documentaire propose une programmation par trimestre, centrée autour d’un thème particulier, « portrait/autoportrait », en ce qui concerne l’hiver 2018-19. Ce fut l’occasion de revoir l’œuvre d’Alain Cavalier et pour beaucoup de découvrir celle de Ross McElwee, et de suivre leur dialogue autour de cette forme du cinéma autobiographique désignée plus précisément par la formule « cinéma en première personne ».

Les autres volets de sa programmation ne manquent pas d’intérêt. Citons la formule Les Yeux docs, séances gratuites à midi, qui propose sur grand écran les films de la plateforme numérique du même nom. Les Trésors du doc propose un dimanche par mois une plongée dans l’histoire du cinéma documentaire avec les classiques incontournables (comme on dit) mais aussi des raretés qui seront pour beaucoup autant de découvertes. La Fabrique des films propose une double séance, la projection d’un film d’un auteur qui vient en première partie présenter un projet en cours, retraçant sa genèse et les étapes de sa réalisation, en l’illustrant d’extraits déjà réalisés et d’une iconographie significative sans oublier les références textuelles et littéraires. Le court-métrage n’est pas oublié, avec la section Du Court toujours, des films choisis en relation avec la thématique du trimestre et présentés par leurs réalisateurs-trices. Nouvelles écritures est une section qui, comme son nom l’indique, mobilise les créations utilisant les technologies numériques et Internet. Chaque mois, la Cinémathèque laisse la place à la revue Images documentaires et à son comité de rédaction qui vient  animer la projection du film choisi. On le voit, l’ensemble est riche et varié et l’on ne peut que souhaiter voir se généraliser des séances « hors les murs » pour ne pas ignorer le public non parisien.

Quelles sont les activités des médiathèques en  faveur du cinéma documentaire ? Quelques exemples :

Le réseau national des médiathèques est aujourd’hui particulièrement impliqué dans l’opération du mois de novembre « Mois du film documentaire » ; opération initiée et pilotée par l’association Images en Bibliothèques. En 2018 ce sont plus de 800 médiathèques en France qui ont participé au Mois du film documentaire, opération qui d’ailleurs essaime en Europe et dans le monde entier.

Signalons aussi la création du label IB (Images en bibliothèques) attribué tous les trois mois à une sélection de films documentaires par un jury composé de bibliothécaires. Il s’agit de signaler aux médiathèques les films récents qui paraissent importants et devraient donc figurer dans leur fonds.

Par ailleurs, un jury de bibliothécaires existe également dans le festival Cinéma du réel. Il décerne tous les ans un prix des bibliothèques qui contribue également à mettre en valeur la création documentaire.

Si les médiathèques offrent souvent un large choix de documentaires en prêt grâce aux DVD (les dvd « Images de la culture » diffusés par le ministère de la culture via le CNC ne sont pratiquement trouvable que dans les médiathèques) il existe aussi depuis peu une plateforme numérique, Les Yeux docs, initiée par la BPI et accessible sur inscription dans les médiathèques participantes. Il est alors possible de visionner les films chez soi, en streaming ou après téléchargement. L’offre est limitée à quatre films par mois. Signalons que le catalogue des Yeux docs fait une large place aux films sélectionnés au Cinéma du réel, et en particulier ceux qui y ont obtenu le prix des bibliothèques.

Il n’est pas possible de signaler ici toutes les actions particulières des médiathèques concernant le cinéma documentaire. Je me limiterai donc à un seul exemple (mais les médiathèques peuvent très bien ajouter ici en commentaire leurs propres actions). Il s’agit de La médiathèque Marguerite Yourcenar (Paris 15°) qui organise une fois par mois une projection d’un film documentaire, souvent en présence du – de la cinéaste. Cette séance a un intitulé particulièrement savoureux : « Le Goût du doc ».

A consulter :

Le site web d’images en bibliothèque : https://imagesenbibliotheques.fr/ 

Et l’article M COMME MOIS DU FILM DOCUMENTAIRE : https://dicodoc.blog/2018/11/13/m-comme-mois-du-film-documentaire/

M COMME MAROC.

Le Chant des tortues, Jawad Rhalib, Belgique, 2013, 85 minutes.

En février 2011, dans la foulée du « printemps arabe », une partie de la population marocaine, surtout sa jeunesse, descend manifester dans la rue pour demander plus de liberté et de justice sociale. Pour éviter le sort de Ben Ali, Moubarak ou Kadhafi, le roi Mohamed VI lance une nouvelle constitution et promet des réformes. Les élections législatives de l’automne verront la victoire des islamistes. Pour les jeunes contestataires du « mouvement du 20 février », c’est une déception. Est-ce pour autant la fin de leurs espoirs de voir l’avènement d’un monde meilleur ?

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Vivant et travaillant en Belgique, Jawad Rhalib ne peut pas rester indifférent à la contestation qui secoue son pays d’origine. Il part donc au Maroc pour filmer sur le terrain les manifestations et rencontrer ces jeunes dont il partage ouvertement les aspirations. En historien, il présente rapidement dans le pré-générique de son film la situation du Maroc. Les « années de plomb » du règne d’Hassan II sont marquées par les arrestations arbitraires, la torture et une répression généralisée de toute tentative d’opposition. Avec les manifestations, la parole se libère et, peu à peu, la peur disparaît.

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Comme les films consacrés aux révolutions tunisiennes et égyptiennes, Rhalib place sa caméra au cœur des manifestations, cadrant en gros plans les visages de ces jeunes filles lançant leurs slogans jugées sur les épaules d’un de leurs camarades. Il suit la préparation puis la distribution des tracs, les explications données aux passants, le développement des revendications (le système de santé et l’école, « pourris »), il rencontre des artistes, plasticiens et chanteurs engagés. Les militants du « mouvement du 20 février » défendent des thèses pacifistes centrées sur la nécessité de la démocratie et de la laïcité. Le film montre en contre-point les manifestations de femmes voilées défendant la religion. Les aspirations de la jeunesse ne sont visiblement pas reprises par la majorité. Pourtant le film se veut optimiste. Il se termine par une note d’espoir : les changements dont la société marocaine a besoin sont inévitables, même s’ils ne sont mis en œuvre que très lentement, à la vitesse de la tortue.

M COMME MEDIAPART.

Depuis Médiapart, Naruma Kaplan de Marcedo, 2018, 98 minutes.

Médiapart, le journal, qui fait trembler les hommes politiques !

Un journal en ligne, qui s’affranchit donc des « contraintes des rotatives ».

Un journal d’investigation, selon la terminologie classique, c’est-à-dire un journal d’enquête sur le terrain, de vérification des faits. Aller voir par soi-même en ne se contentant pas des rumeurs, en ne se laissant pas influencer par les on-dit.

Un journal qui essaie de tenir ensemble deux orientations qui ont souvent été antagonistes :

  • Le scoop, suivre au plus près les événements. L’information se fait flux. Il n’est plus possible de passer à côté de quoi que ce soit.
  • Le recul, le temps de la réflexion, de l’analyse, en ayant vérifié les informations.

Un journal qui se veut indépendant, influencé par aucune ligne ou parti, politique. Et qui échappe à la mainmise du financier, des actionnaires ou des propriétaires. Comme le dit son slogan visible tout au long du film sur les affiches présentes dans la rédaction : « Seuls nos lecteurs peuvent nous acheter »

Bref un journal qui se veut différent des autres, qui prétend renouveler la pratique du journalisme, qui n’hésite pas à bousculer les idées reçues et à mettre les pieds dans le plat de la vie politique.

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Le film de Naruma Kaplan de Marcedo nous immerge donc, de façon assez traditionnelle, dans la rédaction de Médiapart, comme Yves Jeuland l’avait fait à propos du Monde (Les Gens du monde 2014), ou Raymond Depardon pour le lancement de ce nouveau quotidien que fut Le Matin (Numéros zéro 1977). Elle choisit une période cruciale de la vie politique française, de mai 2016 à mai 2017, la campagne de l’élection présidentielle, une campagne où « rien ne s’est passé comme prévu », des primaires à droite et à gauche jusqu’à l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, en passant entre autre par l’affaire Fillon. Une période où les journalistes de Médiapart se demandent sans cesse comment rendre compte de ces événements parfois surprenants. Nous assistons donc à leurs discussions personnelles et aux réunions où toute la rédaction réunie débat de la ligne à suivre. Ces interrogations professionnelles très concrètes constituent un des intérêts indiscutables du film.

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Pourtant on reste un peu sur sa faim en ce qui concerne la question de l’évolution actuelle du journalisme et de son avenir. Que change le fait de renoncer au format papier pour faire un journal uniquement en ligne, alors que la presse française jusque-là avait suivi la ligne de la complémentarité des deux formules. Certes le film ne se veut pas une histoire de Médiapart, en particulier de son lancement. Il n’aborde aucun aspect technique et ne présente aucune donnée financière, nombre d’abonnés ou pratique des lecteurs. Tout en restant centré sur la signification éthique et politique du journalisme –ce qui est bien sûr tout à fait légitime, surtout à une époque où beaucoup de médias sont contestés par le public et le journalisme traditionnel de plus en plus remis en cause – il aurait quand même été utile d’aborder plus directement ces questions concernant l’avenir de l’entreprise.

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Dans la vie de cette rédaction où la parole est reine, il est à noter que la présence d’Edwy Pleynel – co-fondateur de Médiapart et « figure » du monde du journalisme – est particulièrement discrète. On le voit souvent en retrait dans les discussions de groupe où il n’intervient pratiquement pas. Il préfère sans doute le tête à tête où il promulgue ses conseils, surtout aux plus jeunes membres de l’équipe. Mais dans les grandes occasions – comme le live télévisé avec Macron à deux jours du deuxième tour de l’élection – c’est lui qui officie. Pour le grand public, son nom reste sans doute attaché à celui de Médiapart.

Entreprise protéiforme (journal en ligne, émissions radiophonique par podcasts, entretien télévisés live, blogs…) Médiapart préfigure-t-il ce que sera le journalisme demain ? Rendez-vous dans quelques années.

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M COMME MIYAZAKI.

NeverEnding Man : Hayao Miyazaki, Kaku Arakawa, Japon, 2018, 70 minutes.

Verrons-nous un jour sur nos écrans l’ultime film de Miyazaki ? Une histoire de chenille peut-être…

Le maître de l’animation japonaise va-t-il prendre sa retraite ? Il l’a annoncé à plusieurs reprises, mais il est toujours là, à sa table de dessin, à inventer des histoires. Pourrait-il renoncer à ce travail, lui qui est reconnu comme le maître incontesté de l’animation japonaise, ce qui n’est pas loin de signifier de l’animation mondiale. Il n’a plus rien à prouver bien sûr, mais nous espérons bien avoir encore l’occasion de découvrir un de ses films qui ravissent petits et grands et qui tous sont le fruit d’une imagination débordante.

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Le film qui lui est consacré par un réalisateur de ses amis est bien sûr un hommage. Mais surtout pas un hommage post mortem. A 78 ans Miyazaki est bien vivant, toujours acharné au travail. Même les week end et jours fériés il se retrouve dans son studio, le célèbre studio Ghibi qui a vu naître tant de chef-d’œuvre. Un studio qui pourtant, au début du film, est désert, puisque Miyazaki en a décrété la fermeture.

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Mais Miyazaki se sent vieux. Il dit qu’il a de plus en plus de mal à se concentrer. Et effectivement il a souvent l’air fatigué. Il parle souvent de la mort. Mais il est bien le seul à dire qu’il n’est pas loin de la fin. Car il a visiblement gardé toute sa force de conviction, dans la pertinence de ses choix esthétiques, la nécessité de maintenir le dessin à la main dans le cinéma d’animation, face aux images de synthèse.

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Le grand intérêt du film c’est de montrer ce grand créateur s’interroger sur le sens de son art et sur les évolutions introduites dans l’animation par l’ordinateur et l’intelligence artificiel. La machine pourra-t-elle bientôt (dans quelques années quand même) dessiner comme un être humain. Face aux jeunes promoteurs de cette révolution, Miyazaki est septique. Certes les images de synthèse peuvent atteindre une certaine beauté et il ne les rejette pas à priori. Mais dans le fond il reste fondamentalement attaché à ce qui a toujours été son travail, le dessin. Et c’est bien pourquoi le film répète, sans fin a-t-on parfois l’impression, les gros plans de son crayon sur le papier. Nous le retrouvons sans cesse, pendant les deux années durant lesquelles se déroulent le film (le changement des saisons est clairement inscrit à l’écran) dans son studio, à sa table de travail qu’il ne quitte semble-t-il que pour boire un café ou manger un bol de pâtes instantanées, toujours vêtu de son tablier de jardinier et répétant son geste d’énervement de se passer la main dans les cheveux. Miyazaki apparaît ainsi comme un créateur tourmenté, prêt à abandonner mille fois le projet de ce nouveau long métrage. Mais il trouve toujours en lui l’énergie nécessaire pour poursuivre. Et soyons sûr (même si le film laisse un peu planer le doute) que l’échéance fixée – les jeux olympique de Tokyo – sera tenue.

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Qui n’a jamais vu un film de Miyazaki découvrira ici les titres de ses œuvres avec quelques images dans une sorte de pot-pourri particulièrement rapide. Mais le film s’adresse à ceux qui ont reconnu depuis longtemps la richesse des œuvres du studio Ghibi et d’une grande part de l’animation japonaise. Voir Miyazaki au travail, avec son exigence de perfection, fait alors comprendre pourquoi il est possible d’y prendre autant de plaisir.

M COMME MAI 68.

Les Révoltés, Michel Andrieu et Jacques Kebadian, 2018, 80 minutes.

L’histoire de mai 68 – mais il ne faut pas oublier juin – racontée à partir d’images d’archives.

Pour fonctionner de façon efficace, le genre implique qu’un certain nombre d’exigences soient prises en compte.

  • Le récit se doit d’être complet, d’où la recherche du plus grand nombre d’archives possible pour ne pas risquer de laisser de côté un événement, si minime soit-il au regard du déroulement historique.révoltés 2
  • Corolaire, le récit doit être ordonné dans un ordre chronologique strict. Les dates des événements s’inscrivent en surimpression sur les images. Par exemple, les nuits des barricades ou les différentes manifestations.
  • Les images doivent être immédiatement identifiables par les spectateurs, même les plus jeunes, ceux qui n’ont pas vécu eux-mêmes les événements. Cela ne pose guère de problème pour les affrontements étudiants-crs. C’est moins évident pour les occupations d’usines et les débats qui s’y sont déroulés entre ouvriers et syndicats.révoltés 3
  • Les images doivent être sinon inédites, du moins ne pas en rester à la vision la plus connue, ayant déjà fait maintes fois l’objet de montage à prétention historique. Néanmoins, les images les plus célèbres, devenues des icônes de l’époque, ne peuvent pas être systématiquement écartées, au risque d’être accusé de parti-pris, voire de censure. C’est le cas, évident, des images des prises de parole de Cohn-Bendit en particulier. L’équilibre entre images connues et inédites ou rares doit donc faire l’objet d’un savant dosage qui implique de ne négliger aucune source, mais aussi de résister autant que faire se peut aux facilités dictées par l’air du temps (les idées reçues véhiculées par l’époque de réalisation du film).
  • Le recours à un commentaire surajouté aux images doit être limité au strict minimum ou même être systématiquement écarté. Les images sonores peuvent d’ailleurs le plus souvent s’en passer, une fois le repérage du jour et du lieu effectué.
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  • De même donner la parole à des témoins ou des acteurs de l’époque n’a pas de légitimité dans un film d’archives. Le faire conduirait à un autre film et réduirait la pertinence des images. Si l’on fait le choix de considérer que les archives possèdent une véracité intrinsèque, il faut leur faire confiance jusqu’au bout. Néanmoins, comme les images ne peuvent guère questionner par elles-mêmes leur propre valeur de vérité, le film d’archives se voit immanquablement limité qu’à n’être qu’une reconstitution vivante (dans le cas d’archives sonores filmées, ce qui est le cas ici) des événements.révoltés 4
  • Et c’est bien ainsi que fonctionne ce Révoltés. Il nous plonge au cœur des événements. Nous y sommes. Nous y participons. Nous en sommes des acteurs. Ce que renforce d’ailleurs la bande son dans laquelle les éclatements de grenade sont systématiquement renforcés ou du moins placés au premier plan. Voir le film ne laisse donc aucune place à la distanciation ou à la réflexion dans le cours de la projection. Reste à savoir si le temps de l’analyse après-coup peut profiter pleinement de la richesse des images.

M COMME MADAGASCAR.

Fahavalo, Madagascar 1947, Marie-Clémence Andriamonta-Paes ; France-Madagascar, 2018, 90 minutes.

Fahavalo, c’est le nom donné aux « rebelles » qui lutte pour obtenir l’indépendance de Madagascar à partir de 1947. Une indépendance qui leur avait été promise par le Général De Gaulle pendant la seconde guerre mondiale en échange de la participation des soldats malgaches au conflit aux côté des forces de libération. Mais au retour des combattants dans leur île, le discours est tout autre. La métropole a besoin de café, entre autre. Alors l’indépendance devra attendre.

Les anciens soldats de retour d’Europe vont alors se révolter, armés de sagaies, et se réfugier dans la forêt pour fuir la répression. Mais ils sont protégés par les talismans qui les rendent invincibles. Alors ils finiront par triompher.

Le film, qui retrace aujourd’hui cette histoire oubliée alternent les témoignages des derniers survivants de cette lutte et les images d’archives, le tout resitué dans les villages d’aujourd’hui. Et nous parcourons une grande partie de l’île en suivant la ligne de chemin de fer à travers les forêts, une ligne que la rébellion suivait précisément.

Aujourd’hui les survivants de la révolte sont de moins en moins nombreux. D’où l’urgence de recueillir leur parole. Ces vieux messiers, édentés et mal rasés, ont encore des souvenirs bien vivants des conditions de leur lutte. Une lutte dont on ne parle plus, ni en France, ni à Madagascar. Alors le travail de mémoire est indispensable. Le film s’en acquitte parfaitement.

Un film précieux donc pour sa dimension historique. Mais aussi parce que traiter du colonialisme aujourd’hui nous pousse nécessairement à nous interroger sur la situation actuelle de ce pays, souvent désigné comme étant un des plus pauvres du monde.

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