P COMME PRINCE.

Un jour mon prince viendra, Marta Bergman, Luxembourg, Belgique, 1997, 76 minutes.

La solitude. Une solitude insoutenable. Une solitude qui brise une vie. Une solitude qui est un vide d’amour, de sentiment.

Le film donne la parole à trois femmes qui, depuis leur séparation et leur divorce, sont seules – se vivent seules – et ne supportent plus cette solitude. Pourtant elles ont un emploi, une famille, des enfants. Mais elles sont seules, sans mari, sans homme pour les aimer.

prince 3

Pourtant, elles font des efforts pour trouver celui qui sera répondre à leur attente. Oh, pas dans leur entourage. Elles n’envisagent pas non plus le coup de foudre dans la rue. Le Prince qui doit venir, s’il vient, viendra de loin, d’un autre monde, d’un monde totalement différent de celui dans lequel elles vivent. Nous sommes en Roumanie, après la chute du bloc soviétique. L’Occident a toujours fait rêver et représenté le monde meilleur. Maintenant il devient accessible. Le rêve serait-il à portée de main ? Elles sont prêtes à partir en Italie, ou en Belgique. Dans un de ces pays riches où il fait bon vivre, à n’en pas douter.

prince 2

Elles vont donc écumer les petites annonces et fréquenter les agences matrimoniales. Elles consultent d’épais dossiers, choisissent des photos, écrivent des lettres et attendent des réponses. Si elles en reçoivent, s’engage une correspondance plus ou moins longue. Parfois le choix est difficile. Entre un architecte et un homme d’affaire, qui choisir ? Mais aucun des deux ne poursuit la correspondance. Amère désillusion.

Car le film est d’un pessimisme désespérant. Aucune des trois femmes ne trouve le Prince attendu. Elles finissent même par se décourager, par prendre leur solitude en patience, et se voient vieillir dans cette petite vie étriquée qui n’a vraiment rien de jouissif. Comme quoi le bonheur n’est pas offert à tout le monde.

Plus de 20 ans après ce documentaire, Marta Bergman réalise un second film sur le même thème, une fiction cette fois, Seule à mon mariage. Ici l’héroïne quitte la Roumanie pour venir en Belgique où l’attend un mariage qui ne peut que la combler. Et pourtant la désillusion est là aussi au rendez-vous. Est-ce à dire que le bonheur est inaccessible pour ces femmes qui se bercent d’illusions en croyant que les princes existent dans notre monde.

P COMME PORTRAIT – Filmographie 3

Troisième partie L-V

Lembro mais dos corvos (Je me souviens des corbeaux), Gustave Vinagre, Brésil, 2017.

Julia Katharine, née au Brésil de père japonais, transgenre. Une vie qui n’entre pas vraiment dans les normes les plus courantes. Que ce soit dans ses relations familiales ou dans la société

 

L’expérience Blocher de Jean-Stéphane Bron

Blocher, un homme politique entièrement convaincu, sans l’ombre d’une hésitation, de la véracité des idées qu’il défend, des thèses populistes, intolérantes et xénophobes, telles qu’on les retrouve soutenues par tous les partis d’extrême droite en Europe.

 

Le Libraire de Belfast. Film de Allesandra Celesia

John est libraire à la retraite. Pendant 40 ans, il a vendu des livres, avec passion. Les livres c’est sa vie.  Il les bichonne encore, recolle les couvertures déchirées. Il leur parle comme à des enfants. Ce sont ses enfants

 

Lucebert temps et adieux. Film de Johan Van der Keuken.

Poète et peintre néerlandais mort en 1994, auteur d’une œuvre peinte et dessinée extrêmement créative.

 

Lullaby to my father. Film d’Amos Gitai

Le père du cinéaste, Munio. Son parcours, de la Pologne natale avant-guerre, jusqu’à Israël avant même la création de l’État juif, en passant par l’expulsion de l’Allemagne et l’exil en Suisse. Et la formation en architecture au Bauhaus, qui restera la référence essentielle de toute une carrière professionnelle.

 

Madame Saïdi. Film de Bijan Anquetil.

Elle n’est pas une femme comme les autres femmes d’Iran. Car c’est une mère de Martyr. Son fils Reza a été tué sur le front de la guerre Iran-Irak. Une situation dont elle tire un prestige certain. Et même une certaine fierté.

mallé 3

Mallé en son exil. Film de Denis Gheerbrant.

Un malien exilé à Paris depuis presque 30 ans, vivant dans un foyer en banlieue où il retrouve sa communauté. Malgré toutes ces années, il garde présentes en lui les valeurs propres à sa culture.

 

Maman Colonelle. Film de Dieudo Hamadi

         Colonelle dans la police, elle met ses quelques ressources militaires (un petit groupe de policiers) au service de la cause de ces femmes qui dans la situation actuelle du pays (la RDC) ont le plus grand besoin d’aide et de protection.

 

Marina Abramovic. The artist is present. Film de Matthew Akers.

Surnommée « la grand-mère de la performance », Marina est une artiste d’origine serbe mondialement connue et reconnue pour ses créations, des « performances », dans lesquelles elle a toujours mis en jeu son propre corps, souvent de façon violente.

 

Michel Petrucciani. Film de Michael Radford.

Célèbre pianiste de jazz (1962-1999), sa vie est marquée par un handicap de naissance (Michel atteint de la maladie des os de verre ne grandira pas et son espérance de vie est limitée) et par une carrière musicale époustouflante. Une vie marquée aussi par la volonté farouche du musicien de vivre pleinement sa vie, même si cela ne va pas sans des excès qui ne pouvaient qu’accélérer une fin inéluctable.

 

Mimi. Film de Claire Simon.

La grande force de cette femme « pas comme les autres », ce sera d’arriver à faire accepter son homosexualité, cet inimaginable, non pas peut-être de le faire vraiment comprendre par tous, mais de le faire accepter comme une façon de vivre comme les autres.

 

La Mort de Danton, film d’Alice Diop.

Steve, noir, banlieusard du 9-3 et par ailleurs élève du cours Simon, une prestigieuse école de formation de comédiens. Devenir acteur, pour lui comme pour bien d’autres, demande efforts et persévérance. Pour lui plus particulièrement. En fonction de son origine bien sûr. Mais surtout en fonction de sa position sociale et culturelle, de jeune issu de la banlieue.

 

Mourir? Plutôt crever! Film de Stéphane Mercurio.

Siné, dessinateur humoristique et provocateur. A 80 ans, il est toujours aussi révolté que dans sa jeunesse, contre toutes les formes d’abus de pouvoir, et contre le pouvoir tout court, de l’armée au clergé.

 

Nanook of the north. Film de Robert Flaherty.

Le premier “héros” de l’histoire du cinéma documentaire.

 

Ne change rien. Film de Pedro Costa.

Une chanteuse, Jeanne Balibar, une actrice qui devient chanteuse, une chanteuse qui reste actrice mais qui aime la chanson autant que le théâtre et le cinéma.

 

Ne m’oublie pas. Film de David Sieveking.

A 73 ans, Gretel est frappée par la maladie d’Alzheimer. Pendant deux ans, son fils David va filmer la progression de la maladie. Surtout, il va s’occuper d’elle pour essayer de retarder cette progression.

 

Nick’s movie. Film de Wim Wenders

Nicolas Ray, cinéaste, dont les films les plus célèbres sont La Fureur de vivre et Johnny Guitar. Ray a joué comme acteur dans un des films de Wenders et ce fut le début de leur amitié. Maintenant, Nick est malade. Atteint d’un cancer, il est très affaibli. C’est donc le film sur les derniers jours d’un homme ; film sur la mort d’un ami ; film testament d’un cinéaste.

 

Oncle Yanco. Film d’Agnès Varda.

L’oncle d’Amérique, rencontré lors d’un séjour à San Francisco. Un hyppie qui vit au milieu d’une multitude de jeunes gens aux cheveux longs dans une maison lacustre dans le faubourg aquatique de Sausalito. Un son oncle peintre. Il nous présente ses toiles, filmées en gros plans fixes, de façon toute simple.

 

Pauline s’arrache. Film d’Emilie Brisavoine.

Une adolescente en sa famille. Les rapports compliqués, souvent conflictuels, avec son père. Le désir d’émancipation.

 

Peggy Guggenheim, la collectionneuse. Film de Lisa Immordino-Vreeland

Une addiction à la peinture, une passion dévorante qui consume toute la vie de cette jeune fille de bonne famille d’abord, et de cette femme d’âge mûr ensuite, jusqu’à sa mort.

 

Pierre Rahbi. Au nom de la terre. Film de Marie-Dominique Dhelsing

Un humaniste, un amoureux de la vie et de la Terre, un optimiste raisonné mais qui croit à l’avenir. Porte-drapeau d’une pensée écologique en actes, impliquée dans l’action concrète sur le terrain beaucoup plus que dans la revendication contestatrice ou les méandres du jeu des partis politiques.

 

Le plain pays, d’Antoine Boutet. 2009, 58 minutes.

Un homme seul, qui vit dans la forêt, dans une sorte de cabane où règne un désordre quasi absolu.

Portraits. Série documentaire d’Alain Cavalier

La Matelassière, La Fileuse, La Trempeuse, L’Orangère, La Brodeuse, La Dame lavabo, La Relieuse, La Bistrote, La Canneuse, La Repasseuse, La Rémouleuse, La Maître-verrier. La Gaveuse, La Romancière, La Roulotteuse, La Fleuriste, La Cordonnière, La Marchande de journaux, L’Opticienne, La Souffleuse de verre, L’Illusionniste, L’Accordeuse de piano, La Corsetière, L’Archetière, des petits métiers de femme, appelés à disparaître.

Portrait of Jason, Film de Shirley Clarke.

Gay, prostitué, « garçon à tout faire » chez de riches bourgeoises, son projet, c’est de monter un one man show. Un projet sans cesse repoussé, malgré les contributions financières qu’il réussit à obtenir. Mais ne vaut-il pas mieux qu’il reste à l’état de projet, pour lui permettre de se projeter dans l’avenir.

 

Le Président. Film d’Yves Jeuland.

Un homme politique présenté comme « hors normes », physiquement diminué, se déplaçant difficilement et toujours avec une canne où s’appuyant sur l’épaule d’un de ses proches, mais « fort en gueule », tenant tête aux journalistes qui essaient de le pousser dans ses retranchements et possédant un fort pouvoir de séduction des foules.

 

Roland Dumas, le mauvais garçon de la République de Patrick Benquet.

Une ambition que rien n’arrête, surtout pas les règles ou même peut-être les lois. Avec lui politique et moralité n’ont rien à voir l’une avec l’autre.

 

Salvador Allende. Film de Patricio Guzmán.

Enfant bagarreur selon la fille de sa nourrice. La relation avec ses parents ? C’est surtout son grand-père, fondateur de la première école laïque au Chili et franc-maçon qui l’a marqué explique un de ses amis d’enfance. Son père comptait moins pour lui mais il avait une immense affection pour sa mère. Ses qualités ? Tous s’accordent sur son sens de l’humour, son côté bon vivant et la vitalité dont il débordait.

 

El Sicario. Chambre 164. Film de Gianfranco Rosi

Un exécutant des basses besognes au service d’un patron dont les ordres ne se discutent jamais. Depuis son recrutement sur les bancs de la fac, el Sicario a enlevé, séquestré, torturé, étranglé, exécuté un nombre considérable de victimes.

 

Sugar Man. Film de Malik Bendjelloul

Sixto Rodriguez , chanteur auteur compositeur interprète. Il a enregistré deux albums au début des années 1970 aux États-Unis. Ses albums n’ont eu aucun succès et Rodriguez a toujours été un parfait inconnu en Amérique. Sauf que ses chansons ont connu un sort tout à fait exceptionnel en Afrique du Sud. Connues de tous les jeunes Afrikaners, elles sont devenues la référence populaire de la lutte contre l’apartheid.

 

Sur le quai, un film de Stephan Mihalachi, France, 2016, 65 minutes

Marie Depussé, une des soignantes, psychanalyste et écrivaine de la clinique de La Borde.

 

Le tombeau d’Alexandre. Film de Chris Marker.

Alexandre Medvedkine, cinéaste russe (1900-1989), auteur du film devenu « culte », Le Bonheur, un des derniers films muets (il date de 1934) de la grande époque du cinéma soviétique.

 

Toto et ses sœurs. Film de Alexander Nanau.

Son père est absent et le film ne l’évoque que pour mentionner son absence. Sa mère est en prison pour trafic et usage de drogues et sa sœur ainée, totalement droguée, ne semble échapper à la justice que provisoirement. Il n’y a que sa seconde sœur à laquelle il peut un peu se raccrocher. Mais ils ne peuvent tous les deux échapper au pire qu’en quittant leur maison – le taudis investi par les drogués dans lequel Toto essaie de dormir – pour se réfugier dans un orphelinat.

 

Valentina. Film de Maximilian Feldmann.

Le réalisateur a choisi de se centrer sur une enfant de 10 ans, et d’adopter en quelque sorte son point de vue sur sa vie et sur sa famille, que d’ailleurs elle nous présente les uns après les autres, père et mère et toute une série -7 ou 8 – de frères et sœurs, surtout des sœurs d’ailleurs. Mais la famille n’est pas au complet, car les ainés ont été arrêtés par la police pour mendicité sur la voie publique et placés dans un foyer

 

Le vénérable W. Film de Barbet Schroeder.

Moine bouddhiste, dénommé Wirathu, qui s’est fait une renommée en Birmanie par ses discours de haine contre les musulmans, appelant au meurtre et au massacre à leur encontre.

Marceline Loridan Ivens

La vie Balagan de Marceline Loridan-Ivens. Film d’Yves Jeuland.

Ecrivaine et réalisatrice, Marceline Loridan-Ivens est à n’en pas douter une grande dame du cinéma mondial, de par son œuvre personnelle mais aussi du fait de sa collaboration avec son compagnon, Joris Ivens.

 

Le Voyage de Monsieur Curlic Film de Anca Diaman.

Citoyen roumain, M. Crulic part en voyage pour rejoindre sa fiancée en Italie en passant par la Pologne. À Cracovie, il est accusé à tort d’avoir volé le portefeuille d’un juge. À tort, puisqu’il était le jour du vol à Milan. Mis en détention provisoire, incarcéré, il va entreprendre une grève de la faim pour clamer son innocence. Mais, malgré la dégradation lente et régulière de son état de santé, malgré les lettres qu’il adresse de sa prison à tous ceux qui devraient être concernés par son sort, il n’arrive pas à alerter qui que ce soit. La mort annoncée de Crulic est inéluctable

P COMME PORTRAIT – Filmographie 2

Deuxième partie C-I

Call me Chaos, film d’Aleksandr Vinogradov, Belgique, 2016.

     Floh, chanteuses des rues et accordéoniste. Sa musique, sa voix, ses chansons en font un être surprenant. Sa façon de vivre nous questionne immédiatement. Sa manière d’être nous étonne. Mais en même temps, nous avons l’impression de la connaître déjà, d’avoir en tout cas déjà rencontré ses semblables.

Caniba. Film de Véréna Paravel & Lucien Castaing-Taylor

     Isséi Sagawa, jeune étudiant japonais à la Sorbonne à Paris en 1981, a tué sa petite amie et l’a mangée. Comment filmer un tel monstre ?

Cassandro, el exotico. Film de Marie Losier.

         Cassandro est une star – La star, plusieurs fois champion du monde – de Lucha Libre, cette sorte de catch si populaire au Mexique. Une carrière de 27 années consacrées entièrement à ce qui est sa passion – en même temps que sa profession – et à laquelle il se consacre corps et âme.

Les Chèvres de ma mère. Film de Sophie Audier

         Maguy, la mère de la cinéaste, a élevé des chèvres et fait des fromages, toute sa vie. Elle veut prendre sa retraite.Mais trouvera-t-elle un repreneur. Et pourra-t-elle se séparer de ses chèvres ?

Choron dernière. Film de Pierre Carles et Martin.

         Créateur de Hara Kiri et de Charlie, passé maître dans l’art de la provocation, ce qui lui valut bien des ennuis et quelques procès.

City light, portraits d’une génération perdue. Film de Dorothée Lorang et David Beautru

         A Tokyo, trois jeunes adultes, représentants de cette nouvelle génération qui s’interroge sur le sens de la vie, et surtout sur le sens du travail. Seront-ils capable de prendre en main leur avenir ?

Conversation animée avec Noam Chomsky. Film de Michel Gondry.

         Noam Chomsky, intellectuel américain, spécialiste de grammaire générative et de science de la communication, et surtout engagé du côté de la gauche radicale.

Dans la chambre de Vanda. Film de Pedro Costa

         Wanda Duerte, actrice principale du précédent film du cinéaste, passe ses journées allongée sur son lit, bavardant de tout et de rien avec sa sœur, sa compagne de dope. Elle a du mal à respirer, mais peu importe, elle ne peut pas se passer de drogue.

lynch

David Lynch the art life. Film de Jon Nguyen.

     Sa vie artistique, peinture, photographie et musique, avant qu’il ne devienne cinéaste.

Le Dernier des injustes. Film de Claude Lanzmann

         Benjamin Murmelstein, rabin de Vienne et dernier président du Juderat, le conseil juif de Theresienstad, seul survivant des Doyens des Juifs.

Derrida. Film de Kirby Dick et Amy Ziering Kofman.

         Le philosophe de la “déconstruction”, ne refuse pas de répondre aux questions qui lui sont posées, mais qui montre que les réponses qui peuvent être faites ne peuvent être que des non-réponses.

Diego. Film de Frédéric Goldbronn

         Le récit d’une révolution suivie d’une guerre. Un récit par l’un de ceux qui les ont vécues, l’une et l’autre, armes à la main. Avec les espoirs de l’une et le désespoir de l’autre. En Espagne. De 1936 en Catalogne, puis sur les différents  fronts, pour finir sur la route de l’exil en 1939, conduisant en France depuis Barcelone.

doulaye 10

Doulaye, une saison des pluies. Film de Henry-François Imbert.

         L’ami africain du père du cinéaste qui part à sa recherche au Mali, et qu’il finit par retrouver dans un moment d’intense émotion.

Duch, le Maître des forges de l’enfer. Film de Rithy Panh.

         De son vrai nom Kaing Guek Eav, secrétaire du parti des Khmers rouges et directeur du centre d’extermination S 21, à Phnom Penh, où seront torturés et assassinés quelques 12 000 Cambodgiens.

morin

Edgard Morin, Chronique d’un regard. Film de Céline Gailleurd.

         Le cinéma dans la vie d’un sociologue, dans sa pensée, dans son travail intellectuel, dans ses livres. Dès son enfance il est passionné, assidu dans les salles noires. Cinéphage avant de devenir cinéphile.

Elle s’appelle Sabine. Film de Sandrine Bonnaire

         La vie de Sabine, sœur cadette de l’actrice-réalisatrice. Dans sa jeunesse elle est belle, souriante, pleine de vie. A 38 ans, elle a beaucoup grossi, elle sourit peu, elle est lente dans ses mouvements et son langage très répétitif est hésitant et très pauvre. Entre les deux, un trou noir : cinq années d’hôpital psychiatrique.

Ennemis intimes. Film de Werner herzog

         Klaus Kinski, l’acteur fétiche du réalisateur, présent dans cinq de ses films les plus importants. Un acteur irritable, ne supportant pas de ne pas être l’unique centre d’intérêt sur un tournage, systématiquement agressif, mais aussi peureux et quelque fois lâche. Bref un fou ! Une folie nécessaire aux films ?

La Femme aux 5 éléphants. Film de Vadim Jendreyko.

         Une vieille dame toute voutée. D’origine ukrainienne, elle vit en Allemagne et traduit le russe en allemand et tout particulièrement Dostoïevski, Crime et châtiment, L’idiot, Les démons, L’adolescent et Les frères Karamazov

Fengming. Chronique d’une femme chinoise. Film de Wang Bing

         A 17 ans, elle rencontre la révolution et s’y engage avec l’enthousisme de la jeunesse. Et puis arrive la campagne antidroitière de 1957. Elle et son mari sont envoyés dans un camp de travail. La souffrance, la faim, la mort du mari, un combat quotidien pour survivre.

Finding Phong. Film de Tran Phuong Fhao.

     Le devenir femme d’un homme. Le refus de son identité masculine. Le refus de son corps masculin. L’aspiration à de venir autre. D’avoir un autre corps. Une autre image de soi. Une autre reconnaissance sociale.

Général Idi Amin Dada. Autoportrait. Film de Barbet Schroeder.

         Un dictateur qui mit à mal son pays, l’Ouganda. Un bouffon ou un fou qui se prétendait un des plus grands « leaders révolutionnaires » de la planète.

Grizzly man. Film de Werner Herzog.

         Timothy Treadwell, amoureux des grizzlys, au point de passer 13 étés en Alaska pour les filmer, leur parler, les toucher. Une aventure qui finit mal.

Hélène Berr, une jeune fille dans Paris occupé. Film de Jérôme Prieur

         Elle a 21 ans en 1942, vit à deux pas des Champs-Elysées, joue du violon et prépare l’agrégation d’anglais à la Sorbonne. Juive, elle sera arrêtée en 1944 et déportée avec ses parents à Auschwitz. Elle mourra à Bergen-Belsen quelques jours avant la libération du camp.

L’Homme sans nom. Film de Wang Bing.

         Il marche beaucoup, cuisine, mange, dort, bêche la terre cultive des légumes, ramasse du crottin sur la route. Il vit dans un trou dans la terre dont il a fait une grotte. Il ne parle pas. Il est toujours seul.

Irène. Film de Alain Cavalier.

         La compagne disparue. Le deuil. L’absence de l’être cher. Et deux photos.

fengming

P COMME PORTRAIT – Filmographie 1

Première Partie : A-B

L’histoire du cinéma documentaire est riche en films-portraits, des femmes et des hommes, de tout âge, des adolescents tant cet âge de la vie peut être mystérieux, des enfants, peu souvent, des personnes célèbres, dans l’actualité ou l’histoire, des inconnus tout aussi attachants…

Voici une filmographie (nécessairement bien incomplète, en particulier parce qu’elle ignore presque totalement la télévision), une liste de films qui dressent le portrait d’un personnage unique (ou exceptionnellement un couple, mais s’il s’agit d’amoureux n’ont-ils pas tendance à ne faire qu’un ?)

Le plus souvent ce personnage est nommé par son nom dès le titre du film. Mais ce nom peut très bien être remplacé par une formule le caractérisant et en quelque sorte l’étiquette. Mais peu importe, l’essentiel pour bien des cinéastes est d’entrer dans l’intimité de son personnage, de montrer qu’il ne se contente pas de le filmer de loin. Le film est alors le plus souvent le résultat d’une connivence, voire d’une amitié, même s’il existe des exceptions où la distance entre celui qui filme et celui qui est filmé – sur le plan des idées ou des convictions politiques en particulier – semble ne pas pouvoir être comblée.

 6 Portraits Xl, 6 films d’Alain Cavalier, 2017.

         Jacquotte. Bernard, Philippe, Daniel, Guillaume, Léon. Des personnes bien différentes entre elles, filmées sur des durées tout aussi différentes (allant d’une dizaine d’années à une journée) mais qui, par la magie du filmage mis en œuvre par le cinéaste, font maintenant partie de cette famille unique des amis du filmeur Cavalier.

17 ans. Film de Didier Nion

         Jean-Benoît est en apprentissage dans un garage pour passer un BEP de mécanique. L’aura-il au bout des deux ans où le cinéaste le suit ?

18 ans. Film de Frédérique Pollet Rouyer.

Morgane, l’année de sa majorité. L’année de son bac (réussite). Un devenir adulte compliqué par l’absence de la mère, alcoolique.

 

800 kilomètres de différence. Film de Claire Simon

         La rencontre de deux adolescents pendant les vacances d’été. Un amour éphémère.

A la recherche de Viviane Maier. Film de John Maloof et Charlie Siskel.

         Une photographe qui aurait pu rester inconnue, si un cinéaste n’avait pas découvert son œuvre : des photos de rues, d’enfants, des portraits d’inconnus…

portraitfilmo2

Ai Wei Wei, never sorry. Film de Alison Klayman.

Un artiste chinois provocateur et contestataire, ce qui lui valut quelques ennuis avec les autorités.

Alma, une enfant de la violence. Film et webdocumentaire de Miquel Dewever-Plana & Isabelle Fougère.

         Elle appartenait à un gang au Guatemala. Elle est prête à tout pour le quitter, ce qui n’est pas sans dangers.

Annie Leibovitz : Life through a lens. Film de Barbara Leibovitz.

         Célèbre pour ses portraits de stars. Une vie consacrée à la photographie, retracée ici par sa fille.

Armand, 15 ans l’été. Film de Blaise Harrison.

L’oisiveté des vacances, le temps passé devant la télé, ou à discuter avec les amies, en s’interrogeant sur le sens de la vie.

Arno dancing inside my head. Film de Pascal Poissonnier.

Ni un récit de vie, ni un parcours professionnel, que reste-t-il ? Il reste l’homme, l’homme Arno, chanteur, écrivain, musicien, que nous suivons un moment dans sa vie consacrée à la musique.

portraitfilmo3

Arthur Rimbaud, une biographie. Film de Richard Dindo.

         La vie du poète rebelle racontée par ceux qui l’ont connu, dans ses différentes étapes, Paris et Verlaine, l’Afrique et l’abandon définitif de la littérature.

Assassinat d’une modiste. Film de Catherine Bernstein.

         Odette Fanny Bernstein, dite Fanny Berger, célèbre dans le monde de la mode à Paris avant l’occupation, déportée à Auschwitz où elle mourra. Le destin d’une femme juive.

L’Avocat de la terreur. Film de Barbet Schroeder.

         Jacques Vergès, l’avocat qui s’est rendu célèbre en défendant des accuses réputés indéfendables, de Barbie à Carlos. Un personnage mystérieux, ambigu, passé maître dans l’art de la manipulation.

Ballad of Genesis and lady Jaye (The). Film de Marie Losier.

         Le portrait d’un couple, leur amour sans limite au destin unique.

Bambi. Film de Sébastien Lifshitz.

         Marie-Pierre Pruvot, née Jean-Pierre. Une vieille dame sans ride, encore pleine de charme. Bambi,  la danseuse de Cabaret, n’existe plus. Elle s’est reconvertie en professeur de français en collège. Un changement radical.

Basquiat, un adolescent à New York. Film de Sara Driver.

         Le devenir-artiste du jeune Jean-Michel dans le New York de la fin des années 70.

Belle de nuit. Grisélidis Real. Autoportraits. Film de Marie-Eve de Grave.

Ecrivain, peintre, prostituée, Grisélidis Réal est un personnage à multiples facettes Suisse d’origine, elle n’a jamais été reconnue dans son pays. La Suisse protestante et puritaine n’a sans doute jamais accepté son engagement en faveur de la prostitution, qu’elle pratique comme un art, un choix personnel, politique,

La Bocca del lupo.Film de Pietro Marcello.

         Enzo et Mary, un couple hors norme. Enzo a passé la plus grande partie de sa vie en prison et Mary est travestie et toxicomane. Depuis plus de vingt ans, ils s’aiment. Leur rêve commun, avoir une maison à la campagne, avec leurs chiens et faire un potager. A la fin du film ils l’auront réalisé.

Les Braves. Film d’Alain Cavalier.

         Raymond Lévy, Michel Alliot et Jean Widhoff, les trois braves auteurs d’un acte de bravoure individuel, raconté par son auteur. Des actes qui se déroulent dans des situations extrêmes, dans une guerre, la Deuxième Guerre mondiale pour les deux premiers, la guerre d’Algérie pour le dernier. Des actes qui font de leurs auteurs des héros.

braves2

P COMME PERE

Pater, Alain Cavalier, France, 2011, 105 minutes.

Un film d’Alain Cavalier est toujours un événement. Surtout s’il est ovationné à Cannes, encensé par la critique et même pas boudé par le public : Pater a donc tout pour attirer l’attention, par son originalité, la maîtrise de son propos, la perfection de la réalisation. Le réalisateur prend un malin plaisir à brouiller les pistes, les entremêler, renvoyant sans cesse de l’une à l’autre, au point de sembler se complaire dans une certaine confusion. Mais, ne nous y trompons pas, c’est bien la clarté qui est la marque véritable du film.

Le titre d’abord semble laisser entendre que l’on va parler de la paternité, du rapport père-fils. Et effectivement, le personnage que joue Cavalier évoque bien cette problématique, plus précisément d’ailleurs, celle du meurtre du père. La piste est ouverte. Au spectateur de s’engager dans cette direction s’il le souhaite. Le réalisateur lui ne semble pas aller plus avant dans cette voie. Aurait-il quelque chose de plus important à traiter ?

pater 2

Le ressort fictionnel principal du film réside dans la mise en scène du président de la République et de son Premier ministre (interprétés respectivement par Alain Cavalier lui-même et Vincent Lindon), ce qui vaut au film l’appellation de comédie dans les journaux de programmes. Pourtant, rien de plus sérieux que la façon dont la politique est ici traitée. Le débat sur l’écart entre les plus bas et les plus hauts salaires est un vrai débat, même s’il n’a pas jusqu’ici alimenté vraiment les campagnes électorales. Les références à l’actualité sont bien présentes, comme les exigences des grands patrons lorsqu’ils quittent leur entreprise (le cas de France télécom est explicitement mentionné). Mais le monde politique est réduit au strict minimum : quelques conseillers, quelques ministres, faisant partie de ce qui apparaît être le cercle intime des deux personnages principaux. Le film reste plus qu’allusif sur leurs fonctions précises. De toute façon, il n’y a pas de parti, pas de parlementaire. On évoque quand même les électeurs, puisqu’on est dans une démocratie. La nôtre sans doute, entièrement dominée par les enjeux économiques, au point que les deux « gouvernants » n’évoquent jamais ni les problèmes de sécurité, ni les affaires étrangères, ni les enjeux de l’éducation, et encore moins le monde de la culture. Gouverner ne se réduirait-il pas à décider de se présenter ou pas à la prochaine élection ?

pater 5

Si Pater est ainsi un film politique, il n’en reste pas moins qu’il est aussi un film autobiographique qui s’inscrit parfaitement dans la lignée des films précédents de Cavalier, même si la fiction présidentielle constitue bien une rupture. La relation paternelle est au fond beaucoup plus présente dans le rapport entre le réalisateur et son acteur que dans celui du président et de son Premier ministre. Pater, comme les films de Cavalier depuis au moins Le Filmeur, est un film sur le cinéma, sur la réalisation cinématographique, sur la façon de faire des images, que ce soit celle de Cavalier en gros plan devant son miroir, ou celle de la fenêtre entrouverte où le chat se faufile pour répondre à l’appel de son maître. Pour jouer le rôle de Président, Cavalier est bien obligé de porter cravate et costume, mais il le fait en soulignant que ce n’est pas sa tenue habituelle. Si l’on peut trouver dans le film des éléments qui documentent la vie politique,  (le choix du Premier Ministre par le Président est un élément constitutionnel et l’existence d’une photo compromettante du rival à l’élection n’est pas une pure invention), il y a bien plus d’éléments qui renvoient à la fabrication du film lui-même. Bien sûr, bien des spectateurs n’ont sans doute pas l’œil suffisamment aiguisé pour repérer les images vidéo parmi les traditionnelles en 35 mm, mais ils savoureront tous la remarquable séquence de la « remise anticipée » de la Légion d’honneur par le président au Premier ministre. Celui-ci filme de face son interlocuteur (ils sont tous les deux filmés de profil) et évoque la possibilité du contrechamp. On sait que le champ/contrechamp est une façon classique de filmer une conversation entre deux personnages, le cadrage de face sur l’un puis sur l’autre permettant de suivre le dialogue, mais aussi l’écoute entre interlocuteurs. Ici, nous sommes à la fin du film, après la « rupture » entre le président et le Premier ministre. Si c’est d’abord ce dernier qui filme (mais nous ne verrons pas ce qu’il a filmé, c’est-à-dire le Président lui tendant la rosette), le président ne veut pas être en reste, d’autant plus après tout que celui qui joue le rôle est le réalisateur du film. Il sort donc de dessous la table une caméra et filme le Premier ministre recevant son cadeau (pour cela il refait une seconde fois le geste du don). Et c’est ce plan que nous voyons ensuite, ce qui nous permet d’écouter une seconde fois la déclaration de satisfaction assez béate du Premier ministre, mais surtout, de le voir cette fois-ci de face, cadrage qui accentue ses tics de visage, particulièrement appuyés à ce moment. Nous retrouvons dans cette séquence l’implication personnelle du cinéaste dans son film. Nous pouvons dire que ce qui nous est montré, c’est que l’image est toujours une réflexion, au deux sens du mot, effet de miroir et exercice de pensée.

Dernier point qu’il nous faut souligner, Pater est aussi un film sur la nourriture, sur la cuisine au sens de l’art culinaire (mais qui peut être aussi une métaphore de la politique !), un film de gastronomes, d’amateurs de vins (de grand vins) et de plats raffinés composés selon l’inspiration du moment. Ce n’est évidemment pas un hasard si la première séquence du film nous montre en gros plan la confection d’une assiette garnie, les voix off des personnages, qui ne sont pas encore Président et Premier ministre, étant bien loin des considérations politiques. L’art de gouverner prendrait-il sa source dans l’art de bien vivre ?

P COMME PEINE DE MORT.

Into the abyss, Werner Herzog, EtatsUnis, 2011, 107 minutes.

Un cinéaste européen qui se rend au Texas pour enquêter sur la peine de mort ne peut-il faire qu’un film militant pour son abolition ? Le premier intérêt du film de Werner Herzog, c’est qu’il ne situe pas dans cette perspective. Certes, le cinéaste affiche clairement son opposition à la peine capitale telle qu’elle est pratiquée dans de nombreux États des Etats-Unis, mais son propos va bien au-delà du débat pour ou contre. Il ne cherche pas à confronter les arguments des uns et des autres. Il n’est ni polémique ni démonstratif. Il tente, simplement, d’approcher la complexité de la société américaine telle qu’un œil curieux, mais distancié, peut la voir. Sans la juger, sans l’interpréter. Sans même essayer de la comprendre ou de la faire comprendre. Plonger au plus profond d’une réalité qui peut paraitre effrayante, comme le suggère le titre.

into the abyss

Les thèmes abordés par le film sont nombreux. L’univers carcéral : comment vit-on en prison ? Comment peut-on y survivre ? Le meurtre, la folie meurtrière pourrait-on dire, si présente aux États-Unis : qu’est-ce qui pousse à tuer ? Pour voler une voiture ? Parce que la vie d’autrui n’a pas d’importance comme la sienne n’a pas de sens ? Même à 18 ans ? Le deuil : comment supporter la douleur de la perte d’un être cher, de toute une famille ? Comment dans la position de victime retrouver la sérénité ? Dans la vengeance ? L’oubli ? La peine de mort enfin, avec son déroulement matériel, son organisation administrative, mais aussi ses phénomènes parasites comme celui des groupies qui gravitent autour d’elle. Placer une caméra dans un couloir de la mort ; placer une caméra dans un parloir face à un condamné à mort qui sait qu’il sera exécuté dans quelques jours pourrait très vite déboucher sur un voyeurisme malsain. Herzog évite cet écueil en nous présentant des éléments de dialogue avec ce condamné où ne transparaît aucune sympathie, aucune tentative d’excuser son meurtre, aucune recherche d’apitoiement. D’ailleurs, ces bribes d’entretien n’occupent qu’une place quantitativement limitée dans le film. Comme si le cinéaste nous enjoignait de ne pas nous laisser absorber par le côté exceptionnel d’une telle rencontre, de ne pas nous laisser attirer par son côté spectaculaire. Et les autres personnes qu’il rencontre savent qu’elles doivent continuer à vivre, même si c’est jusqu’au bout derrière les barreaux d’une prison. Le sous-titre du film prend ainsi tout son sens : A tale of death, a tale of life. Un conte de mort, un conte de vie. Le film ne propose rien de moins que de faire se rencontrer la vie et la mort.

into the abyss 3

Into the Abyss fonctionne comme un dossier où le cinéaste rassemble des données concernant un triple meurtre commis par deux adolescents de 18 ans, Michael Perry et Jason Burkett. Le premier sera condamné à mort et le second à perpétuité. Mais ce n’est pas cette différence qui intéresse Herzog. Il ne relate pas le procès. La justice est absente du film. Les deux assassins ont été reconnus coupables et condamnés. Il n’y a pas à revenir sur cela. Par contre, Herzog revient sur le meurtre lui-même, commis 10 ans auparavant. Il retrouve les policiers qui ont menés l’enquête. Ils lui fournissent les images tournées alors sur les lieux mêmes du crime. Partout du sang, des impacts de balles dans les pièces de la maison, des traces de corps trainés dans les fourrés, tout évoque la violence et la folie meurtrière. Images très dures car fonctionnant comme du direct, comme si elles étaient filmées pour le film et non par et pour la police. Et le ton neutre, administratif, du policier ne change rien à cette immersion dans l’horreur.

into the abyss 5

Et puis il y a ces rencontres avec des personnes concernées par le cas des deux condamnés. Des entretiens avec les familles, celles des victimes, la fille et sœur de deux des trois personnes tuées, mais aussi la rencontre avec le père de Jason qui est lui-même en prison. La première ne semble pas mue par un désir de vengeance aveugle. Pourtant elle se déclare apaisée par l’exécution du meurtrier, comme si la souffrance causée par la disparition des membres de sa famille ne pouvait être stoppée que par la disparition de celui qui en était à l’origine. Quant  au père de Jason, il se présente comme ayant sauvé son fils devant le tribunal en s’accusant de ne pas voir su lui donner l’éducation dont il aurait eu besoin. Ce fils qui vient de se marier dans la prison où il va passer la majorité de sa vie. En effet une jeune fille, membre d’un « support group » est tombée amoureuse de lui. Maintenant elle en attend un enfant. Ce qui provoque l’ironie de Herzog : comment cela se peut-il alors que lors des visites il leur est juste permis de se toucher la main !

into the abyss 6

Mais la rencontre la plus émouvante, celle qui au fond donne tout son sens au film, est celle de Fred Allen, l’employé du couloir de la mort préposé à l’exécution. Il décrit comment, avec ses collègues, il attache le condamné sur le lit, ce qui doit être fait avec rapidité et précision pour qu’il ne puisse plus bouger. Puis c’est l’injection mortelle et la vérification qu’elle a bien fait son œuvre. Tout ceci est raconté calmement, sur un ton neutre. Pourtant soudain, Allen craque. Après 125 exécutions il n’en peut plus. Comme si la mort avait envahi sa vie entière. Ses larmes furtives en disent plus contre la peine de mort que n’importe quel discours.

into the abyss 2

P COMME PHILIBERT Nicolas

Cinéaste français (né en 1951).

Sa renommée est due à son film phare, Être et Avoir. Sélectionné au Festival de Cannes, il y fut très bien accueilli. Il connut ensuite un succès public de grande ampleur pour un documentaire (presque deux millions d’entrées) ce qui en a surpris plus d’un, mais qui peut se comprendre à la fois par le sujet traité (l’école rurale plutôt traditionnelle, sentant bon la nostalgie) et par la façon de filmer, au plus près des personnages, surtout des enfants, dont les bons mots et les mimiques avaient tout pour séduire. Il n’en reste pas moins qu’Être et Avoir est un film de référence qui mérite d’être vu pour ses qualités cinématographiques, au-delà du public enseignant ou des parents d’élèves.

Être et Avoir est célèbre pour une autre raison qui déborde le cadre strictement cinématographique. Il fut en effet l’objet de deux procès retentissants dans la mesure où ils mettaient en cause le fondement même du cinéma documentaire : la rémunération des personnes filmées. Le premier de ces procès fut intenté à Nicolas Philibert et à son producteur par Monsieur Lopez, l’instituteur qui est au centre de Etre et Avoir. Estimant être un véritable acteur, il demandait en conséquence de percevoir un salaire. De même les parents des élèves les plus présents dans le film («que serait Etre et Avoir sans le petit Jojo ? ») revendiquèrent eux-aussi la reconnaissance d’un statut d’acteurs pour ceux-ci. Heureusement la justice donna raison au cinéaste et donc au cinéma.

1 Nicolas Philibert - Etre et avoir

Nicolas Philibert n’est pas l’auteur que d’un seul film, loin de là. Ses réalisations, nombreuses, couvrent un champ d’investigation suffisamment large pour qu’il puisse être considéré comme un des documentaristes les plus en vue du cinéma français.

Son premier contact avec le monde du cinéma a lieu à 19 ans, pendant des vacances d’été où il est stagiaire sur le tournage du film de René Allio Les Camisards. Il est ensuite assistant du même Allio pour Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère (1976) expérience qui fut déterminante pour sa future carrière. Il reviendra sur ce début dans un documentaire autobiographique où il part à la recherche des paysans et des habitants de la région où le film est réalisé et qui avaient accepté d’y jouer un rôle (Retour en Normandie 2007). Il évoque avec eux les souvenirs de tournage, la figure du réalisateur, et confronte les anecdotes qui émaillèrent cette prise de contact avec le cinéma. Cette perspective, le cinéma vu de l’intérieur par ceux qui le font, n’est pas sans rappeler l’Agnès Varda des Plages d’Agnès.

La majorité des films de Nicolas Philibert peuvent être considérés comme des films portant sur des institutions (musées, centre de soins…) mais il ne les aborde jamais pour elles-mêmes, trouvant toujours un angle d’exploration original. Pour le Louvre (La Ville Louvre, 1990), il ne filme pas les salles d’expositions ou la foule s’agglutinant devant La Joconde. Il filme le Louvre la nuit où l’activité n’est pas moins intense, mais fort différente. Lorsqu’il veut réaliser un film sur le courant proche de l’antipsychiatrie, il choisit la clinique de La Borde (La Moindre des choses, 1996) où il va suivre la préparation d’une pièce de théâtre par les résidents (on ne parle pas de malades à La Borde) devant être donnée au spectacle de fin d’année en présence des parents et amis. Il ne filme pas alors les pratiques thérapeutiques elles-mêmes, mais montre comment la réalisation de ce projet est elle-même une thérapie. Il avait d’ailleurs déjà abordé le problème du handicap dans Le Pays des sourds (1992) où il montre la vie quotidienne de personnes atteintes de surdité totale. Un film extrêmement sensible mais aussi plein d’humour et d’ironie. Nicolas Philibert a appris pour l’occasion le langage des sourds, cette langue gestuelle qui rapproche ceux qui l’emploient, les obligeant à se faire face dans une réelle proximité.

Dans Un animal, des animaux (1995) il s’immerge dans la vie du jardin des Plantes à Paris. Il retrace la création de la Grande Galerie de l’évolution, montrant toutes les contraintes, les aléas et les efforts nécessaires pour mener à bien ce projet grandiose. Il reviendra d’ailleurs au Jardin des plantes, plus précisément à sa ménagerie, pour consacrer un film à Nénette (2010) un orang-outang qui en est la plus ancienne pensionnaire. Un film dont le personnage principal est un animal, mais qui n’a rien à voir avec le cinéma animalier habituel. L’accent est tout autant mis sur les visiteurs qui viennent admirer Nénette, mais que l’on ne voit jamais puisque l’image reste sur celle qui est l’objet de leur regard. Par contre, on les entend, des commentaires variés, caractéristiques de ceux qui les profèrent, jeunes ou vieux, touristes étrangers, familles ou couples. Philibert a même enregistré le personnel de la ménagerie, ceux qui s’occupent de Nénette, la soignent et peuvent raconter son histoire. « C’est un film sur le regard, la représentation. Une métaphore du cinéma, en particulier documentaire, comme captation et comme capture », écrit Nicolas Philibert sur son site web à propos de Nénette.

En 2013, il présente à Berlin son film La Maison de la radio, vénérable institution des médias et de la culture. Il réussit à en dégager la portée sans pour autant réaliser un film historique. Le film nous fait découvrir l’envers du décor, les coulisses de cette grande maison qu’est la « maison ronde ». Il nous fait découvrir les couloirs et les studios, tous les studios. Il nous invite clandestinement dans les comités de rédaction du journal parlé. Il nous fait suivre les répétitions du cœur de Radio France, nous fait assister à l’enregistrement d’une pièce radiophonique, ou à l’interview d’un écrivain célèbre. Et il réussit à rendre le son photogénique.

Cinq ans après, il filme une école de formation des infirmières et infirmiers : De Chaque instant. A suivre

L’œuvre de Nicolas Philibert a été couronnée pour Être et Avoir : prix Louis-Deluc en 2002, César du meilleur montage 2003.