V COMME VOYAGE VERS LA MORT

Le Voyage de monsieur Crulic, Anca Diaman, Roumanie, 2011, 73 minutes.

« Je suis mort », tels sont les premiers mots du récit en première personne des derniers jours de M. Crulic. Un récit d’outre-tombe, donc. Un récit précis, minutieux, détaillé, tel une reconstitution ou un rapport administratif ou policier. Un récit qui n’omet aucun des détails de l’incroyable enchaînement d’erreurs, et d’incurie, qui ont conduit à la mort de Crulic. Citoyen roumain, M. Crulic part en voyage pour rejoindre sa fiancée en Italie en passant par la Pologne. À Cracovie, il est accusé à tort d’avoir volé le portefeuille d’un juge. À tort, puisqu’il était le jour du vol à Milan. Mis en détention provisoire, incarcéré, il va entreprendre une grève de la faim pour clamer son innocence. Mais, malgré la dégradation lente et régulière de son état de santé, malgré les lettres qu’il adresse de sa prison à tous ceux qui devraient être concernés par son sort, il n’arrive pas à alerter qui que ce soit, ni l’administration, ni la justice, ni les autorités polonaises, ni les autorités roumaines présentes à Cracovie. Les médecins eux-mêmes ne vont réagir, en le faisant hospitaliser, que lorsque ce sera trop tard. La mort annoncée de Crulic est inéluctable.

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Au fur et à mesure que la santé de Crulic se dégrade et que sa vie est de plus en plus en danger, son récit est suppléé par celui d’une narratrice, porte-parole de la cinéaste, qui commente cet « effet boule de neige », cet enchaînement de faits – en l’occurrence de non-interventions – qui aboutiront à la mort d’un homme. Dans la dernière partie du film, lors de l’agonie de Crulic, cette voix est accompagnée du souffle de la respiration de plus en plus faible du mourant. M. Crulic aura tenté de résister jusqu’au bout. Mais que peut un homme seul contre l’indifférence de tous ?

crulic 6

Le recours à l’animation donne tout son sens et toute sa force au film. Les techniques utilisées sont variées, dessin, papier découpé, stop motion, animation par ordinateur 2D et même 3D. Tout ceci aboutit à des images particulièrement créatives. Les déplacements de Crulic, menotté et encadré par deux gardiens, ont un aspect mécanique. L’intérieur de la prison est filmé de plusieurs angles de vue. Sa cellule, par exemple, est vue depuis le plafond, Crulic est filmé en plongée recroquevillé sur son lit. Certaines personnes, les gardiens de prison, les juges, sont dessinées sans visage et sont ainsi placées dans un anonymat absolu. Personne ne sera responsable de la mort de Crulic. D’autre part, des signes sont directement ajoutés aux images (les flèches et pointillés pour montrer les changements de cellule dans la prison), ce qui leur confère alors une dimension de schéma explicatif.

crulic 7

La séquence finale utilise des prises de vue directe (ce sont les seules du film), mais de façon particulièrement originale. Il s’agit en effet d’un téléviseur dessiné sur fond noir qui diffuse des extraits de journaux télévisés évoquant le cas Crulic. Ce renvoi explicite à l’actualité, constitue la preuve de vérité du film. Il s’agit bien d’un cas réel. Mais cette réalité reste enchâssée dans l’animation. L’effet de distanciation obtenu donne au propos du film son universalité. Nous sommes tous des Curlic en puissance.

V COMME VIE DOC #8

Vie doc, une fois par semaine, l’actu du doc, les festivals, les événements, les sorties, les surprises…

5 mai 2019

Festivals

*Palmarès du FIFOG 2019

Festival International du Film Oriental de Genève

DOCUMENTAIRES

Le jury du Prix documentaire est composé d’ Annemiek Van Gorp (productrice), Mahmoud Jemni (réalisateur) et René Goosens (producteur).
Le Prix FIFOG D’OR est décerné au documentaire AU TEMPS OU LES ARABES DANSAIENT de Jawad Rhalib (Belgique)
Le Prix FIFOG D’ARGENT est décerné au documentaire RESTER VIVANTS de Pauline Beugnies (Belgique)
La Mention spéciale est attribuée aux documentaires M de Yolande Zauberman (France) et WE COULD BE HEROES de Hind Bensari (Maroc, Tunisie)

FIFOG_2019

*Ciranda de filmes

23 – 26 mai 2019

“Música, linguagem da vida”

Sao Paulo, Brésil.

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Les sorties de la semaine

 68, mon père et les clous de Samuel Bigiaoui

Female Pleasure de Barbara Miller

Coming Out de Denis Parrot

Lettre à Inger de María Lucía Castrillón

Filles de mai – voix de femmes, de 1968 au féminisme de Jorge Amat

68 mon père et les clous

Événements

 *Cinémathèque du documentaire

Dimanche 5 mai à 17h, en présence de Laila Pakalnina –

ESPECES D’ESPACES : Rêve (2016), Chute d’eau (2016), Bonjour, cheval (2017), Sur la piste de Rubiks (2010)

 

*Les dimanches de Varan

12 mai

Filmer la peinture

Par Claudio Pazienza

Trois cinéastes – André Delvaux, Luc de Heusch, Boris Lehman – rencontrent respectivement trois peintres : Dieric Bouts, Pierre Alechinsky et Arié Mandelbaum.

Ateliers Varan 6, impasse de Mont Louis 75011 Paris

varan

Livre

Jean-Louis Comolli

Cinéma, Numérique, Survie

Février 2019

Editeur ENS éditions.

Format epub

Résumé :

Qu’est-ce qui dresse le cinéma contre les accélérations du tout numérique ? Les aurores après la tempête ne se voient plus que sur les écrans des salles de cinéma. Numérisés, les capitaux et les catastrophes détruisent le monde des matins tranquilles. La guerre est dans le temps. C’est à la chaîne que le numérique fabrique du virtuel, du mirage, de la monnaie de singe. En ce monde-hologramme, il n’est plus ni corps ni chair, les mains ne caressent plus rien, les blessures elles-mêmes sont factices. Cette nuée d’images nous dérobe le réel et peu à peu impose le désert des hommes et des choses. Contre la violence des exils, la salle de projection n’est-elle pas la dernière demeure de l’humain ? Face à la démultiplication des écrans, l’hypervisibilité, la transparence, comment le cinéma peut-il encore préserver sa part d’ombre et rester une arme critique ? Jusqu’où la révolution numérique n’est-elle pas en train d’affecter l’expérience esthétique et morale du cinéma, et au-delà, notre civilisation ?

Comolli

V COMME VIE DOC #6

Vie doc, une fois par semaine, l’actu du doc, les festivals, les événements, les sorties, les surprises…

21 avril 2019

Sorties

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L’Époque  De Matthieu Bareyre

Le Cercle des petits philosophes De Cécile Denjean

Fanon hier, aujourd’hui de Hassane Mezine.

 

Événements

* mardi 23 avril à 19h30 à la Médiathèque Marguerite Duras
115 rue de Bagnolet, Paris 20e – M°2 Alexandre Dumas ou M°3 Gambetta
projection du film AU PIED DE LA LETTRE
de Marianne Bressy (2017 / 75′)

 

* Du 10 avril au 25 mai 2019

La Cinémathèque de Toulouse

Cinéma direct, l’école québécoise

cinemathèque toulouse

Revue

TRAVERSES

la revue de Film-documentaire.fr

Contribuer à l’inscription du documentaire dans la perspective du cinéma, quelqu’en soit le vecteur de communication, est le projet de Traverses et de ses contributeurs. C’est à dire asseoir le statut de ce genre qui souffre des assimilations avec le travail de presse dont la logique est essentielle mais différente ou avec l’industrie télévisuelle de programmes trop encline à le considérer, audience oblige, comme une des modalités du divertissement. La démarche de la revue n’est donc pas sans intégrer une dimension militante au profit de ce genre cinématographique.

Réfléchir sur le regard, impose une réflexion sur la forme et la revue s’engage dans cette perspective.

Nous espérons que ces écrits, dont certains sont de l’ordre de la recherche, contribueront à considérer le documentaire tel qu’il s’est construit et tel que nous l’espérons dans ses mises en œuvre : lire la réalité malgré l’apparence, assumer un rapport créatif au monde, induire du doute devant les faits, renverser les termes, en un mot introduire le poétique comme regard complexe sur le réel.

A.M

#1 – FORMES POLITIQUES,  POLITIQUES DES FORMES

SOMMAIRE

Éditorial – Des cris de liberté

par François-Xavier Destors

Faire de la place au hors-champ : fissurer les films

par Julien Baroghel

« Partager les risques »

Entretien avec Florent Marcie

par François-Xavier Destors

Les corps politiques du cinéma documentaire

par Antoine Garraud

« Comment échappe-t-on à Hiroshima ? »

Entretien avec Jean-Gabriel Périot

par Lucie Rico

La réflexivité comme dialectique : le documentaire brechtien

par Nenad Jovanovic

​Le documentaire animé et l’image réparatrice

par François-Xavier Destors

Les femmes crèvent l’écran

par Gaëlle Rilliard

« Avoir la sensation du monde »

Entretien avec Corinne Bopp

par Gaëlle Rilliard

Harun Farocki : Vidéosurveiller et punir

par Joshua de Paiva

« Un autre regard sur le jeu est possible »

Entretien avec Florent Maurin

par François-Xavier Destors

 

Livre

Chris Marker

Collectif, Christine Van Assche et Raymond Bellour (Sous la direction de),

D’une richesse inépuisable, l’oeuvre de celui que son ami Alain Resnais comparait volontiers à Léonard de Vinci trouve ici l’occasion d’une exploration d’une ampleur inédite. Chris Marker (1921-2012), cinéaste mais également romancier, essayiste, critique, éditeur, photographe, vidéaste, dessinateur, musicien et artiste multimédia, fut aussi un homme d’engagements et de combats. Auteur d’un film de science-fiction devenu culte, La Jetée, ami des chats et voyageur infatigable, Chris Marker a arpenté son temps pour en déchiffrer autant de signes qu’il a été permis à un être humain d’en embrasser. Cet ouvrage de référence réunit plus de trente textes de spécialistes de l’oeuvre de Chris Marker et une iconographie pour une grande part inédite, principalement issue des collections de La Cinémathèque française. Florence Delay, « L’invention de Marker ».

V COMME VIE DOC #5.

Vie doc, une fois par semaine, l’actu du doc, les festivals, les événements, les sorties, les surprises…

14 AVRIL 2019

Festival

Palmarès Vision du réel 2019

Sesterce d’or la Mobilière
Meilleur long métrage de la Compétition Internationale
Heimat Is a Space in Time, Thomas Heise

Prix du Jury Région de Nyon
Long métrage le plus innovant de la Compétition Internationale
That Which Does Not Kill , Alexe Poukine

Mention spéciale :When the Persimmons Grew, Hilal Baydarov

Sesterce d’or Canton de Vaud
Meilleur film de la Compétition Internationale Burning Lights
The House, Mali Arun

Prix du Jury Société des Hôteliers de La Côte
Film le plus innovant de la Compétition Internationale Burning Lights

Seven Years in May
Affonso Uchôa

Sesterce d’or SRG SSR
Meilleur film suisse
Looking for the Man With the Camera, Boutheyna Bouslama

Prix du Jury SSA/SUISSIMAGE
Long métrage suisse le plus innovant
Taste of Hope
Laura Coppens

Mention spéciale : Lucky Hours, Martine Deyres

Sesterce d’argent George Reinhart
Meilleur moyen métrage, Jury CIMC
Compañía,  Miguel Hilari

Prix du Jury des Jeunes George Reinhart
Moyen métrage le plus innovant, Jury des Jeunes
God, Christopher Murray, Israel Pimentel et Josefina Buschmann

Mention spéciale Jury CIMC : Camp on the Wind’s Road , Natasha Kharlamova

Sesterce d’argent Fondation Goblet
Meilleur court métrage, Jury CIMC
Akaboum , Manon Vila

Prix du Jury des Jeunes Mémoire Vive
Court métrage le plus innovant, Jury des Jeunes
Akaboum, Manon Vila

Mention spéciale, Jury CIMC, The Outer Space Forest, Victor Missud

Sesterce d’argent Prix du Public Ville de Nyon
Meilleur film de la section Grand Angle
Midnight Traveler , Hassan Fazili, Emelie Mahdavian

Prix IDFA Talent
Invitation à la prochaine édition d’IDFA pour participer à un programme sur mesure au sein de IDFA Industry et à participer à des activités de formation (frais de voyage & de logement couverts)

Mars, Oman Vanessa Del Campo Gatell

Prix Tënk
Achat des droits de diffusion pour un film & résidence de montage

Dead Sea Dying, Katharina Rabl et Rebecca Zehr

Prix Interreligieux
Long métrage de la Compétition Internationale qui met en lumière des questions de sens et d’orientation de la vie
When the Persimmons Grew, Hilal Baydarov

Mention spéciale, Norie, Yuki Kawamura

Prix ZONTA
Une réalisatrice dont l’œuvre révèle une maîtrise et un talent qui appellent un soutien à des créations futures Taste of Hope, Laura Coppens.

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Sesterce d’or Prix Raiffeisen Maître du Réel
Prix à la carrière décerné à

WERNER HERZOG 

Filmographie

  • Meeting Gorbachev (co-réalisé avec André Singer), 2018
    •Into the Inferno, 2017
    • Salt and Fire, 2016
    • Lo and Behold, 2016
    • Queen of the Desert, 2014
    • From One Second to the Next, 2013 On Death Row I + II, 2012/13
    • Into the Abyss – A Tale of Death, a Tale of Life, 2011
    • Die Höhle der vergessenen Träume (La Grotte des rêves perdus), 2010
    • Ode auf den Morgen der Menschheit (Ode to the Dawn of Man), 2010
    • My Son My Son What Have Ye Done (Dans l’œil d’un tueur), 2009
    • La Bohème, 2009
    • Bad Lieutenant – Port Of Call: New Orleans (Bad Lieutenant – Escale à la Nouvelle-Orléans), 2008
    • Encounters at the End of the World, 2007
    • Rescue Dawn, 2006
    • The Wild Blue Yonder, 2005
    • Grizzly Man, 2005
    • The White Diamond, 2004
    • Rad der Zeit (Wheel of Time), 2003
    • Christ and Demons in New Spain, 2002
    • Ten Thousand Years Older, 2001
    • Pilgrimage, 2001
    • Invincible, 2000
    • Gott und die Beladenen (The Lord and the Laden), 1999
    • My Best Fiend, 1999
    • Wings of Hope, 1999
    • Little Dieter Needs to Fly, 1997
    • Tod für fünf Stimmen (Death for Five Voices), 1995
    • Die Verwandlung der Welt in Musik (The Transformation of the World into Music), 1994
    • Glocken aus der Tiefe (Les Cloches des profondeurs), 1993
    Lessons of Darkness, 1992
    • Film Lektionen (Film Lesson), 1991
    • Schrei aus Stein (Scream of Stone), 1991
    • Jag Mandir: Das exzentrische Privattheater des Maharadscha von Udaipur (Jag Mandir), 1991
    • Echos aus einem düsteren Reich (Echos d’un sombre empire), 1990
    • Wodaabe – Die Hirten der Sonne (Wodaabe, les bergers du soleil), 1989
    • Les Gauloises, 1988
    • Cobra Verde, 1987
    • Wo die grünen Ameisen träumen (Le Pays où rêvent les fourmis vertes), 1984
     Gasherbrum – The Dark Glow of the Mountains, 1984
    • Die Ballade vom kleinen Soldaten (La Ballade du petit soldat), 1984
    • Fitzcarraldo, 1982
    • Glaube und Währung – Dr. Gene Scott, Fernsehprediger (God’s Angry Man), 1980
    • Huie’s Sermon, 1980
    • Woyzeck, 1979
    • Nosferatu: Phantom der Nacht (Nosferatu, fantôme de la nuit), 1978
    • La Soufrière, 1977
    • Herz aus Glas (Cœur de verre), 1976
    • Stroszek (La Ballade de Bruno), 1976
    • How Much Wood Would a Woodchuck Chuck, 1976
    • Mit mir will niemand spielen (Personne ne veut jouer avec moi), 1976
    • Jeder für sich und Gott gegen alle (L’Énigme de Kaspar Hauser), 1974
    • The Great Ecstasy of Woodcarver Steiner, 1973
    • Aguirre, der Zorn Gottes (Aguirre, la colère de Dieu), 1972
    • Behinderte Zukunft (Handicapped Future), 1971
    • Land des Schweigens und der Dunkelheit (Pays du silence et de l’obscurité), 1971
    • Auch Zwerge haben klein angefangen (Les Nains aussi ont commencé petit), 1970
    • Fata Morgana, 1970
    • Die fliegenden Ärzte von Ostafrika (The Flying Doctors of East Africa), 1969
    • Maßnahmen gegen Fanatiker (Precautions Against Fanatics), 1969
    • Lebenszeichen (Signes de vie), 1968
    • Letzte Worte (Last Words), 1967
    • Die beispiellose Verteidigung der Festung Deutschkreutz (The Unprecedented Defence of the Fortress Deutschkreutz), 1966
    • Spiel im Sand (Game in the Sand), 1964
    • Herakles, 1962

 

Sorties

Le Grain et l’ivraie , Fernando E. Solanas

Pour Ernestine, Rodolphe Viémont

Godard / Sollers : L’entretien, Jean-Paul Fargier

Love, Cecil (Beaton), Lisa Immordino Vreeland

Upon The Shadow, Nada Mezni Hafaiedh

 

Evenement :

19 Avril

Les Rencontres d’Images documentaires : Andrei Ujica

Organisé par la revue Images documentaires

Centre Pompidou Paris.

Projection
• « L’Autobiographie de Nicolae Ceausescu », réalisation Andrei Ujica, 2010, 180 min

« Trois heures de cinéma condensant les 24 années de pouvoir (1965 à 1989) du Conducator à partir des archives publiques et privées dont le dirigeant roumain a été le commanditaire et le metteur en scène, ou comment l’imagerie officielle finit par se retourner contre son investigateur. Ujica réalise ici un documentaire historique en forme de superproduction romanesque. »

Livre

Varda livre

Agnès Varda : le cinéma et au-delà

Antony Fiant, Roxane Hamary et Eric Thouvenel.

Presses Universitaires de Rennes.

Présentation de l’éditeur :

« Littéraire, fictionnel, documentaire, poétique, politique, court, long, en couleurs, en noir et blanc, le cinéma d’Agnès Varda est de ceux qui incitent aux adjectifs, aux qualificatifs, par amour du mot ou du jeu mais surtout en raison de sa multiplicité et de sa complexité. Depuis 1954, avec près de quarante films, la cinéaste manifeste une liberté créatrice témoignant d’une démarche toujours innovante, d’une volonté d’explorer le cinéma dans toute sa richesse et de lui donner un prolongement par ses récentes installations. Ainsi, dès le début, si La Pointe Courte fut une tentative pré-Nouvelle Vague d’aller à la rencontre de la vie telle qu’elle est, cette intrusion dans le monde réel n’a jamais constitué une fin en soi pour Varda. L’originalité et l’imagination de la cinéaste l’inciteront toujours à dépasser les apparences pour leur préférer sa vérité. Ses films et installations font alors la part belle aux sentiments des protagonistes à travers lesquels elle nous convie à appréhender des univers divers et variés, quels qu’en soient les difficultés ou les drames : celui de Cléo comme en suspens durant une heure et demie d’une attente douloureuse dans Cléo de 5 à 7, celui, utopique et finalement tragique, de François dans Le Bonheur, celui de Mona si réfractaire aux autres dans Sans toit ni loi, celui, forcément cloisonnant, de Quelques veuves de Noirmoutier, celui, ludique et autobiographique, de L’Île et Elle ou bien celui de la France occupée dans son Hommage aux Justes de France. Ce volume est issu d’un colloque international organisé à l’université Rennes 2 en novembre 2007. Il réunit une vingtaine de textes qui mettent en évidence la richesse et la cohérence du cinéma d’Agnès Varda ainsi que ses prolongements et saluent ce parcours unique, d’une liberté jamais démentie. »

V COMME VIE DOC #4

Vie doc, une fois par semaine, l’actu du doc, les festivals, les événements, les sorties, les surprises…

7 Avril 2019

Festivals :

DU 5 AU 13 AVRIL 2019

Vision du réel. 50° édition

Nyon, Suisse.

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Les chiffres de l’édition 2018 :

+40’000 entrées, 174 films en provenance de 53 pays, 78 premières mondiales, 23 premières internationales, 2 premières européennes, 42 premières suisses, 139 réalisateurs présents.

Visions du Réel rend hommage lors de sa 50e édition à Werner Herzog à qui sera décerné le Sesterce d’or Prix Raiffeisen Maître du Réel.

Le cinéaste donnera une Masterclass

La majeure partie de ses documentaires seront projetés au cours du festival, dont son dernier long métrage, Meeting Gorbachev (co-réalisé avec André Singer).

 

Du 10 au 14 avril 2019

FIDÉ • Festival international du documentaire émergent

Paris

fide 2019

Séance spéciale : Is it a true story telling ? Clio Simon

Projection suivie de débat avec Jean-Louis Comolli, réalisateur, scénariste et écrivain. « Chère Clio, j’ai vu ton film que je trouve (évidemment) très remarquable et étonnant. La bande-son (qui est là pour que l’on s’y raccroche) est fort belle. Les quelques plans où tu montres des bâtiments, des coursives, etc. sont également très beaux. Je ne dirai rien de plus des longues plages de noir, qui se suffisent à elles-mêmes et dont, si nous nous voyons un jour, je discuterais la pertinence. Que faire de ce l’on ne veut ou ne peut pas montrer ? Du cinéma, par pitié ! Il s’agit toujours un peu de frustrer le spectateur. De lui réapprendre son infirmité au coeur de la puissance illusoire du « voir ». Ta logique est donc juste. J’espère qu’on en reparlera. Très amicalement, je t’embrasse. JL Comolli »

Sorties :

J’veux du soleil de François Ruffin, Gilles Perret

Une jolie vallée de Gaël Lépingle

Rembrandt de Kat Mansoor

Météors de Gürcan Keltek

Les arbres remarquables, un patrimoine à protéger de Jean-Pierre Duval, Caroline Breton

 

 Livre

geste politique

Qu’est-ce qu’un geste politique au cinéma ?

de Sylvie Rollet (Auteur), Marie Martin (Auteur), Véronique Campan (Auteur)

PUR (Presses universitaires de Rennes), 2019.

Présentation de l’éditeur :

« L’attention portée aux gestes confirme le tournant anthropologique que connaissent depuis quelques années les études cinématographiques. Le geste filmé, le geste de filmer, le geste de recevoir un film et de lui répondre sont les vecteurs d’une expérience partagée : repris, détaillé, le geste filmé s’offre comme réalité sensible et adresse à l’autre. Loin de toute assignation de sens comme de toute obligation de résultat, le geste s’impose ainsi, selon Agamben qui est le fil rouge de ce volume, comme l’une des dernières formes d’expression du politique. L’expérience du film rendrait ainsi possible une nouvelle définition de l’être-ensemble qui constitue le politique : un passage de relais où personne filmée, cinéaste, spectateur, tour à tour s’exposent et (se) regardent. Les textes de ce volume cernent les points de tension où s’impose, dans l’éclat et l’éclair d’un geste, cette dimension politique, entre emprise et émancipation, action militante et mise en scène de soi. C’est surtout dans les formes libres du film-essai ou du documentaire de création, de Pasolini à Godard, de Kiarostami à Kawase, de Farocki à Wang Bing et de ´ilnik à Klotz et Perceval que s’illustrent ces oscillations. Les contributions de trois cinéastes passeurs, Xavier Christiaens, Sylvain George et Sothean Nhieim, perpétuent le geste politique dont est ici proposée l’analyse. »

V COMME VARDA – Documentaire / fiction.

         Dès son premier film, Agnès Varda affirme sa volonté de ne pas rester enfermée dans les clivages et oppositions habituelles du cinéma. Il n’y a pas d’un côté le documentaire et de l’autre la fiction. Documentaire et fiction sont pour elle deux moyens de faire du cinéma, deux moyens qui ont tout à gagner à se rencontrer, chacun pouvant s’enrichir des apports de l’autre. Ainsi la fiction peut trouver dans des pratiques habituellement réservées au documentaire l’occasion de renouveler, de diversifier, ses modalités de présentation et de construction du récit, ce que mettra en application de façon particulièrement efficace Sans toit ni loi.

         C’est ce que fait à sa manière La Pointe courte, son premier film (1954). Ce film est construit autour de deux lignes narratives distinctes qui se développent de façon alternée et dont le point de rencontre est constitué par le lieu où se déroule le film, la Pointe courte, cette avancée de terre dans la mer le long d’un canal à Sète. Le premier récit est une histoire d’amour, celle d’un couple qui, après quatre ans de mariage, s’interroge sur son avenir. Lui est né à la Pointe courte. Elle est parisienne. Il arrive en vacances dans ce lieu qu’il connaît bien et dans lequel il éprouve calme et sérénité. Elle le rejoint cinq jours après pour lui annoncer son intention de le quitter. Pendant les quelques jours de leur séjour, ils vont visiter les lieux, se promener le long du canal, sur la plage, dans le chantier naval, découvrant des bâtiments en ruine ou un vieux bateaux abandonné. Et surtout, ils vont parler d’eux, de leur vie commune, de leur amour, de leur avenir. Varda les filme souvent en gros plans, deux visages l’un à côté de l’autre ou l’un derrière l’autre. Deux visages dont se dégagent une grande sensibilité et beaucoup de poésie.

La deuxième « partie » du film, étroitement entremêlée à la précédente, n’est pas tournée avec des acteurs, mais avec les habitants de la Pointe courte. Varda filme leur vie, leurs activités quotidiennes, leurs problèmes et leurs fêtes. Ils jouent leur propre rôle, comme Flaherty l’avait fait faire à Nanouk et Rouquier aux habitants de Farrebique. La caméra entre dans l’intimité des familles, capte les conflits de génération, les moments de grande douleur (la mort d’un enfant), les difficultés professionnelles à travers l’enquête des services de santé et de surveillance de la pêche aux coquillages dans les étangs. La fête aussi à travers une séquence consacrée aux joutes sétoises et à la soirée de bal qui s’ensuit. Tout cela pouvait très bien donner naissance à un documentaire à part entière. Les thèmes sont suffisamment forts. Et le filmage, relativement concis pouvait avoir plus d’ampleur. Ce n’est pas le choix qu’a fait Agnès Varda. Elle a préféré renouveler à la fois la fiction et le documentaire. Ce qu’elle fait en introduisant de subtiles relations entre les deux parties de son film. En apparence, tout sépare les habitants de la Pointe courte et les deux Parisiens en vacances. Ils ont des préoccupations autrement plus importantes que les aléas de l’amour dans un couple et celui-ci ne semble pas vraiment être concerné par ces problèmes. Mais le film multiplie des allusions d’un axe à l’autre. L’histoire d’amour n’a de sens que parce qu’elle est filmée à la Pointe courte. La séquence des joutes auxquelles le couple assiste en spectateur est particulièrement significative à ce sujet. Lui s’intéresse à un spectacle dont il connaît toutes les règles. Elle n’hésite pas à quitter sa place pour aller chercher des glaces. Il lui avouera plus tard qu’il a cru à ce moment-là qu’elle était définitivement partie. Mais non, elle revient, et ce retour signifie qu’elle poursuivra la vie commune. La vie continue, quoiqu’il arrive à chacun, jusqu’à la condamnation à cinq jours de prison d’un des pécheurs pris en infraction. Telle est la « leçon » que délivre le film. Et c’est pour cela que fiction et documentaire, ici, ne font qu’un seul et même film.

         La correspondance fiction-documentaire prend une autre forme avec les deux films « jumeaux »tournés en même temps en 1982 à Los Angeles, Mur Murs et Documenteur. Le premier est un documentaire et le second une fiction. Du moins ils se donnent explicitement comme tels. Pour le premier, pas de problème. Sa forme respecte une dimension documentaire classique puisqu’il s’agit de partir à la recherche des murals, ces murs peints ancêtres du Street art actuel qui fleurissent sur les murs de Los Angeles et de les filmer accompagnés en off d’un commentaire. Pour Documenteur, les choses sont plus complexes, comme le laisse entendre le titre. L’histoire qui nous est racontée et qui est « jouée » par des acteurs, peut être considérée comme celle que vit la cinéaste au moment de la réalisation du film. Elle est seule avec son enfant à Los Angeles, son compagnon étant resté à Paris. Le côté autobiographique de cette relation mère-fils est inscrit explicitement dans le film dans la mesure où le rôle de l’enfant est tenu par le propre fils d’Agnès Varda, Mathieu Demy alors âgé de 9 ans. A cette implication personnelle, qu’on retrouve sous bien d’autres formes dans les films de Varda, il faut ajouter la présence de plans repris de Mur Murs. Documenteur prend ainsi une dimension non fictionnelle supplémentaire, le film devenant une exploration de la ville californienne vue par une française presque en « exil ». Los Angeles si triste… Ce qui ne peut qu’accroitre la séduction que peut exercer le récit sur le spectateur.

         Mais l’expression la plus parfaite de la volonté de la cinéaste de mettre les procédés du documentaire au service de la fiction se trouve dans Sans toit ni loi (1985). « Procédés » ici ne doit pas être pris dans un sens péjoratif. Disons qu’il s’agit plus précisément de moyens d’expression spécifiques, qui donc ne sont pas – ou alors de façon exceptionnelle – utilisés en dehors de leur domaine courant. Les cinéastes hésitent le plus souvent à bousculer les habitudes du public et la facilité des classifications strictes. Ce n’est pas le cas d’Agnès Varda.

Sans toit ni loi se présente comme une enquête, ce qui déjà est une façon de brouiller les pistes. Le film part de la découverte d’une jeune fille, Mona, retrouvée morte de froid dans un fossé. Qui est-elle ? Comment en est-elle arrivée à cette fin tragique ? Que pouvons-nous savoir de sa courte vie ? Le film est alors un grand feed back partant sur les traces de l’itinéraire de Mona. Où est-elle allée dans cet hiver provençal glacial ? Qui a-t-elle rencontré ? Ce sont justement ces rencontres que la cinéaste effectue à son tour, exactement comme elle le fera plus tard dans la recherche de ceux qui pratiquent une forme de glanage. Ces rencontres Les rencontres de la cinéaste qui retrace l’itinéraire de Mona en feed-back se concrétisent de façon tout à fait naturelle par une interview les mettant face à la caméra. Le film suit alors l’ordre chronologique du vécu de Mona dans les pérégrinations qui ont jalonné son dernier hiver. Le recours à cette pratique habituellement réservée au documentaire a pour principal résultat de vider le film de tout pathos. Si émotion il y a – il n’est certes pas question de la supprimer – c’est celle, dans le film, des dernières rencontres de Mona. Le spectateur lui, est tenu à distance du côté tragique du récit. Il n’appréhende le vécu de Mona que par l’intermédiaire de la parole des personnes interviewées. Ce détour favorise la réflexion plutôt que l’identification pure et simple. Le film ne vise pas seulement à présenter un personnage et à construire un récit sur sa vie et sa mort. Le recours à la forme documentaire insiste sur la nécessité qu’il y a, pour le spectateur, à essayer de comprendre, à tout faire pour analyser les données qui sont mises à sa disposition. Par là, Sans toit ni loi est une réflexion sur la place que le cinéma peut attribuer au spectateur.

VIE DOC #3

31 MARS 2019

Vie doc, une fois par semaine, l’actu du doc, les festivals, les événements, les sorties, les surprises…

Festivals

 Du 29 mars au 7 avril 2019

37e Festival Cinéma d’Alès, Itinérances.

itinérances Alès.jpg

Les hommages :

Alain Cavalier | Mathieu Sapin | Seijun Suzuki | Julie Bertuccelli | Terry Davies | Yann LeQuellec

Dans une programmation foisonnante des inédits et avant-premières :

100 kilos d’étoile de Marie-Sophie Chambon

Au temps où les arabes dansaient De Jawad Rhalib

Bains Publics de Kita Bauchet

Le Cercle des petits philosophes de Cécile Denjean

Ceux qui restent d’Eliane Raheb

Coming Out de Denis Parrot

De cendres et de braises de Manon Ott

L’Époque de Matthieu Bare

Fragments de rêves de Bahïa Bencheikh-El-Feg

Le Grain et l’Ivraie de Fernando Solanas

J’aime bien chanter Traviata de Bernard Bloch

Je n’aime plus la mer d’Idriss Gabel

Je vois rouge de Bojina Panayot

J’veux du soleil !de Gilles Perret et François Rufin

Laissez-moi aimer de Stéphanie Pillonca

Midnight Oil 1984 de Ray Argall

Monrovia, Indiana de Frederick Wisem

La Mort en face de William Karel et Nellu Cohn

L’Oreille décollée de Lucie Szechter

Salman Rushdie, la mort aux trousses de William Karel

 

Du 2 au 7 avril 2019

Rencontres internationales du moyen métrage

16° Festival de Brive

moyen métrage Brive affiche

Dans la compétition internationale on relève les documentaires suivants :

 VIVIR ALLI NO ES EL INFIERNO, ES EL FUEGO DEL DESIERTO. LA PLENITUDO DE LA VIDA, QUE QUEDO AHI COMO UN ARBOL de Javiera Véliz Fajardo 2018, Chili – Brésil, 59 min

CE N’EST QU’APRES de Vincent Pouplard
2019, France, 30 min

FILM CATASTROPHE de Paul Grivas
2018, France, 54 min

JUSTE UN JEU de Daniela Lanzuisi
2018, France, 59 min

PRESQUE UN SIECLE de Pascale Bodet
2019, France, 52 min

TOPO Y WERA de Jean-Charles Hue
2018, France, 49 min

TOUCHING CONCRETE d’Ilja Stahl
2017, Allemagne – Afrique du Sud, 58 min

TSUMA MUSUME HAHA d’Alain Della Negra et Kaori Kinoshita
2019, France, 31 min

 

FIGRA 2019

Les Écrans de la Réalité | Festival International du Grand Reportage d’Actualité et du Documentaire de Société. 26ème édition

Palmarès

GRAND PRIX DU FIGRA plus de 40 minutes :

DARAYA, LA BIBLIOTHEQUE SOUS LES BOMBES de Delphine Minoui et Bruno Joucla – 64 min – France – 2018

PRIX SPÉCIAL DU JURY :

CONGO LUCHA de Marlène Rabaud – 61 min – France / Belgique – 2018

PRIX SCAM DE L’INVESTIGATION :

BNP PARIBAS, DANS LES EAUX TROUBLES DE LA PLUS GRANDE BANQUE EUROPÉENNE de Thomas Lafarge et Xavier Harel – 84 min – France – 2018

PRIX REPORTERS SANS FRONTIÈRES pour les droits humains en hommage à Olivier Quemener :

LIBYE, ANATOMIE D’UN CRIME de Cécile Allegra – 70 min – France – 2018

PRIX ARNAUD HAMELIN SATEV-FIGRA :

COREE DU NORD : LES HOMMES DU DICTATEUR de Marjolaine Grappe – 63 min – France – 2018

MENTION SPECIALE :

LES GUERRIÈRES DE LA PAIX d’Hanna Assouline et Jessica Bertaux – 55 min – France – 2018

PRIX DU JURY JEUNES :

DARAYA, LA BIBLIOTHEQUE SOUS LES BOMBES de Delphine Minoui et Bruno Joucla – 64 min – France – 2018

PRIX DU PUBLIC :

CONGO LUCHA

GRAND PRIX DU FIGRA moins de 40 minutes :

MEXIQUE : À LA RECHERCHE DES MIGRANTS DISPARUS d’Alex Gohari et Léo Mattei – 24 min – France – 2018

MENTION SPÉCIALE DU JURY moins de 40 minutes :

TURQUIE : L’ENQUÊTE INTERDITE de Laurent Richard – 31 min – France – 2018

PRIX TERRE(S) D’HISTOIRE :

LE PROCÈS D’AUSCHWITZ, LA FIN DU SILENCE de Barbara Necek, 52 min – France – 2018

MENTION SPÉCIALE DU JURY :

LA GRANDE GUERRE DES HARLEM HELLFIGHTERS de François Reinhardt – 90 min – France – 2018.

PRIX DES ACTIVITÉS SOCIALES DE L’ÉNERGIE :

AU PIED DU MUR. ITALIE-FRANCE, LA FRONTIÈRE SOLIDAIRE de Peggy Bruguière et James Keogh – 52 min – France – 2018

PRIX AUTREMENT VU décerné par le public :

FAUT-IL ARRETER DE MANGER LES ANIMAUX ? de Benoît Bringer – 72 min – France – 2018

PRIX COUP DE POUCE :

LES FEMMES DE FER Un projet d’Élisabeth Silveiro

MENTION SPÉCIALE COUP DE POUCE :

DOYENNES Un projet de Giulia Montineri

 PRIX AÏNA ROGER ESJ LILLE – FIGRA :

LES GUERRIÈRES DE LA PAIX d’Hanna Assouline et Jessica Bertaux – 55 min – France – 2018

Sorties en salle du 27 mars :

Still Recording de Saaed Al Batal, Ghiath Ayoub, Syrie, 2h 08 min.

Heart Of A Dog de Laurie Anderson, 1h 15min.

D’Agata – Limite(s) de Franck Landron 1h 19 min

La Cacophonie du Donbass, de Igor Minaiev, 1h 02 min.

Bağlar de Melis Birderet Berke Baş, Turquie, 1h 20 min

Evénements

Les dimanches de Varan

Cycle de réflexion sur le cinéma

Le 7 avril à 10h :

Le documentaire authentique selon Raoul Ruiz, par Bernard Pautrat et François Ede

 

Livre

 Montage. Une anthologie (1913-2018)

Collectif, Bertrand Bacqué, et al.

Presse du réel

montage

Une anthologie monumentale de textes consacrés au montage cinématographique, du début du XXe siècle à nos jours.

Textes de Lev Koulechov, Dziga Vertov, Sergueï Eisenstein, Fernand Léger, Luis Buñuel, Abel Gance, Béla Balázs, Anne Bauchens, André Berthomieu, Jean Epstein, André Bazin, Isidore Isou, Karel Reisz, Guy-Ernest Debord, Henri Colpi, Jean-Luc Godard, Orson Welles, Roberto Rossellini, Stan Brakhage, Gregory Markopoulos, Alfred Hitchcock, Jacques Rivette, Pier Paolo Pasolini, Artavazd Péléchian, Robert Bresson, Rosalind Krauss, Johan van der Keuken, Peter Kubelka, Andreï Tarkovski, Harun Farocki, Gilles Deleuze, Serge Daney, Thierry Kuntzel, Giorgio Agamben, Jacques Rancière, Danièle Huillet & Jean-Marie Straub, Georges Didi-Huberman…

Hommage

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Agnès Varda. L’Abécédaire.

Des mots clé, pour se repérer dans son œuvre  cinématographique.

Amérique

Elle y a vécu. Elle y a travaillé. C’est-à-dire qu’elle y a réalisé des films. Pourtant, elle n’est pas devenue américaine pour autant. Surtout pas dans son cinéma. Qui ne rentre pas vraiment dans les cadres hollywoodiens.

Amis

Elle sait parler d’eux. Les évoquer simplement, mais toujours avec pertinence. Des cinéastes bien sûr, de Marker et Godard à Manoel de Oliveira en passant par Alain Resnais. Des peintres et des plasticiens aussi, en France ou dans le monde entier. Et quand elle leur rend visite elle n’hésite pas à les filmer. Des portraits empathiques comme celui consacré à Soulage.

Art

Elle est une artiste éclectique, qui touche à tout, qui s’intéresse à tout, à tout ce qui est création. De la photographie au cinéma bien sûr. Mais aussi aux arts plastiques, dans leurs formes les plus contemporaines. Aucune forme d’expression artistique ne lui est étrangère.

Autobiographie

Sa vie est très présente dans son cinéma. On peut même dire que sa vie inspire ou alimente une grande partie de son cinéma. De toute façon elle a fait de sa vie un film, Les Plages d’Agnès, une véritable autobiographie filmée, qui ne concerne donc pas que la cinéaste, mais surtout la femme, une femme qui est aussi une épouse et une mère. Un film où elle remonte le temps jusqu’à sa naissance à Bruxelles, qui séjourne longuement à Sète où elle a tourné son premier film et qui revient toujours à Paris, dans la maison de la rue Daguerre où elle vit encore. Et la présence, constante dans tant de ses films, de Jacques Demy.

Californie

La rencontre avec les hippies, une époque, une façon de vivre. Beaucoup de rêves.

Cinéma

Le cinéma est pour elle bien plus qu’une affaire de famille : le sens de toute une vie, une vie de cinéma dont elle a su faire des films. Outre 20 longs métrages et seize courts, elle est auteur d’une multitude de « boni », mot qu’elle n’a pas inventé, car chaque latiniste sait bien qu’un pluriel n’a pas la même terminaison qu’un singulier, mais qu’elle est la seule à employer. Ils figurent sur les DVD de ses films édités par sa propre société, Ciné-Tamaris

Courts

Non pas des courts-métrages, mais des films courts, c’est-à-dire des films à part entière. Des fictions, des documentaires. Comme toujours, Varda n’a pas d’exclusive. « Touristiques », « contestataires », « cinévardaphoto », « parisiens », Agnès Varda a elle-même proposé, dans leur édition DVD, une classification de ses films courts Une aide bien venue pour se retrouver dans la profusion de cette production abondante et particulièrement diverse. Tous ces films courts ne sont pas des documentaires au sens traditionnel du terme. Traditionnel, aucun ne l’est d’ailleurs vraiment.

Demy Jacques

En 1991, Jacquot de Nantes, une reconstitution, cette autre forme de documentaire, de l’enfance de Demy. 1993, L’Univers de Jacques Demy, une présentation, par ordre chronologique, de l’ensemble de l’œuvre du cinéaste. Elle raconte des anecdotes familiales mais aussi professionnelles, évoque parfois leur vie intime (sa grossesse), mais surtout elle nous donne à voir des images de Jacques Demy. Toutes sortes d’images, des photos, des archives des tournages de ses films, dirigeant les acteurs ou réglant un détail du décor (son légendaire perfectionnisme), des extraits d’entretiens où il évoque les conditions de mise en œuvre de ses projets (commandes ou point de départ plus personnels). Un dernier hommage posthume au cinéaste et au père de ses enfants.

Engagement

Auprès des femmes et des luttes féministes ; auprès des noirs américains et des luttes pour les droits civiques. Varda n’est pas la militante d’un parti. Mais elle prend position. Des convictions, qu’elle s’efforce de faire partager. Et elle y réussit, sans insistance, sans lourdeur. Simplement par sa sincérité.

Féminisme

Elle signe en 1971 le manifeste des 343 salopes. En 1975, « année de la femme », elle répond à la demande d’Antenne 2 qui pose, à sept femmes, la question : « Qu’est-ce qu’une femme ? ». La réponse devait être traitée en 7 minutes. Toujours impertinente, Varda le fera en 8 minutes (Réponses de femmes, 1975). A cette occasion, elle invente le « cinétract », genre qui aurait pu avoir une descendance plus importante. Varda filme donc des femmes. jeunes ou vieilles, nues ou habillées, des bébés, des enfants, seules ou en groupe, enceintes ou portant un enfant dans les bras, de face, de profil, en gros plan ou en pied…S’adressant directement à la caméra, elles parlent de maternité, de désir, de sexe, de leur place dans la société, la société des hommes, dominée par les hommes. Elles évoquent aussi l’image, exemples à l’appui, que renvoie d’elles la publicité. « Ca va changer » dit plusieurs fois une adolescente

Fiction

Dès son premier film, Agnès Varda affirme sa volonté de ne pas rester enfermée dans les clivages et oppositions habituelles du cinéma. Il n’y a pas d’un côté le documentaire et de l’autre la fiction. Documentaire et fiction sont pour elle deux moyens de faire du cinéma, deux moyens qui ont tout à gagner à se rencontrer, chacun pouvant s’enrichir des apports de l’autre. Ainsi la fiction peut trouver dans des pratiques habituellement réservées au documentaire l’occasion de renouveler, de diversifier, ses modalités de présentation et de construction du récit, ce que mettra en application de façon particulièrement efficace Sans toit ni loi.

Glaner

Agnès Varda, se définit elle-même comme une « glaneuse d’images ». C’est dans ce sens qu’elle nous invite à comprendre le sens profond de son travail de documentariste. Ce qui ne veut pas dire que les images qu’elle nous propose soient ce que d’autres ont rejeté, mis à la poubelle ou laissé en friche. Le glanage d’Agnès Varda n’est pas de l’ordre de la récupération de déchets. Il faut le comprendre dans un sens plus positif. Ce qu’elle glane, ce sont les images que les autres, tous les autres ou du moins la majorité des cinéastes, négligent. Ce à quoi ils ne portent pas attention, ce qui ne les intéresse pas parce qu’ils croient que cela n’intéressera pas le public. Ce que filme Varda, c’est ce qui n’est pas cinématographiquement correct. Et elle le fait d’une manière toute personnelle. Au fil de ses déplacements et de ses rencontres. Presque par hasard. Au fil de sa vie en tout cas.

Noirs

Blacks Panthers (1968), réalisé en 1968 A Oakland, en Californie, lors du procès d’un des leaders du parti, Huey Newton. Sur la pelouse, devant le palais de justice, Varda va et vient. Elle filme les enfants, les femmes, les musiciens sur l’estrade où prendront la parole les orateurs. Elle filme aussi les groupes de Black Panthers dans leurs défilés militaires. Elle interroge ceux qui sont venus. Pourquoi sont-ils là ? Dans sa prison elle interroge le leader noir. Dehors ses porte-parole développent leurs positions politiques. Un engagement en faveur de la liberté et de l’égalité.

Paris, rue Daguerre

Partir de la rue Daguerre pour aller explorer le monde (de Cuba à l’île de Noirmoutier en passant pas Los Angeles). Revenir à la rue Daguerre pour, de là, comprendre le monde. Revenir toujours à la maison de la rue Daguerre. Cette maison est le lieu où tous les voyages dans tous les coins du monde finissent toujours par aboutir, le lieu où il faut revenir, pour se poser, se reposer, se ressourcer. Mais un lieu où il faut continuer à faire du cinéma car pour Agnès, il n’est pas possible de vivre sans filmer.

Photographie

Elle a commencé sa carrière artistique par la photographie, une activité professionnelle, au TNP de Jean Villard. Ses portraits de Gérard Philippe à Avignon sont justement célèbres. Devenue cinéaste, elle n’abandonne pas pour autant la photographie. Plusieurs de ses films en sont la preuve. Celui sur Cuba en particulier, réalisé entièrement à partir des photos prises lors de son voyage dans le pays (Salut les Cubains, 1962-1963). Mais aussi Ulysse (1982) où elle commente de façon très précise une de ses propres photos prises quelques 28 ans auparavant.

https://dicodoc.blog/2016/07/22/v-comme-varda-agnes/