V COMME VIE DOC #1

 VIE DOC #1

18 mars

Vie doc, une fois par semaine, l’actu du doc, les festivals, les événements, les sorties, les surprises…

Les festivals.

Cette semaine, ouverture du Cinéma du réel, Paris, Centre Pompidou.

41° édition, la première sous la direction de Catherine Bizern,  nouvelle Déléguée générale.

Une soirée d’ouverture remarquée avec la projection du dernier film de Yolande Zauberman, M. Le film doit sortir en salle dans toute la France

La sélection française est, sur le papier, particulièrement relevée :

Amara de Pierre Michelon ; Berlin Based de Vincent Dieutre ;  Brise-lames de Hélène Robert et Jeremy Perrin ; Capital retour de Léo Bizeul ; Forbach Swing de Marie Dumora ; Green Boys d’Ariane Doublet ; Le Bon grain et l’ivraie de Manuela Frésil ; Niblock’s Sound Spectrums – Within Invisible Rivers de Thomas Maury ; Paris Stalingrad de Hind Meddeb et Thim Naccache ; Sankara n’est pas mort de Lucie Viver

A noter dans les sections non compétitives :

Une rencontre avec Kevin Jerome Everson pour une masterclass et la projection de plusieurs de ses films

Fabriquer le cinéma propose des films sur le cinéma, AK de Chris Marker, Journal d’un montage d’Annette Dutertre ; Notre nazi de Robert Kramer ; Où gît votre sourire enfoui ? de Pedro Costa ; Scénario du film passion de Jean-Luc Godard ; Travaux sur Rapports de classes de Harun Farocki ; Un tournage à la campagne d’Alain Fleischer, entre autres.

On retrouve d’ailleurs Robert Kramer avec deux autres films, Dear Doc et Maquette

Un hommage sera rendu à Henri Stork, dont on verra au Centre Wallonie-Bruxelles Misère au Borinage coréalisé avec Joris Ivens qui sera accompagné du film de Patric Jean Les enfants du borinage, lettre à Henri Storck

Enfin cette très riche section propose deux films de Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville Reportage amateur (maquette expo) et Soft and Hard.

Autre événement important, le focus Yolande Zauberman, à l’honneur avec son dernier film, M, en soirée d’ouverture et la projection de Classified People ; Un Juif à la mer ; Would You Have Sex With an Arab?

Comme il n’est pas possible de tout mentionner, on se reportera au site du festival pour consulter l’ensemble de la programmation (la compétition internationale, la section Premières fenêtres et les séances spéciales) et la grille horaire des projections. http://www.cinemadureel.org/

La soirée de clôture propose Ne croyez surtout pas que je hurle de Frank Beauvais.

cinéma du réel

Du 20 au 26 Mars :

36e édition des Rencontres du Cinéma Latino-Américain

Cinéma Jean Eustache Pessac Gironde

La thématique de cette édition : « Les femmes et leurs luttes en Amérique-Latine ».

Pour la soirée d’ouverture le 20, la programmation qui fait la part belle aux documentaires propose Sexe, prêches et politique en présence du coréalisateur Michael Gimenez

Notons aussi dès à présent la séance du 25 mars avec la projection de Le Grain et L’Ivraie de Fernando Solanas suivie d’une rencontre avec le réalisateur

Les sorties de la semaine :

Depuis Médiapart de Naruna Kaplan de Macedo. Critique ici : https://dicodoc.blog/2019/03/11/m-comme-mediapart/

McQueen de Ian Bonhôte, Peter Ettedgui.

Quand je veux si je veux de Susana Arbizu, Henri Belin, Nicolas Drouet

Un lien qui nous élève de Oliver Dickinson

Wall de Moran Ifergan

Les yeux de la parole de Moran Ifergan

Souviens-toi de ton futur d’Énora Boutin. Critique ici :

https://dicodoc.blog/2018/01/15/a-comme-agroecologie/

médiapart affiche

Revue

Images documentaires n°94/95 (mars 2019

Archives, matière et mémoire

Sommaire

Introduction par Catherine Blangonnet-Auer

Dans l’atelier du montage, entretien avec Henry Colomer

Andrei Ujica, l’archiviste en autobiographe, par Arnaud Hée

Bill Morrison, entre le feu et la glace, par Raphaël Nieuwjaer

Jean-Gabriel Périot, une histoire visuelle de la violence, par Jessica Macor

Films

  • La Bataille d’Alger, un film dans l’histoire, de Malek Bensmaïl
  • Chjami è rispondi, d’Axel Salvatori-Sinz
  • Comme elle vient, de Swen de Pauw
  • Dans la terrible jungle, de Caroline Capelle et Ombline Ley
  • D’ici là, de Matthieu Dibelius
  • Le Loup et les Sept Chevreaux, d’Elena Gutkina et Genrikh Ignatov
  • M, de Yolande Zauberman
  • Quelle folie !, de Diego Governatori
  • Les Révoltés, de Jacques Kebadian et Michel Andrieu
  • Santiago, Italia, de Nanni Moretti
  • Les Yatzkan, d’Anna-Célia Kendall

Sorties DVD (sélection)

Trajectoire : A la recherche d’un pays qui n’existe plus, entretien avec Mila Turajlic

images docs

Evénement :

Le 19 mars

20h30. Eglise Saint-Merry Paris 4°.

Rencontre avec LARRY GOTTHEIM, grand nom du cinéma expérimental américain des années 70.

Projection de CHANTS AND DANCES FOR HAND (1991-2016, 45 min).

Le 25 mars

Dans le cadre des Documentaires du lundi, au MK2 Quai de Loire

Avant-Première Still Recording, Organisé par Arizona Distribution et PCMMO – Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient

En présence du réalisateur Ghiath Ayoub

V COMME VENEZUELA.

Femmes du chaos vénézuélien, Margarita Cardenas, France/Venezuela, 2018, 83 minutes.

Le Venezuela est au bord du gouffre. Une crise économique sans précédent, la pénurie des produits de première nécessité, le marché noir qui se développe. Et la corruption généralisée. A ce tableau noir s’ajoute l’insécurité, la violence, les enlèvements, les assassinats. Peut-on vivre dans ce pays qui pourtant a été prospère et qui possède des ressources, en pétrole surtout, importantes. Beaucoup de vénézuéliens ont choisi de partir. Et comme tous les exilés, ils espèrent revenir bientôt. Mais le départ est-il accessible à tous ?

femmes du chaos kim

Margarita Cardenas a choisi de montrer la situation de son pays à travers la vie de cinq femmes, qui représentent la diversité du pays et les différents domaines où les difficultés s’accumulent. Elles sont d’âge différent (l’une d’elle est retraitée, les autres de jeunes mamans), et de condition sociale différente (l’une est au chômage, les autres ont un emploi). <mais toutes ont des difficultés pour nourrir leurs enfants et doivent s’accommoder des longues files d’attente et du système de numéro d’ordre qui semble bien peu rationnel. Elles ne sortent plus seules la nuit et même en voiture, le jour, dans les rues de Caracas, elles ont peur d’être agressées. Une peur qui ne les quitte plus.

femmes du chaos Maria

Chaque cas présenté est donné comme significatif d’une situation plus globale. En premier lieu, la pénurie dans le système hospitalier est montrée à travers une journée de travail d’une infirmière, Kim, qui n’a plus de seringue dans son service pour faire les piqures. La deuxième femme, la plus aisée financièrement grâce à son emploi (« community manager ») dénonce le manque d’eau une bonne partie de la semaine. Enceinte, elle accumule les couches pour être sûre de ne pas en manquer à la naissance de son bébé. Avec Eva qui elle est au chômage, nous suivons les difficultés d’approvisionnement. Elle passe souvent la nuit sur le lieu d’arrivée des camions de nourriture pour être sûre d’être sur place au lever du jour.

femmes du chaos luisa

Les deux derniers cas évoquent plus directement la violence et le système policier qui se développe. Le fils de Luisa a été arrêté et elle essaie, elle qui était commissaire de police, de savoir pourquoi. Il ne sera libéré qu’après deux ans de prison, sans explication. Pour sa mère, il était un prisonnier d’opinion.

femmes du chaos olga

Le dernier cas, celui d’Olga, est le plus tragique. Elle raconte comment son fils de 16 ans a été assassiné devant elle, dans sa chambre, au milieu de la nuit, par des « hommes en noir ». La seule chose qu’ils diront à la mère, c’est qu’ils se sont trompés. Son fils n’était pas celui qu’ils cherchaient. Olga porte plainte, mais arrivera-telle à obtenir que justice soit rendue. Le film se termine sur une plage où, seule, elle marche sur le sable en ruminant son besoin de vengeance.

Décidemment dans ce film, tout est bien noir dans la situation du Venezuela. La cinéaste n’évoque pas de solution politique. Mais il est clair que son film constitue une argumentation pour le remplacement du pouvoir en place.

V COMME VILLE – Filmographie.

La ville dans le cinéma documentaire.

Des capitales surtout. Des Mégalopoles. Pour la foule dans les rues ou les transports, et la hauteur des immeubles. Mais aussi des villes plus petites, plus humaines, ou souvent on prend le temps de vivre, dans des quartiers où on retrouve une vie de village.

Comme on le dit souvent, une ville peut-être un personnage de film. C’est-à-dire qu’elle n’est pas simplement un décor, un lieu ou un espace. Elle a une vie. Et elle donne vie à d’autres personnages. C’est évident pour des films de fiction (oh combien nombreux). Dans le cinéma documentaire la ville peut-être filmée pour elle-même bien sûr (Berlin ou Nice pour les films muets). Mais elle peut aussi faire partie du film à côté d’autres préoccupations. Mais souvent c’est elle qui donne sens au film. S’il se passe dans tel ou tel ville, il ne pourrait pas se passer ailleurs.

Beaucoup de cinéastes documentaristes hésite souvent à vouloir donner une vue globale de la cité (n’est pas Van der Keuken qui veut et son Amsterdam, global village est un cas presque unique). Beaucoup préfère se limiter (se donner une limite) à un quartier, avec sa spécificité, son atmosphère propre. S’il s’agit d’un quartier appelé à disparaître (beaucoup de ville s’agrandissent – ou se rénovent – au détriment de ce qu’elles ont de plus ancien, de plus historique), alors le documentaire fait œuvre de mémoire en gardant trace de ce qui a été et qui n’est plus. Mais alors c’est la quête des plus petits détails qui peut devenir la démarche filmique, pour percer un peu de ces secrets qui risquent de se perdre. Le cinéma de la ville est alors nécessairement intimiste. C’est dans la vie privée de ses habitants qu’il faut aller chercher la spécificité urbaine de leur existence. Et bien souvent ils ne quittent qu’à regret leur habitation, même si elle est devenue insalubre, même si elle n’est qu’un bidonville (c’est ce que nous montre avec force Wang Bing dans la deuxième partie de A l’ouest des rails). Filmer ses habitants, c’est bien sûr filmer la ville. L’un ne va pas sans l’autre. On ne peut filmer une ville sans filmer ses habitants. Et filmer les habitants d’une ville c’est filmer la ville elle-même, comme le fait si bien Denis Gheerbrant pour Marseille.

Petit tour du monde.

Abidjan

Moi un noir de Jean Rouch

 

Accra

Les Maîtres fous de jean Rouch

maîtres fous 1

 Alexandrie

Mafrouza d’Emmanuelle Demoris

 Alger

Bienvenue à Madagascar de Franssou Prenant

 Amsterdam.

Amsterdam, global village de Johan van der Keuken

Bagdad

Homeland : Irak année zéro de Abbas fahdel

irak 6

 Barcelone

En construcción de  José Luis Guerin

Bénarès

Le Passeur de Gianfranco Rossi

Berkeley

At Berkeley de Frederick Wiseman

Berlin.

Berlin, symphonie d’une grande ville de Walter Ruttmann

berlin 24

 Bologne

Bologna centrale de Vincent Dieutre

Buenos Aires

Avenue Rivadavia de Christine Seghezzi

 Después de la revolucíon de Vincent Dieutre

 Calais

Qu’ils reposent en révolte de Sylvain George

 Calcutta

Calcutta  de Louis Malle

calcutta 24

Chongqing

Derniers jours à Shibati de Hendrick Dusollier

 Clermont-Ferrand

Le chagrin et la pitié de Marcel Ophuls

Clichy

Clichy pour l’exemple d’Alice Diop

 Detroit

City of dreams. Detroit une histoire américaine de Steve Faigenbaum

Forbach

Retour à Forbach de Régis Sauder

Gênes

La bocca del lopo, Pietro Marcello

 Kinshasa

Kinshasa Makambo de Dieudo Hamani

 La Nouvelle Orléans

 Tchoupitoulas de Bill et Turner Ross

 Le Caire

Tahrir, place de la libération de Stéphano Savona

Lisbonne

Dans la chambre de Vanda de Pedro Costa

 Los Angelès

Mur Murs d’Agnès Varda

Marseille

La République Marseille de Denis Gheerbrant

Marseille contre Marseille de Jean-Louis Comolli

Marseille contre Marseille III 6

 New York

In Jackson Heights de Frederick Wiseman

Taxiway d’Alicia Harrison

 Nice.

À propos de Nice de Jean Vigo

a propos de Nice 9

 Odessa.

L’homme à la caméra de Dziga Vertov

 Ouagadougou

Ouaga girls de Thérésa Traore Dahlberg

Paris

Amour rue de Lappe de Denis Gheerbrant

Daguerréotypes d’Agnès Varda

Paris de Raymond Depardon

Carnet de notes sur vêtements et villes de Wim Wenders

Jaurès et Bonne-Nouvelle de Vincent Dieutre

Géographie humaine de Claire Simon

Place de la République de Louis Malle

Le joli mai de Chris Marker

Chats perché de Chris Marker

Paris est une fête de Sylvain George

paris est une fete2

Pékin

Dimanche à Pékin de Chris Marker

Comment Yukon déplaça les montagnes de Joris Ivens et Marceline Loridan

Perpignan

Cas d’école de Christophe Coello

 Phom Penh

S 21 de Rithy Panh

 Rio de Janeiro

Edificio Master de Edouardo Coutinho

Rome

Rome désolée de Vincent Dieutre

Sacro Gra de Gianfranco Rosi

 Sao Paulo

Le rêve de Sao Paulo de Jean-Pierre Duret et Andréa Santana

reve sao paulo 10

Santiago

La bataille du Chili de Patricio Guzman

Sarajevo

Sarajeviens de Damien Fritsch

Sarajevo film festival de Johan Van der Keuken

 Sète

Les plages d’Agnès d’Agnès Varda

Tel Aviv

Là-bas de Chantal Akerman

Tokyo

Sans soleil de Chris Marker

Valparaiso.

À Valparaiso de Joris Ivens

Savador Allende de Patricio Guzman.

Vienne

Vienne avant la nuit de Robert Bober

V COMME VILLE MODÈLE.

Grande-Synthe, Béatrice Camurat Jaud, 2018,

Grande-Synthe, une ville où tout le monde aimerait vivre ? Pas exactement. Car la ville connaît bien des problèmes. Mais elle sait y faire face. Et la cinéaste ne cache pas son admiration.

Grande-Synthe est située sur la mer du nord, à proximité d’un complexe sidérurgique (ArcelorMittal-Dunkerque)  et d’une centrale nucléaire. Bonjour la pollution !

Elle n’est pas non plus très loin de Calais et lors du démantèlement de la « jungle » elle a connu un afflux de migrants candidats au passage en Angleterre. Comment les accueillir ?

grande synthe 2

Et puis le taux de chômage est important, supérieur à la moyenne nationale.

Dans ces conditions comment peut-il faire bon vivre à Grande-Synthe ?

En trouvant des solutions à ces problèmes Oh, pas des solutions miracle qui résoudraient toutes les difficultés d’un seul coup. Mais des actions quotidiennes, mobilisant les citoyens et les gens de bonne volonté.

grande synthe 6

Pour la transition écologique, des jardins « ouvrier » sont créés au pied des immeubles et les cantines scolaires sont devenues entièrement bio.

Pour les réfugiés un camp va pouvoir les héberger et avec l’aide des associations (Emmaüs en particulier) ils seront nourris. Bien sûr cela ne résout pas tout et les tensions entre les différentes communautés subsistent, jusqu’à l’affrontement, comme le prouve l’incendie du camp.

Pour le chômage, c’est plus difficile…Mais si on peut au moins créer des conditions d’un bien-vivre, ce ne serait déjà pas si mal.

Le film entremêle plusieurs types d’éléments.

grande synthe

D’abord il joue beaucoup sur la qualité des images, que ce soit celles des usines, souvent filmées la nuit, avec leur jeu de lumière et le feu des hauts-fourneaux à quoi s’ajoute les volutes de fumées dans le ciel. Il en est de même pour la séquence consacrée au carnaval, avec ses gros plans sur les visages peints, les fanfares et la foule en liesse. Comme quoi tout n’est pas gris et terne dans le nord.

Deuxième élément du film, l’entretien avec le maire, omniprésent tout au long du film. Il faut dire qu’il sait parfaitement présenter son action, et l’on ne peut qu’être séduit par sa sincérité, son enthousiasme et l’émotion qu’il n’arrive pas toujours à dissimuler.

grande synthe 4

Enfin, le film est jalonné par les interventions d’un petit groupe de jeunes comédiens. Ils montent une pièce sous la direction d’une metteure en scène en résidence au théâtre de la ville. Dans les rues ils déclament, souvent avec véhémence, des textes engagés qui n’éclairent pas vraiment la situation de la ville d’un jour nouveau. Le maire, lui, est plus mesuré dans ses propos et finalement plus agréable à écouter.

Grande-Synthe laboratoire de l’avenir ? Peut-être. En tous cas ce que montre le film, c’est que la pire des choses serait dans l’inaction.

grande synthe 7

V COMME VIEILLESSE

Dieu sait quoi, Fabienne Abramovich, Suisse, 2004, 59 minutes.

Filmer la vieille n’est pas chose facile. Donner la parole à des personnes âgées risque toujours de ne pas éviter le pessimisme systématique, la tristesse de l’impuissance, la nostalgie du bon vieux temps (tout était tellement mieux autrefois, et décidemment plus rien n’est comme avant) voir la désespérance ou même l’angoisse de la mort.

dieu sait quoi

Fabienne Abramovich évite tous ces écueils et réussi à faire un film qui, sans tomber dans l’optimisme béat, respire la joie de vivre et nous donne une véritable leçon de bonheur. D’ailleurs son sous-titre est parfaitement explicite : « la vie heureuse ».

dieu sait quoi 2

Pour cela elle plante sa caméra au parc des Buttes Chaumont où se retrouve, presque toujours sur le même banc, un groupe de retraités habitant le quartier, et qui viennent là pour se retrouver entre amis, et passer un moment à bavarder de tout et de rien. Une façon de ne plus être seul bien sûr, mais aussi de prendre l’air, tout simplement, et faire un peu d’activité physique. Une façon aussi d’être à l’écoute des autres, et lorsqu’ils sont frappés par la maladie ou un deuil, de se rendre compte qu’il y a toujours plus malheureux que soi.

dieu sait quoi 4

Pourtant, tous les sujets qui pourraient nous entraîner vers la morosité sont bien au cœur des conversations entre ces femmes et ces hommes  que nous retrouvons tout au long du film, seul ou en petit groupe. Ils évoquent bien les maladies des uns et des autres, les pertes de mémoire, le temps qui passe et la mort qu’ils ne peuvent ignorer. Mais ils le font presque toujours avec le sourire, ou du moins sans pathos. Ils n’ont rien à reprocher à la vie, ou alors ils le gardent pour eux. Et quand ils évoquent « l’autre monde », c’est pour plaisanter sur le choix entre le paradis et l’enfer…De toute façon, les préoccupations terre à terre – ce qu’on mange le soir, ou le temps qu’il fait – reviennent toujours sur le tapis.

dieu sait quoi 6

Le film est aussi une vision très douce et agréable de la vie du parc, ce havre de paix non loin de la circulation. Filmé en plans fixes, le plus souvent, nous suivons la succession des saisons, la neige en hiver, l’orage en été et tous ces jeunes allongés sur les pelouses, et lorsque l’automne revient, il ne faut pas oublier de ressortir manteau et bonnet. Dans le parc il y a aussi des gens qui marchent, d’autres qui courent ou qui font des étirements, il y a une calèche pour enfants et de magnifiques paons sur la pelouse.

Ces retraités ont-ils retrouvé le vrai sens de l’épicurisme, non pas la recherche effrénée du plaisir, mais se réjouir d’échapper à des malheurs plus durs que ceux que l’on vit?

V COMME VARDA – Contestation.

Oncle Yanco, Black Panthers, Réponse de femmes, Agnès Varda, 18-27-8 minutes.

Oncle Yanco (1967) est un film de famille, la famille d’Agnès. Un film hommage à cet oncle qu’elle ne connaissait pas et qu’elle va rencontrer lors d’un séjour à San Francisco. Un film qui a donc un petit côté autobiographique  – au sens où il parle de la vie de la cinéaste. D’ailleurs l’oncle présente son arbre généalogique, où Agnès figure bien entendu. Nous découvrons donc avec elle ses origines, ce qui permet de situer ses parents et même sa descendance (Rosalie uniquement à l’époque).

varda contestation 2

Le film de Varda est aussi un film sur l’art, puisque son oncle est peintre. Il nous présente ses toiles, filmées en gros plans fixes, de façon toute simple. Et Agnès ajoute c(est un film sur l’intelligence et le talent de cet oncle dont on sent qu’elle est devenue, dès les premiers moments, une fervente admiratrice.

Un film court comme Varda en a réalisé un grand nombre,  avec beaucoup de plaisir sans doute. Car il se permet de proposer sans cesse de petites surprises visuelles ou de mise en scène, comme le montage à répétition de la rencontre entre la nièce et l’oncle, qu’ils prennent tant de plaisir à rejouer devant la caméra qu’ils ne se lassent pas le moins du monde à tomber et retomber dans les bras l’un de l’autre.

varda contestation 5

Un film donc parfaitement en harmonie avec le personnage qu’elle filme, ce hippy de San Francisco qui vit au milieu d’une multitude de jeunes gens aux cheveux longs dans une maison lacustre dans le faubourg aquatique de Sausalito, dont la cinéaste nous présente les plus originales constructions commentées par Yanco.

varda contestation 6

Varda classe son film parmi les «courts contestataires ». Au premier abord on peut être surpris. Il ne semble pas en effet qu’il soit conçu pour défendre une cause bien identifiée (comme ce sera le cas pour les deux films suivants, pour la défense des droits civiques des noirs américains et la cause des femmes). Mais cet hommage aux hippies de San Francisco est une façon de contester avec eux le « système » de l’establishment et de proposer une vie en accord avec le slogan Peace and love. Le slogan est absent du film, mais ce à quoi il renvoie est bien présent. San Francisco est la ville de l’amour dit Oncle Yanco dès le début du film. Et il condamne sans détour la jungle militaire au pouvoir à Athènes, dont il a été obligé de fuir la dictature. Il a vécu à Paris avant de venir en Amérique. Il incarne ainsi parfaitement une vision cosmopolite de la vie qui, au moment du film, incarne la porte du bonheur.

*

 

L’engagement de la « contestataire » Varda, c’est d’abord celui d’une femme, qui se situe à côté des femmes dans leur lutte pour la cause des femmes. Son engagement cinématographique n’est bien sûr pas étranger à celui de la femme qui signe en 1971 le manifeste des 343 salopes. En 1975, « année de la femme », elle répond à la demande d’Antenne 2 qui pose, à sept femmes, la question : devant être traitée en 7 minutes: « Qu’est-ce qu’une femme ? » Toujours impertinente, Varda le fera en 8 minutes (Réponses de femmes, 1975). A cette occasion, elle invente le « cinétract », genre qui aurait pu avoir une descendance plus importante. Varda filme donc des femmes, jeunes ou vieilles, nues ou habillées, des bébés, des enfants, seules ou en groupe, enceintes ou portant un enfant dans les bras, de face, de profil, en gros plan ou en pied…. S’adressant directement à la caméra, elles parlent de maternité, de désir, de sexe, de leur place dans la société, la société des hommes, dominée par les hommes. Elles évoquent aussi l’image, exemples à l’appui, que renvoie d’elles la publicité. « Ça va changer » dit plusieurs fois une adolescente. Lors de sa diffusion à la télévision, le film suscita des protestations de téléspectateurs, preuve de son côté dérangeant à l’époque.

*

varda contestation 10

 

Il y a un autre engagement d’Agnès Varda dans ses « courts » : la cause des Noirs américains dans le film Blacks Panthers (1968). Il s’agit, comme elle le dit elle-même, d’un film témoignage sur l’histoire américaine, réalisé à Oakland, en Californie, lors du procès d’un des leaders du parti, Huey Newton. Sur la pelouse, devant le palais de justice, Varda va et vient. Elle filme les enfants, les femmes, les musiciens sur l’estrade où prendront la parole les orateurs. Elle filme aussi les groupes de Black Panthers dans leurs défilés militaires. Elle interroge ceux qui sont venus. Pourquoi sont-ils là ? Dans sa prison elle interroge le leader noir. Dehors ses porte-parole développent leurs positions politiques. Sur le procès de Newton, Varda ne prend pas position. Mais, dans le courant du film, elle ne cache pas qu’elle est plutôt du côté de la panthère, cet animal magnifique qui n’attaque pas l’homme mais se défendant toujours férocement, que du côté des « cochons » comme elle traduit la désignation de la police « brutale » d’Oakland. Lorsqu’elle ne filme plus les manifestations, c’est pour longer le ghetto où sont parqués les Noirs de la ville. Dans ce film de 30 minutes, très dense, Varda a réussi à capter l’ambiance de violence qui oppose les communautés. Il constitue aujourd’hui un document significatif de cette époque. Au niveau cinématographique, il montre comment ce qui était au départ un reportage peut devenir par l’art de la cinéaste un documentaire engagé sans être une œuvre de propagande. La touche Varda, c’est ici sa reprise du slogan « Black is beautiful », qu’elle concrétise à propos des femmes, filmant leurs visages et leurs coiffures « naturelles », pour mettre en accord leur apparence physique et leurs convictions politiques. La séquence finale montre la façade du local des Black Panthers où le portrait de Newton a été mitraillé, après le verdict du procès. « Tuer une image », comme le dit le commentaire de Varda est une preuve de faiblesse, mais surtout de barbarie.

varda contestation 16

 

V COMME VARDA – Photographie.

Agnès Varda et la photographie. Une longue histoire d’amour, jamais démentie. Avant de se lancer dans le cinéma, elle a une première activité professionnelle : photographe pour le Théâtre National Populaire de Jean Vilar, et ses clichés de Gérard Philippe au festival d’Avignon sont justement célèbres. Devenue cinéaste, elle saura parfaitement tirer profit de ses travaux photographiques dans certains de ses films. Elle a en effet réalisé trois films courts (expression qui pour elle doit remplacer le trop trivial court-métrage) qu’elle aime à appeler « cinévardaphoto », en un seul mot. Des films où la photographie est présente sous diverses formes, mais figure chaque fois comme une source d’inspiration en même temps qu’un moyen d’expression qu’elle intègre parfaitement au travail cinématographique.

varda photo 6

varda photo 7.jpg

 

varda photo 9

Ydessa, les ours et etc… (2004, 43 minutes) concerne non pas une photographe mais une collectionneuse de photos dont elle fait des exposition conçues comme des installations. C’est en particulier le cas d’une exposition réalisée à Munich qui a suscité l’intérêt de Varda qui part alors à Toronto rencontrer cette femme surprenante – une vraie star en fait – fille d’une survivante de l’holocauste. L’exposition rassemblait un nombre considérable de photos qui sont des portraits de toute sorte de gens, mais dont la caractéristique est qu’au moins l’un ces personnages présents a avec lui un ours en peluche, le fameux Teady Bear anglo-saxon, le nounours favori des enfants mais qui ne leur est pas réservé. La peluche peut en effet être déposée dans un coin de la photo, et un des jeux possible, nous dit Varda, consiste à le retrouver sur le cliché, ce qui n’est pas toujours évident au premier coup d’œil, surtout lorsque la réalisation fait se succéder les photos à un rythme plutôt rapide. Des ours en peluche nous en voyons donc de toute taille et de toute couleur ( le modèle bleu est une rareté). L’expo accumule toutes ces images du sol au plafond des salles, ce qui pour une visiteuse en particulier, peut donner une sorte de vertige. Varda commente tout cela avec son ton inimitable, souvent chaleureux et où transparaît parfois une teinte d’ironie. Et le documentaire suscite autant notre intérêt par son approche originale de la photographie que par la rencontre qu’il met en scène avec l’Ydessa du titre dont les poses devant la caméra sont déjà en elles-mêmes du grand art.

varda photo 2

 

varda photo 14

Ulysse (1982, 21 minutes) est le commentaire d’une photo réalisée par Varda elle-même quelques 28 ans auparavant. Un commentaire qui ne se veut pas une exégèse, ni une critique renvoyant au domaine de l’art. Il s’agit plutôt d’une exploration de ce qu’elle représente pour son auteur à partir de ce qu’elle donne à voir. Cette photo en noir et blanc est une composition mettant en scène sur une plage de galets une chèvre morte (en bas à droite), un homme nu de dos (en haut à gauche), et entre les deux, mais plus près de l’homme, un enfant également nu assis sur les galets Varda retrouve les deux personnages de sa photo, le petit Ulysse devenu adulte et l’homme qu’elle présente comme étant d’origine égyptienne Elle leur montre le cliché. Ulysse n’en a aucun souvenir, pas plus d’ailleurs que de la séance de pose. La photo prend dans le film une véritable dimension artistique, ce que Varda en toute modestie n’évoque pas directement. La resituant dans sa vie (elle évoque son premier film), elle préfère en faire une marque du temps qui passe, une aide au souvenir et à l’exercice de la mémoire Pourtant, dans le côté mystérieux de la composition (mystère qu’elle ne cherche pas à lever), c’est tout le pouvoir onirique de la photographie qui est mis en lumière, ce que le filmage ne fait que renforcer.

varda photo 18

 

 

 

varda photo 26

Le travail photographique de Varda, nous pouvons l’aborder directement dans le film qu’elle réalise à partir des clichés pris lors d’un voyage à Cuba (Salut les Cubains, 1962-63, 28 minutes). En 1962, Cuba fait encore rêver, et beaucoup y voit l’exemple le plus réussi de la révolution anti-impérialiste. Le film de Varda n’en est pas la démonstration. Il ne développe aucune théorie politique, même si on sent bien quand même la sympathie que l’auteure éprouve pour le pays. Varda filme les Cubains. Ou plutôt elle filme les photos qu’elle a prise des cubains. Entièrement réalisé en banc-titre (sauf pour le générique), le film ne se réduit pas à une succession – ou une accumulation – de photos. Par la force du montage, par le rythme qui en découle, c’est une véritable œuvre cinématographique qui nous est donné à voir. La séquence sur la danse en particulier est à cet égard exemplaire.  En images filmées, elle ne serait sans doute pas plus dansante.