C COMME CŒUR – Jeune fille.

Stop The pounding heart. Roberto Minervini, Belgique-Italie-Etats-Unis, 2013, 100 minutes.

Le film d’une communauté, d’une famille de cette communauté, d’une jeune fille de cette famille. Un enchâssement parfaitement bien réglé. Et donc particulièrement efficace.

La communauté ce sont ces fermiers -chez nous on dirait des paysans -des états ruraux du sud-ouest des Etats-Unis. En dehors de leurs élevages, ils ont deux passions : le rodéo et les armes à feu. Pour le rodéo, il faut s’entraîner dur. Et depuis le plus jeune âge. Sur un taureau en métal, que l’on secoue par derrière énergiquement. Et puis sur des bêtes de plus en plus puissantes, jusqu’au jour on l’on pourra affronter le public, une foule toujours passionnée. Tout cela provoque bien des chutes et les accidents ne sont pas rares, malgré l’équipement de protection.

Pour manier les armes à feu – de toutes sortes, du revolver au fusil d’assaut – il est aussi nécessaire de s’entrainer., apprendre à tirer sur une cible, de plus en plus petite et de plus en plus éloignée. Et il est aussi indispensable de persévérer, de ne jamais renoncer. La volonté de réussir est plus forte que toutes les douleurs.

La famille : un couple et une multitude d’enfants (il est difficile de les compter !) Ils élèvent des chèvres et le début du film détaille ce travail, nourrir les bêtes, les traire, faire le fromage et aller les vendre au marché. Mais ce qui compte avant tout pour eux, c’est la religion, l’affirmation de leur foi qu’ils manifestent du matin – dès la prière du petit déjeuné qui ouvre le film – jusqu’au soir. Les enfants ne vont pas l’école, pour éviter les mauvaises influences et les ainés apprennent à lire aux plus petits. La mère se charge de l’éducation morale et religieuse. Dans une longue séquence elle explique à sa fille ainée que Dieu a créé la femme pour servir l’homme. Et cela doit guider la vie entière.

Sara, la jeune fille, écoute tout cela sans commentaire, sans réaction apparente. Pourtant on sent bien au fur et à mesure du déroulement du film qu’elle commence à se poser des questions. Le cinéaste multiplie les gros plans sur son visage, comme pour percer le secret de son âme. Un visage souvent penseur, mais jamais vraiment inquiet. Sara commence à découvrir peu à peu la société, en dehors de sa famille. Avec des amies de son âge. Et puis, il y a ce cow boy qui l’invite à essayer de chevaucher un taureau. Ce qu’elle refuse, évidemment, mais il vient de plus en plus souvent près de l’enclos de l’entrainement assister aux exploits du cow-boy.

Minervini réalise là un film extrêmement touchant, surtout par le filmage intimiste de Sara. Sans jamais rien expliquer – la jeune fille parle très peu et surtout pas de ses sentiments – il ouvre une réflexion sur le sens de la vie rurale, loin des excès de la modernité, mais une vie qui est sans doute destinée à disparaître.

Le film peut faire penser par bien des aspects au roman de Jim Harrison, la fille du fermier.