La Rivière. Dominique Marchais, 2023, 104 minutes.
Eau vive, claire, limpide, brillante, renvoyant les rayons du soleil. Une eau qui coule paisiblement parmi les arbres, les broussailles, les prairies, jusqu’à la grande ville, les quais, le port, vers l’océan.
Et aussi les torrents tumultueux, les remous, les éclaboussures sur les rochers. Une eau qui pourrait tout entrainer sur son passage. Une eau dont on ne peut qu’envier l’énergie.

Le dernier film de Dominique Marchais – ce cinéaste précieux pour ses explorations de la ruralité et qui avait déjà filmé un fleuve, la Loire, tout au long de son parcours (La ligne de partage des eaux) – se concentre sur les gaves du Béarn et du Pays basque, le gave de Pau ou celui d’Oléron, ou aussi l’Adour, des cours d’eau précieux pour cette région et qui sont l’objet de beaucoup d’amour, et donc de soin, de la part de leurs riverains.

Car, comme le reste de la planète -pourquoi y aurait-il là une exception à une situation globale pour le moins préoccupante ? – les gaves en question sont menacés. La pollution, les sécheresses, le réchauffement des températures…On n’en finit pas d’énumérer les dangers qui mettent en péril leurs écosystèmes et la biodiversité. Partout le niveau des rivières baisse, épuisées par la culture intensive du maïs. Et les poissons disparaissent, le saumon en particulier. Il est grand temps de réagir. Et le film va rencontrer ceux qui croient qu’il est encore temps de faire quelque chose, en s’unissant.

Les premiers de ces militants de la nature parcourent les rives et ramassent patiemment ici un petit morceau de papier ou de plastique, là quelques bouts de ficelles emmêlés dans les broussailles. Un travail d’une patience infinie. Comme dit l’un d’eux, « ce n’est pas aujourd’hui qu’on sauve la planète… », mais il faut quand même le faire. Un dévouement bien sûr exemplaire.

Le cas du saumon demande de s’y arrêter dans une longue séquence. Les barrages construits pour retenir l’eau nécessaire à l’agriculture avait déjà mis un coup d’arrêt aux migrations des saumon remontant vers la source des cours d’eau pour se reproduire. La pêche au filet porte le coup mortel. Or, il est tout à fait possible de redonner au saumon la possibilité de terminer leur grand périple autour du monde. Il est possible d’interdire les filets, ce qui d’ailleurs redonnera aussi aux pécheurs à la ligne la possibilité d’attraper du poisson, mais en quantité bien moindre. Une telle mesure est de l’intérêt de tous.

Le film se terne par une étrange chasse au papillon. Un drap blanc est étendu dans la forêt. Fortement éclairé, il attire les insectes de toutes sortes. Des objets d’étude à portée de main. Et l’observation d’un papillon rare, voire unique en Europe, est une grande satisfaction.

Cette séquence résume bien la tonalité générale du film. C’est l’étude qui domine. Ici plus de coup de colère ou de déclarations véhémentes. On est dans le temps de l’étude, de la rationalisation des revendications. Un réalisme qui peut porter ses fruits. Mais l’appel à la recherche ne supprime pas la sensibilité. Les images de l’eau des rivières sont toujours porteuses d’émotion. Et la convivialité, l’entraide et la co-responsabilité de tous ceux, chercheurs professionnels ou bénévoles passionnés, a une portée sociale considérable. L’amour de la nature ne peut que continuer à faire tache d’huile.
Prix Jean Vigo 2023.
