F COMME FLEUVE – Brésil

Rio de vozes. Andréa Santana et Jean-Pierre Duret, Brésil, 2020.

Le fleuve c’est le Rio São Francisco, dans le Sertão Brésilien, une région connue pour son aridité, son manque d’eau, une désertification galopante, accrue par la déforestation et les cultures intensives. Alors le fleuve, c’est la vie, une vie à laquelle s’accroche toute une population, prête à se battre pour ne pas mourir.

De Andréa Santana et Jean-Pierre Duret nous ne pouvons oublier cette trilogie brésilienne qui nous avait conduit du Nordeste jusqu’à Sao Paulo, où les immigrés du nord essaient de survivre dans les rues de la Mégalopole (Romances de terre et d’eau, 2001 ; Rêves de Sao Paulo, 2004). Nous avions enfin regardé survivre des adolescents dans une station-service au bord d’une grande route (Puisque nous sommes nés, 2008.) Ils étaient retournés en France le temps d’un film sur la précarité dans la banlieue lyonnaise et l’entraide qui lui répond (Se battre, 2013). Ils sont aujourd’hui de retour dans ce Brésil dont la situation politique actuelle ne pousse pas vraiment à l’optimisme, pour un nouveau film au fort parfum de nostalgie mais qui est aussi une ode à la vie, une vie simple sur le fleuve, une vie qui doit tout au fleuve. Tant que le fleuve n’est pas totalement asséché.

La vie du fleuve, c’est le poisson. Même s’il devient de plus en plus rare. Les pêches ne sont plus miraculeuses. Souvent, après toute une journée passée sur le fleuve, le pêcheur ramène tout juste de quoi nourrir sa famille. Mais les pêcheurs ici, et les pêcheuses, sont des passionné.e.s. Aucun.e n’imagine une autre vie, un autre métier.

Le film commence par la fabrication d’une barque et sa première mise à l’eau. Des barques qui seront omniprésentes dans les images, comme les vues du fleuve et de ses berges. Aux grandes étendues d’eau succèdent la vision de la terre de plus en plus désertique. Une évolution qui semble irréversible.

Malgré les incertitudes qui pèsent sur l’avenir, les habitants du fleuve que rencontrent les cinéastes ne se laissent pas aller au désespoir. Ils commencent plutôt à s’organiser collectivement, par exemple en entreprenant des cultures maraichères. Les jeunes finissent par retrouver foi en l’avenir.

Comme les précédents films du duo Santana-Duret, ces Voix du fleuve sont un film profondément humaniste. On y retrouve ce même amour profond pour un pays, une terre, et ces habitants si profondément attachés à leur fleuve. Dans le contexte actuel du Brésil ce film a une valeur inestimable.

Festival Filmer le travail, Poitiers 2021.

M COMME MENAGE – Sur internet.

Clean with me (after dark). Gabrielle Stemmer, France, 2019, 21 minutes.

Elles briquent, récurent, font briller, dépoussièrent ; elles passent l’aspirateur, le balai, le chiffon ; dans la cuisine, les chambres, le salon, partout dans la maison … C’est la guerre à la saleté, à la poussière, aux traces sur les meubles, le frigo, la machine à laver, les tables, les cuisinières. Toute la journée, elles nettoient, lavent, astiquent. Toute la journée et même parfois tard dans la nuit. Elles sont jeunes, belles, dynamiques. Elles ont une chaîne YouTube où elles se filment en train de faire le ménage. Des films parfois de plus d’une heure, qu’elles commentent avec entrain. Elles expliquent comment elles s’y prennent, dans quel ordre, avec quel produit. Et toujours avec le sourire.

Des sourires qui pourtant sur d’autres images, d’autres comptes YouTube ou Instagram, finissent par se figer. Ces sourires ne seraient-ils que de pure façade ?

Il n’est pas besoin de chercher bien longtemps sur Internet pour tomber sur de tout autres sons de cloche. Elles sont toujours belles et jeunes devant leur caméra, mais elles sourient beaucoup moins. Elles ont toujours besoin de parler et comme elles n’ont pas d’amies à qui se confier, elles parlent dans un micro et publient leurs confessions sans se poser la question de qui les écoutera. Car la réception de leurs messages n’a aucune existence. Ce qui compte, c’est de pouvoir enfin parler. Se libérer de sa souffrance, de ce poids de la vie, de cette solitude de plus en plus difficile à supporter.

Elles voudraient ne pas pleurer, mais il est bien difficile de retenir ses larmes, ses sanglots, quand on pleure toute la journée. Alors elles racontent leur vie en pleurant. Leur vie de femmes au foyer, dans un cadre souvent luxueux (la middle class américaine). Elles se sont mariées jeunes, avec un militaire qui tout aussitôt est parti au loin. Elles ont eu des enfants, qui au début pouvaient très bien combler leur solitude, mais qui très vite sont aussi devenus insupportables. De toute façon, il n’y a pas d’issue, il n’y a plus d’issue. Leurs vidéos sont sans doute des appels à l’aide. Mais elles savent très bien que personne ne répondra, et que les commentaires qui se veulent réconfortants ne sont que de pure forme.

N’y -t-il donc pas d’autres moyens qu’internet pour lutter contre l’anxiété, la dépression ? Est-ce un moyen efficace ?

Le film de Gabrielle Stemmer est un montage particulièrement cohérent – et pertinent – d’extraits de ces confessions de femmes au foyer, allant du rire aux pleurs, du clinquant style publicité au désarroi le plus profond. Ce n’est pas à proprement parler un film féministe, bien qu’en creux c’est bien la condition que la société masculine fait à ces femmes qui est en jeu. Des femmes qui ne se posent pas ce type de questions, qui continuent donc de souffrir en silence. En silence, malgré le flot de paroles amères et de larmes sincères qui envahissent internet. Internet qui est ici, encore plus qu’ailleurs sans doute, le monde de l’illusion.

Festival Filmer le travail, Poitiers, 2021.

K COMME KIOSQUE – journaux

Le Kiosque. Alexandra Pianelli, France, 2019, 78 minutes.

Métier : marchand de journaux. Lieu : le kiosque de la place Victor Hugo, Paris dans le 16° arrondissement, les « beaux quartiers ».

Il s’agit donc d’abord dans le film, de présenter ce métier, d’en expliquer le fonctionnement, les obligations et les contraintes, son évolution aussi à l’heure d’internet et de la disparition progressive de la presse papier. Un métier présenté à l’aide d’une carte du quartier et de petites maquettes en carton qu’une main alerte anime. Et puis nous sommes sur place pour visualiser l’ensemble des titres, leur place respective, comme l’emplacement des pièces à portée de la main pour rendre plus facilement la monnaie.

La cinéaste connait bien ce kiosque et ce métier. Il est actuellement tenu par sa mère, qu’elle remplace pour un temps ; le temps du film. Avant la mère c’était la grand-mère qui travaillait là. Plusieurs générations se sont succédé dans ce kiosque. Du coup le film a un petit air de saga familiale et la séquence finale qui voit le kiosque démonté et chargé sur un camion ne peut qu’être émouvante.

La caméra est placée à l’intérieur du kiosque dans cet espace plus que restreint, ce qui empêche tout effet de changement de cadre. Nous voyons la rue et ses passants, la banque située en face du kiosque, et les magasines situés sur les côtés du kiosque. Lorsque la caméra s’incline, c’est pour voir les pieds de la cinéaste devenue vendeuse de journaux.

Cette contrainte de filmage a un intérêt certain : voir les clients. Le film dresse donc les portraits de quelques habitués, un SDF que tout le monde aime bien, un vieux messier qui offre des gâteaux et une vielle dame, et ainsi de suite. Tout ce petit monde se retrouvera pour fêter le départ à la retraite de la mère de la cinéaste. Le kiosque familial, c’est bel et bien fini. On ne peut manquer de penser au portrait réalisé par Alain Cavalier, de la fin d’activité de Léon, le cordonnier qui lui aussi prend sa retraite après une vie professionnelle bien remplie dans sa petite boutique parisienne. Alexandra, elle, pourra se consacrer au cinéma.

Pour autant, le film ne se limite pas à cette dimension « filmer le travail ». Ou alors il faut le comprendre comme un projet de filmer le cinéma en train de se faire, de l’intérieur donc, avec l’intervention systématique de la cinéaste expliquant son projet et les aspects principaux de sa réalisation.

Finalement, le Kiosque est un film qui se regarde avec plaisir car il ne manque pas d’humour. Il sait aborder les problèmes économiques et sociaux avec une certaine légèreté, mais sans simplification. Une tranche de vie personnelle et professionnelle, qui parle à tout le monde. Les kiosques à journaux font partie du paysage urbain. Leur disparition serait une déshumanisation supplémentaire de la vie citadine.

Festival Filmer le travail, Poitiers, 2021

Voir Alain Cavalier : 6 portraits XL

C COMME CHINE – Travail en France

Jour après jour. Bai Long, 2020, 26 minutes

Jour après jour, a la particularité d’être réalisé par un jeune cinéaste chinois venu en France apprendre le cinéma (master de réalisation documentaire à Lussas, son film étant produit par Ardèche images association). Un film qui s’intéresse aux conditions de travail en France d’immigrées chinoises, en l’occurrence deux femmes, deux sœurs, qui effectuent des travaux de couture.

Le film n’est pas réalisé dans un atelier, mais dans un appartement, un petit appartement, deux pièces tout au plus, dont on peut imaginer qu’il se situe dans le chinatown parisien. Un appartement passablement encombré par les textiles et les machines à coudre dont on entend le bruit pratiquement tout au long du film. C’est que les deux sœurs travaillent sans s’interrompre, jour et nuit presque. Elles ne s’arrêtent de coudre que pour manger. Dormir un peu quand même aussi, à ce qu’elles disent. Mais nous ne les voyons que coudre et manger, parfois debout à côté de leurs machines. Une cuisine vite faite, des pâtes surtout. Il n’y a que l’adolescent de la maison qui prend le temps de confectionner une cuisine un peu plus élaborée. Mais les plans qui lui sont consacrés ne servent que de plans de coupe au filmage du travail de couture.

Le même film pourrait très bien être réalisé en Chine. On retrouverait les mêmes conditions de travail, la même pression exercée par un patron invisible mais omniprésent, la même hantise de respecter les délais, le même enferment entre les quatre murs d’une pièce où il n’est presque pas possible de se déplacer à cause des tas de tissus entassés sur le sol.  Ces conditions de travail on les avait déjà vues en particulier dans le film de Wang Bing, Argent amer. Il s’agissait alors d’immigrées de l’intérieur, des filles de la campagne venus en ville pour gagner un peu d’argent. Celles qui sont venues en France, vivent et travaillent comme si elles étaient restées en Chine.

Ce film de 26 minutes pourrait très bien devenir un long métrage par l’ajout, par exemple, d’entretiens ou de confidences faites par les protagonistes sur leur arrivée en France et leur vision de la vie occidentale. Mais l’intérêt du format court c’est de se concentrer sur une problématique unique, les conditions de travail en l’occurrence. On assiste bien à un aspect des relations entre les deux sœurs, mais il s’agit uniquement de celles qui concernent précisément le travail, l’une étant en quelque sorte d’apprentie de l’autre. Des relations de maître à élèves qui ne s’embarrassent pas d’affectivité, l’apprentie étant systématiquement rabrouée lorsqu’elle se trompe, ce qui arrive presque systématiquement.

Ces femmes qui ne parlent que mandarin travaillent comme elles travaillerait en Chine. Tout comme elles mangent comme en Chine. Sortent-elles de leur appartement lieu de travail ? Apparemment, le problème de l’intégration à la société européenne ne se pose pas pour elles.

Festival Filmer le travail 2021, Poitiers.

T COMME TANNERIE – Portugal

Curtir a pele. Inês Gil, Portugal, 2019, 76 minutes.

Une histoire de peaux.

L’incipit du film montre une femme qui se maquille devant son miroir

Le reste du film est consacré au travail dans une tannerie, le travail des peaux, celles des animaux.

Ce travail est filmé au plus près. Un travail sale et fatiguant. Répétitif. Les mêmes gestes à l’infini.

Les machines ont-elles rendu ce travail plus facile ? Pas vraiment. Elles demandent plus de concentration, sous peine d’y laisser un doigt ou même la main.

Le film détaille ce travail avec une grande précision. Sans commentaire. En dehors de ceux donnés par les ouvriers, le plus souvent en voix off. Des évocations de leur vie d’ouvrier. Et depuis le temps qu’ils sont là, s’ils sont toujours là, c’est bien qu’ils aiment leur travail. Ou du moins ils ne s’imaginent pas vivant sans ce travail, sans venir à l’usine. Même si la récolte des olives est chose d’important.

Il suffit de voir. Des plans qui rendent comptent aussi de l’ambiance générale. Les ouvrières en particulier sont les plus bavardes. Elles ne sont plus que deux dans l’usine. Travaillant souvent en face à face. Évoquant le départ de Patricia. Celle dont tout le monde parle, justement parce qu’elle n’est plus là.

On ne parle pas de la crise que traverse le pays, mais elle est omniprésente. L’usine ne sera-t-elle pas contrainte, comme tant d’autres, de fermer un jour ?

En dehors du huis-clos de l’usine, le film nous conduit dans les familles des ouvriers. Des confessions souvent nostalgiques du passé, comme ce couple qui feuillète son album de mariage. Une intimité familiale qui fait écho à l’intimité du travail à l’usine.

Ce film est un important complément à ceux qui nous faisait jusqu’à présent toucher du doigt la réalité du travail en usine, que ce soit la construction automobile (Humain trop humain de Louis Malle par exemple), ou le travail dans les abattoirs (Entrée du personnel de Manuela Frésil).

Festival Filmer le travail, Poitiers, 2021

A COMME ABECEDAIRE – Laurent Bécue-Renard

Une œuvre d’une remarquable unité, autour de la guerre, des guerres du XX° siècle – ou plutôt de l’après-guerre, pour ceux qui ont survécu mais qui ne s’en sortent pas indemnes. Comment vivre après l’Irak ou l’Afghanistan, et dans l’ex-Yougoslavie quand tous les hommes de la famille ne sont plus là ? Quelle aide proposer (une thérapie ?) Quelle utilité peut-elle avoir ?

Bosnie-Herzégovine

De guerre lasses

Que vivent les femmes !

Vivre après – Paroles de femmes

Deuil

De guerre lasses

Que vivent les femmes !

Etats-Unis

Of Men and War

Famille

Of Men and War

Femme

De guerre lasses

Que vivent les femmes !

Vivre après – Paroles de femmes

Guerre

Of Men and War

De guerre lasses

Que vivent les femmes !

Vivre après – Paroles de femmes

Mémoire

De guerre lasses

Psychologie

Of Men and War

Vivre après – Paroles de femmes

Thérapie

Of Men and War

Que vivent les femmes !

Traumatisme

Of Men and War

Vétérans

Of Men and War

A COMME ABECEDAIRE – Roberto Minervini

Cinéaste italien, vivant et travaillant aux Etats-Unis.

Adolescence

Stop the Pounding Heart

Afro-américains

What You Gonna Do When the World’s On Fire?

Armes à feu

Louisiana. The Other Side

Stop the Pounding Heart

Drogue

Louisiana. The Other Side

Elevage

Stop the Pounding Heart

Etats-Unis

What You Gonna Do When the World’s On Fire?

Louisiana. The Other Side

Stop the Pounding Heart

Exclusion

Louisiana. The Other Side

Famille

Stop the Pounding Heart

Louisiane

What You Gonna Do When the World’s On Fire?

Louisiana. The Other Side

Marginalité

What You Gonna Do When the World’s On Fire?

Louisiana. The Other Side

Stop the Pounding Heart

Racisme

What You Gonna Do When the World’s On Fire?

Religion

Stop the Pounding Heart

Rodéo

Stop the Pounding Heart

Ruralité

Stop the Pounding Heart

Violence

What You Gonna Do When the World’s On Fire?

C COMME CŒUR – Jeune fille.

Stop The pounding heart. Roberto Minervini, Belgique-Italie-Etats-Unis, 2013, 100 minutes.

Le film d’une communauté, d’une famille de cette communauté, d’une jeune fille de cette famille. Un enchâssement parfaitement bien réglé. Et donc particulièrement efficace.

La communauté ce sont ces fermiers -chez nous on dirait des paysans -des états ruraux du sud-ouest des Etats-Unis. En dehors de leurs élevages, ils ont deux passions : le rodéo et les armes à feu. Pour le rodéo, il faut s’entraîner dur. Et depuis le plus jeune âge. Sur un taureau en métal, que l’on secoue par derrière énergiquement. Et puis sur des bêtes de plus en plus puissantes, jusqu’au jour on l’on pourra affronter le public, une foule toujours passionnée. Tout cela provoque bien des chutes et les accidents ne sont pas rares, malgré l’équipement de protection.

Pour manier les armes à feu – de toutes sortes, du revolver au fusil d’assaut – il est aussi nécessaire de s’entrainer., apprendre à tirer sur une cible, de plus en plus petite et de plus en plus éloignée. Et il est aussi indispensable de persévérer, de ne jamais renoncer. La volonté de réussir est plus forte que toutes les douleurs.

La famille : un couple et une multitude d’enfants (il est difficile de les compter !) Ils élèvent des chèvres et le début du film détaille ce travail, nourrir les bêtes, les traire, faire le fromage et aller les vendre au marché. Mais ce qui compte avant tout pour eux, c’est la religion, l’affirmation de leur foi qu’ils manifestent du matin – dès la prière du petit déjeuné qui ouvre le film – jusqu’au soir. Les enfants ne vont pas l’école, pour éviter les mauvaises influences et les ainés apprennent à lire aux plus petits. La mère se charge de l’éducation morale et religieuse. Dans une longue séquence elle explique à sa fille ainée que Dieu a créé la femme pour servir l’homme. Et cela doit guider la vie entière.

Sara, la jeune fille, écoute tout cela sans commentaire, sans réaction apparente. Pourtant on sent bien au fur et à mesure du déroulement du film qu’elle commence à se poser des questions. Le cinéaste multiplie les gros plans sur son visage, comme pour percer le secret de son âme. Un visage souvent penseur, mais jamais vraiment inquiet. Sara commence à découvrir peu à peu la société, en dehors de sa famille. Avec des amies de son âge. Et puis, il y a ce cow boy qui l’invite à essayer de chevaucher un taureau. Ce qu’elle refuse, évidemment, mais il vient de plus en plus souvent près de l’enclos de l’entrainement assister aux exploits du cow-boy.

Minervini réalise là un film extrêmement touchant, surtout par le filmage intimiste de Sara. Sans jamais rien expliquer – la jeune fille parle très peu et surtout pas de ses sentiments – il ouvre une réflexion sur le sens de la vie rurale, loin des excès de la modernité, mais une vie qui est sans doute destinée à disparaître.

Le film peut faire penser par bien des aspects au roman de Jim Harrison, la fille du fermier.

M COMME MANIFESTATIONS – Filmographie.

Le Chili et l’Argentine en Amérique latine, les Printemps arabes, l’Ukraine en Europe et en France Mai 68, le CPE, les Gilets Jaunes, les retraites…Autant de situations qui jettent les gens dans la rue, pour s’opposer, contester, revendiquer. Partout des slogans, des pancartes, des chants et de la musique. Et puis des pavés opposés aux canons à eau et autres grenades fumigènes, des casques et des fusils. Les manifestations ne sont pas toujours pacifiques et beaucoup n’ont pas l’ambiance bon enfant des défilés du premier mai d’antan ni la dimension festive des gay prides. Dans beaucoup de pays la répression semble même de plus en plus violente. Une violence que certains jugent nécessaires pour se faire entendre et obtenir gain de cause.

L’acadie, l’acadie ?!? Michel Brault et Pierre Perrault, 1971

L’année de la découverte. Luis Lopez Carrasco, 2019.

At Berkeley. Frederick Wiseman, 2013.

Avenue Rivadavia. Christine Seghezzi, 2012

Bariz (Paris), le temps des campements. Nicolas Jaoul, 2020

Basta ya de conciliar es tiempo de luchar. Leonardo Perez, 2015.

La Bataille du Chili. Patricio Guzman, 1973.

Blacks Panthers. Agnès Varda,1968.

Bleu Blanc Rose, Yves Jeuland, 2002.

Le Chant des tortues, Jawad Rhalib, 2013.

Chats perchés, Chris Marker, 2004.

Cinq caméras brisées. Emad Burnat et Guy Davidi, 2011.

Los Desnudos. Clarisse Hahn, 2012.

La Dignité du peuple. Fernando Solanas, 2005.

En route pour le milliard. Dieudo Hamadi, 2020.

Le fond de l’air est rouge. Chris Marker, 1977 – 1993.

Free Angela Davis and all political prisoners. Shola Lynch, 2012.

Grands soirs, petits matins. William Klein, 1978.

(G)rève général(e), Matthieu Chatellier et Daniela de Felice, 2008.

Grève ou crève. Jonathan Rescigno, 2020.

L’Heure des brasiers. Fernand Solanas, 1968

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd. Laetitia Carton, 2014

Kashima paradise. Yann Le Masson, 1973.

Kinshasa Makambo, Dieudo Hamadi, 2018

Maïdan. Sergueï Loznitsa, 2014.

Mémoire d’un saccage. Argentine, le hold-up du siècle, Fernando Solanas, 2004

Ne nous racontez plus d’histoires. Carole Filiu-Mouhaki et Ferhat Mouhali, 2020.

Nous ne vendrons pas notre avenir, Niki Velissaropoulou, 2018.

On a grèvé. Denis Gheerbrant. 2013

On ira à Neuilly inch’Allah, Mahdi Ahoudig, 2015.

On va tout péter, Lech Kowalski, 2019

Outcry and whisper. Wen Hai, Jingyan Zeng, Trish McAdam, 2020.

Paris est une fête, Sylvain George, 2017.

Le Printemps d’Hana, Sophie Zarifian et Simon Desjober, 2013

Les Révoltés.  Michel Andrieu, 2019.

Le Silence des autres. Robert Bahar, 2019.

Tahrir. Place de la libération. Stefano Savona

Vote off. Fayçal Hammoum. 2017.

Zona franca.  Georgi Lazarevski (2016)

R COMME RIEN FOUTRE

Volem rien foutre al païs. Pierre Carles, Cristophe Coello, Stéphane Goxe. France, 2006, 107 minutes.

Faisant suite à Attention danger travail, Volem rien foutre al païs (le titre annonce clairement la couleur) reprend et développe une critique systématique du travail sous toutes ses formes, bien au-delà du travail connu dans nos sociétés capitalistes. Dans le travail, quel qu’il soit, pas de bonheur possible. Le travail n’est que contraintes et souffrances. Il n’y a qu’une seule solution, arrêter de travailler. « Rien foutre » n’est pas le signe de paresse ou de fainéantise. C’est la seule façon de retrouver la joie de vivre, de pouvoir enfin se sentir, et d’être effectivement, libre.

         Cette liberté, le film prétend la trouver chez tous ceux qui ont quitté la ville et leur boulot pour partir vivre en communauté dans le sud de la France, en cultivant leur jardin et en élevant des chèvres. Des chômeurs qui ne cherchent pas d’emploi, des RMIstes qui se contentent du minimum que veut bien leur donner la société (« avec le RMI, dit l’un d’eux, je suis le roi du pétrole »), des écologistes qui recherchent de nouvelles façons de préserver la nature. C’est la partie la plus positive du film, montrer comment il est possible de bâtir une maison en paille, d’assurer son autonomie énergétique pour ne plus dépendre d’EDF, de construire des toilettes sèches économisant l’eau et en retirer du fertilisant pour le compost du jardin. Des solutions en apparence si simples que leurs promoteurs s’étonnent qu’elles n’aient pas encore été généralisées.

         Carles apparait relativement peu dans le film, sans doute parce qu’il n’en est qu’un des co-auteurs. Il mène quand même quelques opérations coup de poing qui sont sa marque de fabrique. Les interviews provocatrices de personnalités politiques par exemple. Ici c’est le numéro deux du MEDEF qui en fait les frais, Carles réussissant parfaitement à le mettre hors de lui. La ministre de la défense de l’époque (Michelle Alliot-Marie) fait preuve de beaucoup plus de retenue, se contentant de qualifier la question posée d’absurde et de partir sans cesser de sourire. Dans une ANPE, Carles demande aux personnes présentes si quelqu’un a trouvé du travail grâce à l’agence. Bien sûr, il n’obtienne pas de réponse. Est-ce une preuve de l’inefficacité du service ?

         Pour le reste, le film est une sorte de grand bric-à-brac mélangeant des séquences d’origines diverses, présentées sans grande logique apparente. Des extraits de journaux télévisés, des spots publicitaires, le clip électoral de Sarkozy vantant la France qui travaille. Les effets de télescopage sont garantis. On peut voir aussi une longue séquence de L’An 01, le film de Doillon et Gébé. Les auteurs pratiquent le recyclage à grande échelle d’images dont ils sont les auteurs (les squatters de Barcelone filmée par Christophe Coello dans Squat, la ville est à nous ! ou qu’ils ont trouvées on ne sait trop où, puisque les indications d’origine n’apparaissent en bloc que dans le générique de fin. Toujours est-il que l’on assiste à un long dialogue de sourds, dans un service pour l’emploi britannique, entre un conseiller et un chômeur fier de l’être qui affirme son droit à ne pas travailler. De même, pour les interventions des activistes de « Argent gratuit » en Italie, prônant la « fauche » dans les grandes surfaces et proposant à leurs militants un repas élaboré avec les produits « récupérés ». L’accumulation de ces séquences, dont certaines sont très courtes, est telle que le film a vite un aspect fourre-tout qui, dans le fond, correspond assez bien au foisonnement des idées et des expériences dont il rend compte.

T COMME TRAVAIL – Danger

Attention danger travail. Pierre Carles, Christophe Coello, Stéphane Coxe, 2003, 109 minutes.

         Il existe des chômeurs heureux. Pierre Carles les a rencontrés. Ils sont heureux parce qu’ils ne travaillent plus. La perte de leur emploi a signifié pour eux la liberté. Le commencement d’une nouvelle vie où ils peuvent enfin faire ce qu’ils veulent, lire pour ceux qui aiment la lecture, aller dans les musées ou au cinéma, faire la sieste l’après-midi…Lorsqu’ils travaillaient, ils n’avaient pas le temps pour tout ça. Et le soir ils étaient trop fatigués. Travailler, c’est pas une vie.

         La critique de toutes les formes de travail que développent ces « déserteurs du marché du travail » n’est pas théorique. Elle s’appuie avant tout sur leur vécu et le ressenti qu’ils en avaient. Une critique à fleur de peau, systématique et généralisée. Quelles que soit les tâches effectuées, quelle que soit la place dans l’entreprise, du travail à la chaîne à la responsabilité du chef d’entreprise, dès que le mot travail est prononcé, il soulève un refus viscéral. Tous ils y ont gouté, tous ils y ont été soumis, tous ils en ont soufferts plus qu’il n’est acceptable, pour rien au monde ils se remettraient à travailler.

         Bien sûr sans travailler il faut savoir vivre de peu. Le RMI (avant le RSA), les allocations, ça ne permet pas de partir en vacances au Maroc. De toute façon, le salaire des ouvriers non plus. Alors ils trouvent le moyen de s’en sortir, le système D, et surtout ils savent ne pas succomber aux sirènes de la consommation à outrance, faire la part des besoins superflus et de l’essentiel. Même si certains reconnaissent que parfois c’est dur, ils se sont tous inventé une nouvelle forme de vie où l’argent n’est pas une motivation. Et ils ne se considèrent pas comme des assistés. Ils ont assez souffert dans le travail avant le chômage, pour que l’Etat leur doive bien ça. Et puisque il n’y a pas de travail pour tout le monde…

         Attention danger travail propose une série de portraits de ces chômeurs heureux. Ils évoquent avec beaucoup d’entrain leur vie actuelle, reviennent sur leur itinéraire et envisagent l’avenir avec une grande sérénité. Sans travailler bien sûr. Chaque portrait est introduit par un carton les présentant par leur initiale et une formule choc qui résume ce qu’ils sont. « D. rescapé de la guerre économique » ; « V. ou l’ingratitude de la jeunesse » ; « J. ex ouvrière, chômeuse et enfin heureuse » ; « P. chômeur militant » ; P. viré de l’usine et enfin tranquille » ; « F. en préretraite anticipée » ; « Y. ancien chef d’entreprise et chômeur épanoui ». Des portraits présentant des situations variées mais animés du même amour de la vie.

         Entre chaque portrait, le film propose en contre-point des séquences à la gloire du travail, le travail vu par ceux qui le considèrent comme la valeur suprême de notre société, à l’image du discours de Jean Pierre Raffarin, alors premier ministre, intervenant à l’assemblée générale du Medef. Il n’y a pas de doute possible, les patrons aiment le travail et comme tous les hommes politiques que Carles interviewe, ils ne comprennent pas comment on peut ne pas partager cet amour. D’autres séquences nous plongent dans des entreprises où tout est fait pour que les employés travaillent de façon efficace, en essayant de leur faire aimer ce qu’ils font. Chez Domino’s pizza, il faut respecter les normes à la lettre, la bonne longueur de cheveux et ne pas oublier de sourire à tout instant. Dans une entreprise de vente par téléphone, le « superviseur » vérifie à chaque instant tout ce que font les employés les encourageant à faire toujours plus. Et l’équipe qui aura réalisé le meilleur score de vente en fin de journée gagnera…des places de cinéma ! Des situations presque caricaturales, et qui ne manqueraient pas de soulever l’indignation de ceux qui ont réussi à fuir ce monde déshumanisant.

         L’indignation, c’est bien aussi ce que vise la séquence consacrée au travail à la chaîne. Sur un montage rapide d’images de travail en usine de construction automobile, un ouvrier en voie off évoque sa souffrance. « Au bout de cinq ans, j’ai mal aux mains…mes mains sont bouffées…j’ai du mal à écrire… » On comprend qu’il n’ait plus envie de revenir à l’usine. Mais peut-il le faire ?

P COMME PERIPHERIQUE – Rome

Sacro Gra. Film de Gianfranco Rosi. Italie, 2013,

            L’affiche du film indique « Conte du périphérique romain ». Le Gra (Grande Raccordo Anulare) est la plus longue autoroute urbaine d’Italie. Il entoure Rome sur 60 kilomètres, comme un anneau de Saturne, nous dit le carton introductif. Le film est ainsi placé sous le signe du temps, du temps nécessaire pour parcourir le Gra, le temps qui se perd dans les bouchons et celui qui passe souvent lentement pour ceux qui vivent dans sa proximité, pouvant percevoir de plus ou moins loin le flot ininterrompu des véhicules sans toutefois entendre toujours leur grondement.

            Gianfranco Rosi nous livre une série de portraits de ces habitants de la périphérie du périphérique, des romains sans être habitants de Rome, des portraits contrastés d’hommes et de femmes, toujours attachants, filmés dans leur travail ou leur oisiveté et que le cinéaste prend toujours le temps de connaître. Des rencontres qui contrastent fortement par leur tranquillité, leur calme, leur inertie presque, avec la vie automobile trépidante que représente le périphérique. L’immobilité pour échapper au mouvement, à la vitesse, à la frénésie. Mais sur le Gra aussi, les véhicules peuvent être à l’arrêt.

            En dehors d’une ambulance, on n’entre pas dans les véhicules. Ils sont souvent filmés de loin, l’autoroute traversant le paysage comme une cicatrice. Dans une première séquence, apparaît un troupeau de moutons que nous retrouverons en fin de film. Retour au point de départ ? Bien que nous ne montions jamais à bord d’un véhicule pour réaliser ce circuit. Les rencontres que nous allons faire tout au long du film nous font oublier pour un temps l’autoroute. Nous sommes pourtant toujours renvoyés à lui. Dans des plans d’ensemble, parfois réalisés en plongée, ou très près des véhicules, surtout lorsqu’ils sont bloqués dans les embouteillages, ou filmés la nuit, ce qui produit des effets lumineux saisissants, soit les ronds lumineux jeunes, bleus, rouges, soit de longues trainées, comme des serpents de feu.

            Les ambulances et autres véhicules de secours occupent une place importante dans le film, à l’image comme dans la bande son. Nous suivons à l’intérieure de l’une d’elle les premiers soins donnés aux blessés et nous retrouvons à plusieurs reprises un ambulancier solitaire, dans son appartement, ou chez sa vieille mère qui semble perdre un peu la tête. Une scène poignante montre la fin d’une visite, le moment où il doit la quitter, et son insistance à elle, les seuls mots presque qu’elle prononce, pour qu’il reste assis en face d’elle.

            Autre personnage récurrent dans le film, ce biologiste qui ausculte les palmiers faisant partie de la végétation environnante. Il écoute l’intérieur de l’arbre. Le silence est bon signe, signe de bonne santé. Par contre le bruit, que nous entendons amplifié par son appareil, signifie la présence d’insectes qui dévorent l’arbre de l’intérieur. De gros plans insistants montrent la bête et ses larves se nourrissant avidement. Les palmiers, visiblement ils les aiment, il fait tout pour les protéger. Le soir, chez lui, il consigne les données recueillies dans son ordinateur. Gagnera-t-il ce combat sans fin contre les insectes ?

            Des prostituées se remaquillent en discutant dans leur camping-car sur une aire de stationnement. Un pécheur d’anguilles est filmé sur sa barque et chez lui en train de repriser ses filets. Un homme fait de la gym en fumant son cigare. Il habite un vieux château dont il loue le grand salon pour des réunions ou des spectacles. Il le transforme même en studio de cinéma lorsque des réalisateurs ont besoin de ce décor baroque. Un vieil homme discute le soir avec sa fille qui travaille sur son ordinateur. La pièce où ils vivent est si petite que Rosi n’a pas pu s’y installer pour tourner. Il filme la pièce de l’extérieur, en plongée, ce qui donne une dimension plutôt voyeuriste à la séquence. Tous ces personnages ont leur pittoresque, leur humanité aussi. Tous nous disent quelque chose de Rome ou de l’Italie, mais surtout ils nous livrent une grande part de leur intimité, de leur vie secrète. Rosi est un cinéaste solitaire, qui travaille seul, ce qui lui laisse tout le temps nécessaire pour entrer véritablement en communication avec ceux qu’il filme. Sacro Gra repose sur la diversité, la profusion, des rencontres qui s’enchaînent sans lien apparents. Un désordre que le cinéaste ne cherche nullement à esquiver. La circulation sur le Gra n’est-elle pas la forme moderne du chaos ?

            Lion d’or au festival de Venise en 2013. C’est la première fois dans l’histoire de ce festival, que sa plus haute récompense est attribuée à un documentaire.

D COMME DÉMOCRATIE – Filmographie

Démocratie est une notion complexe qui peut être abordée selon de multiple perspectives.

La filmographie qui suit est une première approche, qui en appelle d’autres, passées et futures.

Nous n’avons pas repris ici les films sur le mouvement des Gilets Jaunes, qui fut à bien des égards une revendication d’une plus grande démocratie dans la vie publique. Voir G COMME GILETS JAUNES)

De même, pour les films sur la presse et les médias, la liberté de la presse étant souvent considérée comme indispensable à la démocratie en tant que contre-pouvoir (voir la filmographie sur les médias).

De prochaines recherches porteront sur les élections et les campagnes électorales en tant qu’elles peuvent être considérées comme des moments spécifiques de la vie démocratique.

De même, une filmographie spécifique abordera les films centrés sur des manifestations dans les mouvements de refus de la dictature qui montrent que la démocratie n’est jamais définitivement vaincue.

17 Minutes pour la démocratie (2002). Didier Nion

A la tribune (2019). Bénédicte Loubière

A ma place (2020) Jeanne Dressen

At Berkeley (2013). Frederick Wiseman

L’Assemblée (2017), Mariana Otero

La Bataille du Chili (1975-1979 Patricio Guzman

Birmanie : fin de dictature ? (2014) Michaëlle Gagnet

Caricaturistes : fantassins de la démocratie (2014) Stéphanie Valloatto

Le Cas Pinochet Patricio Guzman

La cité politique (2018), Florence Gatineau-Sailliant Bex

City Hall (2020), Frederick Wiseman

Connu de nos services (1997). Jean-Stéphane Bron

Convention citoyenne, démocratie en construction (2020). Naruna Kaplan de Macedo

Crisis, Behind a Presidential Commitment (1963).  Robert Drew

Les Couleurs du peuple (2018), Anita Volker et Laura Flint

Démocratie année zéro (2014) Christophe Cotteret.

Les Enfants des mille jours (2013), Claudia Soto Mansilla et Jaco Biderman

En Politica (2018) Penda Houzangbe et Jean-Gabriel Tregoat

Kinshasa Makambo (2018) Dieudo Hamadi

Nous le peuple (2019) Claudine Bories et Patrice Chagnard

Nuit debout (2016) Sylvain Louvet et Aude favre

Outcry and whisper (2020). Wen Hai, Jingyan Zeng, Trish McAdam

Palazzo delle Aquile (2011) Alessia Porto, Stefano Savona, Ester Sparatore

Paris est une fête (2017), Sylvain George

Le procès contre Mandela et les autres (2018).  Nicolas Champeau, Gilles Porte

Taïwan, une démocratie à l’ombre de la Chine (2020) Alain Lewkowitz

Vers Madrid – The Burning Bright – (Un film d’in/actualités) (2014) Sylvain George.

H COMME HARRISON Jim

Seule la terre est éternelle. Adrien SOLAND et  François BUSNEL, France, 2019, 112 minutes.

Un film sur un écrivain. Donc un film sur la littérature

Un écrivain auteur de nombreux romans. Un écrivain américain connu, très connu.

Un portrait ? Plutôt une rencontre.

Seul face à la caméra, cadré en gros plan, il parle. Il nous parle, de lui, de sa vie, de la littérature. Un récit improvisé. Sans ordre apparent. Le fil n’indique ni partie, ni chapitre. Les cinéastes n’interviennent pas. Il ne parle pas beaucoup de son œuvre en fait. Il ne cite pas ses livres. Il préfère évoquer, comme en passant, son rapport à l’écriture, et à la littérature.

 « Ça récure l’âme, la littérature ». Une sorte de profession de foi.

De sa vie il mentionnera surtout des événements marquants.

L’accident automobile qui couta la vie à son père et à sa sœur ou la perte de son œil gauche.

Les lieux où il a vécu (New York)

Les lieux où il vit (Le Montana, Patagonia)

Son attirance pour les lieux isolés

 Et sa répulsion des grandes villes.

Les amis qu’il a connus, qui disparaissent peu à peu.

Sa passion pour les oiseaux qui remonte à son enfance. Les arbres et les ruisseaux.

Et la nature sauvage, les grands espaces. Une mythologie américaine.

A plusieurs moments dans le film, nous le voyons se déplacer, en voiture ou à pied. Il fait aussi une partie de pêche, avec un ami. Il écrit le matin et pêche l’après-midi dit-il. Puis il change de résidence. Un voyage à travers une bonne partie des Etats-Unis. Une série de paysages. Presque des cartes postales. Mais toujours impressionnants.

Et Janis Joplin.

Le massacre des indiens et la fracture grandissante entre les riches et les pauvres

 Sur son travail d’écrivain, il donne quelques anecdotes. Le mur devant lequel il travaille dans son bureau est vide. Car pour écrire il faut être concentré. Il insiste beaucoup sur la concentration.

Le mur derrière son bureau, par contre, est recouvert de photos qu’il commente. Et il nous donne des explications sur les objets qui meublent ses étagères. Tous des souvenirs.

Entre les séquences où il nous parle, le film utilise des plans de coupe sur les paysages de ces régions perdues où il aime vivre, pour pouvoir écrire.

 Il y a aussi des plans sur des piles de livres, dont nous pouvons voir le titre et l’auteur sur la tranche. Ses livres à lui. Mais aussi des livres qu’il lit, qu’il a du lire. Des livres qui font partie de sa bibliothèque. Et peut-être de ses références littéraires.

« Quand j’ai faim, j’écris sur la nourriture. Et quand je suis excité, j’écris sur le sexe ». Le film regorge de belles formules.

« Il faut donner une voix à ceux qui n’en ont pas. Je crois que c’est le devoir de l’écrivain »

Dans la dernière séquence du film, il parle de la mort. Celle de ses amis. La sienne ?

Nous avons découvert un écrivain. Mais surtout nous avons rencontré un homme.

N COMME NEW YORK – Taxi

Taxiway. Alicia Harrison. France, 2013, 60 minutes.

            Les chauffeurs de taxi newyorkais sont-ils tous issus de l’immigration ? Beaucoup sans doute. Toujours est-il que ceux qu’Alicia Harrison a filmés le sont. Un film entièrement tourné dans des taxis. Nous sommes à côté du conducteur que nous voyons donc de profil. Parfois il y a un passager à l’arrière. Mais le plus souvent ils n’interviennent pas. Nous voyons défiler les rues, les trottoirs, les façades des immeubles, les vitrines des boutiques derrière le chauffeur. La caméra peut aussi cadrer la rue devant le véhicule, des rues et des avenues où il y a souvent beaucoup de circulation, beaucoup de taxis d’ailleurs. Ces plans sont suffisamment larges pour nous faire littéralement visiter la ville. La voir comme ces travailleurs de la rue la voient tous les jours, dans tous les quartiers, dans les avenues commerçantes où il y a beaucoup de piétons sur les trottoirs. Dans d’autres rues, il y a presque personne. Les buildings sont moins hauts. Il y a même des arbres en bordure des voies de circulation.

            Le film nous propose une série de portraits de ces chauffeurs, tous immigrés, venant d’Inde (la seule femme), du Ghana, de Colombie, du Maroc, du brésil ou d’Ouzbékistan. Tous sont contents de leur travail, « a good job », tous parlent anglais, tous connaissent parfaitement la ville, tous ont le sens de l’entraide. Leur taxi, c’est un peu leur maison. S’ils, parlent de leur métier, ils parlent aussi d’eux, de leur enfance, malheureuse, dans un lointain pays, dans des familles nombreuses. Ils évoquent plutôt rapidement les difficultés rencontrées à leur arrivée. Ils ne s’appesantissent pas sur ce côté négatif. Maintenant on les sent intégrés, sans doute grâce à leur travail. Venir aux Etats Unis les a rendus plus forts, capables d’affronter les difficultés seuls, de se battre seuls sans compter sur personne. Ce qui ne supprime pas le problème du racisme. L’un d’eux raconte comment, alors qu’il écoutait à la radio une émission très critique vis-à-vis de Bush, le passager à côté de lui finir par lui dire « tu n’es même pas américain ». A quoi il répondit « je suis plus américain que toi. Moi j’ai choisi de le devenir. Toi tu es né ici ». Il y a beaucoup de bon sens dans leurs récits, beaucoup de réflexion philosophique aussi. « La circulation c’est comme la vie, il faut traverser les épreuves avant d’arriver au paradis. » la cinéaste intervient peu. Elle pose quand même parfois quelques questions. Mais on sent qu’elle a créé une relation d’intimité avec ses interlocuteurs. L’un d’eux l’appelle par son prénom. Un autre s’étonne qu’elle dise avoir 18 ans au moment des attentats de 2001. « Tu es si jeunes ».

            Tous ces personnages sont plus attachants les uns que les autres. Les anecdotes qu’ils racontent sont souvent drôles. Comme Neeru, originaire d’Inde. Il n’y avait pas de prénom sur son passeport. Alors le service des licences de taxi a noté FNU pour « First Name Unknown ». Depuis, on lui dit «  comment ça va Fnu ? » Le marocain a un ami d’enfance qui lui a immigré en Italie. Au téléphone il l’appelle Taxi Driver, et il raconte cela en imitant la voix de De Niro. Un autre moment montre un chauffeur qui ne parle pas parce qu’il écoute attentivement un concerto de Mozart. Un autre chante My Way qu’il connait par cœur. De petites surprises qui font tout le sel de ces voyages en taxi.

            Mine de rien, le film construit par petites touches une vision de la spécificité de New York. A un feu rouge, un groupe  de photographes et de cinéastes investissent la chaussée devant le taxi arrêté. Une femme habillée de cuir noir pose devant eux, dos à la caméra de la réalisatrice qui filme la scène depuis le taxi. Quand le feu redevient vert, le groupe disparaît aussi rapidement qu’il était entré dans notre champ de vision. Certains plans ne sont pas sans rappeler Le New York New York de Depardon, comme ce travelling sur un pont ou celui montrant les lumières de la ville dans la nuit.

            Taxiway est un film résolument optimiste, sans jamais tomber dans la niaiserie de l’évocation du rêve américain. Simplement, Alicia Harrison a rencontré des immigrés heureux. Et cela est particulièrement réconfortant.

R COMME ROUCH Jean. – cinéaste et ethnographe.

Cinéaste français (1917 – 2004)

         Jean Rouch n’est pas devenu ethnologue parce qu’il était cinéaste, il est devenu cinéaste parce qu’il était ethnologue. Le cinéma, il le découvrit un peu par hasard, comme outil de l’ethnographie. Le premier film de Rouch (Au pays des mages noirs, 1946) fut donc un film ethnographique, comme certains de ceux qui suivront, en particulier Les Maîtres fous, le film auquel il doit d’être connu au-delà du cercle étroit des spécialistes de m’ethnologie. L’ethnographie, il ne l’abandonna pas vraiment après avoir découvert le cinéma. Ses compétences de spécialiste en ce domaine sont reconnues officiellement par l’obtention d’une thèse de doctorat sous la direction de Marcel Griaule. Mais découvrant le cinéma en Afrique, Rouch deviendra cinéaste, bien au-delà de la simple perspective du cinéma ethnographique. Les Maîtres fous, c’est d’abord et essentiellement un film, reposant sur un dispositif original et novateur, avant d’être de l’ethnographie.

         Rouch l’Africain blanc. Ce qualificatif affectueux dit tout de l’homme et du cinéaste. Il découvrit l’Afrique dès 1942 pour y revenir après-guerre. Il ne coupera jamais le lien extrêmement fort qu’il établit alors avec le continent et deux pays en particulier, le Mali et le Niger. Un des grands événements de sa vie fut sans doute la descente du fleuve Niger de la source à l’embouchure, avec ses amis Jean Sauvy et Pierre Ponty. Une aventure périlleuse à l’époque qui l’ancrera profondément dans la réalité africaine. Chargé de recherche au CNRS, il crée en 1953, avec des ethnologues aussi célèbres que André Leroi-Gourhan et Claude Lévi-Strauss, le comité du film ethnographique. L’Afrique, il ne la quittera jamais vraiment, même lorsqu’il fera des allers-retours avec la France, où sa carrière de cinéaste s’épanouira peu à peu pour culminer dans les années 60, et ne jamais tomber dans l’oubli par la suite.

         Le cinéma en France pour Rouch, c’est d’une part la Nouvelle vague, et de l’autre le cinéma-vérité expression qu’il propose avec Edgar Morin dans l’introduction du film phare qui deviendra une sorte de manifeste, ou du moins de référence, pour une grande majorité du cinéma documentaire, Chronique d’un été. Même si l’expression fut très vite remplacée par celle de cinéma direct proposée par Mario Ruspoli, et à laquelle Rouch se ralliera sans problème, la direction esthétique qu’elle sous-entend ne sera jamais abandonnée dans ses films ultérieurs. Pour reprendre la remarque de Gilles Deleuze, on peut dire que Rouch est un des cinéastes qui a le mieux compris, et le mieux fait comprendre, la vérité du cinéma.

         Rouch est généralement considéré comme un cinéaste documentariste. Et pourtant la fiction n’est jamais absente de son œuvre. Pas seulement parce qu’il réalisa quelque œuvre ouvertement non documentaire (en particulier l’épisode Gare du nord du film collectif Paris vu par…), mais surtout parce que la distinction entre documentaire et fiction n’a pour lui pas vraiment de sens. En fait, le cinéma de Rouch est essentiellement un cinéma expérimental, ce que mettra en évidence avec éclat Moi un noir (1958). Moi un noir, un film qui parle de l’Afrique comme un documentaire, mais aussi un film qui raconte des histoires d’Africains comme une fiction. Avec Rouch, il ne saurait être question de dire qu’il traite un contenu documentaire sous forme de fiction, ou l’inverse. La seule chose quoi compte, c’est qu’il s’agisse de cinéma.

A COMME ABECEDAIRE – Delphine Deloget

Afrique

Andrée Greffrath, une enfance en Afrique coloniale

Amour

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Chine

L’homme qui cherchait son fils

Colonialisme

Andrée Greffrath, une enfance en Afrique coloniale

Doubs

Andrée Kuentzmann, en attendant la Libération

Droits humains

Voyage en barbarie

No London Today

Egypte

Voyage en barbarie

Esclavage

Voyage en barbarie

Famille

L’homme qui cherchait son fils

Andrée Greffrath, une enfance en Afrique coloniale

Andrée Kuentzmann, en attendant la Libération

Guerre

Andrée Kuentzmann, en attendant la Libération

Homosexualité

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Kidnappage

L’homme qui cherchait son fils

Libération

Andrée Kuentzmann, en attendant la Libération

Migration       

No London Today

Obsession

L’homme qui cherchait son fils

Paternité

L’homme qui cherchait son fils

Paris

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Photographie

Andrée Greffrath, une enfance en Afrique coloniale

Andrée Kuentzmann, en attendant la Libération

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Portrait

L’homme qui cherchait son fils

Andrée Greffrath, une enfance en Afrique coloniale

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Réfugiés

No London Today

Sénégal

Andrée Greffrath, une enfance en Afrique coloniale

Sexe

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Torture

Voyage en barbarie

Travestis

Pilou, un homosexuel entre deux guerres

Violence

Voyage en barbarie

P COMME PIANO – Gare.

Tuning. Ilan Yagoda. Israël, 2020, 53 minutes.

Un piano perdu dans la gare centrale de Tel-Aviv, au milieu d’un trafic incessant, des voyageurs plus pressés les uns que les autres et qui n’ont presque jamais le temps de s’arrêter – pour écouter, pour jouer. Un piano au milieu des annonces des haut-parleurs et du bruit des trains au niveau inférieur, celui de la ville très présente avec ses immeubles, ses embouteillages et sa circulation automobile. Un piano mis à la disposition des voyageurs. Et effectivement il y a bien toujours quelqu’un qui se met à jouer.

Qui sont-ils ? Il est clair que le réalisateur a fait des choix. Son film n’a pas le style caméra de surveillance : je pose la caméra près du piano et je la laisse enregistrer ce qui se passe. Non. Le projet du film est de montrer d’abord la diversité de ceux qui jouent. Car bien sûr n’ont été retenus que des musiciens, non pas professionnels, mais simplement des hommes et des femmes qui simplement aiment ma musique et la pratiquent, des jeunes et des plus âgé.e.s, les soldats et des employés de la gare, tous différents dans leur tenue vestimentaire et leur apparence physique. Mais tous savent jouer. Il y a bien quelques hésitations parfois, mais c’est comme s’il s’agissait de se dégourdir les doigts, ou de réfléchir un moment au sujet du morceau à interpréter. Tous ont, de façon évidente, ; une formation musicale. Il n’y a que quelques enfants qui, passant par là, appuient sur des touches simplement pour produire des sons. Ceux qui s’installent sont des voyageurs comme les autres. Il ne s’agit pas pour eux de meubler l’attente d’un train. S’ils jouent, c’est qu’ils aiment la musique. S’ils chantent c’est qu’ils aiment chanter. D’ailleurs, ils ne jouent pas pour un public -très peu de personnes s’arrêtent pour les écouter. Ils jouent et chantent pour eux, pour leur plaisir.

Mais ils jouent aussi pour la caméra, et donc pour le public indéfini qui verra le film. A l’évidence ils savent qu’ils sont filmés (leur nom est d’ailleurs mentionné au générique). Mais ils jouent le jeu. Concentrés sur le piano, ils ne regardent pas la caméra. De toute façon les angles de prise de vue sont variés et toujours changeants. Ils s’arrêtent, s’assoient, jouent ou chantent, se lèvent et repartent. Le film les laisse dans l’anonymat. Sans jamais chercher à savoir qui ils sont, d’où ils viennent et où ils vont. Sauf pour ceux qui demandent leur chemin ou qui indiquent leur destination à la femme assise dans la cabine des renseignements près du piano. Tout ce que nous savons d’eux, c’est qu’ils prennent le train eux aussi.

Que jouent-ils ? Comme ces musiciens sont très variés, les musiques qui composent ce concert improvisé l’est aussi. De la musique classique (Chopin) à la musique américaine (un morceau de Ray Charles chanté en anglais) et même du rap, israélien bien sûr ! Les chants sont des chansons d’amour pour les plus jeunes ou des chants plus traditionnels pour les plus âgés. Mais toujours, le filmage leur rend justice et ne les coupent jamais en plein morceaux. Et les plans sur les visages savent toujours capter l’émotion.

Le film montre ainsi que la musique peut rapprocher les personnes, même dans un lieu aussi déshumanisé qu’une gare. Preuve, cette séquence où une dame assez âgée s’arrête près du piano où un jeune homme commence à jouer. Elle lui demande si elle peut chanter et elle interprète deux morceaux, accompagnée par le pianiste qui visiblement éprouve un grand plaisir de le faire.

Grâce à la musique, et malgré la présence envahissante des soldats, ce film réussit à nous donner l’image d’un pays tranquille, qui aurait enfin trouve la paix. Un message politique donc.

Fipadoc 2021

I COMME ITINERAIRE d’un film : Femmes de méninges de Guillaume Estivie

Une idée comme point de départ. D’où vient-elle ? Et comment chemine-t-elle – a-t-elle cheminé– dans l’esprit du cinéaste ? Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quel raccourci, quel détour a-t-elle emprunté ? Qu’a-t-elle croisé sur sa route ? Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

Puis il faut passer à l’acte. Trouver de l’argent. Repérer des lieux, rencontrer des personnages, et bien d’autres choses qui vont constituer ce travail spécifique à ce film-là, et qu’on ne retrouvera dans aucun autre.

Choisir que filmer et comment le filmer. Des images qui ne prendront souvent sens qu’au montage, lorsqu’elles rencontreront d’autres images.

Enfin il faut rendre compte de la rencontre avec le public, dans des festivals, des avant-premières, en VOD ou en DVD, et la sortie en salle ce qui, hélas, n’est pas offert à tous.

Un long cheminement, souvent plein de chamboulements, de surprises, et d’obstacles à surmonter. La vie d’un film.

Conception

Mon producteur m’appelle pour me dire qu’un ami à lui, auteur de pièces de théâtre, va commencer à donner des cours dans une régie de quartier qui emploie des femmes des ménage. Je décide d’aller filmer les premières leçons, afin de m’assurer qu’un documentaire est possible. Un film qui mettrait en lumière ces femmes (et ces hommes) à travers la création d’une œuvre théâtrale.

Production

Le producteur s’attelle alors à chercher des financements, auprès de BIP TV en 1er lieu, puis du CNC, de la Procirep-Angoa, et des différentes régions. Enfin, Public Sénat s’engage dans l’aventure.

Réalisation

Je filme seul (cadre et son), ce qui me permet une belle intimité avec les femmes de ménage assez timides et discrètes, qui me font rapidement confiance.  Puis un ingénieur du son me rejoint pour m’épauler.

Les entretiens que mène l’auteur de la pièce avec elles me permettent d’éviter le principe classique des ITW face-cam. Le cœur du tournage s’étale sur six mois, à raison de 2h par semaine, le temps de la préparation de la pièce jusqu’à la représentation finale devant un public.

Diffusion

Le film est diffusé par Public Sénat en mars 2020, après de très bons retours presse. Les femmes de ménage dont je dresse le portrait sont ravies !  Normandie Images le diffuse également en collaboration avec Passeurs d’Images, le film est montré à des jeunes de quartiers défavorisés.

P COMME PASSION MUSIQUE

The band. Ladislav Kabos, Slovaquie et République Tchèque, 2018, 80 minutes.

Soul Kids. Hugo Sobelman, France, 2019, 90 minutes.

Dans son édition 2021 en ligne, le festival Fipadoc de Biarritz propose une section compétitive consacrée aux films musicaux (intitulée Musical documentary), une sélection de huit films particulièrement éclectiques, allant de Brahms (The Brahms code de Christian Berger) à Typh Barrow (Typh Barrow, d’une voix à l’autre de Benoît Vlietinck) en passant par le chorégraphe et danseur britannique Akram Khan (Move featuring de Thierry Demaizière et Alban Teurlai.

Dans cette sélection nous retiendrons ici deux films, en apparence aussi opposés que possible, mais qui, chacun à sa manière, sont d’éclatants hommages à l’amour de la musique, cette passion vitale sans laquelle la vie n’a pas de sens pour ceux qui la ressentent en eux.  Donner sens à la vie des plus défavorisés, et donc en quelque sorte les sauver, qu’est-ce qui pourrait mieux le faire, que la passion de la musique ?

Dans Soul Kids, nous sommes introduits dans une école de musique à Memphis aux Etats-Unis. Dans un autre monde, The Band filme la vie quotidienne d’un village rom de l’est de la Slovaquie.

Memphis, c’est le berceau de la Soul Music, une ville aujourd’hui totalement décadente, où la musique qui fit sa grandeur, est désormais de plus en plus laissée de côté. Sauf à la Stax Music Academy, cette école gratuite (reprenant le nom du célèbre label des années 60) qui offre aux adolescents des quartiers pauvres un refuge par rapport aux vicissitudes de la vie, un havre de paix où pouvoir échapper à la violence et à la drogue.

En Slovaquie, ce sont de jeunes adultes qui fondent un groupe de musique tzigane, qui leur permet de rêver d’échapper à la misère locale. Jouant dans les rues et sur les places des villes – ce qui leur permet de récolter pas mal de petites pièces – ils irons jusqu’au prestigieux festival international de Pohoda Trenčín, où ils connaîtront un succès phénoménal devant une foule en délire.

Dans les deux cas, les cinéastes nous font partager cette passion de la musique en filmant au plus près ces chanteurs et musiciens, plus doués les uns que les autres. A Memphis, l’accent est mis sur la beauté des voix, mais les moments collectifs sont tout aussi enthousiasmant à écouter. L’enthousiasme des jeunes chanteuses et chanteurs noirs est des plus communicatifs. Dans Lomnické Čháve, les musiciens ne sont peut-être pas des virtuoses, mais l’entrain avec lequel ils jouent collectivement donne inévitablement envie de danser.

Ces deux films sont une excellente illustration de la pertinence du film musical. Non seulement ils nous permettent d’apprécier la musique elle-même (mais direz-vous c’est la moindre des choses) en insistant sur le côté passionné de ceux qui l’interprètent, mais il nous ouvre aussi une compréhension fine du contexte dans lequel elle prend place.

Fipadoc 2021