I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – Mille fois recommencer de Daniela de Felice.

 La naissance du film.

Au départ, il y a un attachement au lieu et à sa culture. Une partie de ma famille habite à Carrara et depuis ma plus jeune enfance, ces paysages sont un peu les miens. Avec leur âpreté, leur histoire et leur beauté. En septembre 1990, à 13 ans, j’ai commencé des études dans un lycée artistique en Italie. J’ai passé quatre années à étudier les grands peintres et sculpteurs, quatre années plongée dans les livres d’anatomie artistique et de perspective, des centaines d’heures à dessiner d’après modèle. À 17 ans, j’ai obtenu mon bac «Histoire de l’art et Création » et je suis partie à l’étranger étudier le cinéma. Ces quatre années de mon adolescence ont été fondamentales dans ma vie. La liberté créatrice et l’atmosphère de l’Accademia continuent à m’accompagner depuis vingt ans. J’y ai appris la rigueur du geste et une sorte de discipline de sportif de haut niveau, à travers le dessin, le modelage, la connaissance de l’histoire de l’art… Il s’agissait d’une formation certes très traditionnelle mais aussi très concrète, avec une attention et un plaisir pour la technique. Cela m’est encore très utile aujourd’hui dans ma pratique du cinéma documentaire. L’aventure de Mille fois recommencer s’est inscrite dans un moment précis de ma vie. Mes filles s’interrogeaient sur leur orientation professionnelle, dans les affres de parcours sup. Elles avaient le désir d’une vie de création, entourées de camarades persuadés que ce n’était pas un vrai métier. Ainsi, j’ai eu envie de filmer le pari de la création chez de jeunes artistes en devenir et j’ai décidé de dédier ce film à Anouk et Costanza. Les personnages du film viennent à peine de quitter leurs parents et, pour certains d’entre eux, leur pays. Loin de tout, ils se plongent dans l’apprentissage de la création. Ils sont à la fois pleins d’énergie, happés par le bouillonnement du travail, et aussi pleins d’interrogations, d’inquiétudes et d’espoirs. En les observant, j’ai senti que je pouvais raconter le moment d’une métamorphose, entre l’utopie, l’idéal, l’ambition personnelle de départ et la rencontre avec la matière brute ; comme une métaphore de notre confrontation au réel. Raconter l’aventure de jeunes qui s’engagent dans une voie artistique, au futur souvent laborieux et parfois misérable. La force de notre désir suffit-elle à nous donner un métier, une place ? Lorsqu’on cherche des synonymes du mot métier, on trouve les termes rôle, état ou fonction, mais aussi le mot art… Le film interroge la question du travail et la façon dont à la fois, il nous assigne à une place préétablie par la société, mais aussi il nous transcende. Les étudiants que j’ai filmés ne pourront pas tous vivre de leur métier d’artiste. Le film vient simplement observer un pari, un engagement de jeunesse, chargé de rêves et d’espoirs, porté par le plaisir matériel de la création et la transmission des gestes par les professeurs. Le travail artistique demande une abnégation et des sacrifices importants. Mais c’est avant tout une question de foi : les heures de travail et de conception n’assurent en rien la bonne fin. Rien ne garantit qu’une fois terminée, l’œuvre sera entourée d’une aura nécessaire, de cet état de grâce qui détermine la puissance d’une œuvre. Le rapport au temps est tout à fait particulier à l’Accademia. Le travail est lent parce que la technique l’exige. Suivre avec calme les changements et les gestes est un atout cinématographique. Cela me faisait penser à l’un des préceptes de la pédagogie décrite par Rousseau dans L’Émile : « Oserais-je exposer ici la plus grande, la plus importante, la plus utile règle de l ’éducation ? Ce n’est pas de gagner du temps, c’est d’en perdre. »

Réalisation

L’image est signée par Matthieu Chatellier, réalisateur et chef opérateur. Notre collaboration est un compagnonnage de vingt ans. Complices dans la vie et le travail, nous venions d’achever La Mécanique des corps, réalisé et filmé par Matthieu et dont j’ai fait le montage. Pour Mille fois recommencer, nous avons travaillé à deux, Matthieu à la prise de vue et moi à la prise de son. Nous étions très mobiles et les tournages assez éprouvants. Les ateliers sont des lieux pleins de poussière et de vacarme. Le matériel souffrait de ces conditions un peu extrêmes. Nous avons filmé – en plan rapproché – le rapport sensuel entre les mains et la matière encore brute. Les doigts qui guident les outils métalliques et tranchants. Les allers-retours du sculpteur autour de l’œuvre en devenir. Le rapport des corps à la matière. Je souhaitais capter les silences et les regards, les visages juvéniles des étudiants avec leurs mines concentrées. En contrechamps, je voulais montrer le visage attentif des enseignants, plus mûrs, avec les cheveux poivre et sel. La métaphore du miroir et du dédoublement de la figure humaine traverse les images. Les étudiants travaillaient sur l’autoportrait, ils sculptaient un double d’eux-mêmes en pierre. Peu à peu, une figure humaine émergeait du bloc. Lentement, les traits prenaient une forme de plus en plus lisible et bientôt, une œuvre solide et impérissable fixait le visage et l’attitude de son auteur dans une sculpture qui lui survivra. En libérant leur double de pierre, les jeunes étudiants semblaient mûrir eux-mêmes. Avec la monteuse Mona-Lise Lanfant, nous avons travaillé dans le cadre d’une résidence à Périphérie. Le regard et l’expérience de Mona, mais aussi l’accompagnement de Périphérie, ont été essentiels. Le film se construit à travers deux mouvements temporels. Le premier est linaire : Nous suivons la progression du travail des étudiants. La narration suit leurs repentirs, leurs ratés et leurs conquêtes. Les jeunes gens se métamorphosent au fur et à mesure de l’année scolaire, rythmée par les devoirs à faire, les examens, les remises de travaux et les enjeux scolaires habituels. Le deuxième mouvement du film est cyclique : Ce que les personnages vivent s’inscrit dans une continuité. Le caractère même de l’institution les place dans une répétition éternelle. Des jeunes ont appris la sculpture ici il y a trois siècles, d’autres le feront peut-être dans trois siècles. Les étudiants sont inscrits dans une temporalité qui les dépasse, qui nous dépasse tous. Ils sont un chaînon dans une lignée qui fait peser une tradition intimidante sur un débutant qui doit faire ses preuves, qui doit innover, être iconoclaste et inventif. Le décor de l’académie où se sédimentent les différentes époques, porte cette question de l’héritage et des attentes. Bas-reliefs romains, fresques de la renaissance, esclaves de Michelangelo, maquettes de Canova. Au loin, les carrières millénaires surplombent les ateliers, pleines de leurs mythes écrasants. Le marbre qui s’est formé avant l’existence de l’être humain est le matériau des œuvres qui nous survivront. Les enseignants sont les gardiens de ce mouvement cyclique. Leur attitude et leur âge nous racontent qu’ils sont conscients de cette répétition inéluctable. Ils n’ont plus l’éclat dans les yeux, l’enthousiasme des débutants. Ils avancent dans un réalisme parfois un peu désenchanté. Ils ont été des étudiants, ils sont des enseignants et un jour prochain, ils partiront à la retraite et d’autres viendront.

Production.

L’Institut Français m’a octroyé une bourse Louis Lumière et j’ai obtenu la bourse Brouillon d’un Rêve de la Scam. Ces soutiens ont été essentiels pour démarrer les premiers tournages. Cécile Lestrade et Elise Hug d’Alter Ego Production et l’association Nottetempo m’ont accompagnée dès le début. Un coproducteur italien Roso Film s’est ensuite joint au projet. Ce film existe aussi grâce aux partenaires financiers qui ont bien voulu le soutenir. L’engagement de Vosges Tv a été décisif. Sans l’aide de cette chaine audacieuse et curieuse, le film n’aurait pas vu le jour.

La critique du film

V COMME VIOLENCES faites aux femmes.

Domestic violence. Frederik Wiseman. Etats Unis, 2000, 196 minutes.

         Les violences faites aux femmes, infligées essentiellement par leurs maris. Des violences physiques, des coups, des brulures, des étranglements, des blessures par couteau. Mais aussi des violences morales, des insultes incessantes, des brimades de toutes sortes, des interdictions et un contrôle incessant sur leur vie. C’est l’expression de ces violences que recueille Wiseman, lorsqu’enfin les victimes osent se révolter et dénoncer leur bourreau. C’est souvent à l’extrême limite, lorsque leur vie devient vraiment un enfer qu’elles ne peuvent plus supporter. Elles font alors appel à la police. Ou elles se réfugient dans un foyer d’accueil. Une démarche qui n’est jamais facile. Car les relations conjugales sont toujours complexes. Même lorsqu’elles sont placées sous le signe de la violence. Beaucoup de femmes que nous voyons décrire leur calvaire retirent leur plainte, ou ne dénoncent pas leur mari, inventant des explications peu crédibles (la chute de vélo pour expliquer des traces de coups). C’est qu’elles les ont aimés et que bien souvent elles les aiment encore, malgré tout.

         Wiseman ne pratique pas l’interview, ici pas plus que dans l’ensemble de ses films. Les paroles de femmes qu’il enregistre, mais aussi d’enfants victimes eux aussi de la violence familiale, ne sont pas obtenues dans des entretiens que le montage essaierait de maquiller en paroles libres en effaçant les questions et la présence du cinéaste. Ce sont toujours des paroles en situation. Elles sont recueillies après coup. La violence elle-même n’est jamais filmée. Mais elle est racontée. L’important, c’est d’abord qu’elle soit dite. Qu’elle ne soit plus un secret enfoui dans le huis clos du couple, ou un tabou pour l’ensemble de la famille. En ce sens, Violence domestique est un film qui œuvre pour bousculer les consciences. Aucune violence n’est acceptable, qu’elle soit ou non considérée par la loi comme un délit ou un crime. Aucune violence ne doit être occultée par le silence des proches ou des voisins. Les récits des femmes qui composent le film sont alors autant de dénonciations universelles.

         Les situations de recueil de ces récits sont multiples. Dans la première partie du film, Wiseman suit des patrouilles de police appelées sur les lieux d’une manifestation par trop voyante d’une violence qui ne plus être cachée. Une première intervention se traduit par l’arrestation du mari embarqué, menotté, dans la voiture de police. Une femme couverte de sang, le visage fendu de la bouche à l’oreille est amenée à l’hôpital malgré son refus. Chaque fois, la caméra s’attarde sur les policiers. Leur présence et leur disponibilité se veulent rassurantes. Ces interventions sont encadrées par des vues de buildings, en contreplongées vertigineuses, ou d’autoroutes et d’échangeurs particulièrement encombrés. Wiseman multiplie aussi les vues sur les rues, les enseignes des motels ou autres boutiques. La violence familiale est ainsi inscrite dans ce contexte urbain, froid et déshumanisé, caractéristique de l’Amérique.

         La plus grande partie du film se situe dans un foyer d’hébergement de femmes victimes de violence, The Spring. Wiseman filme d’abord le premier accueil, le premier dialogue avec une conseillère qui deviendra une référente. Dans certain cas elle peut utiliser un questionnaire pour libérer la parole. Mais c’est surtout son écoute, sa réceptivité, qui peut mettre en confiance. On sent beaucoup d’empathie chez celles dont le travail est de ne jamais juger, mais aussi de ne jamais donner l’impression de baisser les bras et de trouver des excuses à ce qui est parfaitement intolérable.

         Nous assistons ensuite à une visite de l’établissement par un groupe de vieilles dames qui donnent l’impression de n’avoir jamais été concernées personnellement par ce genre de problème. La guide, qui connait bien The Spring, donne quelques chiffres et des définitions. Elle insiste sur le fait que la violence conjugale existe dans tous les milieux sociaux, même si elle est plus importante dans les milieux défavorisés. Elle mentionne qu’il y a aussi des cas de violence dont les hommes sont les victimes. The Spring héberge ainsi douze hommes par an. Les enfants quant à eux sont reçus en entretien par des psychologues. Enfin, nous suivons aussi des groupes de discussion où chacune évoque son cas particulier, rapporte ses conditions de vie familiale.

Comme dans tous ses films, Wiseman se veut concret et précis, attentif au moindre détail. Rien n’échappe son regard. Mais ici, ce n’est pas le fonctionnement administratif ou institutionnel du foyer qui l’intéresse. Le problème de la violence conjugale est si important que la centration de son film sur les femmes qui en sont victimes se justifie pleinement.

U COMME UNIVERSITE. Américaine.

At Berkeley. Frederick Wiseman, Etats Unis, 2013, 244 minutes.

         C’est un campus vaste, toujours ensoleillé, bien entretenu, accueillant, avec de grands espaces verts et des pelouses où il fait bon s’étendre pour lire ou discuter entre amis. Un campus qui donne envie de faire des études.

         Wiseman c’est déjà penché sur le système éducatif américain, niveau secondaire. Ici, c’est l’université qui l’intéresse. Mais pas n’importe quelle université, à n’importe quel moment de son histoire. Berkeley est la principale université publique des Etats Unis, une université qui prétend concurrencer les grandes universités américaines, de Stanford à Harvard, sur leur propre terrain, celui de l’excellence et de la reconnaissance internationale. Berkeley est constamment citée parmi les dix meilleures universités du monde par tous les classements. Mais sa spécificité, c’est d’être ouverte à tous, quelles que soit l’origine sociale des étudiants. Pour entrer à Berkeley il n’est pas nécessaire d’être issu de l’élite, comme le dit un de ses dirigeants dès le début du film. Cette diversité ne se retrouve nulle part ailleurs et ne peut exister en dehors du domaine public. Seulement voilà, néolibéralisme oblige, l’Etat de Californie se désengage financièrement de plus en plus. « Ça va mal » entend-on dire plusieurs fois dans la bouche de la direction de l’université qui se trouve face à un nouveau défi, assurer son financement de façon durable tout en maintenant son niveau d’excellence. Une situation qui inquiète tous ceux qui fréquentent l’université et que nous rencontrerons successivement dans le film, les étudiants et les enseignants, les responsables et les dirigeants, l’ensemble du personnel.

         Fidèle à sa méthode, Wiseman place sa caméra partout, dans tous les lieux de vie de l’université, dans tous ses coins et recoins. Il n’y a peut-être que la restauration et les cuisines qui échappent à son regard. Les nourritures terrestres ne sont pas de premières urgences ici. Cette méthode, qui a fait ses preuves tout au long d’une carrière bien remplie, est ici appliquée avec une rigueur exemplaire. Wiseman a beaucoup filmé sur le campus, pendant 12 semaines, plus de 250 heures de rushs a-t-il dit. Il filme pratiquement tout ce qui tombe dans l’objectif de sa caméra. Sa première exigence, la seule peut-être au niveau du tournage, c’est d’enregistrer tout ce qui fait partie de cette vie collective spécifique de l’univers qui devient son sujet d’approche, sans idées préconçues, sans à priori. Un univers qu’il va fouiller dans le moindre détail. Ce n’est qu’au montage, pendant 14 mois dans le cas de At Berkeley, qu’il construira véritablement son film, qu’il lui donnera son unité, son rythme, son sens profond. Un travail de longue haleine donc, qui ne peut donner qu’un résultat jouant sur la durée, ici quatre heures de films, car il n’est pas question pour le cinéaste de donner l’impression de simplement survoler les différentes facettes du monde qu’il a filmé. Celles qu’il retient doivent être exposées suffisamment longuement pour que le spectateur puisse en saisir tout l’intérêt.

         Dans le film de Wiseman, nous assistons d’abord à des cours, ou plus exactement des séances d’enseignement. Il faut attendre presque la fin de film pour se trouver dans un amphi. Le reste du temps, Wiseman filme de petites salles, occupées par de petits groupes souvent assis en cercle autour de l’enseignant. Dans une des premières séquences ce sont d’ailleurs les étudiants qui prennent la parole successivement, exposant leur point de vue personnel que tous écoutent respectueusement. Par la suite, nous assisterons bien à des séances, où la parole de l’enseignant devient exclusive, les étudiants étant face à lui, attentifs, toujours particulièrement attentifs, suivant des yeux l’orateur, comme captivés au point d’en oublier presque de prendre des notes. Mais on sent bien que même dans cette modalité plutôt traditionnelle, il reste une certaine proximité entre enseignants et enseignés. Ces derniers ont tous un cahier et un stylo à la main. Pas d’ordinateur ou de tablette sur leur table. Les écrans n’apparaissent que dans les réunions du personnel et de la direction.

         C’est une des caractéristiques du travail de Wiseman que de montrer les institutions qu’il filme sous leur aspect le moins public, leur face secrète en quelque sorte ou du moins peu accessible d’habitude au grand public. A Berkeley, Wiseman peut ainsi filmer toutes sortes de réunions, avec le personnel ou les membres de la direction. Il montre ainsi avec insistance les préoccupations de tous concernant l’avenir de l’université. La crise financière qu’elle traverse et grave et il est urgent de trouver des solutions. Les problèmes de sécurité passent aussi sur le devant de la scène. Les étudiants annoncent une grande manifestation et il faut envisager toutes les éventualités et la nécessaire collaboration avec la ville de Berkeley. Le jour venu, les étudiants envahissent la bibliothèque de l’université. Nous suivons en parallèle l’occupation et la réunion des responsables qui suivent l’évolution de la situation et préparent une réponse aux revendications des étudiants. Certains ont été aussi dans leur jeunesse des contestataires. Mais l’époque n’est plus la même. Hier, ils manifestaient pour une seule cause, la guerre du Vietnam, les droits civiques des minorités. Aujourd’hui, ils ne comprennent pas la stratégie des étudiants qui revendiquent dans toutes les directions à la fois. S’ils sont maintenant de l’autre côté de la barrière, cela ne les empêche pas de comprendre le mouvement des étudiants.

         Le spectateur ne sort pas de ces quatre heures d’immersion dans le campus de Berkeley plus instruit. Il est difficile de pouvoir suivre les contenus de cours et de conférences touchant des domaines de connaissance si différents. Mais là n’est pas le projet de Wiseman. At Berkeley est sans doute un de ses films les plus engagés, comme ceux qu’il a consacrés à de graves problèmes sociaux, la situation des banlieues par exemple dans Public Housing. Ici, il pose la question de la place de l’éducation dans la société américaine. Sera-t-elle réservée à ceux qui sont déjà socialement favorisés ? « L’enseignement doit être gratuit » dit un des slogans des étudiants contestataires. Il y va de l’avenir de la démocratie. Ce n’est pas le cinéaste qui l’affirmer explicitement. Mais il filme un membre de l’université développant cette idée dans une interview donnée à des médias. Le film peut alors être perçu dans son ensemble comme un cri d’alarme face au triomphe grandissant du néolibéralisme.

H COMME HOLIDAY Billie

Billie. James Erskine, Grande-Bretagne, 2020, 97 minutes

L’incipit du film a de quoi surprendre le spectateur. Il s’ouvre sur le lancement d’une enquête, non pas sur la vie de Billie Holiday, mais sur la mort d’une journaliste, Linda Lipnack Kuehl, dont on se demande si son suicide n’est pas en fait un meurtre déguisé.

Bien sûr, il y a un lien entre Linda et Billie. La journaliste, qui est aussi écrivaine, a en effet consacré une bonne partie de sa vie à des recherches sur Billie Holiday, en vue d’écrire une biographie de la chanteuse. Elle a pour cela amassé un nombre considérable de documents et en particulier des cassettes audio renfermant des entretiens avec la grande majorité de ceux qui ont connu et fréquenté Billie, les hommes de sa vie, les musiciens avec qui elle s’est produite sur scène, Count Basie ou Louis Armstrong par exemple.

Et puis le réalisateur a réussi à mettre la main sur la cassette du seul entretien audio de Billie. Une aubaine. Mais aussi un drôle de défi pour un cinéaste. Puisqu’il s’agit bien de faire un film et non une émission de radio.

Le problème sera résolu de la manière la plus simpliste qu’il soit. Chaque fois que le cinéaste aura recours à l’entretien de Billie, il filmera l’appareil qui lit la cassette. Et il se servira de cette image pour organiser son montage. Car on n’en reste pas à la vision du déroulement de la cassette. Il existe quand même pas mal d’images – des photographies surtout – de Billie et de sa vie.

Les chansons d’abord. Billie sur scène avec un grand orchestre. Ou bien, Billie seule à l’écran chantant en play back. C’est le cas pour une de ses plus célèbres chanson, Strange fruit, qui pour une fois est loin d’être une chanson d’amour puisqu’il s’agit très clairement d’une dénonciation du racisme contre les noirs0 Si le film se propose de raconter la vie de Billie, il n’occultera en rien le contexte social de l’époque et tout particulièrement les discriminations et les violences dont les noirs sont l’objet.

Outre les chansons, le film propose un bon nombre de documents inédits, surtout audio. Ceux qui l’ont connue parlent de Billie, de son enfance -très peu- de sa mère, de ses amants et de sa toxicomanie. Le portrait de la chanteuse qui se construit ainsi peu à peu ne cache rien de ses défauts. On a même l’impression que le réalisateur prend un certain plaisir à dévoiler ses tares, son usage des drogues, sa prostitution dès l’adolescence, son amour des Cadillac, des diamants et des visons une fois devenue célèbre. Et surtout, il insiste sur ses relations masochistes avec les hommes de sa vie. Au point d’affirmer qu’elle aimait par-dessus tout les passages à tabac qu’ils lui faisaient subir.

Reste que le film de James Erskine nous permet de retrouver la voix inoubliable de Billie. Et donne ainsi une forte envie de se plonger dans l’écoute de ses enregistrements.

A COMME ABECEDAIRE – Fabienne Abramovich

Parisienne de naissance, elle vit à Genève.

 Elle fait l’image et le son de ses films et le montage pour deux d’entre eux.

Un cinéma d’écoute et de patience.

Elle est aussi chorégraphe.

Amis

Un peu, beaucoup, passionnément

Dieu sait quoi

Amour

Un peu, beaucoup, passionnément

Education

Liens de sang

Eté

Un peu, beaucoup, passionnément

Famille

Liens de sang

Genève

Liens de sang

Habitude

Dieu sait quoi

Jeunesse

Un peu, beaucoup, passionnément

Parc

Dieu sait quoi

Paris

Un peu, beaucoup, passionnément

Dieu sait quoi

Portrait

Liens de sang

Retraite

Dieu sait quoi

Soirée

Un peu, beaucoup, passionnément

Temps qui passe

Dieu sait quoi

Vieillesse

Dieu sait quoi

Ville

Liens de sang

Lire l’entretien avec Fabienne

L’article sur Un peu, beaucoup, passionnément

et celui sur Dieu sait quoi

A COMME ABECEDAIRE – Vivianne Perelmuter

Des films souvent co-réalisés avec Isabelle Ingold. Elle réalise aussi souvent l’image ou le montage de certains de ses films ou ceux d’Isabelle.

Archives

Nord pour mémoire, avant de le perdre                             

Amitié

Le Vertige des possibles

Amour

Le Vertige des possibles

Description d’un combat

Communication

Ailleurs, partout

Exclusion

Une place sur terre

Exil

Ailleurs, partout

Frontière

Ailleurs, partout

Handicap

Une place sur terre

Histoire

Ours

Nord pour mémoire, avant de le perdre

Immigration

Ailleurs, partout

Industrie

Nord pour mémoire, avant de le perdre

 Internet

Ailleurs, partout

Lettre

Description d’un combat

Littérature

Le Vertige des possibles

Mine

Nord pour mémoire, avant de le perdre

Nuit

Le Vertige des possibles

Nord

Une place sur terre

Nord pour mémoire, avant de le perdre

Ordinateur

Ailleurs, partout

Ours

Portrait

Une place sur terre

A COMME ABECEDAIRE – Isabelle Ingold

Des films souvent co-réalisés avec Vivianne Perelmuter. Elle réalise aussi souvent l’image, le son, ou le montage de certains de ses films ou ceux de Vivianne

Archives

Nord pour mémoire, avant de le perdre

Autoroute

 Des jours et des nuits sur l’aire

Banlieue

Une petite maison dans la cité

Bâtiment

Une petite maison dans la cité

Camion

Des jours et des nuits sur l’aire

Communication

Ailleurs, partout

Au nom du maire

Communisme

Au nom du maire

Europe

Des jours et des nuits sur l’aire

Exclusion

Une place sur terre

Exil

Ailleurs, partout

Famille

Une petite maison dans la cité

Femme

Au nom du maire

Frontière

Ailleurs, partout

Handicap

Une place sur terre

Histoire

Nord pour mémoire, avant de le perdre

Immigration

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Industrie

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 Internet

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Mine

Nord pour mémoire, avant de le perdre

Nord

Au nom du maire

Une place sur terre

Nord pour mémoire, avant de le perdre

Pauvreté

Une petite maison dans la cité

Politique

Au nom du maire

Portrait

Au nom du maire

Une place sur terre

Ordinateur

Ailleurs, partout

Picardie

Des jours et des nuits sur l’aire

Travail

Des jours et des nuits sur l’aire

Une petite maison dans la cité

A lire : Des jours et des nuits sur l’aire

Entretien

A COMME ABECEDAIRE – Avi Mograbi

Cinéaste israélien (né en 1956). Après des études d’art et de philosophie à l’université de Tel-Aviv, il débute dans le cinéma comme assistant de Claude Lelouch. Il est aujourd’hui connu pour ses prises de position antisionistes, soutenant l’idée d’un État d’Israël où tous les citoyens possèderaient les mêmes droits. Il milite notamment pour soutenir les jeunes qui refusent de faire leur service militaire.

Amitié

Dans un jardin je suis entré

Attends, ce sont les soldats, il faut que je raccroche

Armée

Z 32

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon

Autoportrait

Happy Birthday, Mr Mograbi

Campagne électorale

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon

Cinéma

Z 32

Droit d’asile

Entre les frontières

Droits de l’homme

Dans un jardin je suis entré

Août, avant l’explosion

Elections

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon

Eté

Août, avant l’explosion

Exil

Entre les frontières

Guerre

Z 32

Israël

Entre les frontières

Z 32

Pour un seul de mes deux yeux

Août, avant l’explosion

Happy Birthday, Mr Mograbi

Liban

Dans un jardin je suis entré

Mémoire

Dans un jardin je suis entré

Moyen-Orient

Dans un jardin je suis entré

Mythe

Pour un seul de mes deux yeux

Palestiniens

Pour un seul de mes deux yeux

Attends, ce sont les soldats, il faut que je raccroche

Police

La Reconstruction – L’Affaire criminelle de Danny Katz

Politique

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon

Réfugiés

Entre les frontières

Représailles

Z 32

Téléphone

Attends, ce sont les soldats, il faut que je raccroche

Théâtre

Entre les frontières

P COMME PALESTINE – Images.

Des images de la Palestine ? Oui. Des images récurrentes, qui reviennent dans tant de films différents. Non pas des images choc, des scoops pour valoriser le photographe ou le cinéaste. Non. Bien plutôt des images qui veulent faire sens. Qui pointent ce qui doit nous questionner dans l’histoire de cette terre et de ce peuple dont le destin n’en finit pas de nous tourmenter. Des films donc qui ne peuvent pas ne pas prendre position. Car filmer la Palestine, filmer en Palestine, est nécessairement un acte de révolte devant ce qui devrait être perçu comme de l’inacceptable. Un acte de solidarité.

La première de ces images est celle d’une main, une main qui s’avance sur l’objectif de la caméra, qui se pose sur lui. Une main donc qui bouche l’image. Qui essaie d’empêcher le cinéaste de continuer à filmer. Qui veut interdire la production d’images. Des images qui sont alors immédiatement, par le simple fait de la présence de cette main, érigées en preuve, en mémoire du présent, en acte d’accusation. Une main qui appartient toujours à un soldat, ou à un policier, un représentant de l’ordre – d’un certain ordre. Une main qui incarne la force. Mais qui ne peut être efficace que si elle fait appel au fusil. Car toujours, le cinéaste continue de filmer, et justement nous donne à voir la main devant l’objectif. Mettant à l’épreuve la patience du soldat qui finit toujours par abandonner, par baisser la main Et si la force va jusqu’à briser la caméra, d’autres appareils de prise de vue prendront la suite, continueront à produire des images, les images de l’action militaire, des images de la guerre.

La deuxième image est réalisée à l’intérieure d’un véhicule, d’une voiture de particulier le plus souvent. La caméra est placée à côté du chauffeur, sur le siège du passager ou sur la banquette arrière. Le véhicule est à l’arrêt. La vitre du côté du chauffeur est baisée. Le chauffeur tend quelque chose à un soldat présent à côté du véhicule. Ce quelque chose s’avérera être des papiers d’identité ou un laisser-passer. Car nous sommes à un cheik point. Un contrôle comme il y en a tant en Palestine, sur toutes les routes de Palestine. Le soldat n’est jamais pressé, comme s’il devait examiner avec la plus grande vigilance le document qui lui a été remis. Une façon bien sûr de faire attendre les passagers du véhicule. Des passagers qui sont ainsi à la merci du soldat. Un soldat qui peut ou non permettre le passage, autoriser ou non le véhicule à poursuivre sa route. Sans qu’il soit d’ailleurs possible de savoir pour quelle raison il refuserait ce passage. Voyager en Palestine, rendre visite à sa famille ou à des amis, ou simplement se rendre à son travail, c’est nécessairement affronter ces contrôles systématisés. Et se soumettre à l’autorité de l’occupant.

Troisième image, celle d’un enfant – ou un adolescent – qui lance une pierre. Il est filmé d’assez loin, en plan général donc, mais sans profondeur de champ car derrière lui il y a un mur. Un mur dans lequel existe un passage dans lequel l’enfant pourra se réfugier après avoir lancé sa pierre. Car lancer des pierres ici n’est pas un jeu. Lancer des pierres c’est exposer sa vie, prendre le risque d’être touché par une balle ou un obus. Le contre-champ d’ailleurs – il y a toujours un contre-champ – nous montre le plus souvent un véhicule blindé de l’armée d’occupation où les soldats se protègent des pierres. Qui est cet enfant ? Bien sûr il n’est pas identifiable. Le gros plan serait ici indécent. Et d’ailleurs l’action est toujours rapide. Un geste, un seul geste, brusque mais volontaire. Le geste de la résistance, de la révolte. Un geste presque inutile, un peu ridicule car perçu comme inefficace. Et pourtant. Un geste qui peut faire reculer les véhicules blindés. Et qui oblige les soldats à se mettre à l’abri. Un geste d’espoir.

Une quatrième image nous replonge dans la guerre, la vraie, celle qui se fait avec des armes, des bombes. C’est l’image d’une colonne de fumée, noire, qui s’élève au-dessus d’un bâtiment, d’une maison, qui vient d’être touché par un obus. Nous ne voyons jamais d’où vient la bombe. Un avion, sans doute. Prêt à faire feu à nouveau. L’image de la destruction. Qui ne montre pas les victimes, blessés ou tués, mais comment ne pas penser à eux. Les bombes frappent indistinctement les civils. La fumée que nous voyons est bien plus que le signe du feu. Elle nous renvoie à la mort. Une mort qui n’épargne personne, même pas les enfants.

Et après la guerre, les bombes, des images de paix ? Pas vraiment. Plutôt des images de destructions, d’immeubles détruits, d’amas de gravats. Des décombres parmi lesquels errent des enfants, ou des adultes, à la recherche de ce qui pourrait encore être utile, un objet, un souvenir peut-être. Ces images sont surtout tournées à Gaza, la ville ou la « bande », un territoire qu’il faut sans cesse reconstruire. Ici ce sont les images de drones qui dominent, non pas pour prendre de la hauteur comme on dit souvent de ces nouvelles images aériennes. Non, le choix du cinéaste est d’abord utilitaire, plus prosaïque. Il s’agit simplement de donner la plus large vue possible des ruines occasionnées par les bombardements. Montrer ces villes réduites à n’être plus qu’un champ de ruines.

Enfin, l’image la plus récurrente de tout film de guerre, n’est-elle pas tout simplement celle du soldat. En Palestine, bien sûr, celle du soldat israélien, un soldat en arme, toujours avec son équipement pouvant donner la mort. Un soldat qui met en joue, qui vise, qui tue.

M COMME MEDIAS – Filmographie

Des films souvent critiques, dénonciateurs. Au regard de la déontologie. Et des pouvoirs financiers qui remettent en cause leur indépendance. Mais aussi des regards qui peuvent être empathiques, lorsque le cinéaste s’immerge totalement dans ce monde qui a toujours gardé une part de mystère et qui pour cela ne cesse de fasciner.

A la Une du New York Times. Andrew Rossi

A voir absolument (si possible). Jean-Louis Comolli

La Bataille d’Alger, un film dans l’histoire. Malek Bensmail

Bondy Blog, portrait de famille. Julien Dubois

Caricaturistes : fantassins de la démocratie. Stéphanie Valloatto

Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai. Denis Robert, Nina Robert

Charlie 712 – Histoire d’une couverture. Philippe Picard, Jérôme Lambert

Charlie, le rire en éclats. Yves Riou, Philippe Pouchain

Choron dernière. Pierre Carles.

Contre-pouvoir. Malek Bensmail

Depuis Médiapart. Maruna kaplan de Macedo

En formation. Julien Meunier, Sébastien Magnier

Enfin pris. Pierre Carles

Faits divers, enquête sur la mécanique du pire. Bernard George

Le Fantôme de Theresienstadt. Baptiste Cogitore

Les Gens du Monde. Yves Jeuland

Jean Daniel, la liberté de rompre. Joël Calmettes

Le Kiosque. Alexandra Pianelli

Libération : je t’aime moi non plus. Patrick Benquet

La Maison de la radio. Nicolas Philibert

Les Médias, le Monde et Moi. Anne-Sophie Novel, Flo Laval

Médias partout…info nulle part ! Jean-Marc Durrieu

Michèle Cotta, sur le fil du pouvoir. Alice Cohen

Mourir ? Plutôt crever! Stéphane Mercurio

Les Nouveaux chiens de garde. Gilles Balbastre et Yannick Kergoat,

Numéro zéro. Raymond Depardon

 Pas vu pas pris. Pierre Carles

Pif, l’envers du gadget. Guillaume Podrovnik

Reporters. Raymond Depardon

Solférino. Justine Triet

Tu t’es vu sans Cabu ? Jean-Marie Pasquier

USA : le blues des médias. Yves Boisset

Vietnam la trahison des médias. Patrick Barbéris

B COMME BERGER – Pays-Bas

No way. Ton van Zantvoort, Pays-Bas, 2018, 81 minutes.

Un berger aux Pays-Bas. Surprenant à première vue. Un pays sans montagne ; sans pâturage d’altitude. Où donc les moutons peuvent-ils brouter ? En fait, les troupeaux vivent dans la lande. Ou à proximité des villes. Une vie – une survie plutôt – qui n’est pas toujours facile.

Berger, un métier qui n’a rien de facile, malgré les images de quiétude qui lui sont souvent accrochées. Un métier qui demande beaucoup de patience et de savoir-faire, ce qui ne s’improvise pas. Le film nous montre la tonte (toute une technique), l’apprentissage de la tétée pour les agneaux et la nourriture au biberon. Et puis aux Pays-Bas, il faut sans cesse déplacer le troupeau pour trouver des espaces où les moutons pourront brouter. Ce qui occasionne quelques conflits avec les habitants des bourgs traversés. Devenir berger citadin, vraiment cela ne va pas de soi.

Un berger héros de cinéma ? Pourquoi pas. Le film de Ton van Zantvoort nous propose un portrait d’un des derniers bergers des Pays-Bas, Stijn. Un homme calme, posé, filmé souvent dans la lande, avec son troupeau en arrière-plan, travaillant en parfaite bonne entente avec ses chiens.  Ou bien dans sa famille, avec femme et enfants, dans une intimité qui n’a rien que de très banale. Et pourtant. Un portrait tout en sympathie bien sûr. Mais qui prend du sens bien au-delà du cas particulier d’un berger vivant aux Pays-Bas.

No Way est d’abord un film hommage à un mode de vie particulier, une vie dans la nature, en contact avec la nature, en relation étroite avec la nature. Une vie parfaitement libre. Mais un mode de vie qui devient de plus en plus opposé au monde contemporain, de plus en plus contradictoire avec la vie citadine. Et qui donc tend à disparaître.

Le film devient ainsi très vite un film de combat. Un film de soutien à Stijn aux prises avec les contraintes et les difficultés qui l’assaillent de toute part. Mais plus largement, un film de défense des traditions anciennes et des métiers du passé qui devraient garder une place dans le monde moderne. Un combat contre les lois du marché et la recherche effrénée du profit maximum. Contre le système, tout simplement.

N’est-ce pas un combat perdu d’avance, tant les forces en présence sont disproportionnées ? Ce que demande Stijn, c’est de pouvoir continuer à exercer son métier, avoir les moyens de pouvoir nourrir son troupeau. Pouvait-il réussir ? La fin du film ne nous laisse pas croire au miracle.

J COMME JOURNALISME – Formation

En Formation. Julien Meunier et Sébastien Magnier, 2020, 74 minutes.

Le journalisme, un métier qui s’apprend.

Le film de Julien Meunier et Sébastien Magnier ne nous donne pas une vision visant à l’exhaustivité de ce qu’est une école de journalisme. Il s’agit, plus simplement – quoique… – de nous montrer en quoi consiste la préparation au métier, dans ses aspects techniques, mais aussi dans les conditions de son exercice et de sa déontologie.

Nous assistons donc à quelques interventions magistrales (sur ce qu’est l’accroche d’un papier par exemple), mais surtout à des exercices pratiques, devant un micro ou une caméra, simulant un flash style France Info ou un duplex télévisé, devant un ministère ou autre lieu faisant événement. Les formateurs sont bien sûr particulièrement exigeants, faisant répéter systématiquement ces interventions, donnant nombre conseils et révélant à l’occasion quelques ficelles du métier.

Les étudiants, toujours stressés dès le début, sont souvent déstabilisés et doivent prendre sur eux en puisant dans leurs ressources secrètes pour faire face et répondre aux exigences du genre. On a très vite l’impression qu’il s’agit surtout de se conformer à des modèles imposés, reposant sur des principes immuables. Plus que les sujets traités c’est la forme de l’intervention qui compte. Car il s’agit avant tout de capter l’auditeur ou le téléspectateur, dans ces formes brèves minutées à la seconde près. A l’heure de l’info en continu, il faut être bref sans être trop rapide, précis et concret sans oublier le détail qui fait mouche. Nous sommes dans un domaine proche de la performance sportive, pour laquelle l’entrainement par répétition systématique est indispensable. Un tel journalisme ne risque-t-il pas de devenir une activité stéréotypée, formatée, où rien n’est laissé au hasard. Où la fantaisie n’a pas sa place. Et même dans une intervention improvisée, ce sont les mécanismes acquis qui dominent.

Mais l’actualité a ses événements imprévus qui viennent bousculer les habitudes et secouer des consciences qui pourraient avoir tendance à s’endormir. Au moment de la réalisation du film, c’est le cas avec les attentats qui ont ensanglanté Paris. Nous quittons alors les studios où le film était jusqu’alors cantonné pour nous retrouver dans une rue proche du lieu des événements. Les étudiants réalisent une interview d’un parisien habitant le quartier. Mais on sent qu’ils sont démunis devant la situation et donnent l’impression qu’ils ne savent pas ce qu’ils doivent faire. Ils ne peuvent alors que s’interroger sur le sens de leur métier.

Le film nous propose alors une dernière séquence qui fait toute sa valeur. Réunis dans une grande salle, les journalistes en herbe expriment librement leurs réactions et leur ressenti face à la situation créée par les attentats. L’exemple évoqué est fort. Peut-on filmer, devant un hôpital, des personnes qui viennent de perdre un de leur proche, parent ou ami. Leurs larmes peuvent-elles être considérées comme de l’information ? Et comment ne pas tomber dans un voyeurisme indécent ? Dans une époque où le journalisme est souvent contesté et critiqué pour donner trop souvent l’impression d’oublier les valeurs les plus fondamentales de notre société démocratique, il est réconfortant de voir ces étudiantes et étudiants se poser ces questions et rappeler quelques principes fondamentaux de la déontologie de leur futur métier.

A COMME ABECEDAIRE – Nicolas Wadimoff

Art

L’Apollon de Gaza

Banlieue

Spartiates

Bombardement

Aisheen – (Chroniques de Gaza)

Djihad

Maisonneuve, à l’école du vivre-ensemble

Ecole

Maisonneuve, à l’école du vivre-ensemble

Ecrivain

Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté

Education

Spartiates

Différences

Maisonneuve, à l’école du vivre-ensemble

Engagement

Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté

Spartiates

Gaza

L’Apollon de Gaza

Aisheen – (Chroniques de Gaza)

Guerre

Aisheen – (Chroniques de Gaza)

L’Accord

Information

Cyber-guérilla

Internet

Cyber-guérilla

Israël

L’Accord

Marseille

Spartiates

Médias

Cyber-guérilla

Mexique

Cyber-guérilla

Montréal

Maisonneuve, à l’école du vivre-ensemble

Nouvelle-Zélande

Alinghi, the Inside Story

Paix

L’Accord

Palestine

L’Apollon de Gaza

Aisheen – (Chroniques de Gaza)

L’Accord

Patrimoine

L’Apollon de Gaza

Pédagogie

Maisonneuve, à l’école du vivre-ensemble

Politique

Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté

Portrait

Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté

Spartiates

Alinghi, the Inside Story

Sport

Spartiates

Alinghi, the Inside Story

Statue

L’Apollon de Gaza

Suisse

Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté

L’Accord

Alinghi, the Inside Story

Terrorisme

Maisonneuve, à l’école du vivre-ensemble

Vivre ensemble

Maisonneuve, à l’école du vivre-ensemble

Zapata

Cyber-guérilla

C COMME CAMPAGNE ELECTORALE – Corbeil-Essonnes.

La Cause et l’usage. Dorine Brun et Julien Meunier. France, 2012, 62 minutes.

         En 2009, les électeurs de Corbeil-Essonnes sont rappelés aux urnes, l’élection de Serge Dassault ayant été invalidée par le Conseil D’État. Déclaré inéligible, l’ancien maire, toujours réélu depuis 1995, ne peut donc pas être candidat, mais il fait quand même campagne, pas tellement dans l’ombre d’ailleurs, pour faire élire celui qu’il a choisi pour le remplacer. C’est cette campagne électorale, dont le résultat ne sera pas une surprise, que le film suit dans ses moindres détails. Une plongée au cœur d’un certain exercice de la démocratie où l’argent est roi.

         Dans cette campagne dont l’existence même dépasse largement le cadre local, Dassault est omniprésent. Sur les affiches du candidat qui le remplace et donc sur tous les murs de la ville, dans les propos des militants, ceux qui le soutiennent comme des opposants, sur les marchés, dans les bistros, le milliardaire est le seul enjeu de l’élection. Mettant sa fortune personnelle au service de sa politique, il est accusé de clientélisme, ce que réfutent bien sûr ceux qui bénéficient de son système. Dans ces conditions, les débats ne peuvent qu’être enflammés, les pro et les anti Dassault s’affrontant avec passion. Rarement la vie politique locale aura mobilisé autant d’énergie.

         Le film plonge au cœur de la tourmente et saisit sur le vif le déroulement de ce qui prend très vite une allure d’affaire d’état. C’est sur le terrain qu’il nous conduit, plutôt que dans les conciliabules des officines politiques, à l’écoute des citoyens de toute tendance. Il ne vise pas à faire un portrait de Dassault, ni même à démonter son système. Les mécanismes d’influence, le rôle de l’argent, notamment dans les quartiers populaires, sont parfaitement visibles par eux-mêmes. Peu importe alors les arguments politiques qui s’affrontent. Ce que le film met en évidence, c’est le vécu politique des habitants de Corbeil-Essonnes, dans toutes les couches de sa population, un vécu bien peu idéologique en l’occurrence, tourné vers les aspects matériels les plus immédiats de la vie quotidienne. La politique apparaît ainsi comme système de séduction où l’aura des personnages est primordiale, surtout si elle est accompagnée de matière sonnante et trébuchante. On peut penser à cette autre campagne électorale, celle de George Frèche filmée par Yves Jeuland dans Le Président. Mais les réalisateurs ici ne cherchent pas à pénétrer dans l’intimité de Dassault et sans doute celui-ci n’a pas la faconde de l’ancien maire de Montpellier ni sa capacité de provocation. Le nom de Dassault pourrait certainement être remplacé par celui de n’importe quel autre richissime chef d’entreprise qui se lancerait dans la politique. A Corbeil-Essonnes, c’est la politique financière qui est à l’œuvre, beaucoup plus que la politique spectacle. Même si les réalisateurs semblent ne pas vouloir faire de théorie, le constat qu’ils dressent ne peut qu’être inquiétant pour la démocratie.

M COMME MIEL

Honeyland. Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov, Macédoine, 2019,

Des abeilles et du miel ; du miel et des abeilles.

La vie d’une femme, sa survie plutôt, grâce au miel, qu’elle récolte avec patience et beaucoup de savoir-faire.

Une vie de misère dans ces montagnes de Macédoine, loin de la vie moderne et de son agitation. Une vie que l’héroïne, Hatidze, consacre aux abeilles et à sa propre mère grabataire qu’elle nourrit à la cuillère, ou en lui achetant des bananes avec l’argent gagné par la vente du miel.

Une vie de solitude. Bien que les abeilles soient particulièrement nombreuses sans la montagne et malgré la présence d’un chien et de plusieurs chats. Une solitude qui sera encore plus grande après la mort de la mère.

Mais cette solitude sera brusquement interrompue par l’arrivée d’une famille de turcs, une famille nombreuse, avec une multitude d’enfants (un par an dira le père) et un troupeau de vaches dont on ne voit pas très bien à quoi il sert. Ils partiront comme ils sont venus, sans crier gare, avec leur camion et leur caravane. Mais ils auront perturbé grandement la vie de Hatidze et ses abeilles.

Le film peut être vu comme une glorification de la vie simple et traditionnelle de Hatidze par opposition au désordre généralisé de la famille turque. Et aux affaires quelque peu louches et assez tordues du père. L’insistance des images (certes très belles) sur l’immensité des paysages va dans ce sens, comme ces gros plans sur le visage de l’héroïne souvent filmés dans un clair-obscur très recherché. S’il s’agit de filmer la vie simple, le filmage n’a vraiment pas cette caractéristique-là. Tout est fait pour éblouir le spectateur, même lorsque les images sont si sombres que la lueur d’une bougie devient une lumière presque surnaturelle.

Ainsi le film joue systématiquement sur les contrastes. On peut se laisser bercer par la lenteur du rythme de vie de Hatidze ; et l’on peut être agacé – ou révolté – par l’agitation et le désordre généralisé de la famille turque. Les paysages de montagne sont merveilleux, mais la crasse dans laquelle vivent les enfants et les comportements violents des parents à leur égard sont tout à fait révoltant. Au moment où, un peu partout, la survie des abeilles est en question, on peut être réconforté par leur prolification dans les montagnes de Macédoine. Mais cela peut-il nous faire oublier la pauvreté de ses habitants et les menaces qui pèsent sur leur vie ?

Le film a été reçu de manière totalement contradictoire par la presse française. Pour les uns il touche au chef-d’œuvre. Pour les autres c’est presque une escroquerie. Quoi qu’il en soit, il a au moins le mérite de ne pas nous laisser indifférent.

T COMME THEATRE – Outre-mer.

Au-delà des mers, rêves de théâtre. Marie Maffre, 2020, 72 minutes.

Il n’est jamais facile de devenir comédien et de faire du théâtre son métier. Surtout pour les jeunes originaires d’outre-mer.

Ils viennent donc des quatre coins du monde, de la Polynésie à la Martinique, de la Nouvelle Calédonie à La réunion. Ils sont jeunes et pleins d’espoir. Ils vont avoir la chance de participer à un projet unique : l’ouverture d’une classe préparatoire dans la campagne limousine, une classe qui va les préparer aux concours d’entrée aux conservatoires ou aux écoles supérieures d’art dramatique. Un séjour d’un an où l’enjeu n’est rien moins que leur avenir.

Ils quittent donc leur pays, leur île et leu famille, certains pour la première fois. Ils vont se frotter à un autre mode de vie, loin des coutumes et des valeurs qui jusqu’à présent étaient leur repère. Ils ont tous une soif d’émancipation, de libération vis è vis des traditions. Et pour cela, le théâtre est un excellent moyen. Un gage de liberté.

Le film de Marie Maffre nous propose de suivre ce petit groupe de jeunes filles et de jeunes garçons pendant cette année exceptionnelle. Le film est ponctué par les vues de la campagne et l’évolution des saisons : une bataille de feuilles mortes et une bataille de boules de neige (la neige, ils ne connaissaient pas) jusqu’au bain de mer avec l’arrivée de l’été. Nous suivons d’abord la formation théâtrale, les exercices individuels et collectifs, le choix des textes, les répétitions de scènes. Les formateurs-enseignants sont toujours attentifs à les faire progresser et sont donc particulièrement exigeants, demandant, imposant, de reprendre une phrase, un geste, parfois jusqu’à l’épuisement. Mais on sent toujours qu’ils sont à l’écoute des difficultés, des doutes. Ils savent réellement soutenir et encourager. Il y a toujours une grande humanité dans leur regard et l’ensemble de leur travail.

Le film nous fait aussi pénétrer dans l’intimité de ce groupe de jeunes apprentis comédiens venus d’outre-mer. Et c’est là bien sûr son originalité. Car ces jeunes ont tous une identité particulière, marquée par leur origine. Et lorsqu’il leur est demandé, dans un parcours libre, de créer une situation qui leur tient à cœur, ils sauront utiliser, qui les danses traditionnelles, qui des textes sur l’esclavage, la colonisation et le racisme.

Un groupe particulièrement dynamique, où les pleurs succèdent aux rires et les rires aux pleurs. Il y a entre eux des relations chaleureuses, faites de confiance et d’entre-aide alors qu’en fait ils sont concurrents dans les concours qu’ils préparent.

Ces concours tiennent une grande place dans le film. Ne sont-ils pas le but même de leur travail ? Alors, il faut vaincre le stress, ne jamais se décourager, chercher sans cesse à s’améliorer. Au final leurs efforts sont couronnés de succès. Et le film nous fait participer à la joie de la réussite. Aucun n’aura perdu son temps. Ils sont tous devenus plus forts, professionnellement et personnellement. Si leur origine et la couleur de leur peau était au départ un handicap – ils n’étaient pas loin de le vivre comme tel – ils ont parfaitement su surmonter les obstacles. On comprend parfaitement leur fierté.

Un film qui montre la voix dans la lutte contre les discriminations.

A COMME ABECEDAIRE – Daniela De Felice.

Un cinéma souvent autobiographique, où il est question de sa famille et de l’Italie, son pays d’origine.

Art

Mille fois recommencer

Autobiographie

Casa

Libro nero

Coserelle – (petites choses)

Collection

Casa

Contestation

(G)rève général(e)

Carrare

Mille fois recommencer

Dictature

Libro nero

Economie

Pot de terre contre pot de fer

Emploi

Pot de terre contre pot de fer

Enfance

Libro nero

Engagement

(G)rève général(e)

Enseignement artistique

Mille fois recommencer

Etudiants

(G)rève général(e)

Evaluation

Mille fois recommencer

Famille

Libro nero

Coserelle – (petites choses)

Italie

Mille fois recommencer

Casa

Libro nero

Jeunesse

Mille fois recommencer

Lutte

(G)rève général(e)

Maison

Casa

Manifestation

(G)rève général(e)

Mère

Casa

Mémoire

Casa

Mort

Coserelle – (petites choses)

Normandie

(G)rève général(e)

Pot de terre contre pot de fer

Objets

Coserelle – (petites choses)

Père

Coserelle – (petites choses)

Sculpture

Mille fois recommencer

Université

(G)rève général(e)

A COMME ABECEDAIRE – José Luis Guerin

Adolescence

Los Motivos de Berta – Fantasía de pubertad

Amour

L’Académie des Muses

Dans la ville de Sylvia

Art

L’Académie des Muses

Le Saphir de Saint Louis

Dos cartas a Ana

Autoportraits

Correspondance – José Luis Guerín et Jonas Mekas

Barcelone

En construcción

Cinéma

Dos cartas a Ana

Innisfree

Guest

Eglise

Le Saphir de Saint Louis

Enseignement

L’Académie des Muses

Esclavage

Le Saphir de Saint Louis

Festival

Guest

Histoire

Le Saphir de Saint Louis

Irlande

Innisfree

Jonas Mekas

Correspondance – José Luis Guerín et Jonas Mekas

La Rochelle

Le Saphir de Saint Louis

Lettres vidéo

Correspondance – José Luis Guerín et Jonas Mekas

Mort

Recuerdos de una mañana

Pédagogie

L’Académie des Muses

Peinture

Le Saphir de Saint Louis

Dos cartas a Ana

Philologie

L’Académie des Muses

Photographie

Tren de sombras

Poésie

L’Académie des Muses

Portrait

Guest

Tren de sombras

Los Motivos de Berta – Fantasía de pubertad

Réhabilitation

En construcción

Ruralité

Innisfree

Los Motivos de Berta – Fantasía de pubertad

Strasbourg

Dans la ville de Sylvia

Suicide

Recuerdos de una mañana

Travail

En construcción

Ville

Dans la ville de Sylvia

En construcción

Voyage

Guest

A lire En construccion

M COMME MARBRE.

Mille fois recommencer. Daniela de Felice, France-Italie, 2020, 75 minutes.

Carrare, une célèbre carrière de marbre blanc. Et à proximité, une non moins célèbre école, L’Académie des beaux-arts. Une école pour devenir artiste.

Ici on apprend à sculpter, à dessiner, à modeler. On apprend à utiliser tous les outils, les marteaux, les burins, les scies, les polisseuses et autres machines pneumatiques. Mais surtout on apprend à travailler la matière à la main, comme avant l’apparition des outils électriques, comme les sculpteurs ont toujours travaillé depuis l’antiquité. On apprend à travailler le marbre, bien sûr, mais peut-être pas tout de suite, pas en débutant. Avant, il faut aussi travailler la glaise, l’argile, le bois, le fer. Apprendre des gestes. Devenir artisan autant qu’artiste. Devenir artisan pour devenir artiste. Devenir artiste parce que l’on est artiste au fond de soi. Fondamentalement. Peut-être sans le savoir.

Le film de Daniela de Felice est une immersion dans cette école, au milieu des élèves, à côté des élèves, filmés sans qu’ils soient le moins du monde dérangés dans leur travail. A côté aussi des enseignants, qui accompagnent les élèves dans leur travail, les conseillant bien sûr, les encourageant, leur montant le bon geste, ou rectifiant leur réalisation, et en fin de compte les évaluant. Car, comme dans toute école, il n’y a pas de véritable apprentissage sans évaluation.

En suivant le filmage de cette année « scolaire », ce sont les élèves qui sont au premier plan. Ce sont avec les élèves (pourrait-on dire les apprentis artistes ?) que la réalisatrice dialogue. Elle enregistre leurs propos lors de courts moments d’échange où ils évoquent leur désir d’art et de création. Et surtout le chemin, spirituel surtout, qui les a conduits là, depuis toutes les régions du monde.

Nous suivons aussi les enseignants, dans quelques interventions magistrales devant un groupe attentif et que l’on sent passionné. L’incipit du film montre d’ailleurs un « cours » où l’enseignant commente des photos en noir et blanc d’ouvrier dans la carrière de Carrare. Mais ces interventions sont rares dans le film. Le travail des enseignants est plutôt d’accompagnement individuel. Ils parcourent en silence les salles de travail, s’arrêtant un instant derrière un étudiant concentré sur sa tâche, n’intervenant que de quelques mots qui n’ont rien de perturbateur.

Les images de Matthieu Chatellier, toujours très précises avec ces gros plans de visages et de mains, contribuent à créer une atmosphère à la fois studieuse mais aussi chargée d’émotion et d’imaginaire. Comme dans cette séquence où, à la fin de la journée, la nuit tombe peu à peu, la caméra parcourant dans ce silence de la salle abandonnée par ses étudiants, une série de têtes sculptées semblant attendre le retour, le lendemain, de ceux qui leur donne vie.

Le film se termine par les examens de fin d’année. Les étudiants présentent leurs travaux en les commentant. Les profs posent des questions et donnent leurs évaluations. Le dernier plan est celui d’un étudiant rayonnant de joie après avoir été félicité par le jury.

Quelle vision de l’art le film véhicule-t-il ? Pas vraiment une conception romantique. Nous sommes dans une école. Tout repose sur l’apprentissage, le soin apporté au travail, la minutie, la patience, la persévérance – ce que dit très bien le titre du film. Si ces jeunes artistes sont des génies en herbe, nous ne les verrons pas éclore dans le film. Mais nous sentons que rien ne pourra arrêter leur volonté créatrice.

Z COMME ZAÏRE

Mobutu, roi du Zaïre. Thierry Michel. Belgique, 1999, 135 minutes.

         Le Zaïre, c’est le nom donné par Mobutu au Congo dès son arrivée au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat en 1965. Il changera de même son nom, supprimant le trop occidental Joseph-Désiré en Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga (ce qui peut se traduire par « Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter ») Cela en dit déjà beaucoup sur la personnalité de ce dictateur qui régna quelques 25 ans sur un pays dont il accapara, pour lui et sa famille, l’essentiel des richesses.

         Le portrait que réalise Thierry Michel de ce dictateur retrace pas à pas sa carrière politique, de l’indépendance du Congo à sa mort à la suite d’un cancer, en passant par toutes les étapes de son accession au pouvoir dont l’assassinat de Lumumba qui l’avait nommé chef d’Etat-major de l’armée. C’est sur cette armée qu’il s’appuiera pour devenir le seul « chef » du pays. Le film dissèque tout autant l’idéologie de Mobutu (le chef doit imposer son autorité par tous les moyens, c’est comme cela qu’il sera aimé du peuple) que les différentes facettes de son exercice du pouvoir. Parmi les témoins interviewés, un militaire considère qu’il n’avait aucun sens de la stratégie guerrière. Un diplomate, par contre, le considère comme sachant utiliser pleinement ses alliances avec les puissances mondiales. On le voit ainsi successivement reçu par Nixon et Bush père qui ne se prive pas d’éloge à son égard, et par Giscard d’Estain, particulièrement fier d’être son ami. Un ensemble d’images d’archives appuie l’analyse de cette dictature proposée par un commentaire omniprésent. Le portrait devient ainsi un réquisitoire et les images de répression sanglante des manifestations sont autant de pièces à charge.

         Quelle image de Mobutu le film fait-il en définitive ressortir ? Un dictateur sanguinaire, certes, qui ne peut conserver le pouvoir aussi longtemps que par l’exercice de la terreur. Mais lorsqu’il est filmé dans l’intimité il devient un homme aimant l’argent, le luxe et les femmes. Sa famille est très présente dans ces images, comme dans cette longue séquence dramatisée à l’extrême lors de l’enterrement d’un de ses fils. Et puis, à la fin de sa vie, il apparaît souffrant de sa solitude, avouant alors sa lassitude du pouvoir. Des images qui ne sont pas vraiment en harmonie avec celles des manifestants piétinant ses portraits.