J COMME JAPON – ancestral / actuel

Akeji, le souffle de la montagne. Mélanie Schaan, Corentin Leconte, France, 2020 72 minutes.

Son of Fukushima. Beth Murphy, Beth Balawick, France-USA, 2020, 55 minutes.

Deux films tournés au Japon, sur le Japon. Un contraste pratiquement absolu. Le Japon ancestral / le Japon d’aujourd’hui.

Deux films français (celui sur Fukushima est une co-production franco-américaine) ; deux regards sur le Japon qui nous interrogent.

Le Japon d’aujourd’hui, c’est celui de la catastrophe nucléaire de Fukushima et de ses suites. La contamination des terres et des habitations, a contraint la population à évacuer la région. Une région où il n’est plus possible de vivre.

Le Japon traditionnel, c’est celui de Akeji, un peintre qui a quitté la société avec sa femme pour vivre dans la montagne, au milieu des arbres. Une vie de méditation et de création.

D’un côté donc une nature intacte, vivante, accueillante malgré les orages et la neige. Une nature pleine de ressources. Des ressources qui semblent inépuisables.

De l’autre côté, une terre qui est devenu dangereuse, et qui le reste malgré la décontamination. Des équipes spécialisées remplissent de grands sacs plastiques avec cette terre. Et comme on ne sait pas quoi faire de ces sacs, on les entasse aux quatre coins de la campagne, transformant un paysage de plus en plus inhospitalier.

Ces deux films sont-ils vraiment réalisés dans le même pays.  On en vient presque à en douter.

L’un nous plonge dans la sérénité, le recueillement, la méditation.

L’autre est fait d’inquiétude, d’angoisse même. D’incertitude quant à la possibilité de revenir vivre chez soi.

Le Japon terre de contraste. Mais en même temps, une réflexion sur le sens de la vie.

Comment protéger la nature, alors que l’industrie humaine ne peut que la détruire. Faut-il renoncer au progrès ? En fait Akeji n’a pas totalement coupé les ponts avec la société. Il reçoit sa famille, neveux et petits neveux ; il conduit sa femme à l’hôpital lorsqu’elle en a besoin. A Fukushima aussi on se réunit en famille. Mais le moment n’est vraiment plus à la contemplation de la nature.

De quoi demain sera-t-il fait. Ces deux films n’en disent rien. Ils se limitent à nous interroger sur le présent.

Fipadoc 2021

O COMME OBSESSION

L’homme qui cherchait son fils. Delphine Deloget, Stéphane Correa, 2020, 76 minutes.

Le film d’une obsession. Une obsession infinie, dévorante, folle. Une obsession omniprésente dans la vie de Wu, cet ouvrier chinois dont le fils a été enlevé lorsqu’il avait 10 mois. Il y a 10 ans de cela. Depuis Wu n’a de cesse de partir à la recherche de ce fils perdu, dont il n’a à l’évidence pas fait le deuil.

Un film portrait. Le portrait très intime de cet homme, ce père, rongé par son obsession. Une obsession qui le conduit inexorablement à sa perte.

Lorsque le film commence, Wu consulte un enquêteur qui exécute un portrait de cet enfant de 10 ans dont personne ne sait ce qu’il est devenu, en s’appuyant sur une supposée ressemblance avec son père. Le ton est donné : ce bébé disparu est devenu un enfant fantasmé, presque imaginaire. Et cela donne inévitablement une dimension fictionnelle au film. Que sait-on de Wu ? Il est marié et a un deuxième fils qui d’ailleurs pose pas mal de problèmes d’éducation, surtout à sa mère. Le père lui est souvent absent, pour cause de recherche de son premier fils.

Comment subvient-il à ses besoins matériels ? Au début du film il travail sur un chantier. Mais depuis six mois il n’a touché aucun salaire. Il envisage alors une action contre le patron, déployant une banderole à l’entrée du chantier réclamant son argent. Tout cela donne une dimension sociale au film. En Chine, les ouvriers n’ont bien peu de protection contre les abus patronaux.

Mais cette piste est rapidement abandonnée. Wu part sur les routes avec son vélo aménagé en une sorte de remorque où il peut dormir. Il affiche là où il peut des photos de son fils disparu. Puis il se rend à la sortie des écoles, interroge les élèves. Il a revêtu une combinaison de Spiderman. Il ne passe pas inaperçu.

Les cinéastes filment Wu au plus près, des gros plans de son visage, notamment dans un col, en hiver, il peine de plus en plus à pousser son vélo. On lit la souffrance sur son visage, la désillusion aussi. Mais surtout le désespoir. Lancé dans cette quête sans fin, se rend-il compte de l’absurdité de son entreprise ? Une recherche désespérée à laquelle il ne sait pas mettre fin, malgré les supplications de sa femme. Cette recherche est visiblement devenue pour lui une façon de fuir la vie, de fuir ses responsabilités familiales, de fruit les conflits de travail. S’il croise sur son chemin quelques amis, il ne quitte pas pour autant la solitude.

Se déroulant en Chine, le film pourrait avoir un petit côté exotique. Il n’en est rien. La souffrance de Wu de la perte de son enfant a plutôt une dimension universelle.

Fipadoc Biarritz, 2021.

A COMME ABECEDAIRE – Cathie Dambel

Elle est aussi monteuse, en particulier pour des film de Robin Hunzinger ou Sylvie Deleule.

Abandon

À une lettre près

Adoption

Gaspard de la nuit

À une lettre près

Afrique

Gaspard de la nuit

Belgique

Naître d’une autre

Cinéma

Issue de secours

Congo-Brazzaville

Gaspard de la nuit

Couple

Naître d’une autre

Désir d’enfant

Naître d’une autre

Enfant

Gaspard de la nuit

Famille

Naître d’une autre

Gaspard de la nuit

À une lettre près

Femme

Rosière

Fiction

Issue de secours

Gynécologie

Naître d’une autre

GPA

Naître d’une autre

Jean Eustache

Rosière

Loi

Naître d’une autre

Métissage

Gaspard de la nuit

Paternité

Gaspard de la nuit

PMA

Naître d’une autre

Prison

Issue de secours

Rituel

Rosière

Vertu

Rosière

D COMME DÉSIR D’ENFANT

Naître d’une autre. Cathie Dambel, Belgique – France, 2020

Gravir une dune de sable aussi haute que celle du Pyla est toute une aventure. A chaque pas, on risque de glisser dans le sable et de se retrouver quelques mètres plus bas. Une ascension pleine de risques, qu’il faut pratiquer avec persévérance. Une bonne image de ce qui attend les couples qui ne peuvent avoir d’enfant et qui ont décidé de se tourner – en dernier recourt et en désespoir de cause le plus souvent – vers la solution de la GPA.

La GPA (Gestation pour autrui) est interdite en France mais autorisée en Belgique, sous certaines conditions cependant. L’enfant ne sera confié à ses nouveaux parents qu’au terme d’un long processus d’adoption. Une disposition qui n’existe pas au Québec. Mais se rendre au Canada est souvent impossible financièrement pour les couples français. Ils vont donc se rendre en Belgique, pour se lancer dans une aventure qui ne sera pas toujours couronnée de succès. Mais pour ceux qui arrivent à surmonter tous les obstacles – ils ne sont en définitive au moment de la réalisation du film qu’une poignée, pas tout à fait la trentaine – le jeu en vaut bien la chandelle.

Le film de Cathie Dambel aborde le sujet avec beaucoup de retenue. Le film ne tombe jamais dans la polémique ou les argumentations à l’emporte-pièce. Si nous sentons bien que la cinéaste est au fond favorable à cette pratique controversée – elle ne donne pas la parole aux opposants – elle ne fait pas un film militant cherchant à convaincre. Elle cherche plutôt à comprendre la souffrance de ces femmes qui ne peuvent pas enfanter et d’examiner rigoureusement les solutions qui s’offrent à elles.

Cette hauteur de vue est possible grâce à la centration d’une grande partie du film sur le service de gynécologie du CHU Saint Pierre de Bruxelles qui reçoit les couples qui en font la demande et les accompagne – et les soutient – tout au long du processus. Nous assistons aux réunions de concertation de l’équipe, qui débat des cas qui leur sont soumis. C’est la gynécologue, chef de service qui expose la situation, de faon précise et donc très technique. Elle s’adresse à des professionnels, et le vocabulaire scientifique est de rigueur. Mais ce n’est pas une raison pour le spectateur de décrocher. Car il y a toujours une grande humanité dans ces propos. Le film est une véritable plongée dans le désir d’enfant. Un désir sans doute prioritairement féminin mais dont nous voyons ici comment il peut tout aussi bien être partagé par des hommes.

Une séquence du film est consacrée à la PMA (Procréation Médicalement assistée). Mais il s’agit là d’une situation plus classique et qui suscite moins de débats passionnés. Le mérite de Naître d’une autre est bien d’aborder de front la question de la GPA et de montrer qu’une réflexion calme et sereine sur ce sujet est possible – et indispensable.

Le film se termine par un plan magnifique. Une jeune mère donne le biberon à son enfant – à qui elle n’a pas donné naissance et qui est pourtant bien le sien – en chantonnant une comptine. Toute la beauté de la maternité est dans ce plan.

FIPADOC 2021.

C COMME CONFINEMENT

Confinés dehors. Julien Goudichaud, 2020, 20 minutes.

Les Champs Elysées totalement vides. Comme les autres avenues de Paris. Comme tout Paris. Comme toute la France. Des images impressionnantes. Inoubliables. Le confinement – le premier confinement du pays – en mars 2020.

Les images du film de Julien Goudichaud resteront un souvenir – un mauvais souvenir – de cette période inédite. Comme ces applaudissements aux fenêtres, dont on sait qu’il signifie l’hommage – et les remerciements de la population aux soignants et à leur dévouement. Dans les rues, sous les fenêtres, des SDF, saluent sur un mode théâtral. Après tout, pourquoi n’auraient-ils pas droit, eux aussi, à être applaudis ?

Le confinement est de fait une période particulièrement difficile pour ceux qui vivent dans la rue et qui sont bien obligés d’y rester, jour et nuit. Ceux qui survivent en faisant la manche essaient bien d’arrêter les rares voitures qui circulent encore. Sans grand succès. Et les prostitués du bois de Boulogne gagnent tout juste de quoi payer chaque jour leur hôtel et une baguette de pain pour manger.

Dans ce Paris désert, Julien Goudichaud fait des rencontres et nous propose deux ou trois portraits de ces naufragés de la vie qui se sentent encore plus délaissés que dans des périodes dites normales. Au moins, dit la vieille dame rencontrée sur un banc devant l’Arc de Triomphe, il n’y a plus à supporter les regards en biais chargés de mépris. Et elle peut avoir le sentiment d’avoir pour elle toute seule la plus belle avenue du monde. La solitude est pourtant la même que celle ressentie au milieu d’une foule pressée, au mieux indifférente.

Cet autre SDF a un moyen bien à lui de suppléer au manque de passants. Il descend dans des bouches d’égout et récupère les pièces qui se sont égarées là. Comme pas mal de fourchettes et de couteaux sous une terrasse d’un restaurant. Nous le retrouvons dans son « chez lui », cet antre, ce trou qu’il s’est aménagé – avec la télé et tout un bric à brac de choses récupérées – dans cette cavité souterraine. Une rencontre surprenante.

 Confinés dehors est un film court, qui ne dépasse pas 20 minutes.Mais il nous dit beaucoup de choses. Sur la pandémie bien sûr. Mais surtout sur la vie de ceux qui voudraient bien être confinés à l’intérieur d’un vrai logement.

FIPADOC 2021

B COMME BANKSY – Énigme.

Banksy wanted. Aurelia Rouvier et Seamus Haley, 2020, 82 minutes.

Banksy, l’énigme Banksy. L’artiste contemporain le plus célèbre et le plus mal connu0 Totalement inconnu même. Car il a depuis des années et des années si bien préserver son anonymat que personne ne peut dire aujourd’hui le connaître. Sauf bien ceux qui sont de mèche avec lui. Ou qui font partie du collectif Banksy. A supposé du moins que Banksy soit un collectif. De toute façon toutes les hypothèses sont permises. Et personne ne s’en prive.

Les auteurs de ce film qui fait le point sur la carrière de Banksy et sur les tentatives de découverte de son identité – tentatives nombreuses, toutes plausibles, mais toujours démenties – n’en reprennent aucune à leur compte. Leur propos a une dimension plus historique, même s’il prend la forme, surtout dans sa deuxième partie, d’une enquête quasi policière en suivant les traces de ceux qui ont cru, au terme d’efforts soutenus, démasquer Banksy et mettre un nom sur la silhouette vêtue de noir qui met les pieds dans le plat de l’art contemporain.

L’incipit du film nous plonge directement dans le mystère et les interrogations. A-t-on affaire à une supercherie, un coup monté ou plutôt un coup de génie. un coup d’éclat de toute façon, qui sera relaté par tous les médias du monde – et pas seulement ceux dédiés au petit monde de l’art contemporain. Nous sommes chez Sotheby, la célèbre maison de vente aux enchères londonienne. Une salle bondée de gens riches et d’amateurs d’art. Le clou de la vente c’est un tableau de Banksy, La Petite fille au ballon, qui sera adjugé pour quelques 970 000 dollars. Mais, chose proprement inimaginable, dès le coup de marteau concluant la vente, le tableau s’auto-détruit, du moins en partie. Une mise ne scène particulièrement réussie.

La suite du film a le mérite de nous montrer un grand nombre d’œuvres signées Banksy. En les resituant toujours dans leur contexte. Et en insistant sur la signification sociale et politique que le choix de tel ou tel pan de mur pour recevoir les fameux pochoirs peut avoir. Les intervenants – critiques d’art, marchants ou collectionneurs surtout – insistent tous sur la portée des interventions de Banksy. Soutien aux Palestiniens en dénonçant le mur de séparation avec Israël ; dénonciation de la pollution dans les quartiers pauvres de l’Angleterre ; et ainsi de suite, jusqu’au pied de nez adressé à ceux qui ne voit dans l’art qu’un moyen de gagner de l’argent. Et Banksy serait plus connu que Picasso ou Warhol. Dans le monde entier – comme le montrent les nombreux extraits de journaux télévisés relayant chacune de ses apparitions. Un artiste qui a su toucher un très large public, le grand public – qui accourt pour voir les œuvres dont Banksy parsème les murs de New York – une par jour, sans que la police lancée à ses trousses par le maire de la ville réussisse ne serait-ce que l’apercevoir.

Malgré ceux qui, au terme d’enquêtes longues et minutieuses ont cru découvrir la véritable identité de Banksy – le chanteur de Massive Attack, Robert Del Naja par exemple – le mystère Banksy reste entier. Et c’est sans doute mieux comme cela. De toute façon, comme le film le dit en conclusion, si quelqu’un affirmait un jour être Banksy, personne ne le croirait.

FIPADOC 2021

L COMME LEJ

Cordes sensibles. Vincent Lebrun, 2020, 77 minutes.

LEJ, vous connaissez ? Si vous écoutez las radios « jeunes », certainement ! Des voix et un violoncelle, original. Un succès phénoménal, dans la chanson française de ces dernières années.

LEJ, trois filles dont l’initiale des prénoms compose le nom du groupe (Lucie, Elisa et Juliette).  Trois filles jeunes (pas plus de la vingtaine), belles (sachant se mettre en valeur), dynamiques, passionnées de musiques, joyeuses, battantes. Elles ont une formation classique et aiment la musique. Et surtout, surtout, elles sont amies. Depuis la crèche disent-elles. Des amies inséparables. Une amitié qui doit bien être un des facteurs de leur réussite.

Cordes sensibles est réalisé par le père de Lucie, ce qui doit garantir l’authenticité du propos. Le cinéaste a toutes les portes ouvertes pour filmer les filles, jusque dans leur intimité. Dans les coulisses des concerts, dans le bus de leurs tournées, dans la salle de répétition et de composition. Il côtoie sans problème les professionnels – producteurs et autres managers – qui entourent le groupe. Et bien sûr il les fait parler, recueillant leurs sensations, leurs émotions, leurs interrogations aussi.

Dès l’incipit le film prend la forme d’un clip – ou d’une succession de clips.  Un rythme de montage qui doit correspondre à celui de la musique du groupe. Et si l’on assiste à quelques séances d’enregistrement en studio, ce sont les moments de concerts – souvent des méga concerts – qui dominent, avec leurs plans survolant le public en transe. Un public jeune qui prend visiblement un grand plaisir au spectacle.

Le film retrace le parcours de LEJ, cette ascension rapide et triomphale, depuis les premiers petits concerts dans des bars jusqu’au sacre de la Victoire de la musique. Avec la mise en évidence du rôle prépondérant de la page Facebook et son nombre inimaginable de visites et de likes. LEJ est bien un groupe de son temps. Et d’ailleurs les chanteuses se plaisent à souligner qu’elles ne rejettent aucune influence, empruntant à tous les courants de notre époque, du rap au be-bop.

Cordes sensibles, un beau titre. Un film qui ravira les fans de LEJ.

FIPADOC 2021

P COMME POLICE – Surveillance.

Connu de nos services. Jean-Stéphane Bron. Suisse, 1997, 60 minutes.

         Claude Muret a été fiché pendant plus de 13 ans par la police fédérale suisse, comme ses camarades de la Jeunesse Progressiste Vaudoise ; comme tous les jeunes gauchistes croyant en la possibilité de la Révolution dans les années 60-70 ; comme tous les militants politiques sans doute, surtout s’ils sont de l’opposition ; comme tous les suisses peut-être, ou du moins une grande partie d’entre eux. Des fiches précises, détaillées, ne laissant de côté rien des activités politiques des intéressés, mais aussi de leurs activités quotidiennes, leur vie de tous les jours, familiale et affective. On a du mal à imaginer le nombre considérable de ces fiches, ni même à quoi elles peuvent être utiles. En dehors de cette paranoïa généralisée qui soutient que la sécurité d’un pays dépend uniquement de ses services de renseignement. Big Brother existe aussi en Suisse.

         La révélation de l’ampleur du phénomène en 1997 et le scandale que cela suscita (« l’Affaire des fiches »), est le déclencheur du film de Jean-Stéphane Bron, mais n’en constitue pas vraiment le sujet. Connu de nos service repose sur un dispositif ingénieux et particulièrement efficace. La lecture de la fiche d’un des membres de la Jeunesse Progressiste, et ensuite des courants politiques proches, permet de présenter son identité. Les entretiens avec l’ancien « révolutionnaire » alternent alors avec les souvenirs des membres de la « police de sécurité » auteurs des fiches. Dans certains cas, ces déclarations sont illustrées par les photos, et quelques vidéo,  d’époque, soit issues d’archives télévisées, soit le plus souvent des photos souvenirs personnelles des intéressés. C’est ainsi toute la vie politique d’une époque qui est évoquée à travers la confrontation de deux points de vue opposés : les positions contestatrices d’une certaine jeunesse évoquées par les acteurs eux-mêmes quelques trente ans après, auxquelles font écho les commentaires forcément plus distanciés des représentants de la force publique garant de la sécurité de l’Etat.

         Le filmage de ces derniers préserve leur anonymat. Un cadrage très serré nous montrent leurs bouches, leurs moustaches, leurs yeux, leurs oreilles. Parfois un visage apparaît en profondeur de champ derrière un fragment de joue en amorce, mais il est alors flou. Des images qui contrastent fortement avec les gros plans de face des visages des anciens fichés qui eux n’ont rien à cacher, d’autant plus qu’aujourd’hui ils sont pratiquement tous bien intégrés dans cette société qu’ils contestaient si fortement dans leur jeunesse. Les propos de ces professionnels du renseignement, membres de la « brigade du ciel », ne manifestent aucune animosité vis-à-vis de ces jeunes qu’ils finissent, à force de proximité, par considérer presque comme des vieilles connaissances personnelles. Leurs critiques sont celles que pourraient faire des parents. Si l’étudiant ne va jamais au cours, c’est parce qu’il est paresseux. De toute façon, ce sont tous des enfants de bonne famille qui ne manquent de rien.  Au fond, ils n’ont jamais vraiment pris au sérieux leurs visées révolutionnaires et n’ont sans doute jamais pensé qu’ils mettaient vraiment l’Etat en danger. Leur travail consistait à suivre leurs faits et gestes, aussi précisément que possible. Alors, en fonctionnaires zélés, ils étaient présents dans toutes les manifestations, toutes les réunions plus ou moins publiques. Et ils allaient jusqu’à enregistrer la moindre conversation téléphonique et les retranscrire au mot près. Un travail de fourmis, minutieux, qu’ils effectuaient sans état d’âme. Pour la police, le respect de la vie privée n’est pas une exigence de la démocratie.

         Les entretiens que mène le cinéaste avec les anciens gauchistes devenus cinquantenaires sont l’occasion de revenir sur les grands événements de cette vie d’étudiants engagés dans la politique, les manifestations pour la paix au Vietnam ou mai 68 en France. Leurs propos fourmillent d’anecdotes plus ou moins futiles, évoquées avec humour et un sens de l’autodérision évident. Au fond, à l’image de Claude Muret qui est mis en position de personnage principal du film, leur ligne politique n’était pas toujours très rigoureuse même si leur engagement était, à l’évidence, sincère. Trente ans après, ils sont sans illusions sur la société actuelle et son avenir. Une formule de Claude Muret résume parfaitement cet état d’esprit. Son père, qu’il considérait comme un vrai stalinien, lui avait dit un jour « Toi tu verras le socialisme ». Lui, il dirait plutôt à son film « Toi tu verras le fascisme.» Et d’ajouter qu’il espère simplement que la deuxième prévision sera invalidée par les faits comme la première.

         Connu de nos services aurait pu se contenter d’être un film dénonçant la propension des sociétés démocratiques à la surveillance systématisée des citoyens, à l’instar des anciennes dictatures des pays de l’est. Le dispositif qu’il met en place en fait une exploration intimiste d’une époque où l’engagement politique donnait du sens à la vie d’une partie de la jeunesse.

V COMME VACHE – Normandie.

Secteur 545. Pierre Creton. France, 2005, 105 minutes.

         Secteur 545 est un film en noir et blanc, comme les vaches de Normandie. Des vaches, en pays de Caux, il y en a beaucoup. Des vaches laitières dont il faut surveiller la production. Pierre Creton se fait embaucher comme « peseur » au contrôle laitier. Il doit aller dans les fermes du secteur 545, assister à la traite, relever le niveau de la production et prélever un échantillon de lait. Un boulot pas très spécialisé au fond, mais qui lui permet, puisqu’il est cinéaste, de pénétrer dans les exploitations, de poser sa caméra dans les étables, les plus modernes, style laboratoire, comme les plus traditionnelles. Il participe à la traite, toujours mécanisée et surtout, il rencontre des éleveurs dont il nous donne à connaître le travail et le mode de vie.

         Creton filme aussi Jean-François, son supérieur puisque c’est lui qui l’a recruté, mais pas vraiment son chef. Il va lui aussi de ferme en ferme, discutant des problèmes des exploitations. Il montre une photo où il avait 5 ou 6 ans, entre sa mère assise près d’une vache et son grand frère. Toute une vie passée à la campagne en relations avec les vaches et les problèmes de lait, ce qui ne l’empêche pas de lire Kierkegaard. Le soir il va boire une bière dans le pub anglais du coin. Et il pose torse nu pour une amie artiste qui sculpte son buste en argile. Le film se terminera d’ailleurs juste après le vernissage de l’exposition qui lui est consacrée. Autour de la sculpture sont exposées des fragments de plans dessinés à la craie sur des ardoises et des photos de vaches et de lui-même. Il a son moment de célébrité.

         La relation des fermiers avec leurs vaches a toujours quelque chose d’affectif. En garder une pendant 18 ans, alors que l’âge moyen des laitières est de 10 ans, en est bien la preuve. Son propriétaire raconte que c’est avec cette vache qu’il a appris la traite. Alors, pas question de l’envoyer à l’abattoir. Dans l’étable, les vaches ont des numéros, mais cela n’enlève rien au caractère particulier de chacune. Dans un troupeau, c’est la plus vieille qui donne le plus de lait. Alors l’éleveur la bichonne tant qu’il peut. « C’est la princesse du lot » dit-il.

         Tout au long du film, Creton joue son rôle de cinéaste. Il installe un de ses amis fermiers, ou un couple, devant la caméra et leur pose une question surprise : « quelle est la différence fondamentale entre l’homme et l’animal ? » Les interrogés sont toujours surpris mais la plupart essaient de répondre. Des réponses de bons sens : la réflexion, le langage. Ou même « un animal est un animal ». Creton filme aussi l’installation devant la caméra de ceux qu’il va interroger. L’un d’eux cherche même le meilleur décor et déplace sa chaise en conséquence. Et puis un de ces mini entretiens tourne au jeu de cache cache entre le filmeur et le filmé. Une question si idiote, même si elle se veut philosophique, le matin de bonne heure, il ne faut pas exagérer ! Alors le sarcasme fuse. « L’homme c’est moi et l’animal c’est toi » Et la différence entre toi et moi, insiste Creton. Réponse instantanée : l’intelligence. Une bonne leçon de modestie donnée au cinéaste, une leçon pour rire certes, sans agressivité, avec une certaine tendresse même. Mais leçon quand même. Une leçon de cinéma en somme.

         La vie des vaches se termine à l’abattoir. Creton filme un camion qui y conduit quatre bêtes, mais il ne rentrera pas dans l’établissement. Nous préfèrerons avec lui ce plan du gros câlin que donne cet éleveur à une vache qu’il sert fort dans ses bras. Il y a dans l’œil du bovin une véritable lueur d’humanité.

A COMME ABECEDAIRE – Pierre Creton

Agriculture

L’avenir le dira

Paysage imposé

Secteur 545

Amitié

L’Heure du berger

La Vie après la mort

Animal

Va, Toto !

Secteur 545

Architecture

N’avons-nous pas toujours été bienveillants ? – (Recueil)

Autoportrait

Va, Toto !

Banlieue

Sur la voie

Deuil

Le Voyage à Vézelay

Ecosse

Détour

Elevage

Secteur 545

Enseignement

Paysage imposé

Famille

L’avenir le dira

Fleur

L’Arc d’iris – Souvenir d’un jardin

Formation

Paysage imposé

Gérontologie

Maniquerville

Giverny

Sur la voie

Himalaya

L’Arc d’iris – Souvenir d’un jardin

Inde

Va, Toto !

Lin

L’avenir le dira

Littérature

N’avons-nous pas toujours été bienveillants ? – (Recueil)

Métis

Maniquerville

Marcassin

Va, Toto !

Mémoire

Maniquerville

L’Heure du berger

Monnet

Sur la voie

Montagne

L’Arc d’iris – Souvenir d’un jardin

Mort

Le Grand Cortège

L’Heure du berger

Le Voyage à Vézelay

La Vie après la mort

Normandie

L’avenir le dira

Paysage imposé

Paysage

Paysage imposé

Peinture

N’avons-nous pas toujours été bienveillants ? – (Recueil)

Détour

Pèlerinage

Le Voyage à Vézelay

Portrait

N’avons-nous pas toujours été bienveillants ? – (Recueil)

Proust

Maniquerville

Récolte

L’avenir le dira

Rêves

Va, Toto !

Ruralité

Sur la voie

Secteur 545

Santé

Le Grand Cortège

Maniquerville

Sculpture

Métis

Détour

Travail

L’avenir le dira

Secteur 545

Vieillesse

Le Grand Cortège

Maniquerville

Ville

Sur la voie

L COMME LIEUX – les lieux de Gianfranco Rosi.

Nombreux sont les cinéastes italiens voyageurs. Gianfranco Rosi est de ceux-là. De l’Inde aux États-Unis sans oublier l’Italie cependant.

L’Inde, c’est Bénarès, le Gange, fleuve sacré. Depuis la barque de son passeur, Rosi filme cette agitation incessante sur le fleuve, les cadavres flottants sur l’eau, une relation particulière à la mort toujours surprenante pour un Européen. (Le Passeur, 1993, 55 minutes).

Aux Etats-Unis, du côté de la Californie, un désert dont la caractéristique est de culminer à 35 mètres au-dessous du niveau de la mer. Un désert sans nom dans le film, mais un désert habité par une foule de marginaux, de solitaires, ayant fui la société, une société dont certains ont bel et bien été chassés. Un mode de vie relativement précaire, sans eau, sans relation sociale. Ou juste le minimum pour continuer de vivre, malgré tout (Sous le niveau de la mer, 2008, 119 minutes).

Autre rencontre à la marge de la société. Un motel près de la frontière américano-mexicaine. Une chambre portant le numéro 164. A l’intérieur un homme, vêtu de noir, une sorte de cagoule sur la tête le dissimule au regard de la caméra. Une chambre que le film ne quitte pas. Un lieu confiné où le récit de la vie de son occupant -El Sicario, l’exécutant des basses besognes – nous ouvre les portes de l’enfer. Le récit de vie de cet anonyme égrène les meurtres, les enlèvements, les séquestrations, les tortures, les pires atrocités. Un récit qui espère ouvrir la porte de la rédemption ? (El Sicario, chambre 164, 2010, 84 minutes)

Au moyen -orient, les lieux de Rosi ce sont des frontières, entourées de violence et de destruction. Celles de l’Irak, du Kurdistan, de Syrie, du Liban. Des lieux à la géographie incertaine, fluctuante. (Nocturne, 219, 100 minutes).

En Italie, c’est d’abord un lieu périphérique par excellence que Rosi nous fait découvrir : le GRA, ce boulevard extérieur qui entoure Rome de son ruban de béthume. Le film nous plonge dans la circulation intense mais sait aussi nous surprendre avec ces lieux improbables qui entourent le GRA et donc Rome. Les aires de stationnement nous semblent au premier abord plutôt tranquilles et semblables à celles qui se trouvent sur toutes les autoroutes d’Europe. Sauf que Rosi y rencontre des prostituées qui en ont fait leur domaine personnel.

Le GRA compte quelques 60 kilomètres de route. Les lieux qui constituent sa proximité sont donc extrêmement variés. On y élève des moutons, on y ausculte les palmiers de la végétation environnante. Des paysages presque bucoliques. Mais nous retournons toujours aux embouteillages et aux sirènes des ambulances et autres véhicules de secours. ( Sacro GRA, 2013, 93 minutes).

L’Italie, c’est aussi la Méditerranée, et une île, Lampedusa, la pointe extrême, au sud , de l’Europe. Une île qui est devenue la porte d’entrée de milliers de migrants venus d’Afrique, le plus souvent sur des embarcations surchargées, recherchant au péril de leur vie, une situation meilleure. Une Méditerranée qui n’a plus rien d’un lieu de villégiature et de vacances. Mais sur Lampedusa, Rosi filme aussi Samuel, un enfant de 12 ans qui lui a droit à sa vie d’enfant. (Fuocoammare, par-delà Lampedusa, 2015, 107 minutes).

P COMME PAYSAGE – Normandie.

Paysage imposé. Pierre Creton, 2006, 50 minutes.

            La question du paysage concerne-t-elle exclusivement, ou du moins plus particulièrement, les paysans, ceux qui vivent loin des villes, ceux qui sont plus proches de ce qu’il est convenu d’appeler la nature ? L’opposition si facile entre la ville et la campagne ne cesse d’être questionnée dans le film de Pierre Creton. Comme l’opposition entre nature et culture, entre le paysage naturel et un paysage issu de la main de l’homme. Des oppositions philosophiques fondamentales, comme pour un cinéaste est fondamentale l’opposition entre fiction et documentaire. Et c’est bien ainsi que Pierre Creton, en cinéaste, pose dès l’ouverture de son film la relation entre paysage et cinéma. «  Quelle différence entre un paysage filmé dans le cadre d’une fiction et un paysage filmé dans le cadre d’un documentaire ? »

            Paysage imposé fait partie de ce que Pierre Creton nomme la Trilogie en Pays de Caux. Trois films donc, centrés sur la vie paysanne dans cette région de Haute Normandie. Ici, Creton s’intéresse aux jeunes, futurs paysans, ou plus exactement futurs agriculteurs. Après les avoir rencontrés dans leur milieu familial, il les filme dans leur lieu d’apprentissage professionnel, le lycée agricole d’Yvetot. Une promotion de filles et de garçons en blouse blanche dans les travaux pratiques de chimie ou de biologie. Le lien avec le paysage se fait par l’intermédiaire de la notion de développement durable, l’enseignement proposé insistant sur les dangers des engrais et des pesticides, produits pas très naturels, pour le moins. Les jeunes sauront-ils plus tard, protéger le paysage ?

            Peut-on donner une définition du paysage qui pourrait être acceptée par tous ? Creton pose la question. Il interroge les profs du lycée et les élèves. Tous proposent des exemples pour essayer d’expliquer ce qu’est le paysage pour eux. Les profs, bien sûr, sont plus précis, utilisant leurs connaissances et leur enseignement. Quelques points communs émergent peu à peu dans leurs propos. Par exemple, qu’il n’y a pas, ou plus, de paysage entièrement naturel, qui n’aurait pas été modifié par la main de l’homme. Pour l’avenir, une transformation de l’état d’esprit et des représentations courantes s’impose. Une propriété, ce n’est pas seulement un outil de production. Notre époque implique de la considérer aussi comme un paysage qui soit l’objet du regard de tous, et qui puisse devenir objet d’une expérience esthétique. Pour les adultes du film, les profs, c’est bien sûr aux jeunes que cette révolution échoit.

            Paysage imposé est divisé en trois partie : hiver, printemps, adieu. Le film ne couvre pas une année scolaire entière, mais s’inscrit dans la perspective de la fin d’étude des lycéens qui sont filmés. Tout se termine par une fête. Les couples enlacés dansent dans la pénombre. L’avenir leur appartient. Le film a donc suivi le cours des choses. Il débute dans un paysage enneigé, filmé en noir et blanc, avec une dominante blanche. Cette tonalité restera tout au long du film, malgré l’évocation du verdoiement des arbres au printemps. La Normandie filmée en noir et blanc. Un joli paradoxe.

S COMME SCOLARITÉ – Galerie d’images.

De la maternelle jusqu’au lycée. Ici et ailleurs. En classe, aux côtés des enseignants et surtout des enfants.

Révolution école, (1918 – 1939), Joanna Grudzinska.

L’histoire des pédagogies nouvelles. les thèses et les actions concrètes de ceux qui sont restés dans l’histoire de la pédagogie comme des pionniers, des visionnaires, des révolutionnaires

Dis maîtresse Jean-Paul Julliand.

La petite section de la Maternelle. La découverte de l’école pour les enfants. Devenir élève, le premier apprentissage

Récréations, Claire Simon.

Une cour de récréation où les enfants sont livrés à eux-mêmes. Leurs jeux et les relations interpersonnelles. Les petits peuvent être cruels entre eux.

Être et avoir, Nicolas Philibert.

Une classe unique à la campagne. Un modèle qui tend à disparaître. Un film qui connu un énorme succès populaire.

Les lucioles, Bérangère Jannelle.

La fin de l’école primaire. La mise en avant de la poésie et de l’art dans la formation des enfants.

L’école de l’impossible (fragments de vie). Thierry Michel et Christine Pireaux

En Belgique. les grandes questions que pose la scolarité des adolescents et la construction de leur identité personnelle

La chine est encore loin, Malek Bensmaïl.

En Algérie, la vie d’une école de campagne, quelque part dans les Aurès, pendant une année scolaire.

Examen d’Etat, Dieudo Hamadi.

En Afrique, en République démocratique du Congo, l’examen de fin de scolarité qu’il faut réussir à tout prix.

A kind of magic, Naesa Ni Chianain et David Rane.

Une école privée en Irlande, où l’accent est mis sur la relation quotidienne des enseignants et des élèves.

T COMME TRAIN – Filmographie suite

Suite à mon appel à compléments (ma filmographie étant nécessairement incomplète), sur le groupe facebook La Loupe, voici les films qui m’ont été proposés

Last year when the train passed by, Huang Pang Chuan

Micheline, Luc Leclerc du Sablon

RR, James Benning

The Iron Ministry, J.P. Sniadecki 

L’Attente, Sergei Loznitsa

Moniker, Samuel Boche

la tumultueuse vie d’un déflaté, Camille Plagnet

Le train du Shaba, Stephan Oriach

Sankara n’est pas mort, Lucie Viver

Fin, Artavazd Pelechian

Le Jour du pain, S. Dvortsevoy

T COMME TRAINS – Galerie d’images.

Décidemment les trains sont toujours particulièrement photogéniques. Particulièrement lorsqu’ils sont filmés – des plans toujours très longs – serpentant dans les montagnes, ou les forêts, ou même dans des plaines presque désertiques. Qu’ajoutent-ils aux paysages? Le mouvement et la vie tout simplement. Et le désir de voyage. Partir toujours plus loin. Sans retour si possible.

This train I ride. Arno Bitschy
La Carga, Victor Alexis Guerrero
Quand passe le train, Jérémie Reichenbach
Le dernier train, Lixin Fan
Quelques jours ensemble, Stéphane Breton
L’express du soleil de minuit de jean-Denis Bonan (Des trains pas comme les autres)
A l’ouest des rails, Wang Bing

T COMME TRAIN – Filmographie

Des voyages ferroviaires, sur tous les continents. Des États-Unis à la Russie, de l’Iran au Mexique. Des voyages qui n’ont pas tous des motivations bien précises. Ni une destination non plus. Des voyages qui sont des passions. Des voyages qui nous font découvrir des paysages chaque fois différents et dont on ne refuse pas la séduction.  Mais aussi qui nous offrent des rencontres surprenantes, en dehors des lieux communs. Voyager en train, dans ces films, n’est jamais quelque chose de neutre, ni de banal. Une passion, un désir ou un rêve d’enfance, une contrainte parfois, mais plus souvent l’appel de la liberté. Les gares quant à elles peuvent avoir des parfums enivrants, inquiétants, ou être des refuges. Et toujours le plaisir de savourer les paysages, la nature sauvage, les rails qui défilent à l’infini, et les tunnels qui permettent de terminer le film dans le noir.

Et n’oublions pas, un des premiers films est celui d’un train et d’une gare.

Russie

Quelques jours ensemble, Stéphane Breton, 2014, 91 minutes.

Etats-Unis :

 This train I ride. Arno Bitschy, 2019, 75 minutes

Iran

Safar, Talheh Daryanavard, 2010, 55 minutes.

Mexique :

Quand passe le train, Jérémie Reichenbach, 2008, 30 minutes

Chine

Le dernier train, Lixin Fan, 2009, 87 minutes

A l’ouest des rails, Wang Bing, 2003, 551 minutes.

Cuba

La Carga, Victor Alexis Guerrero, 2015, 24 minutes

Italie

Il passaggio della linea. Pietro Marcello, 2007, 60 minutes.

Rome désolée, Vincent Dieutre, 1995, 75 minutes

Bologna centrale, Vincent Dieutre, 2001, 59 minutes

Les travailleurs du rail :

Cheminots.Luc Joulé et Sébastien Jousse, 2010, 81 mn.

La dimension historique :

Le train en marche, Chris Marker, 1971, 35 minutes.

Les gares :

Gare du nord Paris

Géographie humaine, Claire Simon, 2012, 100 minutes.

Gare Saint Lazare

Paris, Raymond Depardon, 1997, 96 minutes.

Et la série télévisée

Des trains pas comme les autres, crée par François Gall et Bernard d’Abrigeon. Première diffusion janvier 1987.

M COMME MADAGASCAR – Coiffure

Nofinofy, Michaël Andrianaly, 2019, 75 minutes.

Roméo est coiffeur à Tamatave. Il manie la tondeuse dans un petit salon situé Grand’rue. Du moins au début du film. Car les autorités veulent reprendre l’emplacement, et pour cela n’hésitent pas à démolir ce qui n’est au fond qu’une cabane en bois – et à interdire au passage au cinéaste de filmer la démolition. Roméo va se trouver dans les bas quartiers, avec une clientèle différente et des tarifs qui eux aussi ont chuté. Mais ce n’est pas le premier déménagement qu’il devra accomplir.  Il sera chassé plusieurs fois par ses propriétaires bien qu’il n’oublie jamais de payer son loyer. Et même la nature s’en mêle. Une terrible tempête ne laisse rien debout. Il faudra encore reconstruire.

On comprend alors que pendant une bonne partie du film, Roméo cherche un emplacement sûr où implanter son salon. Il a un rêve, qui parait bien lointain. Construire un salon en dur. Le film se terminera sur la réalisation de ce rêve. Les murs en ciment remplacent les morceaux de bois. Une conclusion qui donne au film dans son ensemble une coloration optimiste. Et l’on ne peut que penser que Roméo mérite bien ça.

Roméo est en effet un personnage fort attachant, en dehors même de son handicap, cette jambe artificielle qui le fait boiter mais dont il se plein jamais. Visiblement il est fort apprécié par sa clientèle, et pas seulement pour sa dextérité à manier la tondeuse. Son salon est un lieu où l’on cause, une sorte de microcosme qui donne une vision précise de la vie à Madagascar.

En dehors du salon, la vie est plutôt dans la rue. Le soir les hommes du quartier se réunissent autour d’une bouteille de rhum et palabrent à l’infini. La politique n’est pas absente de ces conversations interminables. Pour critiquer les gouvernants le plus souvent. Mais ici, comme sans doute dans une grande partie de l’Afrique, les aspirations du peuple n’ont guère de chance d’être entendues.

Les films sur la réalité malgache sont plutôt rares, même si on avait pu découvrir en salles en 2018 Fahavalo, Madagascar 1947 de Marie-Clémence Andriamonta-Paes, un film historique relatant la lutte pour l’indépendance. Raison de plus d’apprécier celui-ci, qui d’ailleurs a été récompensé d’une Etoile de la Scam.

A COMME ABECEDAIRE – Yves Jeuland.

Acteur

L’Extravagant Monsieur Piccoli

Un Français nommé Gabin

Allemagne

Ombres de cristal – Seit 60 Jahren Judenfrei

Antisémitisme

Comme un juif en France – 1) De l’affaire Dreyfus à Vichy – 2) De la Libération à nos jours

Ombres de cristal – Seit 60 Jahren Judenfrei

Aristocratie

Les Clefs du château – Dans le monde de l’aristocratie

Berry

Les Clefs du château – Dans le monde de l’aristocratie

Cabaret

Il est minuit, Paris s’éveille

Chansons

Il est minuit, Paris s’éveille

Charlot

Charlie Chaplin, le génie de la liberté

Cinéma

La Vie balagan de Marceline Loridan-Ivens

L’Extravagant Monsieur Piccoli

Un Français nommé Gabin

Cinéma muet

Charlie Chaplin, le génie de la liberté

Communisme

Camarades – Il était une fois les communistes français… 1944-2004

Concours

Rêves d’énarques

Déportation

Ombres de cristal – Seit 60 Jahren Judenfrei

Elections

Le Président

Un village en campagne

Paris à tout prix – Dans les coulisses d’une élection

Engagement

Charlie Chaplin, le génie de la liberté

La Vie balagan de Marceline Loridan-Ivens

Enseignement

Rêves d’énarques

Famille

Les Clefs du château – Dans le monde de l’aristocratie

Ombres de cristal – Seit 60 Jahren Judenfrei

Femme

La Vie balagan de Marceline Loridan-Ivens

Gouvernement

Un temps de président

Histoire

Comme un juif en France – 1) De l’affaire Dreyfus à Vichy – 2) De la Libération à nos jours

Le Siècle des socialistes

Camarades – Il était une fois les communistes français… 1944-2004

Homosexualité

Bleu Blanc Rose

Institution

Rêves d’énarques

Ivens Joris

La Vie balagan de Marceline Loridan-Ivens

Journalistes

Les Gens du Monde

Judaïsme

Comme un juif en France – 1) De l’affaire Dreyfus à Vichy – 2) De la Libération à nos jours

Languedoc

Le Président

Un village en campagne

LGBT

Bleu Blanc Rose

Manifestation

Bleu Blanc Rose

Paris

Delanoë libéré

Il est minuit, Paris s’éveille

Paris à tout prix – Dans les coulisses d’une élection

Politique

Un temps de président

Les Gens du Monde

Delanoë libéré

Le Président

Un village en campagne

Le Siècle des socialistes

Camarades – Il était une fois les communistes français… 1944-2004

Paris à tout prix – Dans les coulisses d’une élection

Portrait

Charlie Chaplin, le génie de la liberté

La Vie balagan de Marceline Loridan-Ivens

L’Extravagant Monsieur Piccoli

Un Français nommé Gabin

Un temps de président

Delanoë libéré    

Le Président

Pouvoir

Un temps de président

Presse

Les Gens du Monde

Spectacle

Il est minuit, Paris s’éveille

A COMME ABECEDAIRE – Pedro Costa

Cinéaste portugais, il a beaucoup travaillé en France. Il est aussi l’auteur d’installations internationales (Rotterdam, Lyon, Bilbao, le Japon). C’est un habitué de festival de Locarno et il a aussi été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes.

Art

Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, cinéastes

Banlieue

En avant jeunesse !

Cap Vert

Vitalina Varela

En avant jeunesse !

Chanson

Ne change rien

Cinéma

Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, cinéastes

Comédienne

Ne change rien

Drogue

Dans la chambre de Vanda

Femme

Vitalina Varela

Ne change rien

Dans la chambre de Vanda

Lisbonne

En avant jeunesse !

Dans la chambre de Vanda

Logement

En avant jeunesse !

Dans la chambre de Vanda

Mort

Vitalina Varela

Musique

Ne change rien

Portrait

Vitalina Varela

Ne change rien

Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, cinéastes

Dans la chambre de Vanda

Portugal

Vitalina Varela

Dans la chambre de Vanda

Réalisateurs

Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, cinéastes

U COMME USINE – Automobile.

Humain trop humain. Louis Malle, 1972, 75 minutes.

            Cela commence par une vue sur la campagne, dans une prairie avec des vaches. Mais aussitôt la caméra zoome arrière en panotant sur la droite pour découvrir successivement des voitures et des bâtiments sur les toits desquels une multitude de cheminées déversent un flot de fumée. Sans transition nous nous retrouvons à l’intérieur de l’usine.

            Ce film au titre nietzschéen pourrait nous amener du côté de chez Marx, devenir une pièce à charge de l’organisation capitaliste du travail. Il n’en est rien. Malle n’est pas un militant. Il ne fait pas œuvre de contestataire. Son cinéma n’est pas l’illustration d’un dogme. Pourtant, on ne peut nier qu’il s’agisse d’un film engagé. Nécessairement engagé. Du côté des travailleurs. Malle ne fait pas une enquête sur le travail à la chaîne. Il ne se penche pas sur la dimension économique de la production industrielle. Il filme le travail des ouvriers et des ouvrières, ou plus exactement il film des hommes et des femmes au travail dans une usine. Un travail que l’on sait pénible, ennuyeux, répétitif. Cet ennui, Malle le montre sur les visages sans sourire. La répétition apparait dans la longueur des plans. Et la pénibilité peut être ressentie par le spectateur dans la bande son où il n’y a jamais de silence.

            Le passage au salon de l’automobile, cet envers de l’usine, ne fait que renforcer ces trois dimensions. Ce qui pourrait être une ouverture vers le loisir, en opposition dialectique avec le travail, n’est en fait que bousculades dans une foule particulièrement dense, répétitions des mêmes questions et des mêmes arguments stéréotypés, dans un vacarme aussi pénible à entendre que les coups de marteau sur des pièces métalliques dans l’usine. La présence de cette séquence au salon de l’auto, avec son rituel de la visite du président de la République filmé par malle furtivement, cette présence enchâssée dans un film où, en dehors du bref plan d’ouverture, on ne sort pas du huis clos de l’usine, permet de dialectiser le propos du cinéaste. Il ne s’agit pas d’un détour, ou d’une sorte de récréation qui viserait à reposer le spectateur en lui faisant oublier un moment l’enfermement de l’usine. En fait, les visiteurs du salon, en jouant des coudes pour pouvoir s’assoir un instant dans le dernier modèle flambant neuf sont tout aussi prisonnier de cette mythologie moderne qu’est devenue l’automobile que ces ouvrières qui ne peuvent laisser passer une seule pièce sur la chaîne qui défile devant elles. La confrontation entre ceux qui fabrique les voitures dans l’ennui et la fatigue et ceux qui approchent cet objet dans une situation de quasi rêve et de fantasme évident (la démonstration des sièges couchettes ne manque pas d’humour), cette confrontation en dit plus long sue le fonctionnement de notre société que bien des discours qui se veulent sociologiques.

            Filmer le travail en usine, le travail à la chaîne dans sa dimension aliénante puisque visiblement il ne peut pas avoir de sens pour ceux qui l’effectuent, est chose rare dans le cinéma français. La direction des entreprises d’ailleurs n’y ont jamais été très favorables. Rouch et Morin avait montré la voie dès 1960 dans Chronique d’un été, la chaîne d’une usine automobile déjà. En 1972, quand Malle vient filmer l’usine de Rennes, peu de choses ont changé. Et aujourd’hui encore, même si les robots effectuent certaines tâches répétitives ou pénibles à la place des hommes, le film de malle reste d’une actualité évidente.