A COMME ALZHEIMER.

Ne m’oublie pas. David Sieveking, Allemagne, 2012, 88 minutes

À 73 ans, Gretel est frappée par la maladie d’Alzheimer. Pendant deux ans, son fils David va filmer la progression de la maladie. Surtout, il va s’occuper d’elle pour essayer de retarder cette progression. Il lui demande chaque jour : « Tu me reconnais ? Je suis ton fils. Tu es ma mère. »

Bien sûr, ce combat est perdu d’avance. David le sait, mais, à aucun moment, il ne renoncera. Cela donne à son film une tonalité toute particulière. S’il s’agit d’une manifestation des plus émouvantes d’amour filial, il nous montre aussi la difficile situation de toute une famille face à une maladie incurable. La déchéance de Gretel a quelque chose de pathétique, mais David la filme avec beaucoup de pudeur, beaucoup de retenue. Il se dégage de chaque plan une grande douceur, parce qu’il n’est pas possible de brusquer la malade. Le film respecte parfaitement le rythme de cette vie qui se ralentit peu à peu.

Film sur la maladie d’Alzheimer, Ne m’oublie pas est un film sur la mémoire. Mais c’est aussi un film sur la famille. Accompagnant la longue disparition de la mémoire de sa mère, le cinéaste retrace sa vie, convoquant chaque étape marquante, faisant resurgir les souvenirs qui s’effacent peu à peu. Le film devient ainsi biographique. Non pas seulement pour faire le portrait d’un être cher. Pas seulement non plus pour lui rendre hommage au soir de sa vie. Le récit de la vie de Gretel est rendu nécessaire par la maladie même.

Le film retient surtout son engagement politique, proche de l’extrême gauche, et ses actions en faveur des femmes, créant et animant un groupe féministe. Il évoque aussi sa vie amoureuse, une vie de couple libre où chacun a pu avoir des liaisons extraconjugales sans que cela remette en cause leur entente et leurs sentiments. David multiplie les plans de photos, souvent en noir et blanc, montrant Gretel jeune, souriante, belle et séduisante. Un modèle de femme active et libre, contrastant fortement avec ce que la maladie a fait d’elle.

Affiche

Ce qui fait la force du cinéaste, c’est qu’il garde toujours une grande sérénité. À aucun moment, il ne se révolte contre le sort que la maladie réserve à sa mère. Il évite parfaitement le piège de la nostalgie. On pense simplement que Gretel a bien de la chance d’avoir un fils cinéaste, un fils qui a su faire de son film une victoire contre la maladie. Une victoire artistique.

C COMME CHEVRES.

Les Chèvres de ma mère. Sophie Audier. France, 2013, 97 minutes.

         La mère de la cinéaste, Maguy, va prendre sa retraite. Toute sa vie, elle a élevé des chèvres et fait des fromages, « en dehors des normes » précise-t-elle. Prendre sa retraite, cela signifie pour elle trouver repreneur à son exploitation et surtout se séparer de ses chèvres, de ses chères chèvres qu’elle aime tant.

         Le film montre toutes les difficultés de cette cessation d’activité. Les chèvres, pour Maguy, c’est toute sa vie. Il lui a fallu une bonne dizaine d’années pour constituer un troupeau à son idée. Maintenant elle connaît parfaitement chaque animal. Elle s’en occupe toute la journée, elle les soigne, les aide à mettre bas, elle leur donne du foin en hiver et les conduit à la prairie dès le printemps. Elle nourrit au biberon les jeunes chevreaux et c’est la mort dans l’âme qu’elle en vend certains destinés à la boucherie. Une vie simple, naturelle. La technique de fabrication des fromages qu’elle utilise ne pose pas de problème. Mais le travail est dur et si la cinéaste n’interroge pas vraiment sa mère sur les raisons qui la pousse à arrêter son activité on sent bien qu’il arrive nécessairement un moment où il faut bien le faire. Son petit-fils, dit Maguy n’aura peut-être pas la possibilité lui de prendre une retraite. Alors, pour elle, c’est dans l’ordre des choses d’en profiter. Même si le montant de sa pension est un peu ridicule, « pour une vie de travail ».

Maguy a de la chance, elle a trouvé une repreneuse pour acheter ses chèvres et reprendre l’exploitation, Anne-Sophie, jeune diplômée en agriculture, passionnée par le métier, ou du moins par l’idée qu’elle se fait d’un métier qu’elle ne connaît pas vraiment. Elle va le découvrir avec Maguy, apprendre à faire du fromage, aider à la naissance des chevreaux. Mais le film ne se limite pas à cette « initiation ». Il rend compte surtout des difficultés de la transmission Difficultés affectives pour Maguy ; difficultés financières et administratives pour Anne-Sophie. Le film montre cette dernière aux prises avec tous les rouages du monde agricole. Elle découvre pas à pas les contraintes qu’elle doit affronter, l’obtention de l’aide à l’installation, d’un permis de construire pour sa nouvelle laiterie, et ainsi de suite. Rien n’est facile pour elle. Mais il ne lui faut pas se décourager, même si par moment elle doute quand même un peu. Est-elle vraiment faite pour ce métier.

         Les chèvres de ma mère, dès son titre, indique sa dimension personnelle. C’est le récit de la vie d’une femme, filmé avec amour, qui vise à nous la rendre sympathique et attachante. Un film intimiste donc, même s’il nous montre l’évolution des paysages au fil des saisons et les interventions de multiples conseillers. Cette vie est sans doute simplifiée. Le film ne vise pas à rentrer vraiment dans tous ses détails. Après tout, il est réalisé par la fille de l’intéressée et cette fille ne cherche pas à mettre en avant sa propre vie. Elle ne traite pas de sa relation avec sa mère. Comment devient-on cinéaste lorsque l’on a une mère qui élève des chèvres ? A la fin du film, elle consacre quelques plans à son propre fils, un enfant qui commence à marcher et à parler et à qui sa grand-mère présente ses chèvres. Lui ne vivra sans doute pas dans les mêmes conditions. A moins que…plus tard.

A COMME ABECEDAIRE – Lech Kowalski.

Afghanistan

Charlie Chaplin à Kaboul

Artisanat

The Boot Factory

Autobiographie

À l’Est du paradis

Campagne

Holy Field Holy War

Chômage

I Pay for Your Story

Cinéma

Charlie Chaplin à Kaboul

Emploi

On va tout péter

Etats Unis

I Pay for Your Story

Drill Baby Drill

« President Bush », Camera War

D.O.A. : a Rite of Passage

Famille

Diary of a Married Man

Gaz de schiste

Drill Baby Drill

Grève

On va tout péter

Guère (39-45)

À l’Est du paradis

Image

The End of the World Begins with One Lie

Industrie

On va tout péter

Manifestation

On va tout péter

Marginalité

On Hitler’s Highway

Médias

The End of the World Begins with One Lie

Mère

À l’Est du paradis

Migration

C’est Paris aussi

Musique

D.O.A. : a Rite of Passage

Paris

C’est Paris aussi

Politique

« President Bush », Camera War

Pollution

Holy Field Holy War

Drill Baby Drill

Pologne

Holy Field Holy War

Drill Baby Drill

À l’Est du paradis

On Hitler’s Highway

The Boot Factory

Prostitution

On Hitler’s Highway

Punk

D.O.A. : a Rite of Passage

Récit de vie

I Pay for Your Story

Sexe

Diary of a Married Man

Sex Pistols

D.O.A. : a Rite of Passage

Travail

The Boot Factory

Ville

C’est Paris aussi

Wall Street

« President Bush », Camera War

S COMME SOUFFRANCE AU TRAVAIL.

J’ai (très) mal au travail. Jean-Michel Carré, 2006, 82 minutes.

         La notion de travail a été toujours traditionnellement marquée d’une forte ambivalence, à la fois bonheur et malheur, épanouissement et aliénation, plaisir et souffrance, vie et mort. Partant de ce constat, le film de Jean-Michel Carré navigue entre deux extrêmes. D’un côté, cette cadre supérieure qui affirme avoir choisi son emploi et qui aime son travail. De l’autre cette ex-ouvrière à la chaîne qui évoque les douleurs grandissantes dans ses mains à force de ré péter, chaque jour, pendant huit heures d’affilée les mêmes gestes. « Pourquoi je reste, alors que j’ai mal partout ? » Deux positions irréconciliables. Pourtant ces deux femmes ont un point commun. Sans le travail, elles ne sont plus rien. Perdre son travail c’est perdre son gagne pain bien sûr, mais aussi ses relations sociales. Les deux raisons fondamentales de vivre. L’intérêt du film de Carré, c’est de ne pas nous enfermer dans un manichéisme facile (les méchants exploiteurs d’un côté, les pauvres exploités de l’autre). Son propos est autrement plus percutant, parce qu’il montre l’évolution actuelle du monde de l’entreprise qui conduit à la pire catastrophe : la déshumanisation du travail. Le règne de la « servitude volontaire » comme disait La Boétie. Une tyrannie dont nous sommes tous victimes.

          Le film fait intervenir un nombre important de spécialistes du travail dont les propos font écho avec ceux, plus concrets, des travailleurs, qu’ils soient simples ouvriers, cadres ou ingénieurs. Les interventions des sociologues, politologues, psychologues, psychanalystes, conseillers en management et directeurs du marketing, sans oublier le syndicaliste, tous ces discours dessinent un tableau du monde de l’entreprise sans concession. Depuis le Taylorisme et le Fordisme jusqu’au triomphe actuel du « capitalisme absolu », l’histoire du travail est celle de la souffrance grandissante, par l’augmentation des accidents et des maladies professionnelles allant jusqu’au suicide, mais aussi par la façon dont le système utilise les individus, qu’ils soient ouvriers ou cadres, la façon dont il les broie sans leur laisser la moindre chance.

         Les spécialistes du management  (la nouvelle idéologie) qui interviennent ne laissent aucune illusion sur le sens des évolutions actuelles. L’entreprise, c’est toujours plus, toujours plus de productivité, toujours plus vite, dans une concurrence de plus en plus importante. L’employé, quel que soit son niveau dans l’entreprise mais à plus forte raison pour ceux qui y occupent une position élevée, doivent tout donner à l’entreprise et le faire avec le sourire. Sourire toujours, penser toujours entreprise, se montrer amoureux d’elle.

         Carré incluse dans son film une séquence tout à fait extraordinaire montrant cela. Des cadres de Dassault élabore, et mène à bien, le projet de monter une comédie musicale à la gloire de l’entreprise. Lorsqu’on en arrive là, este-t-il encore une vie en dehors de l’entreprise ? Il faut tout donner à l’entreprise, jusqu’à sa vie personnelle. Une autre séquence particulièrement forte montre un membre du service de sécurité d’une grande surface expliquer comment il peut piéger des employés lorsqu’on veut se débarrasser d’eux. L’entreprise, dit un intervenant, c’est le « nouvel totalitarisme », plus terrible encore que tous ceux que le vingtième siècle a connu, un totalitarisme qui réduit l’homme à une seule de ses dimensions, la dimension économique. Si l’usine était autrefois un monde où existait une vraie camaraderie, aujourd’hui une loi du plus fort s’est installé dans laquelle tous les coups sont permis. Le travail est devenu le travail est devenu le lieu de la guerre généralisé de tous contre tous.

         Film particulièrement rigoureux dans le choix des intervenants, J’ai (très) mal au travail a aussi le mérite de proposer, pour respirer un peu en contre-point, des extraits de publicités ou autres séquences courtes de fiction particulièrement pertinentes. Un peu d’humour n’est pas de trop dans ce monde qui laisse tellement peu d’espoir à sa jeunesse.

P COMME POUTINE.

Le Système Poutine. Jean-Michel Carré, 2007, 98 minutes.

         Réalisé en 2007, c’est-à-dire à la fin de son second mandat présidentiel, le film que Jean-Michel Carré consacre au maître du Kremlin s’achève sur une interrogation. Poutine modifiera-t-il la constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat consécutif ou trouvera-t-il un successeur qui lui permettra, d’une façon ou d’une autre, de rester le seul maître de la Russie contemporaine ? Le film n’a pas de réponse et ne fait d’ailleurs pas de pronostic. Mais une chose est sûre, comme les Tzars de la Russie impériale, comme les premiers secrétaires du parti communiste, Poutine ne disparaîtra pas du devant de la scène politique. Il n’existe pas de système de retraite des dirigeants russes. Une suite au Système Poutine est donc prévisible dès sa dernière image. La seule inconnue étant de savoir sous quelle forme il continuera à exercer le pouvoir.

         Le film de Jean-Michel Carré n’est pas un film d’historien. Carré n’est pas historien et ne se présente pas comme tel. Il utilise les méthodes du film d’histoire, en particulier dans l’utilisation des archives, mais il se situe tout autant du côté du journalisme d’investigation par le choix des personnalités interviewées, témoins et anciens acteurs de la vie politique russe depuis la chute de l’Union Soviétique. Le film ne donne pas la parole à Poutine ou à ses proches partisans qui pourraient alors expliquer et justifier son action. La posture d’analyste critique et donc d’opposant à Poutine du réalisateur est claire dès le pré-générique du film. Carré y énonce les faits qui pour lui condamnent sans appel la politique de Poutine. : le nombre de morts de la deuxième guerre de Tchétchénie, celui de l’intervention des forces spéciales lors de la prise d’otages de l’école de Beslan et l’assassinat d’Anna Politkowskaïa, 22° journaliste éliminée par la violence depuis l’arrivée de Poutine au Pouvoir. Deux chiffres suffisent alors à dresser son bilan politique. 25% de la population russe vit sous le seuil de pauvreté et chaque année la corruption rapporte 300 milliards d’euros aux fonctionnaires.

         La totalité du film concerne l’exercice du pouvoir par Poutine. Il ne donne pas la parole à ces russes qui le plébiscitent lors de sa deuxième élection mais qui ne bénéficient pas des richesses que la nouvelle politique économique du pays permet d’accumuler. Les opposants interrogés sont pratiquement tous en exil, sauf peut-être l’ancien champion du monde d’échecs, Kasparov, que sa renommée mondiale protège sans doute de ne pas subir le même sort que les autres. Comme les historiens et les politologues interviewés, les intervenants sont des pièces à charge dans ce procès qui ne dit pas son nom mais qui fonctionne bien comme un réquisitoire.

         Le film soutient deux thèses que tous les éléments constitutifs, archives commentées et interventions de personnalités, concourent à démontrer. En premier lieu ; la carrière et la politique de Poutine ne peut se comprendre qu’en référence au KGB, qui l’a formé et dont il est devenu le chef. La deuxième thèse définit la mission dont Poutine serait investi, ou plus précisément dont il se sent investi : la reconstruction de la Grande Russie. Toute sa politique ne viserait au fond qu’à redonner à la Russie la place dans le monde que l’URSS occupait du temps de la guerre froide. Pour cela, tous les moyens sont bons, de la guerre en Tchétchénie à la main mise de l’État sur l’énergie (gaz et pétrole), en passant par l’alliance contre le terrorisme avec G W Bush.

         Bien qu’entièrement centré sur Poutine, le film n’en dessine pas un portrait. Il ne vise pas à éclairer sa personnalité ou à mettre en lumière son caractère. Sa vie privée reste dans l’ombre. Les images de sa jeunesse et de son ascension politique le montrent toujours au second plan, derrière le maire de Saint Pétersbourg ou à côté de Boris Eltsine ; Mais il est toujours le mieux placé pour observer et tirer les leçons des événements dont il est témoin. Une des images qui ouvrent le film et qu’on retrouvera dans sa conclusion le montre gravissant les escaliers intérieurs du Kremlin et marchant sur le tapis rouge au milieu des applaudissements des invités à la cérémonie d’investiture. Ce qui ressort de tout le film, c’est qu’à ce moment-là, ce qui doit le plus compter pour l’homme Poutine au somment de sa gloire et de sa puissance, ce n’est sûrement pas le sentiment d’exaltation qu’il peut ressentir. Même si le film ne le dit pas explicitement, nous pouvons comprendre que ce à quoi pense alors Poutine c’est uniquement à sa façon de marcher. C’est cela seulement que verra la population russe.

A COMME ABECEDAIRE – Jean-Michel Carré.

Une œuvre extrêmement variée, de Poutine à Dolto en passant par la Chine et Fleury-Mérogis. Des films toujours engagés, du côté des femmes, des prostitué.e.s, des enfants…

Amour

Un couple peu ordinaire

Armée

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Art

Royal de Luxe

Chine, un million d’artistes

Autisme

Beaucoup, passionnément, à la folie

Censure

Chine, un million d’artistes

Chine

Chine, un million d’artistes

Chine, le nouvel empire – De l’humiliation à la domination

Hong Kong-Hanoï : retour de camps

Chômage

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Cinéma

Beaucoup, passionnément, à la folie

Dolto

Grandir à petits pas

Drogue

La Nouvelle vie de Bénédicte

L’Enfer d’une mère

Les Trottoirs de Paris

Femmes de Fleury

Ecole

Une question de classe(s)

On n’est pas des minus

Education

Votre enfant m’intéresse

Alertez les bébés

Elections

Poutine pour toujours ?

Enfance

Grandir à petits pas

Une question de classe(s)

Les Enfants de la paix

Histoire d’enfance – 1720-1905

Les Enfants des prostituées

Les Poussins de la Goutte d’or

Les Enfants des prisons

Alertez les bébés

Enseignement

Le Ghetto expérimental

Entreprise

J’ai très mal au travail

Exclusion

Les Bâtisseurs d’espoir

Sur le fil du refuge

Famille

Histoire d’enfance – 1720-1905

Travail, famille, etc. Récits de la jeunesse 2 – Famille

Les Enfants des prostituées

Les Enfants des prisons

Femme

Les Travailleu®ses du sexe – (et fières de l’être)

La Nouvelle vie de Bénédicte

Les Enfants des prostituées

L’Enfer d’une mère

Les Matonnes

Galères de femmes

Les Trottoirs de Paris

Femmes de Fleury, prière de réinsérer

Femmes de Fleury

Laurence

Halles

La Mémoire au couteau

Handicap

Sexe, Amour et Handicap

Histoire

Histoire d’enfance – 1720-1905

Jeunesse

Travail, famille, etc. Récits de la jeunesse 1 – Travail

Maison verte

Grandir à petits pas

Mémoire

La Mémoire au couteau

Migration

Hong Kong-Hanoï : retour de camps

Mineurs

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Charbons ardents

Mondialisation

Chine, le nouvel empire – De l’humiliation à la domination

J’ai très mal au travail

Nucléaire

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Opéra

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Paris

Les Poussins de la Goutte d’or

La Mémoire au couteau

Pauvreté

Les Bâtisseurs d’espoir

Pays de Galles

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Charbons ardents

Pédagogie

Une question de classe(s)

On n’est pas des minus

Votre enfant m’intéresse

Alertez les bébés

Politique

Poutine, le nouvel empire

Poutine pour toujours ?

Le Système Poutine

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Portrait

Royal de Luxe

Le Système Poutine

Précarité

Sur le fil du refuge

Prison

Les Matonnes

Galères de femmes

Femmes de Fleury, prière de réinsérer

Les Enfants des prisons

Femmes de Fleury

Laurence

Prostitution

Les Travailleu(r)ses du sexe – (et fières de l’être)

La Nouvelle vie de Bénédicte

Un couple peu ordinaire

Les Clients des prostituées

Les Enfants des prostituées

L’Enfer d’une mère

Les Trottoirs de Paris

Laurence

Psychanalyse

Grandir à petits pas

Psychiatrie

Beaucoup, passionnément, à la folie

Poutine

Poutine, le nouvel empire

Poutine pour toujours ?

Le Système Poutine

Réinsertion

Galères de femmes

Femmes de Fleury, prière de réinsérer

Russie

Poutine, le nouvel empire

Poutine pour toujours ?

Le Système Poutine

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Sexualité

Sexe, Amour et Handicap

Les Travailleu(r)ses du sexe – (et fières de l’être)

Sida

Les Clients des prostituées

L’Enfer d’une mère

Spectacle

Royal de Luxe

L’Île rouge

Sport

Les Poussins de la Goutte d’or

Travail

J’ai très mal au travail

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Sur le fil du refuge

Charbons ardents

Travail, famille, etc. Récits de la jeunesse 1 – Travail

Les Matonnes

Travailleurs sociaux

Les Bâtisseurs d’espoir

Sur le fil du refuge

Université

Le Ghetto expérimental

Vietnam

Les Enfants de la paix

Hong Kong-Hanoï : retour de camps

G COMME GALERES – de femmes.

Galères de femmes. Jean-Michel Carré. France, 1993, 90 minutes

         Leur première galère, c’est la prison. Fleury Mérogis, quartier des femmes. Le plus grand centre de détention féminin en Europe. La grande majorité des détenues sont des toxicomanes. Elles sont « tombées » à la suite de vols ou d’autres infractions. Celles que filme Jean-Michel Carré n’en sont pas à leur premier séjour. Certaines y sont venu plus d’une dizaine de fois, pour quelques mois mais aussi pour des condamnations plus longues. Quand elles sortent, beaucoup pensent déjà qu’il leur sera difficile de ne pas revenir.

         Le film montre rapidement leurs conditions de détention. Elles sont deux ou trois par cellules ce qui crée souvent des liens avec leurs compagnes de détention. Les décisions de l’administration de les changer de cellule leur paraissent alors toujours arbitraires, presque vexatoires. A leur arrivée, celles qui sont sous l’emprise de la drogue sont systématiquement isolées, une façon brutale de les sevrer, surtout qu’elles accusent souvent les gardiennes d’oublier de leur donner les médicaments de substitution. L’isolement est aussi une mesure disciplinaire. Carré filme le conseil de discipline d’une détenue qui a insulté une gardienne. Elle reconnaît les faits et se confond en excuses, le plus poliment possible. Comme c’est la première fois, la sanction sera clémente : six jours de cachots au lieu de huit.

         Carré donne longuement la parole à ces femmes qui ont toutes des itinéraires particuliers. Elles évoquent les circonstances qui les ont conduites en prison. Mais surtout elles racontent les galères passées, les viols, les incestes, les conditions matérielles précaires. Il y a une grande authenticité dans ces paroles de femmes qui ne cherchent pas particulièrement à apitoyer ceux qui les écoutent. Elles ne se montrent pas non plus revendicatrices ou accusatrices. Elles ont plutôt tendance à assumer leurs actes, même si leurs conditions de vie, depuis l’enfance, comprennent bien des faits qui peuvent servir de circonstances atténuantes.

         La galère ne s’arrête pas à la sortie de prison. Bien au contraire. Le film montre avec beaucoup de précision les difficultés de réinsertion de ces anciennes détenues. Celles qui n’ont personne qui les attend à la sortie galèrent d’abord pour trouver un logement, ne serait-ce qu’une simple chambre d’hôtel. Trouver un emploi se révèle ensuite particulièrement difficile, malgré l’existence d’un service spécialisé à l’ANPE (L’ancien Pôle emploi). Et surtout, elles ont beaucoup de mal de ne pas retomber dans la drogue. Carré les accompagne dans leurs démarches, les recherches infructueuses, les rendez-vous avec les associations qui ont bien peu de moyens pour les aider. L’aide se limite souvent à un numéro de téléphone à appeler au cas où mais qui ne répond pas toujours. On comprend le découragement de ces femmes même si elles ne le montrent pas toujours. Carré ne cherche pas à dramatiser à l’excès son propos. Mais lorsqu’une de ces femmes dont il suit la galère décède pendant le tournage, il lui rend hommage par un simple carton que l’on sent pourtant sincère.

         A travers la prison, à travers les difficultés de réinsertion, le film dit beaucoup de choses sur la situation de la femme dans la société française. Il ne propose pas de solution, mais son propos va au-delà du simple constat : un appel à l’action.

P COMME PRISON – Soignants.

Etre là. Régis Sauder, 2012,97 minutes.

            Etre en prison. Des détenus et des soignants. Les soignants, psychiatres, infirmières, ergothérapeutes, à côté des détenus, avec les détenus. La prison, c’est la maison d’arrêt des Baumettes à Marseille. Une prison comme les autres sans doute, surpeuplée. Une prison avec les souffrances de ceux qui doivent prendre sur eux pour tenir, pour ne pas sombrer, mais qui n’y arrivent pas toujours. Ceux qui ne peuvent plus supporter la cohabitation à deux dans une cellule, ou les fouilles des gardiens, ou simplement la présence des barreaux et le bruit des clés dans les serrures. Alors, il s’ils ne peuvent plus continuer de vivre en prison, il n’y a qu’un seul recours : le service médical. Pour quels soins ? Et cela suffit-il ?

            Le film de régis Sauder est construit à partir de deux choix initiaux qui lui donne tout son sens. Le choix du noir et blanc et celui de ne filmer parmi le personnel médical que des femmes. Les détenus, eux, ne sont que des hommes.

            Le choix du noir et blanc est d’abord un choix esthétique. Mais c’est aussi nous dire que la vie en prison, et le travail qui peut s’y dérouler, n’a pas de couleur. Les images pourtant ne sont pas sombres, tout au contraire. Ce qui domine, c’est la blancheur. Non pas la lumière, qui serait jaune. Mais un blanc poussé à la limite de la surexposition. Un blanc qui laisse très peu de place au gris et pratiquement aucune au noir. Cela est particulièrement visible dans les plans où la caméra s’attarde sur les barreaux, les portes de fer, les grillages de toutes sortes. Mais c’est aussi le cas dans les images de visages. Non les visages des détenus qu’il est de toute façon interdit de filmer. Les visages dans le film ce sont ceux de ce personnel soignant, un personnel entièrement féminin donc, dont les gros plans soulignent l’expressivité. C’est à travers cette appréhension visuelle de leur personnalité que se fait le contact avec la réalité carcérale et donc avec les détenus, ce qui a pour effet de ne pas les réduire à un matricule ou à une seule voix. Une voix certes chargée d’émotion, de souffrances, de colère aussi, mais une voix qui resterait désincarnée si elle n’était pas adressée à un interlocuteur, une interlocutrice en l’occurrence, qui reçoit cette parole dans le cadre de l’exercice d’un métier. Mais rien ne dit que ce soit uniquement par devoir professionnel.

            Ce personnel soignant, Régis Sauder le filme de deux façons. Dans l’exercice du métier d’abord, lors d’une consultation avec un détenu, lors de la distribution des pilules le soir, ou lors d’une intervention en urgence dans une cellule ou dans un endroit quelconque de la prison lorsque ça se passe mal. La majorité des séquences filmées lors de ces activités professionnelles nous présente des situations de face à face, soulignant la spécificité de la relation médicale, en particulier la relation psychiatrique, en prison. Car se pose inévitablement pour le soignant la question de la limite de son intervention thérapeutique. Des patients privés de liberté sont-ils des patients comme les autres ? La seule thérapie vraiment efficace ne consisterait-elle pas à redonner le statut d’homme libre au détenu ? C’est peut-être le sens de ces séances collectives d’ergothérapie, une parenthèse bien utile pour briser, ne serait-ce que de façon provisoire, la vacuité de la vie en prison.

            A côté de ces séquences professionnelles, le film donne la parole au personnel soignant de la prison d’une tout autre façon. Sauder les filme en gros plans muets, ajoutant leur parole en voix off, comme une voix intérieure. Ces récits de vie nous dise une réalité qu’il est bien difficile d’imaginer de l’extérieur de la prison. Ce sont des récits écrits, extrêmement rédigé donc, lus d’une voix plutôt neutre. Il est interdit de filmer l’entrée du personnel dans la prison. Un de ces récits va le décrire dans le moindre détail. Chaque jour, la répétition des mêmes gestes, l’attente devant chaque porte, qui finit par créer une grande lassitude. Car dans tous ces récits, une interrogation se fait de plus en plus insistante. Jusqu’à quand est-il possible de rester dans cette fonction ? Partir travailler ailleurs, autrement ? Au fur et à mesure du déroulement du film, ces femmes semblent de plus en plus fatiguées, moins dynamiques. Ce qui ne remet pas en cause leur conscience professionnelle, mais il serait bien naïf de laisser croire que l’exercice de ce métier dans ses conditions particulières peut les laisser indemne.

            La prison est un milieu violent. Elle ne peut être filmée qu’avec une certaine violence des images. C’est ce que nous dit l’incipit du film de régis Sauder. Un montage sec, agressif. Des bruits assourdissants de portes. Des images qui nous disent qu’on ne rentre pas dans une prison, même si c’est en simple visiteur, même si c’est là son métier, sans prendre le risque de se perdre soi-même.

A COMME ABECEDAIRE- Régis Sauder.

De Forbach à Marseille…Mais aussi la Chine et Israël, et bien d’autres approches universelles.

Adolescence

Nous, princesses de Clèves

Amour

Nous, princesses de Clèves

Annie Ernaux

J’ai aimé vivre là

Art

La Louve en Provence

Autobiographie

Retour à Forbach

Avortement

Avortement, une liberté fragile

Banlieue

J’ai aimé vivre là

Botanique

La Louve en Provence

Chine

Mon Shanghai

Enseignement

Nous, princesses de Clèves

Famille

Nous, princesses de Clèves

Femme

Avortement, une liberté fragile

Gynécologie

Avortement, une liberté fragile

Immigration

L’Année prochaine à Jérusalem

Infirmiers

Être là

Israël

L’Année prochaine à Jérusalem

Jardin

La Louve en Provence

Jeunesse

J’ai aimé vivre là

Littérature

J’ai aimé vivre là

Nous, princesses de Clèves

Mon Shanghai

Mémoire

Retour à Forbach

Mythe

Je t’emmène à Alger

Mon Shanghai

Pauvreté

Retour à Forbach

Prison

Être là

Psychiatrie

Être là

Roman

Nous, princesses de Clèves

Soins

Être là

Ville

Retour à Forbach

Je t’emmène à Alger

Mon Shanghai

Ville nouvelle

J’ai aimé vivre là

B COMME BANLIEUE – Musique.

93 la belle rebelle. Jean-Pierre Thorn, 2010, 73 minutes.

         Connaissez-vous la musique des banlieues ? La musique qui vibre au cœur des banlieues, une banlieue qui se sait créative, ne faisant qu’un avec sa musique, une musique vivante, constituant la raison de vivre de tous ces jeunes qui la pratiquent ? Une musique qui donne une image de la banlieue qui échappe aux clichés.

         93 La belle rebelle est l’histoire de la vie musicale de Seine-Saint-Denis, depuis le premier déferlement du rock chez les yé-yés des années 60 jusqu’à la vague rap des années 2000. En même temps, le film montre l’évolution de ce département qui deviendra le symbole de la banlieue française et de ses échecs. Un département qui pourtant pouvait offrir des raisons d’espérer une vie meilleure à ses habitants. Ceux qui trouvaient justement dans la musique le moyen de se construire un avenir, une vie à leur dimension.

         Thorn rencontre donc les figures de proue de ces jeunes musiciens qui vont participer à la révolution de la scène musicale française qui marquera la seconde moitié du XX° siècle. Il nous fait d’abord écouter leur musique, par des extraits d’émissions de télévision, ou de concert, des moments de répétition aussi et des prestations privées, rien que pour le film. Nous pouvons ainsi voir et entendre NTM, dès le pré-générique et que nous retrouvons dans la seconde partie du film consacrée au Hip Hop, au rap et au Slam, avec entre autres Dee Nasty, Casey, B-James, Abdel Haq, bams et Grand Corps malade. Les années 60 étaient celles du rock. Puis vint la radicalisation contestatrice très politisée du Punk qu’évoque longuement Bérurier noir. Et même, en dehors de ces tendances électriques, un accordéoniste comme Marc Perrone.

Toutes ces musiques issues de la banlieue chantent ses difficultés, sa misère, mais aussi ce qui en fait la grandeur, l’amitié et l’entraide. Les entretiens qui accompagnent les séquences musicales la force du lien qui relie ces banlieusards à ce territoire qu’ils savent déshérité et laissé pour compte de la société française, mais qui fait partie d’eux-mêmes et pour lequel ils manifestent un profond attachement. Si la violence conduisant aux émeutes de 2005 est toujours présente sous forme larvée, on sent bien que c’est le chômage, les rapports plus que tendus avec la police (et donc toute forme d’ordre et l’Etat en général) et les images négatives que véhiculent les médias qui vont l’exacerber jusqu’à l’explosion.

         Côté histoire de la banlieue, le film montre, à partir d’extraits de journaux télévisés, de reportages et de films, les différentes étapes de la longue mais régulière dégradations des conditions de vie des habitants du 93. Nous suivons le rythme effréné des premières constructions d’immeubles pour pouvoir supprimer les bidons villes. Puis c’est l’édification des barres dans les cités et leur destruction lorsqu’elles sont devenues invivables. « Ici, rien ne peut faire patrimoine », belle formule d’un ouvrier de banlieue ! Vu avec un peu de recul et en plongée, le paysage révèle immédiatement le désordre, l’accumulation des usines, des hangars et des immeubles sans aucune logique. Pourtant, la cité des 4000 à La Courneuve, « c’était Hollywood » en comparaison aux conditions de logement antérieures. Mais ne sont restés là que ceux qui n’avaient pas les moyens d’aller vivre ailleurs. Ceux qui ne disposent d’ailleurs d’aucun moyen pour envisager quelque changement que ce soit.

         Existe-t-il encore des images de cette banlieue d’avant son délabrement. Oui nous dit le chanteur accordéoniste, dans quelques films dont celui que Jean-Luc Godard réalisa en 1967, Deux ou trois choses que je sais d’elle. Sans le cinéma, la banlieue n’existerait que dans les images de la télévision qui n’en montre que les aspects les plus spectaculairement négatifs. Le film de Jean-Pierre Thorn contribue lui à lui donner des lettres de noblesse.

B COMME BANLIEUE – Clichy

Clichy pour l’exemple. Alice Diop. France, 2006, 50 minutes.

         Il y a un avant et un après 2005 à propos des banlieues. La télévision, bien sûr s’est mobilisée pendant les émeutes et immédiatement après. Reportages, enquêtes, il s’agissait de rendre compte des événements, rarement de les analyser en profondeur. Il est banal de dire que la télévision est condamnée à l’immédiateté. Le cinéma documentaire, lui, prétend prendre le temps de la réflexion, avec le recul nécessaire pour ne pas être influencé par l’air du temps, les discours officiels et les stéréotypes de tout poil. Les documentaires sur la banlieue sont alors un bon indicateur de l’état de la société et de la pertinence des analyses qu’elle est capable de développer sur elle-même.

         Le film d’Alice Diop trouve son origine, comme d’autres de la même époque, dans les émeutes de 2005. Il est d’ailleurs dédié à Bouma Traoré et Zyed Benna, les deux adolescents dont la mort, à Clichy-sous-Bois, fut leur point de départ. Automne 2005, « les banlieues se rappellent à la République ». Il s’agit alors, presque un an après, de comprendre la révolte des jeunes de ces cités, ce ras le bol qui dégénéra en tant de violence. Les problèmes que connaissaient alors les habitants de ces quartiers défavorisés ont-ils disparu? La cinéaste ne cherche pas à dresser un bilan des actions qui ont été entreprises et de ce qui reste à faire. Elle filme certains aspects de la vie quotidienne. Et surtout, elle donne la parole aux habitants, les jeunes en particulier, ceux qui au sortir de l’école ne trouvent pas de travail, même s’ils ont décroché un diplôme, un BTS par exemple. Ce qui s’exprime alors c’est « la souffrance du quotidien ».

         Le film s’ouvre sur l’évocation de l’action d’association comme « Assez le feu » dont le bus effectue un tour de France des quartiers pour constituer un cahier de doléance. Il se termine sur l’intervention du maire de Clichy, dont les propos ont un certain goût d’impuissance. Entre les deux, les problèmes du logement, de l’école, du travail et des transports seront abordés à travers des cas concrets ayant valeur d’exemples parmi tant d’autres. Le logement, ce sont ces grands immeubles regroupés en cités dont des vues d’ensemble nous donnent une idée de leur concentration. Des plans sur Les cages d’escalier recouvertes de tags suffisent à montrer la détérioration, sans parler de cet appartement où il faut enlever la moquette à en cause d’infiltration d’eau. Pour l’éducation, nous assistons à un conseil de classe de fin de troisième en collège. Certains élèves, ceux qui ont les meilleurs résultats, sont orientés vers une seconde générale, les autres en BEP. Il est clair qu’ils n’auront pas tous les mêmes chances dans la vie. Mais de toute façon, trouver du travail à Clichy, quand on est de Clichy, même si l’on fréquente assidument la mission locale, est quasiment mission impossible, comme nous le montre le cas de ce jeune quoi n’a jamais « le profil » pour tous les emplois auxquels il postule. Le problème du transport est enfin évoqué dans une réunion des élus du département. Le maire de Clichy plaide pour que sa ville soit enfin désenclavée. Mais visiblement les élus des autres communes n’ont pas l’air particulièrement prêt à le soutenir.

         L’avenir de Clichy peut-il s’éclairer ? Certes, le film offre une note optimiste à travers ces jeunes qui repeignent des cages d’escaliers et ces enfants qui les décorent. Mais cela suffira-t-il à éviter un nouvel embrasement des cités ?

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – MES VOIX de Sonia Franco

Analyse d’une expérience

1/ Contexte.

 Lorsque je commence à avoir l’idée de ce film, en 2015, cela fait deux ans que j’ai terminé ma formation de montage à la Fémis. En 2015, au retour d’un voyage de quatre mois en Colombie, je décide de me lancer dans la réalisation de mon premier film documentaire, dont l’envie m’habitait depuis plusieurs mois déjà. Au départ de cette, c’est ma rencontre en 2015 avec Anissa, le personnage principal de ce film-portrait. Nous devenons amies, elle me raconte sa vie, qui me rappelle à plusieurs égards celle de ma propre mère, et surtout, elle me parle beaucoup de sa grand-mère Takia, à laquelle elle porte un amour hors-norme, absolu. L’objectif de cette démarche était donc de réaliser ce film que j’avais en tête – même si, dans le domaine du documentaire, la réalisation du film même s’apparente à une recherche, plutôt que de partir en tournage avec une idée déjà à peu près fixée -et de voir si j’étais capable de me confronter à cette démarche qui m’effrayait un peu. L’enjeu personnel que je poursuivais était double: à la fois, créer un film, partager l’histoire d’Anissa, le personnage principal du film qui me bouleversait et que j’avais envie de pouvoir partager avec un public, et sans doute aussi, m’affirmer à moi-même que je pouvais être légitime à réaliser des films.

2/ Conduite du projet.

La réalisation de ce film a été un voyage au long cours de trois ans. Au départ, je rencontre Anissa en 2015, nous devenons proches, elle me raconte sa vie.

•Premiers repérages sonores : Je pense d’abord à ce film de manière absolument solitaire, sans accompagnement. Puisque j’ai déjà expérimenté la création sonore, plus légère et immédiate que le film, je commence par là : j’accompagne Anissa à Sartrouville, chez Takia, sa grand-mère, et à les enregistrer au son, alors qu’Anissa cuisine un couscous sous les directives de sa grand-mère. Cette première approche est transformée en une petite création sonore de six minutes, sélectionnée au festival Longueurs d’Ondes à Brest en 2016.Cette première création s’apparente pour moi à une première forme de repérage, une première approche des personnages et du lieu principal du tournage, l’appartement de la grand-mère d’Anissa à Sartrouville. C’était aussi des repérages dans le sens où je me mettais au travail d’essayer de mettre à jour ce que je voulais travailler, questionner avec ce film.

J’ai choisi de l’enregistrer dans ce moment-là parce qu’elle m’avait beaucoup parlé du fait que la relation avec sa grand-mère était basée sur des rituels, dont celui de cuisiner ensemble, que c’était un peu un jeu aussi car elle faisait souvent semblant de ne pas savoir « bien faire » pour que sa grand-mère lui explique…ça me permettait de commencer à travailler la mise en scène de cette relation qui allait être au cœur de mon film. Cette création est plutôt du point de vue d’Anissa, on est surtout avec elle et ce qu’elle raconte, on entend sa grand-mère qui lui parle en arabe, et j’ai fait le choix de ne pas doubler ces moments, parce que j’avais envie qu’on entende vraiment les deux langues, et je trouvais ça intéressant que l’auditeur soit dans cette position de devoir un peu deviner, parce que souvent quand on est bilingue (moi je parle espagnol par exemple), on mélange en fait les deux langues dans le quotidien. Ça ne me semblait pas du tout intéressant de doubler la grand-mère avec une autre voix (comme c’est l’usage à la radio), parce que je trouvais que ce n’était pas tellement le sens littéral de ce qu’elle disait qui était important, en général on comprenait et on déduisait le sens de ses échanges avec Anissa car elle lui répondait en français. J’avais envie de retransmettre ce jeu entre les langues. Ce qui m’intéressait c’était la question de la double culture, du rapport à la tradition, du rapport entre générations. Anissa a eu un parcours marqué par une rupture familiale avec ses parents assez jeune et du coup elle a fait sa vie un peu toute seule, elle s’est construite de manière assez libre mais elle a toujours un attachement très fort à sa grand-mère, même s’il y a beaucoup de choses de sa vie qu’elle ne lui dit pas du tout parce que sa grand-mère ne comprendrait pas. Je commençais à percevoir un personnage, qui était dans une sorte de «zone grise » où elle ne disait pas tout. Ce petit tournage sonore m’avait permis de rencontrer la grand-mère, de visualiser aussi son appartement, l’endroit où elle vivait, bref de pouvoir projeter le film de manière moins fantasmée. Je rencontre alors, par des amis communs, Thomas Carillon, un jeune producteur qui vient de fonder sa société de production, Wrong Films, et qui cherche des auteurs. Il a écouté mes carnets de voyage sonores réalisés lors de mon voyage en Colombie, il a été touché, et le peu que j’ai écrit à propos du film, ainsi que la petite création sonore réalisée avec Anissa et sa grand-mère, l’intéresse. Il me propose de devenir producteur du film et d’accompagner son écriture, sa réalisation et la recherche de financement. C’est un pas très important pour moi : le fait qu’une autre personne, sans être proche de moi, croie dans mon envie de film et ait envie de le voir aboutir, je prends cela comme un signe, un encouragement. Je commence au printemps 2016 à tourner des images de repérages avec Anissa et sa grand-mère. J’ai un Canon 7D, un Zoom, Thomas me trouve un monopode, et je pars en tournage, plusieurs fois, seule. Je filme ces deux femmes dans le petit salon d’un appartement de Sartrouville, qui parlent en arabe, cuisinent, discutent, regardent la télé, font la sieste. Je deviens petit à petit plus assurée avec la caméra, dans l’intimité de mes personnages. J’aime prendre le temps, laisser tourner la caméra pendant de longues minutes une fois le cadre fixé.

Je continue à préciser la forme du film dans l’écriture, et dépose plusieurs demandes d’aide à l’écriture (FAIA du CNC, Images de la diversité, SCAM-Brouillon d’un rêve). Ces demandes n’aboutissent pas, mais l’écriture est pour moi un moyen de préciser le projet du film. La question qui m’agite, c’est d’arriver à faire ressentir au spectateur l’intériorité d’Anissa, qui passe son temps à faire le grand-écart entre sa grand-mère et le reste de sa vie. A partir de nos entretiens, que j’enregistre au son, où elle se confie à moi, je commence à écrire des textes, une voix-off, qui rythmera le film. Je décide de tourner le film en 4/3, format qui me semble plus adapté aux petits espaces que j’ai à filmer (la chambre d’Anissa, le salon de Takia), et qui me permet d’être à la bonne distance des personnes que je filme tout en donnant au spectateur une sensation de proximité. Et puis la vie se charge de nous faire un cadeau qui comptera beaucoup pour Anissa et pour le film : elle est prise dans une pièce d’Ahmed Madani, F(l)ammes, où, parmi neuf autres jeunes femmes, elle parle de son histoire familiale sur scène. Cet évènement donne un coup d’accélérateur au film : en effet, le travail avec le metteur en scène cristallise les enjeux que je pressentais dans la trajectoire d’Anissa. Nous testons ensuite avec Thomas le tournage avec une équipe réduite, notamment sur le lieu de travail d’Anissa, qui occupe régulièrement le vestiaire du Cabaret Sauvage, une salle de concert dans le parc de la Villette. Mais entre la fin 2016 et la fin 2017, c’est majoritairement seule que je filme Anissa, plusieurs fois par mois, chez elle, chez sa grand-mère, ou lors des répétitions de la pièce. Ces sessions de tournage s’accompagnent d’une réflexion sans cesse renouvelée sur la forme du film, la narration qui se dessine. C’est tout l’enjeu du documentaire, et surtout de la forme du portrait, où l’on attend une narration tendue, une trajectoire lisible du personnage principal. Ainsi, je suis passée d’entretiens enregistrés uniquement au son aux entretiens filmés, qui ont longtemps constitué une part importante du film, pour finalement exister sous forme de voix-off écrites à partir des mots d’Anissa. Le tournage n’est pas encore terminé, mais nous commençons déjà des sessions de dérushage avec la monteuse, Marie Molino, une ancienne camarade de la Fémis. La difficulté étant qu’il faut attendre le sous-titrage des séquences en arabe pour pouvoir visionner les scènes entre Anissa et sa grand-mère. Le fait de pouvoir visionner les rushes tout en continuant à tourner nous permet de sentir le film qui se construit, les directions à chercher au tournage, les nœuds narratifs…En parallèle, nous éprouvons, avec mon producteur débutant, la difficulté du financement d’un premier film documentaire. En effet, pour avancer dans la conception du film et pouvoir écrire des dossiers convaincants, il faut souvent déjà avoir commencé à tourner. Dans le cas de « Mes Voix », le film et l’idée que je m’en faisais ont considérablement évolué à travers les événements de la vie d’Anissa. Ainsi, assez tôt, Thomas a mis du matériel à ma disposition pour que je tourne le film sans avoir à attendre des financements incertains. Le film a obtenu en 2018, après une seconde tentative, le soutien de la bourse « Brouillon d’un rêve » de la SCAM (6000 euros), puis en 2019, le soutien du département de la Seine-Saint-Denis via son Aide au film court (15000 euros). Ces aides, assez sélectives, m’ont rassurée quant à la qualité du film, à sa capacité à trouver un public et à pouvoir être diffusé par la suite, sur un marché extrêmement compétitif…

Par ailleurs, ce que ce film m’a apporté comme expérience fondatrice, c’est le travail avec des collaborateurs : tant avec le producteur Thomas Carillon, qui a été très impliqué dans le processus du film jusqu’à la fin, qu’avec la monteuse, Marie Molino, rencontrée sur les bancs de la Fémis, avec qui nous avons travaillé pendant quasiment un an. Nous avons fait plusieurs sessions de visionnement pendant les derniers mois du tournage. Puis le montage à proprement parler a commencé en février 2018 pour se terminer en novembre2018 (avec quelques interruptions). Malgré ma formation de monteuse, j’ai vraiment été soulagée de pouvoir m’appuyer sur le regard et le savoir-faire d’une autre personne. Non seulement parce qu’après un an et demi de tournage en solitaire, j’étais quelque peu épuisée, mais également parce qu’en raison de ma proximité avec Anissa, il était parfois difficile pour moi d’avoir le recul nécessaire à la construction du film. Cette collaboration heureuse s’est prolongée avec d’autres techniciens de post-production : Thomas Robert au montage son, et Niels Barletta au mixage, qui se sont tous deux impliqués quasi-bénévolement pour le film. Cette première expérience de réalisation m’a beaucoup appris. J’ai découvert ainsi que j’aimais cadrer, même si mon manque de technique a pu parfois me limiter. Mais pour moi, le geste de filmer est celui qui crée la relation à l’autre, à la personne qui devient personnage sous notre regard. La solitude de ces tournages m’a aussi amenée à endosser plusieurs casquettes : prévoir la logistique, les batteries, le déchargement des cartes, le transport….choisir mes cadres, savoir où poser l’enregistreur de son pour capter au mieux les paroles des personnes filmées…et bien sûr, quand déclencher la caméra, quand l’arrêter. D’autre part, hors du processus de tournage, j’ai pu éprouver le temps long de la réflexion liée au film en train de se faire : d’un côté, le travail d’écriture permettant de poser des mots sur des intuitions, d’expliciter les émotions qui président au désir de film ;de l’autre, la confrontation à la matière existante, le processus de naissance du film pendant le montage, le trajet qui commence au visionnement des rushes, l’émotion qui y naît, et la lente immersion au cœur du récit qui se construit petit à petit, tâchant de préserver cette émotion brute des rushes en la sculptant au sein d’un trajet compréhensible et captivant pour le spectateur. Ainsi, une des questions majeures du montage, qui ne s’est résolue qu’à la toute fin, a été celle de la place de la parole d’Anissa, frontale à travers les entretiens filmés, ou bien plus subtile à travers les voix-off. C’est cette deuxième option que nous avons finalement choisie, mais je pense qu’aujourd’hui, il me reste une frustration face à l’homogénéité de la forme finale du film, frustration qui est également un moteur pour mes envies d’autres réalisations.

 La diffusion de Mes Voix a été, pour l’instant, une source de grande satisfaction, et j’espère que le film n’a pas terminé sa carrière : après une première projection au festival de Douarnenez à l’été 2019, ainsi qu’une diffusion aux Etats Généraux du documentaire à Lussas, dans le cadre de la journée de programmation de la SCAM, le film a été sélectionné dans les festivals suivants :

 –Cinébanlieue, section Panorama (Saint-Denis)

–Le monde au coin de la rue (Grenoble)

–Panorama du cinéma du Maghreb et du Moyen Orient (Seine-Saint-Denis)

–International Film Festival de Rotterdam (Section Bright Future Mid-Length)

–La Première Fois, festival du premier film documentaire (Marseille)–Les Rencontres d’AFLAM (Marseille)

–Côté Court, section Panorama (Pantin)

–Festival du Moyen-Métrage de Brive.

 Et dans le cadre de l’Aide au Film Court de Seine-Saint-Denis, de nombreuses projections sont organisées dans les cinémas du 93 et dans des centres sociaux, médiathèques, prisons…Je peux ainsi directement échanger avec le public du film, pour mon plus grand plaisir !

Sonia Franco.

A COMME ABECEDAIRE- Marie-Christine Gambart.

Ses films sont le plus souvent des portraits. Des portraits de femmes en particulier, des femmes exceptionnelles, par leurs actions et leur personnalité, de Marlène Dietrich et Greta Garbo à Emmanuelle Haïm. Les faits de société ne sont jamais bien loin, que ce soit la mode ou le fait d’être gros.  L’histoire et la politique non plus. Avec des points de vue souvent originaux comme la mise en lumière de la foi chrétienne de De Gaulle.

Adoption

La Famille

Même les tortues s’appellent Nguyen !

Christianisme

Charles le Catholique, 1958-1969

Pierre Chaillet, le jésuite de la Résistance

La Famille

Denise Masson, la dame de Marrakech

Cinéma

Dietrich-Garbo, l’Ange et la Divine

Corps

Daria Marx : ma vie en gros

Discrimination

Daria Marx : ma vie en gros

Erotisme

Dietrich-Garbo, l’Ange et la Divine

Famille

La Famille

Même les tortues s’appellent Nguyen !

Femme

Daria Marx : ma vie en gros

Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre

Dietrich-Garbo, l’Ange et la Divine

Martine Monteil – Femme flic au-dessus de tout soupçon

Mini-jupe, tout court !

Grossophobie

Daria Marx : ma vie en gros

Harcèlement moral

Le Salaire de la souffrance

Histoire

Charles le Catholique, 1958-1969

Homme

La Maison des hommes violents

Humour

Drôles pour toujours : Maillan, Poiret, Serrault

Islam          

Denise Masson, la dame de Marrakech

Laïcité

Charles le Catholique, 1958-1969

Mode

Mini-jupe, tout court !

Musique

Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre

Opéra

Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre

Police

Martine Monteil – Femme flic au-dessus de tout soupçon

Politique

Charles le Catholique, 1958-1969

Portrait

Daria Marx : ma vie en gros

Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre

Drôles pour toujours : Maillan, Poiret, Serrault

La Maison des hommes violents

Pierre Chaillet, le jésuite de la Résistance

Dietrich-Garbo, l’Ange et la Divine

Martine Monteil – Femme flic au-dessus de tout soupçon

Denise Masson, la dame de Marrakech

Religion

Charles le Catholique, 1958-1969

Pierre Chaillet, le jésuite de la Résistance

Denise Masson, la dame de Marrakech

Résistance

Pierre Chaillet, le jésuite de la Résistance

Travail

Le Salaire de la souffrance

Vietnam

Même les tortues s’appellent Nguyen !

Violence conjugale

La Maison des hommes violents

B COMME BANLIEUE – Val Fourré.

Chroniques d’une banlieue ordinaire. Dominique Cabréra, 1992, 55 minutes.

         Cette banlieue, c’est le Val Fourré. Une banlieue idéale. Du moins si l’on en croit les images d’archive que la cinéaste place en pré-générique de son film. Des images qui devaient faire rêver. Le commentaire, grandiloquent, vante la modernité de ce nouveau quartier où tout a été pensé, les espaces verts à l’extérieur, les jeux pour enfants, les parkings. Les immeubles HLM, les tours, les appartements flambant neufs, vont permettre de vivre dans le plus grand confort. La cité représente alors la promesse d’une vie meilleure. Des images qui surprennent aujourd’hui, mais qui nous replacent dans le contexte d’une époque que l’histoire récente des banlieues rend bien difficile à imaginer et à comprendre.

         Qui étaient ceux qui sont venus vivre dans cet eldorado si bien vanté par la publicité promotionnelle ? Et comment y ont-ils vécus ? Au moment de la réalisation du film, 1992, les tours du Val Fourré viennent d’être fermées, abandonnées, vidées de leurs habitants en dehors de quelques squatters. Et le film s’achèvera sur les images de leur destruction.

         Dominique Cabréra retrouve ces anciens locataires, des hommes, des femmes, des enfants, de tout âge, de toute origine. Des arabes, des africaines, des travailleurs français. Tous ont vécus de longues années dans ces tours. Tous y ont leurs souvenirs, qu’ils évoquent avec beaucoup d’émotion. Ils nous montrent les différentes pièces de leurs anciens appartements, la cuisine, les chambres, la place de la télé dans le salon, les papiers peints qu’ils avaient remplacés, la vue par les fenêtres ou le balcon, plongeant sur le quartier. Se replonger dans son passé, c’est revenir vingt ans en arrière, une autre époque, une autre vie. Pour beaucoup, c’était l’époque de leur jeunesse. Cela ne s’oublie pas.

         En vingt ans, la vie a changé, le quartier a changé, et eux aussi ont changé. Au début, la vie dans les tours, c’était vraiment bien. Il y avait un esprit de communauté Tous se connaissaient et les voisins étaient des amis. Il y avait beaucoup de français, et même des riches. Et puis, peu à peu, cette mixité sociale a disparu. Les plus aisés sont partis les premiers. A la fin il n’est resté là que ceux qui ne pouvaient pas aller ailleurs. Les tours se sont dégradés. Plus rien ne fonctionnait. Même les ampoules des paliers étaient volées. Comme le dit le médecin qui avait là son cabinet, c’était devenu invivable. Et le seul couple de français (c’est comme cela qu’ils se présentent) qui habite encore dans le quartier se sent bien isolé.

         A travers ces rencontres, c’est toute l’histoire des banlieues qui est retracée. La lente dégradation des conditions de vie. La naissance des ghettos. Dans une des dernières séquences, Cabréra filme une enseignante et ses élèves réunis sur une terrasse. Un de leur camarade est mort au poste de police par manque de soin. Un des garçons présents évoque les émeutes qui suivirent : tout casser pour se venger. Une séquence prémonitoire.

F COMME FAMILLE – de cinéaste.

Grandir. Dominique Cabrera. 2013. 92 minutes.

         Un projet de film : filmer une famille. Un projet de film personnel : filmer sa propre famille. Mieux, se filmer soi-même en train de filmer sa propre famille. C’est le film que réalise Dominique Cabrera. Un film intimiste donc, narcissique aussi, autobiographique un peu, familial surtout.

         Dans une première séquence, chacun se présente, déclinant face à la caméra son prénom et son nom : Cabrera. Et pendant tout le film nous allons vivre avec eux, parmi eux, comme la cinéaste vit au milieu d’eux, les filmant constamment, au plus près de leur corps, de leurs visages, partageant visiblement leurs joies et leurs peines. Un film qui montre une famille unie, une famille où chacun a sa place, où chacun n’a d’existence que comme membre de la famille.

         Le film commence par un mariage et se termine par un enterrement. Un parcours bien commun en somme. Il montre une grossesse, une naissance, des anniversaires, des fêtes de famille. Des moments tout ce qu’il y a de plus banal. Des moments qui ne sont pas des évènements. Pour évoquer le passé, la cinéaste intègre dans le filmage direct des extraits de films de famille anciens, réalisés par le père. Le tout montre une famille comme les autres, qui n’a rien d’extraordinaire, qui n’a rien pour frapper l’imagination du spectateur. Rien de choquant, d’anormal. Rien de merveilleux non plus. Le seul événement de la vie de cette famille, c’est le départ d’Algérie dès le début de la guerre. Un événement qui n’est pas filmé, et pour cause. Du coup il devient presque lui aussi un non-événement.

         Dans des moments d’isolements, la cinéaste parle à sa caméra d’une petite voix douce. Elle se filme dans un miroir, le visage en partie caché par la caméra. Dans le groupe familial, elle est aussi très présente. On lui fait des signes de la main, on lui sourit, on s’adresse à elle, on la désigne par son prénom. La caméra ne gène personne puisqu’elle est totalement confondue avec cette fille, cette sœur, qui la tient et qui est toujours identifiée comme cinéaste. Lors de quelques panoramiques, on aperçoit sa silhouette lorsque le regard de la caméra croise furtivement un miroir. Le film dans son ensemble n’a de sens que par cette présence de la cinéaste au sein de sa famille.

         On voyage beaucoup dans le film, du moins la famille Cabrera voyage beaucoup. La cinéaste filme les arrivées, les retrouvailles et les départs à nouveaux, dans les aéroports. Elle filme par le hublot l’aile de l’avion dans les airs. Mais il n’y a pas de paysage dans le film. Dans les maisons, on ne s’attarde pas sur le décor. Les meubles sont montrés en passant. Ils restent des meubles. L’important, ce sont les visages des membres de la famille. D’un bout à l’autre du film, Dominique Cabrera reste fidèle à son projet, n’en déviant jamais : filmer sa famille, rien que sa famille. Un film qui n’existe donc que par cette famille. La seule chose qu’il ne nous dit pas, c’est comment elle, la famille, a vécu la réalisation du film et comment elle le perçoit une fois qu’il est terminé.

Ce film a été présenté en compétition internationale au Cinéma du Réel 2013.

Il a obtenu le prix Potemkine.

E COMME ENTRETIEN – Anne Lenfant

1- Vous avez réalisé un film d’entretiens avec Benoîte Groult intitulé Une chambre à elle. Benoîte Groult ou comment la liberté vint aux femmes. Comment avez-vous eu l’idée de ce film ? Quelle a été sa genèse ?

Réaliser ce documentaire était une nécessité. La fin des années 90, le début des années 2000, c’était le plein backlash pour le féminisme, le retour de manivelle. Même si en France on a pu assister à une certaine récupération institutionnelle ou politique, se dire féministe était mal vu. Plus personne n’osait en parler réellement, ou c’était une insulte. Benoîte Groult était alors bien oubliée. Son dernier livre, Histoire d’une évasion, remontait à plusieurs années lorsque j’ai entrepris le film en 2002.

C’est la première raison qui m’a conduite à vouloir réaliser ce documentaire. Vulgariser le féminisme. A partir de sa vie, ce matériau incroyable qu’elle avait elle-même utilisé pour parler d’émancipation et des multiples prisons de verre dont les femmes avaient dû se libérer au XXe siècle, famille, mariage, religion, et tout ce qui soutient ces carcans, médecine, éducation, académie, presse, etc. Ce féminisme qui était en train de s’éteindre alors que les injustices étaient toujours là. Et Benoîte avait déjà été une passeuse entre deux générations, comme le dit Josyane Savigneau. Il me semblait que son style direct, percutant, drôle, son humanisme, son humour employé avec bonheur pourraient à nouveau convaincre en rappelant les évidences qui n’avaient, au fond, que peu changé. Sa voix pourrait exprimer ma colère, et ma caméra lui redonner la parole.

Je souhaitais également aller plus loin avec elle et l’interroger sur la prise de conscience. Comme elle, je n’avais pris conscience des injustices faites aux femmes et surtout du système de domination qui les constituent que tardivement. Cela nous rapprochait. La compréhension de ce système de domination, au-delà même du fait ou combiné au fait d’être lesbienne dans une société qui l’acceptait encore mal, m’avait, de mon côté, amenée à prendre conscience de manière plus structurée d’autres oppressions, le racisme en premier lieu, comme si une nouvelle grille de lecture m’avait été donnée qui me permettait non seulement d’avoir de l’empathie mais aussi de comprendre d’autres rapports de pouvoir, de classe et de race notamment. Je m’interrogeais à la fois sur ce qui rendait possible la prise de conscience et sur la place que nous avions individuellement dans ces différents systèmes, tantôt dominée, tantôt dominante. Et le fait qu’elle ait écrit sur sa propre prise de conscience tardive me donnait envie de l’interroger à ce sujet.

Aussi, la vieillesse m’intéressait. À titre personnel mais surtout en termes politiques car les femmes âgées sont peu montrées à l’écran, et peu visibles dans les media. C’était bien avant qu’elle écrive La Touche étoile mais, sachant qu’elle défendait le droit de mourir dans dignité, je pressentais qu’elle pourrait m’en parler franchement et avec intelligence, partant de son expérience comme toujours. Les chapitres d’Histoire d’une évasion sur les parties de pêches de deux septuagénaires (Benoîte et son époux Paul Guimard) me permettaient d’imaginer des images pour le film.

Ces sujets dont j’imaginais qu’ils constitueraient les trois thèmes principaux du documentaire n’étaient pas la seule raison qui m’avait amenée à avoir envie de rencontrer cette écrivaine pour faire un film sur elle et avec elle sur l’actualité du féminisme. La manière dont elle a raconté l’histoire d’amour de sa mère avec Marie Laurencin, romancée notamment dans Les Trois Quarts du temps, me laissait entrevoir une ouverture d’esprit assez rare pour son temps et me donnait envie d’inciter à la lire.

Au-delà de toutes ces motivations, le déclic, l’urgence que j’ai ressentie à faire ce film, sont venues d’un constat. J’ai découvert Benoîte Groult assez tard, à plus de 30 ans, avec Ainsi soit-elle, dont l’actualité m’a frappée alors qu’il avait été écrit vingt-cinq ou trente ans plus tôt, en 1975. Je me suis mise à en parler autour de moi et me suis aperçue d’une fracture nette. Les femmes de plus de 40 ans me répondaient toutes : « Benoîte, bien sûr… » tandis que celles de moins de 40 n’en avaient jamais entendu parler. J’ai eu le sentiment que quelque chose se perdait et qu’il fallait faire quelque chose.

Des concours de circonstance à l’origine du projet peuvent être par ailleurs évoqués. C’est en récupérant la bibliothèque féministe d’une amie qui venait de mourir subitement que j’ai découvert Ainsi soit-elle, son livre le plus connu. C’est ensuite par hasard qu’une amie traductrice, à qui j’avais parlé de mon désir de réaliser un documentaire avec Benoîte (sans savoir qu’elle la connaissait), lui en a fait part sans que je m’y attende et m’a ainsi mise, sans s’en rendre compte, au pied du mur lorsque j’ai su qu’elle attendait que je la contacte…

J’ai beaucoup travaillé en amont, ayant tout lu d’elle avant de la rencontrer pour le film. Je pressentais qu’elle serait sensible aux questions de transmission, ayant écrit des biographies comme celle de Pauline Rolland, et ouverte au dialogue entre générations (auquel elle s’était déjà livrée dans une livre composé en partie d’entretiens avec Josyane Savigneau, Histoire d’une évasion, et qui d’ailleurs m’avait laissé entrevoir la possibilité du film). J’avais anticipé et réfléchi aux thèmes, aux plans, aux lieux, aux situations de tournage. Ça a facilité les entretiens, auxquels j’ai pris un grand plaisir. Un certain nombre de choix étaient clairs dès le départ pour moi, ne pas recourir à une voix off ni entendre mes questions par exemple. Mais jusqu’au montage, j’avais beau avoir choisi les thèmes, je n’arrivais pas à trouver la structure du film. Et ça m’inquiétait car j’ai l’habitude de l’écrit et d’avoir un plan avant de me lancer. Tout s’est éclairci d’un coup, comme le choix du titre est venu d’un coup, après avoir longuement tâtonné. Et le montage a été un moment magique, au cours duquel j’ai découvert concrètement à quel point deux images, ou du son, peuvent en produire une troisième, dont le sens peut totalement nous échapper. C’est une expérience autant physique qu’intellectuelle, qui m’a réellement enthousiasmée tout en renforçant mon sentiment de responsabilité quant à ce qu’on produit.

Au final, le film lui-même, Une chambre à elle. Entretiens avec Benoîte Groult, est assez court, 22 minutes, mais le succès rencontré dans les festivals et surtout la demande renouvelée du public d’en voir plus m’ont décidée à reprendre les entretiens menés dans les différents lieux où elle habitait (et d’autres interviews et situations filmées) pour monter trois heures trente de bonus réunis en cent questions complémentaires au film dans un double DVD, intitulé Une chambre à elle. Benoîte Groult ou comment la liberté vint aux femmes. Il est organisé par thème et j’y ai également inclus, outre des biographies et un diaporama des nombreuses photos que Benoîte m’avait confiées, une importante documentation sur la situation des femmes et leur histoire, pour aller plus loin que ce que nous avions pu aborder et ainsi apporter des données à jour. Tout ceci autant pour les lectrices et lecteurs de Benoîte qui souhaitaient continuer de l’entendre qu’à des fins plus pédagogiques. Avec un graphiste débutant dans l’authoring de DVD, tout cela s’est fait de manière très artisanale mais on a voulu en faire un bel objet.

J’avais imaginé initialement un film qui mêlerait portrait de Benoîte, histoire des femmes au XXe siècle et questions féministes. Au montage, j’ai finalement abandonné l’idée d’un portrait classique pour me concentrer sur quelques questions d’actualité féministes vues par elle, préférant rester dans un format court et plutôt donner envie de la lire pour la découvrir et aller plus loin. Sans doute par timidité aussi, car c’était mon premier film et je ne voulais pas ennuyer le spectateur. Mais le projet m’a rattrapée et le matériau que j’avais était trop riche pour que je le laisse de côté. La conception du double DVD m’a permis d’y revenir de manière originale et de donner à voir sa vie telle qu’elle la raconte, d’approfondir l’histoire des femmes et leur situation. Le montage des compléments du DVD, plus simple, plus brut, presque un bout à bout s’il n’y avait ces inserts visuels variés de sa vie, m’a aussi permis de faire entendre sa parole – et par là même sa pensée – telle qu’elle se déploie, dans sa longueur et sa complexité, à son rythme à elle. Ce qui me semblait important car le film, lui, est rythmé, concentré, et avance à mon pas plus qu’au sien. Sans la trahir, j’avais un peu « sculpté » sa parole pour le film, pour traduire un sentiment d’urgence. Dans le DVD, j’ai redonné place à sa voix et pris ma place à côté, par l’apparition de mes questions dans les coupes et par la documentation complémentaire.

Globalement, on peut dire que tout cela partait d’une envie de mettre en lumière quelque chose. Triplement. D’une conviction, que le féminisme est un humanisme, toujours d’actualité, qui concerne tout le monde. D’une quête, d’une interrogation, de savoir ce qu’elle était devenue et de ce qu’elle pouvait m’apporter sur les questions que je me posais et qu’elle n’avait pas traitées dans ses livres. Et d’une nécessité que je ressentais de créer des témoignages, des archives, de documenter un certain nombre de choses. En particulier quelque chose qui me semblait sur le point de disparaître ou d’être oublié.

2- Votre film est autoproduit. En quelque sorte, vous l’avez fait seule. Est-ce un choix (stratégique) ou est-ce parce que vous n’avez pas pu faire autrement ?

Oui, le film a été entièrement autoproduit et je l’ai distribué en l’envoyant aux festivals. C’était mon premier film, je m’étais un peu formée mais je n’avais aucune légitimité pour défendre une demande de financement. Connaissant quelques personnes qui avaient travaillé dans le cinéma, je savais que la recherche financement pouvait prendre des années et ne pas aboutir. Or j’avais un sentiment d’urgence et n’étais pas sûre d’avoir ce temps. Benoîte avait déjà 82 ans quand j’ai commencé à la filmer en 2002. Surtout, je voulais avoir une totale liberté pour parler du féminisme comme je l’entendais car il s’agissait d’un projet très personnel. C’était déjà assez compliqué pour moi de déterminer exactement ce dont je voulais parler, comment mettre en perspective les propos de Benoîte, pour ne pas en plus avoir à négocier avec un producteur, que ce soit une forme, un format (comme ces 22 minutes qui ne rentrent pas dans les cases mais qui me semblaient justes), un contenu, un délai.

Notamment j’ai eu besoin de faire une pause de 2002 à 2005, littéralement de laisser reposer les rushes, pour mûrir le projet à partir de la série d’entretiens que j’avais menés. Et notamment pour savoir quoi faire de la déception que j’avais ressentie lors de ses réponses sur les questions de classe et de racisme. À travers nos échanges filmés apparaissait comme un impensé. Le montrer ou pas, comment. Qu’est ce qui me semblait le plus important à ce moment-là. Je n’aurais pas voulu être influencée d’une manière ou d’une autre par un producteur ou un financeur à ce moment-là. C’était un projet très personnel et j’avais besoin de le mener à mon rythme. Et j’ai eu besoin de plus de deux ans pour déterminer ce que j’allais faire de ce que j’avais filmé. Alors que jusque là, malgré une longue préparation et réflexion, je n’avais pas trouvé la structure du film, celle-ci est devenue évidente pour moi en regardant à nouveau tous les rushs après cette pause. Bien sûr beaucoup de choses se sont jouées au montage, j’ai découvert ce moment intense où les images prennent tour, ou pas, mais l’essentiel était clair dans ma tête.

Sans production, je n’ai pas pour autant fait ce film seule. Je me suis entourée de professionnel.les : ma compagne photographe, Brigitte Pougeoise, un monteur, un graphiste pour le DVD. J’avais un travail à côté, j’ai pu financer tout ça moi-même en montant une petite association, Hors-champ, et parce que le matériel vidéo professionnel était alors relativement abordable. Je n’avais pas prévu d’acheter de droits d’images télévisuelles, toujours très chères, ce n’était pas le type de portrait que je voulais faire. Benoîte m’a donné accès à ses archives photos personnelles et le temps et l’imagination ont remplacé le banc-titre. Je ne voulais ni musique ni voix off non plus. C’était un choix formel de ne pas souligner d’avantage un propos, pas seulement un souci de simplicité dans les moyens. J’ai quand même rédigé un dossier de demande de financement auprès du CNC, autant pour m’obliger à écrire que « pour voir », mais ça n’a rien donné à ce moment-là.

En revanche, après le film, j’ai demandé et obtenu une aide à l’édition DVD de la part du CNC, ce qui m’a permis de concevoir un double DVD assez original, hybride d’outil pédagogique, d’objet ludique, d’archive. Il a ensuite obtenu le label d’Images en bibliothèques, ce qui a sans aucun doute facilité son achat.

3- Quelles ont été les conditions de tournage avec Benoîte Groult ? Vous l’avez beaucoup rencontrée et beaucoup filmée ?

Oui, après la lettre que je lui ai envoyée, nous nous sommes rencontrées chez elle à Paris et elle a tout de suite accepté. J’ai commencé par rencontrer quelqu’un qui avait organisé un colloque pour les 25 ans d’Ainsi soit-elle (ma première expérience d’interview) et j’ai ensuite retrouvé Benoîte à Hyères, l’un de ses trois lieux de vie, pour continuer d’échanger sur le projet, mais elle m’a tout de suite fait confiance pour commencer à tourner. C’était quelqu’un de très généreux envers les autres femmes, prête à faire confiance aux jeunes féministes, curieuse aussi de ce partage.

Cette confiance est peut-être venue du fait qu’elle a senti que j’étais prête et pas seulement motivée. Je m’étais vraiment préparée, j’avais tout lu d’elle et sur elle. Je lui avais envoyé à l’avance les guides d’entretiens avec les questions que j’avais préparées (une série de cinq longs entretiens, sur l’histoire des femmes, sur sa vie, sur diverses questions féministes historiques ou d’actualité, sur la vieillesse). J’ai passé du temps avec elle dans ses trois lieux, Paris, Hyères et sa maison de Doëlan, pour mener ces interviews mais aussi l’accompagner dans ce qui constituait alors sa vie. Ces trois années où j’ai tourné, c’est une époque où elle n’était plus du tout invitée dans les media, ni pour des conférences ou rencontres littéraires où j’aurais voulu la filmer. Heureusement il y a eu le salon du livre de Guidel. Ces invitations sont revenues après avec la sortie de La Touche étoile, et c’est à titre amical que je l’ai ensuite accompagnée dans les coulisses des plateaux TV d’émissions qui l’impressionnaient toujours… Le verre de vodka s’imposait ensuite avec sa toute jeune attachée de presse pour se remettre de ses émotions, elle qui était plutôt familière d’un verre de whisky chaque soir.

J’ai fait de même avec les autres personnes interviewées, sans passer autant de temps avec elles bien sûr. En les filmant dans leurs lieux (chez elles ou à leur travail lorsque c’était pertinent) et surtout, car je ne voulais prendre personne par surprise, en leur envoyant mes questions à l’avance, et même en envoyant le compte-rendu de notre entretien préparatoire à Yvette Roudy de telle sorte qu’il soit clair que je comptais sur son témoignage notamment pour une certaine mise en perspective, et un rappel de contexte sur l’origine sociale et le milieu privilégié de Benoîte. Dans cette période de recul du féminisme, toutes les personnes que j’ai rencontrées ont été très généreuses de leur temps envers une jeune réalisatrice non-professionnelle mais motivée.

4- Vous avez participé à l’organisation d’un festival de films lesbiens. Pouvez-vous nous en parler ?

Ça a été très formateur pour moi sur le plan politique. C’est un festival féministe et lesbien de plus de trente ans, important puisqu’il réunissait près de 2 000 femmes pour voir 80 films en quatre jours, débattre et imaginer le monde autrement. J’ai fait partie de la programmation quelques années et il m’a permis d’oser. Pour l’anecdote, c’est là que j’ai rencontré la traductrice qui connaissait Benoîte. Surtout c’était un endroit où l’on voyait des films du monde entier impossibles à voir autrement avant l’ère d’Internet, par et sur des femmes et des lesbiennes, et dont le fonctionnement autogéré, autofinancé, au consensus, cherchait à échapper au fonctionnement capitaliste et patriarcal habituel et à favoriser l’émancipation et l’autonomie. J’y ai appris l’organisation de vrais débats, sans « sachant », où la prise de parole était réellement facilitée pour toutes à l’époque. La non-mixité en était un élément essentiel et a permis à beaucoup d’entre nous de prendre confiance, devenir fières de ce que nous étions, et mieux comprendre les enjeux politiques et intimes de nos vies. J’étais passionnée de cinéma (en tant que spectatrice) et je cherchais un endroit pour m’engager pour les droits LGBTQI quand j’ai découvert ce festival. Je m’y suis tout de suite sentie à ma place. Tout cela a forgé ma culture féministe, trans, intersexe et lesbienne à l’époque, a nourri mon envie de passer derrière la caméra, et plus seulement derrière le projecteur, et m’a sans doute permis d’oser me lancer dans ce projet militant et personnel, à ma façon.

5- Pensez-vous qu’il y a aujourd’hui une spécificité des films faits par les femmes, en en particulier dans le domaine du documentaire ?

Je pourrais répondre par une pirouette en vous disant qu’on ne demande jamais aux hommes s’il y a une spécificité des films faits par des hommes. Je suis toujours un peu embarrassée de cette question mais c’est sans doute par crainte d’être mal comprise et que la réponse soit retournée à tous les coups contre les femmes : s’il n’y en a pas, alors pourquoi vouloir à tout prix augmenter la proportion de femmes qui font des films ; s’il y en a une, c’est donc qu’il y a une différence entre les hommes et femmes, différence essentielle qui pourrait justifier un traitement sexiste.

Je ne crois pas que ce qu’on a entre les jambes détermine par nature ce que l’on peut faire. Les femmes peuvent tout faire, il n’y a donc pas de raison en soi qu’il y ait une différence. Ou plutôt il y a autant de possibilités que d’individus. Mais nous sommes construits socialement et la plupart des femmes vivent des expériences différentes des hommes puisque la société nous distingue à coup d’injonctions, et souvent de violences… J’admire autant les films de Rithy Panh, Patricio Guzmán, Pasolini ou Wiseman que ceux de Varda, mais ce sont des documentaires comme Who’s Counting de Terre Nash, L’Ordre des mots de Cynthia et Mélissa Arra, des réalisatrices militantes et ou pionnières comme Aishah Shahidah Simmons, Pratibha Parmar, Cheryl Dunye, Carole Roussopoulos, Chantal Akerman qui m’ont montré des femmes à qui l’on ne donnait pas la parole, qui ont révélé des situations, mis au jour des rapports de forces, ouvert des imaginaires inaccessibles sans ces femmes. Et qui m’ont donné un sentiment de liberté, la force de croire que tout est permis si l’on est sincère, qu’il ne faut pas attendre que d’autres racontent nos histoires, ni absolument être passée par une école de cinéma ou avoir une production pour se lancer.

N’oublions pas non plus que les femmes ont moins de moyens et de ressources que les hommes pour réaliser leurs films. Je ne pense pas seulement aux plus petits budgets dont elles disposent, je pense souvent à tous ces deuxièmes ou troisièmes films que des réalisatrices talentueuses n’ont jamais pu tourner. La domination des hommes à la tête de l’industrie du cinéma a aussi conduit à effacer les femmes pionnières en ce domaine, au tout début de cet art, et a imposé une manière de tourner, de mettre en scène, le regarder, le « male gaze » comme le définit Laura Mulvey dans Au-delà du plaisir visuel. Iris Brey explique très bien dans Le Regard au féminin, une révolution à l’écran comment un « female gaze » peut être produit par un homme, que la mise en scène du regard ne dépend pas rigoureusement de l’identité du réalisateur ou de la réalisatrice. Je ne dirais donc pas qu’il y a une spécificité de films faits par les femmes – la diversité des festivals de films de femmes en témoigne – mais il est certain qu’elles apportent une richesse de points de vue et d’imagination dont le cinéma a cruellement manqué et continue de manquer.

6- Benoîte Groult est-elle toujours d’actualité aujourd’hui ? Le féminisme a-t-il changé depuis l’époque de la réalisation de votre film ?

Le féminisme a en effet changé, et il avait déjà changé entre l’époque où Benoîte Groult était au faîte de sa renommée dans les années 70 et le moment où j’ai réalisé le film au début des années 2000. C’était une époque où on a commencé à s’interroger sur l’absence de transmission, de mémoire du féminisme (contrairement à d’autres mouvements politiques qui connaissent leur histoire), question qui semble bien lointaine au vu des conflits de génération actuels. En outre, non seulement le féminisme évolue sans cesse, mais je crois qu’il n’y a jamais eu « un » féminisme, mais toujours plusieurs en même temps.

En termes de générations, je me suis rendue compte en lisant le livre d’Aurore Koechlin La Révolution féministe à quel point je suis inscrite dans une histoire, et qu’on peut me situer entre la 2e et la 3e vague du féminisme en France (si on les fait commencer là, je ne suis pas totalement convaincue de cette numérotation qui ignore le passé plus lointain, mais c’est comme ça qu’on les nomme aujourd’hui). C’est pour cela que j’ai été si mal à l’aise de ne pouvoir développer quelque chose sur les femmes racisées ou de classes défavorisées dans le film et qu’il m’a fallu du temps pour admettre qu’il valait mieux le faire dans un autre projet, et ne pas chercher à m’appuyer sur Benoîte Groult pour le faire. Me trouver entre deux générations m’a sous doute amenée à vouloir construire des ponts entre ces générations mais surtout aujourd’hui à vouloir retenir le meilleur de chacune. Et c‘est ce que fait la 4e vague aujourd’hui, venue notamment d’Amérique Latine. Les raisons qui rendent le féminisme nécessaire n’ont au fond pas tellement changé. Les féminicides, les viols, les violences masculines ne reculent pas, les hommes n’arrêtent pas de vouloir, et de pouvoir, décider à la place des femmes (des trans et des intersexes aussi), de l’avortement à la PMA, et dans tous les domaines de leur vie, les inégalités de toutes sortes sont là si on veut regarder, le système inhérent à cette domination n’a pas été remis en cause. Hétéro-patriarcal, capitaliste, il s’approprie le corps des femmes, des exploité.es, des racisés.es, des colonisé.es comme tout ce dont il a besoin pour fonctionner d’ailleurs : nature, animaux, espace… Et les manières directes et violentes comme les plus insidieuses d’y parvenir (à commencer par le conditionnement des enfants, la féminisation des petites filles et le sexage,) persistent.

Pour ce qui est de l’actualité de Benoîte Groult, je me posais déjà la question lorsque j’ai réalisé le film. Les thèmes de la prise de conscience et du passage entre générations étaient au cœur de mes questionnements lorsque, jeune trentenaire, je me suis présentée à elle qui avait passé 80 ans. Faire ce film, c’était non seulement parler de Benoîte mais aussi de ses millions d’admiratrices dans les années 70, se demander ce que leurs espoirs étaient devenus, et comment la prise de conscience d’une nouvelle génération pouvait se faire, avec ou sans la connaissance des réflexions et des luttes féministes antérieures.

Et je me suis à nouveau posé cette question en préparant une intervention récemment pour le centenaire de sa naissance, à la bibliothèque qui porte maintenant son nom à Paris. Alors que je ne m’étais pas replongée dans ce travail ni dans les œuvres de Benoîte depuis des années, j’ai relu plusieurs de ses livres pour l’occasion. Et après avoir craint que son écriture soit datée, j’ai retrouvé son style, que j’aimerais que tout le monde découvre.

Alors oui, c’est toujours un bonheur de la lire. Quelques-uns de ses livres m’ont peut-être moins touchée que d’autres, parce qu’un peu trop hétéro pour moi, mais ils sont le reflet d’une époque où le divorce et le couple libre entrait dans les mœurs, et je ne suis pas sûre qu’une femme hétéro se posant des questions sur la fidélité ne les trouve pas toujours aussi pertinents. Pour ce qui me concerne, Ainsi soit-elle, Les Trois Quarts du temps sont des œuvres majeures qui méritent de devenir des classiques et, dans le bon sens du terme, vous décapent le cerveau.

Surtout, la variété, la richesse de ses écrits, essais, romans, journaux intimes, biographies, éditoriaux, la générosité de ses collaborations littéraires (elle a rédigé de nombreuses préfaces, traduit les nouvelles de Dorothy Parker etc.) et de son engagement (en tant que présidente de la Commission de féminisation des noms de métiers et de fonctions, conférencière, marraine, etc.) est époustouflante. La relire permet de voir comment elle a parfois brodé mille et une variations sur un thème au fil de ses différents ouvrages.

Lorsque j’ai réalisé le film, il n’existait pas d’écrits académiques ou d’analyse de ses livres hors des critiques de presse pour la plupart polémiques sur les sujets qu’elle soulevait et d’un livre écrit encore au début de sa carrière littéraire. Depuis, à l’occasion du don de ses manuscrits au Centre des archives du féminisme à l’université d’Angers, et d’une rencontre organisée à Angers en 2014, des personnalités ont écrit sur son œuvre. Ces textes, publiés en 2016 sous la direction de Sylvie Camet (Benoîte Groult. Le Genre et le temps), confirment s’il le fallait son importance littéraire, et font apparaître la profondeur de son œuvre à travers diverses analyses littéraires passionnantes. L’évolution de son style et de la construction de ses livres, reflétant son émancipation littéraire et l’affirmation progressive du « je », y sont par exemple remarquablement mises en évidence ainsi que la grande originalité de ses formes d’écriture.

Son engagement pour la féminisation des noms de métiers est tout juste en train de porter ses fruits, grâce à l’engagement de bien d’autres depuis, comme Eliane Viennot aujourd’hui mais aussi de toutes celles qui ont eu le courage de revendiquer qu’on les nomme au féminin. La place des femmes dans la presse qui l’a tant mobilisée n’a, elle, pas progressé.

Les questions que son engagement féministe posait déjà à l’époque par rapport à d’autres formes de domination continuent de se poser, et même de manière de plus en plus accrue et plus pertinente aujourd’hui puisque ces autres formes de domination n’ont pas été remises en cause mais arrivent à être dénoncées grâce à de nouveaux media. Le contexte était bien différent à l’époque : le travail de Benoîte contre les mutilations génitales était alors critiqué par certains hommes universitaires, ethnologues ou médecins, blancs, français qui opposaient leur relativisme soi-disant respectueux des cultures à son indignation, mais elle faisait chemin avec des féministes de divers pays africains qui luttaient contre ces pratiques. Et sa manière de relativiser à elle était de ne jamais considérer que la situation était pire pour les femmes dans telle ou telle culture ou religion. Elle mettait sur le même plan toutes les religions monothéistes et n’avait de cesse de balayer devant notre porte en ne laissant passer aucune injustice faite aux femmes. J’ai fini par me réconcilier avec mes attentes déçues pas ses « non-réponses » sur les questions de classe et de race qu’elle n’avait manifestement pas cherché à creuser. J’ai retrouvé certains passages d’Ainsi soit-elle comme celui-ci. « De la même façon, la sollicitude virile va s’effacer miraculeusement devant les nécessités de l’ère industrielle. Les avocats ne voulaient pas d’avocates, mais les patrons, eux, ont besoin de main d’œuvre docile, non syndiquée, donc sous-payée… suivez mon regard… Et soudain les beaux raisonnements qui avaient servi à écarter les femmes des professions libérales vont s’effacer devant une argumentation inattendue : « Ce sont les femmes qui seront employées à décharger les betteraves la nuit dans les raffineries parce qu’elles sont plus habiles et plus souples que les hommes et parce qu’elles résistent mieux à la boue et au froid » (circulaire des Raffineries du Nord 1860). » Elle cite Kate Millett : « L’effort physique est en général un facteur de classe, non de sexe. Les tâches les plus pénibles sont toujours réservées à ceux d’en bas, qu’ils soient robustes ou non. » Et aussi : « Exit la fameuse galanterie française, un bel attrape-nigaudes et qui ne s’exerce jamais qu’à l’intérieur d’une classe. Avez-vous jamais vu un « monsieur bien » prendre la valise d’une femme moche et pauvre avec un bébé dans les bras sur un quai de gare ? » Ou encore : « « Nous sommes tous des juifs allemands », criaient les étudiants de Mai 68. Nous aussi, d’une certaine façon, nous sommes toutes des prostituées. Et même les femmes qui les haïssent ont bénéficié de chacun des mouvements féministes. J’aimerais qu’elles le sachent et qu’elles le sentent, car c’est le livre de l’amitié que je voudrais écrire, ou plutôt le livre de ce qui n’existe pas encore, d’un sentiment et d’un mot qui ne sont même pas dans le dictionnaire et qu’il faut bien appeler faute de mieux la « fraternité féminine ». » Cette latiniste n’avait pas encore trouvé le mot sororité. Le fait qu’elle ait surtout puisé dans sa vie pour écrire l’a amenée à souvent centrer ses romans sur des milieux privilégiés qu’elle connaissait, elle n’a pas pour autant ignoré que d’autres femmes souffraient à la fois des mêmes maux qu’elle, mais aussi de ceux de leur classe, de leur origine ou de leur orientation sexuelle.

Juillet 2020

A COMME ABECEDAIRE – Dominique Cabrera

Administration

Une poste à La Courneuve

Algérie

Rester là-bas

Ici là-bas

Amour

Demain et encore demain – Journal 1995

Autobiographie

Grandir

Demain et encore demain – Journal 1995

Banlieue

Une poste à La Courneuve

Réjane dans la tour

Rêves de ville

Chronique d’une banlieue ordinaire

Un balcon au Val Fourré

J’ai droit à la parole

Cinéma

Ranger les photos

Colonialisme

Rester là-bas

Contestation

Notes sur l’appel de Commercy

Famille

Grandir

Demain et encore demain – Journal 1995

Femme

Demain et encore demain – Journal 1995

Réjane dans la tour

Gilets jaunes

Notes sur l’appel de Commercy

Habitat

Chronique d’une banlieue ordinaire

J’ai droit à la parole

Histoire

Le Beau Dimanche

Immigration

Rêves de ville

Rester là-bas

Mémoire

Grandir

Chronique d’une banlieue ordinaire

Pauvreté

Une poste à La Courneuve

Photographie

Ranger les photos

Politique

Notes sur l’appel de Commercy

Le Beau Dimanche

Révolution

Le Beau Dimanche

Théâtre

Un balcon au Val Fourré

Travail

Une poste à La Courneuve

Réjane dans la tour

A COMME ABECEDAIRE – Jean-Paul Julliand.

Apprendre

Enseigner peut s’apprendre !

Armée

Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! – Algérie… 50 ans après

Citoyenneté

Graines de ronds-points

Contestation

Graines de ronds-points

Ecole maternelle

Dis Maîtresse !

Enfance

Dis Maîtresse !

Enseignement

Enseigner peut s’apprendre !

Et pourtant ! – … Enseigner peut s’apprendre !

Formation des enseignants

Et pourtant ! – … Enseigner peut s’apprendre !

Gilets jaunes

Graines de ronds-points

Guerre d’Algérie

Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! – Algérie… 50 ans après

Mémoire

Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! – Algérie… 50 ans après

Pédagogie

Dis Maîtresse !

Enseigner peut s’apprendre !

Politique

Graines de ronds-points

Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! – Algérie… 50 ans après

M COMME MAIER Viviane.

A la recherche de Viviane Maier. John Maloof et Charlie Siskel. Etats Unis, 2014, 84 minutes.

         Viviane Maier a de la chance. Elle a rencontré John Maloof. Ou plus exactement, c’est John Maloof qui l’a rencontrée. On devrait d’ailleurs dire qu’il l’a « inventée », comme ont pu être inventées des grottes préhistoriques, de Lascaux à la grotte Chauvet. Une chance posthume en fait, dont elle ne tirera aucune gloire et aucun bénéfice. Ce qui n’est pas le cas de John Maloof. Dans le film, il se donne le beau rôle. Bien sûr il a découvert les photographies de Viviane Maier par hasard. Mais il a très vite compris qu’il mettait la main sur une œuvre exceptionnelle. A sa perspicacité artistique, il faut ajouter la persévérance. Alors que tous les musées à qui il s’adresse refusent de prendre en compte le travail de Maier, lui fera tout ce qui est en son pouvoir pour le faire connaître, et reconnaître à sa juste valeur. Tirages, numérisation, classement, exposition, le film montre toutes les facettes de l’activité qu’il déploie, en le présentant comme totalement désintéressé. Pour Maloof, une seule chose compte, donner à l’œuvre photographique de Viviane Maier la place qu’elle mérite dans l’histoire de la photographie, une des premières. C’est du moins ce qu’il ne cesse de répéter.

         Une partie du film correspond bien à son titre. Qui était exactement Viviane Maier. Que pouvons-nous savoir sur sa vie, sur sa personnalité ? Une « nounou », placée dans des familles pour s’occuper des enfants, qu’elle semblait d’ailleurs ne pas particulièrement aimer. Elle était toujours avec sa caméra et s’occupait plus de son activité photographique que de son activité professionnelle. Maloof a retrouvé beaucoup de ces enfants devenus adultes qui ont été dans leur enfance placés entre les mains de cette nounou plutôt excentrique. Ils évoquent leurs souvenirs, rapportent quelques anecdotes. Aucun n’est vraiment accusateur, mais ils ne gardent pas vraiment une réelle admiration, ni même une simple estime, pour leur gardienne. Le portrait que le film essaie de dessiner d’elle est assez contrasté, rempli de zones d’ombre. Le film se perd un peu dans des débats passablement superficiels. Son accent français est-il authentique ou contrefait ? Nous n’apprendrons pas grand-chose de sa famille, ni de ses relations sociales. D’ailleurs avait-elle vraiment une vie sociale ? Mais la question fondamentale reste celle qui concerne son travail photographique. Pourquoi n’a-t-elle jamais cherché à le faire connaître ? Comment réagirait-elle à sa gloire posthume ? Pour Maloof il n’y a pas d’hésitation à avoir. Les photos qu’il possède révèlent un génie de la photographie. Pouvait-il ne pas le faire entrer dans l’histoire de l’art ?

         Au-delà de la femme, reste donc l’œuvre, un nombre impressionnant de négatifs pas toujours développés, des scènes de rue, des portraits d’inconnus, beaucoup d’enfants, toujours très expressifs. Le film nous donne à voir ces photos sans les resituer dans le temps. L’œuvre de Viviane Maier n’a pas d’histoire, pas de chronologie et son travail n’a jamais connu la moindre hésitation. Maloof donne bien la parole à quelques photographes connus qui esquissent une analyse de l’œuvre. Mais pour Maloof, il suffit de montrer l’affluence des spectateurs dans les expositions pour dissiper le moindre doute sur sa portée et son importance artistique. On aimerait cependant avoir à notre disposition plus d’éléments nous permettant de nous faire un avis par nous-mêmes.

Second half of June, 1953

A COMME ABECEDAIRE – Pascale Thirode.

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