I COMME ISRAEL – Akerman

Là-bas. Chantal Akerman, Belgique – France, 2006, 78 minutes.

            Ce n’est pas un film sur Israël. C’est un film tourné en Israël. Dans une ville au bord de la mer. Dans un appartement proche de la mer. Un film sur un bref séjour dans cette ville, dans cet appartement, quelques jours, une ou deux semaines tout au plus, on ne sait pas très bien. Un séjour dont une voix féminine, en off, fait le récit, en première personne. Cette femme, la cinéaste, Chantal Akerman, est d’origine juive. Et c’est bien pour cela que ce séjour, pour elle, n’a rien d’anodin.

            Il ne se passe pas grand-chose durant ce séjour. La cinéaste a été malade. Une sorte de gastro-quelque chose, comme elle dit, d’avoir mangé des salades. Maintenant elle en est réduite aux carottes et au riz. Elle ne sort pratiquement pas de l’appartement. Ou bien pour aller chercher des cigarettes, un matin. Une mauvaise idée. Au tournant d’une rue, il vient d’y avoir un attentat, des morts des blessés. La réalité extérieure s’inscrit un instant dans le film. Elle restera portant hors-champ.

            Dans l’appartement, Chantal reçoit des coups de téléphone. On lui demande comment elle va. Elle rassure ses interlocuteurs. Elle reçoit aussi la visite d’un universitaire local. Le reste du temps, elle lit, des livres « difficiles » sur les juifs, elle prend des notes, elle essaie d’écrire. Elle fait le récit de son arrivée en Israël, le policier qui lui demande à l’aéroport si elle veut bien qu’il tamponne son passeport. Oui, elle ne veut pas cacher son séjour dans le pays. « Ce n’est pas l’étoile jaune dit-elle. L’étoile jaune, je la porte en moi. » Elle évoque le souvenir de ses deux tantes qui se sont suicidées. L’une à Jérusalem, l’autre à Bruxelles. Elle raconte comment son père avait voulu partir en Palestine pendant la guerre, mais en avait été dissuadé par un ami qui en revenait. « Il n’y a que du sable ; du sable qui s’infiltre partout ». C’est comme cela qu’elle a passé son enfance en Belgique.

            « Je regarde par la fenêtre, et je me replis sur moi. » Cette fenêtre nous la verrons pendant presque tout le film. De longs plans fixes, sur les immeubles en face, à travers le cadre de la fenêtre et les stores qui sont le plus souvent baisés. Akerman a renoncé à utiliser les travellings qu’elle mêlait aux plans fixes dans ses précédents documentaires. Ici la caméra reste sur son pied, sauf pour une très courte séquence, plusieurs plans brefs où la caméra essaie de cadrer en bougeant un avion dans le ciel noir de la nuit. Quand elle s’immobilise, c’est pour panoter vers le bas et retrouver le cadre habituel de l’immeuble d’en face au travers du cadre de la fenêtre.

            Il a pourtant des variations dans ce surcadrage de l’extérieur vu depuis l’appartement. D’abord ce n’est pas toujours le même immeuble qui nous est donné à voir. Mais nous finissons par reconnaitre quelques-uns de leurs habitants sur leur terrasse, l’homme qui s’occupe de ses plantes, le couple qui boit du café. Les immeubles sont cadrés de façon plus ou moins serrée ; parfois des plongées nous font découvrir la rue, en bas, avec ses voitures en stationnement et ses quelques passants. La lumière change aussi en fonction des moments de la journée, à la tombée du jour où au petit matin. Il y a quelques plans de nuit. En dehors des appels téléphoniques et du récit en voix off, la bande son capte les bruits quotidiens, des pas dans la pièce ou des bruits de vaisselle, des véhicule dans la ville, quelques chants d’oiseau. En dehors des plongées sur la rue, l’extérieur c’est la mer, filmée elle aussi en plans fixes, depuis la plage. Quelques promeneurs traversent le champ. Quelques enfants jouent. Mais ces plans restent l’exception. La fin du film montrera l’intérieur de l’appartement. Un plan plus large, toujours en direction de la fenêtre qui laisse entrevoir l’immeuble d’en face mais qui permet de découvrir plus précisément le lieu où le film s’est déroulé. Sur la fenêtre de droite, le store est fermé et nous pouvons apercevoir le reflet de la cinéaste qui se brosse les dents. « Je suis à tel Aviv » seront ses derniers mots. Le téléphone sonne encore une fois, mais la conversation est inaudible, couverte par les bruits de la ville.

            Là-bas n’est pas un film sur Israël. Là-bas c’est bien pourtant Israël, ce pays où la cinéaste aurait pu vivre. Un pays qui vit en elle, mais dont elle est aussi fondamentalement éloignée.

A COMME ABECEDAIRE – Chantal Akerman

Même si elle est surtout connue pour ses films de fiction, son œuvre documentaire est loin d’être négligeable.

Autobiographie

La vie, une source d’inspiration.

Attentat

Au tournant de la rue, des morts, des blessés, lors du voyage en Israël. L’actualité restera pourtant hors-champ.

 Concert

Un solo de violoncelle

Conflit israélo-palestinien

La toile de fond d’un voyage en Israël.

Désert.

Un arbre secoué par un vent violent avec, en fond, un désert rocailleux où l’on distingue une route sinueuse dans la profondeur de champ. Un désert où il n’y a rien, rien d’important, rien de remarquable, simplement de la terre et quelques herbes éparses.

Émotion

Des films où domine la recherche formelle, mais dont l’émotion n’est jamais absente.

États-Unis

De New York à la Californie, des séjours, des voyages.

Europe de l’Est

En Russie, en Pologne, des rues et des routes enneigées, des façades d’immeubles ou de magasins, des passants plus ou moins pressés et des files d’attente.

Fenêtre

« Je regarde par la fenêtre et je me replie sur moi. »

Frontières.

De plus en plus infranchissables. Pour dissuader les clandestins.

Gare

Le va-et-vient des voyageurs et les salles d’attente.

 Immigration.

L’immigration clandestine vue des deux côté de la frontière entre la Californie et le Mexique.

Israël

Un bref séjour, dans une ville au bord de la mer, Tel Aviv.

Jardin

 Le gazon verdoyant avec la chaise longue bleue qui semble abandonnée.

Judaïté

Ses racines. Un passé ineffaçable. Auschwitz. « L’étoile jaune, je la porte en moi. »

Lettres

D’une mère à sa fille, partie loin, dans le Nouveau Monde.

Mer

Filmée en plans fixes, depuis la plage. Quelques promeneurs, quelques enfants.

Mère.

Un lien, indestructible. Malgré la séparation.

Mexique.

La frontière avec les États-Unis. Une barrière. Un mur. Des barbelés.

New York

Les rues et les avenues, avec les voitures. Au début du film il y a peu de personnes dans le cadre, en dehors des voitures. Plus tard, nous aurons des plans avec une foule dense sur les trottoirs, ou qui traverse la rue. Et puis il y a des plans de métro. Pas dans une station, dans une rame. Enfin sur une embarcation qui s’éloigne lentement de la rive. Nous pouvons alors voir la ligne des gratte-ciel du sud de Manhattan, reconnaissable en particulier aux tours jumelles du World Trade Center.

Plan fixe

Nombreux. Longs. Presque toujours vides. Il ne s’y passe rien. Le plus souvent ils sont mis en opposition avec des travellings.

Racisme

Dénonciation du crime raciste commis à Jasper dans le sud des États-Unis : James Byrd Jr. a été battu par trois blancs qui l’ont attaché derrière leur camionnette et trainé sur la route pendant plusieurs kilomètres.

Solitude

Même dans la foule. L’absence de communication.

Ville

Bruxelles, New York, Tel Aviv. Le triangle géographique.

Voyage

Partir. Aux États-Unis. En Israël. Vers l’est. Dans le sud. Mais toujours revenir à Bruxelles.

P COMME PHOTOGRAPHIE – Gilles Caron

Histoire d’un regard. Mariana Otero, 2019, 93 minutes

Gilles Caron, photojournaliste (le film de Mariana Otero dit photoreporter), disparu au Cambodge en 1970, alors qu’il n’avait que 30 ans. Une carrière brève, mais particulièrement remplie. De la guerre des six jours à la guerre du Vietnam, du Biafra à l’Irlande du nord, sans oublier mai 68 et les soirées de première à l’Olympia à Paris. Un travail de photojournalisme qui l’a conduit sur tous les points chauds de la planète. Lui dont tant d’images sont devenues des icônes n’est-il pas lui-même l’icône du photojournalisme ?

Le film que lui consacre aujourd’hui Mariana Otero est bien sûr un hommage posthume à son travail, mais aussi un portrait de l’homme, si tant est que l’on puisse après tant d’années après sa mort percer sa personnalité. C’est aussi une visite de son œuvre, ces milliers de planches-contact et de photos qui peuvent ainsi être affichées plein écran au cinéma.

La première analyse que nous propose le film porte sur la célèbre photo de mai 68 montrant Cohn-Bendit narguant le policier casqué qui lui fait face. En fait, il ne s’agit pas d’une lecture d’image au sens habituel du terme. S’appuyant sur les planches-contact, la cinéaste cherche plutôt à retracer la succession des prises de vue, la façon dont le photographe se déplace pour trouver le bon angle. Un travail qui semble ne rien laisser au hasard.

Pourtant, dans d’autres situations, Mariana Otero insiste sur le sens du placement (quelque peu intuitif, comme inné) qui fait réaliser à Caron des images uniques, sans qu’il en perçoive à priori tout le sens. Ainsi des premiers soldats israéliens devant le mur des lamentations dans la Jérusalem reconquise par l’armée et la présence (non prévue par le photographe) de Moshe Dayan. Plus que les photos ce sont les planches-contact qui sont ici particulièrement importanteset ce sont elles que la cinéaste s’efforce de faire parler.

Pour le faire, Mariana Otero s’entoure de deux ou trois spécialistes (elle sait éviter l’écueil de tant de documentaires où le spécialiste est noyé sous les paroles d’expert). Elle donne aussi la parole aux filles de Caron (une séquence assez brève en fait) et elle se rend en Irlande du nord pour retrouver les lieux des photos de Gilles. Elle retrouve aussi un homme et deux femmes qui se reconnaissent alors qu’ils n’étaient que des enfants –mais des enfants combattants)n lors des émeutes documentées par Caron.

Cette présence de la cinéaste à l’écran est une des marques distinctives du film. C’est elle qui mène l’enquête à partir de son ressenti de l’œuvre de Caron. Elle en fait son ami, s’adressant directement à lui en le tutoyant alors qu’elle ne l’a pas connu de son vivant. Et qu’elle dit avoir découvert ses photos un peu par hasard. Et surtout elle effectue un rapprochement très personnel entre le photographe et sa propre mère. Comme lui, celle-ci est disparue bien trop tôt. Comme lui, elle était une faiseuse d’images, étant peintre. Mariana Otéro lui a consacré un film, Histoire d’un secret, dont le titre fait écho avec celui consacré à Gille Caron. Une continuité exemplaire dans l’œuvre de la cinéaste.

E COMME ECRIVAIN – Pierre Guyotat.

Guyotat en travail. Jacques Kébadian, 2011, 85 minutes.

Le cinéma peut-il rendre compte de la création littéraire ? De la fabrique des mots et des phrases, de leur agencement, de leur combinaison, de leur ciselage, de leur affutage… ? Rentrer dans l’intimité de l’écrivain, dans la solitude de la création. Et l’écrivain peut-il se dévoiler devant une caméra, dans ce qu’il a de plus secret, de plus impalpable, le surgissement du texte ?

On a pu depuis longtemps se pencher sur les manuscrits, examiner les ratures, les biffures, les ratages, les rattrapages, les repentirs. Mais l’écrivain, quand il hésite, tâtonne, expérimente, remets sans cesse le mot, les mots, les phrases, en question ? Quand il les triture pour magnifier leur puissance, leur éclat. Cela pouvait sembler impossible à saisir. Et pourtant… Filmant longtemps, avec insistance, Pierre Guyotat, Jacques Kébadian y est parvenu.

Le titre de son film dit bien, immédiatement, qu’il s’agit d’un accouchement. Faire naître un texte. Pas vraiment dans la douleur. Plutôt un certain plaisir. La main accompagne le rythme de la phrase, son modulé, la musicalité même des mots. Ici rien ne fuse. Le texte n’est pas un éclair. Il n’y a aucune immédiateté, aucune fulgurance dans ce travail. Plutôt de la patience. Une patience infinie. C’est par petites touches, petites retouches, insignifiantes au premier abord, que le texte progresse, pour trouver son exactitude. Pour devenir éternel.

Pour cela il faut du temps. C’est pour cela que le film ne multiplie pas les situations. Il reste face à l’écrivain et l’écoute. Il fixe son immobilité corporelle pour mieux voir venir le texte, le laisser advenir et l’accueillir enfin.

Un film en trois séquences seulement. La première, le travail de l’écrivain, donc. Puis le texte achevé. Guyotat le lit tel qu’il est imprimé, à Avignon, devant un public invisible, qu’il ne regarde jamais d’ailleurs. Et pourtant, c’est bien pour un public que la lecture a lieu. Une lecture sans effet théâtrale, sans rien de superflu, mais sans hésitation, un texte qui coule de lui-même. Un texte achevé, définitif, qui semble bien loin du travail de fabrication précédent. On y reconnait les passages qui étaient l’objet de la recherche, du travail. Une confrontation des plus instructives. Car si nous n’avons pas vu, si nous n’avons pas suivi l’ensemble du travail qu’il aura fallu pour y parvenir – des jours et des jours sans doute –  après tout, ce que nous en montre Kébadian est suffisant, suffisamment parlant, suffisamment instructif.

Dans la troisième partie de film nous revenons chez Guyotat. Nous sommes le matin, Guyotat est assis près d’une fenêtre, baigné par le premier soleil de la journée. Il pense à son travail en déjeunant. Il commente son travail, son écriture. Une réflexion qui fait partie de ce travail même, qui ne lui est nullement extérieur, qui n’est pas un après coup. L’écrivain ne se dédouble pas pour juger sa production, pour en donner le sens ultime, en cerner la vérité. Il exprime simplement son ressenti. Comme quoi l’écriture fait partie de sa vie. Elle est sa vie même.

Le film de Kébadian peut être vu aujourd’hui comme un hommage posthume à Guyotat. C’est aussi un formidable hommage à la création littéraire.

I COMME INVITE.

Guest, José Luis Guerin, Espagne, 2010, 127 minutes.

De festivals en festivals, José Luis Guerin fait la promotion de son dernier film. En partant de Venise, pour revenir à Venise après avoir voyagé dans le monde entier, de Vancouver à Bogota, de Sao Paulo à La Havane, de Mexico à New York, de Paris à Lisbonne, de Hong-Kong à Macao et Séoul, de Varsovie à Jérusalem. Un tour du monde qui privilégie les pays hispanophones et qui semble éviter l’Afrique. Mais ce circuit est quand même suffisamment diversifié pour provoquer des contrastes

Un voyage pour rencontrer d’autres cinéastes, Jonas Mekas ou Chantal Akerman par exemple, pour rencontrer son public sans doute, pour découvrir des villes, des pays et filmer des rues, des places, des maisons, des gratte-ciels. Mais, avant tout, faire des rencontres, des femmes et des hommes loin des fastes des festivals, des femmes et des hommes du peuple rencontrés au hasard des pérégrinations dans les lieux que le cinéma ne fréquente que très rarement. Des personnages qui attirent l’œil du cinéaste par ces visages marqués par la vie et qui suscitent sa curiosité par ce qu’ils ont à dire de leur vie, de la vie.

Le film de José Luis Guerin est donc un journal de voyage. Réalisé au jour le jour, pendant une année entière, les dates de chaque étape s’inscrivant sur l’écran. Des séjours plus ou moins longs, avant de reprendre l’avion et atterrir dans un hôtel de luxe, invité d’un festival oblige, mais que le cinéaste ne filmera jamais, préférant s’évader dans d’autres lieux, moins fréquentés, et surtout pas par les producteurs, les stars et autres membres des jurys. Des escapades en solitaire, une caméra à la main.

Le résultat est un film en noir et blanc avec des images d’une beauté sidérante. Un film où visiblement (c’est le cas de le dire) le cinéaste prend son temps pour faire des images, mais aussi pour filmer, souvent en gros plan – pour être plus près du visage – ceux qu’il rencontre, qu’il interroge et dont les paroles, les cris et les chants retentissent avec force dans le tumulte des villes.

En Amérique latine surtout, c’est Jésus Christ qui est le plus souvent le sujet de discours enflammés, pour affirmer sa foi, ou menacer les incrédules et les impies. La menace du déluge, d’un nouveau déluge, aussi. A Cuba, on parle politique. En Asie on chante l’amour. Et à Venise, de retour au point de départ, Guerin filme l’orage, les trombes d’eau qui éclaboussent la caméra et qui finissent par envahir l’écran.

Avant ce déluge, la dernière parole captée est celle de Chantal Akerman dénonçant l’opposition entre fiction et documentaire. Dans Guest, le voyage de festival en festival finit par prendre une tournure fictionnelle mais les rencontres filmées à chaque étape nous ramènent inexorablement au réel.

B COMME BIO-FILMOGRAPHIE – Pascale Thirode.

Après des études  de Lettres Modernes à l’Université Paris 3, Pascale Thirode bénéficie d’une Bourse d’étude lui permettant de partir à New York Université dans le département Cinéma du Picker Institute de City College of New York. A son retour,  tout en commençant son parcours professionnel dans le cinéma, à l’assistanat réalisation avec Sébastien Japrisot, Claude Zidi, Roger Coggio, Gérard Mordillat, André.S.Labarthe, elle suit la formation au cinéma  documentaire des Ateliers Varan. Elle réalise des films documentaires depuis.Pascale Thirode a écrit et réalisé des documentaires, des portraits, films de société, des films qui mêlent histoires particulières et histoire avec un grand H… Et des films plus personnels autour de son histoire liée au secret de famille. Dans ses documentaires, souvent subjectifs, voire scénarisés, elle travaille sur le romanesque des parcours de vie parfois par sa présence comme témoin et passeur du récit et elle joue de la dialectique réel / imaginaire. Ses films ont été diffusés par France 3, France 5, Arte ou sont sortis en salle comme « Acqua in Bocca » prix Ulysse du documentaire Cinémed, sélection Cinéma du Réel Centre Pompidou, sélection Visions du Réel à Nyons.

Parallèlement, elle a été lectrice de scénarii de fiction pour le CNC, le GREC (Groupe de Recherche des Études Cinématographiques), fiction et documentaire, court métrage, lectrice pour la commission d’attribution de l’aide écriture documentaire au Pôle Image Normandie. Elle a effectué la sélection pour les films francophones aux ÉTATS GÉNÉRAUX du DOCUMENTAIRE de Lussas avec Catherine Zins. En 2012, elle est reçue à la FEMIS, Fondation Européenne des Métiers de l’Image et du son dans la section scénario Écriture fiction.

 Principale filmographie

L’INCONNUE DU MAGHREB

 53 mn / 2019 – documentaire. Réalisation Pascale Thirode. Auteur Pascale Thirode avec la participation de  Pierre Bordes. Pour France 3, L’heure D,  France 3 Occitanie et Vià Occitania avec la Région Normandie, la Région Occitanie, la Ville de Montpellier, le soutien du CNC et la Bourse Brouillon d’un rêve de la SCAM  (Société Civile des Auteurs Multimédia).

 BENNY LEVY, TRACES D’UN ENSEIGNEMENT

 60 mn / 2015 documentaire Réalisation Pascale Thirode, auteurs Pascale Thirode et Jackie Berroyer  avec la collaboration de Gilles Hanus – Editions  FREMEAUX et Coffret Benny Lévy ( Editions  Fremeaux)  sortie  mai  2016  comprenant le documentaire  et 15 H  du séminaire de 1996 à Jussieu  L’Alcibiade de Platon par Benny Lévy.

 ACQUA IN BOCCA.

85 mn Auteure et Réalisation Pascale Thirode. Long métrage documentaire avec le soutien du CNC, de la Collectivité Territoriale Corse CTC, de la Région Franche Comté, de la Région PACA, de France 3, France 3 Corse et TV PAESE, Production ATOPIC, 504 productions, Les Films du Soleil oct.2009   Sortie salles  juin 2011, sortie DVD octobre 2014  . Prix Ulysse du film documentaire au Festival International du Cinéma Méditerranéen (CINEMED, Montpellier, France)  octobre 2009. Sélection Mois du Documentaire Belfort  novembre 2009. Sélection Songes d’une nuit DV  Paris 2010. Festival International du Cinéma Documentaire CINÉMA DU RÉEL Panorama français PARIS Centre Georges  Pompidou  France  mars 2010. Festival Cinéma ITINÉRANCES Alès 2010. Festival International du Film Méditerranéen de TÉTOUAN  Maroc 2010. Festival International du Film de  GRENADE  Espagne 2010. Festival International du Film Documentaire VISION DU RÉEL section Tendance NYON Suisse  avril 2010. Festival international du Film Insulaire de GROIX août 2010. REGARD SUR LE MONDE ROUEN octobre  2010/  février 2014. Festival Cinéma ARTE MARE BASTIA Novembre  2010 . Festival du film Policier de LIÈGE Belgique avril 2011. Rencontre Cinéma et Histoire AJACCIO  avril 2011. Mois du film Documentaire Besançon région Bourgogne Franche-Comté novembre 2011

UNE FEMME DE PAPIER.

 70 mn Long métrage documentaire, auteur, narratrice et le personnage. Un film de Claude Ventura et Pascale Thirode. Réal Claude Ventura. Grand format pour ARTE – La correspondance de Josette Clotis, compagne de André Malraux de 1934 à 1944. Sélection FIPA Biarritz 2004 / diffusion ARTE avril 2004. Sélection Festival  Cinéma / Écriture Tour 2005

PEINTURE FRAîCHE.

Film documentaire, 57 mn Production AGAT FILMS. Auteur et Réalisation Pascale Thirode. Diffusion France 5, juin 2002 et novembre 2003 Sélection Festival du Film d’Art de Montréal mars 2003.

EN QUÊTE DES SŒURS PAPIN.

 Film documentaire 90 mn auteur, narratrice et le personnage. Un film de Claude Ventura et Pascale Thirode. Réal Claude Ventura. Production ARP. Sortie salles nov 2000. Sélection Festival de BERLIN (Panorama) 2001. Sélection Festival de Montreal 2001. Diffusion Canal+ en 2001 et  France 3 en 2005

NOS RENDEZ-VOUS.

Film documentaire 70 mn. Réalisation Pascale Thirode et Angelo Caperna. Production Fenêtres sur Cour 2001 et Maison du Geste et de l’Image. Échange vidéo sur une année scolaire entre des collégiens et des détenus de la Maison d’arrêt de la Santé. Sélection forum des Images 2001. Rencontres urbaines de la Villette, Salons des Refusés 2003 Forum des Images.

TU ÉPOUSERAS LA TERRE MON FILS.

Film documentaire 26 mn – Production Les films du Bief Vincent Roget avec la région Bourgogne Franche-Comté – Auteur et  Réalisation Pascale Thirode. Sélection Les Conviviales de Nannay août 2005.Sélection Festival du Film Ethnographique 1999. Sélection Festival Ciné Vidéo Psy 1999. Sélection Festival Caméra des champs 1999. Diffusion  France3, France 3  Bourgogne Franche-Comté

LE DERNIER VOYAGE.

 Film documentaire 26 mn pour le Musée de la Poste. Auteur et Réalisation Pascale Thirode. Le dernier train des ambulants postaux. Rosebud  Production. Diffusion France 3  et Planète.

ÉCLATS.

 Film documentaire 26 mn  (film de fin de stage) Auteur et Réalisation Pascale Thirode.  1996 Les Ateliers Varan  Sélection Festival de la Création à la Vidéothèque de Paris 1996. Sélection Les États Généraux du Film documentaire de LUSSAS 1996.

ÎLE FLOTTANTE

 Film fiction court-métrage 10 mn 1987  Production GREC, Auteur et Réalisation Pascale Thirode avec le GREC (Groupe Recherche d’étude cinématographique) le CFC (Centre Franc-comtois de cinéma) 1988. Sélection Festival de BESANÇON, Prix du public 1989. Sélection Festival du FILM de femmes de Créteil 1989. Sélection Festival de PARIS 1989. Sélection Festival de BRUXELLES 1989. Sélection Festival de Montréal 1989.

O COMME OCCUPATION – Allemande.

Le Chagrin et la pitié. Marcel Ophuls. France, 1969, 251 minutes.

         Rares sont les films qui ont été présenté dans l’histoire du cinéma comme ayant eu autant d’influence que Le Chagrin et la pitié. Une influence historique d’abord, tant il aurait contribué à modifier les représentations, et aussi les connaissances, que les français pouvaient se faire de l’occupation allemande en France pendant la seconde guerre mondiale. Une influence politique aussi, et peut-être surtout. Réalisé à la fin des années appelées couramment aujourd’hui les « trente glorieuses », il venait troubler la quiétude d’une population encore majoritairement sous l’emprise de l’aura du Général de Gaulle, libérateur de la France. Montrer concrètement que les français n’avaient pas tous été des résistants, loin de là, que les véritables héros avaient été plutôt rares, n’est-ce pas bousculer l’orgueil d’un pays qui joue l’amnésie et s’accommode très bien de ses lâchetés, voire de ses traitrises. Le film d’Ophuls contribua fortement à briser le mythe d’une France unanime face à l’occupant et tout entière engagée aux côtés de la Résistance. Après lui, le rôle du gouvernement de Vichy, de sa milice et de ceux qui l’avaient soutenu, ne pouvait plus être ignoré. Même si la question juive et la « solution finale » sont peu présentes dans le film, le sort fait aux juifs pendant toute la guerre pouvait enfin éclater au grand jour. La voie était ouverte pour qu’un véritable travail de mémoire soit effectué. En particulier dans le cinéma.

         Le Chagrin et la pitié, composé de deux parties (L’Effondrement et Le Choix) présente un savant mélange d’images d’archive et d’entretiens avec des acteurs et témoins divers des événements.

         Les images d’archives sont composées essentiellement d’images d’origine allemande. Il s’agit d’extraits des actualités officielles, donc des images de propagande destinée à faire accepter la présence de l’armée d’occupation et à développer les thèmes principaux du pouvoir nazi. Dans le film, elles permettent de resituer une chronologie des événements principaux de la guerre, depuis l’offensive allemande, l’exode et la victoire concrétisée par la visite de Paris par Hitler (avec l’image type du Führer au Trocadéro dominant en arrière-plan la Tour Effel), jusqu’à la Libération, issues alors des actualités françaises, concrétisée par la visite de De Gaulle à Clermont-Ferrand et des scènes où des femmes sont tondues en place publique. La totalité de ces images permet en outre, dans le projet du film, de mesurer la teneur de l’idéologie, anti-anglaise et surtout antisémite, à laquelle la population française était soumise. Pétain et Laval y sont présentés comme les sauveurs de la France. Venant de la part des vainqueurs, ces discours ne pouvaient qu’avoir une influence insidieuse sur la population française. C’est une des explications de la résignation passive et de la collaboration active d’une frange non négligeable des français.

         En ce qui concerne les entretiens, le film présente l’originalité de donner la parole successivement aux différentes parties engagées dans le conflit. Du côté allemand, la présence de l’ancien interprète personnel ‘Hitler est assez anecdotique. Plus intéressant, un ancien officier de la Wehrmar, rencontré le jour du mariage de sa fille, et un soldat bavarois, décrivent chacun à sa façon, la vie dans le pays occupé. Etaient-ils nazis ? L’officier s’efforce de faire la différence entre l’armée et la Gestapo. Mais est-il vraiment crédible ? Toujours est-il qu’ils présentent la victoire allemande comme entièrement méritée, l’armée française, peu entrainée et non disciplinée, leur étant nettement inférieure. L’occupation leur paraît alors parfaitement justifiée.

         Pour les anglais, alliés de la France libre, le film n’évoque pas les bombardements allemands sur Londres et les souffrances infligées à la population civile. Il présente des agents anglais opérant en France, qui donnent leur vision particulière du climat de l’occupation, et surtout des « officiels » (Anthony Eden, ancien ministre des Affaires étrangères et Premier Ministre du Royaume-Uni ou Edward Spears, un ancien diplomate), ce qui permet de resituer l’action de de Gaulle à Londres, dont le film ne peut guère être considéré comme réalisé à sa gloire.

         Les français sont bien évidemment les plus nombreux. Et là aussi la parole est donnée aux deux côtés. La collaboration est représentée par René de Chambrun, gendre de Pierre Laval, ou Christian de la Mazière, ancien membre de Division Charlemagne, qui combattit sur le front en tant que Waffen-SS. La résistance est quantitativement plus importante dans le film. Des personnalités connues d’abord, Georges Bidault, ancien ministre, ancien membre du Conseil national de la Résistance, Emmanuel d’Astier de La Vigerie, le colonel « Gaspard » chef du maquis d’Auvergne, Jacques Duclos pour le Parti Communiste Français, ou Pierre Mendes-France qui raconte son procès à Clermont-Ferrand et sa condamnation pour désertion. Réussissant à s’évader de prison il gagne Londres et rencontre de Gaulle. Mais aussi des résistants auvergnats, plus anonymes, qui ont visiblement tout l’estime du cinéaste. Enfin, des habitants de Clermont-Ferrand (un exploitant de cinéma, un pharmacien, un commerçant, des enseignants, une coiffeuse…) ont aussi la parole. Ils représentent la population non officiellement engagée, souvent indécise et plutôt attentiste, mais dont on sent bien où allait globalement sa sympathie, même si aucun ne l’avoue clairement.

Cette palette de personnages extrêmement variée constitue une des grandes nouveautés du film. A quoi on peut ajouter le style des interviewers, Marcel Ophuls lui-même, bien qu’il soit peu présent à l’image, et surtout André Harris que l’on voit beaucoup plus à côté de ses interlocuteurs, souvent incisif et insistant pour aller au-delà des questions convenues.

         Destiné à la télévision, le film fut refusé sur intervention du pouvoir gaulliste, qui se sentait quelque peu mal à l’aise. Il sortit pratiquement clandestinement dans une salle du quartier latin à Paris deux ans plus tard. L’énorme succès qu’il rencontra alors, grâce essentiellement au bouche à oreille, montre qu’il correspondait parfaitement à une volonté assez commune d’aborder la période de l’occupation en dehors des versions officielles, en se situant plus prêt de la réalité historique que des mythes.