T COMME TRAIN – Chine

Le dernier train, Lixin Fan, France, 2009, 87 minutes

Chaque année, au nouvel an chinois, des millions de paysans qui ont quitté leur campagne pour aller travailler dans des usines, dans des villes souvent éloignées de plus de 2000 km, retournent pour une semaine chez eux, pour revoir leur famille. Imaginez la foule dans les gares. Dans les trains. Non ce n’est pas imaginable ! La cohue, les bousculades, tout cela est sans commune mesure avec ce que nous pouvons connaître au plus fort des heures de pointes ou des départs en vacances dans nos gares. Ces voyages sont une sorte de course d’obstacles des plus harassantes. Une succession de galères à affronter avec persévérance. Car il n’est pas question de renoncer. Cette semaine du nouvel an est la seule où les ouvriers des usines ont des congés. La seule occasion de revoir ceux qu’ils ont quitté, pour certains, depuis bien longtemps.

D’abord il faut pouvoir se procurer des billets, c’est-à-dire attendre devant des guichets qui immanquablement finissent par annoncer qu’il n’y a plus de billes à vendre. Puis il faut attendre dans la gare, avec les autres, parmi les autres. D’où dans le film ces vues en plongées sur cette foule filmée par un interminable panoramique qui semble ne jamais pouvoir atteindre sa limite. Et quand le train est à quai, alors là il faut se précipiter, jouer des coudes (l’expression est quand même bien faible), se hisser dans le wagon, trouver une place, essayer de caser ses bagages – de gros sacs encombrants – et attendre le départ. Le voyage est souvent long. Tout le monde fini par s’endormir. Du moins, ceux qui ont une place assise.

Le film va suivre tout au long de ce voyage un couple d’ouvriers qu’on découvre dans un de ces ateliers de couture où sont fabriqués les jeans et autres vêtements made in china qui vont inonder l’occident. Un travail des plus répétitifs, ce que rend parfaitement un filmage insistant sur le tissu passant dans la machine à coudre. Après le train, ils devront prendre un bateau et un bus pour finir par arriver dans la ferme où ils retrouveront leurs enfants qui sont restés avec leurs grands-parents.

Les problèmes de voyage passent alors au second plan. C’est la vie de cette famille dispersée, réunies une seule semaine par an, qui va devenir le centre d’intérêt du cinéaste.

Leur ainée est une fille, adolescente qui aura 18 ans à la fin du film, et qui ne rêve que de partir à la ville, fuir la campagne et l’école qui est un véritable enfer pour elle. Le conflit avec les parents est inévitable, eux qui  regrettent tant de ne pas avoir fait d’études et qui voient dans la réussite scolaire le seul moyen d’améliorer les conditions de vie. Cela aboutira à une véritable bagarre où la fille n’hésite pas à rendre les coups de son père. La mère finira, elle, par accepter la volonté de sa fille que nous retrouverons en ville dans un nouvel emploi de serveuses dans une boite de nuit.

Le film offre de magnifiques vues sur les paysages chinois (la campagne luxuriante ou les montagnes enneigées) traversés par les trains. Mais c’est surtout les scènes de foule dans les gares qui peuvent nous impressionner. Une épreuve que tous ces «migrants » de l’intérieur semblent affronter sans broncher. Sauf qu’on entend quand même cette phrase de l’un d’eux : « la vie n’a plus de sens ». Une vision plutôt pessimiste de l’orientation capitaliste de la Chine contemporaine.

P COMME PARCOURS – Europe

Différents pays européens, nos voisins, vus à partir d’un film (un seul !) pour appréhender leur histoire, leur actualité et pointer leur créativité cinématographique.

Décidemment, le documentaire aime nous faire voyager.

Allemagne

Une jeunesse allemande, Jean-Gabriel Periot (2015). La Fraction Armée Rouge (RAF), le groupe Baader-Meinhof, l’extrême gauche qui n’hésite pas à passer à l’action violence et commettre des attentats meurtriers. Un film qui sait faire parler les archives.

Autriche

Vienne avant la nuit, Robert Bober (2016).  Le film nous montre les lieux ou les monuments les plus connus de la ville, le Prater et sa grande roue, Schönbrunn et son palais, les rue du centre avec le tram et les façades des immeubles, et aussi les cafés, les cafés surtout, où les habitués viennent lire la presse du jour. Mais les images d’archives sont là aussi pour nous rappeler la nuit de cristal, les livres brulés et les synagogues détruites, et l’arrivée triomphale d’Hitler dans Vienne.

Belgique

Y.O.L.O., Karim Bey (2017). Des adolescents qui se filment eux-mêmes mais qui interagissent avec le réalisateur hors caméra, une façon originale de rentrer dans leur vie.

Bosnie

Sarajéviens, Damien Fritsch (2014). Sarajevo après la guerre. Une ville cosmopolite, l’agitation de ses grandes avenues et le calme le long des cours d’eau. Et ses habitants.

Bulgarie

Je vois rouge, Bojina Panayotova (2017). Ce que le film montre surtout c’est le déni d’une société de son passé historique, surtout quand il s’agit d’une dictature. Faut-il à tout prix faire la lumière, toute la lumière, sur un passé que tout le monde sait pas très reluisant ? Au risque de bousculer les personnes. Qui a  droit à l’oubli ?

Espagne

En Construccion, José Luis Guerin (2000). Le Bario, un quartier pauvre de Barcelone, intéresse les promoteurs immobiliers. D’où la destruction des vieux bâtiments insalubres pour construire à leur place des immeubles d’un tout autre standing.

Grèce

Nous ne vendrons pas notre avenir, Niki Velissaropoulou (2017). Deux jeunes filles engagées dans la lutte contre l’exploitation particulièrement polluante d’une mine d’or à ciel ouvert par une société canadienne.

Irlande

Sur la plage de Belfast, Henri-François Imbert (1996). Un petit film oublié dans une caméra super-8 achetée chez un antiquaire à Belfast. Une enquête pour retrouver l’auteur de ce film et ses personnages, une famille qui se baigne sur une plage, une femme qui sort d’une maison, des objets entassés dans une boutique d’antiquités.

Italie

Draquilla : l’Italie qui tremble, Sabina Guzzanti (2010).   Un tremblement de terre dans les Abruzes qui fait plus de 300 morts et 30 000sans-abris. Une attaque violente contre Berlusconi, sa façon de gouverner et de traiter la catastrophe.

Pays Bas

Amsterdam, global village. Johan van der Keuken (1996).Une ville d’eau, grâce aux canaux bien sûr. Une ville de rencontres, avec les habitants dont beaucoup sont venus de très loin. Une ville de fête aussi, ses nuits de danse et de musique dans les boites. Ses coffee-shops et partout ses velos.

Pologne

Nous filmons le peuple, Ania Szcepanska (2012). Sous le régime communiste, jusque dans les années 80, le cinéma polonais réussit à contourner la censure pour réaliser des films contestataires et critique à l’égard du pouvoir.

Portugal

Dans la chambre de Wanda, Pedro Costa (2001) Fontainhas, le quartier cap-verdien de Lisbonne, en cours de démolition. Le monde de la drogue et de la misère. Un monde qui doit disparaître du paysage de la ville.

Roumanie

Toto et ses sœurs, Alexander Nanau (2014). Une famille rom en pleine décomposition,  la mère étant jetée en prison pour trafic de drogue. Toto, 10 ans, est finalement accueilli dans un orphelinat où il apprendra à lire et à écrire et surtout à danser le hip hop.

Royaume Uni

L’esprit de 45, Ken Loach (2013). Les conquêtes sociales à la fin de la seconde guerre mondiale.

Russie

Le système Poutine, Jean-Michel Carré (2007). L’exercice du pouvoir par le maître du Kremlin à la fin de son second mandat. Une analyse d’opposant critique.

Suède

Bastard Child, Knutte Wester(2017).La vie d’une fille d’une mère célibataire chassée de la maison par ses parents, d’orphelinat en orphelinat, passant d’une famille à une autre, indésirable, toujours rejetée.

Suisse

Madame, Stéphane Riethauser (2019).Une saga familiale à travers l’opposition de la figure du père et celle de la Grand-mère. Un récit autobiographique de la découverte et de l’affirmation de l’homosexualité.

Ukraine

Maïdan, Sergueï Loznitsa (2014). La chronique d’un soulèvement populaire, contre un président et son régime. Les rassemblements pacifiques de plus de 500 000 manifestants sur la place Maïdan, mais aussi les affrontements avec les forces de l’ordre.

Yougoslavie

Cinema Kumunisto. Il était une fois en Yougoslavie, Mila Turajlic (2010). Dans un pays qui n’existe plus, le cinéma est majoritairement un cinéma de propagande à la gloire de son « Président à vie », Tito.

B COMME BELLEVILLE.

Les marches de Belleville, Brigitte Tijou, 2019, 60 minutes.

Vous vous souvenez du film de Laurent Cantet,  Entre les murs, Palme d’or à Cannes en 2008. Un film qui nous faisait entrer dans une classe d’un collège du nord de Paris, à Belleville. Et qui nous faisait rencontrer une bande d’adolescents, plus indisciplinés les unes que les autres, surtout les filles. Vous vous souvenez sans doute de deux ou trois de ces gamines impertinentes, qui menaient la vie dure aux profs, qui leur tenaient tête et qui n’hésitaient pas à les regarder droit dans les yeux lorsque elles faisaient l’objet de remarques, de remontrances et de rappel à l’ordre.

Entre les murs n’a jamais été présenté comme un documentaire. Mais il en avait tout l’air. Et pas seulement l’air d’ailleurs. Certes les élèves ados étaient considérés comme des acteurs. Mais ils jouaient leurs propres rôles – ou des rôles qu’ils connaissaient bien pour les côtoyer quotidiennement. Et ils « jouaient » particulièrement bien d’ailleurs, car ils n’avaient guère à se forcer. Quant au prof (le personnage principal interprété par François Bégaudeau), il retrouvait là une fonction qu’il avait occupée dans le passé. Il en avait fait un récit autobiographique dont le film est une adaptation. Bref on n’est pas loin du Jean Rouch de La Pyramide humaine (un film réalisé avec des lycéens africains) passé maître dans l’art d’appréhender le réel à travers une « fictionnalisation », elle-même fictive, de la réalité.

Que sont devenus ces adolescents, acteurs le temps d’un film, qui eurent l’honneur de fouler le tapis rouge de Cannes. Que font-ils 10 ans après. Leur vie a-t-elle été modifiée (bouleversée ?) par le cinéma. Et quels souvenirs – quelles impressions, quels ressentis – ont-ils gardés de cette expérience unique.

Brigitte Tijou a eu la lumineuse idée de partir à leur recherche et de les faire se retrouver entre eux. Dans son film elle leur donne la parole par petits groupes de deux ou trois. Et ce qu’ils ont à nous dire va bien au-delà de la simple évocation d’un beau souvenir de cinéma.

Tous reconnaissent d’abord que cette expérience du film  a  créé des liens entre eux, les avait «soudés » comme ils disent. Et si une partie a quitté le quartier, la majorité est restée à Belleville et  y reste très attachée.  Mais leur retrouvaille devant une nouvelle caméra est surtout l’occasion d’évoquer leur trajectoire, de se pencher sur ce qu’ils sont devenus à partir de leur sortie du collège et de l’orientation (fin de troisième donc) qui leur a été proposée – ou plus exactement imposée. Certes, le premier de la classe a pu poursuivre sa scolarité secondaire dans un lycée prestigieux, mais les autres, ceux qui n’ont pas été dirigés vers l’enseignement général ? Ils ont clairement le sentiment de ne pas avoir choisi leur avenir, de ne pas avoir été maître de leur destin. Néanmoins, le film n’est pas totalement pessimiste. Ces jeunes adultes ne sont pas désespérés. Et l’on a le sentiment que la force qu’ils ont pu ressentir un jour, dans une merveilleuse expérience cinématographique, rayonne encore en eux. Son évocation n’a rien de simplement nostalgique. Au contraire elle réactive en eux le dynamisme et la vivacité d’esprit qui les caractérisaient alors.

Incluant dans son déroulement quelques images du tournage d’Entre les murs – en particulier les essais devant la caméra des élèves qui en deviendront les acteurs et actrices – Les marches de Belleville est aussi un hommage au cinéma.

G COMME GRAND-MERE – Suisse.

Madame, Stéphane Riethauser, Suisse, 2019, 93 minutes,

Une grand-mère, Caroline. La grand-mère du cinéaste, Stéphane. Présente dans la vie du cinéaste. Toute sa vie. Depuis sa petite enfance. Une grand-mère qui veille sur lui, comme un ange gardien. Une mamie gâteau. Une grand-mère aimante. Toujours là lorsqu’il a besoin de soutien, de réconfort. Dans chaque épreuve de sa vie.

Un hommage à cette grand-mère, adorée sans doute. Un exercice d’admiration presque. Un portrait en forme de remerciement. Sans elle, il ne serait jamais devenu ce qu’il est. Il ne serait jamais devenu cinéaste. Et il n’aurait sans doute pas réussi à affirmer au grand jour son homosexualité.

Le film est le récit en première personne de cette relation si forte avec une grand-mère hors du commun. Une forte femme, comme on dit. Dont la réussite professionnelle est exemplaire, malgré le handicap que représente pour elle le fait d’être femme.

C’est en même temps le récit d’une enfance dans une famille suisse bien traditionnelle, particulièrement étouffante pour ce garçon qui ne se sent pas tout à fait comme les autres. Un garçon docile pourtant. Résigné sans doute. Mais qui réussira pourtant à s’émanciper de cette oppression si forte qui devient de plus en plus difficile à supporter au fur et à mesure qu’il grandit, en traversant l’adolescence cahin-caha  pour enfin s’affirmer pleinement, au moment d’entrer dans l’âge adulte en devenant militant de la cause LGBT, dénonçant inlassablement l’homophobie.

Un film sur la famille donc. Une saga recouvrant trois générations. Un film sur la famille européenne traditionnelle. Le film se déroule en Suisse, dans un contexte calviniste, mais peut tout aussi bien évoquer un milieu catholique, en France ou en Italie par exemple. Une famille qui repose sur des valeurs immuables, qu’il faut respecter sans broncher. Un milieu qui repose sur des conventions sociales qui finissent par devenir des préjugés et où le chef de famille, le père, a tous les pouvoirs.

Un film d’archives familiales. Les moments heureux surtout. Les fêtes familiales. Les jeux des enfants. Presque toujours souriants. Des images de bonheur. D’harmonie. Dans le respect de l’ordre établi. Sous la domination du père, dont le principe éducatif est de faire de son fils un homme, un vrai, qui pourra à son tour fonder une famille où il règnera en maître.

Un film sur la bourgeoisie genevoise, depuis le années 1920. Une bourgeoisie triomphante, sûre d’elle-même et se posant en modèle universel. Une bourgeoisie qui ne saurait imaginer être un jour remise en cause dans ses valeurs, dans ses fondements. C’est pourtant ce que fera Stéphane. En prenant position pour la cause des gays. Pour qu’enfin la différence soit acceptée. Et c’est ce qui en définitive fait la force du film. Montrer ce combat mené sans violence, sans démonstration de force, mais avec une grande détermination. Le signe d’un changement d’époque.

A COMME AFRIQUE – Filmographie.

Des films réalisés par des cinéastes africains ; des films tournés en Afrique, du nord au sud ; des films des femmes et des hommes immigrés depuis l’Afrique et vivant en Europe.

Sélection classée par pays.

Le continent Africain.

Afrique, comment ça va avec la douleur ? Raymond Depardon

Les Statues meurent aussi, Alain Resnais, Chris Marker

Algérie

À Mansourah, tu nous as séparés, Dorothée-Myriam Kellou

La Bataille d’Alger, un film dans l’histoire, Malek Bensmaïl

Bienvenue à Madagascar, Franssou Prenant

Le grand jeu, MaleK Bensmaïl

La Chine est encore loin,  MaleK Bensmaïl

Contre-pouvoirs, Malek Bensmaïl

Guerre secrète du FLN en France, Malek Bensmaïl

Ulysse le brûleur de frontières et la mer blanche au milieu, Malek Bensmaïl

Vote off, Fayçal Hammoun

Afrique du sud

 Come back, Africa, Lionel Rogosin

Le procès de Mandala et les autres, Nicolas Champeaux et Gilles Porte

Burkina Faso

Les Orphelins de Sankara, Géraldine Berger

Ouaga girls, Traore Dahlberg Thérésa

Cameroun

Les Deux Visages d’une femme bamiléké, Rosine Mbakam

Côte d’Ivoire

Moi, un Noir, Jean Rouch

Vivre riche, Joël Akafou 

Egypte

Amal, Mohamed Siam

Je suis le peuple, Anna Roussillon

Mafrouza, Emmanuelle Demoris

Tahrir, place de la libération, Stéphano Savona

Madagascar

Fahavalo, Madagascar 1947, Andriamonta-Paes Marie-Clémence

Mali

Bilakoro, Johanna Bedeau, Laurent Benaïm

Doulaye, une saison des pluies, Henri-François Imbert

Maroc

Le chant des tortues, Jawad Rhalib

Mozambique

Terra pesada, Leslie Bronstein

Niger

Afrique 50, René Vautier

Bataille sur le grand fleuve, Jean Rouch

La Chasse au lion à l’arc, Jean Rouch

Les Maîtres fous,  Jean Rouch

Ouganda

Abc Africa, Abbas Kiarostami

Général Idi Amin Dada : autoportrait, Barbet Schroeder

République Démocratique du Congo – Zaïre

Atalaku , Dieudo Hamadi

Congo River Thierry Michel

Examen d’État, Dieudo Hamadi

L’homme qui répare les femmes Thierry Michel

L’Irrésistible Ascension de Moïse Katumbi, Thierry Michel

Kinshasa Macumbo , Dieudo Hamadi

Maman colonelle, Dieudo Hamadi

Mobotu roi du Zaïre, Thierry Michel

Rwanda

Après, un voyage au Rwanda, Denis Gheerbrant

Sénégal

Barcelone ou la mort, Idrissa Guiro

Les Larmes de l’immigration, Alassane Diago

Mille soleils, Mati Diop

Rencontrer mon père, Alassane Diago

La Vie n’est pas immobile, Alassane Diago

Soudan

Au loin des villages, Olivier Zuchuat

Nous venons en ami, Hubert Sauper

Tanzanie

Le Cauchemar de Darwin, Hubert Sauper

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Les Africaines et les Africains immigrés en France et en Europe.

Chez jolie coiffure, Rosine Mbakam

Enfants d’Hampâté Bâ, Emmanuelle Villard

Enfants valises, Xavier de Lauzanne

Mallé en son exil, Denis Gheerbrant

Les Sénégalaises et la Sénégauloise, Alice Diop.

P COMME POUPEES – japonaises

 Épouse, fille, mère, Alain Della Negra, Kaori Kinoshita, 2019, 35 minutes.

Des hommes sans femmes. Délaissés, isolés, souffrant de solitude sans doute. Car un homme peut-il vivre sans présence féminine, sans contact féminin ? Il ne s’agit certainement pas d’amour, ni même de sentiment. Tout simplement il y a des hommes qui ne peuvent vivre qu’au milieu des femmes.

Alors ils ont un bon moyen pour remplacer ces femmes réelles qui pour une raison ou une autre les ont abandonnés. Les poupées ! Oh, pas des poupées d’enfant, des poupées miniatures, de simple jouet pour faire la dinette, ces compagnes des petites filles qui peuvent alors se croire une maman, ou une maitresse d’école. Ce que veulent ces hommes, ce sont des poupées grandeur nature, qui ont une réelle présence féminine et qui finissent par incarner leur idéal féminin. Des poupées si jolies, éternellement jeunes et surtout si dociles, même s’il n’est pas toujours facile de les déshabiller comme le montre la dernière séquence du film. Des poupées que l’on peut cajoler, dont on peut s’occuper infiniment, prendre soin de leur coiffure comme de leur tenue. Et qui resteront fidèles, sans jalousie aucune si on leur impose une autre compagne, ou même plusieurs, suivant ses moyens financiers. Mais le film ne dit pas combien elles coûtent à l’achat. Peu importe de toute façon. Ce n’est pas une question d’argent.

Les poupées d’accompagnement des hommes seuls, au Japon, c’est une véritable industrie. Un phénomène qui s’inscrit en parfaite harmonie avec cette partie de la culture nippone contemporaine, celle qui vénère jusqu’à l’excès le virtuel et ses stars, depuis les mangas bien sûr jusqu’aux jeux vidéo en passant par les dessins animés (ces « animés » qui ont conquis depuis quelques décennies déjà les télés du monde entier), ou aussi les modes du cosplay  ou du kigurimi, ces déguisements qui peuvent prendre une dimension quotidienne et dans lesquels sont investis des personnages fictionnels de dessins animés notamment, de Pikachu à Winnie l’ourson.

Tout cela, le film de Alain Della Negra et Kaori Kinoshita nous le présente avec beaucoup de simplicité et de naturel, sans émettre de jugement, mais avec une petite dose d’ironie quand même (par exemple dans la séquence finale déjà citée où retirée le minishort d’une poupée demande une grande habileté et beaucoup de patience !). Même si elles ont conquis le monde entier, ces pratiques japonaises ne restent-elles pas un peu exotiques ?

Les hommes sans femmes

Les poupées, qu’ils achètent et dont ils prennent soin

La fabrique des poupées

Cosplay

Festival Cinéma du réel 2019, Paris.

E COMME ESSAIS NUCLEAIRES

Un film en images : At(h)ome, Elisabeth Leuvrey, Bruno Hadjih 2013, 53 minutes.

Le désert : le Hoggar

Les essais nucléaires français de 1962 à 1967, après les accords d’Évian. Un site des plus radioactifs

Les habitants du village de Mertoutek, photographiés par Bruno Hadjih, photographe algérien.

La vie malgré tout