G COMME GENRE

Petite fille. Sébastien Lifshitz, 2020, 85 minutes.

Rarement le cinéma documentaire avait réussi à capter l’intimité avec une telle sincérité.

Intimité d’une famille, d’une enfant, de sa mère. Intimité de la relation entre la mère et sa fille, au cœur de la vie familiale et du processus d’éducation. Jusque dans le cabinet d’une pédopsychiatre, pendant les consultations.

Chacun de nous ne s’est-il pas un jour, d’une façon ou d’une autre, interrogé sur le genre. Sur son genre. Mon genre est-il celui qui m’a été donné à la naissance, pour toujours. Comment l’accepter ? Comme une fatalité, un déterminisme, un état de fait. C’est comme ça et cela ne peut pas être autrement. Ou bien y adhérer, pleinement, avec satisfaction, avec joie.

Mais il y a aussi la possibilité du refus. Qui commence souvent par un mal être. Est-il alors possible de renoncer à son genre de naissance, d’adopter un autre genre, avec tout ce que cela implique au niveau physique. Et au niveau social.

Sasha a sept ans au début du film. Elle est née garçon. Mais en grandissant, elle s’est de plus en plus sentie fille. A sept ans, Sasha est une petite fille. Elle s’habille comme une fille, elle se pense en fille. Elle veut vivre en fille.

Le film de Sébastien Lifshitz est le récit d’un combat, d’une série de combats.

Le premier c’est celui que la mère a mené, contre elle-même, pour accepter que son enfant, né garçon, soit en fait une fille. Ce combat est passé. Il ne se déroule pas dans le film. S’il a été difficile, douloureux, pour l’intéressée, il peut maintenant être renvoyée dans le passé, hors film donc. Même s’il a bien dû laisser quelques traces. Mais quand le film commence la mère de Sasha a gagné ce premier combat. Elle est maintenant certaine que le bonheur de son enfant est dans l’affirmation et la reconnaissance de sa féminité. Elle l’habille donc en fille, s’adresse à elle au féminin, sans jamais se tromper. Et la famille avec elle, le père, la grande sœur et les frères, vont être totalement à l’unisson avec elle. Une première victoire fondamentale, qui en appelle d’autres.

Le combat social sera autrement plus difficile et incertain. A l’école d’abord où il est bien difficile d’accepter Sasha en tant que fille dans la mesure où elle est inscrite comme garçon. Le bras de fer entre le directeur et la mère tourne au profit de cette dernière. L’appui de la pédopsychiatre a sans doute été déterminant. Mais bien sûr l’intolérance peut resurgir à chaque instant, comme le montre l’épisode de l’école de danse.

Le film se termine sur une note optimiste. Les petites camarades de Sasha à l’école, et leurs parents, finissent par l’accepter telle qu’elle est, telle qu’elle veut être. Une garantie pour son avenir.

Des pleurs aux rires, le film de Sébastien Lifshitz est chargé d’émotions. Des émotions que le cinéaste sait parfaitement nous faire vivre.

C COMME CAMPING.

Une caravane en hiver. Medhi Ahoudig, France, 2020, 52 minutes.

Ils vont passer l’hiver au soleil, dans le sud marocain, à Sidi Ifni très précisément. Ils viennent en camping-car depuis le nord ou l’est de la France, et s’installent dans un camping face à la mer. Ils y retrouvent leurs amis et leurs habitudes. C’est qu’ils viennent tous les ans, le soleil étant plus agréables que la brume et la neige.

Une caravane en hiver est un tableau de groupe de ces retraités, issus des classes laborieuses et qui savent s’organiser pour passer ces « vacances » hors saison à moindre frais. Leur camping-car possède d’ailleurs toutes les commodités pour vivre presque comme chez eux. Ils font de bons petits plats, ils regardent la télé, madame tricote et monsieur va à la pèche. Ils prennent l’apéro avec leurs voisins et vont manger des beignets au café du coin, ce qui est une de leur seule participation à l’économie locale. Une France populaire, qui n’a guère de contact avec la population. Et ils ignorent totalement les curiosités de la région. Voir la mer dès le matin leur suffit. Ils ne se vivent pas comme des touristes.

La dimension locale, le film l’aborde à travers la rencontre avec un jeune marocain dont nous suivons tout au long du film les étapes de la vie, ses activités et ses pensées. Il travaille au port de la ville, du moins s’il y a des arrivages de poissons, ce qui n’est pas quotidien. Sa passion, c’est la guitare, la guitare classique, même s’il sait parfaitement s’accompagner lorsqu’il chante dans un style plus contemporain. Nous le voyons interpréter la sonate au clair de lune de Beethoven, seul devant son ordinateur qui lui sert de guide. Dans ses entretiens avec le réalisateur, ses propos sont de très pertinents contre-points à ceux tenus par les vacanciers venus d’Europe.

Le film est ainsi une mise en perspective de deux modes de vie et de deux façons bien différentes de tenter d’échapper aux vicissitudes du quotidien. D’un côté la musique et sa part de rêve. De l’autre le soleil comme seul horizon. Passer l’hiver au bord de la mer dans le sud marocain peut-il alors être considéré comme l’aboutissement – et la consécration – d’une vie de travail. Est-ce cela le bonheur ? Un mot que d’ailleurs aucun de ces campeurs ne prononce.

Primed 2020

C COMME CAMPAGNE ELECTORALE -Giscard-D’Estaing.

1974, une partie de campagne. Raymond Depardon. France, 1974, 87 minutes

            Le premier film réalisé avec les choix techniques et esthétiques qui triompheront dans l’ensemble du cinéma direct (Primary de Robert Drew et son équipe, 1958), le fut à l’occasion d’une élection. Il s’agissait de  la campagne pour les primaires du parti démocrate opposant JF Kennedy (le futur président des Etats Unis) et H Humfrey. En 1974, Raymond Depardon entreprend à son tour de suivre une campagne électorale, celle de l’élection présidentielle. Plus exactement, il va suivre un des candidats, Valery Giscard d’Estaing (futur président de la République Française). Plus qu’un film sur une élection ou une campagne électorale, 1974, une partie de campagne est un film sur un homme politique en campagne, une vision de la politique entièrement personnalisée, la personnalité de VGE ayant dans le film une place prépondérante par rapport à ses positions politiques. On pourrait dire alors que Depardon fait un film sur une campagne électorale, mais sans faire de politique. Les partis politiques sont absents, l’équipe de campagne du candidat passe au second plan et les thèmes qu’il développe ne sont abordés qu’occasionnellement, par fragments. Savoir si le cinéaste soutient le candidat Giscard d’Estaing, s’il a de la sympathie pour lui et pour ce qu’il incarne politiquement, ou bien s’il se considère comme d’un autre bord, cela n’a ici aucune importance. La question est hors de propos. Tout autre homme politique qui lui en aurait fait la demande aurait pu devenir le sujet d’un film de Depardon.

            Valery Giscard d’Estaing est présent dans tous les plans du film, du moins dans toutes les séquences. Le film de Depardon aurait très bien pu s’intituler La Solitude du candidat de fond. Il se termine après les résultats en montrant Giscard rentrant seul dans son appartement du Louvre. Il avait commencé en le filmant marchant seul dans une forêt le jour de l’annonce de sa candidature. Bien sûr ces plans contrastent fortement avec les plans de foule, dans les rues où le candidat se fraie difficilement un passage en voiture ou à pied ; dans les meetings surtout où les supporters scandent en rythme le slogan Giscard à la barre. Lorsqu’il est seul, ou en petit comité avec ses proches, il est filmé en gros plan. En meetings, ou dans les bains de foule, il est plutôt vu de dos, comme si le cinéaste ne voulait pas adopter le point de vue des partisans entassés dans les salles. Il y a là aussi une façon pour Depardon de se démarquer de reportage télévisé. Son travail de cinéaste, c’est de construire ses plans et de ne rien laisser au hasard ans la position de la caméra. Si Depardon peut être considéré dans ce film comme un descendant du cinéma direct, c’est qu’il se place avec sa caméra toujours au plus près du personnage qu’il filme. Et visiblement, il réussit à se faire oublier. Giscard regarde rarement la caméra, un ou deux regard furtif pas plus. Et les hommes politiques qui l’accompagnent ne semblent même pas être au courant qu’ils sont filmés. De toute façon les caméras sont tellement présentent tout au long de la campagne, qu’il n’y pas de raison d’en privilégier une en particulier, même lorsque la scène filmée a quelque chose d’intime. Et qui pouvait identifier dans Depardon un cinéaste plutôt qu’un journaliste ?

            Tout l’art de Depardon consiste à placer sa caméra à la meilleure place, qui est d’ailleurs souvent la seule possible. Il y a beaucoup de déplacement dans le film. Dans un avion, il y a quand même un peu plus d’espace pour filmer En voiture, il n’y a aucun recul. Combien y a-t-il de passagers ? Un chauffeur obligatoirement. Si c’est Giscard qui conduit, alors Depardon est à côté de lui et le filme de profil, en plan fixe, laissant les autres passagers dans le hors-champ. Si Giscard est assis à l’arrière, avec un ou deux autres passagers, Depardon est toujours à l’avant. Dans les dialogues il peut y avoir à côté de lui un autre proche de Giscard. Tout cela fait beaucoup de monde ! Mais toujours, tout au long du tournage, Depardon occupe une place privilégiée, la plus efficace possible pour le film bien sûr. C’est d’ailleurs ce que montre clairement ce plan surprenant de l’atterrissage de l’avion de Giscard pris depuis la cabine de pilotage.

            La solitude de Giscard est encore amplifiée, paradoxalement, par la présence, l’omniprésence, des médias dans la campagne, et dans le film. Depardon filme systématiquement la horde des photographes, ses anciens compagnons de travail, qui mitraillent littéralement le candidat à chacune de ses sorties. Il montre comment la campagne s’oriente en fonction de la couverture que pourront en faire les journaux et la radio. Il filme avec beaucoup de malice les préparatifs sur le plateau du grand débat télévisé du second tour, les préparatifs seulement. Mais son filmage accentue le caractère « seul face à tous » de Giscard !

Valerie-Anne et Valéry Giscard d’Estaing

Avec Giscard, en 1974, la politique entre dans la sphère du spectacle. Avec Depardon, l’homme politique devient une star. Une star dont tout le discours vise à affirmer sa proximité avec les électeurs, mais qui reste fondamentalement inaccessible, même lorsqu’il signe des autographes. En cela, le film de Depardon est le témoin privilégié des transformations qui s’opèrent alors dans la vie politique française. Et surtout, dans ses représentations.

C COMME CABANE

Zeliha’s Hütte. Gabriela Gyr, Suisse, 2020,  44 minutes.

Du vent, beaucoup de vent. On l’entend pendant tout le film dans les feuillages ; on le voit agiter les tentes des campements. Et il faut sans cesse reclouer les tôles des toits de la maison pour qu’elles ne s’envolent pas.

Une maison ? Plutôt une cabane, construite en briques certes, mais qui semble quand même un peu bricolée. Son habitante la trouve à son goût, suffisamment confortable. Et puis, elle est érigée sur la terre des ancêtres. Et cela, pour Zeliha, ça n’a pas de prix.

A la retraite, Zeliha s’est retirée dans les montagnes où ont vécu ses parents et ses grands-parents. Elle y vit seule. Mais depuis peu, des cousins sont venus s’installer à proximité. De quoi la rassurer la nuit et apaiser un peu sa solitude.

Nous sommes dans les montagnes de la région de Dersim, la partie orientale de la Turquie, là où le Tigre et l’Euphrate prennent leur source. Une région région peuplée traditionnellement par les Kurdes Alévis. Une région dont les Turcs ont toujours voulu les chasser. Le grand-père de Zeliha, Seyid Reza, s’est révolté contre le pouvoir. C’est pour avoir lancé un mouvement de résistance qu’il fut exécuté.

Le film est le, portrait de cette femme qui incarne à elle seule la mémoire d’un peuple persécuté. Un portrait où elle rayonne de sérénité. Ses seuls moments de colère, c’est lorsqu’on vient creuser avec un bulldozer sur ses terres sans l’avoir prévenue. Le reste du temps, elle cultive son jardin et nourrit ses chats. Mais sa détermination pour résister aux tentatives pour la chasser de ses terres est immense. Elle ira jusqu’au bout pour défendre ses droits.

Le film de Gabriela Gyr est donc aussi l’évication d’une résistance. Résistance aux tentatives successives dans l’histoire, depuis les années 1920, d’extermination d’un peuple et de confiscation de leur terre. La statue de Seyid Reza, est pourtant toujours restée debout dans la ville. Tout un symbole.

Filmer les paysages grandioses de ces montagnes presque désertiques est un geste de soutien à un peuple qui ne demande qu’une chose, vivre en paix sur la terre de leurs ancêtres.

Traces de vie 2020

M COMME MÈRE CÉLIBATAIRE – Maroc.

Mères. Myriam Bakir, Maroc, 2020, 62 minutes.

E, France la situation sociale des mères célibataires – ces jeunes filles qui ont un enfant hors mariage – a souvent été difficile, marquée par l’exclusion et l’opprobre, comme l’a bien montré le film de Sophie Brédier « Nous les filles-mères » (2020). Au Maroc c’est pire encore. C’est dans la loi que leur condamnation est inscrite. Toute relation sexuelle hors mariage est passible de prison, comme le stipule l’article 490 du code pénal marocain. La grossesse est alors le signe évident du manquement à la loi. On comprend que cela pose des problèmes difficiles à affronter pour les « coupables ». D’autant plus que, le plus souvent, les familles rejettent elles-aussi ces filles qui ont sali leur réputation.

Que peuvent faire ces filles, souvent très jeunes, rejetées par tous, et ne pouvant dès lors trouver ni travail ni hébergement. Que peuvent-elles devenir lorsque leur famille ne les considère plus comme l’une des leurs ?

Face à ces situations inextricables, une association, Oum Al Banine, a été créée à Agadir pour leur venir en aide. C’est le travail de cette association, et en particulier de sa fondatrice-présidente que le film va suivre. Un travail plus que délicat dans la société marocaine actuelle. Mais un travail indispensable.

A Oum Al Banine, il y a un foyer d’accueil pour régler les problèmes d’hébergement, il y a des assistantes sociales pour rappeler le principe de réalité, mais ce sont surtout les séances avec la directrice qui retiennent l’attention de la cinéaste. C’est elle qui reçoit pour la première fois les femmes enceintes, souvent arrivées déjà au 7° ou 8° mois, et qui ont tout fait pour cacher leur situation à leurs parents, qu’elles refusent d’ailleurs de contacter. Mais c’est la directrice se doit de prévenir la mère, de leur proposer une rencontre avec sa fille, en présence du père si possible. Nous suivons longuement une de ces rencontres où la patience et la bienveillance de la directrice finit par arrondir les angles. Un premier pas vers la réconciliation.

Le film de Myriam Bakir est un portrait de cette association et de sa directrice. Mais c’est aussi un réquisitoire, sans violence mais avec fermeté, contre les traditions qui oppriment tant de jeunes filles. C’est aussi une défense de la femme an tant que mère. Et si l’amour des enfants est fondamental, il implique qu’il faille accorder aux parents le droit de s’aimer.

Festival Primed 2020.

V COMME VIEILLESSE – dorée.

Les belles dames. Marion Lippmann et Sébastien Daguerressar, 2020, 63 minutes

Elles ont un âge certain – il y a même une centenaire parmi elles. Elles sont veuves – leur mari était pour beaucoup d’entre elles un officier de cavalerie ou de marine. Elles vivent dans une résidence pour femmes dans les beaux quartiers de Paris. Elles y ont un studio où elles peuvent recevoir ou fréquenter la salle à manger et les salons. Elles sont toujours bien habillées, bien coiffées et maquillées et elles n’oublient jamais de mettre leurs bijoux. Visiblement elles n’ont pas de souci financier. Elles profitent de la vie. Tout simplement.

Ici, dans cette résidence de luxe, nous sommes bien loin de la vie dans une Ehpad. Pas de fauteuil roulant, tout juste une ou deux pensionnaires marchent avec une canne. Pas d’infirmière non plus, du moins elles ne sont pas filmées. Les résidentes sont toutes en bonne santé. On n’entend aucune plaine. Pas le moindre petit rhumatisme. Et aucune ne prend de caché. Ici Alzheimer connait pas

Le film insiste beaucoup sur les relations sociales au sein de ce petit groupe. Même âge, même milieu social, grosso modo même vie, elles ne peuvent que s’entendre. D’autant plus qu’elles sont là en grande partie pour échapper à la solitude. D’ailleurs beaucoup d’activités collectives sont organisées. Elles jouent au bridge et participent à des séances de stimulation de la mémoire, réciter les premiers vers d’un poème connu Ronsard) ou écrire un texte dont tous les mots commencent par S. Une performance. Pour le reste elles papotent entre elles, des petits événements de la résidence. Mais la vie extérieure ne fait plus vraiment partie de leurs préoccupations.

Le grand problème du moment, c’est l’annonce de la direction concernant l’ouverture de la résidence aux hommes. D’ailleurs il y a déjà un candidat. Il viendra visiter les chambres et les espaces communs. Il dialoguera avec une ou deux résidentes. On ne saura pas s’il vient réellement s’installer parmi toutes ces femmes, qui ont déjà tendance à le considérer, sans le connaître, comme un oiseau rare. Bref un beau sujet de conversation.

Toutes ces dames ont bien sûr leur vie derrière elles et leur présent regorge de souvenirs de leur passé. La réalisatrice va donc entreprendre une série d’entretiens pour les faire parler de leur vie. C’est leur mariage, très jeune souvent, qui a été pour celles qui acceptent la caméra qui a été le grand événement de leur vie. Elles en parlent avec nostalgie. Comme tout souvenir d’une jeunesse perdue.

Parmi les résidentes, la réalisatrice favorise sa propre grand-mère, qui est donc sollicitée, malgré ses réticences, à parler plus longuement de sa vie et des problèmes plus actuels comme la situation de la femme dans la société. A ce sujet, toutes notent les évolutions importantes par rapport à leur époque. Et elles sont plutôt catégoriques : l’égalité homme-femme est bel et bien réalisée.

Un film qui n’éclaire pas vraiment la situation générale de la vieillesse en France, mais qui n’est pas désagréable à regarder.

Traces de vie 2020

B COMME BLANC

Come il bianco. Alessandra Celesia, France, 2020, 19 minutes.

« Tu me manque furieusement ». Tout est dit dans cette première phrase, la perte, l’absence, la tristesse, le désespoir presque.

Et les images disent la même chose. Les fumées blanches qui envahissent l’écran. Un visage impassible.

Et la voix intérieure, douloureuse mais intense. Comme une annonce, une anticipation, des chants qui occuperont une ou deux des séquences de la fin du film.

Un film-poème. Un poème visuel. Les gros plans sur les visages. Deux femmes. Une jeune et l’autre plus âgée. On découvrira qu’il s’agit de la mère et de la fille. Mais la fille est disparue, jeune. Laissant la mère à son chagrin, à ses souvenirs. Alors elle raconte sa fille.

Elle ira, la mère, en excursion sur les pentes du volcan, là où sa fille allait enregistrer les sons issus du cratère. Elle aussi enregistre, par la photographie, mais surtout par le dessin. La montagne vue de la mer, à bord d’une barque. Et la vision, au fond de la mer, de quelques poissons et de statues anciennes, grecques peut-être. Puis la peinture de retour à la maison.

Les images toujours. Le souvenir de la visite d’un musée. Corot, Poussin, Gauguin, Dürer, d’autres encore. Et la musique, le chant, la voix éternelle.

« Ne pleure pas », les derniers mots de la fille à sa mère. Sur son visage, filmé en gros plan, se lit la sérénité.

Traces de vie, 2020.

U COMME USINES – comparaison

After work. Julia Pinget, 2020, 60 minutes

Deux usines en face l’une de l’autre dans le même espace industriel. Un face à face ? Une confrontation ? Une mise en perspective ? Une comparaison.

Deux usines anciennes, faisant partie du patrimoine industriel de la région. Mais quand la situation de l’industrie évolue, quand on parle licenciements, redressement judiciaire, liquidation, repreneur, comment vont-elles réagir ? S’en sortiront-elles de la même façon ? Ont-elles les mêmes atouts dans leur jeu, les mêmes chances ?

Une papeterie et une forge. L’une produit, ou plutôt produisait, du papier. L’autre de l’aluminium. La papeterie a été la première à fermer, à devenir une friche industrielle, des bâtiments désertés, comme en ruine. Les forges poursuivent tant bien que mal leur activité. Pour combien de temps encore ?

Au départ, il peut sembler que la situation des deux entreprises est très proche, voire identique. Elles vont avoir à faire face inévitablement aux restructurations industrielles. Mais très rapidement leur destin diverge. Et on en vient très vite à une opposition entre deux modèles économiques. Les solutions mises en œuvre n’ont plus rien de commun. Sauf peut-être un seul point, une seule certitude : ne rien faire équivaut à un arrêt de mort.

D’un côté on aura une opération immobilière. De l’autre une opération sociale.

La papeterie est la première à fermer. Mais assez vote un investisseur est intéressé, non par la reprise de l’entreprise, mais par son bâtiment. Un projet de réhabilitation est lancé. Et nous allons suivre les travaux (gigantesques, on ne garde que trois façade) en même temps que les réunions, en petit comité, des dirigeants, mettant sur pied d’un nouveau concept, une nouvelle société, consacrée à l’image, à la création graphique et numérique. Plus rien à voir avec l’ancienne papeterie.

A la forge, c’est tout autre chose. Tout en continuant la production d’aluminium, le projet d’une Scop est lancé, rassemblant les ouvriers reprenant à leur compte les rênes de l’entreprise. Ici, les réunions rassemblent l’ensemble des salariés. On expose les conditions de fonctionnement et les risques pris. On discute, on doute, on s’enthousiasme. Ici il n’y a pas de paillettes, de musique techno comme dans l’inauguration en face, ici on ne prend pas le café en arborant une perruque colorée et farfelu. Ici on travaille comme on l’a toujours fait, sans publicité, sans ostentation. Avec l’inquiétude grandissante d’un avenir incertain.

Le film pratique systématiquement, et de façon très efficace, le montage alterné. On passe d’un côté à l’autre de la rue sans signe visible du changement de lieu. Mais on ne peut se tromper. Il n’y a pas grand-chose de commun visuellement entre les deux lieux. Le jeu de contrastes est de plus en plus poussé. Sauf qu’il y a un perdant, la Scop, lâchée par les banques. Alors que du côté de l’image la fête bat son plein, côté forge, une misérable affiche sur la grille d’entrée en appelle au président de la République et lance un appel à repreneur.

Traces de vie, 2020.

K COMME KIRDHIZISTAN.

 Ayana. Aidana Topchubaeva, Kirdhizistan, 2019, 20 minutes.

« Papa, pourquoi les filles ne jouent pas au Kok-boru ? » demande Ayana à son père. Pour toute réponse celui-ci lui expliquera comment se tenir sur sa monture, comment attraper la « chèvre », comment la caler sous sa jambe pour que l’adversaire ne puisse pas la lui arracher et comment aller la lancer sans le pneu pour marquer un point. Le père d’Ayana est très bort au Kok-boru. Avec un tel professeur, Ayana fera vite des progrès.

Le Kok-boru est un sport traditionnel, un sport de cavalier, avec des règles simples. Deux équipes s’affrontent à cheval, pour déposer une « chèvre » (empaillée) dans un en-but. Les chevaux se bouscule beaucoup. C’est ce qui fait tout le danger de ce sport. Mais Ayana est passionnée. A voir son enthousiasme à encourager son père, il n’y a pas de doute. A 9 ans, elle rêve de devenir une championne de Kok-boru. Et elle serait bien la première représentante du genre féminin dans ce sport d’hommes.

Ce film de court métrage (20 minutes) est d’abord un portrait de cette petite fille, aux yeux vifs et pétillants, pleine de vie, et qui n’a aucune peur à affronter les garçons au Kok-boru (les enfants jouent montés sur des ânes) ou à la lutte Pour le reste de son temps, quand elle ne s’entraine pas à ses sports favoris, elle garde les moutons dans la colline, à cheval.

Mais c’est aussi une vision précise de la vie d’une famille au Kirdhizistan, qui vit dans une ferme de l’élevage des moutons et des vaches. Une vie rurale, avec ses contraintes (traire les vaches tôt le matin). Les différents moments de la journée sont présenter dans des plans simples, le lever le matin, nourrir les vaches, amener les moutons dans les pâturages. Le repas du soir réunit la famille et ici aussi on utilise le téléphone portable pour communiquer avec les membres de la famille.

Un film donc qui a une portée nettement ethnographique avec ses plans fixes de l’intérieure de l’habitation de la famille d’Ayana (elle a deux sœurs) et ses vues panoramiques sur les collines environnante. Une découverte : le cinéma existe au Kirdhizistan.

Festival de Poitiers 2020.

A COMME ABECEDAIRE – Olivier Zuchuat

Cinéaste et monteur suisse. Metteur en scène de théâtre. Enseignant à l’université Paris-Est Marne la Vallée, à la Fémis et à la Head-Genève.

Afrique

Le Périmètre de Kamsé

Au loin des villages

Djourou une corde à ton cou

Mah Damba, une griotte en exil

Agriculture

Le Périmètre de Kamsé

Artiste

Matthias Langhoff – Laisser la porte ouverte

Burkina Faso

Le Périmètre de Kamsé

Camp

Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit

Au loin des villages

Commerce

Dollar, Tobin, FMI, Nasdaq et les autres

Désertification

Le Périmètre de Kamsé

Dette

Djourou une corde à ton cou

Dictature

Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit

Economie

Djourou une corde à ton cou

Dollar, Tobin, FMI, Nasdaq et les autres

Femme

Le Périmètre de Kamsé

Mah Damba, une griotte en exil

Grèce

Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit

Griot

Mah Damba, une griotte en exil

Guerre

Au loin des villages

Mali

Djourou une corde à ton cou

Mah Damba, une griotte en exil

Mémoire

Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit

Mondialisation

Djourou une corde à ton cou

Dollar, Tobin, FMI, Nasdaq et les autres

Multinationales

Dollar, Tobin, FMI, Nasdaq et les autres

Poésie

Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit

Politique

Djourou une corde à ton cou

Portrait

Matthias Langhoff – Laisser la porte ouverte

Mah Damba, une griotte en exil

Réfugiés

Au loin des villages

Sécheresse

Le Périmètre de Kamsé

Spectacle

Matthias Langhoff – Laisser la porte ouverte

Tchad

Au loin des villages

Théâtre

Matthias Langhoff – Laisser la porte ouverte

Tradition

Mah Damba, une griotte en exil

Travail

Le Périmètre de Kamsé

R COMME REFUGIES – Campements parisiens.

Bariz (Paris), le temps des campements. Nicolas Jaoul, 2020, 70 minutes.

Stalingrad, Gare du nord, La Chapelle, l’église Saint Bernard, la halle Pajol, le bois Dormoy, Château Landon, le jardin d’Éole, des lieux qui riment avec réfugiés, des quartiers de Paris où ils se sont installés – où ils ont tenté de s’installer – dans les rues, sur les trottoirs avec des matelas pour la nuit, dans des squares sous des tentes. Des espaces urbains où, n’ayant nulle part où aller, ces Africains (Soudanais ou Érythréens) fuyant la guerre dans leurs pays, se retrouvent entre compatriotes, avec leurs compagnons d’infortune.  La ville alors prend un autre visage, complétement inédit, en rupture avec les normes urbanistiques et architecturales. Nous sommes en 2015, pendant l’été. L’histoire retiendra sans doute l’appellation officielle -officialisée par les médias – de crise des réfugiés.

La première séquence du film propose une discussion entre une femme blanche et un réfugié soudanais, un entretien qui n’est pas dans sa forme destiné uniquement à la caméra. L’homme et la femme – qui parle la langue de son compagnon – « visitent » (ce n’est pourtant pas du tout du tourisme) les espaces où il a vécu, dans un campement de réfugiés, un lieu où il a pu trouver un peu de repos, avec la solidarité de ceux qui, comme lui, ont connu tous les dangers, en Libye, en Méditerranée, aux frontières de l’Europe, pour venir déposer une demande d’asile dans le pays des droits de l’homme. Un lieu dont, comme tous, il sera chassé.

Dès ce premier contact avec la réalité des réfugiés, le problème est posé : accepter un hébergement en foyer ou rester dans la rue. Pour le Soudanais – qui cette fois s’adresse directement au cinéaste, le chois s’impose de lui-même. Même si les conditions de vie dans la rue sont difficiles, elles sont préférables à ces foyers où il faut subir le comportement arbitraire et autoritaire des fonctionnaires qui y travaillent. A plusieurs reprises dans le film, la critique de ces foyers sera développée par les réfugiés, ka saleté des douches par exemples qui pousse à se questionner sut l’hygiène des lieux. Mais, est-il possible de rester longtemps vivre dans la rue à Paris ?

Le film est construit alors en deux parties successives : la confrontation avec la police et les « visites », qui seraient presque touristiques cette fois, des autorités ou de leurs représentants.

La police est mobilisée pour évacuer les lieux occupés, le square Saint Bernard par exemple. Les premières interventions essaient d’utiliser la persuasion. Mais très vite, les choses deviennent plus agressives. Le recours à la force devient alors systématique. Le film va nous plonger dans les manifestations de soutien. Des manifestations filmées au cœur même de l’action, parmi les réfugiés et les membres des associations qui les soutiennent. La caméra est extrêmement mobile. Le filmage devient de plus en plus heurté, désordonné, à mesure que la répression policière augmente, jusqu’à ce plan choc, réalisé au ralenti, un plan bref mais d’une grande violence, où les policiers chargent, boucliers en avant, le groupe de réfugiés en face d’eux.

Les représentants de la mairie de paris sont venus se rendre compte de la situation0Ils écoutent les revendications des réfugiés, la demande de conditions d’accueil satisfaisantes, au niveau de l’hébergement et de la nourriture – et la possibilité de déposer une demande d’asile. Quelles réponses sont apportées ? On a l’impression que ce qui compte avant tout pour les autorités, c’est de pouvoir évacuer les rues, de disperser les réfugiés dans des foyers et le plus possible en banlieue. Des bus sont affrétés pour cela. Les espaces des anciens campements sont nettoyés à grande eau. Mais les problèmes des réfugiés n’en seront pas résolus pour autant.

Le cinéma documentaire s’est beaucoup intéressé aux réfugiés et aux migrants, dans la jungle de Calais particulièrement. On se souviendra longtemps des extraordinaires films de Sylvain George (Qu’ils reposent en révolte) ou de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval (L’Héroïque lande, la frontière brûle). Le film de Nicolas Jaoul nous rappellera, lui, que Paris aussi a été une jungle pour les réfugiés.

B COMME BIO-FILMOGRAPHIE : Bojina Panayotova

Bojina Panayotova grandit dans les rangs des pionniers communistes en Bulgarie avant d’arriver en France avec sa famille, juste après la chute du mur. Elle étudie la philo à l’Ecole Normale Supérieure, tout en devenant accro aux thrillers du distributeur automatique de K7 vidéos. Elle décide de faire de cette addiction son métier et entre à la Fémis en réalisation. C’est là qu’elle rencontre le collectif de réalisateurs-producteurs Stank. Avec leur soutien, explore son Far East bulgare dans deux « films sauvages » plébiscités dans les festivals : le court métrage L’immeuble des braves qui remporte le Prix du meilleur documentaire au festival Silhouette et est sélectionné pour les César 2021, et le long métrage Je vois rouge qui est sélectionné à la Berlinale avant de sortir au cinéma en 2019. Elle collabore également avec le réalisateur Boris Lojkine avec qui elle co-écrit Camille, prix du public à Locarno et Bayard du meilleur scénario à Namur.

J COMME JEANNE D’ARC – Dreyer.

Falconetti. Paul Filippi, 2019, 52 minutes.

Ce film est un tombeau, au sens du Tombeau d’Alexandre de Chris Marker, une lettre personnelle, une adresse directe à une personne disparue. Une façon de lui rendre hommage et en même temps de faire retour sur sa vie, sa carrière, ses succès et ses échecs.

Paul Filippi s’adresse donc personnellement à Falconetti – elle a elle-même gommé son prénom – la grande actrice qui triomphait sur toutes les scènes de théâtre parisiennes au début du XX° siècle. Mais c’est grâce au cinéma qu’elle passa à la postérité. Repérée par Carl Dreyer, elle devint une véritable icone dans le rôle-titre du chef-d’œuvre du cinéaste danois, La Passion de Jeanne D’Arc. Et le film de Filippi devient du coup un hommage à Dreyer. Et au cinéma dans son ensemble.

Le film est construit essentiellement avec des archives d’époque où nous pouvons découvrir l’actrice du temps de sa gloire, sur les scènes de théâtre, saluant son public, ou dans la vie mondaine du Paris des années folles, à la terrasse des cafés sur les Champs-Elysées ou dans les réceptions chez ses riches admirateurs. Mais il ne s’agit là, au fond, que d’une réalité qui reste anecdotique. Ce qui importe pour le cinéaste qui se penche aujourd’hui sur cette carrière, c’est son rôle dans le film de Dreyer.

Filippi a retrouvé un entretien avec Dreyer où il raconte sa rencontre avec Faconetti. Il la repère au théâtre alors qu’il cherche qui pourra tenir le rôle de sa Jeanne d’Arc. Il sent immédiatement que derrière la façade de la diva, il y a un être en souffrance. Et c’est cette profondeur de l’actrice qu’il saura exploiter à merveille.

Dreyer raconte comment il fait entrer Falconetti dans le personnage de Jeanne D’Arc, lui demandant d’être sur le plateau de tournage très tôt le matin et la faisant attendre jusqu’à 6 heure du soir pour tourner un plan. Il y a bien sûr une relation particulière entre le metteur en scène et son actrice. C’est peut-être dans cette relation que réside l’explication de la réussite exceptionnelle du film. Filippi en fait une démonstration saisissante, en multipliant les extraits du film qui sont des gros plans du visage de Jeanne. Un filmage de son visage qui rendra l’actrice immortelle.

Filippi évoque la vie de Falconetti, ses relations avec ses parents – son père tyrannique et brutal. Il rencontre sa fille, une fille qu’elle n’a pas élevée -elle l’a confiée très vite à sa grand-mère. Il entre rapidement dans ses histoires de cœur, sa relation avec les hommes. Une vie tumultueuse à ce niveau. Et il insiste sur sa passion du théâtre et son besoin de succès. La fin de sa vie sera peu glorieuse. Son décès à Buenos Aires restera mystérieux. Même pour sa fille.

Si le tombeau est d’abord un genre littéraire et poétique (Mallarmé) ; Chris Marker en fit un genre cinématographique un peu tombé dans l’oubli. Avec Falconetti et son commentaire littéraire écrit en première personne, Filippi en reprend avec brio le flambeau.

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – Exposition périphérique de Marie Ouazzani et Nicolas Carrier

Depuis 2017, nous menons un projet de films autour de la construction du Grand Paris, de l’urbanisation de la région parisienne, de ses espaces symboliques (boulevard périphérique, urbanisme de dalle) qui représentent le basculement du monde dans l’Anthropocène, point de non retour du capitalisme, de l’importance de la végétation et des enjeux du changement climatique.

Exposition périphérique est le point de départ de ce projet.

Ce film de 52 minutes est un voyage en voiture autour du périphérique extérieur parisien et des villes qui le bordent. Il suit des « jardiniers » – personnages qui ont vécu ou vivent encore dans cette périphérie et dont les corps, mêlant les origines, s’inscrivent dans ces paysages – qui prennent soin des mauvaises herbes et plantes en pot, comme autant de propositions de résistance à l’urbanisation.

Ayant tous les deux vécu notre enfance dans le Val-de-Marne, nous avons observé l’absence de politiques urbaines depuis le précédent grand plan urbain des Trente Glorieuses, qui vit, entre 1956 et 1973, se construire périphérique, grands ensembles, villes nouvelles, zones pavillonnaires et commerciales, façonnant le paysage de cet espace extérieur de Paris que l’on nomme aujourd’hui banlieue. Aussi le lancement de ce Grand Paris, nous a donné l’envie de filmer les transformations de ce territoire pour suivre son évolution et garder une trace de ces vestiges.

Exposition périphérique documente les espaces en transition du Grand Paris, terrains vagues, friches industrielles, cités, tours et barres, pour rendre compte de l’état de ces zones frontalières. Tel un inventaire des plantes qui bordent ce boulevard, il leur donne la parole et les présente par des cartons. Mauvaises herbes qui proviennent de tous les continents, elles ont créé de nouvelles racines et se sont « naturalisées » dans ces espaces. Marginalisées comme les populations qui y vivent, elles survivent grâce à leur capacité d’absorption des gaz polluants et des particules du trafic routier ou de la pollution des sols des anciennes usines. Ces fortes émissions de gaz à effet de serre ont façonné la végétation de ces espaces et accéléré la hausse des températures. Prendre soin de ces plantes serait aussi une façon d’absorber ces pollutions et de lutter contre le réchauffement climatique.

Le film a été accompagné et soutenu par la région Île-de-France et Mains d’Oeuvres (St-Ouen), où il a été présenté lors de notre exposition personnelle Penchant orbital. Il a également été exposé et projeté en France et à l’étranger comme à la Biennale de Lagos, aux Rencontres Internationales Paris / Berlin…

Depuis, nous avons réalisé Impression météo en 2019 autour des urbanismes de dalle et des traces de phénomènes météorologiques extrêmes. Nous travaillons actuellement sur un troisième film Respiration sociale autour de la pollution des équipements sportifs de la région parisienne, il a reçu le soutien du CNAP et du DICRéAM (CNC).

M COMME MARIONNETTES – Palestine

Hakawati, les derniers conteurs. Julien Gaertner et Karim Dridi, France-Palestine, 2020, 52 minutes.

Un couple de Palestiniens, Radi et Mounira, plus très jeunes puisqu’ils ont dépassé 65 ans, l’âge qui pourrait être celui de leur retraite. Depuis des décennies, ils parcourent la Palestine à bord de leur camionnette pour proposer dans les villages un spectacle de marionnettes qui émerveillent les enfants. Une vie entièrement consacrée à leur art. Un art qui, ici plus qu’ailleurs, est un acte de résistance.

Nous parcourrons donc avec eux une bonne partie de la Palestine, une Palestine occupée. Mais ici, plus que la vision devenue habituelle de la Palestine – où les Palestiniens ne sont présentés que comme des victimes ou des terroristes – c’est la vie quotidienne de ce couple qui l’objet du film. Une vie qui n’est pas toujours facile. La camionnette connaît des pannes à répétition, ce qui, vue son aspect extérieur, n’a rien d’étonnant. Et puis il y a le vent, qui rend difficile l’installation du chapiteau. Et il faut aussi obtenir les autorisations pour le spectacle. Tant de contraintes qui finissent par devenir de plus en plus difficiles à supporter.

 

Les fils de Radi et Mounira voudraient bien d’ailleurs qu’ils s’arrêtent. Pour prendre un repos bien mérité. Pour eux, cette tournée, est – doit être – la dernière. Mais les artistes ne peuvent pas si facilement cesser toute activité. C’est le contact avec leur public qui leur manquerait avant tout. Un public d’enfants dont on peut penser qu’ils n’ont pas toujours l’occasion de rire et de s’émerveiller, et d’oublier, ne serait-ce qu’un moment, les avions et les bombes.

Ce voyage de Radi et Mounira est donc une immersion dans la Palestine actuelle, avec ses paysages désertiques et une atmosphère où l’on sent la nostalgie de la paix et une certaine résignation de la guerre. Mais il nous montre aussi, à l’opposé de la fatigue du vieux couple de marionnettistes, des enfants, nombreux, qui ont droit à l’insouciance de leur âge, et qui, dans leur enthousiasme pour le spectacle, représentent un avenir qui devrait enfin leur permettre de vivre dans la paix.

Après Radi et Mounira, qui reprendra le flambeau de cet art du conte qui fait rêver, mais qui permet aussi de dépasser le désespoir que la réalité enclenche trop souvent ? Le film n’ouvre pas la porte de l’avenir, mais si Radi et Mounira sont bien définitivement les derniers conteurs, alors la Palestine sombrera dans une nuit encore plus noire et douloureuse que toutes les souffrances occasionnées par l’occupation.

Festival du film d’éducation, 2020, en ligne.

L COMME LOUP

Des loups à la frontière. Martin Páv, République tchèque, 2020, 78 minutes.

Les loups sont de retour. En République Tchèque, dans la région de Broumov particulièrement. Et ce n’est pas du goût de tout le monde. Un sujet de discorde qui divise la population.

D’un côté les éleveurs de moutons. Ils se plaignent des dégâts causés dans leurs troupeaux par les loups. Et ils accumulent les photos de moutons et d’agneaux tués ou blessés par le prédateur. Une perte financière mais aussi un stress dû à l’insécurité. Les loups seraient de moins en moins peureux. Ils s’approchent de plus en plus des villages. Et dans les bois, il devient de moins en moins prudent d’aller chercher les champignons.

En face d’eux les défenseurs du loup, écologistes militants qui lient le problème de la présence de l’animal à la sécheresse qui sévit avec des conséquences désastreuses. Pour eux le loup protège la forêt et c’est dans la préservation de celle-ci que réside la solution du problème de la sécheresse.

Deux camps qui s’affrontent dans des débats de plus en plus virulents. Les défenseurs du loup sont taxés d’écolos naïfs. Les éleveurs sont considérés comme des gens peu instruits qui ne voient que leur intérêt immédiat. Les éleveurs portent plainte contre l’État. Ils demandent la révision de la loi qui protège les loups. Ils n’auront pas gain de cause.

Le film ne nous montre pas les loups dans la nature. Nous ne les voyons que dans quelques photos et de petites vidéos réalisées par des téléphones portables. Ce qui intéresse surtout le réalisateur, ce sont les relations sociales et les conflits suscités par la présence de cet animal mythique.

Festival Jean Rouch 2020.

A COMME AFRIQUE – Burkina Faso.

Le périmètre de Kamsé. Olivier Zuchuat, Suisse-France-Burkina Faso, 2020, 93 minutes

Le nord du Burkina Faso, une Afrique menacée par la désertification, par la famine. Une Afrique qui a soif et qui voit ses garçons les plus jeunes partir, en Côte d’Ivoire par exemple, en quette d’une vie meilleure. Comment peut-elle survivre.

L’histoire d’un village, Kamsé, qui va réagir, qui va s’organiser pour trouver une solution, pour prendre en main son avenir et qui, grâce au travail de tous, et en particulier des femmes, fera vaciller le socle de la fatalité.

Le film d’Olivier Zuchuat n’est qu’un exemple. Mais justement, il peut servir d’exemple. Parce qu’à Kamsé c’est la volonté collective qui prend en charge les destins individuels.

Dans un premier temps, il s’agit de réfléchir et de se renseigner sur les expériences qui ont fait leur preuve. Ainsi, les hommes vont se rendre en vélo et en moto, au village voisin, Goméa, qui a créé une ferme où l’eau est maitrisée grâce à des digues, où on utilise du compost et où, grâce à toutes ces techniques modernes, l’agriculture réussit à nourrir la population tout en protégeant l’environnement. Un exemple dont le village de Kamsé va s’inspirer.

Le film va suivre cette expérience pas à pas. Jusqu’au plan où les épis de mil remplissent tout l’écran.

Mais nous sommes en Afrique. Il n’est donc pas question de renoncer aux traditions, même si les techniques modernes mises en œuvre peuvent ouvrir des horizons nouveaux. Avant toute chose donc, on interrogera les anciens et on s’imprégnera de leur sagesse. Puis il s’agira de respecter le bosquet sacré, qui deviendra communautaire, mais qui restera interdit à la chasse et aux cultures. Et lorsqu’il ne pleut pas, on continuera à sacrifier des poulets.

Un mélange de modernisme et de traditionnel donc, où chacun semble trouver sa place. Le film, sans jamais se vouloir démonstratif ou explicatif, met bien en évidence cela à propos de la répartition des tâches entre hommes et femmes. Quant il s’agit, au début du film, de discuter, d’aller voir les voisins, de concevoir, de prendre des décisions, les femmes sont absente. La palabre est une affaire d’hommes. Mais lorsqu’il faut se mettre au travail de force, alors les femmes sont là et bien là, pioches à la main, et elles ne ménagent pas leur peine. Sans elles le projet n’avancerait pas. Mieux, il n’est possible que par leur travail. Un bel hommage aux africaines, en dehors de leur rôle de mère ou de cuisinière.

Un film optimiste. Mais pas totalement pourtant. La radio diffuse des informations alarmantes sur les attentats djihadistes dans le pays. L’Afrique peut-elle échapper à la douleur ?

A COMME ABECEDAIRE – Rémy Gendarme-Cerquetti

Des films dont l’implication personnelle est très forte. Un cinéma le plus souvent en première personne. Un cinéaste handicapé qui filme le handicap de l’intérieur, son handicap, tous les handicaps.

Autobiographie

Une affaire de décor

Auvergne

Riolette autopsie

Auxiliaire de vie

Une affaire de décor

Charente

Une affaire de décor

Cinéma

Une affaire de décor

Handicap

Fils de Garches

Le Désir

Une affaire de décor

Hôpital

Fils de Garches

Le Désir

Mémoire

Fils de Garches

Portrait

Riolette autopsie

Ruralité

Riolette autopsie

Soignants

Fils de Garches

Téléthon

Fils de Garches

Village

Riolette autopsie

D COMME DISPARUS – Mexique.

Persistencia. Anne Huffschmid, Jan-Holger Hennies, Mexique-Allemagne, 2019, 54 minutes.

Au Mexique, on dénombre, dit-on, 40 000 disparus. Ce qui n’est sans doute qu’une estimation. Et puisque l’Etat ne fait pas grand-chose face à ce problème, ce sont les particuliers, les mères des disparus surtout, qui partent à leur recherche. Elles n’ont pas vraiment l’espoir de les retrouver vivant. Mais si elles pouvaient retrouver quelques restes, des morceaux d’os ou de crane, cela leur permettrait de faire leur deuil et apaiserait un peu leur souffrance.

Persistencia part à la rencontre de ces mères, souvent regroupées en association, le groupe Vida par exemple, ou le collectif Solecito. Leurs propos sont toujours poignants. Et empreint d’une grande dignité. Aucune colère. Elles ne cherchent pas une vengeance. Et elles savent qu’elles ont très peu de chance de pouvoir identifier des coupables. Seulement elles ne veulent pas oublier – que ces disparus soient oubliés. Et elles ne veulent pas non plus pardonner. D’autant plus qu’elles ne savent pas qui pardonner.

Nous les retrouvons par exemple dans le désert de Coaheida, à la frontière nord du Mexique, et aussi dans la région de Veracruz. Là où des rumeurs évoques ces enlèvements, et l’existence de charniers. Les corps des disparus assassinés ont souvent été brulés et leurs os réduits le plus possible. Ce sont ces fragments que ces femmes ont appris à chercher et à identifier pour, dans un second temps les confier à des laboratoires en vue d’identification par tests ADN. Un travail long et minutieux. Mais auquel elles consacrent toute leur énergie.

Le film est bien sûr un mouvement d’alerte, de dénonciation, en soutien de ces femmes. Mais il ne cherche pas à expliquer, évoquant simplement une guerre des gangs ou laissant entendre qu’une partie de la police peut être impliquée, au moins en tant que complice. Mais il en dit long sur l’état d’insécurité, de terreur – et de non-droit- dans lequel le pays a pu sombrer. Est-il possible d’y mettre fin ?

Festival Jean Rouch 2020

C COMME CUISINE – Chinoise.

Ayi, Marine Ottogalli, Aël Théry, France, 2020, 69 minutes.

Le portrait d’une femme. Une femme chinoise. Un nom commun pour toute identité : Ayi. Originaire de la campagne, elle est venue en ville pour travailler, gagner un peu d’argent pour survivre. Cela fait 16 ans qu’elle travaille et vit à Shanghai. Côté argent, elle ne s’en sort pas trop mal. Sans rouler sur l’or pour autant. Mais assez pour subvenir à ses besoins. Le film insiste sur ses qualités. Travailleuse, elle ne rechigne jamais au travail. Généreuse, elle offre souvent à manger à ceux qui sont plus pauvres qu’elle. Sociable, dans le quartier elle a ses amies, qu’elle aide autant qu’elle peut. Bref un personnage positif, attachant, mais que le film n’érige pas pour autant en superwoman. Dans une séquence entretien, elle raconte sa vie, son mariage, la mort de son mari, ses enfants, à qui elle voulait faire faire des études. Mais le fils n’en fait qu’à sa tête. Un souci pour elle. Malgré tout, elle ne se plaint jamais. La vie du peuple chinois ne serait-elle que résignation ?

Le portrait d’une ville, une mégalopole. Shanghai. Mais pas la Shanghai moderne, celle des gratte-ciels et des appartements rutilants. Plutôt les quartiers anciens, pauvres, pas toujours très salubres. Des quartiers voués à la destruction. Pour laisser la place à des centres commerciaux ou des immeubles de bureau. Le sort des habitants expulsés ne semble pas vraiment préoccuper les autorités. Beaucoup d’ailleurs ne veulent pas partir. Pas par attachement à leur rue. Plutôt parce qu’ils ne savent pas où aller. De toute façon ils n’ont pas les moyens nécessaires. Le film montre une réunion, dans la rue, de ces habitants à l’avenir incertain. Ce qu’ils demandent avant tout, c’est le respect de leurs droits. Mais ont-ils vraiment confiance en L’État à ce niveau ?

Le portrait d’un métier. Cuisinière. Préparer des plats pour les vendre dans la rue, sur une petite charrette à bras, que Ayi cache dans la ruelle où elle vit, à l’arrivée de la police municipale. Car, comme son quartier, son activité laborieuse est menacée. Et la police peut aller jusqu’à confisquer son outil de travail. Jusqu’à présent Ayi a échappé au pire. Mais elle a dû payer des amandes. Quelle soit ancienne dans le métier ne change rien. La cuisine, elle s’y applique avec beaucoup de savoir-faire et d’habileté. Les gros plans sur les woks où elle fait sauter légumes et viandes mettent systématiquement l’eau à la bouche des spectateurs ! Ce n’est pourtant pas de la gastronomie. Mais cette cuisine simple, destinée d’abord à nourrir peut quand même stimuler les papilles grâce à ses parfums et épices.

Nous sommes bien loin de la Chine éternelle. Nous sommes bien loin de la Chine devenue capitaliste qui avance à marche forcée vers la modernité, en exhibant ses forces de l’ordre qui font des exercices dans la rue. Nous sommes bien loin aussi de la révolution culturelle. Dans un plan qui ne manque pas d’humour un des voisins désargentés de Ayi chante un couplet de l’International et crie « Vive le Président Mao ». Il n’y a que lui que ça fait rire.

Festival Jean Rouch 2020.