A votre service. Julie talon, 2025, 59 minutes.
Un lycée professionnel à Paris dans le 17e arrondissement, section Hôtellerie-restauration, On y forme les futurs employés, de la cuisine au service en salle en passant par la fonction de maître d’hôte,l des établissements de luxe voués au tourisme, genre 4 ou 5 étoiles. Ce sera répété plusieurs fois dans le film, les élèves qui sont là ne travailleront pas dans le bistrot du coin de la rue.
Le lycée pro ? Ces établissements ont leur réputation d’être des voies de garage. Les élèves sont là parce qu’ils n’ont pas pu aller en « général ». Beaucoup vont avouer qu’en troisième, là où se fait la sélection et donc se joue leur avenir, ils n’ont pas travaillé. Pour de multiples raisons bien sûr, chaque cas étant particulier. Mais le film de Julie Talon, n’a pas vocation de traiter ce problème.
La réalisatrice va suivre sur une année scolaire une classe de première, s’attachant à ces grands adolescents qui vont bientôt, au sortir du lycée, entrer dans la vie active et donc devront s’accepter comme adulte. Le passage n’est pas imminent pour eux. Il leur reste l’année de terminale où ils devront passer le bac. Mais on sent bien qu’ils y pensent et que secrètement pour la plupart ils s’y préparent, même si on a souvent l’impression qu’ls vivent encore dans le déni de tout changement.
La réalisatrice a fait le choix de ne suivre de cette année scolaire que la dimension pratique de la formation excluant donc les cours théoriques. Elle suit donc les élèves dans le restaurant d’application où ils reçoivent des clients. Et puis encore plus près de la vie réelle au cours de stages dans de vrais restaurants qui les accueillent dans un milieu de travail tout ce qu’il y a de plus réel. Dans les deux cas, ils devront apprendre à dresser les tables, mettre des nappes et mettre le couvert dans l’autre, imposé, immuable. Puis il leur faut accueillir et installer les clients avec tout le cérémonial requis, savoir présenter le menu, sans rien oublier. Et ensuite présenter les plats au moment de les servir. Ce qui est sans doute un des moments les plus stressants, d’autant plus que, tout se déroule, sous l’œil de la formatrice, qui est là, bien sûr, pour leur venir en aide en cas de besoin. Mais qui a aussi un regard évaluateur sur leur capacité d’intégrer et de répéter les directives données au préalable.
Tout ceci se déroule dans un climat souvent tendu. Mais la réalisatrice sait aussi parfaitement capter les gestes d’humour des élèves qui arrivent à détendre l’atmosphère. On sent beaucoup de solidarité entre, même si parfois certains comportements font croire qu’ils sont plutôt en situation de rivalité.
L’enseignante responsable du groupe, et qui est donc souvent en première ligne dans le film est tout ce qu’il y a de plus professionnel. Elle ne laisse passer aucune erreur. Ou le comportement presque laxiste de certains élèves, comme Moussa donc l’aspect décontracté frise souvent le « je-m’en-foutisme ». Pourtant, la formatrice a au fond une attitude bienveillante envers chacun. On sent que pour elle, ce qui compte, c’est la réussite de tous. Et lorsqu’elle reçoit les parents, elle dresse un bilan de la formation de chaque élève Objectif, mettant en valeur les qualités. Sans passer sous silence pour autant, les comportements répréhensibles. Une panne de réveil n’excuse jamais en retard ou une absence.
Un film sur les adolescents n’est réussi que s’il évite systématiquement tout jugement et se positionne à leurs côtés. Sans jamais les regarder de haut. Julie Talon a incontestablement réussi un film d’adolescent parfait.
Fipadoc, Biarritz, 2026.
