M COMME MOULLET.

Cinéaste français (né en 1937)

Luc Moullet a toujours occupé une place à part dans le cinéma français. Il débute dans la mouvance de la Nouvelle Vague dans les années 60. Mais très vite son œuvre prend une tournure personnelle, incontestablement originale. Car les films de Moullet, même ses documentaires, font rire. Ils sont faits pour faire rire, ce qui est la façon qu’a le cinéaste de ne pas laisser le spectateur indifférent, de le bousculer dans sa position de spectateur, on dirait aujourd’hui de le faire participer. Faire rire, mais pas de n’importe quel rire. Les documentaires de Moullet ne sont pas des comédies. Humour, ironie, burlesque, sont les termes qui pourraient tenter de les définir, ou de découvrir sa touche personnelle. Leur multiplicité indique cependant leur imprécision, ou leur inadéquation si on les prend isolément.

Si l’on peut parler de documentaire à propos d’une partie, importante, de l’œuvre cinématographique de Moullet, c’est d’abord parce qu’il donne une forme documentaire à ces films. De La Cabale des oursins à La Terre de la folie, Moullet enquête, sur le terrain, examine certains aspects d’une réalité (un lieu, un espace, un monde, un univers) qu’il prétend « étudier », dont il propose sinon une connaissance, du moins une vision personnelle. Et s’il nous conte une histoire, c’est celle de sa relation personnelle avec cette réalité, une réalité qui n’est pas le fruit de son imagination, mais qu’il est bien le seul à aborder comme il l’aborde.

essai d'ouverture

Faire rire, pour Moullet, découle d’abord du choix de ses sujets. Certains peuvent paraître bien futiles. La résolution des problèmes que l’on peut rencontrer dans l’ouverture d’une bouteille de Coca n’a pas la prétention de changer la face du monde (Essai d’ouverture, 1988). D’autres sont plus proches des préoccupations de l’air du temps, comme savoir ce que l’on a dans son assiette (Genèse d’un repas, 1978). Tous sont ancrés dans la vie quotidienne. Car, après tout, habiter à côté d’un terril, a nécessairement une influence sur sa perception du paysage. Mais le plus propre à faire rire réside surtout dans les interventions de Moullet lui-même dans le traitement de ses sujets. De toute évidence, il ne cultive pas la posture de star. Il fait plutôt penser à un Monsieur Hulot perdu dans une réalité dérisoire. Mais là où Tati construisait de film en film un personnage, Moullet se contente d’être lui-même. Et lorsqu’il est si maladroit qu’il en devient drôle, sa façon d’exploiter cette maladresse dans le film ne l’érige pas pour autant en jeu d’acteur.

La dimension documentaire de l’œuvre de Moullet, c’est aussi sa portée critique de la société, ou plus exactement du comportement dérisoire de nos contemporains. Dans Barres (1984), il filme tous ces voyageurs du métro qui essaient (et beaucoup réussissent) de franchir l’obstacle mis à l’entrée dans le but de les obliger à valider leur ticket. Un documentariste autre que Moullet aurait donné la parole à ces resquilleurs. Moullet se contente de les montrer à l’œuvre, jouant sur l’effet de répétition et sur le fait que voir une petite chute fait toujours rire. Son film pourrait très bien être considéré comme un film d’intervention militante (sur les comportements citoyens), mais il se garde bien d’en tirer une morale ou de faire la leçon au spectateur.

A propos de Moullet, comment ne pas signaler les deux formules frappées dans le marbre qui resteront attachées à son nom ?

Jean-Luc Godard : « Moullet, c’est Courteline revu par Brecht. »

Jean-Marie Straub : « Moullet est le seul héritier à la fois de Bunuel et de Tati. »

Signalons aussi son activité de producteur. Outre certains de ses propres films, il peut s’enorgueillir d’avoir produit Eustache (La Rosière de Pessac et Le Cochon) et Marguerite Duras (Nathalie Granger).

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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