Le son des docs.

Des bruits, il y en a de toutes sortes dans le cinéma documentaire. Et pas seulement de la musique, cette autre composante de la bande son. Un bruit qui peut devenir obsédant, tout au long d’un film qui nous propose l’exploration d’un lieu unique, pas toujours fermé d’ailleurs. Il y a les bruits de l’enfermement mais aussi ceux des grands espaces, de l’océan et de ses tempêtes. Des bruits chuchotés aussi, ceux qui demandent qu’on tende l’oreille. Mais, est-il possible de filmer le silence ?

Le bruit du tonnerre dans la tempête, le cyclone qui s’abat sur Huston avec les trombes d’eau qui bousculent les voitures et le vent qui arrache les toitures. Dans Ghost son de Nicolas Peduzzi

Le bruit des moteurs, depuis la salle des machines et dans tout le bateau. Léviathan, de Lucien Castaing-Taylor et Verena Paravel,

Le bruit de l’eau qui coule, dès la source et jusqu’à l’embouchure. La ligne de partage des eaux de Dominique Marchais.

Le bruit des arbres qu’on abat. Route one/USA de Robert Kramer

Le bruit des coups de marteau sur le burin qui sculpte le marbre. 1000 fois recommencer de Daniela De Felice

Le bruit des grenades qui explosent dans les rues de Paris, tout près de l’Arc-de-triomphe. Un pays qui se tient sage de David Dufresne. Et tous les films traversant des manifestations, de Mai 68 jusqu’aux Gilets jaunes.

Le bruit des vagues en marée basse, ce petit clapotis qui accompagne le pêcheur à main nue sous les falaises d’Etretat. La saison des tourteaux de Martin Benoist.

Le bruit de la circulation urbaine, un sourd grondement continu, jour et nuit, sur le périphérique de Rome par exemple. Sacro Gra de Gianfranco Rosi

Le bruit des bombes, souvent si prêt que même les murs de la cave tremblent. Pour Sama de Waad Al-Katead et Edward Watts

Le bruit des cloches au cou des vaches dans les alpages. Vedette de Claudine Bories et Patrice Gaignard

Le bruit des machines à coudre, tout au long de la journée (et donc du film) dans ce petit appartement parisien de deux pièces où deux sœurs cousent du tissu presque sans interruption, jour et nuit. Jour après jour de Bai Long,

Le bruit des clés dans les serrures, des portes qui se ferment. Un bruit assourdissant, bien difficile à supporter, que beaucoup d’ailleurs ne supportent pas, même s’ils n’ont pas le moyen de le fuir, de l’interrompre. Il n’y a pas de silence en prison. Parmi les films tournés en prison où ce bruit est omniprésent, on peut citer Être là de Régis Sauder.

Le bruit de l’usine, la sidérurgie surtout, les hauts Fournaux, le métal en fusion, rien de moins silencieux. A l’ouest des rails de Wang Bing.

Le bruit des marteaux-piqueurs et des cloisons qui s’effondrent. A Barcelone, un quartier ancien, populaire, en rénovation, le Barrio Chino. Des opérations immobilières où tout commence par la destruction de l’ancien. Bruyant ! En construcción, José Luis Guerin.

Le bruit des rails, dans tous les voyages en train. En Russie avec Stéphane Breton (Quelques jours ensemble, Stéphane Breton) ; en Iran (Safar, Talheh Daryanavard) aussi ou en Italie la nuit, tout au long de la péninsule. (Il passaggio della linea de Pietro Marcello). Sans oublier les voyageuses clandestines aux Etats Unis. (This train I ride d’Arno Bitschy)

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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