Le Voyage à la mer. Denis Gheerbrant. France, 2001, 87 minutes.
Denis Gheerbrant, cinéaste, part en vacances, avec sa voiture et sa tente. Il refait un périple effectué l’année précédente, de la frontière espagnole à la Camargue. Argelès, Palavas les flots, Le Grau du Roy, de camping en camping, tous différents. Il aime bien le camping, Denis, et les campeurs avec qui il discute. Il aime les filmer comme il aime filmer la mer et nous donner envie de vacances au soleil, sur les plages.
Dans les campings, il est facile d’engager la conversation avec ses voisins, une bonne manière de les observer tout en bavardant. Comme le dit le cinéaste en ouverture de son film : « Je les ai regardé. Ils m’ont regardé en retour. Nous avons partagé nos regards, notre étonnement ». Partage, le maître-mot du cinéma de Gheerbrant, mis en œuvre ici dans la vie de camping.
Parmi ces campeurs, il y a les habitués, qui reviennent tous les ans, et les novices qui sont là pour la première fois. Seuls, en couple ou en famille avec les enfants. Ils ont tous leur façon bien à eux de s’installer. Certains se contentent d’une petite tente. D’autres ont des caravanes pliantes ou des campings cars aménagés. Il y en a même qui reproduisent un chez soi avec tout leur confort habituel, la télé, la hifi, la haute aspirante et même la « chambre nuptiale » impeccable.
Cette chronique de la vie de camping ne recherche pas l’originalité. Gheerbrant filme les vagues, le ciel bleu, le vent dans les arbres. Il filme les corps allongés sur le sable, que l’on recouvre de crème ou déjà rougis par le soleil. Les enfants font des pâtés de sable. Les plus grands jouent au foot et il y en a même qui jouent aux échecs. On fait des cartes postales et on se relaxe à l’ombre ou on bronze au soleil. Les stéréotypes ne sont pas loin. Les vacances, c’est la liberté. Faire ce que l’on veut quand on veut. Plus de corvée de lessive ou de ménage. Et puis, il y a le soleil, si agréable quand on vit dans la grisaille du nord, et le grand air, indispensable lorsque l’on travaille toute l’année enfermé à l’usine. Et pour ceux qui ne sont pas encore installés définitivement dans la vie, il y a la drague et les rencontres. Le film se terminera sur des images de bal, un slow où les corps peuvent s’enlacer…
Comme dans ses autres films, on sent à chaque rencontre la sympathie qu’éprouve le cinéaste pour ces vacanciers qui ne fréquentent pas les hôtels et les restaurants des stations à la mode. Dans les campings, on rencontre surtout des gens qui travaillent dur toute l’année et dont le budget est loin d’être illimité. Gheerbrant les questionne sur leur activité professionnelle. Même en vacances, le travail reste essentiel et la coupure de l’été aura vite une fin. Le premier campeur rencontré est un CRS à la retraite. Le cinéaste découvre qu’ils ont un vécu commun, Mai 68, même si ce n’était pas du même côté de la barricade. Sa femme a quitté son travail à l’hôpital pour cause de dépression qu’elle évoque en pleurant. La dernière rencontrer est plus sereine, un couple jeune avec trois enfants en bas âge. Ils se verraient bien en avoir un ou deux de plus. Lui travaille de 5 heures du matin à 17 heures dans une fabrique de fromage. Là aussi l’émotion est au rendez-vous lorsqu’il raconte que chaque soir son fils lui demande s’il va au boulot le lendemain. « On ne te voit plus ».
Ces vacances toute simples qu’il filme, Gheerbrant les vit de l’intérieur. Mais n’y a-t-il pas là, quand même, une posture de cinéaste ? Jusqu’à quel point partage-t-il le plaisir des animations où l’on chante tous en cœur la dernière chanson à la mode en buvant de la bière ? Le regard affectueux qu’il, pose sur cette France des campings au soleil du midi n’est-il quand même un peu un regard extérieur ?

Très intéressant, adepte du camping on observe toujours ces différentes catégories de personnes que tout oppose, mais qui le temps vacances vont se mélanger.
Chaque année lors de notre séjour en Savoie, les joies du camping nous font faire de nouvelles connaisances.
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