Logement en crise

Appartement proche Paris, charme a typique. Marion Angelosanto, France, 2025, 55 minutes.

La crise du logement n’est pas un vain mot. Même lorsque on est propriétaire, on n’est pas à l’abri des tracas incessants, dus à la vétusté et à l’insalubrité., l’insécurité laisse. La réalisatrice va en faire la cruelle expérience. Elle possède un appartement à Pantin, dans le 9 3 comme on dit. Elle y vit avec plaisir. Son appartement bien aménagé, elle l’aime. Elle ne le quitterait pour rien au monde. Mais si l’appartement est une chose, l’immeuble, lui, en est une autre. Les mauvaises nouvelles vont se succéder à un rythme effréné. Que la réalisatrice n’arrive à suivre que grâce un solide pratique cinématographique.

Premier alerte, une lettre officielle. Prévenant les habitants des problèmes qui se posent et la liste ne fait que s’allonger. Beaucoup de locataires ne paient pas les charges. Les propriétaires qui n’habitent pas leur appartement se désintéressent de son sort. Des fuites d’eau sont systématiques. Le 5e étage menace de s’effondrer sur le 4e. Les appartements vides sont squattés. Et le trafic de drogue trouve souvent refuge dans le hall d’entrée. La réalisatrice nous offre de magnifiques plongées sur la Cour intérieure, devenue un terrain de jeu et de chasse des rats. Et avec tout ça, le syndic est aux abonnés absents !

Il est donc urgent de réagir et de prendre les choses en main. La réalisatrice va donc suivre l’aventure de la réhabilitation d’un immeuble en banlieue parisienne. Une aventure qui devient vite un saut d’obstacles ou même un véritable chemin de croix. Une nouvelle syndic est nommée. Très présente et active cette fois, mais elle n’est pas au bout de ses peines.

Premiers travaux entrepris, la porte d’entrée, les plâtres et les peintures du hall et de l’escalier. Tout de suite, la physionomie de l’immeuble change. Mais très vite aussi, les dégradations apparaissent, les graffitis sur les peintures neuves, la porte d’entrée est systématiquement forcée et l’installation de vidéos de surveillance n’y font. Dans les étages du haut, les disputes entre locataires plus ou moins légaux troublent toutes les tentatives de remise en état. La tâche est immense. Qui ne serait pas découragé dans une telle situation ?

Le film oscille sans arrêt entre l’optimisme et le découragement. S’il y a des avancées (l’achat d’une partie de la cour par le pharmacien qui veut agrandir son office), le gouffre financier se creuse au fur et à mesure de la découverte de nouvelles avaries. Et les relations avec les autorités, ne sont pas des plus simples. La demande de subventions en particulier. Bref con pressant de plus en plus que le magnifique immeuble remis entièrement à neuf n’est pas pour demain. Dans un autre film peut-être ?

Le film de Marion Angelosanto est donc un regard sans concession sur les difficultés de logement en banlieue parisienne en particulier. Difficultés qui doivent bien aussi exister ailleurs, mais que la situation d’une banlieue « chaude » ne fait qu’aggraver. Si la réalisatrice adopte souvent un ton détaché. Et humoristique, on sent bien que souvent elle rit jaune. Elle finira d’ailleurs par déménager. Beaucoup d’habitants des banlieues se reconnaîtront, sans doute dans une situation qui n’a rien d’exceptionnelle.

Un cri d’alerte indispensable.

Fipadoc, Biarritz 2025

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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