A COMME ABECEDAIRE – Philippe Pujol

Lauréat Etoiles de la Scam 2021 pour Péril sur la ville

Banlieue

Péril sur la ville

Marseille, ils ont tué mon fils

Education

Djellaba-basket

Extrémisme

Djellaba-basket

Femme

Marseille, ils ont tué mon fils

Islam

Djellaba-basket

Marseille

Péril sur la ville

Marseille, ils ont tué mon fils

Mère

Marseille, ils ont tué mon fils

Mort

Marseille, ils ont tué mon fils

Pauvreté

Péril sur la ville

Société

Djellaba-basket

Solidarité

Péril sur la ville

Ville

Péril sur la ville

A COMME ABECEDAIRE- Johanna Bedeau

Afrique

Bilakoro

Ariège

La Maison des cimes

Banlieue

Ma cité au féminin

Criminalité

Détenus, victimes : une rencontre

Ma cité au féminin

Vieillir à l’ombre

Dénonciation

Bilakoro

Ecole

La Maison des cimes

Excision

Bilakoro

Famille

La Maison des cimes

Femme

Ma cité au féminin

Bilakoro

Intégration

Ma cité au féminin

Justice

Détenus, victimes : une rencontre

Montagne

La Maison des cimes

Prison

Détenus, victimes : une rencontre

Vieillir à l’ombre

Réconciliation

Détenus, victimes : une rencontre

Sexualité

Bilakoro

Solidarité

La Maison des cimes

Tradition

Bilakoro

Vieillesse

Vieillir à l’ombre

N COMME NOUS

Nous. Alice Diop, France, 2020, 114 minutes.

Ce Nous-là est aussi un je. Un film personnel donc, presque en première personne, où la cinéaste n’hésite pas à apparaître, où elle évoque sa famille (avec des images d’archives familiales), ses parents disparus, sa relation particulière avec son père, et sa sœur, dont elle suit l’activité professionnelle (elle est infirmière). Et sa banlieue, celle où elle a grandi, celle où elle a vécu, où elle vit encore.

Le Nous de la banlieue, des habitants de la banlieue. Une communauté virtuelle certes, mais qui se reconnaît ne serait-ce que par la fréquentation du RER. Un itinéraire en banlieue donc, du nord au sud ou du sud su nord, peu importe la direction des trains qui se croisent ou qui s’arrêtent en gare. Des trains qui doivent bien traverser Paris, mais la Capitale reste hors-champ, comme rayée de la carte. La banlieue est suffisamment variée, diversifiée, pour alimenter toute une vie pour ceux qui y vivent, qui y travaillent, qui n’en partent jamais, ou si peu, tout un imaginaire.

Le Nous d’un territoire, d’un itinéraire dans ce territoire. Des rencontres attendues ou surprenantes, forcément contrastées, l’immigré sans papier, ceux qui pleurent la mort de Louis XVI lors d’une cérémonie dans la basilique de Saint Denis ou ceux qui pratiquent la chasse à courre, L’évocation de la shoah, et les jeux tout simples des enfants dans la nature avec un simple carton servant de luge sur l’herbe. Les grands ensembles, on ne les voit que de loin. Alice Diop les avait déjà filmés en 2006, à Clichy (Clichy pour l’exemple).

Le Nous de la littérature, de François Maspero et Pierre Bergounioux. Maspero, c’est le point de départ du film, son origine. Le film aurait pu n’être qu’une adaptation de son livre. Mais ne serait-il pas alors devenu trop sociologique ? Quant à Bergounioux, qui lit des passages de son journal, il définit en quelques mots simples, le sens profond de son écriture, le sens de toute la littérature, faire exister ceux qui ne sont jamais présents dans les systèmes de représentation, comme les paysans de Corrèze. Ce en quoi Alice Diop reconnaît le sens de son cinéma.

Le Nous enfin du cinéma. Avec des références explicites ou implicites, mais inévitables. Renoir et La règle du jeu pour le regard narquois porté sur la chasse à courre ; Robert Kramer et son itinéraire américain le long de la route numéro 1 (Route one / USA), et Gianfranco Rosi, pour ses rencontres tout aussi banales ou surprenantes faites le long du périphérique romain (Sacro GRA). On pourrait aussi évoquer bien des films sur la banlieue, et bien sûr tous ceux d’Alice Diop elle-même ; elle qui n’a jamais filmé rien d’autre, de La Mort de Danton à Vers la tendresse, en passant par La Permanence.

Le Nous du film, c’est aussi le Nous des spectateurs du film. Quel que soit leur lieu de résidence. Devant l’écran, nous partageons le même imaginaire.

A lire D COMME DIOP ALICE (La mort de Danton ; Vers la tendresse)

P COMME PERMANENCE (La Permanence)

B COMME BANLIEUE – Clichy (Clichy pour l’exemple)

Et l’Abécédaire d’Alice Diop

V COMME VILLE NOUVELLE

J’ai aimé vivre là. Régis Sauder, 2020, 90 minutes.

En parlant de Cergy Pontoise, on ne dit pas la banlieue. On dit la ville nouvelle. Pourtant à 40 kilomètres de Paris, par temps clair – pas trop pollué – depuis les hauteurs de la ville, on peut apercevoir la tour Eiffel. Dans l’incipit du film nous suivons le RER qui nous y conduit. Et dans son final nous repartons vers Paris. Entre temps nous aurons découvert la ville et ses habitants.

Une ville nouvelle donc, sans passé, sans histoire, surgie d’un vaste terrain vague où il n’y avait rien. Une architecture récente qui comporte bien des expérimentations (comme la fameuse pyramide inversée). Parmi les habitants que le cinéaste rencontre, une des premières habitantes, et des jeunes filles et jeunes garçons qui sont nés là. Celles qui passent le bac s’interrogent sur leur avenir. Il leur faudra sans doute quitter Cergy pour une université parisienne.

Régis Sauder n’habite pas Cergy, mais il y vient souvent. En particulier pour rendre visite à Annie Ernaux qui, elle, connait bien la ville puisqu’elle y réside depuis de nombreuses années. Le film est né de cette rencontre, le rencontre du cinéma et de la littérature.

La littérature ici, ce sont les textes d’Annie Ernaux, des extraits de ses livres où elle parle de Cergy, de sa relation à la ville, et du temps qui passe dans cette vie citadine. Des textes que l’autrice lit elle-même, ou bien qui sont lus par les jeunes habitants de Cergy que l’on voit parfois livre en main.

Les images sont souvent en étroites corrélation avec ces textes, sans jamais être redondants ou simplement descriptifs. Il s’agit plutôt d’une vision cinématographique de la ville, qui garde son autonomie par rapport à celle de l’écrivaine. Mais la concordance, et la juxtaposition, de ces deux visions procure un plaisir double, celui du texte et de l’image. J’ai aimé vivre là n’est pas de la littérature filmée. On devrait plutôt parler d’une connivence entre les deux modes d’expression.

Mais le film a aussi sa perspective propre, dans les rencontres que fait le cinéaste et les entretiens qui en découlent. Sauder donne une grande place aux jeunes – une ville nouvelle est elle-même dans sa jeunesse. Il suit des groupes de filles et de garçons qui effectuent une sorte de visite guidée dans les lieux caractéristiques de Cergy, les bâtiments, les places, le lac et ses jeux nautiques, le parc où on se sent à la campagne. Il les faits parler sur la ville, sur leur relation à la ville, mais surtout sur leur vie. Les loisirs tiennent une grande place, concert de musique et moment de danse.

Tout ceci donne une tonalité sereine au film, même si les lycéens s’inquiètent un peu sur le moment où il leur faudra quitter Cergy. Une tonalité que l’on doit pouvoir retrouver dans les romans d’Annie Ernaux. Une sérénité que l’on retrouve dans ce pique-nique familial qui réunit une mère antillaise et ses cinq enfants.

Il y a pourtant un moment du film d’une toute autre gravité. La patinoire a été transformée en centre d’accueil de réfugiés. Une jeune femme qui travaille là est submergée par l’émotion en évoquant la situation de ceux qui ont traversé bien des dangers pour venir jusque-là. Ses larmes sont un véritable hommage à tous les migrants.

Le film se termine par un feu d’artifice. Décidément, il fait bon vivre à Cergy-Pontoise.

A COMME ABECEDAIRE – Pedro Costa

Cinéaste portugais, il a beaucoup travaillé en France. Il est aussi l’auteur d’installations internationales (Rotterdam, Lyon, Bilbao, le Japon). C’est un habitué de festival de Locarno et il a aussi été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes.

Art

Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, cinéastes

Banlieue

En avant jeunesse !

Cap Vert

Vitalina Varela

En avant jeunesse !

Chanson

Ne change rien

Cinéma

Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, cinéastes

Comédienne

Ne change rien

Drogue

Dans la chambre de Vanda

Femme

Vitalina Varela

Ne change rien

Dans la chambre de Vanda

Lisbonne

En avant jeunesse !

Dans la chambre de Vanda

Logement

En avant jeunesse !

Dans la chambre de Vanda

Mort

Vitalina Varela

Musique

Ne change rien

Portrait

Vitalina Varela

Ne change rien

Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, cinéastes

Dans la chambre de Vanda

Portugal

Vitalina Varela

Dans la chambre de Vanda

Réalisateurs

Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, cinéastes

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – Exposition périphérique de Marie Ouazzani et Nicolas Carrier

Depuis 2017, nous menons un projet de films autour de la construction du Grand Paris, de l’urbanisation de la région parisienne, de ses espaces symboliques (boulevard périphérique, urbanisme de dalle) qui représentent le basculement du monde dans l’Anthropocène, point de non retour du capitalisme, de l’importance de la végétation et des enjeux du changement climatique.

Exposition périphérique est le point de départ de ce projet.

Ce film de 52 minutes est un voyage en voiture autour du périphérique extérieur parisien et des villes qui le bordent. Il suit des « jardiniers » – personnages qui ont vécu ou vivent encore dans cette périphérie et dont les corps, mêlant les origines, s’inscrivent dans ces paysages – qui prennent soin des mauvaises herbes et plantes en pot, comme autant de propositions de résistance à l’urbanisation.

Ayant tous les deux vécu notre enfance dans le Val-de-Marne, nous avons observé l’absence de politiques urbaines depuis le précédent grand plan urbain des Trente Glorieuses, qui vit, entre 1956 et 1973, se construire périphérique, grands ensembles, villes nouvelles, zones pavillonnaires et commerciales, façonnant le paysage de cet espace extérieur de Paris que l’on nomme aujourd’hui banlieue. Aussi le lancement de ce Grand Paris, nous a donné l’envie de filmer les transformations de ce territoire pour suivre son évolution et garder une trace de ces vestiges.

Exposition périphérique documente les espaces en transition du Grand Paris, terrains vagues, friches industrielles, cités, tours et barres, pour rendre compte de l’état de ces zones frontalières. Tel un inventaire des plantes qui bordent ce boulevard, il leur donne la parole et les présente par des cartons. Mauvaises herbes qui proviennent de tous les continents, elles ont créé de nouvelles racines et se sont « naturalisées » dans ces espaces. Marginalisées comme les populations qui y vivent, elles survivent grâce à leur capacité d’absorption des gaz polluants et des particules du trafic routier ou de la pollution des sols des anciennes usines. Ces fortes émissions de gaz à effet de serre ont façonné la végétation de ces espaces et accéléré la hausse des températures. Prendre soin de ces plantes serait aussi une façon d’absorber ces pollutions et de lutter contre le réchauffement climatique.

Le film a été accompagné et soutenu par la région Île-de-France et Mains d’Oeuvres (St-Ouen), où il a été présenté lors de notre exposition personnelle Penchant orbital. Il a également été exposé et projeté en France et à l’étranger comme à la Biennale de Lagos, aux Rencontres Internationales Paris / Berlin…

Depuis, nous avons réalisé Impression météo en 2019 autour des urbanismes de dalle et des traces de phénomènes météorologiques extrêmes. Nous travaillons actuellement sur un troisième film Respiration sociale autour de la pollution des équipements sportifs de la région parisienne, il a reçu le soutien du CNAP et du DICRéAM (CNC).

R COMME ROMANCIER.

Saint Denis roman. Claudine Bories, 1987, 52 minutes.

Un écrivain, un romancier, Bernard Noël, sollicité pour écrire un roman. Dans une ville – sur cette ville ?  On appelle cela une résidence d’écriture.

La ville, Saint Denis, en Seine Saint Denis. La ville d’un Saint. En banlieue parisienne. La ville des tombeaux des rois de France.

Dans le film l’écrivain écrit très peu. Par contre, il se promène beaucoup. Dans la ville. Dans le centre de la ville. Dans les lieux de la ville qui sont plutôt touristiques, qui sont ce que l’on visite si l’on va à Saint Denis. La basilique.

Un film de flânerie donc. De temps qui passe, plutôt vide. Du temps que l’écrivain laisse passer.

Dans son appartement, il est appelé au téléphone. Par deux fois, il répond qu’il n’est pas là.

Un film de l’absence donc. Du vide aussi. Des journées vides – sans écriture ?

Un film en noir et blanc et en couleur. Un film où le noir et blanc et la couleur se succèdent, alternent, se mélangent presque.

Un film qui laisse le spectateur s’interroger sur l’écriture. Pourquoi écrire ? Comment se lancer dans l’écriture ? Répondre à une commande, est-ce suffisant comme motivation ? Des questions auxquelles la cinéaste ne cherche pas à apporter des réponses.

Tout écrivain ne doit-il pas, un jour ou l’autre, s’interroger sur la difficulté d’écrire ?

Et dans ce film sur l’écriture, la présence d’un photographe : Robert Doisneau.

B COMME BANLIEUE – Queens.

Foreign parts. Véréna Paravel, John-Paul Sniadecki, Etats-Unis, 2010, 77 minutes.

Comment dépecer une voiture ? S’en prendre au moteur à grands coups de cisaille. De quoi lui faire pisser toute son huile. Dans l’atelier, pourtant, on les bichonne aussi les voitures, en les repeignant. Mais c’est bien la destruction qui domine. Avec le commerce. Tout se vend. Tout se négocie. Ici on ne fait pas des affaires, on se lance dans les combines.

Nous sommes à New York, contre toutes apparences. Plus précisément, nous sommes dans le Queens. Un quartier qui s’appelle Willits Point. Et que ses habitants nomment le Junkyard. Un quartier qui doit être détruit au profit d’une vaste opération immobilière de luxe. En attendant c’est un quartier salle et laid. Plein de boue et d’eau. Une rue centrale, bordée de magasins de pièces détachées et autres accessoires automobiles. Ici, c’est la récupération qui domine, dans ces véhicules voués à la casse. On y vient pour trouver ce qu’on ne trouve pas ailleurs, et au prix le plus bas, qu’on peut toujours faire baisser.

Les cinéastes filment surtout cette rue, entrant de temps en temps dans un bar ou un drugstore. Dans la rue il y a ceux qui « accueillent » les clients potentiels, les dirigeant vers un magasin spécialisé, ou partant à la recherche de la pièce demandée et en négociant le prix. Une sorte de travail qui ne rapporte pas toujours beaucoup. Mais il faut savoir se débrouiller pour survivre.

Le film se déroule au fil des saisons0 Chaleur l’été et neige l’hiver. Et surtout de l’eau, beaucoup d’eau. Les pluies d’orage provoquent des inondations, mais cela n’empêche pas les déplacements, de l’eau jusqu’aux genoux ou en cherchant des appuis sur les façades des boutiques. Nous passons d’une situation à l’autre sur un rythme très rapide. Des petites touches qu’on aimerait parfois prendre le temps d’approfondir un peu plus. Mais on finit par s’habituer. Au faut c’est la vue d’ensemble qui compte. Le rythme du film est celui du quartier.

Dans cette immersion, nous rencontrons quand même quelques personnages. Un couple par exemple. Elle dit être la seule blanche du quartier, ce qui l’expose particulièrement. Elle est filmée dans la voiture où elle passe ses nuits, armée d’une clé métallique pour se défendre, au cas où. Elle attend son compagnon qui est en prison pour trafic de drogues. Le jour de sa libération, c’est la fête pour eux.

La fête, il y en a une autre, pour l’anniversaire de Julia. Le gros gâteau est découpé en gros plan. Et on danse sur un rythme portoricain. Une communauté très présente ici.

Ce fil nous donne une vision de l’Amérique bien différente de celle que l’on peut avoir du centre de Manhattan. Mais les cinéastes n’insistent jamais sur la misère. Les moments de découragements existent, mais ne durent jamais très longtemps. La vie reprend toujours son cours. Même si plus personne ne semble croire encore au rêve américain.

B COMME BANLIEUE – Chicago.

Public Housing. Frederick Wiseman. Etat Unis, 1997, 190 minutes.

            Il y a une veine sociale dans le cinéma de Wiseman et Public Housing en est la parfaite illustration. Certes, il ne s’agit pas d’un film militant et l’on ne peut pas dire que Wiseman soit un cinéaste engagé. Mais, s’il ne soutient pas une cause déterminée, on sent bien, par les sujets qu’il aborde et la façon dont il les traite, qu’il n’est pas insensible à la misère du monde et aux difficultés de la population qu’il filme.

Le film s’ouvre sur des plans fixes, en plongée ou à ras du sol, sur des immeubles de brique, puis sur les habitants du quartier, tous noirs. Nous sommes à Chicago, dans une cité de banlieue dénommée Ida B. Wells. On y trouve les mêmes problèmes que dans les banlieues françaises, le chômage, l’oisiveté des jeunes, les rivalités entre gangs, la violence, la drogue. Beaucoup d’appartements sont insalubres et envahis par les cafards. Mais tous ne sont pas logés et il y a un nombre important de SDF. Ce quartier est un ghetto.

            La police est omniprésente dans le film, parce qu’elle est omniprésente dans le quartier. La séquence d’introduction qui plante le décor se termine par une voiture de police qui fonce sur une avenue, sirène hurlante. Dans les plans de rue pris au pied des immeubles qui jalonnent tout le film, il n’est pas rare de voir deux policiers en patrouille ou fouillant des hommes, mains sur un mur. Plusieurs séquences sont d’ailleurs consacrées à l’action des policiers, comme si ceux-ci avaient accepté que l’équipe du cinéaste les accompagne dans leur travail. Nous assistons ainsi à des interpellations, une jeune femme, ancienne droguée, à qui le policier donne des conseils pour s’en sortir, un petit groupe de jeunes soupçonnés d’avoir volé un réfrigérateur, des inconnus dans le quartier dont ils contrôlent l’identité. Un soir, un vieil homme, lui aussi toxicomane, se réfugie au poste de police car il est poursuivi par un gang à qui il doit de l’argent. Tous ceux qui sont ainsi interrogés par les policiers ont déjà eu affaire à la justice. Beaucoup ont déjà été condamné et ont fait de la prison. La consommation de toutes sortes de drogues est générale. Le tableau est particulièrement sombre.

Ici pourtant, la population ne semble pas en conflit ouvert avec les policiers. On a même l’impression qu’ils sont relativement bien acceptés, comme faisant partie du décor et assurant par leur présence un minimum d’ordre. S’il y a dans les rues que filme Wiseman beaucoup d’oisifs et de désœuvrés, et si quelques jeunes s’enfuient en courant à l’arrivée de la patrouille, on est loin de l’état de non droit dont on dit qu’il s’est généralisé en France. L’ambiance du film n’est pas pesante, sauf peut-être dans la séquence consacrée à l’épicerie de nuit où les clients sont servis à travers un tourniquet derrière des grilles. Mais lorsqu’une équipe de télévision vient filmer quelques plans, les figurants pris dans le quartier s’en donnent à cœur joie. Le film passe ainsi souvent sans transition à des plans qui évoquent les vacances (le film est tourné en été et les jeunes jouent aux cartes sur les pelouses ou au basket) à des séquences plus sombres, dans les appartements de personnes âgées, comme cette vieille femme qui peine à éplucher quelques feuilles de légumes pendant qu’un plombier répare la fuite d’eau dans sa salle de bain. D’autres plans sur les façades des immeubles cadrent de façon rapprochée des enfants qui jouent sur des balcons, derrière des grillages. Wiseman veut-il nous faire sentir que leur destin risque fort de les conduire vers la prison ?

Face à toutes ses difficultés, le quartier ne reste pas passif. Bien des habitants que filme Wiseman ne sont nullement résignés et dépensent beaucoup d’énergie pour essayer d’améliorer le sort de leur communauté. C’est le cas d’Hellen Finner, responsable du conseil des habitants, filmée alors qu’elle essaie de trouver un appartement pour une femme qui se retrouve à la rue avec un bébé. Pour elle, il est inacceptable qu’il y ait des gens sans logis alors que des appartements sont inoccupés dans le quartier. Le problème n’e semble pourtant pas facile à résoudre. Nous retrouverons Hellen plus loin dans le film, toujours au téléphone, se débattant pour trouver des solutions aux difficultés des habitants de ce quartier dont elle est elle-même issue. Un bel exemple de solidarité.

Wiseman filme la pauvreté et la misère mais le ton de son film n’est jamais désespéré. Il y est question de violence, mais Wiseman ne la filme pas. Il n’y a pas d’émeute à I. B. Wells. Le film met plutôt en évidence le travail des associations et des gens qui œuvrent pour améliorer le sort de leur communauté. Dans le film des solutions existent. Des opérations sont lancées, souvent par des initiatives privées, comme l’opération propreté et l’opération lavage de voiture. Des actions éducatives sont menées auprès des jeunes, dans un collège et même dans une maternelle où une marionnette met en garde les enfants contre les dangers de la drogue. « Si tu aides, tu seras aidé dit un habitant lors d’une réunion visant à mobiliser en vue d’actions d’entraide. Le film se termine par une conférence faite par un ancien joueur de Basket. Il a une fonction officielle mais il se présente comme un « frère ». Son discours vise à pousser les jeunes à créer des entreprises. Pour lui, c’est la solution. Le film ne dit pas si ses interlocuteurs y croient vraiment.

A COMME ABECEDAIRE – Hélène Milano.

Des rencontres avec des adolescentes et des adolescents -mais aussi des personnes du troisième âge – dans les banlieues ou des lycées professionnels. A l’écoute de leur parole, évoquant en toute simplicité leur vie, leurs problèmes, leurs espoirs et leurs rêves. Un cinéma de l’authenticité.

Adolescence

Dans la tête d’un zèbre

Les Charbons ardents

Les Roses noires

Rêve de Casaques

Amour

Les Charbons ardents

Nos amours de vieillesse

Banlieue

Les Roses noires

Cheval

Rêve de Casaques

Courses

Rêve de Casaques

Différence

Dans la tête d’un zèbre

Ecole

Rêve de Casaques

Exclusion

Dans la tête d’un zèbre

Les Roses noires

Femme

Les Roses noires

Homme

Les Charbons ardents

Jockey

Rêve de Casaques

Langage

Les Roses noires

Lycée professionnel

Les Charbons ardents

Masculin

Les Charbons ardents

Mort

Nos amours de vieillesse

Normandie

Rêve de Casaques

Portrait

Dans la tête d’un zèbre

Rêve

Rêve de Casaques

Vieillesse

Nos amours de vieillesse

A COMME ABECEDAIRE – Chantal Briet.

Accidents domestiques

Vers un terrain sûr

Adolescence

L’Année des lucioles

Un enfant tout de suite

Parlez-moi d’amour

Amour

Parlez-moi d’amour

Apprentissage

J’habite le français

Art

L’Année des lucioles

Alzheimer

J’ai quelque chose à vous dire – Le temps du diagnostic – Chez soi – Deux jours par semaine

Banlieue

Alimentation générale

Vers un terrain sûr

Printemps à la source

Commerce

Alimentation générale

Printemps à la source

Enfants

Vers un terrain sûr

Un enfant tout de suite

Enseignement

L’Année des lucioles

J’habite le français

Etudiants

L’Année des lucioles

Famille

Un enfant tout de suite

Femme

Un enfant tout de suite

Fils

Des huîtres et du champagne

Gens du voyage

Vers un terrain sûr

Immigration

J’habite le français

Alimentation générale

Inch Allah

Intégration

J’habite le français

Langue

J’habite le français

Maison de retraite

Des huîtres et du champagne

Maladie

J’ai quelque chose à vous dire – Le temps du diagnostic – Chez soi – Deux jours par semaine

Maternité

Un enfant tout de suite

Portrait

Alimentation générale

Roubaix

Inch Allah

Témoignages

J’ai quelque chose à vous dire – Le temps du diagnostic – Chez soi – Deux jours par semaine

Vieillesse

Des huîtres et du champagne

B COMME BANLIEUE – Musique.

93 la belle rebelle. Jean-Pierre Thorn, 2010, 73 minutes.

         Connaissez-vous la musique des banlieues ? La musique qui vibre au cœur des banlieues, une banlieue qui se sait créative, ne faisant qu’un avec sa musique, une musique vivante, constituant la raison de vivre de tous ces jeunes qui la pratiquent ? Une musique qui donne une image de la banlieue qui échappe aux clichés.

         93 La belle rebelle est l’histoire de la vie musicale de Seine-Saint-Denis, depuis le premier déferlement du rock chez les yé-yés des années 60 jusqu’à la vague rap des années 2000. En même temps, le film montre l’évolution de ce département qui deviendra le symbole de la banlieue française et de ses échecs. Un département qui pourtant pouvait offrir des raisons d’espérer une vie meilleure à ses habitants. Ceux qui trouvaient justement dans la musique le moyen de se construire un avenir, une vie à leur dimension.

         Thorn rencontre donc les figures de proue de ces jeunes musiciens qui vont participer à la révolution de la scène musicale française qui marquera la seconde moitié du XX° siècle. Il nous fait d’abord écouter leur musique, par des extraits d’émissions de télévision, ou de concert, des moments de répétition aussi et des prestations privées, rien que pour le film. Nous pouvons ainsi voir et entendre NTM, dès le pré-générique et que nous retrouvons dans la seconde partie du film consacrée au Hip Hop, au rap et au Slam, avec entre autres Dee Nasty, Casey, B-James, Abdel Haq, bams et Grand Corps malade. Les années 60 étaient celles du rock. Puis vint la radicalisation contestatrice très politisée du Punk qu’évoque longuement Bérurier noir. Et même, en dehors de ces tendances électriques, un accordéoniste comme Marc Perrone.

Toutes ces musiques issues de la banlieue chantent ses difficultés, sa misère, mais aussi ce qui en fait la grandeur, l’amitié et l’entraide. Les entretiens qui accompagnent les séquences musicales la force du lien qui relie ces banlieusards à ce territoire qu’ils savent déshérité et laissé pour compte de la société française, mais qui fait partie d’eux-mêmes et pour lequel ils manifestent un profond attachement. Si la violence conduisant aux émeutes de 2005 est toujours présente sous forme larvée, on sent bien que c’est le chômage, les rapports plus que tendus avec la police (et donc toute forme d’ordre et l’Etat en général) et les images négatives que véhiculent les médias qui vont l’exacerber jusqu’à l’explosion.

         Côté histoire de la banlieue, le film montre, à partir d’extraits de journaux télévisés, de reportages et de films, les différentes étapes de la longue mais régulière dégradations des conditions de vie des habitants du 93. Nous suivons le rythme effréné des premières constructions d’immeubles pour pouvoir supprimer les bidons villes. Puis c’est l’édification des barres dans les cités et leur destruction lorsqu’elles sont devenues invivables. « Ici, rien ne peut faire patrimoine », belle formule d’un ouvrier de banlieue ! Vu avec un peu de recul et en plongée, le paysage révèle immédiatement le désordre, l’accumulation des usines, des hangars et des immeubles sans aucune logique. Pourtant, la cité des 4000 à La Courneuve, « c’était Hollywood » en comparaison aux conditions de logement antérieures. Mais ne sont restés là que ceux qui n’avaient pas les moyens d’aller vivre ailleurs. Ceux qui ne disposent d’ailleurs d’aucun moyen pour envisager quelque changement que ce soit.

         Existe-t-il encore des images de cette banlieue d’avant son délabrement. Oui nous dit le chanteur accordéoniste, dans quelques films dont celui que Jean-Luc Godard réalisa en 1967, Deux ou trois choses que je sais d’elle. Sans le cinéma, la banlieue n’existerait que dans les images de la télévision qui n’en montre que les aspects les plus spectaculairement négatifs. Le film de Jean-Pierre Thorn contribue lui à lui donner des lettres de noblesse.

B COMME BANLIEUE – Clichy

Clichy pour l’exemple. Alice Diop. France, 2006, 50 minutes.

         Il y a un avant et un après 2005 à propos des banlieues. La télévision, bien sûr s’est mobilisée pendant les émeutes et immédiatement après. Reportages, enquêtes, il s’agissait de rendre compte des événements, rarement de les analyser en profondeur. Il est banal de dire que la télévision est condamnée à l’immédiateté. Le cinéma documentaire, lui, prétend prendre le temps de la réflexion, avec le recul nécessaire pour ne pas être influencé par l’air du temps, les discours officiels et les stéréotypes de tout poil. Les documentaires sur la banlieue sont alors un bon indicateur de l’état de la société et de la pertinence des analyses qu’elle est capable de développer sur elle-même.

         Le film d’Alice Diop trouve son origine, comme d’autres de la même époque, dans les émeutes de 2005. Il est d’ailleurs dédié à Bouma Traoré et Zyed Benna, les deux adolescents dont la mort, à Clichy-sous-Bois, fut leur point de départ. Automne 2005, « les banlieues se rappellent à la République ». Il s’agit alors, presque un an après, de comprendre la révolte des jeunes de ces cités, ce ras le bol qui dégénéra en tant de violence. Les problèmes que connaissaient alors les habitants de ces quartiers défavorisés ont-ils disparu? La cinéaste ne cherche pas à dresser un bilan des actions qui ont été entreprises et de ce qui reste à faire. Elle filme certains aspects de la vie quotidienne. Et surtout, elle donne la parole aux habitants, les jeunes en particulier, ceux qui au sortir de l’école ne trouvent pas de travail, même s’ils ont décroché un diplôme, un BTS par exemple. Ce qui s’exprime alors c’est « la souffrance du quotidien ».

         Le film s’ouvre sur l’évocation de l’action d’association comme « Assez le feu » dont le bus effectue un tour de France des quartiers pour constituer un cahier de doléance. Il se termine sur l’intervention du maire de Clichy, dont les propos ont un certain goût d’impuissance. Entre les deux, les problèmes du logement, de l’école, du travail et des transports seront abordés à travers des cas concrets ayant valeur d’exemples parmi tant d’autres. Le logement, ce sont ces grands immeubles regroupés en cités dont des vues d’ensemble nous donnent une idée de leur concentration. Des plans sur Les cages d’escalier recouvertes de tags suffisent à montrer la détérioration, sans parler de cet appartement où il faut enlever la moquette à en cause d’infiltration d’eau. Pour l’éducation, nous assistons à un conseil de classe de fin de troisième en collège. Certains élèves, ceux qui ont les meilleurs résultats, sont orientés vers une seconde générale, les autres en BEP. Il est clair qu’ils n’auront pas tous les mêmes chances dans la vie. Mais de toute façon, trouver du travail à Clichy, quand on est de Clichy, même si l’on fréquente assidument la mission locale, est quasiment mission impossible, comme nous le montre le cas de ce jeune quoi n’a jamais « le profil » pour tous les emplois auxquels il postule. Le problème du transport est enfin évoqué dans une réunion des élus du département. Le maire de Clichy plaide pour que sa ville soit enfin désenclavée. Mais visiblement les élus des autres communes n’ont pas l’air particulièrement prêt à le soutenir.

         L’avenir de Clichy peut-il s’éclairer ? Certes, le film offre une note optimiste à travers ces jeunes qui repeignent des cages d’escaliers et ces enfants qui les décorent. Mais cela suffira-t-il à éviter un nouvel embrasement des cités ?

B COMME BANLIEUE – Val Fourré.

Chroniques d’une banlieue ordinaire. Dominique Cabréra, 1992, 55 minutes.

         Cette banlieue, c’est le Val Fourré. Une banlieue idéale. Du moins si l’on en croit les images d’archive que la cinéaste place en pré-générique de son film. Des images qui devaient faire rêver. Le commentaire, grandiloquent, vante la modernité de ce nouveau quartier où tout a été pensé, les espaces verts à l’extérieur, les jeux pour enfants, les parkings. Les immeubles HLM, les tours, les appartements flambant neufs, vont permettre de vivre dans le plus grand confort. La cité représente alors la promesse d’une vie meilleure. Des images qui surprennent aujourd’hui, mais qui nous replacent dans le contexte d’une époque que l’histoire récente des banlieues rend bien difficile à imaginer et à comprendre.

         Qui étaient ceux qui sont venus vivre dans cet eldorado si bien vanté par la publicité promotionnelle ? Et comment y ont-ils vécus ? Au moment de la réalisation du film, 1992, les tours du Val Fourré viennent d’être fermées, abandonnées, vidées de leurs habitants en dehors de quelques squatters. Et le film s’achèvera sur les images de leur destruction.

         Dominique Cabréra retrouve ces anciens locataires, des hommes, des femmes, des enfants, de tout âge, de toute origine. Des arabes, des africaines, des travailleurs français. Tous ont vécus de longues années dans ces tours. Tous y ont leurs souvenirs, qu’ils évoquent avec beaucoup d’émotion. Ils nous montrent les différentes pièces de leurs anciens appartements, la cuisine, les chambres, la place de la télé dans le salon, les papiers peints qu’ils avaient remplacés, la vue par les fenêtres ou le balcon, plongeant sur le quartier. Se replonger dans son passé, c’est revenir vingt ans en arrière, une autre époque, une autre vie. Pour beaucoup, c’était l’époque de leur jeunesse. Cela ne s’oublie pas.

         En vingt ans, la vie a changé, le quartier a changé, et eux aussi ont changé. Au début, la vie dans les tours, c’était vraiment bien. Il y avait un esprit de communauté Tous se connaissaient et les voisins étaient des amis. Il y avait beaucoup de français, et même des riches. Et puis, peu à peu, cette mixité sociale a disparu. Les plus aisés sont partis les premiers. A la fin il n’est resté là que ceux qui ne pouvaient pas aller ailleurs. Les tours se sont dégradés. Plus rien ne fonctionnait. Même les ampoules des paliers étaient volées. Comme le dit le médecin qui avait là son cabinet, c’était devenu invivable. Et le seul couple de français (c’est comme cela qu’ils se présentent) qui habite encore dans le quartier se sent bien isolé.

         A travers ces rencontres, c’est toute l’histoire des banlieues qui est retracée. La lente dégradation des conditions de vie. La naissance des ghettos. Dans une des dernières séquences, Cabréra filme une enseignante et ses élèves réunis sur une terrasse. Un de leur camarade est mort au poste de police par manque de soin. Un des garçons présents évoque les émeutes qui suivirent : tout casser pour se venger. Une séquence prémonitoire.

A COMME ABECEDAIRE – Dominique Cabrera

Administration

Une poste à La Courneuve

Algérie

Rester là-bas

Ici là-bas

Amour

Demain et encore demain – Journal 1995

Autobiographie

Grandir

Demain et encore demain – Journal 1995

Banlieue

Une poste à La Courneuve

Réjane dans la tour

Rêves de ville

Chronique d’une banlieue ordinaire

Un balcon au Val Fourré

J’ai droit à la parole

Cinéma

Ranger les photos

Colonialisme

Rester là-bas

Contestation

Notes sur l’appel de Commercy

Famille

Grandir

Demain et encore demain – Journal 1995

Femme

Demain et encore demain – Journal 1995

Réjane dans la tour

Gilets jaunes

Notes sur l’appel de Commercy

Habitat

Chronique d’une banlieue ordinaire

J’ai droit à la parole

Histoire

Le Beau Dimanche

Immigration

Rêves de ville

Rester là-bas

Mémoire

Grandir

Chronique d’une banlieue ordinaire

Pauvreté

Une poste à La Courneuve

Photographie

Ranger les photos

Politique

Notes sur l’appel de Commercy

Le Beau Dimanche

Révolution

Le Beau Dimanche

Théâtre

Un balcon au Val Fourré

Travail

Une poste à La Courneuve

Réjane dans la tour

A COMME ABECEDAIRE – Alice DIOP.

Une constante : sa propre vie, ses origines (le Sénégal par ses parents), l’immigration, la banlieue,

Accueil

La Permanence

Acteur

La Mort de Danton

Amour

Vers la tendresse

Banlieue

Clichy pour l’exemple

La Mort de Danton

La Tour du monde

Immigration

Les Sénégalaises et la Sénégauloise

La Permanence

La Tour du monde

Intégration

Clichy pour l’exemple

La Mort de Danton

Famille

Les Sénégalaises et la Sénégauloise

LGBT+

Océan

Machisme

Vers la tendresse

Préjugés

La Mort de Danton

Vers la tendresse

Prostitution

Vers la tendresse

Révolte

Clichy pour l’exemple

Sénégal

Les Sénégalaises et la Sénégauloise

Théâtre

La Mort de Danton

S COMME SWAGGER – Image.

Un film, une image. Swagger d’Olivier Babinet

Qu’est-ce qui est le plus séduisant, le plus attirant, dans le personnage central qui tient le rôle de la star ? Son manteau de fausse fourrure ? Son nœud papillon ? Ses lunettes de soleil ? Sa posture, ce port altier, princier dirait-on presque, mais avec tant de naturel ? Sa démarche, qu’on imagine lente, mais décidé, donc pas si lente que ça, on devrait même dire plutôt rapide, sous les acclamations ?

Un grand moment de détente entre deux cours, puisque nous sommes dans un établissement scolaire. La vie de bahut qui n’est donc pas si triste qu’on veut bien le dire. Où des jeux collectifs, systématiquement tournés vers le fun, respirent l’enthousiasme, loin de toute violence, de toute résignation, de tout renoncement.fausse

L’image a une construction plutôt classique, avec son personnage central mis fortement en évidence. Mais aucun – ou presque aucun – regard n’est tourné vers lui. Et du coup, la scène n’a rien de statique. Tous ces élèves se dirigent vers nous, dans le hors-champ où est placée la caméra, cet espace si souvent oublié, nié, supprimé, au cinéma.

Si cette image met en avant un personnage, en réalité c’est bien une image de groupe. Un groupe sans lequel le personnage n’existe pas. C’est bien pour les élèves ici réunis dans un lieu de passage de l’établissement que la scène se déroule. Et elle ne peut en aucun cas se dérouler ailleurs. Surtout pas dans une salle de classe, ni même au réfectoire ou à la bibliothèque par exemple. Ici les élèves déboulent depuis une porte invisible. Ils arrivent vers nous. Ils vont passer devant nous. Allons-nous les suivre ?

Ces élèves présents autour de la star ne sont pas de simples figurants ou des faire-valoir. Ils sont là pour créer l’ambiance et donner sens à la scène. Comme ils sont presque tous « de couleur », on peut imaginer que nous sommes dans un établissement de banlieue. Du coup ce sont toutes les représentations négatives de ces ghettos qui sont foulées au pied. En tout cas, ils participent effectivement, joyeusement à la fête. Les sourires sont rayonnants. Et les deux jeunes filles qui encadrent la star – ses gardes du corps – sont elles aussi starisées. Dans le fond de l’image, on ne distingue pas vraiment les visages de tous les élèves, mais il s’agit avant tout de faire foule. Rien n’évoque la solitude ou l’isolement. Tous sont pris dans le même élan. Dans le même moment de plaisir. Et si la gloire ne dure pas vraiment un quart d’heure, elle est intensément partagée par tous.

Et ici, pas besoin de tapis rouge pour être une star.

Sur le film dans son ensemble lire : https://dicodoc.blog/2017/08/08/s-comme-swagger/

B COMME BANLIEUE – Les Bosquets.

Les Bosquets, Florence Lazar, 2010, 50 minutes

La cité des Bosquets à Montfermeil est en travaux. Les immeubles vont être réhabilités, rénovés. Des tours vont être détruites. Il était sans doute temps de mettre fin à la décrépitude, de montrer que la banlieue peut encore être vivable. Un grand projet d’urbanisme va être mis en œuvre. Une excellente occasion de se pencher sur le vécu des habitants de ces quartiers où prirent naissance les émeutes de 2005.

bosquets 1

Florence Lazar filme la cité en longs plans fixes, presque sans mouvement, sans action notoire. Comme si une torpeur s’abattait sur elle dans l’attente du changement. Les seuls moments où il semble se passer quelque chose, ce sont les réunions d’information, la présentation en images de synthèse du nouvel aspect de la ville. En attendant, les habitants ne semblent pas particulièrement concernés. Certains s’interrogent sur les nouvelles couleurs des façades, mais les nouveautés annoncées ne soulèvent pas les passions. Chacun continue sa vie comme si de rien n’était, comme ces deux femmes, assises l’une en face de l’autre sur un tapis posé dans l’herbe. Elles ne savent pas trop de quoi parler. Elles restent ensemble, tout simplement.

La vie en banlieue peut-elle changer ? Le film ne cherche pas une réponse. La cinéaste, d’ailleurs, ne pose pas la question aux habitants qu’elle filme. Les pelleteuses creusent le sol. Des enfants jouent sur un tas de sable. Les plus grands discutent et rient. La plupart du temps, les paroles que nous entendons viennent du hors-champ, sans que nous sachions très bien qui les profère. Un procédé qui interdit toute proximité avec les personnes filmées. Même les gros plans de visages restent impersonnels. Le film ne cherche pas à faire pénétrer le spectateur dans la cité, à lui faire partager les problèmes des banlieues. Mais l’urbanisme réussira-t-il à faire que la cité ne soit plus un « quartier de ouf » ?

bosquets 3

Le film est très lent, statique, sans commentaire, sans aucune prise de position. Une simple photographie de la réalité, ou du moins de ses aspects les plus visibles de l’extérieur, les plus superficiels. Nous ne pénétrons pas dans les immeubles, pas même dans les cages d’escaliers. Les deux seuls travellings du film nous montrent les façades éventrées par les travaux, au raz de la rue. Le temps semble s’être arrêté. Cette impression de vide est-elle trompeuse ? Le feu ne couve-t-il pas sous ce calme apparent ? La banlieue a-t-elle un avenir ?

B COMME BANLIEUE – Filmographie.

Il y a un avant et un après 2005 à propos des banlieues. La télévision, bien sûr, s’est mobilisée pendant les émeutes et immédiatement après. Reportages, enquêtes, il s’agissait de rendre compte des événements, rarement de les analyser en profondeur. Il est banal de dire que la télévision est condamnée à l’immédiateté. Le cinéma documentaire, lui, prétend prendre le temps de la réflexion, avec le recul nécessaire pour ne pas être influencé par l’air du temps, les discours officiels et les stéréotypes de tout poil. Les documentaires sur la banlieue sont alors un bon indicateur de l’état de la société et de la pertinence des analyses qu’elle est capable de développer sur elle-même.

         Les films récents filment le plus souvent ceux qui vivent dans les banlieues, ceux qui ont choisi d’y vivre, ceux qui ne peuvent pas faire autrement, ceux qui ne désirent rien d’autre que d’aller vivre ailleurs. Les jeunes, les adolescents surtout, y occupent une grande place. Dans leur scolarité bien sûr (les collèges de banlieue comme exemple type des difficultés du métier d’enseignant), mais aussi dans leur vie sociale, leurs relations de groupe ou même de couple. Les jeunes de banlieue ce sont ceux qui font peur quand ils descendent en ville, et ils sont de plus en plus souvent identifiés comme « casseurs » dans les manifestations violentes. Comment peuvent-ils échapper aux stéréotypes ?

Y a-t-il donc une vie dans les banlieues ? Une vraie vie, avec du lien social et de la culture, avec de la solidarité et de l’entre-aide. Une vie où la mixité sociale peut être une réalité et la pluralité culturelle une richesse. Une banlieue dont le cinéma nous dit qu’il est permis de rêver.

Filmographie sélective.

 9-3 Mémoire d’un territoire de Yamina Benguigui, 2008.

On dit 9-3 pour ne pas dire 93 ? Pas vraiment une coquetterie, plutôt un tic de langage. Pour éviter de dire le vrai nom, Seine-Saint-Denis, de ce département pas comme les autres. Pour bien marquer son côté à part, sa différence, son caractère unique. Une dénomination lourde de sous-entendus, tous négatifs. Si l’on vient du 9-3, tout de suite on est repéré, et pas vraiment à son avantage.

Le film commence par quelques images rapides des émeutes de 2005, en pré-générique. Des émeutes qui éclatèrent à Clichy-sous-Bois à la suite de la mort de deux adolescents poursuivis par des policiers. Le film leur sera d’ailleurs dédié et un de ses deniers plans montrera la douleur des familles et des amis lors des obsèques. Les émeutes débutèrent dans le 9-3, mais se répandirent rapidement dans toute la France, dans toutes les banlieues à risque, révélant un malaise profond, interpellant tous les pouvoirs, locaux et nationaux, mais aussi l’ensemble de la population. Avec ce déferlement de violence, le 9-3 ne pouvait qu’être encore plus stigmatisé.

 

 93 la belle rebelle de Jean-Pierre Thorn, 2010.

Connaissez-vous la musique des banlieues ? La musique qui vibre au cœur des banlieues, une banlieue qui se sait  créative, ne faisant qu’un avec sa musique, une musique vivante, qui constitue la raison de vivre de tous les jeunes qui la pratiquent. ? Une musique qui donne une image de la banlieue qui échappe aux clichés.

93 La belle rebelle est l’histoire de la vie musicale de Seine-Saint-Denis, depuis le premier déferlement du rock chez les yé-yés des années 60 jusqu’à la vague rap des années 2000. En même temps, le film montre l’évolution de ce département qui deviendra le symbole de la banlieue française et de ses échecs. Un département qui pourtant pouvait offrir des raisons d’espérer une vie meilleure à ses habitants. Ceux qui trouvaient justement dans la musique le moyen de se construire un avenir, une vie à leur dimension.

 

 Alimentation générale de Chantal Briet, 2005

L’épicerie d’Ali pourrait être le centre du monde. Ce n’est que le centre d’une cité de banlieue. Mais c’est déjà beaucoup. C’est même tout à fait essentiel pour les habitants de la cité. Le seul commerce ! Un lieu de rencontres. Où l’on peut boire un café en discutant. Où l’on peut passer le temps. Combler un moment sa solitude. Où trouver un accueil permanent pour ceux qui n’ont pas d’autre lieu pour continuer à vivre. Et même trouver quelques occupations, faire de la manutention ou livrer des commandes, ou simplement porter le panier d’une vieille dame. Et pour les gosses du quartier, c’est la caverne d’Ali Baba, avec tous ces bonbons qu’on achète par poignées pour quelques sous. Et tant pis pour les dents.

Le film est un portrait de la banlieue elle-même, une banlieue d’avant l’embrasement des émeutes. Un portrait qui ne cache pourtant les difficultés qu’il y a à vivre ici (la Source à Epinay-sur-Seine), comme ailleurs bien sûr, même si ce n’est pas pire qu’ailleurs. Pourtant, si l’on ne peut certes pas dire qu’il fait bon vivre ici, on peut quand même y percevoir des lueurs de bonheur, dans les rires des enfants d’abord, dans la chaleur de l’accueil d’Ali ensuite. Les difficultés, pourtant, sont nombreuses, et de toutes sortes. A côté des problèmes personnels, il y a ce qui touche la vie collective, surtout au niveau matériel, les imperfections de la réhabilitation des immeubles, le manque d’espaces verts et de tout autre aménagement, les ascenseurs qui sont si souvent en panne, ce qui oblige les personnes âgées qui vivent au 8° étage à ne plus descendre de chez elles, de peur de ne plus pouvoir remonter par les escaliers. Tout ceci est bien réel, mais le film ne dresse pas un tableau désespéré de cette banlieue. Ici il n’y a pas de drogue, entend-on dire. Et l’on ne voit jamais la police. Pas parce qu’elle a peur de venir. Simplement on n’a pas besoin d’elle.

 

Les Bosquets de Florence Lazar, 2010.

La cité des Bosquets à Montfermeil est en travaux. Les immeubles vont être réhabilités, rénovés. Des tours vont être détruites. Il était sans doute temps de mettre fin à la décrépitude, de montrer que la banlieue peut encore être vivable. Un grand projet d’urbanisme va être mis en œuvre. Une excellente occasion de se pencher sur le vécu des habitants de ces quartiers où prirent naissance les émeutes de 2005.

 

Chronique d’une banlieue ordinaire de Dominique Cabrera 1992.

Cette banlieue, c’est le Val Fourré. Une banlieue idéale. Du moins si l’on en croit les images d’archives que la cinéaste place en pré-générique de son film. Des images qui devaient faire rêver. Le commentaire, grandiloquent, vante la modernité de ce nouveau quartier où tout a été pensé, les espaces verts à l’extérieur, les jeux pour enfants, les parkings. Les immeubles HLM, les tours, les appartements flambant neufs, vont permettre de vivre dans le plus grand confort. La cité représente alors la promesse d’une vie meilleure. Des images qui surprennent aujourd’hui, mais qui nous replacent dans le contexte d’une époque que l’histoire récente des banlieues rend bien difficile à imaginer et à comprendre. Et c’est toute l’histoire des banlieues qui est retracée. La lente dégradation des conditions de vie. La naissance des ghettos.

Clichy pour l’exemple, d’Alice Diop, 2006.

Le film d’Alice Diop trouve son origine, comme d’autres de la même époque, dans les émeutes de 2005. Il est d’ailleurs dédié à Bouma Traoré et Zyed Benna, les deux adolescents dont la mort, à Clichy-sous-Bois, fut leur point de départ. Automne 2005, « les banlieues se rappellent à la République ». Il s’agit alors, presque un an après, de comprendre la révolte des jeunes de ces cités, ce ras-le-bol qui dégénéra en tant de violence. Les problèmes que connaissaient les habitants de ces quartiers défavorisés ont-ils disparu? La cinéaste ne cherche pas à dresser un bilan des actions qui ont été entreprises et de ce qui reste à faire. Elle filme certains aspects de la vie quotidienne. Et surtout, elle donne la parole aux habitants, les jeunes en particulier, ceux qui au sortir de l’école ne trouvent pas de travail, même s’ils ont décroché un diplôme, un BTS par exemple. Ce qui s’exprime alors c’est « la souffrance du quotidien ».

 

Grands comme le monde  de Denis Gheerbrant, 1998.

La vie, et l’intimité, d’un petit groupe de jeunes de 12 à 14 ans, élèves dans un collège de banlieue parisienne. La vie de la cité a bien de l’influence sur leur vie personnelle, essentiellement par la violence qui y règne, mais pour l’instant ils arrivent à faire face. Ils ne sont pas encore entrés dans la vraie vie. Leur âge les protège. Le collège les protège aussi, du moins lorsqu’ils sont à l’intérieur de ses murs.

 

Nous princesses de Clèves, de Régis Sauder (2010)

La banlieue, c’est d’abord le décor du film qui présente souvent des plans d’ensemble de la cité et des façades des immeubles. Mais c’est surtout le contexte de vie des lycéens, ces filles et ces garçons presque tous issus de l’immigration. Leur relation au « quartier » ne semble pas pourtant conflictuelle. Ou du moins, ils n’en parlent pas vraiment. C’est plutôt les parents que ça interroge, surtout un père qui s’inquiète pour la sécurité de sa fille lorsqu’elle rentre du lycée en hiver, lorsqu’il fait déjà nuit le soir.

Public Housing de Frederick Wiseman, 1997.

. Nous sommes à Chicago, dans une cité de banlieue dénommée Ida B. Wells. On y trouve les mêmes problèmes que dans les banlieues françaises, le chômage, l’oisiveté des jeunes, les rivalités entre gangs, la violence, la drogue. Beaucoup d’appartements sont insalubres et envahis par les cafards. Mais tous ne sont pas logés et il y a un nombre important de SDF. Ce quartier est un ghetto.

Wiseman filme la pauvreté et la misère mais le ton de son film n’est jamais désespéré. Il y est question de violence, mais Wiseman ne la filme pas. Il n’y a pas d’émeute à I. B. Wells. Le film met plutôt en évidence le travail des associations et des gens qui œuvrent pour améliorer le sort de leur communauté. Dans le film, des solutions existent. Des opérations sont lancées, souvent par des initiatives privées, comme l’opération propreté et l’opération lavage de voiture. Des actions éducatives sont menées auprès des jeunes, dans un collège et même dans une maternelle où une marionnette met en garde les enfants contre les dangers de la drogue. « Si tu aides, tu seras aidé » dit un habitant lors d’une réunion visant à mobiliser en vue d’actions d’entraide.

 

La République Marseille

La Marseille de Denis Gheerbrant, ce n’est pas le Marseille touristique du Vieux Port ou de la Canebière. Ce n’est pas le Marseille des beaux quartiers. C’est la Marseille populaire, la Marseille des Marseillais qui ne sont pas tous nés à Marseille mais qui y sont restés lorsqu’ils ont immigré en France. Gheerbrant va à la rencontre de ce Marseille cosmopolite, de ces Marseillais qui souffrent mais qui gardent le sourire et pour qui il a visiblement une grande sympathie.

La vie dans cette cité de banlieue (les « Rosiers ») devient de plus en plus difficile. Le chômage, les discriminations, le racisme sont monnaie courante. Difficile surtout pour les jeunes d’avoir des perspectives d’avenir. Jean-Yves, le directeur du centre social Les Rosiers est sans illusion. Pourtant, il ne baisse pas les bras. Ce travail, il l’a choisi. Et il croit toujours à l’utilité des petites actions quotidiennes qui sont autant d’aides personnelles indispensables, aider à la rédaction du CV par exemple ou apprendre à lire à des femmes africaines. Pour les enfants, découvrir un conte, ou faire du karaté sont des occasions d’oublier que certains ne mangent pas toujours à leur faim.

Les Roses noires d’Hélène Milano, 2010.

Retour sur un film indispensable sur la banlieue et la vie des jeunes filles qui l’habitent. Elles s’appellent Aïsselou, Rajaa, Farida, Claudie, Kahina, Sarah, Farah, Sébé, Coralie, Roudjey, Hanane, Moufida. Elles ont entre 13 et 18 ans. Elles habitent la Seine-Saint-Denis ou la banlieue nord de Marseille. Elles ont accepté de parler d’elles, de leur vie, de ce qui les identifie comme filles des banlieues : leur langage et leurs relations (on devrait plutôt dire leur absence de relation) avec les garçons.

 

Les Rumeurs de Babel, Brigitte Chevet, 2017

La banlieue ici, c’est le quartier de Maurepas, à Rennes. Un quartier que beaucoup de ceux qui n’y vivent pas doivent désigner comme sensible. Un quartier conçu en 1967, avec cinq tours et une série de bâtiments plus petits, moins hauts, formant des bars. Un quartier « où plus personne ne choisit d’habiter » Un quartier qui a ses problèmes, sa violence, ses dégradations…Et pourtant. « Dans ce quartier, on existe » dira vers la fin du film une de ses habitantes qui a du mal de le quitter pour aller habiter en dehors de la cité. Le « miracle » de Maurepas.

Swagger d’Olivier Babinet

Un film sur les jeunes de banlieue. Un de plus. Oui, mais certainement le plus original. Pas vraiment cependant dans le choix des thèmes proposés à cette dizaine d’ados pour ces entretiens éclatés, à savoir, pour les principaux : la question de l’immigration : l’identité nationale, l’appartenance culturelle, la différence entre la vie en France et au bled. Les rêves et projets d’avenir : faire de l’architecture ou se lancer dans la mode en tant que styliste. L’amour : les relations entre les sexes sont toujours difficiles, et de toute façon ne sont pas vraiment une préoccupation majeure. La politique : l’indifférence domine, difficile de se sentir concerné. La religion (catholicisme ou islam) : la grande affaire, un réconfort dans les moments difficiles, un soutien toujours. Mais ces entretiens sont toujours filmés dans des lieux surprenants, dans des cages d’escaliers, dans des couloirs vides, dans des salles du collège, en contre-plongée parfois, en gros plans le plus souvent.

B COMME BABEL

Les Rumeurs de Babel, Brigitte Chevet, 2017, 52 minutes.

Une vision de la banlieue comme on ne la voit pas d’habitude. Une vision littéraire, poétique plus exactement, une vision de poète, la vision du poète.

La vision d’une cinéaste aussi, qui accompagne le poète, qui filme le poète, qui fait un film poétique.

Banlieue et poésie, qui aurait cru que cette rencontre se ferait un jour.

La banlieue, c’est le quartier de Maurepas, à Rennes. Un quartier que beaucoup de ceux qui n’y vivent pas doivent désigner comme sensible. Un quartier conçu en 1967, avec cinq tours et une série de bâtiments plus petits, moins hauts, formant des bars. Un quartier « où plus personne ne choisit d’habiter » Un quartier qui a ses problèmes, sa violence, ses dégradations…Et pourtant. « Dans ce quartier, on existe » dira vers la fin du film une de ses habitantes qui a du mal de le quitter pour aller habiter en dehors de la cité. Comment cela est-il possible ?

Rumeurs de babel 2

Le poète, c’est Yvon le Men. Il vient vivre en résidence (trois mois) à Maurepas. Il vient regarder et écouter, comme il dit. Et il écrit. Il écrit au jour le jour, des poèmes qui nous sont proposés en voix off et qui constitueront in fine un « poème-reportage » long d’une centaine de pages, publié sous le titre Les Rumeurs de Babel.

La cinéaste, c’est Brigitte Chevet. Elle filme la banlieue comme d’autres cinéastes l’ont déjà filmée, les immeubles la nuit, des vues d’ensemble le jour en plongées, les escaliers avec leurs graffitis et la voiture de police au pied des tours. Mais surtout, elle filme les habitants, ceux que rencontre le poète et qui s’entretiennent avec lui, et ceux, anonymes, qui vivent là, qui sont la vie du quartier. Car ce quartier vit. Et grâce aux images du film nous le regardons, et l’écoutons vivre.

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La vie de Maurepas, ce sont les associations et les initiatives collectives, là où on se rencontre, où on se parle, où on échange. L’Atelier créatif, par exemple, ou l’Etal convivial où les fruits et légumes sont vendus à prix réduit pour permettre à ceux qui ont des fins de mois difficiles de pouvoir en consommer. C’est aussi le Cabinet photographique avec ses centaines de portraits des habitants, ou l’atelier de poésie. Car si Yvon Le Men présente aux habitants les poèmes qu’il écrit ici, sur cette vie des habitants qu’il rencontre, il écoute aussi les poèmes qu’eux, les habitants, ont écrits dans cet atelier. Et jusqu’aux enfants de l’école, comme celui-là qui récite devant la classe son émouvant « hommage à (son) grand-père qui est mort ».

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Mais bien sûr Maurepas a aussi ses problèmes, ses difficultés, que le film ne cherche pas à cacher ou à minimiser. Dans la première séquence, Yvon Le Men évoque « le chômage, la pauvreté, la solitude la maladie… » Il évoque le bruit incessant dans les immeubles, les appartements où on entend tout ce qui se passe chez les voisins, au point que le bruit devient obsessionnel pour tout le monde. Et pourtant un des premiers habitants rencontré affirme que le cadre est « magnifique ».

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Le film nous propose donc aussi quelques portraits de ces habitants qui, dans leur diversité, font la richesse de Maurepas. Et du film. Il y a Vonne, originaire du Laos qu’elle a quitté alors qu’elle n’avait que deux ans. « Ici, c’est ma deuxième peau » dit-elle et elle a effectivement trouvé grâce à la vie associative et à l’école de ses enfants, une véritable vie sociale. Il y a Dania-Rosania qui, elle, vient du Costa Rica et qui s’épanouit pleinement en touchant la terre du petit jardin partagé qu’elle cultive.

Il y a aussi Pascal, qui occupe une place importante dans le film, parce qu’il incarne, lui l’ancien taulard illettré, la possibilité de « résurrection », grâce à ceux avec qui il a tissé des liens dans le quartier.

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Les Rumeurs de Babel n’est certes pas un film pessimiste. Mais il n’a rien de naïf. Il ne nous dit pas qu’il fait bon vivre dans les banlieues. Il nous dit simplement que la vie associative peut vaincre la solitude et donner du sens à la vie.

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