Musique Rock

The Stones and Brian Jones. Nick Broomfield, Royaume-Uni, États-Unis, 2023, 93 minutes.

La musique rock et pop est une source importante de films documentaires. Nous excluons ici les biopics qu’il faut traiter à part, parce qu’ils posent des problèmes spécifiques, en particulier le recours à un acteur ou une actrice pour incarner le héros ou l’héroïne. La liste de ces documentaires qui traitent de la vie et de l’œuvre d’une chanteuse, d’un chanteur, d’un groupe, est importante et sans doute ne peut-elle que s’allonger presque indéfiniment.

Le film de Nike Broomfield présente les principaux caractères de ces documentaires-Rock

D’abord, c’est un film basé sur les archives. Des archives riches, variées. Souvent inédites, donc attirante comme il se doit pour assurer le succès du film. Ici, la majorité des archives, surtout dans la première partie des films, renvoient à des concerts des Stones. Ou leur environnement. C’est donc l’hystérie des spectatrices qui domine. Les. Bousculade, les cris, le désordre généralisé et toutes ces tentatives de monter sur scène ou d’approcher le plus possible l’idole, et toucher ces musiciens, de se jeter à leur cou. C’est cela qui domine. Des scènes bien connues à propos des Beatles. Et qu’on retrouve donc également dans la vie des Stones

Deuxième dimension du film de Bluefield : le portrait du héros disparu. Comme Jim Morrison, Janis Joplin, Jimmy Hendrix et bien d’autres, Brian Jones est mort jeune. On parle d’un club des 27 ans. Beaucoup de ces Rock Star étant décédés à cet âge. En retraçant la courte vie de Brian, le cinéaste remonte à son enfance, prend en compte ses relations avec ses parents (une opposition quasi absolue). Il retrace ses conquêtes féminines, ses mariages, ses séparations, évoquent ses enfants, le tout comme un long. Parcours tourmenté qui aboutit inévitablement à la déchéance pour cause d’abus d’alcool et de drogue, les deux fléaux de ces vies tragiques. La création du groupe Rolling Stone passe presque au second rang. Certes, les dissensions et les rivalités avec Mike Jagger et Keith Richards et sont bien présentes, mais elle se fondent dans cette chute vers les enfers. Qui ne peut que constituer le point d’aboutissement du film.

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 Le côté spectaculaire des concerts des Stones et les comportements de leurs fans féminines constituent le côté spectaculaire du film, à quoi s’ajoute le côté tragique d’une fin noire, pour le côté émotif. Il ne reste plus qu’à rassembler quelques témoignages d’amis et nous avons certainement affaire là à une formule gagnante, capable de séduire à la fois les fans traditionnels, mais aussi les cinéphiles attirés par la dimension historique ou analytique du film. Ce qui montre d’ailleurs par la présence fréquente d’un commentaire explicatif qu’on ne se situe plus du tout dans la mouvance du cinéma direct américain. C’est pourtant à ces cinéastes que l’on doit des films qui sont beaucoup plus une immersion dans l’essence même de la musique rock qu’une simple captation de concert. Où particulièrement significatif ? Comme le Ziggy Stardust and the Spiders From Mars de Donn Alan Pennebaker en1973. Les films-concert resteront des classiques du genre, rendant compte de l’importance pour la jeunesse de ces méga concerts comme Woodstock et les suivants. Aujourd’hui, les amateurs de rock ne sont plus des hippies. Et les films qui renvoient à cette époque ne peuvent que s’en débarquer. Dans le film de Nike Broomfield, la place des femmes, de Marianne Faithfull à Anita Pallenberg, est devenue de première importance, même si les musiciens hommes sont loin d’être des féministes.

Rappeler l’importance de Brian Jones dans l’histoire des groupes rock répare sans doute un oubli injuste. Et le film nous permet de mieux comprendre pourquoi les Rolling Stones méritent le titre qui leur a souvent été attribué de « plus grand groupe de rock du monde ».

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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