1 Quelle est l’origine de cette série ?
L’IMAGE ORIGINELLE est un projet que j’ai initié. J’ai eu la chance de faire beaucoup de documentaires avec des archives nombreuses, et j’ai toujours gardé un goût particulier pour les entretiens. Parce que j’ai démarré par cela et parce que ce sont des moments où on ne peut pas tricher, où la sincérité de l’échange, la qualité du travail se voient immédiatement. Et puis j’ai gardé un souvenir très fort d’une longue interview filmée de plus de 2h avec Jean-Luc Godard en 2010 pour Gaumont. Rétrospectivement, je peux dire que ça a été un moment fondateur. J’ai toujours rêvé par la suite de retrouver cette intensité, d’avoir à nouveau le cœur qui bat la chamade d’excitation et de peur, de revivre cette euphorie, de porter en soi cette parole rare. Le quotidien reprend mais tout est transformé… ce sont des sensations extraordinaires !
Ainsi est né ce désir d’une collection de films où des cinéastes de renom reviennent sur l’expérience fondatrice de leur premier film, de le faire sur une durée courte (26 minutes environ) pour garder un sentiment de densité, comme s’il s’agissait d’un élixir, et de remettre ce premier film dans la perspective de toute l’œuvre à venir.
2 Quelle a été sa production ?
Je me suis rapproché de Caïmans Productions, Daniel Barthélémy et Jérôme Sauvage qui sont de très grands cinéphiles. On avait une relation de confiance avec le merveilleux Bruno Deloye qui a dirigé la programmation de Ciné + pendant de nombreuses années avec une ambition exemplaire et une vraie générosité. Il a été tout de suite partant. Et on s’est rapproché de la Fondation Gan pour le Cinéma. Cela faisait écho à son action en faveur des premiers films de fiction. Elle fêtait alors ses 30 ans. Dominique Hoff, la Déléguée Générale, et Claude Zaouati, le Président de la Fondation, ont vu dans cette parole de grands cinéastes une opportunité de partager un même enthousiasme, d’inspirer et de donner du courage aux nouvelles générations.
3 Comment avez-vous choisi les cinéastes
On a cherché à éclairer des cinématographies très différentes : Naomi Kawase qui trouve son inspiration dans une œuvre bicéphale entre fiction et documentaire, Cédric Klapisch qui a beaucoup refusé de se plier à un usage traditionnel du scénario, Joachim Trier qui est un expérimentateur formel audacieux et enthousiaste, Marco Bellochio dont la folie familiale est devenue une matrice surréaliste pour lire les névroses de l’Italie contemporaine, David Lynch qui a exercé une influence extraordinaire dans le cinéma mais aussi dans la mode, les clips, les arts plastiques… On pourrait ne pas s’arrêter. La difficulté, c’est d’arriver à croiser notre désir avec leurs disponibilités. Cela demande aux différents partenaires d’être flexibles et patients.
4. Quel a été son parcours en festival ?
Je n’ai pas tenu une comptabilité très précise. Il faudrait demander à mk2 qui a distribué la première saison. Je sais que grâce à Thierry Frémaux et à Gérald Duchossoy, on a bénéficié d’un lancement extraordinaire à Lyon, au festival Lumière en 2018. Les films ont beaucoup circulé en Europe de l’Est, j’ai vu passer une affiche coréenne et la série a été primée à deux reprises au festival international d’Histoire de Pessac avec un prix spécial et surtout un prix des étudiants en 2024. C’est une série sur la transmission. Qu’elle puisse toucher et émouvoir un public jeune me fait extrêmement plaisir.
