Le clown de Gaza. Abdulrahman Sabbah, Palestine, France, Jordanie, Qatar, 2025, 61 minutes.
Peut-on donner des spectacles de clown en temps de guerre, presque sous les bombes ? Il y faut assurément beaucoup de volonté, de courage et de détermination.
De la détermination, Aloosh en a à revendre, dans Gaza assiégée, bombardée. Il ne renoncerait jamais à son métier. Faire rire les enfants. Les distraire ne seraient-ce qu’un temps des dangers de la guerre, de la terreur. Et des drames pourtant quotidiens. Cet homme de petite taille, déplacé avec sa famille depuis Gaza ville, est un véritable modèle de courage et d’humanité. Ils vivent dans des tentes. Ils ont abandonné leur maison, dont ils ne savent pas s’ils la retrouveront un jour. Mais ils gardent l’espoir. Sans espoir, pas de vie.
Aloosh vit avec sa famille. Ses parents, père et mère, ses sœurs, sa femme et son enfant tout jeune qui fait l’admiration de tous. Une famille unie, aimante. Qui apporte à tous le réconfort dont ils ont besoin. Réconfort et sécurité si c’est encore possible. Dans le film, on ne voit pas la guerre en actes, on n’entend pas les bombes, mais tout n’est que ruine. Et il suffit d’un plan de drone sur ce qu’il reste de Gaza pour rappeler l’étendue du désastre.
Retrouver un jour leur maison, tous ont cet espoir. Va-t-il enfin se réaliser ? Un couloir, comme on dit est ouvert à tous ces déplacés. Ils vont reprendre la route à pied avec le maximum de bagages qu’ils peuvent porter et qu’ils seront pourtant obligés d’abandonner, vaincus par le poids de la charge. Le film nous offre alors des plans fantastiques de cette marée humaine le long de la mer, à perte de vue, des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes, des vieux. Tous marchent avec de plus en plus de difficultés. Le trajet pour arriver à Gaza est de 12 km, interminables.
À l’arrivée, il faut se rendre à l’évidence, la maison abandonnée a été bombardée, elle est presque entièrement détruite. Peut-on encore l’occuper, y vivre ? Le film est un magnifique portrait de cette famille et de cet homme qui en est le cœur. Ce clown parle beaucoup, mais jamais pour se lamenter. Son sourire ne le quitte pas. Il ne fait jamais état de son handicap. Visiblement, il a surmonté les limitations qu’il impose. Il en a même fait un atout dans son métier. Traditionnellement, les « nains » sont exclus de la société. Pour le moins mis à l’écart, discriminés. Les enfants sont souvent cruels envers eux. Mais ici Aloosh sait devenir leur ami. Avec son partenaire, dans sa tenue de clown classique (ne pas oublier le nez rouge), il leur propose un spectacle plein d’entrain, de rire et de joie. Et ça marche. De retour à Gaza ville, pour éviter de sombrer dans le désespoir, il reprend le spectacle. Il reste encore bien des épreuves à traverser. Mais le film reste comme un magnifique hymne à la vie.
Fipadoc, Biarritz, 2026
