D COMME DEUIL –

Parler avec les morts. Taina Tervonen, 2020, 57 minutes.

Les martyrs de Bosnie.

Des dizaines de milliers de disparus pendant la guerre en « ex-Yougoslavie ». Des disparus dont on peut parfois retrouver les corps – les restes des corps – au hasard des découvertes de charniers dans la forêt ou la montagne. Des ossements qu’il faut essayer d’identifier pour les restituer à leur famille en vue d’une inhumation.

Ce travail d’identification, c’est celui d’une association, l’International Commission on Missing Persons, dont on va suivre tout au long du film une des membres, Darija Vujinovic.

Darija parcours en voiture la campagne bosniaque à la recherche des parents des disparus figurants sur un inventaire. Elle est chargée de prélever trois gouttes de sang pour pouvoir ensuite comparer l’ADN avec celui des os retrouvés dans les charniers. Les entretiens avec les parents des disparus sont bien sûr toujours très émouvants. Une occasion d’évoquer la guerre et ses atrocités. Mais le temps a passé. Et cette évocation ne comporte aucun désir de vengeance, aucune haine. Il s’agit plutôt d’un devoir de mémoire vis-à-vis des disparus.

Pourtant, lorsqu’aucune cérémonie funèbre, aucun hommage posthume, n’a pu avoir lieu, il n(est pas possible pour les familles de faire le deuil de leurs disparus. C’est pourquoi le film se devait de prendre part à ce travail. Il le fait en montrant le travail minutieux de reconstitution des squelettes. Et surtout en filmant avec une grande pudeur l’immense cérémonie collective où les cercueils des disparus identifiés, passant de bras en bras, vont trouver une place dans le cimetière attenant à la mosquée de la ville.

Sans la montrer, ce film est un réquisitoire contre la guerre. Un réquisitoire silencieux, mais qui montre bien que ses séquelles sont bien longues à s’effacer. Mais le doivent-elles vraiment ?

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N COMME NUIT.

Il n’y aura plus de nuit. Éléonore Weber, France, 2020, 75 minutes.

Abolir la nuit. Vaincre le noir, nier l’obscurité. Voir comme en plein jour. Voir tout le temps. De jour comme de nuit. De nuit comme de jour.

Voir dans la nuit, c’est possible grâce aux caméras thermiques. Celles utilisées par l’armée surtout. Pour traquer ses cibles. Pour les repérer de haut, depuis un hélicoptère. Et la détruire sans coup férir. Qu’il s’agisse de soldats, d’ennemis, ou de civils par définition innocents.

Le film d’Eléonore Weber nous confronte à ces images de ces caméras, tels que le pilote les a à sa disposition, avant de déclencher le tir. Plus exactement pour pouvoir déclencher le tir. Sur l’écran, pendant plus d’une heure donc, nous n’avons qu’elles. Nous sommes enfermés dans l’hélicoptère d’où elles sont prises. Avec en bruit de fond les dialogues du pilote avec sa base. Des appareils de l’armée américaine mais aussi française. En Afghanistan, en Iran, au Pakistan. Repérer des suspects, suivre ces cibles potentielles, les détruire. La routine pour les soldats.

Le commentaire du film s’appuie sur le témoignage d’un soldat français, Pierre V, qui a connu cette expérience et qui en évoque toutes les difficultés. Un commentaire précis, qui pose les questions que cette guerre « moderne » ne manque pas de susciter. Une guerre qui se vente de réduire au maximum les dégâts collatéraux grâce à ses célèbres « frappes chirurgicales ». Mais les pilotes n’ont-ils jamais de doute du moment qu’ils peuvent tout voir ? Quelle différence y a-t-il sur leur écran entre un soldat et un civil ? Peut-on éviter les bavures ? « Plus les pilotes voient plus ils risquent de se tromper » dira Pierre V.

Ces images, d’un gris anthracite, sans couleur donc, mais avec cette lumière particulière, cette brillance, que produit la chaleur, les corps humains donc, des films documentaires les avaient déjà utilisées. La Mécanique des flux de Nathalie Loubeyre par exemple lorsqu’il s’agit de repérer les migrants essayant de franchir une frontière de nuit. Ou bien dans cette séquence du film de Stephano Savona, Samouni road, où l’hélicoptère israélien détruit une maison palestinienne à Gaza. Dans tous les cas, la guerre est toujours inscrite sur l’image à travers la croix du viseur en son centre, une croix qui suit la cible avec insistance et qui ne s’efface que pour quelques secondes, lorsque la fumée envahit l’image au moment de la frappe.

Il y a dans Il n’y aura plus de nuit trois séquences particulièrement fortes. Celle d’abord où c’est un photographe qui est abattu, le pied de son appareil ayant été, nous dit le commentaire, pris pour un fusil. Puis cette explosion soudain qui fait pousser un grand cri au pilote de l’hélicoptère. C’est qu’il n’a pas tiré, l’explosion étant celle de la bombe artisanale que le groupe de suspects était en train de manipuler. Enfin, il y à quand même un moment où la guerre semble s’arrêter. C’est lorsque les images nous montrent un petit groupe d’enfants qui jouent dans un jardin.

Mais la guerre peut-elle vraiment s’arrêter ? Et puis, en voyant ces images, nous ne pouvons manquer de nous inquiéter. Ne sommes-nous pas tous susceptibles d’être observés, suivis, espionnés, de jour comme de nuit ? La dernière séquence du film nous montre les images que peuvent réaliser les caméras les plus récentes. Une plage de Californie aux couleurs éclatantes, filmée de nuit. Orwell est bien loin derrière nous.

P COMME PHOTOGRAPHIE – Gilles Caron

Histoire d’un regard. Mariana Otero, 2019, 93 minutes

Gilles Caron, photojournaliste (le film de Mariana Otero dit photoreporter), disparu au Cambodge en 1970, alors qu’il n’avait que 30 ans. Une carrière brève, mais particulièrement remplie. De la guerre des six jours à la guerre du Vietnam, du Biafra à l’Irlande du nord, sans oublier mai 68 et les soirées de première à l’Olympia à Paris. Un travail de photojournalisme qui l’a conduit sur tous les points chauds de la planète. Lui dont tant d’images sont devenues des icônes n’est-il pas lui-même l’icône du photojournalisme ?

Le film que lui consacre aujourd’hui Mariana Otero est bien sûr un hommage posthume à son travail, mais aussi un portrait de l’homme, si tant est que l’on puisse après tant d’années après sa mort percer sa personnalité. C’est aussi une visite de son œuvre, ces milliers de planches-contact et de photos qui peuvent ainsi être affichées plein écran au cinéma.

La première analyse que nous propose le film porte sur la célèbre photo de mai 68 montrant Cohn-Bendit narguant le policier casqué qui lui fait face. En fait, il ne s’agit pas d’une lecture d’image au sens habituel du terme. S’appuyant sur les planches-contact, la cinéaste cherche plutôt à retracer la succession des prises de vue, la façon dont le photographe se déplace pour trouver le bon angle. Un travail qui semble ne rien laisser au hasard.

Pourtant, dans d’autres situations, Mariana Otero insiste sur le sens du placement (quelque peu intuitif, comme inné) qui fait réaliser à Caron des images uniques, sans qu’il en perçoive à priori tout le sens. Ainsi des premiers soldats israéliens devant le mur des lamentations dans la Jérusalem reconquise par l’armée et la présence (non prévue par le photographe) de Moshe Dayan. Plus que les photos ce sont les planches-contact qui sont ici particulièrement importanteset ce sont elles que la cinéaste s’efforce de faire parler.

Pour le faire, Mariana Otero s’entoure de deux ou trois spécialistes (elle sait éviter l’écueil de tant de documentaires où le spécialiste est noyé sous les paroles d’expert). Elle donne aussi la parole aux filles de Caron (une séquence assez brève en fait) et elle se rend en Irlande du nord pour retrouver les lieux des photos de Gilles. Elle retrouve aussi un homme et deux femmes qui se reconnaissent alors qu’ils n’étaient que des enfants –mais des enfants combattants)n lors des émeutes documentées par Caron.

Cette présence de la cinéaste à l’écran est une des marques distinctives du film. C’est elle qui mène l’enquête à partir de son ressenti de l’œuvre de Caron. Elle en fait son ami, s’adressant directement à lui en le tutoyant alors qu’elle ne l’a pas connu de son vivant. Et qu’elle dit avoir découvert ses photos un peu par hasard. Et surtout elle effectue un rapprochement très personnel entre le photographe et sa propre mère. Comme lui, celle-ci est disparue bien trop tôt. Comme lui, elle était une faiseuse d’images, étant peintre. Mariana Otéro lui a consacré un film, Histoire d’un secret, dont le titre fait écho avec celui consacré à Gille Caron. Une continuité exemplaire dans l’œuvre de la cinéaste.

O COMME OCCUPATION – Allemande.

Le Chagrin et la pitié. Marcel Ophuls. France, 1969, 251 minutes.

         Rares sont les films qui ont été présenté dans l’histoire du cinéma comme ayant eu autant d’influence que Le Chagrin et la pitié. Une influence historique d’abord, tant il aurait contribué à modifier les représentations, et aussi les connaissances, que les français pouvaient se faire de l’occupation allemande en France pendant la seconde guerre mondiale. Une influence politique aussi, et peut-être surtout. Réalisé à la fin des années appelées couramment aujourd’hui les « trente glorieuses », il venait troubler la quiétude d’une population encore majoritairement sous l’emprise de l’aura du Général de Gaulle, libérateur de la France. Montrer concrètement que les français n’avaient pas tous été des résistants, loin de là, que les véritables héros avaient été plutôt rares, n’est-ce pas bousculer l’orgueil d’un pays qui joue l’amnésie et s’accommode très bien de ses lâchetés, voire de ses traitrises. Le film d’Ophuls contribua fortement à briser le mythe d’une France unanime face à l’occupant et tout entière engagée aux côtés de la Résistance. Après lui, le rôle du gouvernement de Vichy, de sa milice et de ceux qui l’avaient soutenu, ne pouvait plus être ignoré. Même si la question juive et la « solution finale » sont peu présentes dans le film, le sort fait aux juifs pendant toute la guerre pouvait enfin éclater au grand jour. La voie était ouverte pour qu’un véritable travail de mémoire soit effectué. En particulier dans le cinéma.

         Le Chagrin et la pitié, composé de deux parties (L’Effondrement et Le Choix) présente un savant mélange d’images d’archive et d’entretiens avec des acteurs et témoins divers des événements.

         Les images d’archives sont composées essentiellement d’images d’origine allemande. Il s’agit d’extraits des actualités officielles, donc des images de propagande destinée à faire accepter la présence de l’armée d’occupation et à développer les thèmes principaux du pouvoir nazi. Dans le film, elles permettent de resituer une chronologie des événements principaux de la guerre, depuis l’offensive allemande, l’exode et la victoire concrétisée par la visite de Paris par Hitler (avec l’image type du Führer au Trocadéro dominant en arrière-plan la Tour Effel), jusqu’à la Libération, issues alors des actualités françaises, concrétisée par la visite de De Gaulle à Clermont-Ferrand et des scènes où des femmes sont tondues en place publique. La totalité de ces images permet en outre, dans le projet du film, de mesurer la teneur de l’idéologie, anti-anglaise et surtout antisémite, à laquelle la population française était soumise. Pétain et Laval y sont présentés comme les sauveurs de la France. Venant de la part des vainqueurs, ces discours ne pouvaient qu’avoir une influence insidieuse sur la population française. C’est une des explications de la résignation passive et de la collaboration active d’une frange non négligeable des français.

         En ce qui concerne les entretiens, le film présente l’originalité de donner la parole successivement aux différentes parties engagées dans le conflit. Du côté allemand, la présence de l’ancien interprète personnel ‘Hitler est assez anecdotique. Plus intéressant, un ancien officier de la Wehrmar, rencontré le jour du mariage de sa fille, et un soldat bavarois, décrivent chacun à sa façon, la vie dans le pays occupé. Etaient-ils nazis ? L’officier s’efforce de faire la différence entre l’armée et la Gestapo. Mais est-il vraiment crédible ? Toujours est-il qu’ils présentent la victoire allemande comme entièrement méritée, l’armée française, peu entrainée et non disciplinée, leur étant nettement inférieure. L’occupation leur paraît alors parfaitement justifiée.

         Pour les anglais, alliés de la France libre, le film n’évoque pas les bombardements allemands sur Londres et les souffrances infligées à la population civile. Il présente des agents anglais opérant en France, qui donnent leur vision particulière du climat de l’occupation, et surtout des « officiels » (Anthony Eden, ancien ministre des Affaires étrangères et Premier Ministre du Royaume-Uni ou Edward Spears, un ancien diplomate), ce qui permet de resituer l’action de de Gaulle à Londres, dont le film ne peut guère être considéré comme réalisé à sa gloire.

         Les français sont bien évidemment les plus nombreux. Et là aussi la parole est donnée aux deux côtés. La collaboration est représentée par René de Chambrun, gendre de Pierre Laval, ou Christian de la Mazière, ancien membre de Division Charlemagne, qui combattit sur le front en tant que Waffen-SS. La résistance est quantitativement plus importante dans le film. Des personnalités connues d’abord, Georges Bidault, ancien ministre, ancien membre du Conseil national de la Résistance, Emmanuel d’Astier de La Vigerie, le colonel « Gaspard » chef du maquis d’Auvergne, Jacques Duclos pour le Parti Communiste Français, ou Pierre Mendes-France qui raconte son procès à Clermont-Ferrand et sa condamnation pour désertion. Réussissant à s’évader de prison il gagne Londres et rencontre de Gaulle. Mais aussi des résistants auvergnats, plus anonymes, qui ont visiblement tout l’estime du cinéaste. Enfin, des habitants de Clermont-Ferrand (un exploitant de cinéma, un pharmacien, un commerçant, des enseignants, une coiffeuse…) ont aussi la parole. Ils représentent la population non officiellement engagée, souvent indécise et plutôt attentiste, mais dont on sent bien où allait globalement sa sympathie, même si aucun ne l’avoue clairement.

Cette palette de personnages extrêmement variée constitue une des grandes nouveautés du film. A quoi on peut ajouter le style des interviewers, Marcel Ophuls lui-même, bien qu’il soit peu présent à l’image, et surtout André Harris que l’on voit beaucoup plus à côté de ses interlocuteurs, souvent incisif et insistant pour aller au-delà des questions convenues.

         Destiné à la télévision, le film fut refusé sur intervention du pouvoir gaulliste, qui se sentait quelque peu mal à l’aise. Il sortit pratiquement clandestinement dans une salle du quartier latin à Paris deux ans plus tard. L’énorme succès qu’il rencontra alors, grâce essentiellement au bouche à oreille, montre qu’il correspondait parfaitement à une volonté assez commune d’aborder la période de l’occupation en dehors des versions officielles, en se situant plus prêt de la réalité historique que des mythes.

P COMME PALESTINE – Gaza bombardée.

Plomb durci, Stephano Savona, 2009, 80 minutes.

Début janvier 2009, dans la bande de Gaza. Cela fait déjà une dizaine de jours que les bombardements israéliens de l’opération baptisée « Plomb durci » sèment la désolation et la mort. Une situation chaotique que va filmer Stephano Savona, au cœur même de l’événement, au plus près de cette population meurtrie.  Mais il filme en véritable cinéaste et non en journaliste. Et son film n’a rien d’un reportage.

D’abord parce qu’il ne filme pas les bombes. On entend bien dans la bande son des explosions d’obus. On voit bien, au loin, des colonnes de fumée. Mais justement elles sont au loin. Les bombes tombent sur des maisons, des immeubles, où n’est pas le cinéaste. Et s’il n’y est pas, ce n’est pas par peur, ou pour se protéger. C’est plus simplement parce que son projet n’est pas de filmer les bombes. Ni les avions qui les larguent d’ailleurs. Si on entend leur grondement, ils restent aussi hors champ. Rendre compte de la guerre, ce n’est pas seulement filmer les armes et le feu des armes.

Savona filme le peuple de Gaza. Ces Palestiniens qui comptent leurs morts et leurs blessés. Ces hommes et ses femmes qui ont tout perdu dans la destruction de leur maison, qui racontent comment ils ont dû fuir de leur maison pour ne pas être ensevelis sous les décombres. Il filme les adolescents qui errent dans les décombres pour montrer les dégâts, ou pour récupérer ce qui peut l’être encore. Tous sont hagards, perdus dans leur ville qu’ils ne reconnaissent plus, qu’ils ne peuvent plus reconnaître.

Par deux fois, dans son film, et dès la première séquences, Savona nous fait entendre le discours officiel israélien, une tentative de justification de leur action contre Gaza, contre le Hamas. Le peuple palestinien n’est pas l’ennemi d’Israël, nous assure-t-on, et l’armée israélienne fait tout son possible pour ne pas causer de dommage aux civils. Tout le film de Savona montre simplement la dimension dérisoire – le cynisme – d’une telle déclaration.

Et le film accumule les vues de décombres, d’immeubles éventrés, de maisons réduites à un tas de pierre. Reste-il dans Gaza une seule habitation debout ? Dans le film de Nicolas Wadimoff, Aisheen, still live in Gaza,  tourné lui aussi dans Gaza au lendemain de l’opération « Plomb durci », il reste encore en vie quelques animaux dans le Zoo et dans le parc d’attraction un des manèges peut être remis en état de marche. Dans le film de Savona rien de tel. Gaza semble simplement raillée de la carte.

Il y a beaucoup d’enfants à Gaza et Savona les filme souvent en gros plans, montrant leur tristesse, leur impuissance, leur colère et leur révolte contenues. Auront-ils d’autre choix, dans leur avenir, que d’entrer eux-aussi en résistance ?  

Dans une séquence particulièrement émouvante, la caméra s’arrête un long moment sur un petit, tout juste deux ans peut-être, qui regarde le ciel hors champ, parce qu’il entend, comme nous, le bruit d’un avion. Une cible si facile.

Sur Samouni road du même Stephano Savona lire G comme Gaza

G COMME GAZA – Guerre

Aisheen. Still live in gaza, Nicolas Wadimoff, 2010, 86 minutes.

Après la guerre, la paix existe-t-elle ?

A Gaza, est-il possible de vivre en paix ? Après toutes ces bombes qui sont tombées du ciel. Après tous ces morts. Plus de 1400. Après toute cette destruction.

La guerre dont le film de Nicolas Wadimoff  nous montre « l’après », c’est « Plomb durci », une opération de l’armée israélienne en décembre 2008 – janvier 2009,  qui a mis à feu et à sang l’ensemble de la bande de gaza.

Gaza, ce petit territoire le long de la mer, où ses habitants palestiniens sont tenus prisonniers par le blocus imposé par Israël. Des habitants-prisonniers qui ne peuvent s’échapper lorsque les bombes tombent des avions.

Gaza, un territoire dévasté.

Le film commence dans un parc d’attractions. Enfin, ce qu’il en reste. Un enfant demande au gardien où est la cité des fantômes. Oui, dans le parc il y avait bien une cité des fantômes. Maintenant, c’est la ville dans son ensemble, la ville de Gaza, qui est une cité de fantômes. Le film se terminera dans ce même parc d’attractions. A force de bricolage – il n’y a plus de pièces de rechange à Gaza, alors il faut les fabriquer comme on peut – un des manèges pour enfant, la toupie, peut à nouveau tourner. La caméra prend place dans le manège et les images qui défilent tout autour peuvent presque nous faire retrouver des sensations de l’enfance.  Mais les enfants peuvent-ils vraiment oublier la guerre ?

Des enfants palestiniens le cinéaste en rencontre beaucoup dans son périple dans Gaza détruite. Dans le Zoo de la ville, où la mort a aussi frappé les animaux. Dans les camps de réfugiés. Sur la plage où les filets ne prennent même plus de poisson. Dans le centre de loisirs où un spectacle de clown leur est proposé. Les ballons en baudruche qui explosent rappellent les bombes bien réelles qui tombent encore tout près. Comme dans le jeu de rôles qui est mis en place par un animateur –il s’agit de jouer un des contrôles de la population à un check point – il ne s’agit pas d’oublier la guerre ni de s’habituer à elle de façon avec résignation,  mais d’en comprendre les effets pour mieux entreprendre de construire la paix.

« Il faut garder le soleil dans tes yeux » Un message d’espoir. Mais lorsqu’on voit les ambulances bloquées sur la route ou la bousculade impressionnante lors de la distribution alimentaire au centre des Nations Unies, peut-on éviter d’être pessimiste.

P COMME PALESTINE – Histoire

Le char et l’olivier, une autre histoire de la Palestine, Roland Nurier.2019, 101 minutes.

L’histoire de la Palestine, depuis la naissance du sionisme à la fin du 19° siècle, jusqu’à aujourd’hui. Aucun des événements les plus connus parce que les plus médiatisés (la Guerre des six jours ou les deux intifada par exemple) ne sont laissés de côté. Mais aussi  le quotidien du peuple palestinien, dans sa douleur de peuple chassé de sa terre, et de peuple opprimé, vivant dans une misère inimaginable, à Gaza en  particulier, ou dans des camps de réfugiés, au Liban, en Jordanie ou en Syrie.

Une histoire de guerre, d’occupation et de résistance. L’histoire d’un pays qui est l’histoire de la souffrance d’un peuple.

L’histoire d’une guerre, que les médias occidentaux s’obstinent à ne considérer que comme un « conflit ». Une guerre interminable. Pour laquelle aujourd’hui les perspectives de paix durable semblent plus éloignées que jamais.

Le film que nous propose Roland Nurier est un documentaire pédagogique qui se déclare ouvertement didactique. Il se propose d’expliquer, et pas simplement de rappeler les faits, même si le déroulement des événements est présenté avec une grande précision et une grande rigueur. Mais il s’agit surtout de dénoncer les idées fausses, celles que véhiculent souvent sans le moindre scrupule les médias, ou celles que les plus forts – les gouvernements israéliens successifs – diffusent  à l’appui de leurs intérêts. Il s’agit de dénoncer non seulement les approximations mais aussi les contre-vérités volontaires destinées à brouiller les pistes et à façonner dans un seul sens l’opinion publique. Un film qui est donc un combat. Un film qui prend systématiquement position au côté des Palestiniens. Et qui dénonce la politique de l’Etat d’Israël, n’hésitant pas à l’accuser de crimes de guerre et de pratiquer l’apartheid. Un film en somme beaucoup plus politique qu’historique. Où l’histoire est au service de la politique.

Les moyens cinématographiques mis en œuvre sont plutôt classique. Le commentaire de l’auteur donne dès les premières séquences l’objectif poursuivi. Notons cependant qu’il tient une place assez réduite dans l’ensemble du film, s’effaçant le plus souvent pour laisser la parole à un groupe d’experts, historiens ou journalistes, français ou américains, mais aussi palestiniens et israélien, à condition qu’ils ne soient pas les porte-parole d’un pouvoir.  Le montage de leurs différentes déclarations fait qu’elles se répondent systématiquement pour former un discours unique dont la résultante est la condamnation de l’État d’Israël , mais aussi de ceux qui le soutiennent, en première ligne les États-Unis.  A quoi s ‘ajoutent quelques cartes et des images d’archives, surtout pour la période la plus proche de nous, les bombardements de Gaza en particulier.

Au total, un film particulièrement utile, voire indispensable, tant le problème de l’avenir de la Palestine et des Palestiniens devrait mobiliser l’ensemble de ceux qui sont épris de liberté et de justice.