Kaboul entre les prières. Aboozar Amini, Pays-Bas, Belgique, 2025, 101 minutes.
À quoi les Talibans occupent-ils leur journée ?
D’abord à la prière. Comme si selon le titre du film, les autres activités de la journée n’étaient que des bouches trous entre les moments de dialogue avec Dieu. Et en effet, le film ne fait l’impasse sur aucune prière nous donnant à entendre les demandes particulières de ce soldat taliban à sa divinité. Parmi celles-une demande frappe tout spectateur non Taliban. Instaurer la Charria sur l’ensemble de la planète. Et exterminer les mécréants. Tout est dit. Et l’on comprend alors que le vœu le plus cher de ce militant dévoué soit de devenir martyre kamikaze.
La vie quotidienne de Samim, telle que nous la révèle le film, est pourtant plutôt calme et singulièrement routinière. Il a fort à faire à entretenir son arme. Il ne s’en sépare jamais. C’est la marque de son pouvoir car il ne porte pas d’uniforme. Tout au long du film, il exerce ce pouvoir dans des situations banales. Il réprimande des jeunes qui sont assis là où il ne faudrait pas, sur un pont. Il règle un différend entre deux automobilistes lors d’un accrochage. Mais aussi, dans un contexte plus significati,f il intervient la nuit vis-à-vis d’une femme, la seule présente dans le film, endormi dans une voiture. Une coupable toute trouvée !
Sami a un petit frère, Rafi. Un adolescent qui est fier de réciter sans erreur ni hésitation les versets du Coran. Lorsque le cinéaste lui demande ce que cela signifie, il avoue sans rougir qu’il n’en comprend pas le sens. Comme d’ailleurs de tout ce qu’il apprend à l’école. Il est beaucoup plus gêné d’avouer son attirance pour une fille. Mais cela ne le conduit nullement à remettre en cause, la conception officielle de l’infériorité des femmes.
Des femmes, nous ne risquons donc pas d’en rencontrer dans ce Kaboul réservé aux hommes. Elles sont cloîtrées dans les habitations. Et la caméra n’a aucune possibilité de pénétrer dans l’intimité des foyers.
Cette immersion dans cette société masculine, marquée par la soumission au dogme officiel fait tout l’intérêt du film. Un film qui, bien sûr, ne délivre aucun message d’opposition ouverte. Mais sa dernière séquence nous montre le fameux temple bouddhiste creusé dans une falaise où les deux Bouddhas géants détruits par les Talibans laissent un énorme vide dans la paroi. Un vide qui résonne comme une condamnation silencieuse de l’extrémisme du régime.
Fipadoc, Biarritz, 2026
