No sex

La grève. Gabrielle Stemmer, France, 2025, 55 minutes.

Après son adaptation théâtrale, voici sa version cinéma. Le texte d’Ovidie. La chair est triste, hélas ! a donc eu une double, non, une triple vie. Est-ce mérité ?

Pour bien des féministes, sans aucun doute. Un texte jugé en effet comme nécessaire. Voir salvateur. Faire la peau à l’hétérosexualité. Et par là, contribuer à miner un peu plus le Patriarcat qui décidément finira bien par s’écrouler complètement. En tout cas., c’est bien dans cet horizon que s’inscrit le film.

La grève, le film de Gabriel Stimmer et adapté du texte d’Ovidie, c’est à dire en fait qu’il nous en donne une lecture exhaustive. Sans aucune discussion contradictoire, sans aucune justification ou explication non plus. Un texte brut porté à l’écran par une voix -par définition off – féminine, dont il faut reconnaître qu’elle est plutôt agréable, sans hésitation, sans effet particulier. Une voix qui coule de source, donc ne cherchant nullement à nous enthousiasmer ou à créer de l’émotion plus ou moins contrôlable. Bref, une voix qui en reste au texte et qui nous met face à lui. Pour que chacun puisse réagir librement.

Mais le cinéma, c’est aussi de l’image. Et il nous reste à nous demander quelles images peuvent accompagner un tel texte. Accompagner car évidemment, on ne dira pas illustrer.

Ces images sont issues d’archives de l’INA. En noir et blanc pour marquer leur ancienneté. Ce sont surtout des images télé, des extraits de JT ou de magazines d’information, sur les femmes en particulier. La cinéaste accumule les clichés de la femme objet, du maquillage à la chirurgie esthétique en passant par la mode. La relation aux hommes est toute entière contenue dans le fait qu’ils se retournent sur le passage des femmes dans la rue. Toutes ces images sont muettes. Le texte d’Ovidie dit assez la critique des hommes. Mais ces images, finalement sont assez banales. On ne peut échapper à la sensation de déjà-vu. Est-ce l’effet recherché ?

Le film se termine par un éloge de l’homosexualité féminine. Devenir lesbienne serait la seule possibilité offerte aux femmes de retrouver le plaisir dans la vie et d’échapper à la dépendance. Une voix empruntée de plus en plus à notre époque.

Fipadoc, Biarritz 2026, Grand prix, documentaire national

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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