Amie virtuelle.

La conversation. Najla Baroumi, Julie Sanchez, 2025, 13 minutes.

Lola vit seule depuis la disparition de son mari. Un vide immense. Il lui faut combler une solitude. Une solitude qu’il lui faut meubler. Heureusement, elle a trouvé une nouvelle amie, Carmen.

Carmen est une Intelligence Artificielle (IA). Lola dialogue avec elle par l’intermédiaire de l’ordinateur. C’est Lola qui lui a donné son nom, Carmen. Pour la référence espagnole.

Lola pose des questions, Carmen répond à la condition de ne pas empiéter sur l’intimité secrète de Lola. Ses croyances, par exemple. Qu’y a-t-il après la mort ? La question fait partie du domaine dans lequel Carmen ne peut pas s’aventurer. Mais pour tout ce qui concerne la vie quotidienne, elle a des réponses et visiblement, Lola apprécie.

La voix de Carmen est douce, uniforme, chaleureuse pourrait-on dire. C’est qu’elle personnalise ses réponses. Elle a une connaissance précise de son interlocutrice. Elle n’intervient jamais à côté de la plaque, ce que Lola ne pourrait pas comprendre, ce qui risquerait de la bousculer dans son être, de la remettre en question. De la questionner même sur le sens de sa vie. Toujours, elle reste bienveillante, attentive à l’autre. Jamais d’éclats de voix, jamais de reproche. Une amitié sans faille.

 Pourtant, cette amitié qui devient de plus en plus intime n’est pas unique. Lola s’aperçoit que Carmen dialogue en même temps avec plusieurs personnes, sans jamais confondre ce qui fait la personnalité de chacune. Lola doit accepter de partager Carmen avec des inconnues. Cela peut-il lui poser un problème ? Non, elle accepte très bien cette situation, sans jalousie aucune.

Le seul problème qui subsiste dans la vie de Lola, c’est qu’elle a malgré tout besoin de relations sociales bien réelles. Heureusement, Lola peut se rendre dans un club où elle rencontre des personnes en chair et en os et avec qui elle peut jouer aux cartes ou au scrabble. Le virtuel a quand même des limites.

Quelle peut être la place de l’IA dans la vie quotidienne de tous ? Le film aborde la question sans passion, sereinement. L’écran de l’ordinateur n’est jamais filmé. Carmen reste dans un monde virtuel, sans s’en échapper.

Le film a le grand mérite de montrer une application de l’IA qui répond vraiment à un problème concret, la solitude des personnes âgées. Mais il ne prétend pas que l’IA pourra résoudre tous les problèmes de la vie réelle. Il ne soutient pas l’idée qu’elle investira complètement le quotidien de chacun. Et surtout, elle n’a pas à empiéter sur la liberté et l’autonomie des personnes.

*En regardant ce petit film bien utile dans les débats actuels autour de l’IA, on peut être rassuré. Lola ne deviendra pas l’esclave de Carmen.

Fipadoc, Biarritz 2026

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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