Itinéraire d’un film : Paris au temps du Bal Nègre de Martine Delumeau.

Enfant, je détestais la Biguine ! je me disais que c’était une musique de vieux.

Je ne comprenais pas les transports de ma mère, ses pas de danse esquissés dès que cet air de son île natale résonnait à la maison. Et puis Sylvie Gautier, productrice et réalisatrice, est venue me proposer de développer un projet autour du bal Blomet aussi appelé le Bal Nègre. Le film se situait dans les années 20-30, époque où la biguine connaissait un succès à Paris.  

Ce film fut comme une séance de rattrapage…

13 productions était coproducteur du film. Depuis que Sylvie Gautier a créé « POP FILMS », un certain nombre des projets qu’elle produit se font avec la présence logistique et humaine de 13prods. Cyril Perez, coproducteur, est présent au moment des visionnages. 

C’était notre deuxième collaboration avec Sylvie. J’aime beaucoup son enthousiasme, sa manière de produire. Elle est très à l’écoute des besoins du film et surtout elle se démène vraiment pour rendre le budget plus confortable. Dès le départ, nous savions qu’il y aurait des scènes de bal avec des figurants en costume et un orchestre avec chanteuse, que l’autre matière du film serait les archives.

Le film a eu le soutien de la SACEM et du ministère de l’Outre-Mer. Il a aussi obtenu les aides classiques des films diffusés sur les chaînes de télévision.

Il fallait penser ce film comme un court métrage de fiction avec les moyens financiers d’un documentaire….

Les personnages sont inspirés de personnes réelles et je souhaitais qu’ils soient incarnés à l’image.  Je voulais aussi des scènes de bal avec un orchestre qui jouait en direct. Ces scènes narratives laissaient aussi de la place à la biguine que je commençais à aimer et à comprendre. Je pense que le travail avec le musicien, Thierry Fanfan y est pour beaucoup. Son grand père, Roger Fanfan a composé des biguines et était à la tête de l’orchestre du pavillon des Antilles à l’exposition universelle de 1937 qui se tenait à Paris. Je trouvais amusant qu’avant même de rencontrer Thierry, j’avais fait connaissance de son grand père en costume blanc et violon à la main à travers les archives !

Pour revenir aux personnages imaginés, je me suis inspirée d’Ernest Léardée, grand musicien qui a popularisé la Biguine avec Alexandre Stellio pour créer le personnage d’Arsène, le joueur de clarinette.  Les récits de Césaire et de Glissant sur leur arrivée à Paris, les années d’étudiants m’ont permis d’imaginer le parcours de Gaston à la Sorbonne.  Enfin, Jeanne est né des récits lus et entendus de la comédienne martiniquaise Jenny Alpha.  Comme pour une fiction, tous devaient connaitre une trajectoire, une évolution.

A mesure que j’avançais dans mes recherches d’archives, je saisissais à quel point les Noirs qu’ils soient de l’Afrique Subsaharienne ou Antillais étaient peu filmés. Et quand c’était le cas, ils étaient objectivés, essentialisés. Cette pénurie d’images m’a donné l’idée de choisir uniquement des archives qui nous transposent dans le regard de mes personnages noirs. Installés dans un bus, ils regardent la foule sur les trottoirs, les terrasses de café bondées…. Quant aux regards caméras je les ai utilisés comme représentant la manière dont ils étaient observés, considérés….  Ce choix renforçait les mots posés dans les lettres que mes personnages adressés à leurs familles et ami(e)s restés aux Antilles. Arsène le musicien s’adresse à sa mère et à un ami musicien. Jeanne, la bonne, écrit à sa sœur et à ses parents, Gaston l’étudiant à sa prof de français et ses parents.

Je repense souvent au jour où nous avons tourné les séquences du bal. Nous avions trouvé l’arrière-salle d’un café ( la chope des puces ) aux puces de Clignancourt. Les figurants étaient tous issus d’une association antillaise qui proposait des spectacles avec les femmes et les hommes en costume traditionnel. Les femmes cousaient elles-mêmes les costumes. J’ai fait aussi appel à deux de mes frères et à leurs femmes, à ma fille, à mon mari. Bref, nous avons mobilisé un maximum de personnes dont quelques comédiens/comédiennes professionnel(les).

7H00 du matin : toute l’équipe technique est arrivée

8H30 :  les figurants arrivent petit à petit. L’orchestre se met en place.

10H00 : le tournage commence, à 19H00 nous rangeons le matériel.

C’était intense et je n’avais jamais goûté cette sensation extraordinaire de voir une équipe

(d’en faire partie), sans parler des figurants qui œuvrent pour un seul et même objectif : La réussite des séquences imaginées. Quand nous avons dérushé ces scènes au bal, l’énergie que j’avais senti se retrouvait dans les images.

Le film a été diffusé sur France 5 en mai 2024 et sur les chaines locales Outre-Mer (Martinique la 1ère, Guadeloupe la 1ère). Il a été sélectionné au Waterloo Historical Film en Belgique puis en Martinique dans le cadre du festival les révoltés de l’histoire.

Et récemment à Africlap Film Festival de Toulouse.

Avatar de jean pierre Carrier

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

Laisser un commentaire