Photojournalisme au féminin.

Sur les traces de Gerda Taro. Camille Ménager, France, 2020, 59 minutes.

Un film pour rendre hommage à une femme exceptionnelle. La sortir de l’oubli. Faire reconnaître la grandeur de son œuvre. Le courage de sa vie. La valeur de son engagement.

 Un film donc, qui retrace sa vie. Juive, menacée par les nazis dès 1933, elle s’exile en France. À Paris, elle fréquente les cafés de Montparnasse. Elle y rencontre Robert Capa, avec qui elle partira en 1937 en Espagne. Pour concrétiser son engagement antifasciste. Munis de son simple appareil photo, elle deviendra la première femme photojournaliste, la première reporter de guerre dont les photos feront la une des magazines mondiaux. Un succès grandissant qui sera brutalement interrompu par son décès sur le front espagnol à la suite d’un accident. Le Parti Communiste Français lui rendra un vibrant hommage pour son enterrement au Père Lachaise. Mais très vite, elle sera oubliée. Ses photos dormiront dans des valises. Attendant que des féministes avisées révèlent son existence et son talent de photographe au monde entier.

Son effacement, la rendant invisible au lendemain de la guerre, est en grande partie dû à un phénomène courant à l’époque et qui consiste à ne considérer dans des couples d’artistes – ici la photographie – que l’homme et donc à tenir pour négligeable, jusqu’à nier totalement l’œuvre et l’existence même de la femme. Du couple Capa-Taro, affirmer le génie de Capa entraine l’ignorance de celui de Taro. Comme si admirez ses clichés et les faire reconnaître ferait de l’ombre au grand photographe que fut Capa. Tout se passe comme si dans l’histoire de la photographie, comme c’est aussi le cas de l’histoire de l’art en général, il n’y avait pas de place pour les deux membres d’un couple. Et s’il ne faut qu’un seul génie, c’est bien sûr de l’homme et l’homme seul qu’il peut s’agir. Parce que bien sûr, le masculin est tellement supérieur au féminin. Lui seul peut donc faire l’objet d’une reconnaissance officielle et d’une admiration en conséquence.

 Le film de Camille ménager se donne les moyens de jouer son rôle de dénonciation d’une injustice historique. Il montre comment Gerda Taro est peu à peu sorti d’un néant dans lequel le patriarcat l’avait plongé. Et il mobilise toutes les ressources théoriques, experts et historiens, pour montrer l’importance et la pertinence de son regard de photographe.

Morte jeune, à 27 ans, Tarot avait tout pour devenir un mythe. Et le film contribue sans doute à son élaboration. Mais il a aussi la rigueur nécessaire au développement d’une analyse historique objective. Oui, Gerda Taro était une grande photographe.

Au plaisir de la découverte des photos de guerre de Gerda taro, le film de Camille Ménager ajoute l’émotion que suscite l’évocation de la destinée de cette jeune fille qui ne recula jamais devant les dangers pour pouvoir exercer ce qu’il faut appeler son art.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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