Ukraine en guerre

Ukraine. La guerre ordinaire. Olga Zhurba, Ukraine, France, Danemark, Suède, 2024, 95 minutes.

La guerre peut-elle être ordinaire ? Au point de devenir la vie même, d’occuper toute la vie, de ne laisser plus aucune place à la vie ?

Bien sûr, on s’y habitue, il faut bien. Mais comment peut-on simplement survivre ? Dans un pays sans cesse bombardé, un pays occupé, meurtri. Survivre parmi les décombres, les ruines et les morts civils et militaires.

Le cinéma en Ukraine fait un immense travail pour rendre compte de la façon dont les hommes, les femmes, les enfants peuvent supporter la guerre, s’y habituer, donc la rendre ordinaire. D’où ces films qui ne montrent pas les combats. Ni les combattants. Des films loin du Front. Ici, on indique chaque fois qu’on change de lieu à combien de kilomètres on se trouve de la ligne de front. Des films qui se passent donc à l’arrière, comme on dit. Des films où on fait comme si la guerre n’existait pas. Et pourtant.

Et pourtant, c’est bien la guerre que l’on filme. Ici, dans les campagnes. Comme dans les villes. C’est bien la guerre qui est omniprésente. Les sirènes des alertes. Des bruits d’avion au-dessus des têtes ? Les véhicules de toutes sortes calcinés tout au long des routes. Et les Ukrainiens agenouillés sur le devant de leur maison, partout.

Le film a un incipit tout à fait extraordinaire. Un écran noir comme premier plan. Avec simplement des coups de téléphone. « Que se passe-t-il ? Les explosions partout ». Nous sommes au premier jour de l’invasion. Personne ne comprend immédiatement que c’est la guerre. Et les autorités n’ont aucune explication à donner.

La guerre, très vite, elle ne pourra plus être ignorée. Et puis on se retrouve sur un quai de gare, une foule immense. Chacun essaie de monter dans un train. Une bousculade invraisemblable. Des tentatives de mettre un peu d’ordre dans la cohue. « Les femmes et les enfants d’abord », mais rien n’y fait. C’est pour tous une question de vie ou de mort.

Le reste du film est plus calme, en dehors d’un petit groupe d’enfants qui joue à la guerre avec des mitrailleuses en bois. Toute la vie quotidienne semble avoir évacué la violence. Dans la cérémonie d’inhumation d’un soldat tué au front. Dans la morgue où l’on continue à autopsier les victimes. La guerre est devenue la campagne quotidienne. Une guerre infinie. Qui ne finit pas. Qui n’aura pas de fin.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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