Derrières les drapeaux, le soleil. Juanjo Pereira, Paraguay, Argentine, France, Etats Unis, 2025, 91 minutes.
De toutes les dictatures qui ont ensanglanté l’Amérique latine au 20e siècle, celle qui sévit au Paraguay est la plus longue, mais certainement la moins connue en Europe, en tout cas la moins présente sur les écrans, grands ou petits, le film. Que consacre Juanjo Pereira aux 35 ans de pouvoir du général Stroessner dans ce petit pays, coincé entre le Brésil et l’Argentine, vient à point nommé pour combler ce trou noir de l’histoire politique où les dictatures se taillent la part belle.
Il s’agit d’un film d’archives. Sans voix off. On devrait dire plus exactement. sans voix over. Ce qui indique avec plus de précision cette situation qui consiste à rajouter des commentaires aux images, pour les expliquer, les enfermer dans un seul sens. Ici, ces archives, il a fallu aller les chercher aux quatre coins du monde, tant elles sont peu nombreuses au Paraguay même, en dehors de la propagande officielle qui érige Fernando Stroessner en héros national, œuvrant pour le bien de son peuple.
À côté de ce culte de la personnalité à la Staline, le film nous révèle vite la dimension autoritaire du régime qui, jusqu’à sa chute en 1989, emprisonnera et torturera systématiquement ses opposants. Dès sa prise de pouvoir, Stroessner s’appuie sur le parti Colorado dont la couleur emblématique est le rouge, ce qui donnera sa teinte à la majorité du film. Le film souligne plus particulièrement quelques aspects et événements de son règne, en particulier l’accueil réservé à quelques dignitaires du régime nazi fuyant les poursuites. C’est le cas surtout de Mengele le tristement célèbre docteur du camp d’Auschwitz.
Au niveau économique, le film montre comment une partie du pays, et surtout la famille de Stroessner lui-même, s’enrichit grâce à la corruption généralisée Les images du régime non censurées se concentrent sur la personne du dictateur que l’on suit donc sous toutes les coutures. Et dans ses voyages à l’étranger où il est reçu avec les honneurs aux États-Unis et jusqu’en France où il est reçu par Pompidou ? Il y a par contre très peu d’images de la vie réelle des habitants du pays des paysans pauvres et des Indiens Guaranis qui seront mis au ban de la société.
Non sans ironie, le film montre comment ces 35 années de régime prennent fin presque sans bruit, Stroessner étant évincé par le numéro deux du régime, son propre gendre. Celui-ci mettra-t-il définitivement fin à la dictature, la question reste ouverte. Le film n’abordant pas la situation actuelle du Paraguay.
Le film de Perera, grâce aux archives rares qu’il a réussi à collecter a le mérite incontestable de pouvoir être utile à la connaissance historique de la dictature au Paraguay, et par là de toute l’Amérique latine.
Reste qu’au niveau cinématographique, ces archives n’étant pas identifiées, et leurs origines étant particulièrement diverses on peut ressentir au visionnage un certain désordre, presque une confusion. Et le film est loin de se hisser au niveau du travail, beaucoup plus rigoureux et poétique de Raoul Peck dans Orwell 2+2=5.
