Belle communauté.

Histoires de la bonne Vallée. José Luis Guerin, Espagne-France, 2025, 125 minutes.

À première vue, Vallbona peut paraître pas vraiment accueillante. Coincée qu’elle est entre des lignes de chemin de fer avec un trafic intense, une autoroute, hyper chargée, et la rivière. Justement, cette rivière est le point d’attrait, surtout en été.

Le film de José Luis Guérin est le portrait de cette communauté qui vit là, tout près de Barcelone, depuis longtemps pour les plus âgés. Et qu’aucun de ces habitants hétéroclites, n’a vraiment envie de quitter. Tous semblent attachés au lieu et surtout aux autres. À cette communauté particulièrement diversifiée donc, pas au niveau des classes sociales mais par les origines géographiques et culturelles. Certains viennent de très loin. De l’Inde par exemple. Mais cet éloignement ne semble pas être un frein à la bonne entente. Et tous apprécie à l’évidence le flamenco local.

Le film alterne donc les entretiens avec un habitant, ou deux, et les moments collectifs où on boit, on chante, on danse on se baigne malgré l’interdiction et la propreté plutôt douteuse de l’eau.

 Ce sont bien sûr les enfants et les ados qui apprécient surtout le bain, les plongeons et les jeux d’eau. Ça s’asperge à qui mieux mieux. La traversée du « tunnel », une grosse canalisation sans doute issue d’un ancien égout, est particulièrement appréciée. Pour son allure d’exploit que les plus jeunes hésitent quand même un peu à affronter.

Les entretiens avec les adultes sont fragmentés. Et ce n’est que peu à peu que nous pouvons identifier des personnages. Qui d’ailleurs n’ont pas tous une grande facilité de parole. Mais leurs propos sont visiblement choisis avec soin au montage pour nous donner d’eux une image toujours positive.

Les fragments de parole, parfois très limités, ne laissent guère le temps de nous attacher à leurs vies toutes dominées par le labeur. Au final, c’est bien plutôt le collectif qui domine. Une vision d’une communauté qui donne l’impression de l’unité, malgré les différences, d’âge en particulier. En tout cas, l’ambiance est toujours joyeuse. Tous semblent oublier leurs soucis pour profiter du moment présent. Un bel été où il fait bon se rafraîchir dans la rivière.

La fin du film est alors tout à fait significative. Un gamin arrive en courant pour prévenir que la police arrive. Alors c’est la débandade, la fuite éperdue pour éviter les amendes. Le plaisir collectif n’a il donc été qu’une parenthèse. La loi ne peut pas être définitivement écartée. Chacun s’efforce alors de s’assurer de ne rien oublier sur les lieux. Mais ils reviendront, soyons en sûr.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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