La guerre des ours

Le berger et les ours. Max Keegan, France, Royaume-Uni, États-Unis, 2024, 101 minutes.

L’Ariège est en guerre. Contre la réintroduction des ours dans les Pyrénées. Les éleveurs de brebis se mobilisent et sont prêts à affronter l’Etat et ses représentants.

Le film commence par des images d’un lâché d’un ours dans les Pyrénées ariègeoises. Un lâché effectué par hélicoptère. Car dans la vallée, les routes d’accès sont bloquées par les manifestations.

Un conflit qui oppose deux partis inconciliables. D’un côté, des amoureux de la nature, des militants écologiques, pour qui l’ours est indispensable pour préserver la biodiversité des montagnes. De l’autre, les éleveurs qui, dans mes estives, découvrent tous les matins des cadavres de brebis éventrées.

Le film pose le problème et filme les uns et les autres. Mais il se situe le plus souvent auprès des éleveurs, dans la montagne, au milieu des brebis.

Il se centre tout particulièrement sur Yves, un vieux berger qui pense à prendre sa retraite, si du moins il trouve un repreneur pour son troupeau. Il tient une place centrale, parce que lui, il l’a vu, l’ours. Un matin près de sa cabane où il passe l’été, dans une sorte de face à face silencieux. L’ours à quelques pas de lui. La peur de sa vie, il a senti son dernier moment venu, dira-t-il et on sent qu’il a du mal à s’en remettre. Et qu’il ne s’en remettra pas vraiment.

A côté de ce paysan montagnard typique ; Cyril un adolescent passionné par la nature et la photo animalière. Équipé d’un matériel important et d’un déguisement ad hoc, il passe ses vacances en planque pour épier l’ours, même si les photos qu’il exposera au village montrent surtout des oiseaux. Sa mère est intraitable. Les ours, il faut les tuer !

Et cela finit par arriver. Un chasseur abat un des ours dans la montagne. Était-il en légitime défense ? L’événement est fortement médiatisé et mobilise les pouvoirs publics. La sous-préfète vient rencontrer les intéressé, Yves et Lisa sa jeune apprentie qui doute beaucoup de la possibilité de poursuivre cette voie professionnelle.

Mais si ces personnages sont filmés avec beaucoup de sympathie, c’est surtout la communauté villageoise dans son ensemble qui constitue le cœur du film, ces paysans cigarette au bec du matin au soir et qui arrosent de pastis et de vin rouge les repas pris en commun. Le portrait d’une vie traditionnelle dont on peut se demander si elle pourra encore survivre longtemps. La peur de l’ours, et le danger qu’il représente pour leur troupeau, contribuera-t-elle à sa disparition ?

En attendant la transhumance nous vaut de magnifiques images des brebis dans les rues étroites des villages, sur les petites routes de montagne et dans  les vastes pâturages au pied des somment encore enneigés et où la brume a du mal à se dissiper. Un film où la montagne est belle. Et il pet sembler dommage que la sérénité ancestrale qui y règne traditionnellement soit troublée par une querelle d’une autre époque.

Pourquoi ne serait-il pas possible que chacun, berger et ours, trouve sa place dans une nature sauvage préservée.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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