P COMME PREMIER CONTACT

First contact. Bob Connoly et Robin Anderson. Australie, Canada, Etats-Unis, 1982, 52 minutes.

         En 1930, trois jeunes chercheurs d’or australiens partent en Nouvelle Guinée. Ils vont y vivre une aventure unique : la rencontre avec des hommes, les Papous des Hautes Terres, une population totalement inconnue jusqu’alors et qui n’a jamais été en contact avec l’homme blanc. Les images qu’ils réalisent de cette première confrontation entre deux réalités humaines que tout oppose constituent un document anthropologique unique. Le mérite du film que Connoly et Anderson réalisent 50 ans plus tard n’est pas seulement de faire connaître ces images et de nous raconter l’aventure de ceux qui l’ont vécue. Ils retrouvent les explorateurs et les Papous qui les ont vus, enfants, arriver dans leur monde, et alternent les images de 1930 avec celles tournées dans les années 80. Au-delà de la confrontation de deux époques, c’est la mise en perspective de deux faces de la réalité humaine qui constitue le centre de leur propos.

         Le début du film retrace la fièvre de l’or qui s’empare de ces aventuriers qui n’hésitent pas à partir pour l’inconnu, l’intérieur des terres où aucun blanc n’a jamais pénétré, une des dernières régions non explorées de la planète. Au centre de l’île se dresse une chaîne de montagne si abrupte que tout le monde la croyait inhabitée. En fait, elle cache des vallées fertiles où vivent un million de personnes. L’arrivée des explorateurs et leur cortège de porteurs est annoncé par des cris qui se propagent de collines en collines. Puis, c’est le face à face. Comment chacun peut-il appréhender ce qui apparaît immédiatement comme la différence absolue ? Les Papous pensent qu’il s’agit d’esprits, d’éclairs venus du ciel, de leurs propres ancêtres revenus du pays des morts où ils sont devenus blancs. Les blancs eux, les considèrent comme des sauvages, étrangers à toute civilisation.

         Les images des frères Leahy nous montrent cette foule qui entoure leur campement, un peuple étonné mais curieux, nullement agressif dans un premier temps. Pourtant le conflit ne peut qu’exploser. Les Papous sont tentés de s’approprier haches, couteaux et autres objets dont ils ressentent l’utilité. Les blancs bien sûr n’entendent pas se laisser dépouiller. Leur récit met en avant les menaces qu’ils ressentaient pour justifier l’emploi de leur fusil contre des hommes armés de lances et de flèches. Les rescapés de la fusillade évoquent encore 50 ans après les noms des morts. Malgré cela, l’expédition continue, utilisant tous les moyens dont la « civilisation » peut disposer, allant jusqu’à « acheter » les jeunes filles en échanges de quelques coquillages.

         Hier, les avions surprenaient et terrorisaient les « indigènes ». En 1980, la projection des images de l’époque du premier contact à ceux qui l’ont vécu enfant les fait bien rire. Sont-ils devenus « civilisés » ?