M COMME MUSIQUE

Un film sur la vie et la carrière d’un-e chanteur-se, d’un groupe, d’un musicien … ? La solution grand public est sans doute le biopic, solution évidente lorsqu’il s’agit d’artistes du passé, mais qui a quand même ses limites, en particulier dans la difficulté de trouver l’acteur ou l’actrice capable d’interpréter le rôle-titre. Bien sûr, à priori, il n’y a là jamais rien d’impossible et puisque on a vu au cinéma Mozart, pourquoi pas n’importe quelle star actuelle ? Cependant, le documentaire reste une solution pertinente, surtout lorsque il est possible de trouver une foultitude d’images d’archives. Deux documentaires récents, consacrés respectivement à Amy Winehouse et à Janis Joplin en sont une bonne illustration.

Amy, de Asif Kapadia et Janis, little girl blue, de Amy Berg, ont bien des points communs. D’abord ils concernent tous deux des chanteuses qui font partie du « club des 27 », c’est-à-dire de ces stars du XX° siècle décédés en pleine gloire à 27 ans et parmi lesquels on compte, entre autres, Jim Morrisson, Jimmy Hendrix, Curt Cobain ou encore Otis Redding. Toutes deux, comme la majorité des membres du « club » s’adonnaient à l’alcool et à la drogue et ont connus une carrière fulgurante. Mais la gloire a aussi son côté destructeur et la chute se fait de plus en plus prévisible au fur et à mesure que les difficultés, surtout au niveau sentimental, s’amoncellent. Les deux films ont alors un déroulement inévitable. Il lui faut partir du début, de la vie d’avant la renommée pour montrer comment démarre la carrière, puis la suite des étapes de la réussite jusqu’au sommet de la gloire (c’est la partie la plus musicale) et aborder, par petites touches dans un premier temps, puis de façon de plus en plus directe, les causes de la chute, l’alcool, la drogue et les déboires sentimentaux.

Pour le matériau filmique utilisé, pas de surprise. Côté images, celles de concerts d’abord (pour Janis on a droit à Monterey et Woodstock), puis les séances d’enregistrement, ou de répétition, en studio, les plateaux de télé et les reportage d’actualité (pour Amy, les traques des paparazzi) et quelques séquences, si possibles en noir et blanc pour faire plus authentique, de la vie privée, l’enfance et la vie familiale. A quoi s’ajoute des images fixes, coupures de presse ou gros titres en Une, photographies soit privées (de l’enfance là aussi) soit réalisées par des professionnels plus ou moins connus). Dans tout ceci bien sûr, il s’agit d’alterner le plus connu et l’inédit et de fabriquer par le montage, un savant mélange de toutes ces sources sans nécessairement respecter l’ordre chronologique, même si dans l’ensemble il s’agit bien quand même de reproduire le déroulement de la biographie.

Deuxième matériau filmique indispensable à ce genre de documentaire : les témoignages. Ceux des proches de l’artiste sont indispensables, sa famille en premier lieu, puis ses amis de lycée ou d’enfance. Côté professionnel, on recueille les souvenirs, les anecdotes et les jugements des musiciens qui ont travaillé avec les chanteuses, mais aussi les critiques musicaux ou d’autres acteurs de la sphère musicale. Le montage là aussi aboutit à une sorte de patchwork souvent décousu, tant il n’est guère facile de trouver un fil directeur entre toutes ces déclarations où celui qui parle doit aussi veiller à produire un certain effet !

         Reste la présence de la musique. Dans les concerts et les studios d’abord. En illustration des autres images, en particulier les photos, ensuite. La règle ici est souvent (sans doute pour des questions de droits), de ne pas proposer de morceaux en totalité. Le côté patchwork des images se retrouve donc au niveau de la bande musicale. Dans Janis, chaque entretien et témoignage est accompagné en arrière-plan des chansons de l’artiste qui sont ainsi bien présentes dans le film mais peu audibles pour le fan ou même pour celui qui vient découvrir une discographie. Au fond le documentaire musical s’adresse en premier lieu à ceux qui connaissent déjà les artistes. Beaucoup plus en tout cas que la captation d’un concert centré sur la mise en scène de la prestation scénique et qui vise et réussit souvent à pénétrer au cœur même de la musique.

amy 2

A noter la présence dans le film sur Janis Joplin de D A Pannebacker, grand cinéaste de la captation de concerts et prestations live. Il évoque le cas particulier de Monterey. Les musiciens et chanteurs se voient proposés de signer avant leur entrée en scène une autorisation de filmer. Certains refusent. Le film ne s’attarde guère plus. Mais est quand même esquissé de la sorte l’épineux problème des droits. Faire un film musical n’est pas toujours aussi simple qu’il y parait.

A lire dans le DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE

93 la belle rebelle de Jean Pierre Thorn

Ballad of Genesis and lady Jaye (the) de Marie Losier

Conférence sur rien de Jean-Jacques Palix.

Cuivres débridés, à la rencontre du swing  Johan van der Keuken

Les Fils du vent de Bruno Le Jean

Gimme Shelter de David Maysles, Albert Maysles et Charlotte Zwerin

Michel Pretrucciani de Michael Radford.

Ne change rien de Pedro Costa

Le Prince Miiaou de Marc-Antoine Roudil

Sugar Man de Malik Bendjelloul

Twenty feet from stardom de Morgan Neville

Ziggy Stardust de D. A. Pannebacker

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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