F COMME FEMME (portraits)

Des portraits de femmes, le cinéma documentaire en propose beaucoup, et bien sûr ils sont extrêmement variés, souvent sans aucun point commun. Mais justement, c’est cette variété qui est importante.

Voici quelques exemples, parmi tant d’autres possibles.

 Le portrait d’une femme brisée par la révolution culturelle (Chine)

Fengming. Chronique d’une femme chinoise

De Wang Bing, 2007

A 17 ans, He Fengming rencontre la Révolution. Avec l’enthousiasme de la jeunesse, elle s’engage à son côté, renonçant à entrer à l’université où elle vient d’être admise après son bac. Si sa vie bascule avec ce premier choix, elle ne dira jamais qu’elle le regrette, malgré cette suite qui lui parut si longtemps incompréhensible. Devenue journaliste elle met son travail, toute la force de son travail, au service de la Révolution. Et puis arrive la campagne antidroitière de 1957, l’accusation de son mari pour avoir écrit trois articles reprenant les thèses officielles soutenues par Mao mais mal acceptés par les cadres locaux qui y voit un danger pour eux-mêmes. Epouse d’un droitier, elle sera elle-même considérée comme droitière. Hé Fengming décrit alors minutieusement les pratiques d’accusation, au jour le jour, n’oubliant aucun détail, les « séances de lutte » où elle est insultée, humiliée, poussée à bout au point qu’elle pensera à se suicider malgré son amour pour ses enfants. La dictature qui se met en place est impitoyable, l’accusation, la séparation d’avec son mari, l’envoi en camp de travail, la souffrance, la faim, la mort du mari, Hé Fengming a de tout cela une mémoire extrêmement précise, décrivant les comportements des gardes, les déclarations des cadres du parti. Elle est encore capable de dire quelle était la quantité de nourriture qui leur était attribuée et les moyens qu’avec ses compagnes de misère elles mettent en œuvre pour trouver le peu de nourriture supplémentaire pour ne pas mourir de faim.

Le portrait d’une révolutionnaire noire (USA)

Free Angela Davis and all political prisoners

De Shola Lynch, 2011

Originaire d’Alabama, elle fait des études de philosophie à New York et surtout en Allemagne, ce qui lui permet d’obtenir un poste d’enseignante à l’université de Californie. Son adhésion au parti communiste est connue et dérange. Une femme, noire, communiste, peut-elle être acceptée dans cette fonction d’enseignant, d’autant plus que son chartisme attire une foule de plus en plus nombreuse d’étudiants. Son exclusion de l’université la rendra encore plus célèbre et sera l’occasion de manifestations de soutien qui préfigureront celles qui marqueront son procès. Accusée d’avoir acheté les armes qui ont été utilisées lors d’une tentative d’évasion de prison des Frères de Soledad, elle encourt trois fois la mort. La mobilisation nationale et internationale importante pèsera sans doute dans le verdict : elle sera acquittée.

Le portrait d’une traductrice (Allemagne)

La Femme aux 5 éléphants

De Vadim Jendreyko, 2009.

Une femme déjà âgée, toute voutée, qui a passé toute sa vie dans les livres, la littérature russe surtout, puisque c’est son pays d’origine, et qu’elle traduit en allemand, son pays et sa langue .d’adoption. Ses cinq éléphants : Crime et châtiment, L’Idiot, Les Démons, L’Adolescent et Les Frères Karamazov. Toute une vie pour devenir « la voix de Dostoïevski ». Mais la traduction n’a rien d’une science exacte. Et puis, il y a Pouchkine. Intraduisible ? « On comprend chaque mot, mais on ignore de quoi il s’agit ». La traduction, un travail de longue haleine, jamais achevé, tant il faut revoir, relire et corriger.

Une femme toute simple, que l’on suit faire son marché, qui fait la cuisine, qui boit beaucoup de thé. Divorcée, elle vit seule, mais ses enfants et petits-enfants viennent souvent la voir. De belles réunions de famille.

Le portrait d’une jeune fille juive sous l’occupation (France)

Hélène Berr, une jeune fille dans Paris occupé

De Jérôme Prieur, 2013.

Une jeune fille promise à un brillant avenir. Sauf qu’elle est juive. Son avenir immédiat sera fait de discriminations de plus en plus importantes dans Paris occupé. En 1944, elle est arrêtée avec ses parents et déportée à Auschwitz. Elle mourra à Bergen-Belsen quelques jours avant la libération du camp.

Le film retrace sa vie dans cette période troublée. L’humiliation de devoir porter l’étoile jaune. La révolte et le refus initial. Puis l’acceptation par solidarité avec ceux qui la portent. Elle évoque alors les regards blessants dans la rue et les quelques manifestations de fugace sympathie dans le métro. Rien de la tragédie de la guerre ne lui est épargné, l’arrestation de son père à Drancy, la répétition des rafles, la connaissance de l’existence des chambres à gaz.

Portrait d’une toxicomane (Portugal)

Dans la chambre de Wanda

De Pedro Costa, 2001.

Wanda habite dans le quartier capverdien de Lisbonne, Fontainhas, qui est en cours de démolition au moment de la réalisation du film. Peu importe pour elle, elle ne sort pratiquement pas de sa chambre, dans laquelle elle reçoit quelques visites, de junkies. Comme elle. Elle prétend essayer de les aider, mais bien sûr ils ne peuvent pas se passer de la drogue. Elle non plus. Le film nous enferme avec elle dans cet espace confiné de la chambre. Pas de recul pour élargir le plan. Le spectateur, comme les drogués, est condamné à l’enfermement.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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