M COMME MEDELLIN

Medellin, la deuxième ville de Colombie, est une ville impressionnante, et pas seulement pour sa réputation de « ville la plus dangereuse du monde ». C’est une ville tout en hauteur, ce qui rappelle la Valparaiso filmée par Joris Ivens, les escaliers en moins. Car ici, dans le film en tout cas, on grimpe sur les sommets de la ville en télécabine, le métrocable comme ils l’appellent. D’en haut la vue dominant la ville nous révèle une multitude de maisons, qui semblent se chevaucher, un amas informe dans lequel on se demande comment il est possible de se retrouver. Et comment il est possible d’y circuler ! Des construction souvent en bois, sujettes aux incendies qui se propagent on ne peut plus rapidement. Un court passage du film nous en montre un. L’incendie est filmé de loin. Plusieurs maisons sont concernés. La fumée est épaisse. Le danger finit par être circonscrit. Une simple péripétie dans une ville en proie à bien d’autres maux.

Medellin a-t-elle changé ? Est-il possible maintenant d’y vivre en paix ? Sans que chacun des habitants y soit sous la menace d’un meurtre, d’un règlement de compte, d’une vengeance, dont les intéressés mêmes ne connaissent pas toujours l’origine ? La « nouvelle » Medellin, ce serait alors une ville comme les autres. Pas forcément une ville où il fait bon vivre. Il ne faut pas trop en demander. Mais une ville où il est possible de vivre, tout simplement. Ce serait déjà beaucoup.

Le film de Catalina Villar part à la recherche de la concrétisation de cet espoir de paix. Une aspiration tellement forte chez tous ces habitants, jeunes ou moins jeunes, que la réalisatrice a rencontrés. Elle filme plus particulièrement quelques personnages qui deviennent les symboles de ce qui est en tout premier lieu une lutte contre la résignation.

Les parents de Juan Carlos, d’abord, un de ces jeunes qui a été assassiné, dont on ne sait par trop au juste pour quelles raisons. Ils entreprennent des démarches administratifs pour obtenir une reconnaissance officielle de meurtre qui leur ouvrirait le droit à une compensation financière. L’entreprise est ardue. La démarche longue et incertaine. Leur dossier a déjà été rejeté , mais ils ne renoncent pas. Et lorsqu’ils obtiennent enfin gain de cause, leur joie et celle de leur proche est immense.

Le deuxième personnage récurent dans le film est Manuel, un ami de Juan Carlos. Il milite pour la communauté de quartier. Des actions au quotidien de proximité comme on dit, qui ne visent pas à révolutionner du jour au lendemain le monde, mais qui peuvent aider ceux qui habitent là à redonner un peu de sens à leur vie. La route semble pourtant bien longue avant que la réalisation de cette « nouvelle Medellin », soit vraiment effective dans la totalité de la ville.

Catalina Villar avait filmé Juan Carlos quelques années avant son assassinat. Il écrivait des poèmes dont il fait la lecture pour sa mère et pour la cinéaste. Des poèmes où la mort est omniprésente. Une poésie en prise directe avec la réalité d’une ville et d’une jeunesse, première victime de l’omniprésence de la violence. Mais c’est bien sur cette jeunesse, comme le montre l’exemple de Manuel, que repose l’espoir du changement, une véritable renaissance de la ville et de ses habitants.

La Nueva Medellin de Catalina Villar, 2016, 85 minutes.

Présenté au festival Cinéma du réel, compétition française

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83