S COMME SORTIE EN SALLES (Cinquième partie)

Les documentaires qu’on aimerait bien voir en salles de cinéma en 2017. Suite

LA PASSEUSE DES AUBRAIS de Michael Prazan, France, 81 minutes

Ce film est une réflexion sur la vie du père du cinéaste. Il décrit donc la relation affective qu’il entretenait avec lui. Mais surtout il entreprend une enquête sur la dimension historique de sa vie. Ce père est en effet un « enfant caché ». Pendant la guerre il a échappé à l’extermination des juifs par les nazis grâce à des français qui l’ont recueilli et caché. A six ans, il a franchi la ligne de démarcation grâce à une « passeuse» qui mettait sa propre vie en péril pour pouvoir le mettre en sécurité, lui et sa sœur. Un passé qui ne laisse pas le fils indifférent.

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TADMOR de Monika Borgmann et Lokman Slim, 103 minutes

Tadmor n’est pas un film sur la mémoire. La mémoire d’anciens prisonniers de cette prison syrienne réputée pour être un véritable enfer. Ceux qui ont y ont été emprisonnés, et qui vont affronter la caméra,  ne peuvent rien oublier de ce qu’ils y ont vécu, quelle que soit la durée de leur enfermement.  Ils ne veulent pas non plus simplement témoigner de ce qu’il a d’inacceptable. Mais ils ont besoin – pour eux-mêmes, pour leur survie toujours à conquérir, ou à reconquérir – de mettre en parole leur vécu – ce vécu en soit invivable, c’est-à-dire qu’il n’est pas possible de vivre, qu’on ne peut pas imaginer vivre. Le recours à la parole peut bien sûr être compris comme un exorcisme. Il a peut-être plus profondément le sens de l’affirmation de l’humanité et donc de la liberté comme caractéristique fondamentale de l’humanité, de la qualité d’homme. Une parole qui ne se veut pas libératoire – ou libératrice. Parce que ces hommes privés de liberté sont malgré tout restés libres, parce qu’ils sont restés des hommes, malgré la volonté de leurs bourreaux de ne plus les considérer comme des hommes. Revenus de Tadmor, ils peuvent dire la liberté, la mettre en mots, des mots qui la rendent plus précieuse que jamais, pour tous les hommes, sous tous les régimes, en dehors même de toute référence historique. C’est pourquoi d’ailleurs Tadmor n’est pas un film d’histoire. C’est un film de philosophie.

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LA MAISON DES MERES de Philippe Constantini, Portugal, 88 minutes.

Elles sont jeunes, très jeunes, entre 14 et 16 ans. Elles attendent un enfant. Leur situation est toujours problématique, souvent rejetées par leur famille, toujours regardées avec reproche par la société. La maison qui les accueille dans Lisbonne a été fondée  en 1930. Elle a toujours les mêmes objectifs, faire que ces filles qui vont devenir mère ne soient plus isolées, rejetées, laissées à elles-mêmes. Ici elles vont apprendre à devenir mère. On va leur enseigner tous les gestes, tous les soins, qu’un bébé demande, de la tétée à la toilette. Et surtout, on va les mettre en situation d’aimer cet enfant qu’elles n’ont pas toujours voulu. Toutes celles qui travaillent là ; la directrice et son équipe, la psychologue et l’assistante sociale, les infirmières et les éducatrices, et toutes les autres pensionnaires qui ont déjà accouché, toutes sont là pour aider, entourer, conseiller, réconforter. A la Maison des mères, ces jeunes filles qui pourraient sombrer dans le désespoir ne sont jamais seules.

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SUR LE QUAI de Stefan Mihalachi, France, 65 minutes

Il y a au fond du parc de la clinique de La Borde, une petite habitation, une « cabane » où vit, presque en ermite, Marie Depussé, une des soignantes, psychanalyste et écrivaine. La Borde, on sent bien que c’est toute sa vie, beaucoup plus qu’un lieu de travail. D’ailleurs le film que lui consacre Stephan Mihalachi n’a pas pour but de retracer sa carrière professionnelle, ni même son œuvre littéraire. C’est plus une rencontre personnelle avec une personne singulière, et cette solitude qui fait partie d’elle, malgré les liens très forts qu’elle a pu tisser au fil des analyses, avec ceux qui ont été ses patients.

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Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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