V COMME VAN DER KEUKEN Johan (1938 – 2001)

Photographe et voyageur, Johan Van der Keuken a le profil idéal des cinéastes documentaristes modernes. Photographe, il le fut dès sa jeunesse, dès 16 ans, grâce au cadeau d’un appareil photo que lui fit son grand-père, comme il le raconte en ouverture des Vacances du cinéaste. Son attrait pour les voyages le conduisit, depuis son Amsterdam natale, aux quatre coins du monde, de l’Asie à l’Amérique latine. Documentariste moderne, il l’est par ce regard toujours très personnel qu’il porte sur les réalités sociales et humaines qu’il observe et sur toutes ces personnes qu’il rencontre et qu’il filme avec une empathie jamais démentie.

Né à Amsterdam en 1938, il y est mort en 2001. Cette ville où il est enterré a donc encadré sa vie. Elle est omniprésente dans son cinéma, même lorsqu’il voyage à l’autre bout du monde. Van der Keuken est toujours revenu à Amsterdam, ce qui ne contredit nullement le côté cosmopolite de l’œuvre du cinéaste, étant elle-même une ville de mélange, une ville véritablement interculturelle. Dans la grande fresque qu’il lui consacre, Amsterdam, global village, on rencontre, en suivant les itinéraires d’un livreur de photos marocain, des Tchétchènes, des Boliviens, des Ghanéens et aussi des Hollandais. Il y a des touristes sur les canaux de la ville et des squatteurs dans les immeubles vides. Une opposition qui résume une grande partie du cinéma de Van der Keuken.

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Van der Keuken n’était pas musicien lui-même, mais la musique tient une grande place dans son œuvre et dans sa vie. On le sait grand amateur de jazz et les bandes son de ses films en témoignent. Les plus remarquables sont l’œuvre de Willem Breuker, saxophoniste et chef d’orchestre, qui collabora avec le cinéaste pour une bonne dizaine de films, de Lucebert, temps et adieu (1966) à Animal Locomotion (1994) en passant par La Jungle plate (1978) et Vers le sud (1981). Et puis Van der Keuken consacre au moins un film entier à la musique, Cuivres débridés, à la rencontre du swing (1995), dont le titre dit suffisamment l’intention.

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L’œuvre de Van der Keuken, importante quantitativement, est faite de surprises à chaque nouvelle réalisation. Partant d’une découverte personnelle, il nous fait rencontrer des hommes toujours surprenants, des pays et des villes qu’il semble être le seul à avoir visités. Mais surtout, notre étonnement vient de la multiplicité des formes qu’il met en œuvre. C’est peu dire que chaque film est pour le spectateur une révélation. Certains peuvent paraître de « simples » documentaires, d’une facture proche du cinéma direct. Amsterdam, global village, par exemple, prend beaucoup de temps pour humer la ville et ses habitants. Le filmage de ses fêtes semble si spontané qu’on peut dire que le cinéaste nous y fait participer sans arrière-pensée, simplement pour le plaisir visuel et sonore qu’elles procurent. À l’opposé, d’autres films sont de vrais essais cinématographiques, inventant une construction directement issue du sujet qu’il aborde. L’art moderne, sous toutes ses formes, est alors une source d’inspiration cinématographique. La Tempête d’images, est un titre qui dit à lui seul la force de ce cinéma. Et puis, on trouve souvent Van der Keuken là où on ne l’attendait pas. Politique, il s’engage aux côté de la cause palestinienne (Les Palestiniens, 1975). Économiste, il dénonce le règne de l’argent roi et le pouvoir des banques (I love $, 1986). Social, il suit un SDF en marge de la célébration du bicentenaire de la Révolution française à Paris (Le Masque, 1989). Journaliste, il participe à un festival de cinéma à Sarajevo et en ramène un reportage sur la vie dans cette ville en temps de guerre (Sarajevo film festival, 1993). Autobiographe, il nous fait suivre la progression de sa maladie et l’inexorabilité de son issue (Vacances prolongées, 2000). Les films de Van der Keuken sont des itinéraires géographiques et personnels, historiques et terriblement actuels. On n’en finirait pas d’égrener les multiples facettes de cette œuvre qui n’a véritablement pas d’équivalent dans le cinéma mondial.

Filmographie :

  • L’Enfant aveugle (1964)– Beppie (1965)– Hermann Slobbe. L’enfant aveugle 2 (1966) – Big Ben. Ben Webster en Europe (1967) – Les Vacances du cinéaste (1974) – Les Palestiniens (1975) –  La Jungle plate (1978) – La Leçon de lecture (1980) – Vers le sud (1981) – Le Temps (1983) – I love $ (1986) – L’Œil au-dessus du puits (1988) – Le Masque (1989) – Face Value (1990) – Cuivres débridés. À la rencontre du swing (1993) – Sarajevo film festival (1993) – Lucebert, temps et adieu (1994) – Amsterdam global village (1996) – To Sang Fotostudio  (1997) – La Tempête d’images (1998) – Derniers mots. Ma sœur Yoke (1998) – Temps / travail (2000) – Vacances prolongées (2000)

Janvier 2018, inauguration de la cinémathèque du documentaire à Paris, avec comme première programmation une rétrospective Johan Van der Keuken. Deux événement en un.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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