C COMME CONVERSATION.

Atelier de conversation, Bernhard Braunstein, 2017, 66 minutes.

« – On parle beaucoup dans ce film.

– Bien sûr, c’est un film sur la parole, sur la langue orale, et donc sur la communication interpersonnelle. Car on n’y parle jamais seul. Comme nous maintenant, il s’agit bien de dialogue.

– Mais est-ce que cela ne réduit pas le rôle des images ? Au fond on pourrait s’en passer…

– Je ne crois pas. Les images me semblent importantes, indispensables. Pour personnaliser le discours, lui donner de la chair. Et cela justifie pleinement les gros rapprochés, sur les personnes. Des visages toujours expressifs. Des plans qui nous touchent. Car en tant que spectateurs, nous sommes en situation de communication avec ceux qui parlent. Qui nous parlent.

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– Un atelier, c’est un lieu de travail.

– Oui mais ici le travail échappe à la représentation devenue classique à partir du XX° siècle, le travail comme torture (selon l’étymologie) ou comme aliénation (selon la tradition marxiste). Pour les participants de l’atelier, le travail n’est pas non plus opposé au loisir. C’est donc un véritable travail formateur. On en sort transformé de cet atelier. Et c’est un travail qui est devenu un véritable plaisir.

– Ceux qui viennent à ces séances sont là pour apprendre. Apprendre à parler. Apprendre le français, la langue. Pourtant, ce ne sont pas des débutants.

– Ils viennent là pour perfectionner, approfondir, leurs compétences linguistiques. Avoir une pratique libre, pouvoir s’exprimer sans contraintes, sans censures, même si tout ne peux pas être dit, même si on peut être contredit, même si sa parole n’est pas en soi une vérité. C’est une situation unique, si rare dans la vie quotidienne. C’est là le grand intérêt de cet atelier. Au fond, il n’y a qu’une règle, c’est de parler français. Et de s’écouter les uns les autres.

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– C’est aussi l’intérêt du film qui en rend compte…

– Le film bien sûr n’existe que parce que l’atelier existe depuis longtemps, que c’est une pratique bien rodée. Mais le film a sa logique propre, un fonctionnement filmique construit très rigoureusement. Ce n’est pas un hasard s’il débute par une question sur les clichés, car nous sommes dans une situation multiculturelle où il est improbable que chacun ait une connaissance réelle, non stéréotypée des tous les autres et de leur culture spécifique. De même, la dernière question porte sur l’amour, ce qui donne une note plutôt optimiste, malgré les différences qui s’expriment. On n’en reste pas aux difficultés économiques, qui ne sont certes pas laissées dans l’ombre, mais la crise c’est aussi ce qu’un des participants appelle « le pessimisme ambiant ».

– En avançant dans le déroulement du film il y a de plus en plus de plans de coupe, sur le contexte, la BPI, le centre Pompidou, et même une vie générale de paris.

– Filmer une institution, depuis Wiseman, c’est aussi filmer ses aspects cachés, ce que le public ne voit jamais. Ici le rangement et le ménage ! Comme à l’Opéra de Paris ou à la National Gallery de Londres (parmi les films de Wiseman) on passe aussi l’aspirateur.

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– Pour en revenir à l’atelier, il se caractérise surtout par la diversité des participants.

– Il est en effet bien difficile pour le spectateur de repérer le nombre exact des nationalités représentées. Il faudrait pour cela faire un arrêt sur image de la partie du générique de fin qui les énumère. Il y a peut-être une dominante, les pays en guerre (Afghanistan, Syrie, Irak…) dont les ressortissants sont venus en France en tant de demandeurs d’asile et de réfugiés. Mais il est particulièrement intéressant qu’ils soient mis en contact avec des pays « riche », européens ou les États-Unis. Tous ne viennent pas chercher exactement la même chose dans l’atelier, mais tous ont cette volonté de maitriser une langue qui leur est indispensable dans leur vie quotidienne en France. Et tous manifeste une soif de communication, une envie, un besoin, de rencontres pour supporter leur déracinement et leur solitude. Dans le plan final, à la fin de l’atelier, ils continuent d’échanger…leur numéro de portable sans doute aussi.

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– Il y a dans ce sens une scène particulièrement émouvante, celle où deux jeunes femmes ne peuvent retenir leurs larmes en parlant de leur « mal du pays », que Skype ne peut pas vraiment supprimer.

– Oui, le film nous fait vraiment rencontrer tous ces « étrangers », qui se rapprochent de nous en parlant notre langue. Mais plutôt que de rechercher ce qu’il y a de commun entre eux tous, c’est la richesse de leur diversité et donc des différences que le film met en évidence. « Étranger, mon ami, mon frère ». Une invitation à les accueillir. »

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Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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