A COMME ACTUALITÉ – SNCF (grève)

Cheminots, Luc Joulé et Sébastien Jousse,  2010, 81 mn.

Le train fait partie des mythes du cinéma. Cheminots s’ouvre sur les images des frères Lumière, l’entrée en gare de La Ciotat, où d’ailleurs seront tournées les premières séquences du film, la couleur faisant suite au noir et blanc, les TER succédant aux machines à vapeur. D’autres trains de cinéma seront convoqués par la suite. Le déraillement de celui de la Bataille du rail suite à un sabotage de la Résistance et surtout ceux du film de Loach, The Navigators, une fiction si proche de la réalité que les cheminots français à qui est projeté le film s’y reconnaissent parfaitement. « C’est incroyable. C’est exactement ce qui nous arrive. » Un commentaire qui en dit long sur la force du cinéma.

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Le film de Luc Joulé et Sébastien Jousse est d’abord un film sur le travail, sur celui de tous ceux qui sont nécessaire pour faire rouler un train et satisfaire les usagers. Que ce soit dans la petite gare de La Ciotat, comparée à l’effervescence de celle de Marseille ; que ce soit dans le service marchandise ou celui destiné aux voyageurs. Partout règne l’amour du travail bien fait, du dévouement au service public, dans le sentiment d’appartenir à une grande famille parfaitement soudée. Une vision idyllique bien sûr, qu’on peut très bien prendre pour un cliché, mais un cliché passéiste, réduit à la nostalgie du bon vieux temps par les évolutions de notre société. Cheminots l’annonce dès son premier plan : le service marchandise est ouvert à la concurrence depuis 2007 et celui des voyageurs le sera en 2010. Et ça change tout.

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Cheminots n’est pas un film d’entreprise dans la mesure où, au-delà des évolutions de la SNCF, il rend compte essentiellement du vécu de ceux qui les subissent. Ce qui leur apparaît comme le plus difficile à vivre, ce n’est pas qu’on leur demande de travailler plus (en fait on leur demande surtout d’être plus rentables), c’est d’être isolés dans une tâche parcellaire dont ils ne perçoivent plus le lien avec l’ensemble du fonctionnement de l’entreprise. L’arrivée du privé est ressentie comme une grande blessure narcissique. Il faut partager les voies sur lesquelles circulent maintenant des « trains fantômes » échappant aux règles habituelles, celles de sécurité en premier lieu. L’exemple britannique sert ici à tirer la sonnette d’alarme. Ken Loach explique clairement que la privatisation a surtout été un grand gâchis financier. Est-il possible de résister aujourd’hui ? Les cheminots français ont une grande tradition de lutte. Le film invite Raymond Aubrac pour évoquer avec eux le sens de l’idée même de résistance. Mais il ne s’oriente pas dans une direction militante. On ressent plutôt une sorte de résignation. Un jeune cheminot évoque son désir de changer de métier. Le travail d’un employé d’une des sociétés privées consiste à répondre au téléphone aux demandes d’explication des voyageurs. Entre deux appels, il a recours à ses deux boules anti-stress qu’il manipule longuement. Pour eux, le train n’est plus un mythe.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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