A COMME AMÉRINDIEN – Vancouver

La balade de Oppenheimer Parc. Juan Manuel Sepúlveda. Mexique, 2016, 71 minutes

« Cette terre est indienne…Cette terre est notre ».

En plein centre de Vancouver, Canada, un ancien cimetière indien, devenu un parc. L’océan n’est pas loin. Les oiseaux marins sont omniprésents dans l’image. Comme s’ils observaient la vie du parc. Mais la caméra ne s’attarde pas sur eux. Il y a d’autres présences dans le parc, d’autres habitants avec qui le cinéaste va tisser des liens, s’entretenir avec eux. Les filmer.

Filmer ce petit groupe d’amérindiens d’aujourd’hui. Une dizaine, une douzaine tout au plus. Les filmer pour témoigner de ce qu’ils sont, de leur vie. Pour proclamer leur existence, leur droit à l’existence. Sur cette terre qui est leur.

De tout le film ils ne partiront pas du parc, leur lieu de vie en continu. Une prison à ciel ouvert au centre de la ville. Une ville qui les ignore et qu’ils ignorent. Ils s’occupent simplement parce qu’ils sont là. Dans ce lieu délimité par les rues qui le bordent et où commence cet extérieur, la vie de la ville avec ses voitures. Ils sont libres de partir. Et pourtant ils restent là, jour et nuit, couchés sur l’herbe ou assis sur un blanc à deux, ou en groupe autour d’une table de pic-nic.  Ils discutent, s’embrassent, se disputent et boivent.

La bouteille qui passe de mains en mains est omniprésente. Le film ne dénonce pas le cliché « civilisé » concernant les indiens « primitifs », alcooliques, oisifs, quelque peu dépravés et surtout totalement inadapté au mode de vie contemporain. Une décadence maintes fois montrée et condamnée. Mais ici, nul jugement, pas de pitié ou de compassion. Il ne s’agit pas de créer artificiellement une sorte de sympathie envers eux. D’ailleurs ils peuvent très bien être violents entre eux ou vis-à-vis de la caméra que l’un d’eux bouscule sans ménagement. Pourtant les quelques interventions du cinéaste, en off en réponse à des sollicitations, montrent qu’il n’est pas un intrus, ou un voyeur. Sans faire partie pour autant de leur groupe.

Pour eux, le monde moderne n’existe pas. Mais leurs traditions sont bien lointaines. Presque oubliées. Lorsqu’ils veulent enterrer le cercueil de l’un des leurs, une femme « canadienne » est là pour leur rappeler qu’il ne faut pas creuser dans le gazon. Ils repartiront comme ils sont venus, venant de nulle part et allant on ne sait où. Un simple passage dans le film. Un simple passage dans la vie.

Sous son apparence de quiétude ensoleillée et de fausse sérénité de beaucoup de plans, le film contient une forte charge émotive. Une charge qui peut bien exploser la nuit, au son des tambours. On comprend alors l’image du chariot en feu dans l’incipit. Les restes d’une culture qui partent en fumée. Mais qui créent une bien belle lumière.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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